Auteur: Julie & Fianna
Disclaimer: les personnages et les lieux sont tous la propriété de J.R.R. Tolkien, sauf évidemment ceux crées par Julie et Fianna, je ne tire aucun profit monétaire de cette traduction.
Note de la traductrice: coucou!! voilà le chapitre 16! je profite de mes vacances pour rattraper un peu le retard . . . j'espère pouvoir poster les chapitres rapidement pour vous faire profiter des autres chapitres qui sont absolument . . . fantastiques! Voici mon adresse mail pour toutes questions, réclamations ou menaces de mort: marie. aux reviews:
-Nimrodel de la Lorien: ahh c'est sur c'est un chapitre génial et c'est tellement plus..vibrant en français!c'est un réel honneur de pouvoir la traduire et j'espère que tu continuera à la lire et à l'apprécier!
-Tàri Amandil: ooooh ta review est tellement gentille!je suis vraiment flattée (et très soulagée) de voir que ma traduction est à la hauteur...j'espère que la suite te plaira...bizz!
-Angel Lya:lool et oui une nouvelle traductricelool je ne pouvais pas supporter de voir cette fic ne plus être traduite... elle est tellement...enivrante...merci pour tes encouragements, j'espère que la suite te plaira!
- ptite-ailes: Merci de Julie (et de Fianna) ! Lya m'a déjà donné le poteau au téléchargement, ainsi j'ajoute mes mercis à vous.
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Chapitre 16
Haldir flânait le long du chemin vers le terrain de tir à l'arc, plus gais qu'il ne l'avait été depuis très longtemps. Durant les premiers siècles de sa vie, il avait souvent eu des débordements de joie intense , mais de nombreuses années s'étaient écoulées depuis et ces sentiments avaient été remplacés par un comportement et une retenue plus convenable. Il ressentait rarement des bouffées subites d'émotion incontrôlées, heureuse ou malheureuse, mais il était aussi heureux que possible étant donné la situation sur Arda et l'ampleur de ses responsabilités en tant que surveillant de la Lothlórien. Les plus mauvaises périodes étaient quand il se permettait de se souvenir de moment où des elfes avaient perdus la vies tandis qu'ils étaient sous ses ordres. Galadriel était la seule avec qui il parlait de ça, et jusqu'ici elle avait été la seule qui avait vraiment put soulager sa culpabilité et sa douleur
Maintenant Elanor était quelqu'un d'autre avec qui il pouvait parler de ces choses, quelqu'un qui n'était pas la Dame ou ses frères. Et étrangement il aspirait à dire des choses à Elanor qu'il n'avait jamais révélé à quiconque . . . et ceci en prendrait du temps, c'était certain. Il chassa ses pensées de son esprit et inhala profondément l'air frais de la Lothlórien.
Aujourd'hui, son moral grimpa en flèche. Il savait qu'il allait bientôt devoir quitter Elanor pour retourner à la frontière et à son devoir, pourtant le fait de savoir qu'elle serait ici,attendant son retour, l'exaltait. Désormais il ne craignait plus qu'elle tombe sous le charme de Rúmil ou de n'importe qui d'autre durant son absence, ou même qu'elle puisse se sentir mieux avec d'autre qu'avec lui. Il commençait même à caresser l'idée que peut-être il était fait pour elle et qu'elle était faite pour lui. Néanmoins, il était prudent par nature, et il préférait garder cette idée intriguante dans l'intimité de son esprit. Pour le moment,cela suffisait que Elanor et lui aient reconnu leur attachement mutuel.
Il réprima un sourire en se remémorant le comportement d'Elanor à l'étang, et sa propre perte de contrôle. Il ne savait pas pourquoi il avait été étonné par ce qu'elle avait fait, mais ce qu'il savait c'est qu'il l'avait énormément apprécié. Les demoiselles timides ne l'avaient jamais beaucoup intéressé ; il était sensuel et franc par nature, et préférait ne pas devoir rentrer dans leur jeu. Elanor provoquait, mais ne jouait pas. Ou au moins pas d'une manière gênante pour lui. De plus elle l'amusait comme aucune autre demoiselle ne l'avait jamais fait.
Il soupira et arracha une branche suspendue au dessus de sa tête en utilisant plus de force qu'il n'était strictement nécessaire afin de libérer sa tension refoulée. Sa bouche se tordant en une grimace tandit qu'il se rappelait le rêve qu'il avait eu la nuit passée, à propos d'Elanor évidemment. Il s'était réveillé en sursaut, trempé de sueur et sur le point d'explosé, à un tel point qu'il avait dû utiliser chaque parcelle de sa volonté pour ne pas bondir hors du lit de camp et aller dans celui d'Elanor. Son rêve lui avait semblé si vrai, si intensément excitant . . . Haldir grimaça et essaya de mettre ce souvenir de côté. Evidemment le fait de voir Orophin se promener avec un immense sourire collé au visage et débordant de satisfaction et de contentement extrême ne l'aidait pas beaucoup.
"Haldir!" La voix de Rúmil l'interpella par derrière.
Haldir se retourna et arqua un sourcil interrogateur tandis que Rúmil le rejoignait.
"Où est ce que tu va?" s'enquérait Rúmil d'un ton désinvolte.
"Au terrain de tir à l'arc. Ca ne se voit pas?" Haldir continua son chemin et Rúmil le suivit, ses pâles cheveux flottant dans la brise.
"J'étais seulement poli." Rúmil semblait inhabituellement préoccupé. "Je viens avec toi. J'ai besoin d'une excuse pour être loin d'Orophin."
"Maintenant je te comprend," approuva Haldir avec ferveur.
"Si il cessait seulement de sourire," ajouta Rúmil avec un soupir exagéré.
"De grimacer," rectifia Haldir.
"De ricaner."
"De jubiler."
"Comme si lui et Doria avaient découvert un grand secret que personne d'autre ne connaissait! D'après ce que je sais, ils le redécouvrent chaque nuit et au moins une ou deux fois par jour. C'est vraiment écoeurant."
"En effet," dit Haldir sèchement, en essayant de ne pas penser à ça.
Il vit Rúmil lui lancer un regard en coin. "Haldir, tu te souviens quand on se donnaient des conseils?"
