Chapitre 4 ; Your Bloody Embrace

La neige s'était mise à tomber lorsque Mirthy, après avoir épuisé toutes ses larmes, quitta la maison des Riddle. Son regard rougi avait rajouté un trait de folie à son visage pourtant si jeune. Par la même occasion, ce simple aveu avait totalement métamorphosé le manoir. Les chaleureux tons bruns n'étaient plus qu'un noir profond, engloutissant la lumière et toute trace de bonheur. Puis le vert, qui n'exprimait rien d'autre à part une folle jalousie meurtrière. Tandis que le lierre qui enfilait son manteau de givre à l'extérieur rappelait d'horribles serpents gradués au titre de sentinelle, gardant tous les mystères cloîtrés entre ces murs.

Harry remonta à sa chambre, refusant d'en sortir même lorsque son ventre réclamait à manger. Tom était-il parti assassiner le père de Mirthy ? Le sorcier secoua son visage ; l'argent n'était pas un motif qui s'accordait à au jeune homme.

Les flocons devenaient de moins en moins clairs lorsque la nuit se levait. C'était aux alentours de six heures du soir que Tom était de retour. Immédiatement après s'être débarrassé de sa redingote toute trempée et de son chapeau également couvert de neige, il monta à la chambre de son invité. Il ne prit même pas la peine d'attendre que Harry l'autorise à entrer qu'il s'infiltra dans la pièce, l'air étrangement joyeux.

Ce sourire n'était pas rendu par Harry qui, à la place, pâlit. Et si au lieu de prendre le père de Mirthy comme victime, Tom était parti assassiner Nina ? Il frissonna. Tant d'idées noires s'étaient jetés sur lui depuis la visite de la fiancée de son amant. Le sorcier de Serpentard s'allongea près de lui. Ses cheveux abritaient encore quelques flocons de neige et sa peau était glaciale. Ses grands bras enlacèrent la taille à la recherche d'une chaleur réconfortante, changeant de l'hiver mordant. La crainte se lisait sur le visage de Harry ; impossible de fixer ce regard grenat sans baisser son regard.

Tom l'amena au-dessus de son ventre, de façon à ce que Harry s'assoit sur lui. Torse contre torse, le jeune homme observait les yeux émeraudes de Harry. Une teinte qu'il aimait tant ; un vert très loin de la sombre verdure, très loin du satin brillant qui symbolisait Serpentard, très loin de la mer nordique si profonde et si froide. Le vert qui habitait le regard de son amant lui rappelait celle des forêts au printemps, synonyme de chance et de protection.

Ses longs doigts glissèrent sur les jambes du jeune garçon, retrouvant peu à peu une température agréable, une chaleur presque berçante. Quelque chose faisait défaut ; l'air évasif de Harry, sans cesse, il observait furtivement autour de lui, comme si un malheur rôdait autour de ce petit nid de sérénité.

-Quelque chose ne va pas ?

Les mains de Tom tenaient fermement le visage délicat du garçon, l'empêchant de fuir. Le mutisme de Harry l'inquiéta.

-Il s'est passé quelque chose durant mon absence ?

Etrangement, Harry ressemblait à un chaton effrayé à ce moment-là. Et même si Tom savourait la peur qu'il infligeait aux autres, il n'appréciait pas de voir le jeune homme dans cet état. Inexplicablement, cette crainte n'arrivait pas à le réjouir… elle l'agaçait presque. Au point que l'anxiété du jeune garçon devenait contagieuse.

Les mains du sorcier de Gryffondor se resserrèrent sur le torse du jeune homme.

-J'ai appris beaucoup de choses sur ton passé tout à l'heure.

Le sourire de Tom disparut totalement, aussi vite que si le vent avait chassé le sable.

-Qui s'est permis de venir sans mon accord ?

-Ca n'a pas d'importance… Mais, on m'a apporté la preuve que tu avais tué ton père.

