Chapitre 23
Le léger gazouillis des oiseaux de la forêt tira Elanor de ses rêves, la réveillant d'une manière à la fois agréable et complètement nouvelle. La respiration régulière, elle resta immobile et prit lentement conscience du monde environnant, en particulier du solide corps masculin contre lequel elle s'était blottie avec un abandon déconcertant. Elle était stupéfiée de voir à quel point le fait de se réveiller ainsi -nue, dans les bras d'Haldir et au sommet d'un arbre si éloigné du talan d'Haldir lui paraissait entièrement naturel. Si seulement ils pouvaient rester ici pour toujours, loin du monde extérieur, dans cet endroit si paisible et insouciant, ou ils étaient libres de faire tout ce qu'ils souhaitaient. Mais naturellement ils ne pouvaient pas.
Un petit soupir lui échappa, très léger, mais suffisant pour le réveiller. . . À moins qu'il n'ait été éveillé tous le long. Ses yeux rencontrèrent les siens, les iris gris de ses yeux semblant presque bleus sous cette lumière particulière alors qu'ils reflétaient le ciel avec bien plus d'intensité que d'ordinaire. Peut-être cela avait-il un rapport avec son humeur.
La main d'Haldir caressa son bras. "Déjà réveillée ?" demanda t'il. "Tu n'es pas fatiguée?" Elle supposa qu'il faisait référence à leurs activités de la nuit passée durant laquelle il avaient pu savourer une fois de plus la douceur de leur corps.
"Je vais très bien,"lui assura t'elle. "Pas même courbaturée, ce qui est un véritable petit miracle."
"Le flet n'était pas trop dur?" Ses sourcils s'arquèrent d'une manière inquisitrice.
"Ce n'est pas à la dureté du flet que je pensais, Haldir. Nous avons été plutôt occupés, rappelle-toi." Elle rougit légèrement.
"Ah, en effet." Son sourire paresseux était tendre et provocateur à la fois. "Ca compensera la longue période d' abstinence que je suis sur le point d'endurer. C'est l'un des aspects le plus difficile de la tache de gardien du bois."
En entendant ceci, elle fit courir un doigt le long du torse d'Haldir, la tête lovée dans le creux de son épaule. "Est-ce si difficile pour toi? " murmura t'elle doucement. Il était si sensuel, si passionné, qu'elle était sûre que ça devait l'être.
"Ca dépend des circonstances. Cette fois, ça le sera." Son regard s'attarda sur le visage d'Elanor, mais il resta silencieux.
Elanor n'était pas sur de devoir poser la question qui lui brûlait les lèvres mais elle ne put s'en empêcher. "Haldir, as-tu déjà couché avec l'un de tes surveillants féminins quand tu étais à la frontière?"
Haldir sembla hésiter. "C'est arrivé, oui, mais je n'en fais pas une habitude. Il y a des moments ou la vie est difficile et ou. . . on a besoin simplement. . . " Étonnamment, il semblait légèrement embarrassé, loin de la réaction qu'elle avait prévu.
Elle posa un doigt sur ses lèvres. "Tu n'as pas besoin d'en dire plus. Je n'aurais pas dû poser la question. Ce ne sont pas mes affaires."
Le bras qui enserrait sa taille raffermit légèrement sa prise. "Ce sont tes affaires," fit-il, à la surprise d'Elanor. "Tu as le droit de savoir si je te serais fidèle quand nous serons séparés. La réponse est oui, je le serais." Fit-il d'une voix posée.
Touchée, Elanor leva la tête et plongea son regard dans celui d'Haldir. "Et je te serai fidèle également, " répondit-elle. Pour toujours, jura t'elle intérieurement.
Il hocha brièvement la tête. "Je suis heureux de l'apprendre. Je ne l'exige pas, mais c'est ce que je préfère." Il fit une pause. "Elanor, tu sais que je dois retourner à la frontière. J'avais l'intention d'y rester pendant un mois, et c'est toujours le cas. Souviens toi que tu as accepté de ne plus avoir de rapports quelconques avec Lurien durant mon absence." La voix de son amant devint plus sévère, ressemblant plus à celle de son gardien.
Elle se décala légèrement et tendit la main pour enlever une feuille de mallorn qui était rester accrochée dans les pâles cheveux d'Haldir. "Je n'oublierai pas. Mais tu sais très bien que si Healea devient ma professeur de tir à l'arc, Lurien va être contrarié." Elle fit une pause, imaginant sa réaction. "Quoi qu'il en soit, j'ai fais un marché avec lui et si je veux y mettre fin je dois trouver un accord avec lui. Je lui ai donné ma parole."
Haldir roula sur le côté et se redressa sur un coude, la tête dans la paume de sa main. Son autre main serrant délicatement celle d'Elanor. "Mais cela sous-entend que tu lui parle, Elanor, ce qui est contraire à mes souhaits." Elle remarqua qu'il n'avait pas employé le mot 'ordre', mais il semblait très contrarié.
