Même infos que le chapitre précédent.
Chapitre 2 ; Luscious Poison
La nuit tombait, mais le sorcier était plongé dans ses pensées sans apercevoir le soleil qui filait vers l'horizon. Le contrecoup lui donnait l'impression d'être perdu dans un cauchemar. L'image des Dursley morts dans sa tête se dissipait comme dans un mauvais rêve. Pourtant, les frissons étaient encore assez forts pour lui rappeler à quel point la journée avait été réelle.
Une série de coups frappèrent à la vitre de sa fenêtre. Machinalement, Harry s'empara de sa baguette tout en observant la source des bruits. Rien dans le cadre de bois, seulement le noir total de la nuit... Ou presque ; une large forme noire se tenait au rebord. Sur elle ; un petit rectangle blanc qui repoussait les ténèbres qui l'entouraient.
Toujours armé, Harry ouvrit la vitre, pour apercevoir plus distinctement un corbeau, qui tenait dans son bec de jais une lettre. Le Prince de la Nuit resta perché sur le rebord, en attendant que Harry lise les mots qui lui étaient adressés.
Cher Harry,
Je viens d'apprendre la tragédie qui est arrivée cet après-midi, je te présente donc mes plus sincères condoléances en ce moment très difficile. Et dire que la journée avait si bien commencé... Je tiens donc à t'inviter séjourner chez moi, aussi longtemps que tu le désires ; les souvenirs s'estomperont sûrement plus rapidement si tu quittais les lieux pour quelques jours. Qu'en dis-tu ?
Fixons le rendez-vous pour Vendredi, j'espère que ce jour te convient. J'attends impatiemment ta réponse.
Je te représente mes condoléances les plus amicales.
Tom M. Riddle
Harry inspecta vaguement la fine écriture à l'encre noire. Tom n'avait pas réellement tort ; si le sorcier changeait un peu de décor, il serait bien plus rapidement sur pied. Voyant que le corbeau restait immobile, le fixant de ses minuscule billes de suie, Harry attrapa une plume et écrivit au dos de la lettre.
Cher Tom,
Je te remercie.
J'accepte volontiers ton invitation. Nous n'aurons qu'à nous retrouver dans le parc pour Vendredi matin. J'y serai à partir de 8h30.
Harry
Vendredi arrivait dans deux nuits précisément. Il attendit que l'encre sèche, puis enroula la feuille autour de la maigre pâte de l'oiseau avant que celui-ci ne s'envole. Le seul point positif de cette curieuse journée était bien lorsque l'aube se levait dans le parc… Mais Harry pourrait-il rire comme il l'avait fait le matin-même ?
L'aube se réveillait avec cette même haleine de fraîcheur, glaçant tout ce qu'elle effleurait. Harry n'avait versé encore larme depuis mercredi, et à vrai dire, il n'avait pas l'intention d'en verser. Il est beaucoup plus inquiet pour sa propre vie, et en un sens, il était rassuré de rester quelques jours chez Tom ; cela empêcherait sûrement l'assassin de venir rôder autour de lui.
Une question persistait ; qui en aurait après sa vie ? Ses parents avaient été tués lorsqu'il bégayait encore dans son berceau, mais était-ce le même coupable ? Aurait-il attendu si longtemps pour pouvoir s'en prendre à lui ?
Harry devint sourd alors aux questions qui serpentaient dans son esprit, après tout ; il y avait déjà réfléchi durant la veille. Il posa sa valise sur la souche d'où il pouvait admirer le ruisseau. Sur le bois mort, quelques flocons de neige reposaient tout en laissant leur petit corps fondre sur leur lit d'ébène.
L'ancien élève de Serpentard apparut de la même manière que la dernière fois, en surprenant Harry qui songeait à diverses choses. Et comme à son habitude, il formula divers compliments énigmatiques. Le jeune sorcier imagina alors le séjour ; il ne supportait pas longtemps que Tom lance d'aussi étranges éloges. Il scruta alors son camarade, prenant un air grave ;
-Tom je me demandais si… enfin, tu complimentes aussi souvent les personnes que tu connais ?
Le sourire toujours aux lèvres, Tom secoua la tête en signe négatif. Contrairement au sorcier de Serpentard qui semblait amusé, Harry, lui, sentait une étrange brûlure lui mordre les joues. Une brûlure bien différente que le froid peut causer.
-Dans ce cas…
-Je comprends que tu te sentes mal à l'aise Harry, d'autant plus que ma réponse peut paraître effrayante. Mais je dirais que, depuis nos années de Poudlard ; tu m'as séduit.