"Non. Je me rappelle que je te donnais des conseils et que tu les ignorais. Tu as besoin d'un conseil maintenant?"
"Heu . . . bien, en quelque sorte, oui." Haldir remarqua une nouvelle fois que Rúmil ne se comportait pas comme d'habitude.
Haldir s'arrêta brutalement et se tourna vers Rúmil. "Qu'est ce qui ne vas pas?"
"Rien. Je me demandais juste comment tu fais."
"Faire quoi?" demanda Haldir d'une voix tranchante. "Tu deviens de plus en plus énigmatique chaque année. Si tu as quelque d'important à me dire, s'il te plait dis-le."
Rúmil leva la tête et regarda fixement la cime des arbres. "Je ne sais pas comment te dire ça."
"Rúmil . . . " dit Haldir dangereusement. "Je perd patience. Si tu as quelque chose d'intéressant à dire, j'écoute."
"J'ai le sentiment que toi . . . et Elanor . . . voudriez être plus proches que vous ne l'êtes. Je n'étais pas sûr . . . mais maintenant que je vois Orophin . . . c'est clair que toi et Elanor n'êtes pas . . . n'avez pas. . . ahem . . . "
"Je n'arrive pas à croire que tu es en train de me parler de ça," répondit Haldir agacé. "En quoi est ce que ça te concerne?"
"Je t'ai juste demandé comment tu faisais."
"Faire quoi?" Haldir sentait son euphorie s'évaporer.
Rúmil s'éclaircit la gorge. "Bien, je suppose que je devrais faire quelques précisions, pour fournir un peu de fond à ma question." Il fit une pause, comme si il debattait avec lui même. "J'ai longtemps mené ma vie plus ou moins de la même manière que toi. J'ai des amis, comme toi . . . heu . . . . des amies féminines."
"Je ne te suis pas, Rúmil," répondit Haldir bien qu'il commençait à comprendre. "Pourrais tu être plus clair?"
"Que le Mordor te prenne, j'essaye!" Rúmil se laissa tomber sur une grande roche, semblant frustré et dépité.
Haldir s'assit près de lui. "Recommence," ordonna-t-il.
Rúmil se baissa et pris un bâton, le faisant tourner entre ses doigts agiles. "J'ai remarqué que tu n'allais plus les voir. Pour tes besoins personnels."
Haldir resta silencieux.
"Je peux savoir pourquoi?" dit Rúmil d'un air si sérieux qu'Haldir oublia la réplique sarcastique qu'il était sur le point de sortir.
"Parce que . . . " Haldir se creusa la cervelle pour trouver une raison qu'il pourrait donner à son frère. "Parce que je n'ai pas envie," dit-il fermement. Sentant que ce n'était pas une réponse suffisante il ajouta, "J'ai été plus occupé que d'habitude avec Elanor ici. Mais quel rapport avec toi? Est ce que tu essaye de me dire qu'elle t'intéresse?" Il s'attendait à une réponse affirmative.
"Elanor?" Rúmil secoua la tête. "Non ! Pas de la manière que tu pense. Ah, elle est jolie et je l'aime bien, et je serais heureux de l'embrasser si je pouvais . . . si elle le souhaitait je veux dire, ce que naturellement elle ne veux pas . . . oh, Mordor . . . ce que je dis n'a aucun sens, n'est ce pas?"
Haldir le regarda. "Non."
Rúmil lui fit un sourire embarrassé. "Je voulais la courtiser, tu sais. En partie parce que je l'aime bien et en partie pour voir l'effet que ça aurait sur toi. C'était l'idée d'Orophin, et j'étais décidé à le faire . . . j'ai flirté avec elle . . . mais . . . "
Haldir reste silencieux tandis que Rúmil poussait la terre avec son bâton.
"Je ne peux pas courtiser n'importe qui," lança finalement Rúmil.
Les sourcils d'Haldir se rejoignirent. "Qu'est ce tu viens de dire?"
Encore une fois, Rúmil mit un long moment à répondre. "C'est une chose tellement sérieuse de faire la cour. Tourner autour comme Orophin a fait avec Doria . . . Je ne peux pas faire ça. Je ne suis pas comme ça. Je ne sais pas être sérieux avec ces choses là. J'aime flirter et m'amuser. Et jouer. Et plaisanter." Il soupira. "J'aime faire l'amour. Je suis très bon à ça."
Haldir étudia son frère, ne sachant pas quoi répondre.
"Mais récemment," poursuivit Rúmil, "et par récemment je veux dire les dix ou douze dernières années, j'avais trouvé . . . "
"Trouvé?" dit Haldir, après un silence prolongé.
"Trouvé que parfois . . . "
Haldir attendit.
"Parfois," repris Rúmil d'un ton énigmatique, "elles ne sont pas toutes pareilles."
Haldir regarda son frère, remarquant le sérieux dans les yeux bleus de Rúmil. "Je ne te suis plus. Qu'est ce qui n'est pas pareil?"
"Les demoiselles," expliqua Rúmil. "Je pense que je vais parler simplement, si ca ne te gêne pas."
"Enfin le discours simple que j'attendais," dit Haldir, son exaspération mêlée d'amusement.
Rúmil gardait les yeux baissés au sol, ses coudes sur ses genoux tandis qu'il plantait son bâton plus profondément dans le sol. "La vérité c'est que . . . il y a seulement une demoiselle que je veux mettre dans mon lit," marmonna-t-il. "Et elle refuse."
Les lèvres d'Haldir se contractèrent. "Ah," dit-il. "Je vois."
"Et je veux vraiment, vraiment la mettre dans mon lit. Et je ne peux pas."
"Hmmm," dit Haldir, essayant d'avoir l'air compatissant.
"Donc ma question est," continua Rúmil, "comment est ce que tu fais? J'ai commencé à dormir seul . . . ça fait deux semaines et deux jours maintenant . . . et je ne suis pas très heureux de ça. Est ce que tu. . . heu. . . "
Haldir fronça les sourcils, appréciant l'embarras de Rúmil. "Est ce que je fais quoi? Je pensais que tu allais parler simplement?"
