Auteur: Julie & Fianna
Disclaimer: les personnages et les lieux sont tous la propriété de J.R.R. Tolkien, sauf évidemment ceux crées par Julie et Fianna, je ne tire aucun profit monétaire de cette traduction.
Note de la traductrice: et voilà le chapitre 18!! j'espère qu'il vous plaira, c'est l'un de mes favoris. Je tiens à remercier particulièrement Titemaya qui a accepté de corriger mes (trop) nombreuses fautes de français!merci, ton travail est formidable! Je remercie également tout ceux qui ont laissé une review et à qui j'ai répondu,merci beaucoup,c'est vraiment très motivant!
The Hobbit: lool vous ici my dear?! merci pour ta review mon cher hobbit chéri!j'espère que ce chapitre te plaira!
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Chapitre 18
Plusieurs jours plus tard, Elanor flânait sur l'une des plus hautes terrasse de la ville tandis qu'elle réfléchissait à son problème avec Lurien. Quelle sorte d'affaire pourrait-elle conclure avec lui pour qu'il soit satisfait et qu'il la laisse tranquille? Qu'accepterait-il en échange d'une cessation des leçons de tir à l'arc?
Perdue dans ses pensées, elle se promenait sur l'un des flets d'observation, dans un secteur agréable et paisible décoré par d'imposantes urnes délicatement ciselées, abondamment fleuries par des fougères aux longues feuilles, des pensées, des mufliers et des primevères. Entre les poteries, plusieurs statues gracieuses en pierre étaient posées ça et là. Une plante en particulier attira son attention, elle fit un pas vers elle, tendant automatiquement sa main pour toucher les feuilles tombantes.
"Bonjour, Elanor."
A l'entente de son nom, Elanor fit volte-face.
"Je ne voulais pas t'effrayer," dit le seigneur Celeborn d'une voix aimable. Il s'était assis sur le bord opposé du flet, près de la statue d'un belle demoiselle elfe qui l'avait caché du regard d'Elanor. Il se leva pour lui parler, sa longue robe bleu ainsi que sa chevelure argentée brillaient au milieu du jardin ombragé.
"Je suis désolé de t'interrompre, ajouta-t-il. J'étais en train de contempler cette plante, en me demandant ce qui n'allait pas. Tu le sais?"
Elanor se tourna de nouveau vers la plante et posa ses doigts sur une feuille jusqu'à sentir son essence. Après quelques instants, elle regarda Celeborn de nouveau. "Elle est bouleversée, mon seigneur, parce qu'une plante qu'elle admirait a été déplacée. Cette dernière s'était développée à partir d'un extrait de cette plante." Elle jeta un coup d'oeil au alentour. "Mais je ne vois aucune autre plante comme celle-ci."
Seigneur Celeborn eut un sourire coupable et sembla légèrement moins majestueux que l'instant d'avant. "Ah, alors c'est de ma faute. Je l'ai transféré dans notre terrasse privée. Je vais m'assurer qu'elle revienne ici." Il fit une pause, paraissant l'évaluer avant de faire un geste de la main. "Voudrais tu t'asseoir à mes côtés?"
Après un hochement de tête, Elanor fit ce qu'il lui avait suggéré, se demandant ce qu'elle devait dire. Elle se sentait soudainement timide, comme si elle réclamaient trop d'attention de la part du seigneur Celeborn. Il était bien plus intimidant que le seigneur Elrond, bien que le seigneur de Imladris puisse également être très impressionnant. Mais les yeux de seigneur Celeborn étaient doux lorsqu'ils se posèrent sur elle.
"Elanor, chaque personne en Lórien est précieuse et d'égale importance. Y compris toi."
"Je ne suis pas de Lórien, mon seigneur. Vous ne devriez pas vous préoccuper de moi . . ."
"Tu es une invitée, et cela te rends encore plus importante. C'est pourquoi, en tant qu'invitée, je veux que tu puisses participer à tout ce que nous faisons, à tout nos événements." Ses yeux ne quittaient pas son visage. "C'est pour cela que je t'ai parlé du concours de tir à l'arc."
Elanor lui fit un pâle sourire. Les choses ne devenaient pas plus faciles.
"A tu pris une décision à propos du concours? s'enquit le seigneur elfe."
Elanor déglutit. "Oui, mon seigneur. Je me suis inscrite dans la catégorie débutante."
"Ah, c'est très bien." Il sembla heureux. "Il n'y en a pas pas beaucoup qui participent en tant que débutant, mais nous avons habituellement quelques uns. Je suis sûr que tu apprécieras." Comme elle ne répondait pas, il lui jeta un regard légèrement amusé. "Qu'est ce qui ne va pas Elanor?"
Elle se força à sourire. "Rien, mon seigneur. Je suppose que je suis juste nerveuse à propos du concours."
"C'est normal, approuva-t-il, mais ça va passer. Qu'est ce qu'Haldir en pense?"
"Je ne lui en ai pas vraiment parler, répondit-elle maladroitement."
Il y eu un moment de silence, puis seigneur Celeborn dit, "Elanor, je suis inquiet. Tu te sens incapable de demander conseil à ton gardien?"
Elanor se tendit. Que pouvait bien cacher cette question? Son refus de parler à Haldir la faisait-il chuter dans l'estime du seigneur Celeborn?
"Oh non! s'exclama t-elle avec hâte. Je suis sûre que je pourrais lui demander n'importe quoi. Haldir est un gardien merveilleux . . . patient, aimable, compréhensif, juste . . . et chacune des autres excellentes qualités qu'on lui attribue. Ça m'est simplement . . . sortit de la tête. Et maintenant il est loin donc je ne peux plus lui demander. Cependant j'en ai parlé avec Rúmil et Orophin . . . "
"Et ils t'ont conseillé de t'inscrire?"
"Euh . . . non, en vérité ils m'ont conseillé de ne pas le faire, admit-elle."
Seigneur Celeborn fronça les sourcils. "Alors qu'est ce que tu as décidé?"
Elanor humidifia ses lèvres. "Et bien, mon seigneur . . . J'ai décidé d'essayer de surmonter mes craintes. Je ne suis pas un archer très compétent, mais ce n'est pas la faute d'Haldir alors vous ne devez surtout pas penser cela. Il a fait de son mieux avec moi, vraiment. "
Il l'étudia avec des yeux qui semblaient la jauger et qui étaient beaucoup trop clairvoyant pour qu'elle se sente à l'aise. "Tu n'es pas obligé de participer si tu n'en a pas envie."
"Je le veux, dit-elle bravement, à moins que vous pensiez que je déshonorerais Haldir si j'échouais."
Seigneur Celeborn sourit, un sourire chaud qui l'a rassura considérablement. "Enfant, tes sentiments te font honneurs. Mon conseil est le suivant: participe, fais de ton mieux, et tu ne déshonorera personne."
Il se leva avec élégance et redevint l'être majestueux et inaccessible qu'était le seigneur de Lórien. Il inclina la tête dans un adieu courtois et s'éloigna lentement tandis qu'Elanor l'observait, se demandant si elle avait réussi à contrecarrer n'importe quels ennuis potentiels qui pourraient se présenter.
Maintenant qu'il était trop tard, il lui vint à l'esprit qu'elle aurait pût discuter de son problème concernant Lurien avec le seigneur de Lórien. D'un autre côté, peut-être pas. Il s'attendait à ce qu'elle aborde de tels problèmes avec Haldir; faire autrement impliquerait qu'elle remettait en cause la capacité qu'avait Haldir à la conseiller sagement ou à s'occuper de Lurien. Elle décida finalement qu'elle avait bien de se taire. Mais elle n'avait toujours pas de solution à son problème.
Quant à Celeborn lui-même, il se demandait juste depuis combien de temps Elanor était amoureuse d'Haldir . . . et si Haldir s'en rendait compte. Il se demanda également si Galadriel le savait, et décida que oui, probablement. Elle savait presque tout . . . excepté la signification de sa récente vision dans le miroir.
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Rúmil les observait de loin Elanor, Tarwë, Nerwen, Doria et Gwirith, toute se dirigeant vers le bain public. Avec la rapidité de l'éclair, il se cacha derrière un arbre, ne voulant pas qu'elles sachent qu'il était tout proche. Elles parlaient tranquillement entre elles, ignorant sa présence, et c'était précisément ce qu'il voulait.
De nombreuses années s'étaient écoulées depuis qu'il avait essayé d'écouter clandestinement les dames au bain public, et heureusement à chaque fois qu'il l'avait fait, il n'avait pas été attrapé. D'autres le faisait de temps en temps et leurs anecdotes juteuses amusaient souvent les surveillants à la frontière. Rúmil aimait toujours entendre ces choses là. Mais ce qu'il entendrait aujourd'hui, quoi que ce soit, il le garderait pour lui, parce qu'il espérait qu'Elanor pourrait choisir d'évoquer le sujets des rapports sexuels avec ses amies. Et Rúmil était très impatient d'entendre ce qu'une de ces demoiselles allait dire à ce sujet, en particulier si son propre nom était mentionné. Ce qui ne serait probablement pas le cas.