"Je sais, mais je dois tenir ma parole." Elle étreignit légèrement ses doigts, se pencha vers lui et l'embrassa sur la joue en guise d'excuse. "Tu avais dit que tu voulais lui parler toi même. C'est toujours ce que tu compte faire?"
"Oui, en effet." Sa voix sembla soudain tendue. "Je le ferai aujourd'hui avant de partir."
"Tu pars aujourd'hui?" Elanor ne pu cacher sa déception. "j'espérais que tu allais rester un peu plus longtemps maintenant que. . . maintenant que les choses ont changé pour nous."
Le visage d'Haldir s'adoucit; il leva la main et caressa la joue d'Elanor avec le dos de ses doigts. "Je suis désolé, Elanor. Rappelles-toi que je suis revenu à la cité seulement pour voir le concours de tir à l'arc et que je n'avais pas l'intention de rester. Ca fait deux jours déjà. Je me suis attardé ici seulement parce que ma pupille au cheveux noir m'a jeté un sort." Il caressa avec espièglerie le bout du nez d'Elanor.
Elanor attrapa sa main et l'a posa contre son cœur. "Comme j'aimerais pouvoir te jeter un sort qui te ferais rester ici plus longtemps."
"Mais tu l'a fait. Toutes mes pensées seront pour toi." Une nouvelle fois elle fut prise au dépourvu par ses paroles. Elle frissonna de plaisir en réalisant que c'était vrai, qu'il la courtisait vraiment. Jusqu'à cet instant elle n'avait pas osé le croire et encore moins penser à ce que ça pouvait signifier.
"Toutes mes pensées seront pour toi aussi,"répondit-elle un peu timidement. "Ainsi que mes rêves."
Un sourire paresseux courba les lèvres d'Haldir. "Alors peut-être que nous ferons les mêmes rêves. Je te ferai l'amour de cette façon, à distance."
"Ce n'est pas aussi agréable," précisa t'elle en rougissant.
"En effet," approuva t'il en souriant. "Mais c'est excitant. Et je veux que tu saches, Elanor, que dans mes rêves il n'y aura pas de pantalettes."
"Juste pour cette remarque, je vais en commander une douzaine de plus ," répliqua t'elle d'un ton taquin.
"Fais le, et je les cacherai dans tout le Bois d'Or et tu devras les chercher."
Elanor gloussa. "Tu es cruel. Je me vengerais en cousant toutes tes tuniques. Toutes tes guêtres aussi."
Haldir laissa échapper un rire et la tira contre lui. "Tu sais les conséquences que ça engendrerais, Elanor."
"Oui en effet," fit-elle d'un air suffisant, intensément consciente des moindres recoins ou leur corps se touchaient. La moindre caresse de sa part pourrait facilement remettre le feu au poudre en un instant et cette idée le rendait euphorique, lui donnant une impression de toute-puissance.
Il gloussa à nouveau, lisant apparemment ses pensées. "Elleth vigoureuse," murmura t'il. "Nos activités nocturne rencontrent ton approbation semble t'il."
Elanor se mordit la lèvre inférieure. "Oui," admit-elle, les joues en feu.
"Je crois que nous sommes très bien assortis à cet égard," ajouta t'il les yeux brillant. "Ainsi que dans bon nombre d'autres points."
Elle mourrait d'envie de lui demander d'en dire plus mais il choisit ce moment pour se dégager de son étreinte et se lever avant de dire, "Mais ne parlons pas de ça pour le moment, Elanor. Nous devons nous habiller et manger. Après tu vas pouvoir apprendre comment descendre d'une échelle en hithlain."
Elle soupira. "Oh, très bien. Je suppose que ce n'est pas si difficile."
"Pas plus difficile que de grimper."
"C'est différent. Tu t'es moqué de moi tout le long!"
"j'appréciais la vue," corrigea t'il.
Elanor se sentit rougir. "Oh, Haldir."
Haldir se mit à genoux près d'elle et plongea son regard dans celui d'Elanor. "Elanor, je te considère comme bien plus qu'une maîtresse. Tu le sais n'est-ce pas? La nuit passée, quand nos fëar se sont mélangés pendant un instant, ça a signifié quelque chose pour moi. C'était la plus grande intimité que j'ai jamais permise."
"J. . . Je vois, "chuchota t'elle, tandis qu'elle considérait les implications de cette déclaration.
"Peut-être que c'était mal de ma part,"continua t'il, ses yeux cherchant ceux d'Elanor. "Peut-être que j'ai dépassé les bornes." Elle n'avait encore jamais vu Haldir douter de lui. Qu'est-ce que ça signifiait?
"Non," fit-elle rapidement pour le rassurer. "Non, absolument pas. J'ai aimé. Ca a rendu le moment très spécial."
"J'en suis heureux." Il la contempla encore un moment, le regard illisible. "Bien, enfile ta robe,"dit-il finalement. "Nous allons manger un morceau ensemble puis nous prendrons congé."
