Chapitre 3 : Confessions
Comment pourrais-je t'expliquer ce qu'on ressent ? Ou plutôt, ce qu'on ne ressent pas.
Nous naissons sorciers, mais aucun de nous ne sait exactement ce que c'est que d'être un sorcier. Si tu devais demander la définition à quelqu'un, il te répondrait qu'un sorcier est une personne capable de faire un tour de magie. Mais j'ai à présent la conviction qu'être un sorcier, ce n'est pas juste faire un tour de magie.
Être sorcier, c'est être la magie. C'est avoir comme une sorte de flux magique qui te traverse de part en part. Tu ne le sens pas, ce flux. Tu es si imprégné de lui qui tu ne sens même pas la différence entre avoir et ne pas avoir.
Mais quand on m'a posé ce bracelet… J'ai eu l'impression d'être une bougie. Une bougie qu'on a éteinte, sans faire attention, avec un éteignoir en or. C'est comme si on m'avait enlevé le sang des veines pour le remplacer par de l'eau. Ça fait mal. Pas une douleur qui fait hurler. Ça fait mal dans tous le corps, comme une sensation de manque permanente. Une sensation insupportable.
La première impression, c'est de ne plus être soi. C'est de se regarder dans le miroir en essayant de trouver ce qui a changé, sans jamais déceler cette partie manquante. C'est toujours le même visage qui se reflète. Mais mon reflet ne bouge et ne parle plus, maintenant. Mon reflet est immobile. Il suit bêtement mes mouvements.
Quand je vois quelqu'un faire de la magie… J'en ressens une envie insupportable. Un désir brûlant. Et gênant. Je regarde les sortilèges et je les vois, comme au ralentit. Je vois la magie partout. Même sur les murs de l'école. Et parfois, je les touche, ses murs, comme pour essayer de récupérer ce flux qui me manque, mais ça ne sert à rien. Le bracelet absorbe tout.
Depuis que j'ai le bracelet, je ne rêve plus. Je ne rêve plus car je le vois, cet objet maudit. Quand je ferme les yeux, il m'apparaît, brillant, menaçant. Ce ne sont que des cauchemars incessants qui se jouent encore et encore dans ma tête. Chaque nuit.
Suivre les cours est devenu presque inutile. J'apprends la théorie. Pour que je puisse être un sorcier aguerri, quand la sanction sera levée. Le sera-t-elle seulement un jour ? Ils disent que oui, mais dans leur oui, j'entends non.
Je marche derrière vous. Les sorciers normaux. Et vous aussi, vous briller de magie et c'est insupportable. J'ai envie de vous toucher. De vous boire votre magie, pour remplacer le flux, pour arrêter cette sensation de manque. Mais c'est impossible.
C'est devenu une obsession. Une perversion. J'ai parfois envie de me couper la main, pour enlever le bracelet. Mais je sais que même ça, ça ne suffira pas. Il ne tombera que si mon gardien l'autorise.
Et parlons-en, de ce gardien. De ce cher Gardien. Je le vois souvent. Je lui parle parfois. Et chaque fois, j'ai envie de le supplier. De me jeter sur lui et de le frapper jusqu'à ce qu'il me l'enlève. Je sais que ce n'est pas de sa faute. Qu'il n'a pas choisi ce qu'on m'impose. Qu'il n'a fait que ce qu'on lui ordonnait. Je sais qu'il s'en veut. Qu'il baisse les yeux, quand il nous croise. Mais ça ne m'enlève pas pour autant le désir de lui demander de me l'enlever.
Nous avons chacun notre croix. Il a la sienne. Et j'ai mon bracelet.
Je sais que le pire n'est pas pour moi. Je ne suis qu'un étudiant et si le ministère tient sa parole, je devrais en être délivré à la fin de mes études. Mais d'autres que moi ont un métier directement lier à la magie. Et ceux-là… ceux-là ne peuvent rien faire. Certains sont renvoyés, faute de pouvoir remplir leur responsabilité. Et comme la majorité de leurs biens a été confisqué, ils vivent dans une misère effrayante. Je m'en sors donc bien. Il n'y a que cette sensation horrible de manque.
Une sensation que je déteste.
Draco Malfoy.