L'air malheureux, Rúmil jeta son bâton. "Je sais que j'ai l'air vaniteux quand je le dis, mais je suis populaire. Je n'ai jamais eu de problème pour trouver quelqu'un. J'ai besoin de sexe. C'est aussi vitale que de respirer pour moi. Je m'en passe assez bien quand je suis à la frontière, mais quand je rentre à la maison . . . c'est là que je. . . Je veux dire, comment pourrais-je vivre sans ça?"
"Est ce que tu compte me dire qui est cette demoiselle?" demanda brusquement Haldir.
"Non."
"Tu veux seulement mon avis."
"Oui."
"Tu est sûr personne d'autre ne conviendrait?" demanda Haldir. "Il y a beaucoup d'autres jolies demoiselles en Lórien."
"Je sais," dit Rúmil doucement. "C'est ce que je me suis dit mille fois au cours de ces dernières années. Plus j'essaye de me convaincre qu'elle ne représente rien pour moi, plus je sais que je me mens. Je ne peux pas être avec une autre. J'ai essayée et . . . ça n'a pas fonctionné."
"Ahh."
Rúmil leva les yeux et vit Haldir avec un sourire en coin. "Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire. Ca fonctionne très bien, frère. J'ai seulement voulu dire que mon esprit était ailleurs. La demoiselle avec qui j'étais n'était pas celle que j'aurais voulu voir sous moi. Ça ma soudainement semblé. . . mal. Ou au moins pas . . . pas satisfaisant. Pas comme je voulais que ce soit."
Haldir soupira et se leva. "Tu veux un conseil, mais je n'en ai aucun sauf que tu dois trouver une manière de courtiser la demoiselle."
"Oui," reconnut Rúmil l'air sombre. "Mais ça pourrait prendre des années. Ou des décennies. Ou même des siècles."
"Alors tu ferais mieux de commencer dès maintenant," dit Haldir d'une voix ferme.
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Doria était assise dans le petit jardin au lis où avait eu lieu la fête d'Orophin, ses mains lissant une des tuniques d'Orophin qui avait besoin de réparation, un sourire rêveur sur le visage. Ses outils de couture posés négligemment à côté d'elle tandis qu'elle se remémorait leur ébat amoureux de ce matin. Comme Orophin était fort, et comme il était passionné et soucieux de ses envies! Et--elle rougit légèrement--à quel point il était viril! C'était quelque chose qu'elle garderait pour elle puisqu'elle savait que toutes ses amies s'amuseraient beaucoup à la taquiner si elle leur disait. Excepté Elanor, naturellement. Elanor était différente des autres. Elanor aimait plaisanter, mais elle semblait comprendre ce qui pouvait gêner Doria et n'en parlerait pas, même pour rire.
Les lèvres de Doria se courbèrent d'affection pour Elanor. Oui, elle avait été deux fois bénie par les Valar, d'abord avec l'amitié d'Elanor, et ensuite par l'amour d'Orophin. Sa vie pouvait t'elle être plus belle? Bien, peut-être lorsqu'ils naviguaient à l'ouest ensemble, où Orophin n'aurait plus une frontière à garder et à défendre. Son sourire se fana à cette pensée. Elle n'aimait pas imaginer qu'Orophin pouvait être en danger.
"Quel tourment te fais perdre ce si joli sourire, soeur?"
Doria sursauta, et jeta un coup d'oeil à l'imposante silhouette qui se tenait devant elle. "Je ne t'ai pas entendu arriver, Lurien. Tu n'est pas en service ce matin?"
"Pas jusqu'à ce soir. Mes horaires ont changés." Il fit quelques pas et s'installa sur l'herbe près d'elle, ses yeux bleus posés sévèrement sur le visage de Doria. "Tu n'a pas répondue à ma question. Ta nouvelle aventure à t'elle déjà perdu tout son piquant?"
"Bien sur que non! Orophin et moi sommes amoureux, et je suis très heureuse. Je pensais simplement aux dangers qu'il rencontre durant son service."
La bouche de Lurien se crispa. "Ah, oui, évidemment. Je suis sûr que ton amant à dû se vanter de ses prouesses en tant que grand tueur d'Orc."
"Orophin ne se vante jamais, Lurien," répondit Doria indignée. "Pourquoi dit tu de telles choses ? Je croyais que c'était Haldir que tu détestais."
"Je n'aime pas beaucoup ses frères non plus, et je ne suis pas très content de voir que tu fréquente l'un d'entre eux." Lurien jeta un coup d'oeil sur la tunique posée sur les genoux de Doria. "Je vois qu'il te fais déjà faire des corvées. Je n'aime pas le voir traité ma soeur comme une esclave."
Doria le regarda droit dans les yeux, déterminée à lui faire comprendre. "Soit bien attentif à ce que je vais dire. Je n'aime pas ce que tu dis et je ne t'écouterais pas plus longtemps. Pourquoi est ce que tu veux gâcher mon bonheur? Si je fais ça pour lui, c'est parce que je l'aime et pas parce qu'il me l'a demandé. Est ce que je ne fais pas la même chose pour toi?"
Lurien soupira, son visage se radoucissant grâce à l'amour qu'elle savait qu'il éprouvait pour elle. "Je ne souhaite rien gâcher, Doria. Tu sais que je veux que tu sois heureuse. Je cherche seulement à te protéger comme un frère se doit de le faire."
"Je n'ai pas besoin de protection contre Orophin," l'informa-t-elle, fermement. "En réalité, je pense que c'est toi qui est malheureux, et ça m'inquiète."
"Moi?" Lurien parut véritablement étonné. "Je ne suis pas malheureux."
"Quand Elanor est arrivé en Lórien, tu semblais très épris d'elle. Je me suis demandé si elle pouvait être celle qui te fallais, mais maintenant je sais qu'elle ne l'est pas. J'ai eu peur que tu n'ais le coeur brisé."
Riant légèrement, il se rapprocha pour caresser son menton. "Non, mon coeur est tout à fait intact. Je pensais que tu me connaissais mieux que ça. Je cherche seulement à m'amusé."
Elle l'étudia soigneusement, mais ne vit rien d'autre que son expression sérieuse. "J'ai également eu peur que tu brise le coeur d'Elanor, mais je ne pense pas que tu ais le pouvoir de faire ça."
"Qu'est-ce qu'elle t'a dis à propos de moi?"
"Elle ne m'a pas parlé de toi. Elle sait que tu es mon frère. Et contrairement aux autres ce n'est pas une commère."