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Túre marchait seule, suivant le chemin qui bordait les murs de la cité. Elle s'était levée tôt, tirée du sommeil par un rêve si intense qu'il avait presque semblé réel. Dans son rêve elle avait reçue la visite d'Iridor, l'elfe qu'elle avait passionnément aimé il y a bien longtemps, et que la cruauté des orcs lui avait arraché. Pourtant ce matin, juste avant la première lueur de l'aube, elle avait presque eu l'impression qu'il était la comme avant, portant le même sourire rassurant et s'adressant à elle de sa voix si rayonnante.
"Nous nous sommes aimés, toi et moi," avait-il dit, "Mais je n'étais pas celui qui t'étais destiné, Túre de Lórien. Dans Mandos je suis en paix, et je demeurerais ici pour de longues années à venir. Je ressens toujours beaucoup d'amour pour toi, mais celui que tu attend, celui à qui tu le lieras pour toujours, est en vie et respire l'air d'Arda. Ne désespère pas, ma douce Túre. Le temps approche ou toi et lui serez enfin réunis." Puis il avait tendu le bras et l'avait touchée, emplissant son âme d'une vague de pure bonheur. . .
Qu'est-ce que ça signifiait? Elle était si excitée que ses mains tremblaient tandis qu'elle poursuivait son chemin, sans destination précise. Elle avait déjà rencontré tout le monde, en Lothlórien du moins. Devrait-elle partir d'ici pour le trouver? Ou était-ce lui -qui qu'il soit- qui viendrait à elle? Et combien de temps devrait-elle encore attendre ?
En vérité elle ne s'en souciait pas, tant qu'elle savait qu'il existait. Elle était patiente et elle pouvait attendre maintenant qu'elle avait de nouveau l'espoir en elle. Mais, et si ce n'était rien de plus qu'un rêve issu de son propre esprit pour apaiser ses angoisses ? A qui pouvait-t-elle demander? Qui pourrait lui offrir une réponse?
Les sourcils froncés, Túre remit en place une mèche de cheveux qui jouait sur sa joue. Devait-elle le dire à Healea? Étrangement elle n'était pas très sure d'en avoir envie, craignant que sa si pragmatique amie balaye le rêve d'un revers de la main en le jugeant sans signification. Healea ne le ferait pas méchamment mais elle n'avait jamais été du genre a croire aux rêves ou aux choses trop fantaisistes. A qui pouvait-elle le dire? Elle fouilla dans son esprit, en vain. Peut-être n'y avait-il personne à qui elle pouvait se confier.
Par la suite elle pris le chemin qui menait au jardin de Galadriel, car de tous les jardins de Caras Galadhon il était le plus beau et offrait les alcôves les plus tranquilles. Et elle avait justement besoin de tranquillité pour parvenir à penser correctement. Sans savoir pourquoi, ses pas la menèrent jusqu'à l'endroit ou elle avait parlé si méchamment à Elanor. Bien évidemment, Elanor n'était pas là à cet instant, et Túre s'assit sur l'herbe, les mains posées à l'endroit ou Elanor s'était tenue.
"Je suis désolée,"chuchota t'elle à l'intention d'Elanor. "Sincèrement désolée." Elle regarda les fleurs et inclina humblement la tête, soudainement envahie de remord au souvenir de son comportement. "Qu'Eru me donne le courage de te faire des excuses et de faire face à tout ce qui m'attend avant que vienne le jour ou je le rencontrerai, qui que ce soit."
Presque comme par magie une ombre se dessina sur l'herbe, comme un écho à cette autre scène où elle s'était elle-même approchée d'Elanor d'une façon furtive. Túre leva les yeux, s'attendant presque à voir l'elleth d'Imladris se tenir là, mais ce n'était pas elle.
"Bonjour, Túre," fit le Seigneur Celeborn d'une voix douce.
Túre se leva d'un bond, inclinant la tête avec respect face au Seigneur de la Lórien. "Bonjour, mon seigneur," répondit-elle avec soumission. Un bref silence s'ensuivit durant lequel Túre se senti examinée.
"Je suis heureux de te trouver ici," Fit le Seigneur Celeborn d'une voix posée. "Tu es justement la personne que je souhaitais voir. On pourrait dire que c'est une coïncidence étonnante. . . si l'on croyait en de telles choses bien sur."
Stupéfaite, Túre leva la tête. "Une coïncidence?" répéta t'elle faiblement. "Vous vouliez me parler?" C'était une coïncidence rare en effet.
"Oui," Fit-il gravement. Il fit un geste de la main en direction de l'allée principale du jardin. " Pourrions-nous marcher ensemble?"
"Certainement." Túre n'avait aucune intention de refuser tant sa curiosité était grande. Pourquoi le Seigneur Celeborn souhaiterait-il lui parler ? Et spécialement ce matin là?
Côte à côte ils marchèrent en silence pendant un certains temps que Celeborn ne brise le silence. "Dis moi, combien de temps s'est écoulé depuis qu'Iridor est mort?"
Túre sursauta, étonnée par la question. "Beaucoup d'années, mon seigneur. Plus de trois cents à mon compte."