Bouche bée, Harry écouta Tom. Il essaya d'esquisser un sourire, en vain. Toute son anxiété se peignait sur son visage.
-Tes blagues sont loin d'être amusantes !
Répliqua le magicien, mais son partenaire se mit à rire ;
-Je ne te mens pas !
-Tu te moques de moi !
-Mais pas du tout !
Renchérit Tom, son rire persuadait Harry que son ancien camarade tentait de le consoler en lui sortant des blagues. Mais ce n'était pas un humour qui convenait au jeune homme. L'ancien élève de Serpentard se calma ;
-Tu refuses de me croire ? Même si j'ai une preuve ?
Harry le regarda perplexe. Une preuve ? Comment prouver à quelqu'un qu'il était charmé à part avec de sincères compliments ? Mais Harry doutait de la franchise de son ex-camarade, et de plus… comment avait-il pu le séduire alors qu'ils ne connaissaient à peine le son de leur voix lors de leurs études ?
Tom fit un signe de main à Harry, l'incitant à la suivre. Machinalement, le jeune homme marcha sur les pas du Serpentard. Un grand muret se dressa à côté d'eux, au fur et à mesure qu'ils descendaient des marches en pierre. Un épais lierre recouvrit de son manteau verdoyant le tronc des arbres morts et les pierres disposées à former la muraille. Harry s'adossa au muret, les feuilles couvertes de givre s'emmêlèrent dans ses mèches de cheveux. Enveloppé dans une masse peu confortable due aux branches de la plante, le sorcier attendit que Tom lui offre « la preuve » dont il avait parlé.
-Comme c'est de la magie, il vaut mieux être à l'abri des Moldus.
Une lueur de malice s'empreint dans le regard du jeune homme lorsqu'il tira de sa manche sa baguette.
-Mais je préfère que tu fermes les yeux.
La réaction inverse se déclencha ; Harry écarquilla les yeux, alarmé par le sourire espiègle de Tom. Et posa instinctivement une question bien bête ;
-Que comptes-tu faire ?
-Je te le répète ; je veux te prouver que je suis sincère.
Soupira l'élève de Serpentard. A contrecœur, Harry se décida enfin à baisser ses paupières, il pencha également son visage, comme certain de ce qui allait se passer.
Aucune formule prononcée, aucun sort jeté, juste un baiser sans surprise qui était partagé. Les lèvres froides de Tom se posèrent sur celles de Harry. Le glacial hiver avait engourdi leurs lèvres, ce qui rendait le baiser presque douloureux. Pourtant, l'élève de Gryffondor avait la nette impression que ses entrailles dansaient une valse endiablée au creux de son ventre. Il frissonna lorsqu'il entendit le bruissement des feuilles lorsque Tom posa ses mains sur le lierre. Détachant peu à peu les longues lianes rêches, s'abritant d'avantage du regard du monde extérieur.
Les lèvres de Tom se détachèrent de celles de son semblable, pour venir s'approcher de son oreille.
-C'est là la vraie magie que les Moldus ne doivent pas connaître, pas même les sorciers eux-mêmes.
Murmura Tom. Bien que ses mots semblaient légers, il avait entièrement raison. Dans les deux mondes, une relation entre deux hommes était mal vu ; c'était inadmissible pour les deux sociétés, aussi différentes soient-elles !
Les doigts agrippés aux branches se relâchèrent pour venir se poser sur le visage de Harry. Ses longs doigts qui étaient gelés, à tel point que le sang dans ses veines semblait immobile. La douce chaleur qui s'était serrée contre ses lèvres avait laissé place à la brise glacée, et sa peau se violaçait comme si elle mourrait.
-Penses-tu toujours que je suis un menteur ?
Lui demanda Tom en le regardant à nouveau, se séparant totalement de son camarade. Ce dernier secoua la tête ; pour le moment, c'était une preuve plus que suffisante. Harry serrait totalement certain des sentiments de Tom -comme des siens- au fil des prochains jours.
Le sorcier essaya de lui tendre un sourire satisfait, mais le froid le faisait grimacer et il s'était mis à trembler.
