Auteur: Julie & Fianna
Disclaimer: les personnages et les lieux sont tous la propriété de J.R.R. Tolkien, sauf évidemment ceux crées par Julie et Fianna, je ne tire aucun profit monétaire de cette traduction. (et oui . . .je sais c'est dur)
Le blabla de la traductrice: Coucou!!! et voici le chapitre 20!! héhé on se rapproche de l'événement que tout le monde attend! (lool ne mentez pas, l'heure de Sauron est sur vous et il me dit tout) je suis désolé pour le "légère" attente pour le post de ce chapitre, mais ma chère correctrice et moi avons été enfouies sous tes tonnes d'obligations... Alors, comme cela fait un moment, il me semble que j'ai répondue à certaines de vos merveilleuses reviews, mais pas à toutes alors pour celle que j'ai oublié, je m'en excuse et je vous dit mille fois merci pour ces mots si encourageants...vous êtes merveilleux!!
Et de Julie et de Fianna - merci beaucoup !
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Chapitre 20
Les chaussures d'Elanor étant parfaitement adaptées pour une promenade dans les bois, elle n'eut donc qu'à ranger les outils de jardinage pour être prête à accompagner Haldir. Ils prirent le chemin menant aux portes de la ville, mais furent bientôt arrêtés par plusieurs elfes qui souhaitaient la féliciter pour sa participation au concours. Étonnée, Elanor remercia chacun d'entre eux poliment, parfaitement consciente qu'Haldir observait et écoutait.
"Tu vois?" dit-il tandis qu'ils parcouraient la large clairière qui s'étendait devant les portes de la ville." Tu ne t'es pas ridiculisée ce matin. Comme je te l'ai dit, Elanor, tu t'es bien débrouillée."
"Pour une débutante," concéda-t-elle. En cet instant, une vague de chaleur l'enveloppait, assez forte pour repousser la douleur engendrée par les paroles blessantes de Túre.
"Pour une débutante," approuva-t-il avec l'un de ses regards illisibles.
Bientôt, ils furent de nouveau entourés par d'immenses mellyrn, leurs gigantesques ombres presque aussi impressionnantes que les arbres eux-mêmes. Haldir ne lui tenait pas la main, mais le doux contact de ses doigts la guidait le long d'un chemin invisible, vers un endroit tout aussi inconnu. Une bulle de sérénité les enveloppaient, comme un genre de calme enchantant. Abondant et mélodieux, il contenait l'essence même de la forêt -un battement d'aile, le bruissement des feuilles, la course silencieuse des insectes et des petites créatures des bois qui disparaissaient dans les buissons. Comme pour illustrer ceci, un lapin gris bondit en travers du chemin, se figeant juste le temps de plisser le nez en leur jetant un rapide regard emplit de curiosité avant de détaler.
Elanor soupira, rêvant d'avoir l'énergie de galoper de la sorte. Sa courte sieste lui avait fait du bien, mais elle n'était pas encore elle-même.
Naturellement Haldir le remarqua tout de suite. "Tu a l'air fatigué," remarqua-t-il. "Tu as mal dormi la nuit dernière?"
"J'étais trop nerveuse pour me reposer. J'ai passé les dernières nuits à m'inquiéter au sujet du concours, en souhaitant ne pas m'être inscrite. Et surtout en souhaitant t'en avoir parlé."
Il posa son regard sur elle. "La peur n'arrange rien. Cela altère seulement ta capacité à te concentrer."
"Je sais." Elle sourit tristement. "Mais je m'inquiétais quand même."
Ils étaient depuis longtemps hors de porté de tous les regards curieux, aussi Elanor ne fut pas complètement étonnée quand Haldir glissa son bras autour de sa taille en la serrant contre lui.
"C'est l'heure du premier baiser," dit-il. "Le traitement d'Haldir contre la fatigue."
"Le premier? Ah, j'aime entendre ça." Elanor leva la tête pour lui offrir un meilleur accès, mais seul son front reçu la caresse de ses lèvres. "Haldir, fit-elle en soupirant, est-ce que tu te moques encore de moi?"
"Peut-être." Son bras resta autour de sa taille, et sa bouche s'incurva légèrement tandis qu'il baissait la tête pour la regarder. "Tu aimes ça?"
"Ca dépend de ce que tu fais." Elle lui fit un sourire insolent. "Je peux très bien te taquiner en retour, tu sais."
"Cela pourrait avoir des conséquences imprévues, Elanor."
"Est-ce un avertissement?" Elle garda une voix légère, essayant de ne pas paraître trop pleine d'espoir. Elle n'osait pas imaginer que cela pouvait vouloir dire ce qu'elle pensait. Il lui avait clairement fait comprendre que le moment pour de telles choses n'était pas encore arrivé.
Semblant amusé, ses doigts caressèrent légèrement sa hanche, envoyant de délicieux frissons parcourir sa peau. "Peut-être bien." Il la libéra, et ils reprirent leur route dans un silence complice qui parut à Elanor bien plus prometteur que d'ordinaire.
A chaque pas qu'ils faisaient, elle devenait de plus en plus consciente d'Haldir, de sa force, de sa solidité et de sa masculinité presque irréelle. Quelque chose entre eux avait changé depuis ce matin, mais elle n'avait aucune idée de ce que cela pouvait être ou de ce qui l'avait provoqué. Elle pouvait le sentir, ce changement, mais elle ne pouvait pas l'expliquer. Pour une raison étrange, ses pensées volèrent de nouveau vers ces moments à Fondcombe quand ils avaient été seuls dans sa chambre. Elle avait eu si peur de lui alors.
Comme elle le voyait différemment maintenant! Cependant, il y avait des moments où elle le trouvait toujours intimidant. Son aura de puissance et d'autorité était presque physique, comme une cape invisible irradiant de maîtrise et de confiance. C'était également d'un érotisme enivrant, et plus elle essayait de l'ignorer, plus la conscience de sa présence emprisonnait ses sens. Son regard glissa sur lui. Les larges manches de sa tunique ne parvenaient pas à cacher ses muscles durcis. Elle savait que même avec ses deux mains elle ne pourrait pas encercler son bras, et savoir ça lui faisait quelque chose, la faisait frissonner d'un désir brûlant de faire tellement plus que ça.
Le deuxième baiser vint sans avertissement. Elle avait fait une pause pour admirer une délicate fleur bleue nichée à l'intérieur d'une souche morte, et quand elle se redressa, il fut soudainement derrière elle, le bras enroulé autour de sa taille tandis que sa bouche trouvait son oreille et errait le long de son lobe. "Elanor, murmura-t-il, la tenant solidement contre lui, tu sens aussi bon que ton homonyme."
Elle avait été sur le point de flirter avec lui en retour mais elle s'était brutalement rappelée quelque chose qu'elle avait eu l'intention de lui demander. Elle inclina la tête en arrière et eut un sourire. "Haldir, tu sais ce que je voudrais faire?"
"Oui," fit-il, le regard mutin.
Elle ne pu s'empêcher de rire. "Oh, tu es vilain! Et tu te trompes. Je ne pensais pas à ça."
Son sourire s'attarda, légèrement suffisant. "Non? Je ne suis pas sûr de devoir te croire, Elanor."
"Tu es très malicieux aujourd'hui, mon cher gardien."
Il frotta le bout de son nez le long de la naissance de ses cheveux. "Je pense que tu aimes ça, ma chère pupille."
Elle haleta quand il effleura le bout ultra sensible de son oreille avec sa langue, et pria pour qu'il déplace ses mains plus haut... Mais à son immense frustration il ne le fit pas. Au lieu de ceci, il laissa ses doigts si dangereusement tentant vagabonder sur son corsage, si près de ses seins qu'elle en eut le souffle coupé. "Haldir, qu'est-ce tu fais ?" fit-elle d'une voix faible.