"Oui." Celeborn gardait les yeux fixés sur le chemin. "Je m'en rappelle bien. Un triste jour pour chacun d'entre nous, mais surtout pour toi."
Le cœur de Túre se serra soudainement et elle ne répondit rien.
"La nuit passée j'ai reçu un message," reprit-il d'une voix songeuse. "D'Iridor en personne."
Túre haleta. "Qu-qu'a t'il dit?" bégaya t'elle, le cœur battant.
"Seulement trois mots. 'parlez à Túre '. Mais il ne m'a pas dit de quoi je suis sensé te parler."
Túre comprit alors. C'était un signe, un message envoyé par Iridor pour lui faire savoir que son rêve était bel et bien réel. "Oh!" s'écria t'il en prenant spontanément la main de Celeborn. "Oh, merci, mon seigneur. Vous ne pouvez pas savoir ce que ça représente pour moi!"
Le Seigneur Celeborn ne sembla que très modérément surprit par son enthousiasme. "Mais je t'en pris. Cela signifie quelque chose pour toi?"
"En effet," fit-elle. "J'ai fais un rêve aussi. . . ou peut-être était-ce une vision, je ne sais pas. Il devait savoir que je douterais. . . Mais maintenant grâce à vous, je sais que c'était vrai!"
"Je vois." Seigneur Celeborn inclina la tête en considérant ces paroles.
"Je vous en dirais volontiers d'avantage mais. . . c'est plutôt personnel." Túre se sentit rougir.
Le seigneur de Lórien lui fit un de ses beaux sourires. "Il n'y a aucun besoin d'expliquer, jeune Túre. Je sais que tu te sentais seule. Si Iridor a trouvé le moyen de te soulager, je peux seulement dire que j'en suis heureux."
Túre inclina la tête, presque timidement. "Oui, mon seigneur. Il m'a apporté du soulagement. . . et de l'espoir. L'espoir que j'avais perdue."
"On doit ne jamais perdre espoir," fit le Seigneur Celeborn d'une voix tranquille. "C'est ce qui nous donne le courage et la force d'avancer. L'espoir nous soutient, Túre. C'est ce qui nous permet de vivre nos vies immortelles. Sans espoir, nous, les elfes, nous fanons. Tu le sais."
"Je le sais, oui." Répondit-elle. "Iridor le savait aussi." Des larmes jaillirent de ses yeux. "Il m'a aimé," murmura t'elle. "Il est venu pour me redonner espoir."
"il t'a aimé," approuva le Seigneur Celeborn. "Et à moins que je me trompe, il semblerait que ton destin soit sur le point de prendre un chemin inattendu."
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Elanor et Haldir traversait la forêt en silence. Haldir semblait perdu dans ses pensées, et en fait il n'avait pas dit un mot depuis qu'il avait quitté le flet où ils avaient passé la nuit. Elanor lui jeta un regard, se demandant à quoi il pensait. Il était fort probable que ses responsabilités pesaient fortement sur ses épaules et qu'elles exigeaient toute son attention.
Enfin l'a regarda, et eu un sourire. "Pardonne-moi, Elanor. Je ne voulais pas que tu te sente ignorée."Elle posa sa main sur son bras. "Je ne me suis pas sentis ignorée, Haldir. A quoi pensais-tu ?"
"A beaucoup de choses. A toi, bien sur. Puis à Rúmil et Nerwen. Et à d'autres choses."
Elanor le regarda, soudainement un peu inquiète. "Haldir, la dernière chose que je veux c'est être un fardeau pour toi."
"Un fardeau?" Il sembla prit au dépourvu. "Comment pourrais-tu être un fardeau?"
"Je veux dire. . . ce qui se passe entre nous est si soudain. Peut-être ais-je eu tort de tellement chercher à . . . Nous rendre si proche l'un de l'autre ." Elle sentit alors qu'elle avait la gorge nouée. "Tu as déjà tellement de responsabilités. Je me sens coupable de m'ajouter à elles."
Il lui prit la main et la guida vers une souche partiellement cachée par des feuilles. "Elanor, tu ne t'ajoutes pas à elles. Peut-être que c'était le cas au cours des premières semaines mais plus maintenant. Maintenant tu es un rayon de soleil dans ma vie." Ses yeux plongèrent dans les siens et la chaleur qu'elle y vit la convainquit qu'il disait vrai. "Tu as considérablement contribuée à me rendre heureux simplement en étant ici avec moi."
Elle sentit une vague de plaisir l'envahir. "Dans ce cas, je suis satisfaite. En cet instant mon plus grand souhait est de pouvoir t'aider quel que soit la situation. Je ne veux pas être une distraction. Je veux dire. . . une mauvaise distraction, celle qui t'empêche d'agir comme tu le souhaite."
"Tu es la meilleure distraction qu'il soit," Fit-il d'une voix posée. "Celle dont j'ai besoin. Tu apportes de la joie dans ma vie, Elanor. Beaucoup de joie."