Harry referma la lettre, le cœur lourd. Il passa une main dans ses cheveux, se massant les tempes. Il avait de nouveau mal à la tête… Depuis l'accident, ça n'arrêtait pas. Mais il ne voulait pas en parler. S'il le faisait, il savait ce qui arriverait. On l'emmènerait chez Mme Pomfresh qui calmerait ça. Et il cesserait de se souvenir. Les Flashs, les rêves… tout s'arrêterait et il ne voulait pas. Il voulait savoir. Savoir pourquoi Snape lui caressait les cheveux. Ce qu'il faisait avec lui, au QG. Et s'il était bien le Lui cité par Draco.
Car cela pouvait-il être d'autre ? Hermione lui avait bien dit que seul Snape l'avait soigné… Et il ne doutait pas un seul instant que la personne qui lui chuchotait que tout irait bien était celle qui l'avait soignée après l'affrontement contre Voldemort. Mais pourquoi Snape aurait-il fait cela ?
« Avant la bataille, tu étais très proche de Snape. Tu passais beaucoup de temps avec lui, dans le QG, pour trouver le moyen de détruire les Horcruxes… Tu ne t'en souviens peut-être pas… Malfoy avait même commencé à plaisanter à ce sujet. Il se demandait si vous n'étiez pas occupé à autre chose, vu le temps que vous passiez ensemble… »
Harry rougit. Autre chose ? Et si…
Un autre violent mal de tête le convainquit de ne pas chercher plus loin.
oOooOooOo
Les élèves avaient déjà rangé leur matériel, bien qu'attentifs au chaudron bouillonnant qu'ils avaient devant eux. Certains, comme Ron, tentaient désespérément de terminer leur potion ou de l'arranger pour la rendre potable. D'autres, comme Hermione, regardaient leur mélange avec satisfaction. Et des élèves comme Harry s'étaient résolu à échouer, tout simplement. Il avait toujours été nul, en potion. Ça ne changerait jamais et il le savait. Tant que Snape était dans les parages, il n'était bon à rien.
'Mais ça n'a pas toujours été le cas, souviens-toi…'
De nouveau, il eut mal à la tête et éloigna cette pensée. Il ne voulait même pas le savoir !
« C'est terminé, fit la voix doucereuse de leur professeur. Vous pouvez cesser de jeter tout ce qui vous passe par la main, Weasley… »
Ron rougit brusquement et arrêta de touiller comme un furieux. Il regarda la mixture noirâtre avec désespoir et souffla, résigner. Harry sourit et regarda son professeur passer entre les bancs.
« Malfoy se demandait si vous n'étiez pas occupé à autre chose, vu le temps que vous passiez ensemble… »
Harry frissonna. Snape et lui ? Ensemble ? A faire… des choses ? Etait-ce possible ?
Doucement, il laissa ses yeux passer sur son professeur. Au fond, il n'était pas si mal que ça. Il avait vingt ans de plus que lui ('mais c'est bien, l'expérience'), un nez crochu ('tout le monde a un défaut'), des cheveux gras ('un bon bain et ça résout le problème' – il eut mal à la tête à cette pensée) et un foutu caractère.
'Pour ça, on ne peut rien y faire…'
Il sourit rêveusement.
Et à pars ça ? Ses points forts ? Il était intelligent. Il avait un sens de la répartie étonnant. Il ne le considérait pas comme un héros. Il avait des mains très belles. Une voix très suave. Et des yeux étonnants. Des yeux qui le fixaient dangereusement.
« Potter ? Pourriez-vous sortir de votre rêverie quelques minutes et m'accordez un peu de votre précieux temps ? »
Harry se sentit rougir.
« Euh… oui, Professeur. Désolé. »
Snape n'y prêta pas attention et secoua sa baguette au-dessus du chaudron.
« Presque parfaite, cette fois, Potter, dit-il. Vous avez juste oublier l'ingrédient principal et composé un excellent désherbant… »
Les Serpentard rirent et Snape n'y prêta pas la moindre attention.
« Vous porterez ceci à Mme Chourave, elle en sera très contente. Et je veux vous voir dans mon bureau ce soir. Vingt heures.
-Une retenue, Monsieur ? s'étonna Harry. Mais je n'ai rien fait…
-Je n'ai pas dit que vous étiez en retenue, Potter. J'ai dit que je voulais vous voir. Mais continuez ainsi et je vous en donnerais une pour débilité profonde. Quoi que dans votre cas, il faudrait que je vous punisse chaque jour… »
Harry baissa la tête. Comment croire qu'il ait pu faire quoi que ce soit avec cet homme ? Il fronça les sourcils et releva la tête. Mais déjà, Snape était passé à quelqu'un d'autre.