"Je jardine, Elanor. Je soigne ma fleur préférée." Sa voix aussi douce que du velours caressa sa joue, envoyant de nouveaux frissons lui parcourir le corps. Il avait certainement dû voir la réaction de son corps car il avait la tête penchée au dessus de son épaule... comprenant parfaitement ou elle voulait être touchée.
"S'il te plaît..." fit-elle, la respiration inégale.
"S'il te plaît, quoi? S'il te plaît laisse moi partir? Je m'excuse. Je n'aurais pas dû prendre de telles libertés." Il la libéra et fit un pas en arrière, les yeux brillants de malice.
En dépit de sa frustration, elle ne pu s'empêcher de sourire. "Est-ce ta conception du flirt?"
"Je veux que ton anniversaire soit inoubliable," fit-il d'une voix douce.
Vu tout ce qui s'était déjà passé aujourd'hui, Elanor ne pu retenir un rire. "Il est déjà vraiment inoubliable, lui assura-t-elle, mais si tu veux le rendre encore plus exceptionnel, je n'ai aucune objection." Elle leva les yeux pour le regarder et vit une lueur d'amusement dans son regard.
"Enfin un peu d'encouragement," remarqua-t-il à l'adresse d'un écureuil tout proche. "Je commençais presque à perdre espoir." L'écureuil s'assit sur ses pattes arrières et regarda Haldir avec tant d'intérêt qu'Elanor gloussa de nouveau, son coeur débordant de joie d'être là, avec lui. Haldir se tourna vers elle en souriant, et elle lui rendit son sourire, d'une manière qu'elle jugea assez niaise, mais elle s'en fichait et apparemment lui aussi.
Et ils reprirent leur route. Tandis qu'ils s'avançaient de plus en plus profondément dans le coeur même du Bois d'Or de la Lothlórien, leurs plaisanteries continuèrent, un flirt qui ne ressemblait à aucune autre conversation qu'ils avaient pu avoir. Ils avaient eu beaucoup de conversations sérieuses et un grand nombre plus légères, mais ils n'avaient jamais eu un échange de ce type. C'était presque comme s'il la courtisait, bien qu'Elanor sache très bien que ce n'était pas le cas.
"Haldir, dit-elle enfin, il y a quelque chose de différent chez toi."
"Vraiment?" Son ton était léger. "Mes cheveux ont-ils changé de couleur ? Suis-je plus grand?"
"Tu es plus charmeur."
"Charmeur?" Il fonça les sourcils, adoptant une expression innocente qui ne l'a dupa absolument pas.
"Oui, charmeur. Tes deux frères croient que tu ne flirtes pas, mais je sais que c'est faux. Je me souviens du jour où tu m'a fait un clin d'oeil à Fondcombe. C'était la première fois que tu posais les yeux sur moi." Ce n'avait certainement pas été la première fois qu' elle l'avait admiré, bien qu'elle n'ait certainement pas l'intention de lui dire ça pour l'instant. Il était venu à Fondcombe de nombreuses fois ces dernières années, et elle l'avait plusieurs fois aperçu de loin. A ses yeux, il avait toujours été hors de porté, comme une étoile brillante dans le ciel, détournant son regard de toutes les autres étoiles, quels que soit l'intensité de leur lumière. Et puis, à cause de Lana, elle s'était convaincue elle-même qu'elle le détestait... quelle imbécile avait-elle été.
"Je m'en souviens, fit Haldir, le regard prévenant. Je me rappelle également que tu t'es enfuie comme une petite souris effrayée."
"Je me suis éloignée," corrigea-t-elle avec dignité. "Et tu n'a même pas pris la peine de me poursuivre." Elle avait voulu le dire sur le ton de la plaisanterie, mais elle entendit la trace d'amertume dans sa voix et elle sentit son visage s'empourprer.
Haldir sembla amusé. "Je ne pouvais pas faire ça. Peut-être que si j'avais eu plus de temps, j'aurais essayé de te trouver."
"Peut-être?" Elle se mordit la lèvre.
"Oui, peut-être, répéta t'il, si je n'avais rien eu de mieux à faire."
Se sentant plutôt découragée, elle leva les yeux vers lui et vit immédiatement le tremblement qui agitait les coins de sa bouche. "Oh, tu te moques encore de moi!" s'écria-t-elle.
Il gloussa. "Oui, Elanor, je te taquine. Je n'ai pas eu le temps de te poursuivre, tu le sais. Pourquoi t'es-tu enfuie?"
"Personne d'autre ne m'avait fait de clin d'oeil comme ça avant," fit-elle d'une petite voix.
"Ce n'était pas une raison pour partir en courant. Si tu était resté, j'aurais pris un moment pour parler avec toi et pour au moins découvrir ton nom. Où était ma courageuse Elanor alors?"
"Elle ne se sentait pas très courageuse, admit Elanor. Je pensais que tu était trop effronté, trop intimidant. Je pensais... Oh, je ne sais plus ce que je pensais. Je ne devais pas être très courageuse à cette époque." C'était vrai, parce qu'elle avait déjà parlé d'Haldir à Telrion, et la réponse de celui-ci avait été largement suffisante pour la convaincre qu'Haldir de Lórien était une étoile bien trop lumineuse pour Elanor d'Imladris. Cette Elanor n'aurait pas osé taquiner Haldir de la même manière qu'elle l'avait fait. Cette Elanor n'aurait pas osé l'embrasser ou le toucher la manière qu'elle l'avait fait. Comme elle avait changé... et tout ça grâce à lui.
Il souleva sa main et planta un baiser sur sa paume. "J'aime la nouvelle et courageuse Elanor, mais la timide Elanor, elle était tout aussi enchanteresse."
"Si enchanteresse que tu es parti et que tu m'a oublié," lui rappela-t-elle.
"Je ne t'ai pas oublié. Je me souvenais de tes yeux." Il fit une pause. "Et de ta silhouette."
"Rien de plus?" Elle ne parvint pas à masquer complètement sa déception, parce qu'elle s'était rappelée chaque détail de lui, de son beau visage aux semelles de ses bottes en cuir. Elle avait rêvé de lui nuit après nuit, brûlante de désir.
"C'était suffisant, répondit-il simplement. Bien assez pour m'inciter à vouloir te retrouver quand je suis revenu à Fondcombe. Mais avant que je ne puisse le faire, tu as décidé que j'étais un fourbe voleur d'innocence. Et, ajouta t'il, comme si il était déterminé à enfoncer d'avantage le clou et à la faire se sentir aussi mal que possible, cette Elanor étaient si audacieuse et brûlante de rage qu'elle s'est chargée de me faire droguer et attacher à son lit. Nu."
Le souvenir de cet incident l'ébranlait toujours profondément. "Je ne leur ai pas demandé de te retirer tes vêtements! fit-elle, réellement bouleversée. Tu le sais, n'est ce pas? Tu me crois?"
Il secoua la tête, le regard railleur. "Oh, je ne sais pas, Elanor. Je pense que tu avais ceci à l'esprit depuis le début. Tu as déjà essayé plusieurs fois de me retirer mes vêtement et de me mettre dans ton lit depuis."
Elanor sentit le rouge lui monter aux joues et elle baissa la tête. "C'est donc ce que tu penses?" Elle se sentit soudainement et terriblement honteuse à cette pensée.
"Je plaisante, Elanor, Haldir fit une pause, avant d'ajouter doucement, Elanor, regarde moi."
Elle leva les yeux. Son visage s'était adouci, et ses yeux ne brillaient plus de cette lueur moqueuse. "Aujourd'hui, je me moque de ce que tu as fais là bas." Il prit ses mains dans les siennes. "De toutes façons, j'ai eu ma vengeance. J'ai déchiré ta robe."