"Oh," fit-elle, soudainement emplit de bonheur. Elle lui fit un sourire espiègle. "Dans ce cas, je vais faire de mon mieux pour continuer à te distraire."
Il sourit. "Je compte là-dessus."
"Mais je ne veux pas que tu t'inquiète pour moi pendant ton absence," continua t'elle avec détermination. "Je peux me débrouiller. Je peux faire face à Lurien." Haldir fronça les sourcils."Tu ne m'a jamais demandé comment je lui ai résisté quand il a essayé son tour d'esprit sur moi."
Son regard d'argent plongea le sien. "Dis-le moi alors."
"J'ai pensé à toi," expliqua t'elle. "J'ai complètement bloqué son pouvoir en remplissant mon esprit d'images de toi."
"Et ça à suffit?" Il semblait dubitatif.
"Oui. J'ai dû utiliser les images les plus vives, naturellement." Elle sentit ses joues devenir brûlante.
"Images vives?" Ses sourcils s'arquèrent. "Puis-je demander de quoi nous parlons ?"
"Je ne préfère pas," dit-elle, évitant de croiser son regard. "Je veux juste que tu sache que . . . je suis certaine de pouvoir le refaire si besoin est. Ce qui n'arrivera pas car Lurien m'a donné s a parole."
"Ca n'arrivera plus en effet," fit-il avec détermination. "Et pas pour cette seule raison." Elle entendit le ton menaçant et su que ça ne présageait rien de bon pour Lurien.
"Puis-je te poser une question?" fit-elle timidement. "Ce n'est pas du tout une critique contre ta Dame, mais je me demande pourquoi elle ne dit pas Lurien de cesser de se compter de cette façon."
Haldir resta silencieux pendant un certain temps. Enfin il dit: "Galadriel règne sur la Lórien, il est vrai, mais elle n'intervient pas dans ce genre d'affaire à moins que ce soit absolument justifié. Qu'elle ne l'ai pas fait suggère beaucoup. C'est tout que je peux te dire. Je ne sais pas ce que pense la Dame, excepté pour ce qui concerne la défense de la Lórien et nos relations avec les autres royaumes."
"Je vois." Elanor considéra ses paroles en soupirant.
Faisant une halte brusque, Haldir glissa un bras autour de la taille d'Elanor et la tira contre lui. "Assez parlé de Lurien. Je préfèrerais plutôt parler d'Elanor. Je veux qu'elle sache que quand je reviendrais de la frontière, je serais très impatient et désireux de sa compagnie."
Elanor eu un sourire. "Elle t'attendra avec impatience, je te le promets."
"Je lui ferais tenir cette promesse," fit-il, plus sérieusement qu'elle ne s'y attendait.
Elanor le la main et la posa contre la joue d'Haldir. "Haldir, je ne vais pas te laisser. Tu parle comme si tu le croyais."
Il baissa les yeux, un étrange petit sourire sur les lèvres. "Non," fit-il lentement, "Je ne crois pas ça. Mais des choses inattendues peuvent se produire. Je veux que tu saches que j'ai vraiment envie que tu reste avec moi. Tu n'es pas un fardeau, Elanor. Je. . . je suis vraiment très attaché à toi. Et je suis fier de toi. J'ai beaucoup d'estime pour toi."
"Merci,"chuchota t'elle, stupéfaite et émue. "Je ne sais pas ce que j'ai fait pour que tu pense toute ces choses de moi-"
"Tu as simplement été toi-même," l'interrompit-il. "Vraiment toi même je veux dire. Mon Elanor est devenue une belle et courageuse fleur. Je compte bien garder cette fleur près de moi pour de longues années à venir."
Elanor prit sa main et la porta à ses lèvres. "Je resterai avec toi tant que tu le souhaiteras," dit-elle avec émotion, elle embrassa de nouveau sa paume.
"Je suis heureux de l'apprendre," fit-il. Puis il se pencha vers elle et lui donna le plus doux baiser imaginable pour sceller cette promesse.
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Orophin roula sur le côté et ouvrit les yeux. Et comme chaque matin désormais, il tourna immédiatement la tête vers Doria, toujours profondément endormie et si belle à ses côtés.
Incapable de détacher son regard d'elle, il ne pouvait s'empêcher de se considérer comme le plus chanceux des elfes. Comme elle était belle, et si merveilleuse! Il était persuadé qu'aucun elfe n'avait déjà ressenti l'amour qu'il portait à sa Doria. Il espérait juste qu'elle prendrait bientôt une décision concernant sa demande en mariage.
Il se redressa sur un coude, admirant la chute sensuelle de ses cheveux pâles, la courbe sensuelle de ses lèvres, la manière enchanteresse dont ses mèches d'or épousait la forme de sa joue, la douceur envoûtante de ses épaules et. . . Son désir pour elle s'intensifia quand son regard dériva plus bas. La seule chose qu'il voulait faire en cet instant précis c'était la réveiller et lui faire l'amour.
