CHAPITRE 4 : L'Orpheline.

Toc-toc-toc… Toc-toc-toc…

« Oui, oui, j'arrive ! »

Iruka se releva avec mal. Sa tête ne lui faisait plus mal et ses vertiges n'étaient plus. S'habillant à quatrième vitesse, il entendit encore quelqu'un frapper à la porte. Apparemment, la personne s'impatientait. S'excusant en grommelant, même si son visiteur ne l'entendait pas, Iruka finit de s'habiller. Frottant ses yeux, il ouvrit la porte et descendit la volée de marche qui menait au rez-de-chaussée. Arrivant dans le hall, le dauphin attrapa un élastique et attacha sommairement ses cheveux. Il finit par ouvrir la porte.

« Bonjour, désolé de vous avoir fait patienté mais je… »

La voix du chuunin se perdit dans le vide. Ses yeux se posèrent sur Shizune. A chaque fois que la jeune femme était venue vers lui, c'était souvent un mauvais signe. Essayant de rester tout de même polie, il lui proposa d'entrer. La noire refusa et lui apprit simplement qu'il était attendu dans une heure dans le bureau de l'Hokage. En partant, elle précisa que l'Hatake était aussi convié.

Refermant la porte, le dauphin resta un instant immobile. Ses pensées prenaient le dessus de ses actions. Il se déplaça mécaniquement jusqu'au salon et se laissa tomber sur le sofa. Attrapant sa tête entre ses mains, il continua de chercher la raison de cette demande subite. Il avait toujours été de nature méfiante, et encore plus lorsque de drôle de convocations venaient de leur Hokage.

Fermant les yeux, l'Umino tenta de trouver ce que pouvait bien vouloir la femme. Il n'avait rien fait, et Kakashi non plus… A moins qu'elle soit déjà au courant pour leur dispute au supermarché ? Non, ce n'était pas ca. Enfin…

« Iruka ?

-Oh, Kakashi. Bonjour. »

Se levant d'un bond, Iruka se força à adopter une attitude calme et souriante. Il se dirigea vers la cuisine, servit un grand bol de café à son colocataire, puis lui annonça, comme si de rien n'était, qu'ils étaient attendu dans le bureau de l'Hokage dans une heure. L'Adonis ne fut pas dupe mais n'insista pas. Buvant tranquillement, il ré adopta son attitude flegmatique, qui le caractérisait.

Alors que le silence s'épaississait, Iruka se força à vaquer à ses occupations. Il ne voulait montrer, en aucun cas, qu'il était inquiet. Et surtout pas devant son senpai. Kakashi, lui, resta assis sur le sofa, plongé dans une des ses lectures des plus… intéressantes. Les minutes s'égrenèrent lentement. Lorsque l'heure fut arrivée, les deux hommes se préparèrent en silence. Sous leur façade calme, tous deux étaient inquiets, autant pour eux que pour l'autre…

***

« Bonjour, Messieurs. »

*Ah, tiens, elle est polie, maintenant, la Vieille ?!* S'étonna Kakashi.

Sans un mot, les deux hommes s'approchèrent. Sur l'ordre de l'Hokage, ils se mirent assis devant son bureau. La femme les regarda, sembla un instant les jaugés. Iruka, mal à l'aise, baissa les yeux. Les mains serrées en poing pour éviter de trembler d'inquiétude, il retint sa respiration. Tsunade tourna son regard vers Kakashi et croisa son regard déterminé. Un sourire se posa sur son visage. Tous deux avaient déjà changés. Ils s'étaient corrigés. Elle ouvrit enfin la bouche.

« J'ai une faveur à vous demander…

-Ah tiens, ce n'est pas une obligation, aujourd'hui ? Ne put s'empêcher de lâcher l'Adonis.

-Non… »

La voix de la femme se perdit dans le silence. Elle semblait beaucoup plus douce que la dernière fois qu'ils l'avaient vue. Iruka, surpris par se revirement, releva les yeux et les posa sur elle. Il chercha à comprendre ce qu'il se passait. Puis, la curiosité le poussant, il finit par demander :

« Quelle faveur est-ce ?

-Une enfant vient d'être retrouvée, errante dans le village. Je sais d'où elle vient, mais personne ne veut d'elle. Je ne peux pas, moi même, m'en occuper, et personne dans le village ne veut d'elle… Alors j'aimerais savoir si…

-Nous étions d'accord de l'adopter, c'est ça ? La coupa Kakashi, un peu froidement.

-C'est cela. »

Kakashi lâcha un soupire exaspéré. Il commençait à en avoir marre des idées farfelues qu'avait l'Hokage. A ses côtés, Iruka leva les sourcils, surpris. Il se demanda un instant pourquoi elle avait demandé à eux avant qu'une autre question se pose dans son esprit. Se repassant les mots qu'elle avait prononcés, le dauphin lâcha, suspicieux :

« Pourquoi personne ne veut d'elle ?