Le monde étrange de Tom se dépeignait chez lui. Et même si le vert -au grand malheur de Harry- avait une certaine présence, le brun était dominant dans le ton des couleurs. L'odeur du bois était omniprésente, se mélangeant à la cire et aux papiers qui étaient coincés dans les nombreux livres qui demeuraient dans les pièces. Le peu de lumière illustrait toute l'ambigüité du propriétaire du domaine ; les pièces étaient si sombres que les meubles en devenaient presque flous. Car le lierre, qui avait grimpé jusqu'au toit du manoir, ressemblait à de l'émeraude grâce aux rayons du soleil, invitant des lueurs verdâtres à travers les fenêtres entourées par le feuillage. Et chose effrayante à laquelle Harry ne comptait pas s'habituer ; la discrétion des domestiques qui arpentaient les couloirs à l'abri de chaque rayon du jour. Le sorcier songea que la nuit devait amener le manoir dans une obscurité totale, et cette pensée le faisait frémir.
Ce décor était tellement inhabituel… A vrai dire, les goûts de sa tante Pétunia étaient très colorés, au point que chaque pièce avait son nom suivi d'une couleur -la chambre bleue, le salon rouge, la cuisine jaune…- Désormais, Harry avait l'impression de vivre à l'intérieur d'une photo sépia.
Le corbeau messager se posa sur les branches en frappant la fenêtre de son bec avant de pouvoir entrer. Dans un bref moment de silence, Tom parcourut la lettre que lui apportait l'oiseau de la nuit, puis soupira. Un soupir à la fois agacé et ennuyé qui amena de nombreuses questions. Après avoir demandé la permission, Harry parcourut le billet et comprit ce qui contrarier tant son camarade ; c'était une lettre signée de la main du père de son ancienne cavalière et il était si heureux que sa fille ait été accueilli dans les bras du jeune homme qu'il organisait pour le soir même. Et bien que Tom ne se souvenait même plus du visage de la demoiselle, Harry avait le vague souvenir qu'elle s'appelait Mirthy.
-Je suppose que tu dois t'y rendre ?
-… Je suppose aussi.
Déclara Tom en prenant place dans un fauteuil, ruminant sur ce que pouvait engendrer les bonnes impressions. Il expliqua à Harry que ce n'était pas la première fois qu'il rencontrait le père de Mirthy, et qu'il avait compris que le vieil homme plaçait de grands espoirs en lui pour le destin de sa fille. Mais la pauvre enfant réunissait les défauts que Tom détestait le plus ; son regard était entièrement vide, sa voix était plate et ses bonnes manières n'arrivaient pas à compenser son manque de culture et son mutisme. Tom jeta un furtif regard dans la pièce avant d'adresser un large sourire à son invité ;
-Le seul défaut que je te trouve… c'est d'être un homme ! C'est réellement dommage, sans quoi ; je t'aurai épousé sur le champ !
Harry lui adressa un regard noir pour répondre à ce compliment mêlé à de la moquerie. Le sorcier de Serpentard se mit à rire au éclats.
Il était évident que le père de Mirthy voulait s'entretenir avec l'homme qui deviendrait, du moins il l'espérait, son gendre ! Harry n'arriva pas à déceler le moindre ennui sur le visage de Tom lorsque ce dernier se dirigea vers le vieil homme. Un excellent comédien, aucun doute car ce même sourire chaleureux ne tiqua pas une seule fois.
L'entretient s'écoula très vite ; Harry eût à peine le temps de saluer les personnes qu'il connaissait, que Tom revenait, à son bras, la jeune Mirthy. Difficile de connaître la réaction de la sorcière, si son futur époux abordait un sourire radieux, Mirthy semblait partagé entre l'incertitude et la joie. Le sorcier de Serpentard s'adressa alors au petit groupe qui était face à lui.
-Ladies and gentlemen, j'ai l'honneur de vous présenter Mirthy Buckeridge qui deviendra très bientôt Madame Mirthy Riddle.
La jeune fille esquissa un faible sourire lorsque les sorciers accueillirent les paroles de Tom par des petits applaudissements. Les femmes se ruèrent sur la prochaine Lady, rependant sur leurs félicitations le venin de la jalousie craché par leur voix.
Harry, de son côté, avait remarqué que Tom ne l'avait pas quitté des yeux pendant qu'il annonçait la nouvelle, comme à la recherche d'une réaction de sa part. Avait-il peur de voir le sorcier de Gryffondor être frappé par la jalousie lui aussi ? Le jeune sorcier n'affichait aucune hostilité, car il n'en ressentait pas. Mirthy ne lui inspirait pas d'amertume, bien qu'il ne pouvait être entièrement heureux.
A vrai dire, Harry était persuadé que la plupart des hommes n'aimaient pas les femmes, mais qu'inévitablement, le mariage, leur ennemi, croisait leur route. Mais au lieu de fuir, ils prenaient cette opportunité pour paraître alors « normal » aux yeux des autres. Les rumeurs allaient vite, et les célibataires mourraient dans le doute et l'écœurement des proches.