« Weasley, votre incompétence n'a d'égale que votre maladresse ! »
Harry sursauta et tourna si vivement la tête dans la direction de son professeur qu'il entendit vaguement son cou craquer.
« Vous en avez mit partout, Potter… Vous pourriez au moins Nettoyé… »
Harry eut un sourire moqueur et se pencha vers son professeur allonger.
« A vos ordres, Severus… »
Harry déglutit. Il ne voulait pas y penser. Surtout… Ne pas penser.
oOooOooOo
Vingt heures.
Comme toujours, il était à l'heure. Avec Snape, ça valait mieux. Frappant à la porte, il attendit l'habituel 'Entrez' avant de s'exécuter. Le soir, la salle de classe de potion semblait toujours plus effrayante. Plus ténébreuse. Et tout au fond, assis à son bureau, Severus Snape semblait régner fièrement sur son territoire. Harry remarqua avec étonnement qu'une chaise avait été installée devant le pupitre professoral.
« Installez-vous devant moi, Potter. »
Harry s'avança et alla s'asseoir sur la chaise. Sous le regard pénétrant de son professeur, il frissonna.
« Vous m'avez demandé… De vous parler de mon bracelet. »
Harry écarquilla les yeux. Il n'avait jamais imaginé que Snape l'appelle pour ça. Son estomac se tordit et il acquiesça.
« Oui, Professeur.
-Alors posez-moi vos questions. »
Harry resta un instant interdit. Lui poser ses questions ? Toutes ? Sans distinction ? En toute indiscrétion ? Un frisson d'adrénaline lui parcourut l'échine et il crut voir une lueur danser dans les prunelles de son professeur.
« Euh… D'accord, dit-il. Vous permettez que je prenne de quoi écrire ?
-Cela vaudrait mieux, je dirais », répondit Snape.
Harry rougit et sortit rapidement une plume, un encrier et un rouleau de parchemin. D'un coup de baguette, il enchanta le tout. Il détestait prendre des notes et le sortilège Scribere, trouvé par Hermione, lui servait énormément !
« Hem, fit-il, gêné. En premier lieu… J'aimerais savoir ce que cela a changé pour vous. Dans votre métier. »
Snape le fixa d'une manière indéchiffrable puis daigna répondre.
« A proprement parlé, rien. Faire des potions n'est en rien difficile, avec ou sans magie. Cela me prend juste un temps considérable. Des choses qui devaient être faite avec ma baguette doivent être exécutée à la main. Certaine potion, également, demande un sortilège, arrivé à une certaine étape. Je me dois de demander à des collègues de les lancer pour moi et cela peut parasiter le processus. Dans le métier d'enseignement des potions, cela n'a pas vraiment influencé ma vie… mais dans les tâches de l'enseignant, oui.
-En quoi, exactement ? demanda Harry, presque étonné des réponses complètes de Snape.
-Je ne peux plus empêcher deux élèves de se battre… Je ne peux plus lancer de sortilèges pour les empêcher de se blesser ou pour les porter à l'infirmerie si tel est le cas. Je ne peux plus ranger leurs dégâts ou encore les prévenir d'en faire. Je suis… condamné à être simple spectateur. »
Harry frissonna. Snape disait vrai. Depuis le début de l'année, à pars enseigner les potions, il n'avait rien fait. Aucune ronde le soir, aucune surveillance des salles d'études. Juste enseigner. Et encore. Avec de l'aide.
« Et… Vis-à-vis de votre vie de Sorcier. Qu'est-ce que cela a changé ? »
Cette fois, Snape fronça les sourcils. Il y eut un silence, puis, tout doucement, il ouvrit la bouche.
« Tout, répondit-il. Absolument tout. Je ne suis plus entier. Comme Monsieur Malfoy a déjà du vous le dire… On ressent un énorme manque. Comme… Si on était coupé d'une partie de soit. Parfois, le bracelet semble s'alourdir. Comme s'il pesait sur tous le corps. Puis… Il nous hante. Lorsque nous dormons. Et il y a les autres… Ceux qui ont encore l'usage de leur magie. Ceux qu'on regarde avec… envie. »
Harry frissonna au mot.
'Il l'a dit… Il te l'a déjà dit, ce mot. Juste au creux de l'oreille… Le souffle court.'
Il frissonna de plus belle et papillonna des yeux.
« Et… et vis-à-vis du gardien ? »
Cette fois encore, Snape se tut. Il le fixa un long moment, les yeux plissés, puis sourit.