"Elle est différente, j'admet." Il étendit ses longues jambes et se pencha en arrière, sa tête inclinée vers le sol de sorte que ses cheveux d'or aient frôlés l'herbe.
Doria le regarda. Ses yeux étaient fermés, son visage serein, comme si aucun ennui ou aucun souci n'avait jamais troublé sa vie apparemment si parfaite. Elle le connaissait bien, pourtant il ne lui avait jamais confié ses secrets les plus intimes. Peut être parce il était tellement plus âgé qu'elle. Il l'a considérait comme une douce et jeune soeur qu'il devait protéger plutôt que comme une adulte qui s'inquiétait pour lui parce qu'ils étaient du même sang. Leurs parents avaient navigué à l'ouest il y avait plus d'un siècle, et cela c'était encore ajouté à son désir de la protégée. Elle essayait souvent de le voir comme le voyaient les autres, comme un beau, flirteur, et incroyablement irrésistible séducteur, mais pour elle, il était simplement Lurien, son frère. Un frère qu'elle respectait et qu'elle adorait.
"Les leçons de tir à l'arc sont terminés?" demanda-t-elle.
"Avec Elanor, tu veux dire?" Il rouvrit les yeux et sourit. "Tant que son gardien est ici, oui. Quand il retournera à la frontière, elles reprendront."
"Pourquoi?" demanda-t-elle, d'une voix tranchante que d'ordinaire elle n'employait pas avec lui. "Lurien, est ce que tu essaye de créer un conflit?"
"Pas dans le sens que tu pense. J'essaye d'aider ton ami, bien que je dois admettre que je l'ai fait de façon à gêner cet insupportable et arrogant Gardien de la Marche. Tu ne peux pas me blâmer de vouloir concilier les deux, le tout d'un simple et très intelligent arrangement."
Elle secoua la tête. "Je t'en voudrais si tu blesses Elanor. Je ne te le pardonnerais pas, Lurien. Elanor est mon amie, peut-être l'amie la plus proche que j'ai jamais eu."
Les yeux bleus clairs de Lurien semblèrent s'adoucir. "Je ne blesserai pas ton ami, ma chère. Pourquoi ferais-je ça ? Comment oserais-je faire ça? Je ne vais pas lui briser le coeur, et je ne toucherais pas à un seul des cheveux de sa jolie tête. Le pire que je pourrais faire serait de l'embrasser. Et ça, je t'assure que ca ne lui ferait pas de mal."
"Je pense que tu devrais la laisser tranquille. Je t'en pris, Lurien."
Pendant un moment elle crût qu'il allait accepter, puis quelque chose se durcit sur son ses traits, comme si un masque avait remplacé son beau visage. "Tu t'inquiète pour rien, Doria. L'amour a clairement embrumé ton cerveau." Avec grâce et dextérité, il sauta sur ses pieds et lui fit une petite révérence. "A plus tard, soeur."
Le coeur serré, elle l'observa s'éloigner. Cela la perturbait profondément de voir sa fidélité tiraillée entre deux directions opposées. Elle voulait tellement que tout le monde s'entende et soit aussi heureux qu'elle l'était. Mais Lurien était encore décidé à créer des problèmes, et que pouvait-elle faire puisqu'elle ne savait pas ce qu'il préparait? Au moins elle savait qu'il ne blesserait pas Elanor, et que Orophin n'était pas la cible de sa haine. Quant à Haldir, elle savait qu'il pouvait prendre soin de lui même. C'était pour Lurien lui-même qu'elle s'inquiétait, parce que elle ne voulait pas qu'il soit blesser encore une fois.
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Elanor se pencha au-dessus des fleurs de la terrasse de Haldir talan, touchant leurs fragiles pétales d'un doigt doux et affectueux. Elle pouvait sentir leur plaisir d'être l'objet de tant d'attention, leur joie d'être en vie, et comme cela le faisait toujours, Elanor fut apaisée. Elle se redressa et jeta un coup d'oeil sur le joli petit patio, essayant de ne pas regarder le lit de camp d'Haldir ou de ne pas insister sur les pensées que sa vue lui évoquait.
Avec un petit soupir, elle quitta la terrasse et pris son carquois et son arc. Haldir était descendu au terrain de tir à l'arc, et c'est là qu'elle se dirigeait, mais par un étrange hasard, elle rencontra le seigneur Celeborn alors qu'elle arrivait en bas de l'escalier en spirales qui se déployait jusqu'au sol de la forêt. Bien qu'elle ait discuté plusieurs fois avec Dame Galadriel, Elanor n'avait pas eu beaucoup de contact avec le majestueux mari de la Dame depuis son arrivée en Lórien, et elle fut étonnée quand il s'arrêta et lui parla.
"Bonne journée, Elanor." Les yeux du seigneur elfe se posèrent sur son arc et son carquois, et il sourit légèrement. "Tu as été très appliquée à l'entraînement ces semaines passées. J'ai entendu dire que tu t'es beaucoup amélioré."
"Je l'espère, mon seigneur," dit-elle avec un sourire timide, "parce que je pourrais difficilement être plus mauvaise."
Il rit, un bruit profond et plaisant. "Je pense que tu es peut-être trop dur avec toi même. Je t'ai entendu frapper la cible le tout premier jour."
"Seulement une fois, mon seigneur, et avec l'aide d'Haldir."
"C'est un bon professeur, Elanor. Tu es chanceuse en effet. Et j'ai entendu dire que Lurien t'a également aidé."
Elanor inclina la tête, ne sachant pas quoi dire. "Rúmil et Orophin également," ajouta-t-elle, ne souhaitant pas vraiment parler de Lurien. Elle et Lurien n'avaient pas parlés depuis des jours, et il n'avait fait aucune tentative pour l'approcher.
Seigneur Celeborn inclina la tête. "Beaucoup de professeurs, chacun avec sa propre technique. Et qui t'a le plus aidé?"
"Oh, Haldir, naturellement," dit-elle rapidement, en regrettant tout à coup de ne pas avoir feint de considérer la question pendant quelques secondes avant de répondre. Les yeux bleus du seigneur Celeborn parurent soudainement très sages et extrêmement clairvoyants.