Elle eu un rire surpris. "C'est vrai! Et je pense que tu as particulièrement aimé faire ça."
"En effet, j'ai aimé, bien que j'étais furieux alors." Il baissa les yeux. "Et quand tu me regardes de la sorte, je suis très tenté de le faire à nouveau." Mais à la place il enroula ses bras autour d'elle et l'embrassa avec une grande douceur, qui ne laissa pourtant aucun doute sur l'intensité de sa passion.
À partir de ce moment, leur progression à travers les bois fut ralentie par des pauses de plus en plus fréquentes. Chaque baiser devenait plus intense, chaque intermède emplit d'une passion croissante, et à chaque fois les mains de Haldir erraient plus librement. Et alors ils reprenaient leur voyage comme si rien ne s'était produit.
Les sens d'Elanor bourdonnaient tandis qu'elle le suivait, ne sachant pas combien de pas ils feraient avant qu'il le fasse encore, ce lent et langoureux jeu qui rendait ses si fragiles nerfs vivants et tremblants. Tandis que cette pensée lui traversait l'esprit, son puissant bras encercla sa taille, l'arrêtant sur place. Avant qu'elle puisse parler, il se déplaça derrière elle et écarta ses cheveux tandis que sa bouche explorait la courbe de son cou et qu'elle s'arquait contre lui, submergée par un désir incontrôlable. Cette fois ses mains trouvèrent ses seins, les encerclant doucement, les stimulant à travers le fin tissus jaune de sa robe alors que ses pouces les frottaient et les caressaient avant de décrire des cercles autour de ses mamelons jusqu'à ce qu'elle frissonne et gémisse. Alors il la retourna et prit possession de sa bouche dans un baiser vorace qui lui vola presque sa capacité à se tenir debout.
Quand cela fut fini, il la serra contre lui tandis qu'elle posait sa tête sur sa poitrine. Son coeur battait aussi fort que le sien, mais il semblait pourtant si calme et maître de lui. "Comment fais-tu pour le supporter?" chuchota-t-elle, toujours tremblante d'un désir inassouvi.
Elle sentit qu'il baissait la tête. "Supporter quoi, Elanor? Supporter le fait de t'embrasser? Je te le jure, je m'en remet très bien."
Elle souleva la tête et lui pinça légèrement le bras. "Tu sais que ce n'est pas ce que je veux dire!"
"Oh? Que veux tu dire alors?" Ses yeux se posèrent sur son visage, un regard chaud et rieur. "Explique moi," ajouta-t-il, comme si il voulait qu'elle dise les mots.
Elle humidifia ses lèvres, et vit ses yeux suivre le mouvement de sa langue. "Comment peux-tu supporter ce délais et... ce désir?"
Il carressa ses cheveux, ses doigts glissant au milieu d'eux avant de se déplacer doucement jusqu'à la courbe de son épaule. "Tu oublies à quel point je suis âgé. Je suis habitué à attendre. Je suis patient." Sa main glissa de son bras à sa main, qu'il souleva, entremêlant ses doigts aux siens.
"Tu n'étais pas si patient il y a un moment," précisa-t-elle, faisant référence à l'incident de la chaise. Avec sa main libre, elle atteignit la base de son cou, prenant plaisir à sentir la force inhérente de ses muscles durs qui rejoignaient ses épaules puissantes.
Avec un léger rire, il la serra contre lui une fois de plus. "Au contraire, tu étais l'impatiente, Elanor. C'est toi qui m'a déshabillé, si je me souviens bien. J'aurais pu attendre."
"C'est facile à dire maintenant, mais je me rappelle très bien de ce qui c'est passé. Je ne pense pas que tu sois aussi patient que tu aimes le prétendre." Elle faillit ajouter que la preuve de son ardeur était serrée contre son ventre, mais il n'y avait aucune raison de mentionner une chose si évidente.
"Très bien, je l'admets. J'ai menti. Pour tout ce qui te concerne, je ne suis pas patient, et je ne souhaite pas attendre plus longtemps." Ses lèvres frôlèrent sa joue alors qu'il chuchotait d'une voix enrouée, "je meurs d'envie d'être à l'intérieur de toi, Elanor. Profondément enterré, comme une épée dans sa gaine. C'est tout ce que je veux. C'est la seule chose à laquelle je pense les trois quarts du temps." Comme pour prouver ce point, il bascula ses hanches, les pressant contre elle de telle manière que son désir en fut intensifié.
"Oh, Haldir," gémit-elle.
"Tu aimes cette idée?" murmura-t-il. Ses lèvres pincèrent la peau sensible sous son oreille. "De m'avoir à l'intérieur de toi?"
"As-tu vraiment besoin d'une réponse?" Tremblante de désir , elle s'accrocha à lui, un bras courbé autour de son cou tandis que l'autre caressait sa poitrine, juste au dessus de son coeur palpitant. Ses bras se refermèrent autour d'elle tandis qu'elle ondulait doucement, les douces courbes de son corps épousant parfaitement ses durs contours.
Il eut bas rire léger. "Non, ton corps parle pour toi."
Elle leva la tête pour le regarder, essayant de lire son expression et de comprendre ce qu'il avait en tête. Jouait-il seulement avec elle? "Haldir, dit-elle, un peu hésitante, vas-tu me faire l'amour?"
Il passa une main dans ses cheveux, son regard plongé dans le sien. "Je te fais l'amour en ce moment, ma douce. Mais si tu veux dire par là, allons-nous faire aboutir notre amour ici et maintenant... non, nous n'allons pas faire ça. La première fois que je te ferais l'amour, ce sera dans notre talan où je pourrais m'occuper de toi correctement."
"Je ne comprends pas. Pourquoi doit-ce-t-il être nécessairement là bas?" Elle était un peu déçue, mais en même temps une excitation profonde s'empara d'elle, comme à chaque fois qu'elle pensait à ça.
"La première fois est différente de toutes les autres, dit-il. Après celle ci, je pourrai te faire l'amour souvent et n'importe où. Mais il y a néanmoins une première fois. Il y aura de la douleur aussi bien que du plaisir. Combien je ne sais pas, mais je ne veux prendre aucune risque." Son ton était résolu, lui faisant comprendre qu'aucun compromis n'était possible.
Profondément touchée, Elanor sentit ses yeux devenir humides. "Oh, je vois, fit-elle doucement. Merci. Je n'avais pas pensé à ça."
"Ma douce Elanor," Haldir fit légèrement glisser un doigt sur sa lèvre inférieure.
Elle embrassa son doigt. "Tu sais ce que je voudrais ? J'ai voulu te le demander tout à l'heure, mais la conversation a dévié sur d'autres sujets," ajouta-t-elle en souriant.
Il fronça les sourcils. "Que voudrais-tu?"
"Je voudrais t'entendre chanter. On m'a dit que tu avais une belle voix."
"Qui t'a dit ça?"
"Rúmil me l'a dit un jour ou nous nous promenions. Tu étais à la frontière et il m'escortait à ta place. Il m'a dit deux ou trois choses sur toi que je ne savais pas."
"Des choses? dit-il d'un air railleur, comme?"
"Comme le fait que tu chantes très bien."
"Je vois." Il semblait réfléchir.
"Chanteras-tu pour moi, Haldir?" Elle retint son souffle, attendant sa réponse.
Sa bouche se courba en un sourire d'une beauté extraordinaire, même pour lui. "Oui, Elanor. Quand nous atteindrons l'endroit que je veux te montrer, nous nous assiérons et nous reposerons pendant un moment. Et je chanterai."
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Lurien était de mauvaise humeur. Ses plans concernant Elanor tombait à l'eau et c'était, pour le dire poliment, énervant. Néanmoins, il avait passé des années à apprendre à masquer ses émotions, et donc il avait attendu que son devoir de garde soit fini et qu'il soit seul dans son talan avant de laisser éclater sa rage en lançant de toute ses forces un couteau dans une table en chêne. Le couteau était resté droit, vibrant en se balançant légèrement à cause de la violence du lancé.