Malheureusement, il avait un devoir à accomplir. Il avait promis à Nerwen qu'il parlerait à Rúmil, et il ne l'avait pas encore fait. Et il devait le faire impérativement avant que Rúmil quitte la cité, ce qu'il pouvait faire d'un instant à l'autre. Orophin savait qu'il n'attendrait pas nécessairement Haldir pour repartir.
Où était Haldir de toute façon ? La nuit passée Orophin avait attendu qu'il revienne de l'endroit ou il avait emmené Elanor, mais apparemment ils avaient passé la nuit ensemble dans les bois. Haldir aurait-il conduit Elanor à son refuge secret? Si oui, c'était très significatif. À la connaissance d'Orophin, Haldir n'avait jamais emmené une elleth là-bas avant. Haldir considérait cet endroit comme privé, et n'invitait jamais personne à venir avec lui, pas même ses propres frères. Ils étaient probablement allés quelque part d'autre. Orophin chassa cette pensée de son esprit et se concentra de nouveau sur Rúmil.
En soupirant, il se glissa sans bruit hors du lit et attrapa ses vêtements, déterminé à trouver Rúmil avant qu'il ne quitte son talan. Quelques minutes plus tard il arriva devant la porte de Rúmil. Il frappa doucement et entra, écoutant attentivement pour être sûr que Rúmil était seul.
Il trouva Rúmil entièrement habillé, debout sur sa terrasse, l'air particulièrement morose. Et c'est à peine si il jeta un coup d'œil dans sa direction tandis qu'Orophin s'approchait de lui.
"Il est peu un tôt pour une visite," Fit Rúmil d'un air indifférent.
"Je voulais te parler avant que tu parte."
Rúmil ne répondit rien.
Orophin s'éclaircit la voix. "Nerwen m'a parlé hier. A propos de toi, bien sur."
"Oh?" Le ton de Rúmil devint subitement glacial. "Aurait-elle par hasard découvert d'autres défauts chez moi? Si oui, je suis sûr qu'elle était impatiente de le dire à tout le monde."
"Elle s'inquiète pour toi," fit Orophin tranquillement. "Et moi aussi."
"Pourquoi?" Rúmil tendit la main pour attraper une feuille d'or qui voletait devant lui. Il la regarda comme si il n'avait jamais vu de feuilles auparavant.
"Je ne sais pas ce que tu as dit à Nerwen," fit Orophin avec prudence, "Mais quoi que ce soit, ça l'a incité à penser que tu pourrais te conduire de manière imprudente si jamais tu participais à un quelconque combat."
Rúmil eu un rire amer. "Elle a tort."
"Vraiment?" Orophin le regarda avec attention. "Je dois être sûr. Si elle a raison, je ne peux pas te laisser retourner à la frontière."
"Parce que tu crois que tu pourrais m'en empêcher?" Les sourcils de Rúmil s'arquèrent, son ton hautain rappelant étrangement l'attitude la plus arrogante d'Haldir.
"Je sais que je pourrais," fit calmement Orophin, "Parce que j'aurais l'aide de tout les surveillants de la cité. Je ne plaisante pas. Tu sais que je le ferais si tu m'y oblige."
"Je ne vais pas me mettre en danger," Grogna Rúmil. "Surtout pas pour une raison si idiote. Nerwen devient de plus en plus irrationnelle."
"Elle m'a dit qu'elle est attachée à toi."
"Oui, je sais. Autant qu'envers un petit frère. Ou qu'envers un animal de compagnie."
Orophin leva les yeux au ciel. "Ne sois pas stupide, Rúmil. Arrête de t'apitoyer sur ton sort et regarde les choses en face. Nerwen est simplement déroutée, et je ne peux pas la blâmer. Tu as été un flirteur insatiable pendant tant d'années. Tu as couché avec la moitié des demoiselles de la Lórien. Comment pourrait-elle te prendre au sérieux?"
"Comment ne pourrait-elle pas? " Riposta Rúmil. "Croit-elle que je ne sais pas ce que je fais? Je ne suis pas un enfant."
"Nerwen est régit par la logique," Répondit Orophin. "Elle s'est penché sur ton passé et a vu un elfe qui passe d'une elleth à une autre, sans jamais vraiment s'attacher. Tes chansons d'ivrognes n'ont pas aidé."
Rúmil soupira. "Je sais." Il resta silencieux pendant un certain temps. "Qu'a t'elle dit d'autre?"
Orophin réprima un sourire en entendant l'intérêt boudeur dans la voix de Rúmil. "Elle m'a dit de te dire de revenir dès que tu pourras. A ce moment là vous devriez être capable de vous parler. Elle m'a aussi demandé de te dire de faire attention à toi. Elle s'inquiète pour toi."
Rúmil se pinça les lèvres, l'air pensif. "Elle avait l'air sincère?"
"Oui." Orophin souhaitait pouvoir en dire plus à Rúmil au sujet du cadeau de Nerwen, mais il ne voulait pas briser sa promesse envers elle. Rúmil le découvrirait le moment venu.