Cette phrase anéantie le sorcier. Il s'écarta de Harry, se défaisant de l'étreinte si douce de ses jambes pour s'asseoir sur le rebord du lit. C'était la première fois que le garçon voyait son compère dans un tel état ; il semblait sidéré. Et la faucheuse elle-même n'aurait pas put le surprendre d'avantage.

-Comme pour ma famille, les Moldus n'arrivaient pas à définir exactement la cause de sa mort. Mais j'ai bien compris ; tu lui as lancé le sortilège de la mo…

Harry n'eût pas le temps de finir sa phrase ; l'assassin s'était brutalement levé. Et la terreur avait étranglé ses mots dans sa gorge.

Le silence de Tom suffisait amplement pour prouver sa culpabilité. Même à travers sa chemise, Harry pouvait sentir que les muscles de Tom se crispèrent sous l'influence de l'hostilité.

-C'était pour sa fortune ? Il ne méritait pas une telle peine juste pour ta cupidité.

-Crois-moi, il le méritait.

Répliqua enfin le sorcier d'une voix sifflante et tranchante. Harry serra la couverture qui était juste sous ses jambes, tordant le drap lorsqu'il aperçut toute la haine qui s'embellissait sur les traits de Tom.

-Il le méritait ; mon père était un vulgaire Moldu qui a laissé mourir ma mère. Lui était cupide, pas moi. A ses yeux, leur union ne reposait que sur une question d'argent. Je n'ai pas eu le temps de connaître celle qui m'avait mise au monde. Tout comme je n'ai pas vu un seul sourire s'afficher sur le visage de celui que je devais nommer « père ».

Ses intentions étaient mêlées à un venin de dégoût.

Soudain, Harry comprit et se trouva bien bête de ne pas y avoir songé ; la façon dont Tom le traitait, l'orgueil qui l'empêchait d'avouer le peu d'affection qu'il lui portait, sa solitude qui dressait autour de lui une barrière infranchissable… C'était pourtant simple à comprendre ; Tom n'avait pas la moindre connaissance sur le thème de l'amour, malgré tout son savoir sur la magie et sa culture. Ce sentiment trop mystérieux qu'il ne savait contrôler, ni comment exprimer, ni comment partager.

Sa façon de réagir à la bibliothèque montrait suffisamment combien il aimait Harry et combien il était désemparé sur la façon de lui dire. Tout comme le fait de vouloir le retenir ; il ne pouvait avoir recours qu'à la possession comme on le fait sur un simple objet.

Le jeune sorcier ressentait une certaine pitié vis-à-vis de Tom, pourtant, il se doutait combien l'élève de Serpentard était dangereux à présent. Il quitta sa place sur le lit pour se tenir auprès de Tom, n'osant le toucher. Ce ne sont pas ses mains, mais celles du sorcier de Serpentard qui l'attirèrent à lui. Ses lèvres se déposèrent plusieurs fois sur son front où sa frange était en désordre. A leur tour, les bras de Harry s'accrochèrent à la nuque de Tom, avant d'enfouir son visage contre le torse du jeune homme. Le sorcier profita de sa liberté pour redresser son visage et embrasser à son tour son amant.

La pointe de sa langue dessina le contour de la lèvre inférieure du jeune homme avant de s'introduire dans sa bouche. En sentant la langue de Tom se rapprocher contre la sienne, Harry eût le réflexe de resserrer son étreinte. Il était heureux de sentir que la colère du sorcier s'était évaporée.

Les mains de Tom saisirent sa mâchoire. Ses ongles étaient plutôt longs pour un homme, mais lorsqu'ils effleuraient la peau de Harry, ce dernier ne pouvait réprimer un frémissement d'effervescence.