« Vous parlez de vous-même à la troisième personne, Potter ? »
Harry trembla. Il déglutit et le fixa dans les yeux.
« C'est plus facile, pour le devoir, expliqua-t-il. Alors ? »
Snape sourit et se leva. Il s'approcha d'un chaudron derrière le bureau et commença à touiller dedans avec douceur.
« Pour le gardien, c'est encore plus difficile, confia-t-il, dos tourné. Parfois, l'envie de lui arracher cette maudite clef se fait terriblement sentir. L'envie de l'attraper au détour d'un couloir. De le plaquer contre un mur et de l'… »
Harry ferma les yeux, la respiration rapide.
'Il l'a déjà fait… Il y a longtemps… Il l'a fait, ça…'
« Potter ? »
Harry sursauta et releva les yeux. Il rougit face au regard pénétrant de son professeur.
« Heu… Désolé, dit-il. Vous disiez ?
-Tout est marqué sur votre parchemin, Potter… »
Harry sursauta et hocha de la tête. Il regarda la dernière ligne écrite par la plume.
Avez-vous d'autres questions ?
« Je… Je n'ai pas d'autres questions. Enfin, pas encore. Si j'en ai… Pourrais-je venir vous les poser ? »
Snape le considéra un instant puis hocha de la tête. Harry lui fit un signe de tête de reconnaissance.
« Heu… Merci, professeur. Au revoir.
-Bonsoir », répondit simplement Snape, ne le quittant pas des yeux.
Il se leva avec l'impression d'être au ralentit. Soigneusement, il ramassa sa plume, son encrier et son rouleau sur lequel il lança un sortilège de séchage. Un halètement lui fit relever la tête. Snape le fixait. Il semblait normal. Mais ses yeux brillaient d'un intérêt bien trop éclatant.
« Professeur ? » demanda Harry.
Snape ne répondit pas tout de suite. Après une minute, la lueur sembla s'éteindre et il eut l'air perplexe.
« Vous êtes encore là, Potter ? »
Harry écarquilla les yeux de surprise.
« Euh… Oui… Je … Vous allez bien ? »
Snape fronça les sourcils.
« Bien sûr que je vais bien ! Mêlez-vous de vos affaires et déguerpissez ! »
Harry s'empressa d'obéir, sortant presque de la classe en courant.
A suivre…
Bonjour (ou bonsoir) à tous !
Voici déjà le chapitre trois. Moi-même, j'en suis assez étonnée, mais j'ai pas mal d'inspiration pour cette histoire (bande de petit veinard !).
Mais trêve de bla bla, je passe directement aux réponses globales.
-Je vais faire mon maximum pour ne pas laisser de côté l'histoire des bracelets. Celle-ci est liée à l'histoire en elle-même, donc, ils ne risquent pas de disparaître.
-Les Bracelets d'Aguanion sont bien plus nocifs qu'ils ne le laissent paraître. Ce sera expliqué dans un autre chapitre. Harry est contre cette utilisation car, comme l'explique Draco et Severus dans ce bracelet, cette pratique… C'est comme amputé les sorciers d'une part d'eux qui leur est essentiel, voir vitale.
-Les choses ne vont pas accélérer entre Severus et Harry, car ce n'est plus un OS. Je peux donc m'amuser à vous faire lambiner selon ma volonté (pas trop, quand même, sinon, ça va devenir agaçant, pour rester polie).
-Ron et Hermione savent des choses… Quoi ? Ahaaaa !
-Le nom des bracelets a été inventé sur un coup de tête. Pas d'explication particulière, ça m'est venu ainsi ! J'avais envie d'un truc qui commençait pas A, le reste est sortit tt seul.
-Oui, Harry a repoussé Draco, même s'il n'en a pas souvenir, vu qu'il était plongé dans ses pensées.
-Dumbledore est mort. Le nouveau directeur est encore inconnu, je ne lui ai pas donné de nom. Mais ce n'est PAS McGonagall.
-Le ministre est Scrimgeour.
-Heu… Pour les lemons, va falloir attendre ! On y est pas… Mais pas du tout !
Et voilà ! Merci à tous pour vos reviews, votre soutient ou votre lecture silencieuse. J'espère que ce chapitre vous a plu autant que les autres. On avance, on avance… Le prochain devrait être plus intéressant, que ce soit pour les bracelets ou pour le couple.
A bientôt !