Dès qu'elles furent à l'intérieur du bain public, il réfléchit à la meilleure tactique. Il savait que certains avaient agit simplement et s'étaient contentés de flâner tout près des bains, mais il n'y avait aucun endroit pour se cacher, et ceux qui employaient cette tactique étaient découverts le plus souvent. Et Rúmil n'avait aucune envie de prendre le risque d'être découvert, pas quand elle était impliquée. Elle avait déjà une assez basse opinion de lui.
Au lieu de cela, il étudia les branches des arbres environnantes, et en choisit une pour sa taille et sa solidité. Bien que ce ne soit pas l'endroit idéal, il était pratique, parce qu'il était assez haut et suffisamment feuillu pour le cacher, pour qu'il ne soit vu ni de dessus ni d'en bas. Il n'était pas sur d'entendre quelque chose d'aussi loin, mais son ouïe était extrêmement bonne et il devait prendre se risque.
Rúmil se rendait bien compte qu'une telle action était plutôt pathétique, mais il était désespéré. Il devait échafauder un plan, et il avait besoin d'idées pour ça. En dépit de leur longue amitié et en dépit de toutes les fois ou il avait flirté avec elle, le sexe n'était pas un sujet qu'ils avaient abordé, et il était très curieux de savoir ce qu'elle dirait. Comme Elanor, il avait besoin d'information, et si Elanor était assez courageuse pour faire ce qu'elle avait fait , alors il devait pouvoir faire cette chose si simple.
D'une façon ou d'une autre il réussit à grimper sur la branche sans être vu, bien qu'une sentinelle monte l'escalier tout près de lui, au moment où il grimpait. Ils avaient été extrêmement proches, et c'était une très bonne chose qu'il soit si compétent en dissimulation ou bien il aurait été vu.
Il s'étira sur la branche, veillant à ne pas bouger les feuilles, et ferma les yeux, se concentrant sur son audition.
À son dégoût, 'Orophin' fut le premier mot qu'il entendit. Il arrivait à peine à entendre la voix de Doria, parce qu'elle parlait très doucement. Elle expliquait à quel point Orophin était merveilleux, comme il était prévenant, attentif et dévoué. Quelques rire féminins éclatèrent. Alors le nom d'Orophin fut encore mentionné. Et encore. Et encore. Et puis la conversation dévia sur les robes et les sujets domestiques. Il n'y avait aucune mention des rapports sexuels ou de lui-même. Rúmil soupira de désespoir. Il avait complètement perdu son temps.
Abandonnant, il descendit tranquillement de l'arbre et se prépara à sauter sur les marches toutes proches. Mais soudain, il se figea, une grande silhouette se tenait là, immobile, l'observant avec un doux sourire sur son beau visage serein.
"Bonjour, Rúmil, fit la Dame de Lumière."
"Bonjour, ma dame, répondit-il automatiquement." Il savait qu'il rougissait et il eut l'impression d'être un parfait imbécile. Il aurait du savoir qu'il se ferait prendre.
"Voudrais-tu marcher avec moi un petit moment? Je vais dans mon jardin." Son visage ne reflétait aucune émotion, pourtant il sut d'une façon ou d'une autre qu'elle ne le jugeait pas.
"J'en serais honoré, dit-il sincèrement." Et il sauta sur l'escalier, atterrissant avec sa grâce habituelle. La Dame proposait souvent à ses sujets de marcher avec elle, de ce fait cette demande n'était pas inhabituelle, mais il aurait préféré qu'elle ne l'ait pas vu sur la branche. Devait-il essayer de s'expliquer? Peut-être pas.
Ni l'un ni l'autre ne parlèrent jusqu'à ce qu'ils atteignent le jardin, alors Galadriel commença à faire des commentaires sur les diverses fleurs et sur combien elle appréciait le travail qu'effectuait Elanor. Rúmil répondait poliment à chacune de ses remarques et la laissa orienter la conversation vers ce dont elle voulait parler.
À sa surprise, elle le mena à l'endroit où il s'était assis un jour, pleurant en pensant à Ainon. "Rúmil, dit-elle doucement, Ainon n'est pas perdu. Il est à Mandos et en paix. Tu sais qu'il peut se réincarner un jour si il le souhaite. Je crois que tu le reverras, et que vos retrouvailles seront plus joyeuses que tu ne peux l'imaginer."
Incapable de parler, Rúmil se contenta de la regarder, intimidé par l'intensité et la profondeur de la compassion qu'il voyait dans les antiques yeux saphir de la Dame.
"Il a sacrifié sa vie pour un but précis, poursuivit-elle. Il en a sauvé quatre autres en sachant qu'il mourrait. Son courage et son abnégation seront pris en considération."
Rúmil inclina la tête, se demandant pourquoi elle n'avait pas essayé de le consoler quand le drame avait eu lieu. Il la sentit pénétrer son esprit et prendre cette pensée, ce qui voulait dire qu'elle l'avait fait exprès, parce qu'elle aurait facilement pu la prendre sans qu'il le sache.
"Ce n'était pas à moi de te consoler, l'informa-t-elle d'un ton sérieux. C'est une autre qui avait choisi de le faire."
"Je sais, dit-il d'un ton coupable, et je ne l'ai même pas remerciée." Il fixa le sol, profondément honteux, mais Galadriel souleva son menton avec le bout de ses doigts, le forçant à croiser son regard.
"Elle sait que tu as apprécié sa présence, dit-elle d'une voix douce."
Rúmil la regarda les yeux pleins d'espoir. "Vous pensez que j'ai une chance avec elle, ma dame?"
Galadriel sourit. "Depuis le temps, tu devrais savoir ce que je répondrais à ceci. Il y a toujours de l'espoir, Rúmil."
"Hélas, j' espérais quelque chose de plus précis, ma dame, fit-il d'un ton un peu insolent." Il fut récompensé par l'un des beaux rires argentés de la Dame.
"Et ce que j'espère c'est que tu résoudras cette situation tout seul. Mais néanmoins je vais te dire ceci. Chacun de nous est précieux, et nous pouvons jamais être autre chose que nous-mêmes. Embrasse celui que tu es, Rúmil de Lórien, et chaque chose sera à sa place."
Rúmil continua de méditer là-dessus tandis qu'il se dirigeait vers le terrain de tir à l'arc pour évacuer son trop plein d'énergie. Elanor n'était pas là, ce qui était plutôt un soulagement puisqu'il se sentait obligé de garder un oeil sur elle à chaque fois qu'elle et Lurien avaient une 'leçon'. Il n'avait jamais aimé Lurien, mais il avait compris, il y a bien longtemps, que l'elfe ne constituait pas une menace sérieuse pour Haldir. Son frère et Lurien s'ignoraient, et cela avait fonctionné pendant des siècles. Mais aujourd'hui Rúmil n'aurait pas eu la patience de supporter Lurien. En effet, il voulait échafauder un plan intelligent et infaillible pour courtiser son elleth. En soupirant, il repensa au conseil de Galadriel à propos d'embrasser celui qu'il était. Ce n'était pas lui qu'il voulait embrasser à l'heure actuelle!
Une heure de tir à l'arc réussit à emporter le plus gros de sa frustration et l'apaisa, bien que la manière de courtiser efficacement sa bien-aimé lui échappait toujours. N'ayant toujours aucun plan, il pris son arc et quitta le terrain, passant devant la hutte de tir à l'arc comme il l'avait fait tant de fois. La vue de celle-ci lui rappela Elanor et le concours de tir à l'arc, et guidé par son instinct, il y entra, voulant jeter un coup d'oeil à la liste qu'il savait trouver à l'intérieur, pour simplement s'assurer qu'elle n'avait rien fait de stupide . . . comme s'y inscrire.
Naturellement, elle avait suivit son conseil, pensa-t-il alors qu'il se dirigeait vers la liste. Lui et Orophin lui avaient tout les deux dit la même chose, et elle les avait écouté.
Naturellement elle ne les avait pas écouté.
Il regarda sans y croire le nom d'Elanor, à la fin de la liste. A quoi pensait-elle? L'humiliation publique lui faisait-elle envie? Ne respectait-elle pas son opinion? Ne respectait-elle pas l'opinion d'Orophin? Et au nom d'Eru qu'était-il supposé faire?
Il ferait mieux d'aller en parler à Orophin. Il espérait seulement qu'il n'arrivait pas à un moment inopportun, il sourit soudainement à cette pensée et changea d'avis. Cela servirait de leçon à Orophin, si il pouvait l'interrompre à ce moment crucial! Depuis quelques temps son frère était beaucoup trop excité à son goût.
Plus tard dans l'après-midi, Rúmil se félicita de son initiative, parce qu'il était certain d'être parvenu à frapper à la porte d'Orophin au moment le plus incommode que quiconque aurait pu choisir. Il avait vu Doria entrer à l'intérieur, et il avait attendu ce qui lui avait semblé comme étant une durée appropriée avant d'aller frapper à la porte. Non pas qu'Orophin ait dit quoi que ce soit allant dans ce sens, mais l'expression si particulière sur son visage et le temps qu'il avait mis pour ouvrir la porte, sans parler du fait amusant que ses guêtres étaient mises à l'envers, et bien, c'était évident.
