Nous ne pouvions savoir exactement quand les Volturi arriveraient alors nous nous étions installés dans une immense clairière.
La même qui avait accueilli la bataille contre la bande de Victoria. Cela me paraissait si loin à présent. La menace qu'ils avaient représentés à l'époque me semblait anodine comparés à la puissance que nous allions bientôt devoir affronter.
J'avais peur. Tellement peur de perdre tout ce que j'avais. Je voulais être heureuse encore et encore, je voulais aimer Edward pendant encore des siècles.
Je ne pouvais plus quitter Renesmée et cela se sentait, plus personne ne me demandait de la prendre dans ses bras.
Je la serrais sans cesse contre moi comme si cela pouvait empêcher les Volturi de me la prendre, de la... détruire.
Nous étions tendus, tous. Plus de sourire, plus de rire,juste des murmures étouffés comme si nous enterrions quelqu'un.
Cette nuit-là, je restais aux côtés de Renesmée, Edward me serrant dans ses bras. Mon visage était fermé, je voulais sourire pour le rassurer mais je n'y arrivais pas.
Au petit matin, Alice, le visage à peine reconnaissable sans le sourire qu'elle affiche toujours, vient nous voir.
-"Ils seront là bientôt."
Renesmée se réveille dans mes bras, je l'habille et la serre contre moi, Edward à mes côtés. Au moment ou nous sortons de la tente, il me saisit le bras et m'embrasse avec douceur, avec une retenue qu'il n'a pas en temps normal.
-"Bella, je t'aime."
Il murmure comme si les autres ne pouvaient l'entendre, comme si ces mots n'appartenaient qu'à moi.
Chacun commence à prendre ses positions. Jacob et les siens émergent de la forêt, se déploient.
A quelques pas de moi, Edward et Carlisle se parlent mais je ne saisis pas leur conversation, mon attention ne se détourne pas de Renesmée.
Ma fille. Quand je la portais dans mon ventre, je n'avais jamais réfléchi à cela, jamais pensé que son existence pouvait nous attirer des problèmes. Je ne pensais qu'à mon bonheur de porter en mon ventre l'enfant d'Edward, le fruit de notre amour é n'avais pensé qu'à mon bonheur: je n'aurais jamais la frustration de ne pas connaître la maternité.
J'étais mère, elle était ma fille, mon amour chérie.
Carlisle, Emmett, Edward et Garett étaient en première ligne; bien trop exposés à mes yeux.
Je tremblais mais ne laissais rien voir. J'allais être forte, j'allais me montrer à la hauteur de mon mari, de ma fille si petite mais si courageuse, de ma famille, unie et prête.
Edward ne se tourna pas vers moi mais il tendit sa main et je la saisis.
Quelques secondes plus tard, je me crispais: comme tous les autres, j'avais entendu: ils arrivaient.
Les derniers instants furent aussi horribles que je l'avais imaginé: je voulais tirer Edward en arrière et m'enfuir, avec lui et Renesmée. Mais je ne le fis pas, je restais là, attendant nos juges.
C'est comme si ils avaient tout faits pour nous faire sentir que nous leur étions bien inférieurs.
Ils surgirent de la forêt, tous ensemble, d'un même mouvement. Leurs manteaux battant au vent, ils avaient les visages fermés et sérieux de ceux qui savent que leur action, même difficile, est juste et justifiée.
Lentement, ceux qui étaient le plus sur les côtés, revinrent vers le centre et en un instant, tous suivaient Aro, Marcus et Caïus, leurs longs manteaux noirs en tête de la formation.
Ils s'arrêtèrent à une centaine de mètres de notre groupe. De loin, je vis le vague sourire d'Aro et cela n'arrangea pas mon angoisse.
Edward se tourna vers son père:
-"Il veut nous voir, juste toi et moi."
Il se retourna vers moi et son visage me fit peur, je ne voulais voir l'angoisse qui s'en dégageait. Il m'embrassa furtivement et je lui rendis sa main à contre coeur.
Au côté de Carlisle, il avança doucement vers le clan, trop puissant, bien trop nombreux à mon goût.
Ils s'arrêtèrent à quelques mètres des Volturi: Aro, suivi de Chelsea, se détacha du trio de tête et s'avança.
-"Carlisle."
-"Aro."
-"J'aurais souhaité te revoir en des circonstances plus heureuses."
-"Elles ne seront pas forcément malheureuses."
-"Carlisle, voyons, tu connais nos règles, tu as laissé créer cette créature."
-"Elle est ma fille."
La voix d'Edward résonna.
-"Mon jeune ami, peut importe comment tu appelles cela, elle est interdite."
-"Elle est ma fille biologique."
Des murmures s'élevèrent de part et d'autre du clan des Volturi, Caïus y mit fin en un regard. Il s'avança à son tour, il était effrayant tant la colère se lisait sur son visage.
-"Tu oses nous mentir, pauvre fou!"
Malgré l'homme qui le menaçait, Edward conserva apparemment son calme.
-"Je ne mens pas. Aro pourrait le confirmer."
-"Oh, comme si tu ne pouvais lui mentir!"
-"Caïus, calmes toi!Edward, as tu des preuves de ce que tu avances?"
-"Son coeur bat."
Je vis alors les deux vampires se tourner vers moi, leurs regards se posèrent sur ma fille.
Au bout de secondes qui me parurent interminables, le visage d'Aro s'éclaira:
-"Seigneur, c'est vrai!"
Caïus au contraire, se renfrogna un peu plus et se tourna vers le rond formé par son clan.
-"Le témoin!"
Au milieu des Volturi, je reconnus Irina, le visage effrayé; elle s'avança pour rejoindre ceux à qui elle nous avait sans le vouloir, vendus.
-"Est ce bien l'enfant que tu as déclaré comme immortelle?"
Le ton froid et cassant de Caïus ne la rassura pas:
-"Je ne sais pas...on dirait mais..."
-"Mais quoi?"
-"Elle a changé."
Caïus poussa un hurlement de rage et lui assena une claque si violente que j'étais certaine qu'un humain en aurait eu la tête arrachée. A côté de moi, Tanya et Kate eurent des grognements bien compréhensibles.
Il se détacha d'Aro et revint vers le groupe, Aro le rejoint, toujours suivi de près par Chelsea.
Irina rejoignit également les rangs au moment ou Edward et Carlisle revenaient vers nous, tous deux le visage aussi fermé que nous tous.
-"Ils ne savent que faire. Caïus pense que nous avons échangé d'..."
Il stoppa net et une odeur étrange et âcre m'envahit soudain les narines.
Je ne savais de quoi elle provenait mais tournait la tête vers la forêt, d'ou elle provenait.
Les Volturi, nos témoins, tous tournèrent la tête vers cette odeur hypnotisante mais désagréable.
Edward fut le seul à s'en détourner et plongea son regard dans le mien:
-"Ceux sont les Milo, ils arrivent."
Etions nous pour autant sauvés? Je ne pouvais que l'espérer.
