Paul, affalé nonchalamment sur le canapé des Black, passait toutes les chaînes de la télé en revue, la télécommande à la main.
Soudain, Jacob émergea de la cuisine, une canette de soda à la main.
-Paul, qu'est-ce que tu fous là? soupira-t-il.
Ce dernier se tordit le cou pour pouvoir regarder Jacob et lâcha, dans un petit sourire:
-Fais pas cette tête! Entre frère de meute, on peut bien partager nos niches, non?
Paul partit alors d'un énorme éclat de rire qui fit trembler les murs de la maison, se tenant les côtes et se tortillant sur le canapé. Jacob n'avait pas bougé et le scrutait avec exaspération.
-Je suppose que tu te trouves génialement drôle?
-Oh allez, ça va! s'exclama Paul en essuyant ses larmes d'hilarité. Où est passé ton sens de l'humour, Jake?
-C'est bizarre, j'allais te poser exactement la même question, marmonna le jeune homme.
Paul leva les yeux au ciel et se retourna vers la télé en se calmant.
-Tout ça à cause de Leah... murmura-t-il en zappant sur une chaîne de cuisine.
Jacob arqua un sourcil.
-Quoi Leah?
-Oh, allez, même toi tu es forcé d'avouer que tu n'es plus le même depuis qu'elle a été mordue.
Jacob se laissa tomber sur un fauteuil et but une gorgée de soda.
-Paul, ce n'est pas parce que je ne me tords pas de rire devant tes blagues désolantes que je ne suis plus le même.
-Tu sais que je ne parle pas que de ça, fit Paul, qui était redevenu sérieux.
-De quoi alors?
-Jake, tu n'as jamais aimé cette fille.
Jacob fronça les sourcils.
-Oh, tu ne vas pas t'y mettre! Ce n'est pas parce que je n'appréciais pas Leah avant que je dois avoir envie qu'elle meurt.
-J'espère bien que non, mec! Sinon tout le monde aurait envie qu'elle meurt.
Il fallut quelques secondes à Jacob pour comprendre les paroles de Paul. Ce dernier précisa:
-Personne ne l'appréciait vraiment.
-C'est parce qu'on n'a jamais fait attention à elle.
Paul baissa le son de la télé, preuve qu'il était prêt à se lancer dans une grande conversation.
-Tu vois, Jake, c'est de ça que je parle! Avant, jamais tu n'aurais dis qu'on ne faisait pas attention à elle!
-Et c'est mal? s'emporta Jacob. J'ai réalisé que j'avais été un gros nul, comme vous d'ailleurs, et qu'on n'avait même pas remarqué à quel point elle était malheureuse, c'est tout!
-Non, je ne pense pas que ça soit tout, marmonna Paul.
-Et ben vas-y Paul, vas jusqu'au bout de ta pensée philosophique, grogna Jacob, mais fais attention au claquage du cerveau.
A ces mots, Paul se leva brusquement, saisit de petits tremblements.
-Ce n'est pas parce que tu es totalement fou de Leah l'insupportable que tu dois t'énerver comme ça! cria-t-il.
A son tour, Jacob se leva, tremblant de la tête au pied.
-Retire ce que tu as dit!
-Quoi? Leah l'insupportable, c'est ça? Oh pardon, tu préfères peut-être Leah, la fille la plus chiante de la réserve dont tu es totalement raide dingue?
-Retire! hurla Jacob, près à bondir sur son adversaire.
Mais la sonnerie de téléphone couvrit la fin de son cris, et Jacob s'arrêta immédiatement de trembler et se jeta sur le combiné. Paul, surpris par ce comportement, cessa également de trembler. En temps normal, rien ne passait avant une petite bagarre pour eux. Et pourtant, une seconde après la sonnerie, la colère de Jacob s'était envolée sous ses yeux comme par magie.
-Bonjour Carlisle... Oui... Ah...
Soudain, Jacob se figea.
-N... non! C'est pas vrai!
Paul se mit à craindre le pire. D'accord, il n'aimait pas Leah. Il la détestait même, mais il ne souhaitait pas sa mort. Il savait que si la meute était confrontée à une telle tragédie, elle ne s'en relèverait peut-être pas.
Mais quand le visage de Jacob s'éclaira d'un grand sourire, Paul soupira de soulagement.
-Oui, j'y vais tout de suite! Au revoir et merci!
La seconde d'après, Jacob avait raccroché et se précipitait vers la porte d'entrée.
-Hé! cria Paul. J'en ai pas fini avec toi.
La voix de Jacob lui parvint depuis le jardin, qu'il traversait en courant.
-Je te casserai la figure plus tard, promis!
C'est encore essoufflé par sa course que Jacob entra dans la chambre de Leah. Quand il posa les yeux sur la jeune fille, il resta abasourdi. Au téléphone, Carlisle lui avait annoncé que Leah répondait enfin au traitement, et ce depuis 4 heures. Mais jamais le jeune homme n'aurait pensé qu'elle se rétablirait aussi vite. Bien que toujours inconsciente, Leah ne semblait plus malade, seulement endormie. Sa peau était de nouveau scintillante et cuivrée, ses lèvres avaient repris leur couleur légèrement rosée, ses cheveux noirs de jais avaient retrouvé leur brillance et surtout, le cœur de la jeune fille battait normalement.
Jacob cligna plusieurs fois des yeux. Il avait l'impression que c'était la première fois qu'il voyait Leah vraiment. Elle était tellement belle...
Le jeune homme s'approcha et se laissa tomber sur le fauteuil.
-Alors, ça y est, Leah, murmura-t-il. Tu te bats enfin.
Il s'interrompit un instant, baissa les yeux, puis les releva vers elle.
-J'ai toujours su que tu étais forte. Tu vas revenir, pas vrai? Tu...
Jacob se tut alors, frappé par une soudaine prise de conscience. Depuis l'accient, il avait été comme dans une bulle. Comme s'il était sur une planète qui tournait autour d'un seul but: le rétablissement de Leah.
Au début, il avait mis ça sur le compte de la culpabilité. Un besoin de se racheter, en quelque sorte. Mais maintenant qu'elle répondait enfin au traitement, il devait sortir de cette bulle et arrêter de se voiler la face. Autre chose le poussait à agir ainsi, bien plus fort que des remords. Bien sûr, il s'en était déjà rendu compte, mais il avait toujours refusé d'y réfléchir vraiment, il n'avait pas voulu mettre de nom sur ce sentiment nouveau qu'il ressentait, cela lui faisait peur. Il s'était juste accroché au seul but de la ramener à la vie.
Et aujourd'hui, il savait qu'il était temps d'être honnête envers Leah et envers lui-même. Jacob se pencha vers Leah et passa sa main sur la joue de la jeune fille.
-Je t'aime Leah, murmura-t-il.
C'était une évidence, et le dire lui avait semblé être la chose la plus naturelle du monde. Jacob soupira et se mit à penser à ce que cela impliquer vraiment.