C'était entièrement sa faute, naturellement. Il avait bien trop compter sur la chance et il s'était trop fié à des suppositions inexactes. Il avait sous-estimé Elanor et Haldir. Il aurait dû s'en tenir au plan original qui était de séduire Elanor et de la retourner contre son gardien. Cela aurait été plus simple et bien plus agréable à réaliser. Son plan amélioré avait été de s'insinuer dans les bonnes grâces d'Elanor, et de se servir de toutes les occasions qui se présentaient pour créer des ennuis à Haldir. Mais il s'était avéré que ce plan avait des failles et qu'il était beaucoup moins distrayant mais cela lui avait semblé être la solution la plus logique.
Lurien faisait les cent pas sur le plancher en bois, se demandant ce qu'il aurait pu faire de plus. Le concours de tir à l'arc était apparu comme un cadeau des Valar pour le soutenir dans sa lutte. Elanor aurait dû échouer misérablement et Haldir aurait dû être beaucoup trop loin pour venir la soulager et l'encourager. La pitoyable prestation d'Elanor aurait dû aboutir à une humiliation publique. Tout Caras Galadhon se serait demandé pourquoi Haldir avait permit à sa pupille de les déshonorer tous les deux en prenant part au concours. Elanor aurait dû être inconsolable et prête à repartir à Fondcombe, ce qui aurait fait enragé Haldir en le faisant paraître idiot et incapable aux yeux de tous. Et si elle était parvenue à envoyer cette flèche sur Cothion... cela aurait scellé l'affaire.
Rien de ceci ne s'était produit.
En soupirant, Lurien s'affala sur une chaise et appuya son visage contre sa main tandis qu'il considérait la marche à suivre. Le problème était qu'il appréciait Elanor. Il ne souhaitait pas vraiment la rendre malheureuse, mais son échec au concours avait semblé assuré, et il avait seulement eu l'intention de se servir d'elle. En fait, avait-il essayé de l'aider? Oui, il avait essayé. Il avait dit la vérité à Doria. Il n'avait aucune véritable intention de blesser son amie. Il voulait simplement l'utiliser pour atteindre Haldir, de la même manière qu'il s'était servi d'Healea, bien des années auparavant.
Haldir était si arrogant et présomptueux qu'il aurait dû être humilié par le fait que sa pupille se soit ridiculisée devant toute la ville. Cela aurait dû créer une faille entre eux, une faille assez large pour permettre à Lurien de s'y immiscer, d'offrir ses conseils, et son réconfort très particulier. Au lieu de cela, il avait entendu dire qu'ils étaient partis tout les deux faire une promenade dans les bois, semblant parfaitement à l'aise ensemble. Que le Mordor les prennent tous les deux! Il ne serait pas étonné qu'ils soient déjà amants.
Lurien se mordit la lèvre inférieure, réfléchissant à quoi faire après. Si seulement il n'avait pas prêter ce serment misérable, cela aurait été facile de mettre Elanor dans son lit. Elle lui avait résistée, mais à peine. Il ne savait pas comment elle avait fait, mais il savait que cela n'avait pas été facile pour elle. Même Healea avait senti sa puissance, bien qu'elle ait seulement ri en disant qu'il n'avait aucun effet sur elle et qu'il ferait mieux d'arrêter d'utiliser son don. De toute les ellith sur lesquelles il l'avait employé, seule Tarwë avait jamais été immunisée.
Tarwë. Penser à elle le faisait toujours se sentir coupable parce qu'il n'aimait pas lui faire du mal. Et maintenant qu'elle l'avait forcé à admettre ses sentiments pour elle, la culpabilité avait commencé à le dévorer de l'intérieur. Il aimait Tarwë, mais il ne pouvait pas l'épouser tant qu'il n'aurait pas régler ses affaires avec Haldir.
Il y a bien longtemps il avait juré de se venger d'Haldir. Il ne l'avait jamais aimé, mais depuis le jour où Lurien avait échoué à son test de surveillant, il l'avait détesté. Jamais, jamais il n'oublierait l'humiliation de ce jour. Haldir avait combattu impitoyablement, ne lui permettant aucun écart, aucune occasion de montrer ce qu'il pouvait faire. La mâchoire de Lurien se serra à ce souvenir. Haldir aurait dû lui permettre une ouverture, juste une chance de prouver au seigneur Celeborn qu'il avait ce qu'il fallait pour être un surveillant... Il grinça des dents au souvenir de sa rage. Le rêve de sa vie avait été brisé à cause du manque de générosité d'Haldir.
De plus, il y avait eu cette journée avec Healea, quand Haldir était revenu de manière inopinée... Cette confrontation n'avait fait que jeter de l'huile sur la rage brûlante de Lurien. Être battu encore une fois en public... Non, il ne pardonnerait jamais à Haldir. Tarwë lui avait souvent demander de le faire, de pardonner, mais il le lui avait dit. Il ne pardonnerait jamais. Jamais. Il aurait sa vengeance et elle serait douce, en effet. Aussi douce et belle qu'Elanor elle-même.
Alors, seulement, il pourrait trouver le bonheur avec Tarwë. Elle devait simplement l'accepter. Et continuer à attendre jusqu'à ce que cela se soit produit.
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"Je suis désolée," répéta Túre. Elle cachait son visage du regard d'Healea, les yeux fixés sur une petite urne posée au milieu de la table du salon d'Healea. Elle était admirablement ouvragée et parfaitement proportionnée, mais à ses yeux elle semblait isolée et triste.
"Tu ne me dois aucune excuse," fit Healea d'une voix égale. Túre sentait Healea l'observer. "Je veux seulement te faire comprendre que tu laisses ton amertume déformer ta perception des choses. Tu vois de l'ombre là où il n'y en a pas. Tu tournes délibérément le dos au soleil."
Túre se recroquevilla sur elle-même. "Quel mal y a-t-il à ça ? Il n'y a aucun espoir pour moi dans le futur. Je connais déception après déception et je suis habituée à cela. Mais là... cette effrontée d'Imladris est arrivée et..." Elle s'interrompit, consciente du fait qu'elle était complètement déraisonnable.
Healea resta impassible, son beau visage affichant seulement une légère inquiétude. "Elanor n'est pas une effrontée. Je sais que c'est ce que nous pensions, mais ce n'est pas vrai. Je ne sais toujours pas ce qu'elle a pu faire pour justifier la punition que le seigneur Elrond lui a donnée, mais ce n'est pas mes affaires. Ce qui me préoccupe en ce moment, c'est toi, Túre. Tu ne tires aucun plaisir de la vie. Tu as oublié ce que signifie le mot joie. Rendre responsable Elanor ou qui que ce soit d'autre de ton malheur est une erreur indigne de toi."
Túre fixa le plancher. "Je suis seule, Healea. Et je suis fatiguée d'être seule. Où est la joie dans tout ça?"
"Beaucoup d'autres sont seuls, et seulement certains d'entre eux par choix. Tu dois être patiente. Tu trouveras ton vrai amour un jour."
"Tu ne peux pas savoir ça, fit tristement Túre. J'apprécie ta bonté à mon égard. Tu as toujours été une bonne amie et je t'honore pour ça." En fait, il aurait été plus juste de dire qu'elle adorait Healea. Elle ferait n'importe quoi pour son amie, pour lui plaire, quel qu'en soit les conséquences. Healea réalisait-elle cela?
"Si je traitais Elanor comme une amie, tu appellerais ça une trahison?" Healea semblait plus curieuse qu'inquiète.