"Elanor," dit-il d'un ton pensif, "est ce que quelqu'un ta parlé du concours féminin de tir à l'arc qui a lieu tous les ans ? Je pense que tu pourrais l'aimer."
Elanor serra la poignée de son arc. "Healea m'en a parler, mon seigneur. Elle m'a dit que c'est votre événement."
"Oui, c'est moi qui l'ai organisé la première fois, il y a bien longtemps, et je l'organise tous les ans. Evidemment beaucoup de nos ellith pourraient concurrencer les mâles, dans d'autres domaines également. Néanmoins, je pense que c'est plaisant d'avoir un concours uniquement féminin pour celle qui ne sont pas à l'aise dans d'autres circonstances."
"Je pense que c'est une idée fine," concéda Elanor, sans trop savoir si elle approuvait réellement. Mais elle n'allait certainement pas contredire le seigneur de la Lórien. Sentant qu'elle devait dire autre chose, elle ajouta, "Mais je n'aurais aucune chance de gagner."
"Gagner ne doit pas forcément être ton objectif," dit le seigneur elfe doucement. "Pouvoir jouer un rôle, repousser ses limites, tenter sa chance . . . ce sont toutes de bonnes raisons, Elanor. Mais naturellement c'est ta décision. La liste des concurrents se trouve à l'intérieur de la hutte de tir à l'arc. Il est encore temps d'ajouter ton nom. Le concours est dans deux semaines."
Elanor inclina la tête sans enthousiasme. "J'y penserais, mon seigneur. Merci. C'est gentil à vous de m'en parler. "Elle fit une petite révérence.
Il inclina la tête en retour. "Je t'en pris, Elanor." Il s'éloigna, empruntant le large escalier menant à la cour centrale au coeur des majestueux arbres. Les sentinelles postées le long des escaliers le saluèrent, leurs mains sur le coeur.
Elanor reprit rapidement sa route, son esprit tourbillonnait. Depuis que Healea lui avait parlé du concours, elle avait essayé de ne pas y penser. Elle était convaincue que Healea avait suggéré qu'elle y participe parce qu'elle voulait voir Elanor se ridiculiser. Mais ce n'était sûrement pas l'intention du seigneur Celeborn. Devrait-elle envisager de participer? Elle frissonna à cette pensée. Mais comment pouvait-elle refuser l'invitation du seigneur Celeborn ?
Elle atteignit le champ de tir à l'arc et vit Haldir, mais il était occupé à parler avec Beredain et Rúmil. Les ignorant, elle se mit à sa place habituelle et débuta son entraînement. Une à une ses flèches fouettèrent l'air et atterrirent tour à tour à gauche et à droite de la cible. Cependant, la dernière frappa le bord, elle osa jeter un coup d'oeil furtif en direction d'Haldir pour voir si il avait remarqué. Il semblait ne pas avoir noté , mais elle doutait qu'il l'ait raté. Elle avait constaté qu'il ratait très peu de chose . Rúmil, d'autre part, indiqua clairement qu'il avait vu, parce que il lui fit un sourire compatissant. Elanor lui renvoya son sourire en essayant de cacher sa contrariété et sa colère envers elle-même. Etait-ce trop demander qu'elle puisse envoyer quelques flèches dans la cible quand il y avait quelqu'un pour le voir?
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Rúmil observa Elanor s'avancer pour rassembler ses flèches, puis se remettre une nouvelle fois en position exactement comme il l'avait fait lui-même un nombre incalculable de fois dans sa vie. Il ne la plaignait pas vraiment parce qu'elle s'en sortait pas trop mal si l'on considérait qu'elle était débutante. D'autre part, il avait vu des débutants beaucoup plus doués qu'Elanor. Heureusement, il savait que ça n'avait pas tellement d'importance .
Il s'avança pour la saluer, pensant que ça pourrait faire sortir de son esprit . . . quelqu'un d'autre. "Tu t'en sort bien," dit-il chaleureusement. "Tu en a eu une cette fois, hein ? Très bien."
Elle lui lança un regard légèrement accusateur. "Je ne m'en sors pas bien, Rúmil. J'ai eu des jours où j'y arrivais, mais aujourd'hui ne semble pas être l'un d'entre eux."
"Est ce que c'est nous qui te rendons nerveuse?" demanda-t-il en désignant Beredain et Haldir d'un hochement de tête. Il pensait qu'elle serait passé au delà de ça maintenant.
"Pas vraiment nerveuse, mais je suis toujours distraite quand on m'observe. Ou quand je pense qu'on pourraient observer."
Il chercha à dire quelque chose qui pourrait lui être utile. "Bien, ça veut dire que tu as besoin de gens autour de toi comme ça tu pourras t'habituer. Il pourrait y avoir des centaines d'elfes en train de m'observer que ça n'affecterait pas mon but." Il repoussa vivement la pensée qui traversait son esprit, car il y avait malgré tout une personne qui pouvait le distraire, même légèrement. Non, il ne penserait pas à elle.
Elanor sembla sur le point de se remettre en position, mais à la place elle abaissa son arc et le regarda. "Rúmil, je peux te demander quelque chose?"
"Naturellement," dit-il d'un ton cordial. "Tout ce que tu veux."
"Tu me donnerais honnêtement ton avis à propos de quelque chose ? On m'a suggérer de participé au concours féminin de tir à l'arc. Tu pense que je devrais?"
Rúmil masqua son air horrifié et fit semblant de réfléchir sérieusement à la question. "Bien, Ellie . . . hmmm. Question intéressante. Est ce que je pense que tu devrais y participer . . . la vraie question est ce que tu pense que du devrais y participer? Uh . . . qui te l'a suggéré?"
"Non, Rúmil, je ne pense pas que je devrais m'inscrire. Ni toi, évidemment. C'était seigneur Celeborn qui me l'avais suggéré."
"Oh," dit-il faiblement. "Bon. Dans ce cas . . . "
"Laisse tomber. Je peux voir ta réponse ton visage."
