PDV Annabelle
Il a des enfants. C'est une famille de vampires !
WOUAHH ! Je n'avais jamais vu autant de vampires réunis au même endroit sans poser de problèmes. Ou une évolution vampirique m'a échappée – ce qui n'est absolument pas possible – ou alors les Cullen sont vraiment particuliers.
Je suis morte de curiosité. Je dois absolument savoir de quoi il recourt. Je ne peux pas laisser passer cela.
Je suis tellement excitée que j'ai l'impression d'être une gamine le lendemain de Noël devant son sapin. Anna, calme toi ! Et d'une, tu vas forcément être déçue quand tu vas t'apercevoir que tu t'es faite des films. Et de deux, tu ne dois rien montrer au groupe.
Déjà, ils ont trouvé suspect que je pose autant de questions sur le médecin de Dick. J'ai répondu avec un sourire coquin que j'avais toujours eu un faible pour les blouses blanches. Ils ont fait la gueule et n'ont pas insisté.
Nous avons pris trois chambres au petit motel de la ville et je me suis enfermée immédiatement dans la mienne en rappelant tout de même –surtout à Taylor – de ne pas faire de bêtises. Ils auraient tout le temps de se rattraper plus tard.
J'y ai réfléchi toute la nuit. Et au petit matin, ma décision était prise. J'ai toujours été comme ça : je mettais des heures à me décider mais ensuite j'allais bien mieux.
Nous allons récupérer Dick. Quand il a plus de sang que de bière dans les veines, il a l'air presque humain et puis je les suis près du van.
-Ecoutez les gars, leur dis-je. Je ne viens pas avec vous. Notre route ensemble s'arrête là.
Ils m'ont regardée comme s'ils avaient vu un extra-terrestre. La discussion a été longue et pénible. J'ai eu droit aux questions stupides, aux emportements, à la colère. Et puis finalement au renoncement.
Je leur promets de leur téléphoner souvent, de venir les voir en concert. Et deux heures plus tard, ils repartent dans leur van, me laissant seule avec la Ford.
J'ai l'habitude. Ca se passe toujours comme cela. Les humains sont si prévisibles. Et j'étais persuadée que les vampires l'étaient aussi. Jusqu'ici !
Heureusement, ma couverture précédente pouvait toujours me servir : Annabelle Doyle, 18 ans, fille de Franck et Martha Doyle, travaillant dans le commerce international et donc voyageant tout le temps.
Jusqu'ici, je prenais des cours par correspondance, mais subitement, il me vient l'envie de m'établir quelques semaines à Forks, histoire de voir si j'avais toujours un bon niveau.
De l'argent, j'en ai autant que je veux, contrairement à ce que j'ai fait croire à mes collègues temporaires de voyage.
Adieu la vie de nomade, vive la sédentarité !
PDV Mike Newton
Pétard, ce matin il fait froid ! Le ciel est gris : avec un peu de chance, il va peut-être neiger.
Chouette, lundi, au lycée, ce sera bataille de boule de neige. Tyler va en prendre pour son grade. Ca lui apprendra à me ridiculiser devant Jessica et Angela en me faisant tomber de ma chaise à la cafete.
Bon ! Mike, faut que tu te bouges ! Dans une demi-heure, tu dois aider maman à la boutique. Le samedi, j'aime bien, il y a toujours du monde et je vais pouvoir discuter. Le reste de la semaine, c'est plutôt barbant. C'est mort et je suis obligé de me taper toutes les corvées ménagères.
-Mike ! Bouge-toi, tu vas être en retard, me hurle mon père.
-Ouais !Ouais ! Y'a pas le feu !
Je traîne un peu des pieds. Les parents, ça s'éduque. Si on exécute leur désir trop facilement, ils ont tendance à y prendre goût. Surtout toujours leur montrer qu'on fait les choses contre notre volonté, c'est pri-mor-dial.
Ding ! Dong !
Tiens ! Qui c'est à cette heure-ci? Une voisine qui vient prendre le café, à tous les coups.
-Mike ! Va ouvrir s'il te plait, me hurle mon père. Moi je peux pas.
Mais pour qui ils me prennent ! Je ne suis pas leur valet. Je prends mon temps, je traîne dans la cuisine, je cherche un truc à grignoter : un carré de chocolat ou un gâteau ?
On sonne une seconde fois.
-Mike ! hurle mon père, visiblement très en colère.
-Bon ! Ca va ! J'y vais ! souffle-je.
Je frotte mes pieds contre le sol pour qu'il l'entende jusque dans son bureau. Mon argent de poche de ce mois-ci, je l'aurais bien mérité. Ce qu'ils peuvent être pénible. J'ouvre la porte et …
WAOUHHH !
