PDV Edward

Le lycée est toujours aussi ennuyeux. C'est mon enfer personnel.

Aujourd'hui, lire dans l'esprit des humains est encore plus rébarbatif qu'à l'ordinaire. Une nouvelle est arrivée ce matin à l'improviste. L'information a déferlé dans le lycée et surtout dans les cerveaux bourrés d'hormones des adolescents mâles. Ils la voyaient tous extrêmement jolie – ce n'est pas vraiment le terme le plus employé mais la décence m'interdisait d'utiliser les autres – célibataire et donc prête à avoir un petit copain.

Le pire fut sans doute ce blondinet assis à côté de moi en espagnol. Son nom m'échappe mais il avait déjà échafaudé toute une multitude de scénario pour aller dans l'appartement que la nouvelle louait dans sa propre maison. Il se repassait en boucle la petite histoire qui le faisait fantasmer. Il manquait cruellement d'imagination. J'avais de la peine pour cette fille.

La cafétéria était le seul moment salutaire de la journée. J'y retrouvai mes frères et sœurs et je pouvais enfin avoir une conversation normale. Lire dans leurs esprits étaient moins pénibles que pour les autres. Nous étions une famille depuis tellement d'années que nous n'avions quasiment plus de secret. Et puis je les aime beaucoup, ça permet d'être plus conciliant.

Emmet et Rosalie ouvrent la marche vers les plateaux repas. Mon frère, avec sa carrure de footballeurs professionnels fait peur à tout le monde. Rosalie, avec sa plastique parfaite de mannequin blonde, fait baver tout le monde. Mais les lycéens ont pris l'habitude de baisser leurs yeux lorsque nous arrivons : instinct de survie.

Suivent Alice, le petit lutin de la famille avec Jasper, notre nouveau végétarien. C'est lui qui a le plus de mal et j'avoue que je le plaints. J'ai parfois l'impression que ce sera toujours difficile pour lui.

Je ferme la marche.

-Tu regardes les Cullen, entends-je

Je me retourne rapidement vers la voix. C'est Jessica ! Elle, j'ai retenu son prénom, étant donné le nombre de fois où j'ai pu lire tout ce qu'elle désirait faire avec moi. Elle irait bien avec Mike : elle a aussi peu d'imagination que lui.

Elle parle visiblement à une fille que je ne connais pas. Ou plutôt si je l'ai déjà vu une bonne dizaine de fois dans l'esprit des lycéens ce matin : c'est la nouvelle.

-Qui est-ce, demande LA fille.

ELLE a une voie agréable, avec des tonalités chaudes. J'aime la musique et ce sont des sons que je reconnais. Elle ferait une bonne chanteuse.

-Emmet, Alice et Edward Cullen, Rosalie et Jasper Hale, récite Jessica. Ce sont les enfants adoptifs du docteur et de madame Cullen. Ils sont un peu…particulier.

-Oui, continue une autre fille dont j'ai oublié le nom, parce qu'ils sont très unis. Le brun baraqué Emmet, il sort avec la blonde Rosalie et le grand blond Jasper, il est avec Alice. Je me demande si c'est légal.

-Lauren ! s'indigne une troisième. Ce ne sont pas nos affaires.

Je pouffe et m'assois à notre table habituelle, un plateau plein de nourritures dont je n'ai même pas fait attention.

-On peut savoir la blague, me demande Emmet.

-Jessica et ses copines sont en train de nous tailler un costard auprès de la nouvelle.

-Elles le font bien j'espère.

-Même pas. Aucune originalité.

Emmet hausse les épaules.

-Et la nouvelle, qu'est ce qu'elle pense de nous ? demande-t-il.

Je cherche son esprit et curieusement, j'ai du mal à le capter. En fait, rien ! Comme si elle n'était pas là. Je me retourne vers elle. Elle a les yeux plantés sur moi, des yeux noisettes très perçants. C'est vrai qu'elle est mignonne, encore plus que dans l'esprit de mon voisin d'espagnol. Mais il valait mieux que je ne la trouve pas trop mignonne, ce serait dangereux pour elle.

Et je ne peux pas lire dans son esprit. Curieux !

-Rien de passionnant, élude-je.

-Edward te regarde, lance Jessica à la nouvelle.

-Il est avec quelqu'un, demande la jolie voix.

-Non ! Apparemment, personne n'est assez bien pour lui, répond-elle avec un ton sec.

Si LA fille n'a pas compris que Jessica en pince pour moi, c'est qu'elle est vraiment idiote. Je souris et la regarde à nouveau. ELLE aussi sourit toute seule. Non, elle n'est pas idiote.