"Bon, je suppose que c'est un début." Rúmil soupira lourdement. "Je suppose que mon comportement passé suggère un manque d'engagement."
Orophin resta poliment silencieux.
"Bref, j'ai l'intention de partir sous peu. Dis à Haldir que je le verrai à la frontière, si toutefois il réapparaît un jour. Ou est-il d'ailleurs?"
"Avec Elanor. Je pense qu'ils ont passé la nuit ensemble dans les bois. Ca te surprend?" Orophin savait que ses yeux pétillaient.
Rúmil eu un léger sourire. "Pas du tout. Notre frère semble complètement épris."
"Il était temps," fit Orophin. "Comme c'est étrange que nous soyons tout les trois dans un tel état après toutes ces longues années."
"Des choses étranges peuvent se produirent parfois." Rúmil jeta la feuille qu'il tenait et l'observa voleter en l'air avant de retomber doucement à ses pieds.
"En effet," Approuva Orophin.
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Elanor et Haldir franchirent les murs de la cité et, ensemble, grimpèrent les nombreuses marches menant au talan d'Haldir. Les quelques elfes qu'ils croisèrent ne firent aucun commentaire ou les saluèrent poliment bien qu'Elanor était consciente des regards pleins de curiosité qu'on leur lançait. Haldir ne semblait pas le moins de monde perturbé, agissant comme si le fait de passer la nuit dans la forêt avec sa pupille était complètement naturel et évident. Rien ne semblait jamais pouvoir lui voler son assurance et sa maîtrise légendaires. Elanor eu un sourire tandis que cette pensée la traversait. Ce n'était pas tout à fait vrai, n'est-ce pas ?
Une fois à l'intérieur du talan, Haldir se lava et revêtit sa tenue grise de surveillant puis rassembla ses armes, inspectant soigneusement ses flèches bien que personne ne les avaient touchées depuis qu'il les avait posées dans le coin. Elanor l'observa faire en silence, sachant bien qu'il était inutile de lui demander de ne pas y aller. Elle savait qu'il avait un devoir à accomplir, et même si elle ne voulait pas qu'il parte elle était très fière de lui et de ce qu'il faisait. Les responsabilités de Haldir étaient importantes, et pourtant il y faisait face avec habileté. Est-ce qu'un autre elfe en Lórien pourrait prendre sa place et accomplir sont travail aussi bien que lui ? Peut-être. . . Ou peut-être pas. Elanor avait son propre avis sur la question, mais peut-être manquait-elle un peu d'objectivité!
Comme si il avait senti le regard d'Elanor sur lui Haldir leva les yeux vers elle. "Elanor, aimerais-tu tresser mes cheveux?"
Ce n'était pas la première fois qu'elle faisait ça pour lui, mais c'était la première fois qu'il lui avait demandé de cette façon. C'était vraiment une requête, une qu'elle savait avoir le droit de refuser. Naturellement elle n'avait pas l'intention de refuser. C'était une tâche qu'elle aimait, bien qu'elle préférait de loin les détresser.
Haldir s'assit sur une chaise tandis qu'elle s'occupait de lui, tressant adroitement les mèches soyeuses de ses cheveux pâles selon le modèle guerrier traditionnel. Elle fit bien attention à ne laisser aucune mèche qui pourrait le gêner ou troubler sa vision. Il était primordial qu'il puisse voir tout ce qui l'entourait à chaque instant.
"Merci," fit-il quand elle eut finit. Il se leva et fit un pas vers la table ou était posées ses armes et s'arrêta soudainement.
Il pivota et marcha en direction de la chambre à coucher, et après une brève hésitation, Elanor lui emboîta le pas. Il était debout, du côté opposé au lit, et regardait le mur; mais quand elle entra dans la pièce il se figea et la regarda par dessus son épaule, le regard pensif.
Quelque chose dans sa posture semblait indiquer qu'il voulait être seul "Y a il quelque chose que tu ne veux pas que je vois?" demanda t'elle. "Je peux partir."
"Non, Elanor. Tu peux rester." Il reporta son attention vers la tache blanche sur le mur, et la toucha avec sa main droite en murmurant des paroles inaudibles pour Elanor. Elle ne vit pas ce qu'il fit ensuite, mais soudain une petite partie du mur s'ouvrit brusquement, dévoilant un minuscule compartiment.
Haldir plongea ses mains à l'intérieur, en sortit une petite boîte en bois et referma le compartiment. Une fois fermé, aucune trace ne pouvait être discernée ; le mur était aussi blanc que jamais.
Faisant un geste pour qu'elle le suive, Haldir retourna dans le salon et posa la boite sur la table. "Ceci appartenait à mes parents," fit-il à voix basse. "Je ne l'ai pas ouverte depuis le jour ou ma mère me l'a donnée. Elle me l'a offert parce que j'étais le plus âgé et aussi parce qu'elle a pensé que j'étais le plus susceptible de m'en servir un jour."