Quels yeux !
Qui c'est, cette beauté!
Je ne la connais pas. J'essaye de me souvenir si ma mère m'a parlé d'une nouvelle voisine ou de la fille d'une copine qui doit débarquer. Mais j'avoue que j'ai du mal à réfléchir.
-Salut ! me dit la fille avec un petit sourire.
WAOUHHH ! Et en plus elle a une voix de rêve. Un mélange entre un petit chaton apeuré et le chant d'une sirène.
Bon, c'est vrai. Elle n'est pas trop mon genre de fille. J'ai toujours eu un faible pour les californiennes bien formées là ou il faut et super bronzées – mais bien sur, dans l'état de Washington où il pleut 300 jours sur 360, on n'en croise que dans les magazines de sports nautiques. Je m'étais donc plus ou moins rabattu sur Jessica, une copine blonde, soit, mais loin d'être très formée et encore moins d'être bronzée.
Mais là, je suis prêt à faire un écart. La fille en face de moi est toute menue, les cheveux longs châtains qui lui descendent libres jusqu'en bas des épaules, le visage fin comme un ange et des yeux de biche, noisettes, à vous noyer dedans.
Bon ! Mike ! Réagis ! T'as l'air d'un parfait idiot !
-Salut ! Je peux t'aider ? balbutie-je.
C'est nul comme début de conversation. J'aurai du essayer un truc marrant mais là, ça ne vient pas.
-En fait je cherche Mme Newton. Je suis à la bonne adresse ?
-Ouais, dis-je un peu trop enthousiaste. – Mike ! Respire, elle va te prendre pour un demeuré !- C'est ma mère !
-J'ai entendu dire qu'elle louait un petit studio et je serai intéressée. Est-ce que je pourrais lui parler ?
Elle veut louer l'appart du haut !
Elle va vivre dans la même maison que moi !
Au dessus de ma chambre !
Trop cool ! Tyler et Ben vont être vert de rage quand je vais leur dire ça lundi. Non mieux !Je vais leur téléphoner tout à l'heure pour les faire saliver.
-Elle travaille. Je vais t'accompagner là-bas.
-Non. Je ne veux pas la déranger. Je repasserai plus tard.
-Aucun problème. Elle a une boutique de sports. A cette heure-ci, c'est très calme. De toute façon, je dois la rejoindre pour l'aider.
Elle hésite, elle est gênée. Elle est encore plus craquante quand elle joue sa timorée. Il faut absolument que maman accepte de lui louer le studio. Cette fille me plait trop.
Elle acquiesce finalement. SUPER !
Je claque la porte derrière moi et je lui montre le chemin avant qu'elle décide de changer d'avis.
Je lui parle des attraits de la ville, des balades dans la forêt, de la mer pas loin dans la réserve indienne. Heureusement que je sais tenir une conversation parce qu'elle n'est pas très causante. Mais ça me va : les filles qui jacassent à longueur de journée, ça saoule.
Ma mère est seule, comme prévue. Je lui fais mon super sourire du garçon tout gentil qui est prêt à faire une tonne d'heures supplémentaires gratuites si elle accepte le deale.
-Salut ! maman ! je te présente…euh !
Zut ! J'ai oublié de lui demander son nom. Quel nul !
-Annabelle Doyle ! rigole la fille. Bonjour Mme Newton.
Je pensai être obligé de convaincre ma mère mais finalement, cette fille, elle sait s'y prendre pour la mettre dans sa poche. Là, je reste scotcher. Il faudra que je lui demande des conseils.
Elle explique qu'elle cherche un studio pour pouvoir finir son cursus scolaire sur Forks. Ses parents voyagent tout le temps et elle a appris à se débrouiller. Elle se propose de payer les six premiers mois d'un coup.
Un grand sourire s'affiche sur le visage de ma mère. Ca y est ! Elle est harponnée.
Ma mère me laisse gérer la boutique seul, le temps de faire visiter le studio. J'espère que Annabelle n'est pas trop exigeante.
Elle me lance un « A bientôt, Mike ! » qui me laisse rêveur. Elle s'est souvenue de mon prénom !
Et en plus, elle va être dans le même lycée que moi. Nous allons certainement avoir plusieurs cours ensemble.
Non finalement, je ne vais pas téléphoner à Tyler et Ben. Je vais attendre leur réaction à la cafétéria quand je vais leur présenter ma nouvelle copine.
PDV Annabelle
Et voilà ! Nous sommes lundi. La peur me saisit soudain. Et s'ils découvraient qui j'étais, s'ils avaient seulement des doutes.
Anna ! Tu as décidé ! Assume !