-Tout ça pour dire que tu dois pas te fatiguer pour eux.

ELLE ne répond pas.

PDV Annabelle

Ils sont aussi beaux que ce que j'avais pensé !

Bon d'accord ! Les vampires par nature sont beaux. Mais eux ont quelque chose en plus ! Peut-être leurs yeux variant du caramel au noir. Peut-être leur calme apparent !

Je ne peux pas m'empêcher de les observer quand ils prennent leurs plateaux repas et qu'ils vont s'asseoir.

Des deux filles, la grande est incontestablement la plus jolie, toute droit sortie d'un magazine de voitures où des blondes langoureuses se vautrent sensuellement sur les décapotables de luxe dans une tenue proche du mouchoir de poche.

Mais je préfère la plus petite. Elle semble sautiller quand elle avance, avec la grâce et la agilité d'une danseuse étoile. Des cinq, elle est la seule à arborer un large sourire. Elle est pétillante de vie et je me dis que je pourrai m'en faire une amie.

Anna, arrête tes idioties !

-Tu regardes les Cullen ! me chuchote Lauren d'un ton de reproche.

En quoi est-ce illégal ? pense-je. Cela fait bien dix minutes que je scrute tous les élèves de la cafétéria et cela n'avait pas l'air de les déranger jusqu'ici.

Je tourne la tête à nouveau vers la table où ILS se sont assis. Un des trois garçons regarde dans notre direction. Bien sur ! Il nous a entendu. Il tourne les yeux vers son frère rapidement mais j'ai bien remarqué la couleur de ses prunelles, comme celle du docteur, couleur miel. Ils n'ont que ce coloris là en stock ou quoi ?

-Qui est-ce, m'entends-je dire à mes copines de table.

Toutes trois jètent un regard dans leur direction avant de baisser les yeux tout aussi rapidement, rouges pivoines. Tiens ! Ils font leur petit effet.

-Emmet, Alice et Edward Cullen, Rosalie et Jasper Hale, me répond Jessica. Ce sont les enfants adoptifs du docteur et de madame Cullen. Ils sont un peu… particuliers.

Bien sur ! Pauvre gourde ! Ce sont des vampires !

Je souris toute seule de ma pensée. Elle ne peut pas savoir. D'ailleurs, il ne vaut mieux pas qu'elle sache si elle ne veut pas jouer le rôle de la première victime dans un remake de film d'horreur gore.

-Oui, continua Lauren dont la voix aiguë et criarde me déplait. Parce qu'ils sont très unis. Le brun baraqué Emmet, il sort avec la blonde Rosalie et le grand blond Jasper, il est avec Alice. Je me demande si c'est légal.

Je savais bien qu'elle m'était antipathique. Elle devait être de ces filles dont le passe temps favori était de recueillir tous les cancans de la ville.

-Lauren, s'indigna Angela. Ce ne sont pas nos affaires.

Vraiment, cette Angela, je l'aime bien.

Je continue à les observer. Edward semble parler à son frère et je ne comprends pas la teneur de leur propos. Je maudis ma différence !

Il plonge soudain à nouveau son regard dans le mien. Il est d'une beauté chavirante, les cheveux ébouriffés couleur châtain roux et de grands yeux profonds qui m'observent de manière… frustrés. Tiens ! Je ne comprends pas son sentiment.

Je détourne le regard.

-Edward te regarde, me lance Jessica.

Je sens une note d'exaspération. Espère-t-elle qu'IL la regarde, elle !

-Il est avec quelqu'un, demande-je.

Je dois savoir combien ils sont en tout.

-Non ! Apparemment, personne n'est assez bien pour lui, répond-elle avec un ton sec.

Je souris. Oui ! Elle doit vraiment en pincer pour lui. Si elle savait la chance qu'elle avait qu'il l'ignore.

-Tout ça pour dire que tu dois pas te fatiguer pour eux, conclut Lauren.

Je ne prête pas attention à sa phrase. J'ai découvert sept vampires qui vivent ensemble sans s'entretuer dans une ville où apparemment, il n'y a aucun mort humain. Un peu que je vais m'y intéresser.

Le temps de cafétéria passe vite. Je téléphone à Dick pour avoir des nouvelles du groupe. Règle numéro un lorsqu'on quitte des amis en leur faisant croire qu'on va les revoir un jour : leur téléphoner souvent au départ puis espacer les communications jusqu'à les interrompre définitivement.

Le groupe est à Portland qu'ils quittent demain. Ils ont trouvé un petit contrat plus dans le sud. Finalement, ils se débrouillent très bien sans moi.

Je file à mon cours de biologie.