Rúmil feignit de ne pas le remarquer et prit un air innocent, il espérait avoir le temps de lui expliquer la situation avant qu'Orophin ne comprenne ce qu'il avait fait.
Une fois mis au courant du fait qu'Elanor s'était inscrite au concours de tir à l'arc, Orophin grimaça. "Douce Elbereth, elle a perdu l'esprit?"
Rúmil secoua la tête. "C'est la faute de Lurien. Il l'a convaincue d'une façon ou d'une autre qu'elle est plus habile qu'elle ne l'est en réalité."
"Il fait tout ce qu'il peut pour créer des problèmes. Mais pourquoi? Est-ce pour blesser Elanor ou bien notre frère?"
"Je ne pense pas qu'il souhaite blesser Elanor, mais je crains que c'est ce qui arrivera au final. Si Elanor est trop humiliée, elle peut décider de quitter la Lórien à la fin de l'année. Et je pense que ce n'est pas ce que veut Haldir."
Orophin considéra ceci en fronçant les sourcils. "Il faut le dire à Haldir. On à encore le temps de lui envoyer un message. S'il écrit à Elanor en lui disant d'enlever son nom de la liste, elle l'écoutera."
"Je suppose." Rúmil essaya de ne pas avoir l'air sceptique.
"Tu peux t'en occuper? J'ai, euh, quelque chose d'important à faire en ce moment." Orophin essaya de prendre un air nonchalant et très, très occupé.
"Certainement," fit Rúmil poliment, avant que la porte claque brusquement devant lui. Il parvint d'une façon ou d'autre à cacher son hilarité jusqu'à ce qu'il soit loin du talan d'Orophin, et il se laissa enfin aller à rire jusqu'à en avoir les larmes aux yeux.
Une fois calmé, il avait écrit la missive et l'avait confié à un groupe d'elfes qui allait rejoindre la patrouille d'Haldir à la frontière. Il s'était alors assis et avait réfléchi à sa propre situation. Encore. Et il était finalement parvenu à prendre une décision. Il allait lui offrir un cadeau. Mais quoi?
Il fouilla parmi ses diverses possessions, recherchant un objet ou un souvenir qui pourrait être assez significatif pour l'impressionner, cependant pas trop afin de ne pas la faire fuir. Il trouva finalement un objet qui lui paraissait correspondre.
C'était une sculpture qu'il avait fait quelques années auparavant, elle représentait une biche qui se penchait pour renifler son jeune faon. Mère et enfant, figées ensemble en une tendre image, un moment qui lui rappelait beaucoup de souvenir heureux. Il avait toujours pris plaisir à observer les animaux qui vivaient dans la forêt, il avait une profonde affinité avec eux. Il tenait la sculpture dans sa main, la regardant avec un léger sourire tout en se demandant si elle allait l'aimer autant que lui. Il se demanda également ce qu'elle allait dire, et pour la première fois il comprit pourquoi Orophin avait agi de la sorte avec Doria. Mais si il y avait une chose dont il était sûr c'est qu'il ne lui offrirait pas anonymement!
Rúmil mit la sculpture dans sa poche et franchi le seuil de son talan. La nuit était déjà tombée, quelque part au loin il entendait un chant, comme cela arrivait souvent dans la ville. Cependant, quand il s'approcha de son talan il entendit des voix provenir de sa terrasse. Il fit une pause, écoutant, et réalisa elle avait plusieurs invités, hommes et femmes. C'était une fête entre amis et il n'y avait pas été invité.
Se sentant plutôt triste, il retourna chez lui. Il n'avait aucunement l'intention de laisser tomber, mais ce n'était pas le moment de mettre son plan à exécution. Il attendrait un moment plus favorable pour aller la voir. Il espéra que ce serait bientôt.
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Tarwë était allongé sur le côté, savourant le calme et la douce perfection de l'aube. Les oiseaux n'avaient pas encore commencé à chanter, et le seul bruit qui parvenait à ses oreilles était la douce et régulière respiration de Lurien alors qu'il dormait. Son regard dériva au-dessus de ses cheveux d'or étalés sur l'oreiller à porté de ses mains. Endormi, il paraissait curieusement vulnérable, ce qui le rendait bien plus beau à ses yeux.
En réalité, elle avait toujours vu cette vulnérabilité en lui. C'était ce qu'elle aimait, et c'était pourquoi elle continuait à attendre, année après année, qu'il retrouve la raison. Galadriel lui avait parlé, par le passé, de ce sujet, durant une période particulièrement difficile, et Tarwë se rappelait les paroles de la Dame. "Un jour son regard évoluera, et quand cela arrivera il verra avec clarté, avait-elle dit. Quant à toi, Tarwë, fille de Tarlon, tu es la bougie et le miroir qui reflète cette clarté. Ne garde pas pour toi ce que tu pourrais lui donner." Tarwë avait eu beaucoup d'années pour méditer sur la sagesse de ce conseil. Trop d'années, lui semblait-il.
Lurien choisit ce moment pour ouvrir les yeux et la regarder. "Bonjour, mon amour, dit-il." Il l'appelait toujours son 'amour' quand ils étaient ensemble, mais elle se demandait souvent si il faisait la même chose avec les autres. Très probablement.
Il souleva une main et toucha sa joue avec le dos de ses doigts dans un geste très doux. Il la regardait comme si il allait dire quelque chose, mais aucun son ne franchit ses lèvres. A la place il se retourna et la tira plus près de lui, entourant son corps de sa longue jambe musclée. La nuit passée il était arrivé en retard, sans frapper à la porte et sans demander la permission. Et naturellement elle n'avait pas protesté. Elle ne protestait jamais.
Il lui avait fait l'amour d'une manière affamée et intense, suivi d'une longue session plus tendre, et ils s'étaient ensuite reposés le reste de la nuit. Et maintenant, alors qu'il se tournait vers elle une fois de plus, elle pouvait voir son désir dans ses yeux. Sa main caressait la courbe de sa hanche, parcourant sa peau avec un désir intensifié. Elle le caressa à son tour, ses mains glissant le long de ses épaules nues, jusqu'à son bras, puis jusqu'à sa large poitrine, où elle effleura un de ses mamelon jusqu'à ce qu'il durcisse.
Avec un léger grognement, il captura ses poignets, les levant au dessus de sa tête tandis qu'il basculait au dessus d'elle en souriant. "Maintenant tu es à moi quoi que tu fasses, murmura-t-il d'une voix caressante." Ses cheveux tombaient comme de l'or liquide autour de son visage, créant un monde intime avec son beau visage en son centre. Ses yeux brillaient de l'étincelle espiègle qu'elle aimait voir.
"Je pense que tu es trop épuisé par les activités de la nuit passée pour faire ce que tu penses," fit-elle, sachant que ce jeu fonctionnait.
"Trop fatigué, hein?" Il se décala, pressant la plénitude de son érection contre sa cuisse. "Tu es vraiment sûre de ça?"
"Certaine," dit-elle en essayant de libérer ses poignets, ce qu'il ne permit pas, comme elle s'en doutait. Elle plongea son regard dans ses yeux bleus rieurs, sachant qu'elle était idiote d'apprécier tellement ce moment, mais sachant qu'il l'appréciait aussi, cette petite lutte de puissance entre eux. "Libère moi, Lurien, ou je ne je te laissera pas . . ." Il l'a coupa par un baiser profond et brûlant qui mit un terme à toute pensée lucide qu'elle aurait pu avoir.
"Je pense que tu me permettras de faire quelque chose que j'aime," chuchota t-il, en passant sa langue le long de la courbe sensible de son oreille jusqu'à ce qu'elle gémisse. Ses genoux écartèrent agressivement les siens, encore une fois sans demander la permission, continuant ce jeu de dominance sexuelle auquel il aimait se livrer. Il se mit en équilibre sur ses coudes et se plaça de sorte que son sexe durci frôle cette partie d'elle si sensible. Et alors il ondula légèrement des hanches, très lentement mais suffisamment pour qu'elle se mette à trembler et pour qu'elle oublie toutes les fois où elle avait été en colère contre lui. Le temps se suspendit, comme dérivant sur une mer brûlante de sensations . . . jusqu'à ce que, enfin le moment de s'unir devienne non seulement inévitable mais impératif.
Tarwë l'entendit murmurer son nom tandis qu'il entrait en elle, encore et encore. Elle blottit sa tête contre son épaule et le serra fort, ses jambes enroulées autour de lui alors qu'elle essayait de graver dans son coeur chaque détail de ce moment avec chaque sens qu'elle possédait. Elle ondula sous lui, la gorge nouée d'émotions alors même que le plaisir dans son corps atteignait son paroxysme. Je t'aime, je t'aime, je t'aime . . . ces mots tourbillonnaient dans sa tête au même rythme que ses vas et viens, si fort qu'elle craignait qu'ils lui échappent.
Et puis, quand tout fut fini, elle parla, sans même savoir ou elle avait bien pu trouvé le courage de le faire. "Je t'aime," dit-elle doucement, ses lèvres près de son oreille.