-Et bien… Elle est… Elle a été, sois disant, maudite à sa naissance. Ses parents sont morts, ainsi que ca première famille d'accueil. Et, selon son village d'origine, elle leur a attiré de mauvaises récoltes et des guerres. »

*Elle n'a pas du avoir une enfance heureuse… Comme Naruto.* Pensa Iruka.

L'histoire de cette gamine l'attendrit et ses instincts paternels reprirent le dessus. Il dévisagea Tsunade, et celle ci comprit qu'elle venait de se mettre l'un des deux ninjas dans la poche. Se levant, elle se dirigea vers une petite porte, sur le côté, et revint avec l'enfant en question dans ses bras.

C'était une petite fille, entre 6 et 7 ans. Ses cheveux étaient longs bruns, aux reflets violine. Pâle, maigrichonne, elle semblait presque morte. Seuls ses grands yeux d'une incroyable couleur océan témoignaient de sa vivacité. Tremblante, et morte de peur, elle agrippait Tsunade à deux mains. L'Hokage revint à son bureau avec l'enfant dans ses bras. Lorsqu'elle reconnut les deux hommes, elle les regarda, puis tendit les bras vers eux.

« Pourquoi fait-elle ca ? Demanda Kakashi, étonné de la voir les quémander.

-Elle vous a adopté, c'est pour cette raison que j'aimerais que vous acceptiez… »

Posant ses grands yeux pleins d'eau sur les deux hommes, la fillette sembla vouloir leur dire quelque chose. Ses mains se refermaient sur du vide et elle semblait si désireuse d'être avec qu'eux que même le cœur froid de l'Hatake fondit. Tournant la tête l'un vers l'autre, les deux colocataires échangèrent un regard avant d'acquiescer. L'enfant avait réussie à avoir ce qu'elle voulait. Iruka se leva et s'approcha d'elle. S'accroupissant pour être à son niveau, il lui dit :

« Bonjour, Mademoiselle. Comment t'appelles-tu ?

-Aik… Aik…Buta la gamine sans réussir à sortir le prénom.

-Elle ne parle pas, si ce n'est pour dire ceci. Intervint Tsunade.

-Bien. Et bien, ma belle, nous t'appellerons Ai pour l'instant. »

Tendant les bras vers la fillette, il la récupéra contre son torse. Kakashi s'était levé et souris à Ai en effleurant sa joue. La gamine posa ses yeux sur lui et cacha à demi sa tête dans l'épaule du dauphin. Tsunade, avant de les laisser partir, leur expliqua que Ai ne savait ni marcher, ni parler –sauf pour son prénom-. S'ils ne faisaient pas attention, elle ne se nourrirait pas. Surpris par ces informations, les deux hommes voulurent avoir une réponse. Celle-ci fusa, horrible :

« Elle a grandi en étant l'ennemie et sans trouver de réconfort. On lui a toujours dit qu'elle méritait de mourir et on a même attenté à sa vie plusieurs fois. Elle ne comprend donc pas qu'elle doit exister. J'espère que vous lui redonnerait le gout de vivre… »

***

Kakashi s'était endormi sur le sofa après être revenu du bureau de l'Hokage. Alors que son cadet s'occupait de la fillette, il avait préféré se reposer dans son coin. Tout ceci était presque trop brutal pour lui. Il avait la drôle d'impression que tout lui tombait dessus et qu'il ne pouvait plus rien contrôler. Dans le fond, il n'avait jamais vraiment apprécié ne pas contrôler son existence… Dormant toujours profondément, il fit un grand bond lorsqu'il entendit Iruka l'appeler.

L'Hatake se leva, inquiet et se dirigea vers la cuisine. Il y trouva Iruka en train de préparer le repas. Sur la table central, Ai était assise et dominait la pièce de ses grands yeux océans. Lorsqu'elle vit Kakashi, elle tendit les bras vers lui. Il s'approcha d'elle, un sourire sur les lèvres, et la prit dans ses bras.

« Quelle douceur ! Lança Iruka, de bonne humeur

-Comment ça ? Se défendit l'Adonis.

-Lorsque tu as pris Ai, on aurait dit que tu prenais une poupée de porcelaine. »

Eclatant de rire, Iruka adressa un sourire à Kakashi, puis retourna à sa préparation. L'Hatake, lui, le regarda suspicieux, tandis que la fillette, jouais avec ses cheveux. Tournant ses yeux dans les siens, Kakashi lui lança un sourire qu'il voulut doux. Les yeux d'Ai se remplirent brusquement de larmes. Horrifié et perdu, l'Adonis lança :

« Mais non, ne pleure pas ! »

Trop tard. La petite brune se mit à pleurer à gros sanglots. Kakashi, ne sachant que faire, tourna un regard désespéré vers son cadet. Ce dernier, entendant les pleurs de l'enfant, s'était approché d'eux. Il prit doucement Ai dans ses bras et la berça, jusqu'à ce qu'elle se calme. Séchant ses larmes, il la regarda avec amour.