Túre resta silencieuse, considérant ceci avec surprise. "Tu l'aimes?" lança-t-elle finalement.
"Oui. Je la trouve agréable et intéressante. Et elle a du courage. Elle a également de la joie en elle, ça me fait du bien."
"Et pas moi , fit Túre d'un ton énergique, ma compagnie est désagréable."
Healea soupira. "Túre, je t'aime depuis notre enfance. Je continuerai à t'aimer éternellement et rien ne changera cela. Mais j'admets qu'il y a des moments où ta compagnie épuise ma propre joie."
Blessée, Túre se mit sur la défensive. "Je suis désolée," répéta-t-elle d'un ton raide.
"Ne sois pas désolée. Je veux seulement que tu m'écoutes quand je te dis que la vie est belle. Nous sommes des elfes, Túre. Les aînés d'Ilúvatar, le peuple des étoiles. Nous avons le don d'immortalité. Nous sommes épargnés par la maladie et la mort. Nous vivons pour toujours. Tu dois trouver le bonheur, ma chère, ou tu te faneras. Et je ne veux pas voir ça. Je ne veux pas te perdre."
Túre se mordit la lèvre, mais cela ne fut pas assez pour empêcher son visage de se crisper. Immédiatement les bras d'Healea l'entourèrent, et elle enfouit son visage dans les cheveux d'Healea en pleurant. "Je sais que tu dis la vérité. Mais je ne sais plus comment, ni même où rechercher le bonheur."
"Cherche d'abord la joie dans ton propre coeur, fit Healea d'un ton apaisant. N'attend pas un amant pour te la donner. Tu as en toi tout ce qu'il faut pour trouver le vrai bonheur. Tous les elfes le peuvent, et tu es comme les autres à cet égard. Tu as la puissance de diriger ta vie comme tu l'entends. Tu dois trouver un objectif et croire en lui."
"Ca a l'air si simple quand tu le dis, chuchota Túre. Mais ça ne l'est pas, Healea. Ce n'est pas simple du tout." Elle souhaita soudainement et désespérément que sa mère soit là, mais ses parents étaient partis pour les Terres Immortelles plus de deux siècles auparavant. Les reverrait-elle un jour?
Healea plaça sa paume contre la courbe de la joue de Túre. "Ce n'est pas non plus si difficile que tu le penses. Tu dois croire en toi et t'ouvrir aux autres. Le bonheur est un choix, libre d'accès et ouvert à tous. Maintenant va et repose-toi. Nous reparlerons de ceci plus tard."
"Très bien, Healea." Elles se prirent de nouveau dans les bras et Túre s'avança vers la porte. "Merci de me pardonner. Je n'aurais pas dû parler ainsi à Elanor. Peut-être qu'un jour je pourrai lui demander pardon à elle aussi, mais ce jour n'est pas encore arrivé." Elle quitta alors le talan, fermant la porte derrière elle, sans un bruit.
Après le départ de Túre aucun bruit ne vint troubler le silence de la pièce, le seul bruit provenait du bruissement des feuilles de mellyrn à travers la fenêtre ouverte. Healea n'avait pas bougé, se remémorant intérieurement tout ce qu'elle avait dit à Túre. Soudain une voix brisa le silence.
"Tu t'en es bien sorti, mon amour. Je suis fier de toi. Tu as parlé avec sagesse."
Cothion entra avec élégance dans la salle, et Healea se tourna vers lui en souriant. De tous les mâles qu'elle avait connu, il était le seul qui avait jamais conquis son coeur, le seul qui le faisait battre la chamade chaque fois qu'elle posait les yeux sur lui. En apparence, il ne pouvait absolument pas rivaliser avec l'aspect époustouflant de Lurien ou d'Haldir, ne possédant ni le visage à la beauté stupéfiante de la sentinelle ni l'aura de puissance exceptionnelle du surveillant. Le visage de son mari était angulaire, aux traits réguliers mais pas remarquables. Mais il possédait un charisme très masculin, une confiance et une dignité tranquille qui l'attirait davantage qu'elle ne pourrait jamais l'expliquer. Il était également très sage et instruit, parce que il était encore plus âgé qu'elle, et qu'il avait passé beaucoup de temps plongé dans la lecture de livres antiques et de quêtes savantes.
"J'aurais peut-être dû lui dire que tu étais là," remarqua Healea en soupirant. Elle se blottit contre lui alors qu'il glissait un bras autour de sa taille et l'embrassait légèrement sur le front. "Elle serait gênée de savoir que tu as tout entendu."
"Ses secrets sont bien gardés avec moi. Tu le sais. Tu a été de bon conseil."
"J'utilise seulement les choses que tu m'a enseignées, Cothion." Elle leva la tête pour le regarder, et le vit sourire. "Mon amour sage et instruit."
"Qu'est ce qu'elle à dit à Elanor? " s'enquit-il.
Healea expliqua brièvement la situation et le vit froncer les sourcils. "C'est en partie de ma faute, ajouta-t-elle. Túre, Arnis et moi avons fait de fausses suppositions au sujet d'Elanor, basées sur un manque de faits." Elle haussa les épaules. "Nous avions tort et nous étions dures." Ce n'était pas des excuses et elle savait qu'il en était conscient.
Cothion secoua la tête et soupira. "Et pourtant je t'aime, qu'importe ce que tu as dis ou fait. Je suis enchanté et entiché, et je me considère chanceux."
"C'est parce que tu connais toutes mes qualités," fit-elle d'un air suffisant. Elle leva la main et caressa sa joue, puis fit courir son doigt le long de la ligne de sa mâchoire jusqu'à son oreille. "J'ai proposé à Elanor de l'aider avec son tir à l'arc, lui apprit-elle. Elle savait qu'il comprendrait que c'était sa manière de faire amende honorable.
"Par les Valar, murmura Cothion, pince sans rire. Fais bien attention de toujours être derrière elle quand elle tirera."
Healea gloussa et effleura la pointe de son oreille. "Je peux me déplacer aussi rapidement que toi, mon cher. Tu étais très rapide ce matin, d'ailleurs."
"Je peux être rapide quand la situation l'exige. Ou je peux être lent, méticuleux et résolu." Il attrapa sa main et l'éloigna de son oreille. "J'ai fait couler ton bain, ajouta-t-il calmement. J'ai mis un charme de relaxation dans l'eau."
"Lequel?" murmura-t-elle par espièglerie. Elle plongea son regard dans ses yeux bleus clairs, notant la lueur d'amusement et de profonde affection qui y régnait.
"Le plus adapté à ton humeur," dit-il d'un ton indulgent. Il prit ses mains et les posa sur sa poitrine. "Tu devras entrer dans l'eau pour le découvrir."
Healea lui fit un sourire langoureux. "Bien, dit-elle, je pense que je vais simplement faire cela."
xxx
Haldir conduisait Elanor à travers les profondeurs de la forêt, garnies d'épais bosquets ombragés qui servaient de refuge aux petits animaux. Au-dessus de leurs têtes, une grande variété d'oiseaux communiquait entre eux par une harmonieuse mélodie tandis que le vent faisait doucement soupirer les mellyrn, un doux frisson qui faisait frémir les grandes feuilles d'or. A ce point de la promenade, il avait cessé ses jeux, parce qu'il devait savoir qu'elle ne pourrait pas en supporter d'avantage, et certainement que lui non plus.
Ils suivaient maintenant un chemin étroit qu'empruntaient surtout les cerfs. La main de Haldir tenait la sienne, comme guidée par un objectif bien précis. Elle le regarda, admirant la façon dont sa tunique verte foncée le mettait en valeur, ainsi que les minuscules surpiqûres à peine plus foncées que le tissu qui créaient un modèle de mosaïque unique qui était plus dû à sa texture qu'à la conception.
Il croisa son regard, et lui fit un petit sourire. "Viens, nous sommes presque arrivés."