Le sorcier de Gryffondor s'écarta alors de Tom. Revenant à la réalité ; aussi beau soit-il, il restait un assassin. Ce charme envoûtant était aussi funeste ; tout comme un serpent. L'agilité de l'animal, son sifflement captivant, son regard pénétrant… Harry prenait conscience que Tom n'était pas si différent de ce prédateur. Lui dont les manières et la politesse étaient si lestes, dont la voix était si fascinante, dont le rouge de ses yeux était si perturbant… Ses lèvres si excitantes, ses mains si séduisantes, ses murmures si agréables. Tout comme sa colère si dévastatrice, sa nonchalance si périlleuse, sa jalousie si violente décuplées par sa peur insurmontable de l'abandon.

-Tom, je ne t'abandonnerai pas, mais…

Comment lui faire comprendre que cette aura de folie qui planait autour de lui l'effrayait ? Comment lui avouer sans le mettre dans le doute ?

Tom cessa d'embrasser le cou du jeune garçon et le fixa. Il semblait soudainement perdu.

Un mince silence fila.

-Oui ?

-Je… Je ne compte pas te dénoncer, mais ces meurtres font quand même de toi un assassin.

Etranges, ces paroles étaient si étranges !

-Tom, même si je t'aime, nous ne pourrons pas rester ainsi éternellement. Dans trois mois, tu te marieras avec Mirthy, moi avec Nina et…

Les mains du sorcier lâchèrent le visage de Harry, se laissant pendre dans le vide. Désormais, Harry était totalement incapable de définir quelle expression pouvait aborder le sorcier de Serpentard. Il semblait confus, choqué et -ce qui était surprenant- triste. De la tristesse !

Le cœur de Harry se serra, mais sa voix refusa de se taire ;

-Bientôt, je quitterai cette maison pour aller vivre chez Nina.

Les jambes du garçon se cognèrent mollement contre le matelas lorsqu'il recula.

Le sorcier de Gryffondor se persuada que tout irait mieux d'ici peu de temps. Il se le répétait sans cesse, alors que la triste lueur dans le regard de Tom lui trancha le cœur. Rien que de songer à leur séparation, rien que de songer à l'avenir ; ses tripes se retournèrent dans son ventre, se torturant.

Pendant l'espace d'un instant, Harry crut que Tom pleurait, mais bien au contraire ; il souriait. Un sourire à faire froid dans le dos ; ses lèvres s'étirèrent en un rictus moqueur alors que ses yeux exprimaient encore du chagrin.

-Quand j'ai commis mon tout premier meurtre, je pensais que le fantôme de ma victime reviendrait me hanter. Il m'arrive encore parfois d'y songer, et je me dis « qu'importe, je les laisserai me sermonner, après tout, ce ne seront que des silhouettes de brume »…

Harry continuait de fixer son camarade. L'idée de partir en courant ne lui effleura même pas l'esprit.

-Mais jusqu'à présent ; aucun mort n'est revenu me tourmenter.

L'idée ne germa même pas dans son esprit, même lorsque Tom retira de sa manche sa baguette.

-C'est pourquoi, je souhaite pouvoir voir ton fantôme. Car si je ne peux pas te retenir auprès de moi, alors c'est toi qui viendra jusqu'à moi.

Ses jambes, tout comme ses lèvres, étaient paralysées. Harry ne chercha pas à se défendre, alors que sa baguette était, elle aussi, coincée dans sa manche.

Tom aborda un large sourire, puis dirigea la pointe de son arme vers le garçon. Aucun soubresaut ne venait perturber son impassibilité. Et dans un léger murmure, il prononça son adieu à Harry. Ce sortilège que tant d'autres avaient déjà entendus, mais ce n'était qu'à Harry que Tom le prononça d'une voix aussi douce.

-Avada Kedavra

Une lumière d'un vert aussi éclatant que ses yeux jaillit de la baguette. L'éclair le frappa en pleine tête. Puis, un souffle de mort traversa le corps chétif de Harry qui chuta sur le lit ; la dernière chose qu'il vit était le triste sourire que lui adressait son unique amant.


Vous pensez que je vous laisserai comme ça ? Pas du tout~

Je vous posterai un épilogue d'ici peu !

Et je m'excuse auprès de ceux qui voulaient un « Happy Ending », car c'est loin d'être le cas…