"Allons, Ellie!" commençait-il à protester, puis il s'interrompit. N'avait-il pas promis d'être honnête ? "Très bien, je vais te dire la vérité. Non, je ne pense pas que tu devrais t'inscrire au concours. Peut-être l'année prochaine . . . " Soudain il se rappela qu'elle ne serait peut être pas ici l'année prochaine. "Mais tu ne sera plus ici alors . . . " Il s'arrêta, se rappelant qu'elle et Haldir semblait avoir une relation très spéciale qui pouvait peut être changer cet état de fait, et ajouta, "Mais si tu es ici, ce qui est vaguement possible alors . . . " Il s'arrêta de nouveau, regrettant son utilisation du mot 'vaguement'. "Ce qui est tout à fait possible," corrigea-t-il, "alors tu sera prête d'ici là. Mais d'un autre côté, peut-être pas."
Elanor le regarda, ses yeux bleus ne dévoilant aucune émotion lorsqu'elle s'adressa à lui d'un ton digne. "Merci, Rúmil. J'apprécie ton honnêteté."
"Tu devrais parler de ça à Haldir," la conseilla-t-il, d'un air gêné. Peut-être qu'il n'aurait pas du la découragée. Il ne voulait pas détruire la confiance elle avait acquise.
"Je le ferais peut être," dit-elle brièvement. "Maintenant laisse moi, Rúmil. Il faut que je m'entraîne."
Rúmil esquissa une petite révérence et s'éloigna.
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Le temps qu'Haldir la rejoigne suffit à Elanor pour être entièrement et profondément écoeurée d'elle même. Elle n'avait pas réussie à envoyer une seule flèche sur la cible depuis que Rúmil était parti. Pour se tester,elle avait imaginé qu'elle était au concours, mais cette seule idée l'avait troublée à un tel point que tous ses tirs étaient devenus comme fous. Et elle utilisait une des cibles les plus proches!
En réalité, elle était un archer horrible, le plus mauvais de toute la Lórien. Elle ne pouvait même pas se qualifier d'archer. Elle était seulement une jardinière qui jouait avec un arc et des flèches. Elle était . . .
"Elanor, qu'est ce que tu fais?" La voix calme d'Haldir la sortie de ses pensées. "Tu n'a pas tenu ton arc correctement durant tout le temps ou je t'ai observé. Regarde comme tu le tiens. Tu n'est pas concentrée sur ce que tu fais."
Elanor regarda ses pieds, puis ses mains. Toute sa position était mauvaise, et cela lui confirma que Rúmil avait raison. Après la séance d'aujourd'hui, il n'y avait absolument aucune chance qu'elle parle à Haldir de la compétition de tir à l'arc. Rúmil lui avait clairement fait comprendre que l'idée était ridicule, et elle ne voulait pas voir Haldir avec le même regard de pitié qu'avait eu Rúmil. Seigneur Celeborn avait seulement été poli.
Elle jeta un coup d'oeil vers Haldir et fut soulagée de ne voir ni condamnation ni jugement sur son visage. "Je pense que je suis juste un peu fatiguée," dit-elle. "Je n'ai pas très bien dormie la nuit dernière."
"Plus de cauchemars, j'espère." Les yeux d'Haldir ont inspecté son visage avec une inquiétude si véritable et si palpable, qu'elle en oublia tout le reste. Le tir à l'arc disparut de sa tête. Même le temps semblait s'arrêter durant ces moments là, comme si même leurs âmes se reliaient à la manière dont leurs corps en révaient.
"Plus de cauchemars," dit-elle, puis elle lui lança un regard légèrement èspiègle. "Au contraire mes rêves ont été plus agréables."
"Oh?" L'écho de sa propre joie se reflétait dans ses yeux, et son visage se détendit très légèrement, lui indiquant sans paroles qu'il appréciait ce type d'échange. "Est-ce que par hasard ma pupille souhaiterait partager ses rêves avec moi?"
Elle sourit. "Pas pour le moment, mon gardien. Peut-être à un autre moment plus approprié, mais pas ici sur le terrain de tir à l'arc."
Sa main se déplaça, comme s'il voulait la toucher, mais il ne le fit pas "Plus tard peut-être. Je pense que je pourrais aimer en savoir plus au sujet de ces rêves." Alors il jeta un coup d'oeil sur la cible qu'elle n'avait pas touchée en ajoutant, "Tu ferais mieux d'arrêter pour aujourd'hui. Je dois aller régler quelques affaires, mais je dînerais avec toi plus tard. Ca te laisse du temps pour te baigner et pour te reposer,si tu le souhaite."
Elanor inclina la tête et l'accompagna jusque la hutte de tir à l'arc, là où étaient rangés les arcs d'entraînement et les carquois pour ceux qui souhaitaient les utiliser. Tandis qu'Haldir s'éloignait, elle ne pût résister à la tentation de se glisser à l'intérieur et de regarder à l'intérieur. Remarquant le parchemin cloué au mur, elle s'en approcha et fit glisser son regard le long de la liste des ellith qui s'étaient inscrites. Pour le moment il y avait plus de quinze noms et la plupart étaient des ellith qu'elle ne connaisait pas. Dans leur grandes majorité elle ne leur avait jamais parlées ou ne les avait même jamais rencontrées, mais un nom ressortait parmis les autres. Healea. Bien, Healea lui avait dit qu'elle souhaitait s'inscrire, alors ce n'était pas une surprise. Les amies de Healea, Arnis et Túre, étaient également parmi ceux énumérés. Elanor grimaça.
Haussant les épaules, elle quitta la hutte et se promena parmi les arbres en direction du plus proche des beaux escaliers en spirales de la ville qui menait dans les hauteurs des grands mellyrn. Juste au moment ou elle posait le pied sur la première marche, elle vit Orophin qui flânait dans sa direction.
"Ellie!" s'exclama-t-il, rayonnant comme si sa seule vue lui apportait un immense plaisir. Cela faisait des jours qu'il souriait de la sorte, ce qu'elle trouvait secrètement très amusant.
"Bon après-midi, Orophin," répondit-elle, se demandant s'il allait encore une fois la remercier pour l'encouragement qu'elle avait donné à Doria.
"Je voulais te remercier," dit-il, le moment où il la rejoint. "Doria ne cesse de me dire à quel point ton amitié lui est précieuse. Je ne sais pas commet te remerciez. Si tu n'avais pas été là . . . "
"Enfin, Orophin," dit-elle, exactement comme elle l'avait fait la dernière fois, "je suis sûre que toi et Doria vous seriez trouvés sans que je fasse quoi que ce soit."