Ils s'arrêtèrent devant un grand bosquet, en tout point identique aux autres. Alors Haldir écarta un buisson de ronce et le poussa sur le côté tandis qu'Elanor faisait un pas en avant. Un halètement s'échappa alors de ses lèvres.
Le secteur n'était pas grand, mais il était baigné de lumière. Tout autour de son périmètre, d'imposants arbres se dressait tels des gardiens attentifs, leurs branches courbées dans une muette salutation pour tous les visiteurs. Pourtant ces arbres n'étaient pas silencieux.
"Oui, tes sens ne te trompent pas. Ces arbres sont différents de tous les autres en Lórien. Ces arbres parlent. Tu les entends?"
Elanor plissa les yeux. "Je les entends. Tu les entends aussi?"
"Je n'entends pas les plantes comme toi, Elanor, mais celles-la je les entends. Ce sont les gardiens de cette clairière. Personne n'entre sans leur permission. Il y a beaucoup de magie dans cet endroit."
Elanor inclina la tête. Elle pouvait sentir la force et la volonté de ces arbres. "Ils disent que je suis la bienvenue ici. Et toi aussi. Ils te connaissent." Elle posa de nouveau son regard sur le spectacle qui avait provoqué son halètement de ravissement, le magnifique parterre de fleurs qui recouvrait tout le centre de la clairière.
Elle n'avait jamais osé imaginer que de telles fleurs pouvaient exister.
Elle se mit à genoux, saluant une de ces fleurs panachées d'un doux contact du doigt. "Elles sont exquises," dit-elle respectueusement. Elle leva les yeux et vit Haldir l'observer les lèvres courbées en un étrange petit sourire. "Comment s'appellent-elles ? Je n'avais jamais vu de telles fleurs auparavant."
"Ce sont des ninniach-loth. Elles poussent seulement ici et à Valinor." Il s'assit dans l'herbe, près d'elle. "Chaque fleur portera chaque couleur de l'arc-en-ciel durant sa vie. Les plus jeunes bourgeons sont rouges du feu de la jeunesse et de la passion, mais quand ils commencent à mûrir, les pétales se transforment, devenant progressivement orange puis jaune et ainsi de suite alors qu'elles vieillissent. Les plus vielles et les plus sages de ces fleurs sont pourpres foncées avec de l'indigo au coeur."
Stupéfiée, Elanor se pencha d'avantage pour étudier une de ces fleurs de manière plus approfondie, examinant les changements progressifs de sa couleur. Cette fleur là était rouge en son centre, et, comme Haldir l'avait dit, chacun de ses larges pétales contenaient de l'orange qui se mélangeait graduellement avec du jaune sur les bords. Pourtant la même fleur portait une deuxième fleur, et elle était jaune au centre avec chacun de ses pétales vert et légèrement bleu aux extrémités. Comment étais-ce possible?
"Voir cet endroit de mes propres yeux est un cadeau qui n'a pas de prix, dit-elle doucement. Tu me connais bien. Merci." Étudiant le ninniach-loth peu disposé, elle inclina légèrement la tête et se concentra sur lui avec tout ses sens.
"Qu'est-ce qu'elle te dit ?"
Haldir semblait curieux et intrigué, et elle remarqua soudainement frappée que ni Telrion ni Minden ne lui avait jamais poser cette question quand elle parlait de son don. Elle n'était même pas sûre qu'ils ne l'aient jamais cru quand elle leur disait qu'elle entendait les fleurs parler. Mais les yeux d'Haldir brillaient d'une grande sagesse. Oh oui, cet elfe la croyait, il avait vu bien plus de terres que l'un ou l'autre de ses deux amis de Fondcombe.
"Elle est fière, cette fleur, répondit-elle, plutôt arrogante, en fait. Elle reste à distance du monde, pourtant elle a une vraie lueur de noblesse et de respect pour la vie."
Haldir attrapa une petite brindille, la faisant tournoyer entre ses doigts. "Galadriel a apporté les graines de Valinor. Elle a planté le premier ninniach-loth elle-même."
"Cela doit vraiment faire très longtemps."
"En effet. Elle les a plantés ici comme témoignage de son amour pour Celeborn quand ils sont venu vivre pour la première fois en Lothlórien."
Elanor prit une autre brindille et traça avec quelques arabesques sur la main d'Haldir. "Comme c'est beau et romantique. Et qu'a fait Celeborn?"
Haldir attrapa ses doigts. "Il a mit les arbres ici pour les garder."
Elle admira le ninniach-loth tout proche, respirant son parfum impertinent tandis qu'elle analysait son histoire. "Pourquoi ne poussent-ils pas ailleurs ? Je suis étonnée que Galadriel ne les ait pas introduites dans ses propres jardins."
"Elle a essayé, mais ils sont morts. Il semble qu'ils ne puissent pousser qu'ici, dans cet anneau d'arbres."
"Je vois." Elanor soupira, fermant les yeux pour mieux entendre la voix du vent, des arbres, et des fleurs penchées près de la tête d'Haldir. "Je comprend pourquoi elles sont si fières. Elles ont déjouées les tours du temps, comme le Noldor lui-même. Mais je me demande pourquoi elles n'aiment pas être déplacées."
Haldir lâcha sa main et roula sur le côté, posant sa joue sur son poing. "c'est leur maison, Elanor. Là où elles vivent. C'est une part de l'essence du bois, une partie de la puissance de la Dame, une partie d'Arda. Ici elles restent fortes. Si elle sont loin de leur maison, elles s'affaiblissent et désespèrent. Elles sont exactement comme nous à cet égard. Si je ne pouvais pas retourner au Bois d'Or, je deviendrais vite las de la vie."
"Mais un jour tu navigueras vers l'ouest," précisa t'elle.
"Naturellement, comme toi. Mais jusque-là, mon coeur demeure ici, en Lórien."
Elanor tourna la tête loin de son regard pénétrant, souhaitant avoir le courage de lui dire que son propre coeur était également attaché à la Lórien, parce qu'il lui appartenait. Mais il n'y avait aucune raison de le lui dire. Il savait déjà qu'elle s'était attachée à lui, et le moment n'était pas encore venu de lui dire que ses sentiments avaient évolué en quelque chose de bien plus fort qu'un simple attachement. Elle savait qu'il ne l'aimait pas comme elle l'aimait, mais peut-être y avait il une chance que cela arrive... un jour... quand assez de temps se serait écoulé. Même Healea n'avait pas conquis son coeur, alors il devait le protéger aussi farouchement que les frontières de la Lórien. Est-ce que quelqu'un comme Elanor d'Imladris pouvait jamais espérer ouvrir une brèche dans de telles défenses? Peut-être que Túre avait raison et qu'il l'oublierait à l'instant même ou elle repartirait . . .
Haldir tendit le bras pour tourner son visage dans sa direction. "Elanor, je pense que tu devrais accepter l'offre d'Healea. Elle serait un bon professeur aussi bien qu'une amie."
Les yeux d'Elanor s'élargirent. "Tu as entendu?"
"Quand tu es entrée dans le jardin, je méditais dans une tonnelle toute proche."
Elanor passa mentalement en revue tout ce qui avait été dit. En premier lieu, il y avait eu les insultes de Túre, suivi de l'explication d'Healea et sa proposition d'aide pour le tir à l'arc. Elle se mordit la langue, les joues brûlantes tandis qu'elle se souvenait des répliques cinglantes de Túre à propos du fait qu'elle essayait d'impressionner Haldir et se faire remarquer par tout les moyens. Pensait-il la même chose ? "Oui, j'aime bien Healea, répondit-elle, essayant d'ignorer le soudaine boule qui se formait dans sa gorge. Bien plus qu'avant."