Pendant un court instant il resta immobile, sans prononcer un mot, puis soudain il tourna la tête et l'embrassa sur la bouche. "Je sais," dit-il, et il l'embrassa à nouveau.
Elle se pencha en arrière pour séparer leurs lèvres. "Et toi? Est ce que je représente quelque chose pour toi de plus les autres?" Elle retint son souffle, cachant sa crainte d'un rejet, sa peur que sa question gâcherait leur relation. Sa peur que sa réponse soit négative. Pourquoi demandait-elle ceci maintenant, après toute ce temps, elle ne le savait pas. Peut être que le fait de voir Doria si heureuse l'avait affecté plus qu'elle ne le pensait.
Lurien souleva la tête pour la regarder, son visage si vide d'expression qu'elle craignit le pire. "Je pense, dit-il lentement, tu connais déjà la réponse à ceci." Elle attendit, le regardant dans les yeux pour le contraindre à lui donner une meilleure réponse. "Bien sur que je t'aime, fit-il enfin. Je t'aime depuis des années, depuis notre première fois ensemble."
Sceptique, elle lissa avec ses doigts les cheveux brillants de Lurien. "Tu le penses vraiment? Ou ce n'est rien de plus qu'une histoire pour apaiser l'inquiétude de la si fragile Tarwë?"
Il sourit, mais elle remarqua que sa mâchoire était serré. "Il n'y a rien de fragile en toi, mon amour. Je t'ai toujours dit la vérité, et je ne te mentirai pas à ce sujet." Il fit une pause, son regard bleu balayant son visage, et puis un coin de sa bouche s'incurva. "J'ai toujours eu l'intention de te faire mienne et un jour je te réclamerais. Nous sommes destinés l'un à l'autre . . . et je suis sûr que tu le sais."
"Non, chuchota-t-elle, je n'en étais pas sûre. Je l'espérais seulement."
Son sourire se fana en un masque étrangement sérieux. "Bien sûr que nous sommes destinés l'un à l'autre. C'est pour ça que tu m'aimes, Tarwë. C'est pour ça que tu me permets d'être dans ton lit comme maintenant. C'est pour cette raison que nous sommes si bien ensemble." Il l'embrassa encore, un baiser profond et affamé. "Est ce que je ne t'ai pas demandé d'être patiente? Notre temps n'est pas encore venu, amour. Il approche, mais je ne suis pas encore prêt."
"Quand seras-tu prêt?" demanda-t-elle.
"Ca, je ne sais pas." Il sourit une nouvelle fois, son humeur polissonne refaisant surface. "En revanche je suis prêt à rejouer, si ça te tente."
Tarwë le regarda avec un mélange d'exaspération et de tendresse. "Tu es si avide, Lurien. Qu'est ce que tu feras si je te dit non?"
"Je ferais de mon mieux pour te faire changer d'avis. Et je n'ai aucun doute sur le fait que je réussirais." Il lui planta un baiser chaud et langoureux sur la gorge, puis il commença à descendre doucement . . .
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Sur un haut flet à la frontière de la Lothlórien, Haldir tenait la lettre de Rúmil dans sa main. Il l'avait rapidement parcourue, puis avait congédié l'elfe qui la lui avait apporté. L'elfe inclina la tête, toucha son coeur et se retira, laissant Haldir seul pour relire la note. Il n'était pas surpris par le rapport de Rúmil sur 'l'entêtement obstiné' d'Elanor, comme il l'avait écrit. Il était en fait pas du tout surpris, mais juste un peu exaspéré et même légèrement amusé.
Il fut légèrement étonné par cette dernière émotion. Elanor, Elanor, à quoi penses tu? Il voulait la secouer, l'embrasser et . . . rapidement il mit cette idée de côté avant que son habituelle frustration ne refasse surface.
Il n'avait pas prévu d'assister au concours. En fait, il ne l'avait pas fait depuis des années, s'étant lassé de voir Healea battre chaque elleth qui essayait de la faire tomber de son piédestal. Healea était habile, et si le talent était le seul critère d'un bon surveillant, il aurait pleuré son manque d'intérêt pour ce poste. Mais elle n'avait ni l'intérêt ni le tempérament pour être un surveillant de Lórien. Elle était, cependant, un excellent archer et il l'admirait pour ça. Cependant, cela n'importait pas puisque Elanor s'était inscrite dans la catégorie débutante.
Cependant, Haldir savait ce qui se passerait si Elanor était la seule concurrente dans la catégorie des débutants. Et même si d'autres participaient en tant que débutantes, ce serait toujours des ellith qui auraient passé beaucoup d'années à s'entraîner au tir à l'arc. Des ellith beaucoup plus compétentes qu'Elanor.
Il plia la lettre et la rangea, son regard balayant l'horizon tandis qu'il réfléchissait sur la décision à prendre.
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La journée du concours de tir à l'arc débuta par une matinée ensoleillée et agréablement fraîche. Elanor avait eu une nuit agitée, et ses rêves ne lui avait apporté aucun conseil ou réconfort. Elle s'habilla nerveusement, écartelée entre son désir qu'Haldir soit là pour la soutenir et son soulagement qu'il ne soit pas présent pour la voir échouer. Elle ne pouvait s'empêcher d'imaginer à quel point il la désapprouverait. Mais alors elle se souvint de son calme, de sa sagesse et de sa patience à chaque fois qu'il lui apprenait quelque chose. Quoi qu'elle puisse penser, il ne la gronderait pas ni ne se moquerait d'elle à cause de ses choix. Elle devait s'en souvenir.
Son arc et son carquois sur l'épaule, Elanor arriva à l'arène de tir, son regard posé sur quelques plantes et fleurs qui bordait l'allée. La vue de chaque petite fleur, apparaissant deci-delà entre les fissures, calma ses nerfs soumis à rude épreuve. Toutefois dès le moment où elle entendit le murmure grave des elfes réunis pour observer le concours, une nausée lui vrilla l'estomac. Ils étaient si nombreux!
Respirant profondément, elle poussa la porte, ignorant les regards curieux tandis qu'elle se dirigeait vers l'endroit où les participantes étaient réunies. Tout près d'elle, elle vit le seigneur Celeborn habillé comme un archer, mais comme elle s'éloignait, il lui fit signe de rester.
Elle inclina la tête, les nerfs chancelant. "Bonjour seigneur Celeborn."
"Bonjour, Elanor, répondit-il d'une voix profonde mais douce. Une belle journée pour un concours, n'est ce pas?"
Elanor se força à sourire, quoi que nerveusement. "C'est toujours une belle journée en Lórien, mon seigneur."
"En effet." Avec son large corps il lui cacha la vue des autres elleth et plongea ses yeux bleus dans les siens. "Il y a un changement de plan, Elanor. Tu as un choix à faire."
L'estomac d'Elanor se contracta. "Un choix, mon seigneur? Y a t-il un problème?"
"Pas exactement. C'est seulement que nous n'avons aucune autre débutante, cette année à par toi. Ceci s'est rarement produit dans le passé, mais un précédent a déjà été établi. Tu doit choisir entre concurrencer les autres ou te retirer. Personne ne t'en voudra si tu décide de te retirer, mais j'espère que tu ne le feras pas."
Elanor avait écouté ces paroles avec une inquiétude croissante. "Mais je ne peux pas concurrencer des archers experts, mon seigneur."
"Au contraire, Elanor, tu peux les concurrencer. Personne ne s'attend à ce que tu emploies les mêmes cibles que les autres, mais à part ça les règles seront identiques. Si tu réussis ton tir, tu continuera comme les autres qui ont plus d'expérience. La distance de leur cible sera simplement beaucoup plus grande que pour toi."
Elanor ne savait que penser, mais elle aurait préféré qu'on l'ai prévenu plus tôt. Celeborn eut un sourire amical. "Je sais que c'est un choc et j'en suis désolé. Plusieurs ellith se sont inscrite dans la catégorie experte pour la première fois cette année et je ne l'ai réalisé que ce matin. Mais j'ai confiance en toi. Je n'ai pas vu tes capacités, mais je connais ta volonté." Était-ce une note d'amusement qu'elle entendait dans sa voix? "Je te laisse quelques instants pour décider."
Elanor inclina la tête et le seigneur Celeborn s'éloigna tandis qu'elle regardait les cibles déjà installées. Elles semblaient horriblement éloignées. Et frapper simplement la cible n'était pas suffisant, la flèche devait également arriver à l'intérieur d'un cercle blanc dont le diamètre était moins large que sa main!
Quelle imbécile avait-elle été de penser qu'elle pouvait faire ceci. Elle n'osa pas regarder aux alentours pour voir si Rúmil ou Orophin étaient arrivés. Leurs visages seraient certainement emplis de désapprobation et ils lui conseilleraient sans doute de se retirer. Et, naturellement, c'était ce qu'elle devrait faire. Elle ne savait même pas pourquoi elle hésitait.
"Votre arc est peut-être un arc de formation, fit une voix de femme, basse et traînante, mais ça reste un arc du Galadhrim. Il peut facilement envoyer une flèche beaucoup plus loin que ça. Et il peut frapper la cible . . . si la personne qui le tient vise correctement."
