Ce soir-là, après s'être retourné plusieurs fois dans ses draps, Jacob avait compris qu'il ne fermerait pas l'œil cette nuit et, silencieusement, il avait quitté sa chambre par la fenêtre.

Maintenant, il déambulait lentement sur la plage déserte, les mains enfoncées dans ses poches. Son esprit était trop plein pour qu'il puisse précisément savoir à quoi il pensait en ce moment.

Au bout de quelques minutes, il cessa de marcher et laissa ses yeux vagabonder sur la mer noire. Dans l'obscurité, le spectacle était encore plus impressionnant qu'en plein jour, car la menace des vagues prenait les visiteurs de la Push par surprise, mais Jacob aimait ça. Ici, et pour la première fois aujourd'hui, il sentait le calme l'envahir.

Soudain, le jeune homme sentit qu'il n'était plus seul. Il se retourna doucement et fit face à Embry.

-Jake ? Qu'est-ce que tu fais là ?

-Je pourrais te poser la même question, fit remarquer le jeune homme.

Son ami fut bientôt à sa hauteur. Jacob remarqua que de grands cernes ornaient ses paupières inférieures d'Embry.

-Moi, je viens ici tous les soirs, expliqua le garçon.

-Tu es insomniaque? s'étonna Jacob.

-Disons seulement que j'ai besoin de calme et de sérénité pour arriver à fermer l'œil, chuchota Embry. Et il n'y a qu'ici que je les trouve.

-Ta mère est au courant ?

Embry lui lança un regard amusé.

-J'ai dit que j'avais besoin de calme et de sérénité, Jake.

Jacob ne put s'empêcher de rire avec son ami.

-Et toi alors, tu n'as pas répondu à ma question, fit Embry, de nouveau sérieux.

Jacob balaya la plage.

-La journée a été trop longue et trop remplie, expliqua-t-il. Et gamberger n'est pas le meilleur moyen pour s'endormir.

-C'est vrai que ça n'a pas été un jour comme un autre, approuva Embry.

-J'espère qu'elle s'en sortira.

-Leah ?

Jacob lança un regard entendu à son ami, qui se justifia :

-Ca m'étonne juste que tu te soucis autant de son rétablissement.

Jake écarquilla des yeux choqués.

-Q… quoi ?

-Non, mais c'est vrai, tu n'as jamais particulièrement apprécié Leah.

-Elle est à l'article de la mort, Embry !

Ce dernier se contenta d'hausser les épaules. Jacob émit un grondement inquiétant. Embry remarqua alors que ce dernier était vraiment en rogne.

-Hé ho, du calme. Je ne dis pas ça parce que je ne me soucis pas de son rétablissement. Ca m'affecte autant qu'à toi, je te signale ! Et d'ailleurs, j'aurais pensé que ça m'affecterais plus qu'à toi, tu ne la supportais pas.

-Des querelles de gamins n'ont rien à voir ici ! s'emporta Jacob. Elle risque de mourir, Embry, tu ne te rends pas compte ? Peut-être qu'on ne l'entendra plus jamais. Peut-être que je ne la verrais plus jamais…

Sur ce dernier mot, la voix du jeune homme se brisa.

-Bon, je suis désolé mec, murmura Embry. Je m'excuse, ok ? Je ne savais pas que ça te mettrais dans cet état.

Jacob se prit la tête entre ses mains.

-Je ne sais pas ce qu'il m'arrive, Embry. Je… je ne peux pas imaginer qu'elle ne se réveille pas.

A court de mot, Jacob se laissa tomber sur un tronc d'arbre couché. Son ami s'assit à ses côtés, et ne dit rien. Il savait que les mots étaient inutiles. Au bout de longues minutes de silence, Jacob murmura :

-Je m'en voudrais toute ma vie si jamais elle ne se réveille pas…

-Pourquoi ? demanda Embry.

-J'étais là, devant et je…

-Jake ! Sam te l'a déjà dit, tu n'y es pour rien.

-Ouais… C'est sympa de sa part de mentir pour me remonter le moral.

Un inquiétant grondement s'éleva de la poitrine d'Embry.

-La sympathie n'y est pour rien, dit-il d'une voix dure. Il est juste réaliste. Te nommer toi même comme responsable ne servira à rien, sinon à te ronger de l'intérieur et à devenir complètement maboul !

Jacob se tut encore. Puis il lança un regard à son ami :

-Merci, vieux.

-De rien.

Jacob frappa à la porte des Clearwater en baillant. Bien qu'il fût très tôt, il savait que Sue ou Seth étaient déjà levés, depuis l'accident ils veillaient sur Leah à tour de rôle.

Quelques secondes plus tard, Seth ouvrit.

-Ah, salut Jake.

-Salut le môme.

-Je suppose que tu veux la voir.

Jacob acquiesça et Seth se poussa pour le laisser entrer.

-Comment va-t-elle ?

-Son état n'a pas évolué. Au moins, ce n'est pas pire, soupira Seth.

-Tu as raison.

Jacob s'approcha des escaliers.

-Au fait, Jake.

-Oui ?

-Je… je sais que tu te sens coupable pour ce qui est arrivé, autant que moi sûrement. Mais… ne te sens pas obligé de venir la voir aussi souvent.

Jacob s'immobilisa au milieu des marches.

-Quoi ?

-Je veux dire, c'est quand même ta sixième visite en trois jours.

-Tu… voudrais que je vienne moins souvent, c'est ça ?

-Non, juste que tu ne te forces pas à venir parce que tu as des regrets.

-Je comprends. Mais ne t'inquiète pas, je viens juste pour savoir comment elle va et parce que j'en ai envie.

Seth acquiesça, et Jacob disparut dans les escaliers.

Quand il entra dans la chambre de Leah, il ne fut même plus frappé par la pâleur de sa peau, pareille à de la craie, et à son souffle saccadé. Elle était toujours inconsciente, mais Jacob n'en était plus étonné. Il en avait l'habitude, maintenant.

D'ailleurs, il s'était rendu compte qu'un rituel s'était instauré lors de ses visites. D'abord, il la saluait, comme s'il parlait à une personne consciente, puis il s'asseyait sur le fauteuil près du lit et lui racontait ce qui se passait à la réserve, et au sein de la meute.

Mais cette fois-ci, Jacob eut envie de faire quelque chose qui ne collait pas à cette routine. Alors, il s'avança vers elle, passa une main sur la joue de Leah, et, le plus naturellement du monde, déposa un baiser sur son front.

Pendant près d'un quart d'heure, il resta à son côté, et parla, encore et toujours, comme lui avait conseillé Carlisle. Le jeune homme était un peu déçu que Leah n'est pas repris de forces depuis qu'il l'en avait prestement prié, mais il continuait d'y croire. Il devait y croire encore.

Il aurait voulu rester plus longtemps, mais il était l'heure d'aller au lycée.

Il se leva, et comme à son arrivée, embrassa la jeune fille sur le front et sortit. Dès qu'il eut fermé la porte, il se confronta à un sentiment qu'il connaissait bien maintenant, et qui, comme tout le reste, faisait partie du « rituel » : un sentiment de manque. Sans pouvoir dire précisément pourquoi, à l'instant où Jacob fermait la porte de la chambre de Leah, il n'avait qu'une envie, retourner à son chevet.

« J'ai menti à Seth, pensa-t-il en redescendant les escaliers, je ne viens pas la voir parce que j'en ai envie. Je viens ici parce que j'en ai besoin. »

Voilou un autre chapitre ^^ ! J'espère qu'il vous plaira ! {enjoy}