Il sembla sentir son embarras, et ce fut sans doute la raison pour laquelle la commissure de ses lèvres se courba légèrement. "Ne fais pas attention à Túre, dit-il doucement. Tu es bien assez jolie, assez intelligente et assez vielle pour m'intéresser. Et ce n'est qu'une moindre part de ce qui m'attire chez toi . Je veux que ça soit clair pour qu'il n'y est aucun malentendu." Ses yeux plongèrent dans les siens, et elle ne pu un seul instant douter de l'honnêteté de ses paroles.
"Pauvre Túre," dit-elle maladroitement.
"En effet, admit-il. Mais Healea a parlé sagement. Ne te soucis pas de Túre. Elle trouvera son propre chemin exactement comme tu a trouvé le tien." Sans avertissement, il la tira contre lui à travers la haute et confortable herbe. Ses bras encerclèrent sa taille, ses mains chaudes posées sur ses hanches pendant qu'elle lovait sa tête contre la courbe de son épaule. "J'aimerais pouvoir te faire l'amour ici, murmura-t-il, mais les Galadhrim considèrent ceci comme un endroit saint et un sanctuaire. Cependant, il n'y a rien de mal à se faire quelques baisers . . . "
Et il l'embrassa donc jusqu'à ce qu'ils soient tous les deux à bout de souffle, puis il la dégagea de son étreinte et s'assit. "Veux-tu toujours m'entendre chanter?" s'enquit-il.
"Oh, oui!" Elanor se redressa immédiatement. "Tu vas chanter? Maintenant?"
Il sembla amusé. "Oui, Elanor, je serais heureux de le faire."
La chanson qu'il avait choisie était une captivante histoire d'amour, une qu'elle n'avait jamais entendue, mais qui parlait de deux elfes sylvains qui s'étaient aimés et perdus, avant de se retrouver pour toujours aux Terres Immortelles. Des frissons de plaisir parcouraient Elanor tandis qu'elle s'allongeait sur l'herbe et écoutait. Si elle n'avait pas déjà été amoureuse de lui, elle le serait assurément devenue à cet instant. Durant toute la chanson ses yeux ne quittèrent pas une seule fois les siens, sa voix riche et profonde s'enroulait autour d'elle comme une caresse, touchant son âme si profondément qu'avant même la fin de la chanson, son coeur s'était déjà consumé de désir. Même les ninniach-loth étaient émus; elle pouvait sentir l'émotion émaner d'elle, ainsi que celle des arbres sentinelles, qui avaient également écouté.
"Haldir, c'était si beau," dit-elle, émue. Elle regarda sa main, toute proche de la sienne, dans l'herbe. Elle avait toujours admirer ses mains; elles étaient bien faites, élégantes, et si fortes. "Est-ce que vous chantez toi et tes frères quand vous êtes à la frontière?"
"Parfois." Il y eu un moment de silence. "Mais nous chantons souvent des mélodies différentes," ajouta-t-il. Son léger sourire espiègle attira ses soupçons.
"Différentes? Comment ça?"
"Nous composons des variantes sur des airs connus. Rúmil est particulièrement compétent dans ce domaine. Et non, je ne vais pas en chanter. Les plupart d'entre elles sont vilaines et paillardes."
Elanor essaya d'imaginer ceci, et ne put s'empêcher d'éclater de rire. "Ca ne me dérangerais pas lui assura-t-elle. Je pense que je devrais aimer si c'est toi qui chante."
Haldir effleura le bout de son nez avec son doigt, un demi sourire paresseux aux coins des lèvres. "Je pense aussi que tu aimerais, mais pas ces arbres. Je ne peux pas chanter de telles choses ici."
"Plus tard alors, fit-elle avant de se rallonger sur l'herbe. Dans un lieu plus approprié." Elle s'étira comme un chat au soleil et lui sourit.
Il se plia au dessus d'elle et effleura langoureusement la courbe de sa joue avec ses lèvres, le plus léger contact de la chair sur la chair. "Peut-être au lit," chuchota-t-il.
Le coeur d'Elanor manqua un battement. "Haldir, il est temps de l'admettre. Ta façon d'agir avec moi a changé depuis ce matin. Pourrais-tu m'expliquer?"
"Tu as raison, Elanor. Je te dois une explication."
Et il lui raconta alors son entrevue avec Galadriel.
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Rúmil était affalé sur un banc du jardin, observant d'un air maussade le jeu nuptial de deux colombes sur l'herbe près de ses pieds. La femelle sauta à cloche-pied et le mâle la suivit, l'air incroyablement déterminé, pourtant au moment où il s'approcha des plumes de la queue de la femelle, elle pivota et sautilla de nouveau en sens inverse. Absolument pas découragé, le mâle fit volte-face et la suivi, mais dès qu'il arriva à sa hauteur, elle s'éloigna, prenant encore une fois la direction opposés.
"Comme c'est typique, bougonna Rúmil dans un souffle. Toujours en train de se moquer." Il se pencha, lançant un regard noir à la femelle. "Laisse-lui une chance, lança-t-il, regarde-le, le pauvre camarade. Il a besoin de toi."
Aucune des deux colombes ne lui prêta la moindre attention. Le regard dévoué du mâle demeurait fixé sur sa proie tandis que la femelle effarouchée continuait de sautiller devant lui, s'arrêtant de temps en temps comme si elle attendait qu'il la rattrape. Chaque fois qu'il s'approchait d'elle, elle recommençait, ce qui pour une raison étrange exaspérait Rúmil bien plus que la normale.
Soudainement, le jeu prit fin. Ayant l'air de s'ennuyer, la femelle fit une halte et resta immobile, apparemment soumise tandis que le mâle faisait un pas en avant, le regard perçant. Rúmil eut presque envie d'applaudir. Le mâle entreprenant fit un petit pas se retourna et se pavana comme s'il régnait sur la Lothlórien. La femelle l'ignora et commença à remettre en ordre les plumes de sa queue.
"Qu'est-ce que c'est que ça? s'exclama Rúmil en direction du mâle. Après toute cette cour, c'est tout ce dont tu es capable? Même moi je peux faire mieux." Il s'effondra alors sur le banc en soupirant. "Mais pas beaucoup mieux," ajouta-t-il tristement. Ni le mâle ni la femelle ne parurent intéressé par ses problèmes.
"Ce n'est pas comme si ça t'intéressait, lança-t-il en direction de la femelle. "Qui serait intéressé par un elfe enfantin, inconstant et peu fiable comme moi?" La colombe femelle se retourna et lui jeta un regard de dédain. Nul doute qu'elle était d'accord.
Rúmil lâcha un soupir de frustration et de chagrin. Il était sur le point de raconter ses problèmes, de les expliquer à la colombe quand un bruit au fond du jardin attira son attention. Il se tourna pour voir qui était là, et se raidit.
Absurdement belle dans sa robe d'un bleu profond, Nerwen s'approchait le long du chemin. Son visage était pâle et résolu, et elle portait le paquet qu'il lui avait donné. Rúmil se prépara à une nouvelle confrontation tandis qu'elle arrivait à sa hauteur.
"Puis-je te parler?" Sa voix était extrêmement formelle et polie.
Rúmil resta assis, parce qu'il était encore fâché contre elle. "Je suis très occupé à l'heure actuelle," fit-il froidement. Il croisa les bras au-dessus de sa poitrine et lui jeta un regard noir.
"N'importe quoi, Rúmil. Tu ne fais rien du tout."
"C'est ce que tu crois. Je médite. Et je parle aux colombes."
Nerwen scruta les alentour. "Quelles colombes?"
"Tu les a effrayés," précisa-t-il.
"Je vois. Bien, je suis désolée d'avoir interrompu quelque chose d'aussi important, mais je dois te parler. Je peux m'asseoir?"