Elanor se retourna pour voir Healea se tenir derrière elle. Son arc énorme dans sa si jolie main. Sa tunique verte foncée mettait admirablement en valeur ses cheveux clairs et sa parfaite peau diaphane. Elle plissa son front parfait à l'intention d'Elanor, son visage était légèrement railleur.
"Je ne peux pas te concurrencer, fit Elanor d'une voix résignée. Juste imaginer que je le pourrais serait absurde."
Healea sourit et adopta un air supérieur. "Naturellement. J'ai gagné les soixante-quinze derniers concours et tu es une débutante. Mais ce n'est pas le propos. Tu ne m'affrontera pas, c'est seulement toi-même que tu affronteras."
"Que veut tu dire par là? demanda Elanor, soupçonneuse." Healea essayait-elle de lui être utile ou bien de lui créer des ennuis?
Healea regarda son propre arc, sa main lissant affectueusement le bois lisse et poli. "Notre lutte pour le succès commence en nous-même, dit-elle d'un ton pensif. Nos batailles les plus dures sont avec nos propres craintes . . . nos propres échecs. Chacun de nous doit trouver la force dans son coeur avant de pouvoir puiser de la force dans son bras. Tu dois croire en toi-même, Elanor, avant que tu ne puisses croire en quelqu'un d'autre."
"Cela ressemble à quelque chose que Lurien dirait, fit Elanor après un instant."
Healea rit. "Non, c'est Haldir que je cite. Tu veux toujours te retirer?"
Le regard d'Elanor balaya la foule des elfes rassemblés. Elle s'était engagée, ils le savaient tous. Que penseraient-ils d'elle si elle se retirait? Que penserait le Seigneur Celeborn? D'une manière primordiale, que penserait Haldir?
Une main sur son épaule redirigea son attention sur Healea. "Participe pour toi, Elanor, conseilla-t-elle avec un sourire insolent. Je gagnerai . . . mais tu peux y gagner quelque chose toi aussi." Sur ce, Healea s'éloigna, sautillant avec élégance dans l'herbe pour rejoindre ses amis, Arnis et Túre, qui les avaient observées avec une franche curiosité tandis qu'elles discutaient.
Elanor saisit son arc, emplie d'une soudaine détermination. En dépit de ses manières, Healea lui avait donné un conseil sage et avisé. En fait, elle avait cité les mots d'Haldir, agissant presque comme son émissaire. Et maintenant elle savait ce qu'elle devait faire.
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Le premier tour débuta avec Healea. Elanor se tenait en retrait, pensant laconiquement qu'ils ferait tout aussi bien de donner dès maintenant la première place à la belle elfe. La première flèche d'Healea vola droit dans le centre de la cible, provoquant un murmure d'admiration dans l'assistance. Deux autres elleth suivirent, puis Arnis, encore une autre, et enfin Túre. Chacune de ces participantes gagna le droit de continuer jusqu'au prochain tour. Une autre elleth s'avança et souleva son arc.
"Concurrente: Minuial. Rang : experte depuis deux ans, s'exclama un elfe."
En fait, le commentateur était Cothion, l'elfe que Healea avait choisi comme compagnon. Il avait une voix aussi profonde et forte qu'Erestor, ce qui faisait de lui un prétendant parfait pour ce rôle. Jusqu'ici, Elanor avait seulement vu Cothion de loin et elle ne l'avait jamais entendu parler. Il était beau à sa manière, même si il était bien loin de la beauté stupéfiante de Lurien ou d'Haldir.
Elanor observa Minuial ajuster sa position et tirer la corde en arrière, jusqu'à sa joue. Comme toutes les autres concurrentes de la catégorie expert, elle employait un arc des Galadhrim de taille normale. Était-ce dû à l'imagination d'Elanor ou la main de Minuial tremblait-elle réellement? Un instant plus tard, la flèche fendit l'air et se planta, tremblante, dans la cible. Minuial grimaça, la flèche avait heurté le bord de la cible, manquant complètement le cercle.
Selon les règles, Minuial reçut une deuxième chance. La propre nervosité d'Elanor se faisait plus forte alors qu'elle regardait Minuial tirer de nouveau sur la corde, ses yeux fixés sur la lointaine cible. Sa position était mauvaise, même Elanor le voyait, puis la flèche jailli hors de l'arc, atterrissant une nouvelle fois en dehors du cercle.
"Minuial est éliminée," fit Cothion d'une voix grave. La mine déconfite, Minuial fit volte-face, rejoignant le stand où était rassemblées les autres participantes.
Elanor frissonna, essayant de ramener son inquiétude à un niveau plus supportable. Jetant un coup d'oeil aux alentours, elle croisa le regard de Doria qui se tenait près de la ligne de touche. Doria lui fit un sourire encourageant ainsi qu'un signe de la main. À côté d'elle se tenaient Orophin, ainsi que Rúmil, Tarwë, Nerwen, Gwirith et plusieurs autres qu'elle considérait comme ses amis. Tandis que plusieurs ellith passaient à leur tours, la présence des amis d'Elanor apaisa son angoisse. En même temps, elle pria pour ne pas se ridiculiser devant eux. Son tour arrivait et la foule était si nombreuse . . . Il lui semblait presque que toute la ville s'était rassemblée en ce lieu. Elle ne s'était pas rendue compte qu'un si grand nombre de gens viendraient assister au concours.
Elanor, sachant que son tour approchait, se crispa encore d'avantage tandis qu'une autre participante s'avançait jusqu'à la marque. L'elfe tira et sa flèche atterrit presque en dehors du cercle. Ce fut néanmoins suffisant pour continuer au prochain tour.
Alors, Elanor entendit son nom être appelé et un noeud se forma alors dans son estomac. Elle était la dernière à passer. L'attention était maintenant fixée sur elle, elle le sentait. Il lui parut tout à coup que la foule était beaucoup plus silencieuse qu'un instant auparavant. Ils se tenaient tous le long de la limite du terrain, des visages familiers ou inconnus, tous les regard fixés sur elle. Elle pris soudainement et intensément conscience que son arc était un simple arc de formation et à quel point il était plus petit que les autres.
Les épaules en avant et la tête bien droite, elle se plaça sur la marque au sol où chacune des autres s'était tenue. On lui avait dit que c'était le premier tour, la première flèche, qui étaient le plus dur. Une cible différente était en train d'être installée, juste pour elle, à ce qui semblait être la moitié du terrain. Quand elle fut en place, Celeborn inclina la tête en direction de Cothion, qui ouvrit la bouche et entonna, "Concurrente : Elanor. Rang : débutante, première année."
Elanor fit un pas en avant, son coeur tambourinant dans sa poitrine. Une image d'Haldir flotta dans son esprit, et elle se surprit à souhaiter de toute son âme qu'il ait été ici avec elle. Mettant cette pensée de côté, elle respira profondément et ajusta sa position. Même à mi-chemin des autres, la cible était placée beaucoup plus loin que toutes celles sur lesquelles elle s'était entraînée. Elle saisit l'axe de l'arc, caressant la corde durant un court moment, et curieusement ce fut à cet instant précis qu'elle croisa le regard de Lurien. Il lui fit un rapide sourire énigmatique, mais elle détourna aussitôt le regard, ne voulant pas être distraite.
Intensément concentrée, elle tira la corde et fixa la cible avec son oeil dominant. Sa position semblait correcte, alors, réunissant tout son courage, elle libéra la flèche , la corde tendue frissonna alors que le mince projectile fendait l'air.
La flèche se planta juste en dehors du cercle. La foule gémit.
Elanor sentit des bras se mettre à trembler. Au moins la flèche c'était planté sur la cible, ce qui était bien mieux que ce à quoi elle s'était attendue. Elle pouvait le faire! Elle repositionna soigneusement ses pieds, et elle tira la deuxième flèche de son carquois. La deuxième flèche . . . dernière chance de rester dans la course.
Encochant sa flèche, elle se replaça à nouveau, tirant la corde exactement comme Haldir le lui avait enseigné. Elle ferma les yeux et respira profondément, puis elle posa son regard sur la cible, laissant la corde s'échapper de ses doigts.
La réaction de la foule lui indiqua qu'elle avait réussit et elle soupira de soulagement. Elle n'était pas au centre mais au moins la flèche avait atterri dans le cercle. Incroyable! Elle se mit sur le côté, souhaitant pouvoir se détendre, mais elle tremblait encore plus maintenant que lorsqu'elle était sur la ligne.
Le deuxième tour commença encore avec Healea. Une forte acclamation suivit car Healea avait de nouveau exécuter un tir parfait. Les concurrentes suivantes passèrent dans le même ordre qu'au premier tour. Les deux amies peu sympathiques d'Healea réussirent toutes deux leurs tirs, quoique moins bien centrés que celui d'Healea. Toutes les deux gagnèrent leur place pour le prochain tour, ainsi que toutes les autres ellith.
Elanor patientait, alors que la file d'attente des participantes diminuait. Il y avait quinze archers au total, en enlevant l'elleth éliminée au tour précédent. Encore trois avant le tour d'Elanor.
"Concurrente : Larieth. Rang : experte depuis dix ans," annonça Cothion.