"Mais tu as aidé," insista-t-il, semblant presque absurdement heureux. "Nous sommes si heureux, et je veux juste te remercier."
Elanor ne pouvait contenir son rire plus longtemps, et Orophin éclata de rire à son tour.
"Dis moi juste que ce que je peux faire pour toi en retour," exigea-t-il. "Il doit sûrement y avoir quelque chose. Un petit service dont je peux me charger, une commission que je peux effectuer. Il doit y avoir quelque chose que je peux faire pour toi, si ce n'est maintenant, un jour prochain peut être."
"Je ne vois rien," répondit-elle, "sauf peut-être . . . "
"Quoi?" demanda-t-il avec enthousiasme. "Dis-moi . . . s'il te plait, Ellie. N'importe quoi!"
Elanor hésita, se sentant ridicule. Elle avait déjà eu l'avis de Rúmil ; pourquoi voulait-elle celui d'Orophin en plus? Pourtant elle se sentait étrangement obligée de lui demander.
"Je voudrais ton avis honnête, Orophin. Seigneur Celeborn m'a proposé de participer au concours féminin de tir à l'arc, et je me demandais si tu pense que c'est une bonne idée . . ." Elle pût voir le sourire Orophin se faner.
"Ah!" dit-il, beaucoup trop gaiement. "J'avais presque oublié ça. Tu dis que c'est le seigneur Celeborn qui l'a suggéré?"
"Oui," souffla-t-elle.
"Bien, alors si il la suggéré, ce doit être une bonne idée." Il fit une pause. "Mais, Ellie, honnêtement . . . peut-être pas dès cette année. L'année prochaine, peut-être."
Elanor lâcha un soupir. "Très bien, Orophin. Je ne m'inscrirais pas. J'ai seulement voulu y réfléchir comme le seigneur Celeborn me l'avait suggéré."
Orophin l'examina attentivement. "Tu en a parler à Haldir? En tant que gardien et professeur, il est plus qualifier pour te conseiller à ce sujet."
Elanor se détourna. "Je ne vais pas lui en parler. J'ai déjà parlé à Rúmil et à toi, et vous m'avez donné tout les deux la même réponse. Je suis un archer épouvantable. Je m'humilierais si j'essayais de participer."
"Je n'ai pas dit ça!" Orophin sembla choqué. "Je n'oserais jamais dire une chose si cruelle. C'est seulement que . . . je veux t'épargner de. . . " Il s'interrompit, et en le regardant, elle vit qu'il semblait vraiment bouleversé. Comme elle était égoïste de gâcher sa bonne humeur avec une question si idiote !
Elle se força à sourire. "Ne fais pas attention à moi, Orophin. Je suis juste fatigué et grognon. Tu devrais plutôt continuer ta route et aller voir Doria, parce que je suis sûr que c'est là que tu allais."
Le visage d'Orophin s'alluma. "En effet, c'est exactement là ou j'allais. Elle me fait cuire un petit dîner ce soir pour célébrer."
"Célébrer?" répéta Elanor, fronçant les sourcils. "Qu'est ce que vous célébrez?"
"Le fait de nous être trouvés," dit-il d'un ton joyeux. "Nous le célébrons chaque nuit."
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Elanor observa Orophin monter les escaliers deux par deux, consciente d'une soudaine et inattendue vague de jalousie. Elle souhaitait être comme Doria, enfin heureuse, avec tous ses problèmes résolus d'un claquement de doigt. Alors elle se sermonna d'avoir eu cette pensée, parce que Doria ne le méritait pas. Doria était bonne, aimable et douce, et si elle avait trouvé l'amour de sa vie chez Orophin, alors Elanor était heureuse pour elle. Excepté en ce moment car elle ne se sentait heureuse à propos de rien. Elle se sentait juste frustrée.
Bien qu'elle savait que ses compétences en tir à l'arc étaient abbyssale, elle avaient vraiment crut qu'elle s'améliorerait. Ces derniers jours, elle avait eu l'impression qu'Haldir était fier d'elle, ainsi que Rúmil et Orophin. Après avoir parlé au seigneur Celeborn, elle réalisa qu'elle avait juste fait un bref, tentant rêve d'elle-même participant au tournoi et s'en sortant raisonnablement bien. Ne gagnant peut-être pas, mais arrivant en deuxième ou troisième position. Cela avait été un rêve très plaisant le temps qu'il avait duré.
Lurien était le seul qui l'incitait à croire qu'elle pouvait être la meilleure. Et elle eu une soudaine et puissante envie de le trouver et de lui demander son avis. Aussi étrange que cela puisse paraître, elle lui faisait confiance, parce qu'elle n'avait jamais eu de raison de ne pas le croire. Depuis qu'ils avaient conclu leur affaire, il avait été poli, et il s'étaient à peine parlé depuis le retour d'Haldir. Avait-elle blessé les sentiments de Lurien d'une façon ou d'une autre ? Pensait-il qu'elle l'évitait? Pensait-il qu'elle n'appréciait pas ses efforts pour l'aider?
Elanor se dirigea vers le talan de Lurien, sans être sûre qu'il serait là. Elle n'avait aucune idée de ses horaires de services, ou ce qu'il pouvait faire de son temps libre, mais par un heureux hasard, il était non seulement chez lui mais de plus il ouvrit la porte seulement quelques instant après qu'elle ait frappé à la porte. Il sembla très étonné de la voir à sa porte. Comme toujours, il lui parut incroyablement--grand, élégant et frappant par sa beauté sans défaut. Il avait détaché ses tresses, et ses cheveux drapaient ses épaules comme un glorieux manteau d'or qui attirait le regard.
"Elanor," dit-il. "Qu'est ce que tu fais ici?"
"Est-ce que je j'interrompt quelque chose?" demanda-t-elle impatiemment.
"Pas du tout. Tu veux entrer?"
Elanor hésita, puis fit un petit signe d'assentiment. "Juste un instant. Je voulais seulement te demander quelque chose. Et aussi pour m'assurer que tu n'est pas fâché contre moi.
Lurien sourit, la courbe de ses lèvres rappela à Elanor le souvenir de ce pouvoir hypnotique qu'il pouvait utiliser. Il était trop beau, trop parfait, trop charmant. Heureusement, elle pouvait lui résister. "Bien sur que non je ne suis pas fâché contre toi. Pourquoi le serais-je?"