Rúmil se décala, laissant une immense zone vide sur le banc, Nerwen s'assit sur le bord, l'air hésitante. "Je suis désolée si ça te blesse, fit-elle d'une petite voix, mais je ne peux pas accepter ton cadeau. Il est beau, mais il a été donné dans la colère, et à cause de ça je ne pourrais jamais prendre plaisir à le regarder."
Choqué, Rúmil ne su d'abord pas quoi dire. "Il n'a pas été donné dans la colère, dit-il enfin. J'étais seulement fâché quand je te l'ai offert."
"C'est la même chose," fit Nerwen sèchement.
"Ce n'est pas du tout la même chose" rétorqua-t-il.
"Bien sûr que si, Rúmil. Mais je ne suis pas surprise que tu ne sois pas d'accord avec moi. Toi et moi n'avons rien en commun."
Rúmil se retint difficilement d'exploser. "C'est faux également. Nous avons beaucoup de chose en commun."
"Comme?" s'enquit-elle, les yeux brillant d'une lueur qu'il trouva dangereuse et très stimulante.
Il se creusa la cervelle. "Nous aimons tout les deux danser."
"Parce que ça n'implique aucune réelle communication," répliqua-t-elle d'un ton mordant.
"Ah mais c'est là que tu te trompes." Il permit à ses yeux d'admirer les courbes de son corps, s'arrêtant sur ses parties favorites. "C'est la meilleure façon de communiquer. Une des meilleures, en tout cas."
Elle se leva d'un bond, les lèvres pincées. "Je vois bien où tu comptes t'aventurer. Je suis certaine que ta prochaine manoeuvre sera pour essayer de m'embrasser."
Rúmil se leva à son tour, la dominant de toute sa hauteur, presque tenté de la saisir par les bras et de la secouer. "Ce qui, naturellement, serait inexcusable envers quelqu'un d'aussi froid et impassible que toi, Nerwen."
"Ooh!" Elle serra les poings, et pendant un moment il crut qu'elle allait le frapper. "Tu es impossible, Rúmil! Je t'interdis de m'adresser la parole à nouveau à moins que ce soit pour me faire des excuses!"
"Que je rampe à tes pieds, tu veux dire?" railla-t-il. Il n'avait aucune idée de la raison de sa cruaté envers elle, à part le fait qu'en se conduisant ainsi il alimentait la propre douleur de son coeur. Et au fond de lui, il croyait vraiment mériter cette douleur.
Avec un halètement outragé, Nerwen fourra le paquet qui contenait son cadeau dans les bras de Rúmil et s'éloigna sans un regard en arrière. C'était-il vraiment attendu à autre chose?
Se maudissant intérieurement, Rúmil se laissa tomber sur le banc en gémissant de désespoir. Quel imbécile il était!
La colombe femelle choisit ce moment pour le rejoindre. Elle se posa avec élégance sur le banc, puis sautilla vers lui jusqu'à être perchée sur son genou et le fixa alors de son regard pénétrant.
"Arrête de sourire bêtement, bougonna-t-il. Tu n'y connais rien."
Offensée, elle déploya ses ailes et s'envola, mais pas sans lui avoir d'abord laisser un cadeau très personnel sur sa paire toute propre de guêtres noires. Il la regarda sans y croire pendant un instant, puis enfoui son visage dans ses mains. "J'y crois pas," murmura-t-il.
Il décida de devenir ivre.
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Elanor et Haldir restèrent pendant un certain temps dans la clairière des ninniach-loth, blottis l'un contre l'autre dans un doux silence. Sa tête sur son épaule, Elanor écoutait les voix des fleurs tandis que Haldir jouait avec ses cheveux, un léger sourire plutôt railleur sur les lèvres, qu'il n'arrivait pas à expliquer. Elle pensa alors qu'il semblait plus satisfait et plus paisible qu'elle ne l'avait jamais vu avant. "Ces fleurs, murmura-t-elle, d'un air légèrement endormi, je viens juste de réaliser qu'elles me rappellent toi, Haldir."
"Moi?" Il se souleva sur un coude et arqua un sourcil. "Je te rappelle une fleur?"
Elle eut un sourire devant son expression insultée. "Dans le caractère, je veux dire. Les ninniach-loth sont grandes, fières et dignes, et elles préfèrent rester à distance du monde. Elles sont vraiment hautaines même, mais elles ont beaucoup de bonté et d'amour en elles. Je le sens." Elle leva le bras et fit courir son doigt le long de la forte mâchoire d'Haldir. "Tu es un elfe complexe, mon cher gardien. Tu es tout pourpre et indigo à l'extérieur, mais je pense que tu as beaucoup de chaleur et de passion au centre."
Avec une précipitation qui la prit par surprise, Haldir roula au-dessus d'elle, l'épinglant sous son poids. "Peut-être devrions-nous retourner à la ville et examiner ta théorie, dit-il d'un air provocateur. Tu saurais alors combien de feu j'ai en mon centre."
Elle grimaça, appréciant son agressivité et le poids de son corps sur le sien. "Ah, c'est donc ça qu'il faut dire pour te faire bouger. C'est plus facile que je le pensais."
"Tu es si impatiente de partir d'ici?" la taquina-t-il.
"Non, admit-elle. Voir cet endroit avec toi était le meilleur cadeau anniversaire que je n'ai jamais reçu. Mais il est tard." À contre-coeur, elle se dégagea de son étreinte et se leva. "Je dois leur dire au revoir avant que nous partions."
Haldir se leva également, attendant patiemment tandis qu'Elanor faisait le tour de la clairière, chaque sens en éveil, diffusant son amour, son respect et ses éloges, non seulement sur les ninniach-loth, mais aussi sur les nobles arbres sentinelles, qui semblèrent heureux de son hommage.
Quand ils quittèrent finalement la clairière, Elanor soupira de bonheur. "Quelle journée ça a été. Je n'en avait jamais vécu une comme celle-ci de toute ma vie."
"Elle n'est pas encore terminée," lança Haldir.
Elle leva les yeux vers lui tandis qu'ils franchissaient un épais regroupement de broussailles. "Cela signifie ce que je pense, n'est-ce pas?"
"Cela dépend de ton niveau de fatigue, Elanor. Notre première fois ensemble doit être parfaite."
Un frisson d'excitation la parcourue. "Elle le sera, fit-elle, le coeur battant la chamade. Comment pourrait-elle ne pas l'être? De toute façon, tu viens juste de dire que tu veux examiner ma théorie."
"Ta théorie sur les fleurs, tu veux dire ? J'admets que je n'aime pas tellement la comparaison, mais mon étamine semble impatiente de lancer une recherche."
Elanor eut un rire surpris. "Je n'arrive pas à croire que tu puisses dire de telles choses."
"Cela t'offense?" s'enquit-il.
"Non, j'aime ça. J'ai la sensation d'être... libérée en quelque sorte. Et importante. Comme si j'étais une personne spéciale. Tu peux me dire tout ce que tu veux," puis elle ajouta, un peu timidement. "J'aime tes plaisanteries."
Il glissa son bras autour de sa taille et la serra contre lui. "Tu es spéciale, Elanor. Et je ne vois aucune autre demoiselle à qui je pourrais dire une telle chose, donc je suppose que c'est un grand compliment." Il semblait étonné par sa propre affirmation.
"En effet, c'est un compliment. C'est le compliment le plus gentil que j'ai jamais reçu."
Les yeux gris d'Haldir croisèrent les siens. Sans un mot, il se pencha et l'embrassa longuement et doucement. Et pour une raison qu'Elanor ne pouvait pas expliquer, ce baiser sembla plus significatif que tous les autres avant lui.
"Partons, Elanor," dit-il tranquillement. "Nous avons une longue à faire."
A suivre . . .
xxx
Ninniach-loth: fleur arc-en-ciel