Une jolie et mince elfe s'approcha de la ligne. Semblant confiante, elle inclina la tête vers le Seigneur et la Dame, tira sur sa corde, et lança soudainement sa flèche. La foule haleta tandis que la flèche volait, ratant complètement la cible, à la stupéfaction totale de l'archer. Celeborn fronça les sourcils. Cela semblait être un événement extrêmement inattendu, et Elanor vit l'elleth se passer une main les cheveux, luttant visiblement pour retrouver son calme.
Larieth visa encore, fixant la cible un long moment avant de tirer. La flèche vola vers la cible et se figea en dehors du cercle central. La foule gémit. L'elleth jeta son arc à terre et frappa du pied de dépit.
Elanor posa son front sur son arc, respirant profondément dans l'espoir de se calmer. Cau serait bientôt son tour, et pour une raison étrange l'échec de Larieth intensifiait sa propre angoisse. Une main légère sur son épaule lui fit lever la tête, et elle vit Healea passer près d'elle. Leurs yeux se rencontrèrent brièvement, Elanor hocha la tête et reporta son attention sur la concurrente suivante, à laquelle elle succéderait.
Le tour d'Elanor vint alors. Enveloppée dans une brume presque idyllique, elle avança, écoutant Cothion annoncer son nom tandis que quelqu'un mettait sa cible en place. Il la posa légèrement plus loin que la dernière fois, mais toujours beaucoup plus proche que la cible qu'employait les autres participantes.
Faisant face à la cible, elle pris une flèche dans son carquois et l'encocha. Étrangement ses yeux se posèrent sur Rúmil, qui croisa son regard et inclina la tête, mais elle lisait l'inquiétude sur son visage. Il avait compris à quel point cette cible serait dure à atteindre. Elle reporta son attention sur la cible et commença à tirer sur la corde.
Soudain quelque chose d'horrible arriva.
Quand elle avait tiré la corde, ses doigts n'étaient pas correctement placés, et avant qu'elle n'ait pu corriger la situation la corde glissa au bout de ses doigts, comme au ralenti, faisant jaillir la flèche beaucoup trop tôt et au mauvais endroit. Encore pire, elle vit Cothion se jeter au sol, évitant d'un mouvement rapide la flèche, qui frôla son nez et la foule des elfes massée derrière lui. Les elfes s'écartèrent à gauche et à droite, évitant soigneusement la pique mortelle qui volait entre eux et qui finit par s'écraser contre un mur en pierre, au fond du champ.
Elanor se figea, mortifiée, et souhaita être morte.
Craignant la colère de Lord Celeborn, elle se risqua à lui jeter un coup d'oeil et, à son grand agacement, elle vit une lueur d'amusement dans ses yeux. Même Galadriel avait un mince sourire son visage, bien que sa compassion pour Elanor apparaissait clairement dans son regard brillant.
Une voix féminine l'interpella sèchement. "J'aimerais garder mon mari, murmura Healea. Je ne l'ai pas vu se déplacer si rapidement depuis des années. Calme toi, Elanor. Essaie encore."
Healea s'écarta et Elanor fut submergée par la culpabilité alors qu'elle observait Cothion épousseter ses longues robes. Son regard circonspect se posa sur elle une fois de plus alors qu'il lui faisait signe de continuer. Comment pouvaient-ils s'attendre à ce qu'elle continue après ce qui c'était passé? Complètement perdue, Elanor jeta un coup d'oeil vers les frères d'Haldir, mais ils n'étaient d'aucun secours. Orophin semblait mécontent tandis que Rúmil avait les bras croisés et le visage impassible.
Pourquoi, oh pourquoi avait il fallu qu'elle s'inscrive à ce concours? Elle était un archer pitoyable et toute la Lórien devait rire d'elle bien qu'ils soient trop polis pour le montrer. Elle vit Cothion lui faire à nouveau signe, mais elle hésitait toujours, elle était anéantie. Son seul souhait était de s'enfuir à toutes jambes loin d'ici, mais elle n'avait pas même le courage de faire cela.
"Elanor, tu as perdu ta concentration."
C'était la voix qu'elle s'attendait le moins à entendre. Elle se retourna pour voir Haldir derrière elle, ses épaules musclées réduisant son champ de vision. Il portait encore sa cape et son arc, de même que son épée, attachée à sa hanche. Apparemment, il venait juste de revenir de la frontière. Il était décoiffé et semblait avoir grand besoin de vêtements propres. Son expression était sévère mais douce.
Effrayée et honteuse qu'il ait été témoin de son horrible tir, Elanor bégaya, "Qu . . .que fais- tu ici? Je ne m'attendais pas à te voir si tôt."
Haldir regarda Celeborn, puis il s'empara de son coude et l'emmena à l'écart. "Rúmil m'a envoyé une lettre. Je suis ici parce que j'ai pensé que tu pourrais avoir besoin de moi. Je regrette de ne pas être arrivé plus tôt."
Elanor observa ses yeux gris. Elle lui était tellement reconnaissante d'être là qu'elle aurait voulu se jeter dans ses bras. "Je sais que j'ai eu tort de m'inscrire au concours, dit-elle d'une voix coupable. Je sais qu'ils pensent tous que je suis une imbécile. Haldir, que dois-je faire? Tu crois que je peux abandonner?"
Haldir souleva son menton avec sa main, la fixant de toute sa hauteur d'un air autoritaire. "Personne ne pense que tu es une imbécile, Elanor. Ils t'admirent d'avoir eu le courage de participer. Et tu va utiliser ce courage pour finir ce que tu as commencé."
"Mais j'ai presque tiré sur Cothion, gémit-elle d'une voix défaite. J'aurais pu le tuer."
"Cothion avait largement le temps de se mettre à l'abri. Est ce que ma pupille va laisser tomber si facilement? Je te croyais plus forte que ça. Je t'ai enseigné comment te tenir, comment viser, et comment lâcher la corde. Tu vas t'en souvenir et le faire correctement. Vas y, prends ton temps, et concentre-toi."
Elanor sentait le regard de la foule peser sur elle et sur Haldir. Elle pouvait sentir leur impatience alors qu'ils se demandaient ce qu'elle allait faire. "Je ne peux pas, chuchota-t-elle paniquée. Je nous ai embarrassé tous les deux, aussi bien toi que moi . . ."
"Je ne suis pas embarrassé, l'interrompit Haldir. Et tu ne devrais pas l'être." Elanor ouvrit la bouche pour protester, et le vit froncer les sourcils. "Vas-y, lui ordonna-t-il, tu dois finir ce que tu as commencé. Seigneur Celeborn t'attend." Son ton était calme mais sans appel, ne lui laissant aucun choix. Mais elle savait qu'il avait raison. Elle devait finir ce qu'elle avait commencé ou elle ne pourrait plus jamais marcher la tête haute.
Avec un hochement de tête, Elanor s'éloigna lui et retourna à la ligne. Assez curieusement, son appréhension s'était dissipée et elle était calme maintenant, plus calme qu'elle ne l'avait été toute la journée. Elle vit Cothion faire un pas de côté pendant qu'elle soulevait l'arc, mais elle choisit de l'ignorer. Elle tira sur la corde, chaque parcelle de sa volonté était concentrée sur la lointaine cible.
La flèche fouetta l'air d'un son vibrant mais elle manqua la cible, atterrissant cette fois ci dans le secteur protégé, loin derrière. Le coeur d'Elanor se serra. Durant un court instant, elle avait vraiment cru qu'elle pouvait le faire. Elle avait tout fait correctement. Sa position avait été parfaite, ainsi que sa poigne et que son tir. Mais elle avait échoué.
"Elanor d'Imladris est éliminée," fit Cothion en direction de la foule, un peu plus fort que nécessaire pensa Elanor. Et pourquoi avait-il dit d'Imladris'? Peut-être espérait-il qu'elle y retournerait bientôt.
Essayant d'avoir l'air digne, elle partit dans la direction opposée de celle Haldir et dépassa la foule. Une boule se formait dans sa gorge. Comme Haldir devait être déçu par elle! Qu'allait-il dire maintenant? Il avait fait tout ce chemin pour l'aider et elle avait raté son tir, sa seule et unique chance de le rendre fier d'elle.
Elle n'eut le temps de parcourir que quelques mètres avant qu'Haldir n'attrape son bras, la retournant pour qu'elle le regarde. "Pourquoi t'enfuis-tu?" Il l'observait intensément, ses sombres yeux brillaient telle une brume grise, voilant la moindre de ses pensées.
"Tu sais pourquoi, lança-t-elle sèchement. J'ai essayé de participer et j'ai échoué. Je me suis humiliée, ils rient de moi, Haldir. Maintenant j'ai besoin d'être seule."
Déprimée et honteuse, elle essaya de s'en aller, mais la poigne d'Haldir se serra seulement d'avantage. D'une poigne de fer, il la traîna le long du chemin jusqu'à ce qu'ils atteignent un grand arbre avec un banc à sa base, caché par une grande racine. D'un ton brusque, il lui demanda de s'asseoir, alors que lui restait debout, les bras croisés, son regard perçant fixé sur son visage.
"Comment ça tu as échoué? demanda-t-il sévèrement. Tu n'as pas fait de ton mieux?"