*C'est incroyable. Comment a-t-il fait… ?* Se demanda Kakashi.

***

Iruka et Kakashi étaient assis sur le sofa. Devant eux, Ai jouait avec des cubes. Enfin, jouer est un grand mot. Elle empilait les cubes puis se tournait vers un des deux adultes et attendait leur avis. Les deux ninjas s'amusèrent vite de la façon dont elle avait besoin de leurs commentèrent pour recommencer. A chaque fois, d'ailleurs, elle s'améliorait.

Faisant rouler un cube, sans faire exprès, elle se tourna vers Kakashi et tendit le doigt vers son objet. L'Hatake la regarda, longuement, puis, se penchant vers elle, il lui dit en souriant :

« Si tu le veux, va le chercher. »

Ai ouvrit de grands yeux. Iruka, lui, se tourna d'un bloc vers l'Adonis et ouvrit la bouche pour l'apostropher. Kakashi lui fit signe de ne rien dire. Ses yeux se mirent à pétiller de joie alors que l'enfant poussait sur ses mains pour se mettre debout. Elle réussit à se mettre sur ses pieds, chancela, et retomba. Kakashi, alors, avec une tendresse qui ne lui était pas habituelle, se leva et l'attrapa par les mains. Il l'aida à se mettre debout, et a marcher vers le cube. Faisant quelques mètres, ainsi, Ai arriva à son jouet. Elle se pencha, lâcha les mains de l'Adonis et éclata d'un rire joyeux…

Kakashi en profita pour reculer. Iruka, les yeux brillants d'une fierté qu'il éprouvait pour la gamine attendit qu'elle se relève et lui tendit ses bras. Ai, courageuse comme aucun enfant ne l'aurait été, se mit en tête de le rejoindre en marchant seule. Elle trébucha, se releva et finit par atterrir dans les bras du brun. Ce dernier la serra contre lui, posant un baiser sur le haut de sa tête. Le regard des deux adultes se croisa, un sourire commun se dessina sur leurs lèvres.

***

Ca faisait déjà une semaine. Une longue semaine que Kakashi et Iruka avait récupéré, chez eux, Ai. En une semaine, de nombreuses modifications s'étaient faites chez les trois habitants de la petite maison. Iruka avait enfin retrouvé une raison de sourire et de vivre. Kakashi avait réappris le bonheur d'être avec d'autre & Ai comprenait, enfin, qu'elle n'était pas mauvaise. Elle avait donné sa confiance aux deux hommes, et accepté de se nourrir correctement. Elle marchait à présent beaucoup mieux et avait prononcé ces premiers mots quelques jours après ses premiers pas. Et, aussi étrange que cela puisse paraître, elle parlait déjà presque couramment. Ses ressources étaient surprenantes.

La petite « famille » était installée dehors, sur la pelouse. Kakashi s'était couché et son unique œil avait fini par se fermé. Iruka, installé à ses côtés, veillait sur l'enfant. Cette dernière gambadait dans l'herbe, ses grands yeux s'émerveillant de tout. Grimpant à un petit arbre, elle lança un sourire ravi au dauphin. Ce dernier resta sur ses gardes. Lorsqu'il la vit tomber, et s'écorcher les genoux, il se leva. S'approchant d'Ai, alors que des larmes noyaient ses grands yeux océans, il s'accroupie devant elle :

« Viens la, princesse.

-'Uka… ! Sanglota Ai.

-Ce n'est rien. On va mettre un pansement et tu n'auras plus mal. Allez, cesse de pleurer. »

Ai tendit les bras vers son « sauveur ». Iruka la prit contre lui et la ramena jusqu'à l'Adonis. Il posa Ai en douceur sur le sol et partit chercher du désinfectant et un pansement. Lorsqu'il revint, il trouva la fillette plongée dans ses pensées. Avec un sourire, il soigna sa jambe et se rassit en face d'elle.

« Ca va mieux, Amour.

- Je ne suis… pas… Amour. Répliqua la gamine, sérieuse.

-Mais, ma Chérie, Ai signifie Amour. »

La fillette secoua la tête négativement. Kakashi, à leur côté, ouvrit son œil et se tourna vers eux. Le dauphin, têtu lui expliqua que c'était vrai ce qu'il disait, et son ainé y acquiesça. Ai refusa et se renfrogna. La tristesse se mit à briller dans son regard. Iruka attrapa doucement son menton et lui dit :

« Je t'assure, Ai, c'est…

-NON ! La gamine hurla, des larmes ravageant son visage. Aika pas Ai ! »

*Aika ? Le prénom qui signifie Lamentation ?* pensa Iruka.