Machinalement, le sorcier de Gryffondor observa le salon où d'innombrables jeunes filles dansaient, parlaient, jouaient… Mais personne n'attirait réellement son regard. Il aperçut alors Nina ; elle était plutôt jolie, bien que parfois vulgaire, et sa main était encore libre.
Harry grimaça ; il avait songé à demander une dame en mariage juste pour son propre intérêt, sans se soucier si Nina elle-même était amoureuse.
La sorcière rousse remarqua le regard de Harry et l'incita à s'approcher avec un bref mouvement de main. Intrigué, le jeune homme s'approcha et la salua.
-Je vous en prie, Mr Potter, il faut absolument que vous me demandiez en mariage.
Siffla-t-elle entre ses dents en lançant des regards alarmés autour d'eux.
-Pourquoi ?
Le sorcier était de plus en plus perdu. Ces derniers jours, la vie prenait des directions plutôt inattendus.
-Mr Castleford m'a demandé de l'épouser en début de soirée. Mais dans cinq mois, il compte partir à l'étranger, vers l'Inde, pour des causes humanitaires ! Je vous en supplie, comprenez-moi ; je ne veux pas quitter l'Angleterre et mourir à vingt-cinq ans sur des terres arides et inconnues !
Le sort réservé à Nina la faisait blêmir, même ses cheveux roux semblaient perdre de leur éclat. Harry hésita un instant ; après tout, ce mariage issu d'une simple sympathie arrangé très bien les deux concernés !
-Vous ne pouvez pas refuser la demande d'une demoiselle, Mr Potter !
L'avertit Nina, mêlant frustration et pitié. Le sorcier posa ses mains sur ses épaules dénudés pour la rassurer.
-Très bien, très bien ! J'accepte et pour être dans les normes… Mlle. Young, accepterez-vous de devenir ma femme ?
Dans une émotion qui révélait plus du soulagement que de la joie, Nina accepta. Et elle se dirigea précipitamment vers son père, à l'abri de son ancien prétendant Mr Castleford, pour lui annoncer la demande.
Harry déglutit, tout en resserrant le col de sa veste, se demandant vers où il allait. Puis, d'un pas fébrile, il se dirigea vers Mr Young qui l'accueillit chaleureusement.
Tom, d'un air absent, observait la scène. Il avait beaucoup de mal à garder son air impassible lorsqu'il comprit que Harry demandait la main d'une petite rouquine qui lui était étrangère. Et quelle déclaration ! Aucune expression, ni émotion ! A présent, le sorcier fixa le père de l'heureuse élue. La conversation semblait joyeuse et le poings crispés de Harry se détendirent au fur et à mesure.
Le son d'un piano commença, mais il était réellement lointain. Mirthy n'osait demander à Tom de l'emmener sur la piste de danse, préférant opter pour l'habituel mutisme, espérant plaire à son futur époux. Ce dernier qui s'effaça vers un groupe de personnes qui semblaient sourd à la mélodie.
Finalement, cette histoire s'était passée sans problème. Un mariage -secrètement arrangé- qui était entièrement approuvé par le père de Nina. Harry s'excusa auprès de sa future fiancée et rejoignit Tom, l'apercevant près d'un groupe de garçons. Plus précisément, face à un garçon qui semblait encore jeune. Au fur et à mesure que le sorcier s'approchait, sa joie se dissipait ; une véritable morsure lui déchira les entrailles en apercevant Tom parler avec entrain à l'inconnu.
Comme lors de la première soirée, le regard grenat de Tom glissa vers Harry, son sourire s'élargit et ses lèvres prononcèrent une phrase que Harry avait connu le matin-même.
« Connais-tu la vraie magie que les Moldus ne doivent pas connaître, pas même les sorciers eux-mêmes ?»
La lèvre inférieure du petit brun se mit à trembler. Il se rua sur Tom, son regard d'émeraude se teinta de rage. Le sourire de Tom dura, aussi pénible que le sifflement continuel que pouvait émettre un serpent. Les mains de l'élève de Serpentard se posèrent sur les bras du jeune homme.
-Serais-tu fatigué, Harry ?
-Assez, oui.
Répliqua le sorcier d'une voix faiblement grondante.
-Mes amis, mon compagnon ne se sentant pas bien, je dois malheureusement vous quitter !
Les doigts de Harry s'étaient enchevêtrés dans la chemise de son compère, retenant une colère débordante. Tom s'était moqué de lui.
Le chapitre 3 en cours~
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