Elle le regarda, les yeux baignés de larmes. "Si, mais mon mieux n'est pas suffisant. Je me suis humiliée devant chaque habitant de ta cité. Je ne savais qu'il y aurait tant de spectateurs."
"Elanor, c'était ton premier concours. La plupart des elfes ne s'inscrivent pas à de telles choses avant de s'être entraînés pendant des années. Tu as seulement eu quelques semaines pour te préparer."
Elanor se mordit les lèvres.
Haldir étudia ses traits. "Pourquoi t'es tu inscrite alors que mes deux frères te l'avais déconseillé?"
"Pour te protéger." Elle le vit froncer les sourcils. "Tu vois, seigneur Celeborn m'avait invité, ajouta-t-elle rapidement. Et je ne savais pas quoi faire. Lurien m'a fait comprendre que mes actes se réfléchissaient sur toi." En bégayant, elle lui expliqua à quel point elle avait été hésitante, voulant prendre la bonne décision mais ne voulant pas le déshonorer ou faire remettre en cause, par le Seigneur et la Dame de Lórien, sa capacité d'être un gardien compétent. "Et surtout, je ne voulais pas que tu penses que je suis lâche . . . Je . . . Je voulais que tu sois fier de moi,"termina-t-elle d'une petite voix.
"Elanor, dit-il tranquillement, je suis très fier de toi. Ne doute jamais plus de ça. Tu n'as humilié personne, ni toi ni moi. Quant au conseil de Lurien . . ." Elle vit sa mâchoire se durcir,"il a mélangé la vérité et ses propres mensonges pour t'embrouiller. Je ne veux plus que tu t'entraînes avec lui. Je vais lui parler moi-même."
"Très bien," fit-elle confuse.
Il soupira et s'assit près d'elle, passant un bras autour de ses épaules, son corps chaud et dur serré contre le sien. "Laisse-moi te raconter une histoire qui sort rarement de mes lèvres. Elle s'est déroulée la première fois que j'ai voulu être un surveillant. J'étais totalement convaincu d'être choisi et je n'ai jamais douté de moi un seul instant. J'étais jeune alors. Trop jeune et inexpérimenté."
Elanor lui lança un regard sceptique. "Tu es en train de me dire que tu n'as pas été choisi? Je croyais que tu avais été choisi et que Lurien non." Instinctivement, elle lui prit la main, sincèrement touchée. Comment est-ce que quelqu'un d'aussi fort, puissant et habile que le surveillant de mars de Lórien pouvait avoir un jour échoué à quoi que ce soit?
"Ah, mais c'était ma deuxième tentative. Tu n'est pas au courant de la première, à laquelle ni Lurien ni mes frères n'ont assistés. Seigneur Celeborn s'en souvient bien, et il me la rappelle de temps en temps, quand il pense que je deviens trop arrogant." Un petit sourire naquit sur ses lèvres en voyant leurs mains jointes. "Pour ma première épreuve, je m'étais entraîné à faire ce que je croyais être des combinaisons d'épée parfaites et complexes qui désarmeraient même le plus habile de nos guerriers. Pour mon épreuve, je savais que j'allais affronter un des meilleurs de notre terre." Il la regarda. "Je me tenais à la même place que toi sur le champ, avec autant de personnes qui m'observaient, et j'étais si nerveux que je pouvais à peine tenir mon épée."
Elanor essayait d'imaginer Haldir nerveux, bien que cela soit difficile. "Oh mon dieu, dit-elle. Et que s'est-il passé?"
"J'ai rassemblé tout mon courage, et quand mon adversaire s'est approché, je me suis élancé avec l'une de mes belles combinaisons."
Sa pause lui fit comprendre que cela ne c'était pas très bien achevé. "Que s'est-il passé?" demanda t-elle à nouveau.
Les lèvres d'Haldir se tordirent en un sourire désolé. "Je suis tombé au sol tête la première. Je me suis entortillé dans mes propres pieds et j'ai eu le nez en sang."
Elanor haleta. "Non! Tu n'as pas fais ça!"
Haldir eut un rire franc. "Si. "
"Haldir, tu devais être mort de honte!"
"En effet, fit-il sèchement. Ce qui est pire, c'est que ce n'était nul autre que Celeborn en face de moi. Il a ri tellement fort qu'il m'a presque rejoint au sol." Les yeux brillants d'Haldir plongèrent dans les siens. "Mais aussi embarrassé que je l'étais, je n'ai pas laissé tomber. Je me suis relevé et j'ai abandonné mes mouvements compliqués. Je me suis rappelé ma formation et j'ai combattu du mieux que j'ai pu. J'ai perdu, Elanor. La confiance et la compétence vont de pair, et toutes deux sont nécessaires pour parvenir à un résultat. Je ne suis pas devenu un surveillant ce jour là, mais j'ai fini ce que j'avais commencé. Et face à l'humiliation, j'ai gagné le respect. Exactement comme toi aujourd'hui."
Elanor baissa les yeux, encore incertaine.
"Elanor, le dernier tir que tu as fais . . . tu avais très bien visé. La flèche a manqué la cible d'un cheveux, et crois moi, je ne suis pas le seul à l'avoir remarqué. Tu t'es bien débrouillé. Très bien même."
Elle leva la tête. "Vraiment?"
"Vraiment. J'ai été impressionné." Avant qu'elle ne puisse répondre, il se leva et la remis sur ses pieds. "Et maintenant, ajouta-t-il, tu vas retourner sur le champ de tirs et regarder le reste du concours. Tu iras féliciter la gagnante, même si c'est . . ."
"Healea," termina-t-elle d'une voix résignée.
"Peut-être, reconnu-t-il. ne laisse jamais tomber. Healea sera battue un jour et peut-être que ce sera par toi. De toute façon, tu féliciteras la gagnante, et si Cothion te parle, tu garderas la tête haute. Est ce compris?"
"Oui, mon seigneur," dit-elle d'un ton un peu insolent.
"Après ceci, nous retournerons à notre talan. Je me laverais tandis que tu prépareras à manger pour nous deux."
"Est-ce tout? s'enquit-elle. Ou bien est-ce que mon gardien à d'autres ordres à me donner?"
Il la regarda, une lueur dans les yeux. "Je pourrais aussi souhaiter un massage, mais je ne pense pas que ça soit une contrainte."
"Tu souhaiteras peut-être un baiser aussi," murmura-t-elle.
"Peut-être bien," fit-il en souriant.
Elanor réprima un sourire, parce qu'elle avait un secret que personne ne connaissait . . . un secret dont elle venait juste de réaliser qu'il pourrait lui être utile.
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Comme prévu, Healea gagna le concours, mais Elanor réalisa alors que cela ne lui importait pas. Qu'Haldir soit de retour en ce jour spécial, son jour, et le fait de savoir qu'elle conservait tout son respect était tout ce qui lui importait.
Tandis qu'Haldir se lavait, Elanor resta dans la cuisine, bien qu'elle ait été très tentée de le rejoindre comme il l'avait fait quelques temps auparavant. Elle considéra l'idée, mais elle décida qu'elle n'était pas assez culottée pour faire ça. Et de toute façon, elle avait une meilleure idée.
Une fois leur repas achevé, elle s'installa derrière lui, massant ses épaules et son cou musclé exactement comme elle l'avait fait à plusieurs autres occasions. Cela faisait des semaines qu'elle n'avait pas réussi à le convaincre de se déshabiller devant elle, mais aujourd'hui elle était parvenue à le convaincre d'enlever sa tunique afin qu'elle puisse avoir meilleur accès à ses muscles douloureux. Et c'était tout à fait vrai, cela l'aidait à discerner exactement ce qui lui fallait et comment le satisfaire. C'était d'ailleurs bien plus agréable pour elle également. Sous la peau chaude et lisse, elle pouvait mieux sentir sa puissance contrôlée et sa force masculine si attractive, et d'un point de vue purement féminin, cela l'enchantait.
"Merci, dit-il alors. Ca suffit."
"Je t'en prie," dit-elle doucement. Elle prit sa tunique noire, mais au lieu de la lui rendre elle la jeta délibérément à l'autre bout de la salle. Alors elle s'avança et s'assit sur ses genoux.
"Elanor, qu'est ce que tu fais?" s'enquit-il légèrement amusé.
Elle sourit et remit en arrière une mèche de ses cheveux. "Je m'assieds sur toi."
"C'est ce que je vois." Il eut un sourire alors que ses mains se posaient sur sa taille. "Et qu'est-ce que tu as en tête?"
"Oh, Haldir, je dois vraiment te l'expliquer?"
"Laisse-moi deviner. Tu veux me demander quelque chose. Une nouvelle robe peut-être."
"Cherche encore." Elle passa un doigt le long de la courbe de sa mâchoire.
"Ah, alors tu veux quelque chose de plus intéressant." Elle vit son regard glisser de ses yeux à ses lèvres. "Elanor, dit-il d'un air douloureux, j'ai essayé de faire de mon mieux jusqu'ici, mais tu dois comprendre que pour ce genre de chose je n'ai jamais été très bon dans les demi-mesures."