La fillette, qui brusquement semblait avoir grandi de plusieurs années, se dirigea en trébuchant jusqu'à la maison. Elle disparut dans le salon. Iruka, les yeux grands ouverts, resta pétrifié. Le voyant blêmir, Kakashi se redressa et alla jusqu'à lui. Posant une main sur son épaule, il plongeant son unique œil dans le regard chocolat de son cadet.

« Iruka…Iruka… ? Iruka !

-Je… Qu'ai-je fais ?

-Rien. Tu n'as rien fais. Calme-toi. Tu ne pouvais pas savoir ça.

-Oui mais… Tu as vu son regard. Je… »

Des larmes vinrent mouiller le regard du chuunin. Baissant la tête, il se renferma sur lui même, comme toujours. Il ne supportait pas de faire du mal à quelqu'un, même inconsciemment. C'était d'autant plus qu'il venait de blesser une enfant. Son corps fut secoué d'un sanglot silencieux.

Le dauphin tressaillit lorsque deux bras se refermèrent sur lui. Son ainé l'attira contre son torse et le serra dans ses bras. Posant son menton sur la tête d'Iruka, Kakashi lui expliqua que ce n'était pas grave. Le consolant comme il pouvait, il le garda contre lui un long moment. Iruka se laissa faire, sans vraiment se rendre compte de ce qu'il se passait.

Ce fut une petite voix dans leur dos qui les tirèrent de leur étreinte. Aika s'approcha d'eux, penaude. Ses yeux étaient rougies et ses joues pâles. Regardant les deux hommes, elle s'approcha pas très sur d'elle, et répéta d'une voix mêlé de peur, de tristesse et peine :

« Pardon… Je… Suis désolée…Iruka.

-Je… Iruka se tu et laissa un silence s'installer. Ce n'est pas ta faute, ma princesse. Viens là. »

Lui ouvrant grand les bras, il vit la gamine se remettre à pleurer et foncer dans ce cocon de douceur grand ouvert. Se blottissant contre son torse, elle pleura de plus belle. Iruka posa sa tête dans ses cheveux et pleura en silence, lui aussi.

« Je me sens seul, là. Lâcha Kakashi, mi amusé – mi inquiet. »

Un regard s'échangea entre l'enfant et son « protecteur ». Puis, dans un accord silencieux, ils se jetèrent tous deux sur Kakashi, qui se retrouva au sol. Refermant ses bras sur sa nouvelle famille, il ne put s'empêcher de sourire. Il venait de découvrir ce qu'était qu'être heureux en communauté et tout ça, grâce à un homme et une fillette de 7 ans.

*Ma vie est à présent eux.*

***

La nuit commençait à grossir. Kakashi ouvrit la fenêtre de la chambre d'occupait Aika dans l'idée de fermé les volets. Iruka, lui, mit l'enfant dans son lit puis la borda. Caressant tout doucement sa joue, il lui adressa un sourire. La petite brune tourna la tête vers Kakashi et lui demanda de laisser les volets ouverts. Lorsque celui-ci demanda pourquoi elle voulait qu'il laisse ouvert, elle lui répondit simplement :

« J'aime les étoiles. »

L'Adonis se retourna vers elle, un sourire sur les lèvres. Iruka posa un baiser sur le front de l'enfant, lui souhaita une magnifique nuit pleine de beaux songes, puis sortit de la chambre, jetant un regard à son colocataire. Kakashi lui adressa un sourire puis alla jusqu'à l'enfant. L'embrassant sur la joue, il lui souhaita aussi une bonne nuit. Eteignant la lumière, il commença à sortir. Pourtant, avant de refermer la porte, il murmura à la fillette :

« Moi aussi, je les aimes. »

*Grace à toi & Iruka.* Ajouta-t-il pour lui même.

***

La nuit avait commencée depuis bien longtemps. Couchée dans son lit, Aika regardait les étoiles briller par millier. Ses yeux étaient pleins de larmes. N'y tenant plus, elle se releva, sans un bruit, et alla jusqu'à la fenêtre. L'ouvrant en grand, elle regarda la brilleuses du ciel. Un sourire joua sur ses lèvres.

« Merci… Sirius. »

Les larmes cessèrent de couler. Elle resta encore un moment devant la fenêtre, puis repartit dans son lit. Posant sa tête sur l'oreiller, elle inspira l'odeur. Celle qu'il y avait partout ici. L'odeur de l'amour. Fermant les yeux, elle sentit le sommeil venir vers elle. Avant que Morphée referme ses bras sur elle, elle murmura :

« Bonne nuit Iruka, Kakashi… »