Mike me regarde avec des yeux de merlan frit. L'adolescent typique des petites villes qui n'a pas du voir grand-chose dans sa vie et qui reste fasciner dès qu'une nouveauté pointe le bout de son nez : en l'occurrence moi !
Ca lui passera ! En attendant, il joue les Saint-Bernard. Il me propose de m'accompagner au lycée avec son van – dont il est très fier. Je refuse poliment, prétextant devoir aller faire des courses ensuite et je prends ma voiture. Je dois quand même le suivre – au cas où je rate l'immense bâtiment qui longe l'unique avenue de la ville. Ri-di-cu-le !
Il me fait entrer dans le bureau de l'administration et me présente à la secrétaire – il croit vraiment que je ne suis pas capable de me débrouiller toute seule.
Heureusement, Mme Thyne lui demande de rejoindre sa classe. Elle accepte le dossier que je lui tends, les lettres de recommandation des établissements que j'ai soi-disant fréquentés et de mes cours par correspondance semblent l'impressionner.
Elle tique un peu quand je lui dis que mes parents ne pourront pas venir signer les papiers nécessaires mais que j'ai une procuration à mon nom. Je lui refile un numéro de portable et une adresse e-mail. Elle appellera dans la journée. Aucun problème ! Je me suis arrangée la veille avec un ami de Phœnix qui me devait un service – l'avantage d'avoir beaucoup voyagé.
Elle me donne mon emploi du temps, un plan du lycée et une feuille que je dois faire signer par tous les professeurs aujourd'hui.
Et me voilà lancée dans mon rôle de petite étudiante fraîchement arrivée à Forks pour obtenir mon bac et poursuivre de brillantes études universitaires. Dans quels domaines en fait ? J'aime la littérature, les sciences, les langues, la philosophie. Me torturer l'esprit sur les concepts complètement inutiles a toujours été une passion pour moi et également une véritable énigme : ce doit être mon côté humain qui me rend un peu bizarre.
Je rentre dans la classe de littérature anglaise. Tous les élèves me regardent comme si j'avais trois yeux et quatre bras. Je rougis et je tends ma feuille de présence au professeur Baker, un grand sec à l'air peu avenant.
-Bienvenue Mlle Doyle. Il reste une place au troisième rang.
Je baisse la tête et m'engouffre dans l'allée. J'ai horreur qu'on me dévisage comme ça.
Je m'assoie à côté d'une grande brune un peu trop maigre mais au visage doux et sympathique. Elle me lance un bonjour avec un petit sourire et se tourne à nouveau vers le professeur.
Elle, je l'aime bien ! J'espère que je pourrais m'en faire une amie.
Je regarde autour de moi : pas de Cullen ! Dommage. J'espère avoir un cours avec eux. Peut-être le prochain.
Hélas mon attente de la matinée est décevante. Par contre, en mathématiques, je retrouve le chevaleresque Mike qui m'adresse un grand signe de la main et me propose une place devant lui. FAN-TAS-TI-QUE!
Du coup, il n'a pas besoin de me chercher dans tout le bahut pour me proposer de manger avec lui et ses copains à onze heures.
Je le suis bien docilement mais je me dis qu'il faudra tôt ou tard que je réfrène ses ardeurs. C'est un gamin. S'il savait jusqu'à quel point c'est un gamin pour moi !
Je prends un plateau et mets une tranche de jambon et un morceau de fromage. Mike me guide vers un groupe de trois filles et deux garçons. Je reconnais la fille à côté de moi en littérature. Elle m'adresse un franc sourire avec les deux autres garçons. Les deux autres copines, elles, semblent plus circonspectes.
-Je vous présente Annabelle, lance Mike. Elle a loué l'appartement au dessus de mes parents et elle va finir son lycée ici à Forks. Anna, voici Angela, Jessica, Lauren, Tyler et Ben.
Je hoche la tête en signe de bonjour. Heureusement que j'ai une mémoire photographique sinon j'aurai bien été incapable de retenir qui était qui vu la vitesse avec laquelle il avait débité les présentations.
Je m'installe à côté d'Angéla, celle que j'aime bien et Mike se met à côté des garçons. Il commence alors ma biographie comme si nous étions des amis de longues dates et qu'il ne connaissait que moi, sous l'œil mi-ravi, mi-jaloux de ses deux amis. Je me sens extrêmement gênée et je rougis à nouveau. Il faudra vraiment que je mette les points sur les i.
Angela semble se rendre compte de mon embarras. Elle engage la conversation avec moi : elle est vraiment sympa, je lui revaudrais cela. Du coup, les deux autres filles s'y mettent aussi et j'oublie Mike et ses prétentions de premier arrivé.
C'est là que je les ai enfin aperçus pour la première fois.