"J'ai pensé que tu pourrais croire que je t'évite."
Il eu un rire léger. "Au contraire, c'est moi qui t'évitais, par respect envers les souhaits de ton gardien. Tu vois? Je me comporte comme il se doit. Mais mon but n'est pas de lui plaire mais plutôt de t'épargner une situation gênante."
"Je n'aurais pas été embarrassée si tu m'avais parlé," répondit-elle confuse.
Il sourit. "Tu es si gentille. Que puis-je faire pour toi?"
"Je voudrais seulement avoir ton avis." Elanor répéta une nouvelle fois ce qu'elle avait déjà dit aux frères d'Haldir, scrutant le visage de Lurien pour y déceler toute trace de pitié ou de désarroi.
"Je pense que tu devrais le faire," répondit-il immédiatement. "Tu t'en sortira bien."
"Tu ne m'a pas vue récemment," répliqua-t-elle. "J'ai été épouvantable aujourd'hui."
"Un détail," dit-il, d'un geste dédaigneux.
"Lurien, sois honnête s'il te plait."
Pendant un moment il sembla hésiter. "Soit convaincue de gagner," répondit-il, "et tu y arrivera. Tu veux faire honneur à Haldir, n'est ce pas ? Certains le jugent sur sa capacité à enseigné aussi bien que sur sa capacité à se battre. Imagine comme ils le respecteront si tu gagnes. Imagine comme il sera fier de toi si tu gagnes. C'est bien cela ce que tu veux, n'est- ce pas ? Son estime? Et ne veux tu pas que les autres éprouvent la même chose envers lui? Si sa propre pupille n'est pas à la hauteur, cela révèlera des lacunes chez lui."
Elanor regarda fixement Lurien, se sentant confuse et indécise. Naturellement elle voulait qu'Haldir soit fier d'elle, mais jusqu'à ce moment elle n'avait pas envisagé le reste. Une mauvaise performance de sa part sur le terrain de tir à l'arc se répercuterait-elle sur Haldir? Evidemment. Tout ce qu'elle faisait se répercutait sur Haldir. Ne pas participer au concours alors que le seigneur Celeborn le lui avait expressément suggéré démontrerait un manque de courage et d'engagement, non seulement de sa part, mais de la part de son gardien également. Seigneur Celeborn lui-même pourrait perdre le respect qu'il avait pour Haldir en pensant qu'il ne pouvait même pas s'occuper de sa propre pupille. Même Madame Galadriel pourrait juger Haldir et le trouver incompétent.
"Merci," dit-elle d'une voix mal assurée. "Je vais réfléchir à ce que tu a dis."
Le coeur gros, Elanor quitta le talan de Lurien. Elle avait une grande décision à prendre et peu de temps pour le faire. De plus,Haldir lui avait dit qu'il retournerait à la frontière dans deux jours, et elle ne savait toujours pas si elle allait lui parler de tout ceci. D'un côté, elle savait qu'elle devrait, mais elle le connaissait assez bien pour savoir qu'il lui dirait que c'était idiot. Mais ce n'était pas idiot. Lurien avait dit la vérité.
Maintenant elle devait prendre une décision. Et elle devait la prendre seule.
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Galadriel descendit avec élégance les rugueuse marches en pierre menant à son jardin, sa robe blanche traînant silencieusement derrière elle, ses pieds nus frôlant l'herbe dans un léger chuchotement alors qu'elle s'approchait de son miroir, attirée vers lui par une étrange sensation de malaise. D'une main ferme, elle rejeta en arrière les mèches de ses cheveux d'un blond presque blanc qui retombaient au-dessus de ses épaule, et tendit les mains vers son vase.
Perdue dans ses pensée, elle caressa le récipient familier, observant sa surface brillante comme elle l'avait fait des milliers de fois dans sa vie tandis qu'elle se remémorait les divers événements qui avaient eu lieu en Lórien. Comme elle le faisait souvent, elle se prépara à utiliser son pouvoir de vision, en priant pour que ce qu'elle verrait soit utile.
Ses yeux antiques se refocalisèrent lentement sur son environnement, et elle se déplaça pour plonger sa carafe dans la source toute proche, la remplissant presque à ras bord avant de retourner vers son miroir. Lentement et soigneusement, elle versa l'eau dans le bassin argenté, puis parla doucement pour transférer sa magie sur l'eau. Calmement, elle attendit que l'eau finisse de couler, puis elle se pencha au-dessus du miroir, fermant les yeux pendant un bref moment durant lequel elle pria pour des conseils et de la sagesse.
Quand elle rouvrit les yeux, le visage de Celeborn se matérialisa progressivement devant elle, surgissant des ombres de l'eau, son éternel et bien aimé visage était serein, imperturbable et neutre. Galadriel saisit le bord du miroir, scrutant très soigneusement pour essayer d'en voir plus. Tout qu'elle réussit à distinguer fut son mari levant soudainement les yeux vers quelque chose, puis se lever soudainement, son visage emplit de crainte et d'inquiétude.
Mais inquiet pour qui ?
Galadriel frissonna, désirant silencieusement que le miroir lui montre, mais l'image de Celeborn retomba progressivement dans l'ombre jusqu'à disparaître totalement. L'eau s'apaisa, et elle fronça légèrement les sourcils devant la nouvelle image. Elle voyait maintenant la ville des elfes, Caras Galadhon, éclairée de mille lumières qui se reflétaient dans l'eau, les escaliers remplies d'elfes serein montant ou descendant sans danger apparent. Pourtant quelque chose n'allait pas, elle le sentait.
La ville disparut, et il n'y eu plus rien à part son propre reflet qui la regardait. Un message, une énigme avec si peu d'information, et elle n'avait aucune idée de ce que cela signifiait.
Galadriel se recula en soupirant,soudainement soucieuse. Le miroir avait essayé de lui dire quelque chose, elle en était certaine. Mais quoi? Était-ce important, ou était-ce seulement une petit détail? Elle ne savait pas, et elle ne pourrait pas le savoir cette nuit. Elle s'éloigna,son regard toujours fixé sur le miroir. D'un pas lent, elle quitta le jardin, ses questions sans réponse . . . pour l'instant.
À suivre...