Son coeur manqua un battement. "Alors que dirais-tu d'une pleine mesure?" Elle plongea ses yeux dans les siens et ses pupilles se dilatèrent, rendant ses yeux plus foncés, brûlants et dangereux. Elle fit remonter sa main le long de son bras et la passa autour de son cou. "Je t'ai embrassé beaucoup de fois, Haldir. Je sais que je t'affecte. Je sais ce que je fais."
"Ah, alors maintenant tu penses être expérimentée, après quelques baisers."
"Non, admit-elle, ses doigts jouant avec les mèches soyeuses de ses cheveux. Je n'ai pas dis ça. Mais tu m'a touché, Haldir, et je voudrais te toucher aussi." Elle frotta son pouce le long de la courbe de son oreille, et autour de son point si sensible. Elle sentit alors qu'il tremblait, comme une brise légère avant une tempête.
"Fais très attention, l'avertit-il. Je ne suis pas un enfant avec lequel on peut s'amuser."
"J'en suis parfaitement consciente, murmura-t-elle. Je ne joue pas avec toi." Elle déplaça sa main libre plus bas, la posant juste au-dessus de sa proéminente érection, et le vit inhaler profondément, seule réponse évidente à ce contact. "Tu ne peux pas nier que tu me veux,"ajouta-t-elle doucement.
"Je ne l'ai jamais nié." Néanmoins, il semblait se livrer à un combat intérieur, une tornade d'émotions se bousculant sur son visage d'ordinaire si impassible. Il posa sa main sur la sienne, et l'enleva doucement, la serrant légèrement de ses doigts forts.
Elle se pencha en avant et frotta ses lèvres contre les siennes. Il ne répondit pas, mais elle sentait la tension dans les muscles de son cou. "Nous pouvons rester sur cette chaise, si tu préfères, chuchota-t-elle. Rien ne peut arriver sur cette chaise."
"Faux, Elanor. Mais, par les Valar, tu me tentes. Lève-toi quelques instants."
Embarrassée, elle obéit, et un moment plus tard elle se rassit sur ses genoux, seulement cette fois elle était à cheval sur ses jambes de sorte qu'elle lui faisait face. Soudainement à bout de souffle, elle leva les jambes et les posa sur les montant de la chaise de part et d'autre de ses jambes musclés.
"Eh bien, dit-il, ses yeux plonger dans les siens, tu crois toujours que rien ne peut arriver sur une chaise?"
Elanor aurait sûrement défailli si elle n'avait pas été soutenue par les mains d'Haldir sur ses hanches qui la serraient, presque durement, contre lui.
"Oh, j . . . Je vois," haleta-t-elle.
"Tu veux toujours ce baiser?" dit-il d'une voix enrouée.
"Je veux plus qu'un baiser. Je veux te toucher."
"Non, Elanor. Je trouve ceci très plaisant. C'est suffisant pour moi."
C'était le type de réponse à laquelle elle s'attendait, mais elle avait une répartie toute prête. "Haldir, c'est mon anniversaire aujourd'hui." Elle lui fit un sourire timide.
Il fronça les sourcils. "C'est vrai? Tu ne me l'avais jamais dit."
"Je n'ai pas eu l'occasion de t'en parler. Ce n'est pas grand chose, et je ne veux pas de nouvelles robes ou de fête. Tout ce que je demande, c'est la chance de te donner le même plaisir que tu m'a donné." Elle se tortilla contre lui, reculant juste assez pour faire ce qu'elle souhaitait. À titre d'essai, elle saisie le noeud qui attachait ses guêtres et commença à le défaire.
"Elanor." Son regard semblait curieusement vague alors qu'il lui prenait les mains pour l'arrêter. Mais elle remarqua qu'il les avaient posées tout contre cette partie de lui qui se languissait de son contact. Il était clairement en plein dilemme. C'était presque palpable, s'accrochant entre eux comme un brume sensuelle chargée de désir.
En fait, Haldir n'avait jamais été confronté à un tel dilemme durant toute sa vie. Avoir Elanor sur ses genoux, avec ses mains là ou elles étaient, avait mis le feu à ses sens, le désir coulant comme un liquide brûlant dans ses veines. Son contrôle ne tenait qu'à un fil.
"S'il te plaît, ajouta-t-elle doucement, ses yeux bleu fixés sur son visage. Tu m'a dit que tu n'allait voir personne d'autre. Tu ne peux pas continuer à m'ignorer . . . ou à ignorer ce que tu ressens. Je sais que tu en a besoin. Je le sens." Elle augmenta la pression, essayant d'enrouler ses doigts autour de cette partie de lui qui brûlait pour elle.
Il avala sa salive, à peine capable de penser. "Tu m'humilies, dit-il d'une voix inégale. J'étais si fier de mon self-control et qu'en reste-t-il maintenant? Des miettes."
Elle approcha ses lèvres de son oreille. "Je ne le dirais à personne, murmura t-elle. Tu peux le perdre complètement si tu préfères."
"Je ne peux pas, pas encore. J'aimerais pouvoir." Pourtant il gardait sa main fermement en place sur mon membre palpitant, comme si il ne pouvait se résoudre à faire cesser cette délicieuse et provocante pression. "Touche moi un peu, murmura-t-il alors. Juste pendant un instant. Et ensuite . . ." Il laissa la phrase en suspend, la respiration inégale. Alors, très doucement, il retira sa main de la sienne, lui donnant un libre accès.
Il posa ses mains sur les montant de la chaise en la regardant tandis, que d'une main légère elle détachait le noeud. Quand son membre fut enfin libre, elle regarda Haldir avant de baisser à nouveau la tête et de le toucher légèrement, l'explorant avec une expression de franche curiosité. Bien qu'elle ne dit rien, il pensa qu'elle était certainement surprise de voir qu'il était déjà humide. Il l'observait à travers ses paupières à demi closes, luttant contre son désir puissant et primaire de la jeter au sol et de la posséder. Le seul fait d'y penser l'étourdissait, torturant sans relâche son esprit et déchirant en lambeaux les restes de sa volonté.
Déglutissant avec peine, il ferma les yeux et laissa sa tête retomber contre le dossier de la chaise. Elle gagnait en confiance, faisant glisser ses doigts le long de sa chair sensible, la frottant gentiment, propageant un feu ardent dans ses veines en une exquise agonie qui le consumait de l'intérieur. Il ne la laisserait pas continuer. Il était fort . . . Il résisterait . . .
"Un peu plus fort, répeta-t-il. Juste . . . un petit moment."
A sa grande satisfaction, il sentit sa main l'envelopper complètement et commencer un mouvement délicieux, de haut en bas. Le rythme n'était pas parfait, mais c'était merveilleux et suffisant pour envoyer un frisson de pur plaisir dans son corps. Faiblement, il s'entendit gémir, mais il lui sembla que c'était la voix d'un autre, comme s'il n'existait plus. Un plaisir intense s'emparait de lui, torturant ses sens . . . Il ne pouvait pas résister . . . Il en avait tellement besoin . . .
"Est-ce que ça te plaît? Dois-je aller plus vite?"
"Plus vite, oui, haleta-t-il. Et plus fort. Juste pour un moment, et ensuite . . ." Il l'arrêterait . . . Il devait l'arrêter . . .
Elanor observait son visage tremblant, observant de temps en temps cette partie de lui si masculine que consumait cette partie sensible entre ses cuisses rien qu'en la regardant. Et soudain cela arriva. Le corps d'Haldir s'arqua légèrement tandis qu'il laissait échapper un long gémissement, le rendant curieusement tremblant et vulnérable. Un instant plus tard il passa ses bras autour d'elle, et la serra contre sa poitrine, la tenant ainsi comme si il voulait la garder éternellement dans ses bras. Elle sentait son coeur battre furieusement dans sa poitrine et le souffle inégal de sa respiration.
"Je suis si faible, murmura-t-il. J'aurais dû t'arrêter avant que cela n'arrive."
Elle se redressa et embrassa sa joue. "Haldir, pourquoi voulais tu m'arrêter? Je ne comprend pas. Tu as ressenti du plaisir, je le sais."
"J'en ai eu. Oh, oui." Il secoua la tête, des mèches folles cachaient la lueur dans son regard. "Tu m'a encore stupéfié, Elanor. Toi et tes mains magiques."
Elle le regarda se détendre, le coeur débordant de tendresse. "Tu veux un verre de vin?" Elle entreprit de descendre de ses genoux, mais sa main enserra son poignet, ses yeux cherchant les siens.
Incompréhension.
"Ne pars pas. J'ai une faveur à te rendre. Ne le souhaite tu pas?"
Aussi difficile que ce soit, Elanor se força à secouer la tête." Pas aujourd'hui, répondit-elle. J'ai eu beaucoup de plaisir à te toucher, vraiment beaucoup, Haldir. Mais maintenant c'est ton tour de connaître la déception de recevoir sans pouvoir donner. Galadriel a dit que ce n'est pas l'action mais l'intention qui définit l'honneur. Je crois que je commence à comprendre ce qu'elle voulait dire."
Et, sur ces mots, elle quitta le talan, laissant Haldir seul, assis dans un silence stupéfait.
A suivre . . .