Elanor le regarda en silence, puis baissa les yeux vers la boite. Il était fait de découpes complexes, avec des feuilles, des fruits et des vignes entrelacés avec élégance.
Haldir ouvrit soigneusement la boîte et déplia le tissus d'apparence soyeuse qui cachait le contenu de la boite. L'objet qu'il en sortit était un petit disque ovale en verre clair, légèrement teinté de rose. Il était lisse, plat et très beau, mais elle n'avait aucune idée de sa fonction.
"Qu'est-ce que c'est?" demanda t'elle, regardant l'objet avec fascination.
"Ca s'appelle un Ind-mir." Il lui lança un regard énigmatique. "C'est l'un des bijoux fabriqués par les elfes de lumières à Valinor. Il a été offert à mes parents avant leur mariage."
Il posa le disque de verre au creux de sa paume droite et le serra contre son cœur pendant un moment. "Maintenant donne moi ta main droite," demanda t'il.
Elanor lui donna sa main avec obéissance et fut surprise en sentant le poids du disque dans sa paume. Il était bien plus lourd qu'elle l'avait prévu.
"Et maintenant poses-le contre ton propre cœur," fit Haldir.
Sans hésitation, elle fit ce qu'il lui demandait, exactement de la même manière que lui, puis lui tendit le disque. Mais plutôt que de le prendre, il posa sa paume sur celle d'Elanor de manière à ce que le disque soit lové entre leurs mains.
"Maintenant, Elanor, je fais le serment de te rester dévoué, quel que soit la distance qui nous sépare. Veux-tu prêter le même serment pour moi?"
Elle leva les yeux vers lui, légèrement étourdis par son regard si confiant. "Je fais le serment de te rester dévouée, quel que soit la distance qui nous sépare," répéta t'elle doucement. Elle ne comprenait pas vraiment ce qu'ils étaient en train de faire, mais elle lui faisait confiance implicitement.
Avec un étrange sourire, il retira sa main et souleva le disque. À la stupéfaction d'Elanor, le disque s'était séparé en deux disque plus fins, aussi parfaits et pures que l'original, sans le moindre signe qui aurait pu indiquer qu'ils avaient été liés d'une façon ou d'une autre. Elle leva à nouveau les yeux vers lui et vit qu'il la regardait.
"Un pour chacun de nous," Expliqua Haldir. "Une fois divisé, l'Ind-mir devient un indwaedh, un lien entre les cœurs." Il les posa tous les deux sur la table et plongea une fois de plus la main dans la boite pour en sortir deux longs colliers finement tissés d'or et d'autres matières précieuses. À la grande surprise d'Elanor il fit passer les colliers à travers les disques aussi facilement que si ceux-ci étaient fait d'eau et non de verre. De plus, au lieu de nouer les deux extrémités du collier il les rapprocha juste assez pour qu'elles se frôlent. Immédiatement elles se fondirent l'une dans l'autre, formant un cercle parfait sans commencement ni fin. Deux colliers, chacun portant un disque légèrement rosé.
"Comment tu as fait ça?" fit-elle, stupéfaite.
"Je n'ai fait rien. Il y a de vieille magie elfique au cœur de ces colliers ainsi que dans l'indwaedh. " Semblant solennel, il glissa un collier autour du cou d'Elanor et mit l'autre autour de propre cou. Il tendit la main vers celui d'Elanor et le tira doucement vers le bas jusqu'à ce que le disque soit niché entre ses seins, juste au-dessus de son cœur. Il fit alors la même chose avec le sien.
"Je vais le porter sous ma tunique," fit-il alors. "Et si tu portes le tien en même temps alors nous pourrons sentir nos fëa respectifs. Tu sauras que je suis en vie et je saurais que tu vas bien. Ca devrait te rassurer et éviter que tu t'inquiètes pour moi." Il fit une pause, les yeux posés sur elle. "Je te sens déjà."
Elanor regarda une nouvelle fois le collier, emplie d'émerveillement. Désormais il était si léger qu'elle le sentait à peine. Pourtant sa puissance était bel et bien perceptible; tel un agréable et léger bourdonnement, qui contenait pourtant un caractère indéniablement masculin. Sans qu'elle sache bien comment, elle avait l'impression d'être Haldir.
"Je te sens aussi," fit-elle d'une voix intriguée. "C'est presque comme quand nous faisions l'amour . . . "
"Presque," approuva t'il, une lueur scintillante dans ses yeux gris. "Pas aussi plaisant mais néanmoins agréable. C'est le lien le plus fort que nos cœurs peuvent partagés sans être liés par la mariage. Une fois, il y a bien longtemps, mes parents les ont porté pendant une période de séparation."
Elanor commençait à réaliser l'énormité de l'honneur qu'il lui l'accordait. "Oh, Haldir, merci, mais. . . mais je me sens indigne de ce cadeau." Elle baissa la tête, mais il souleva son menton avec sa main, la forçant à croiser son regard.
"Je ne t'aurais pas fait un tel cadeau si tu en étais indigne, Elanor. Je ne veux plus t'entendre dire ces choses la, est-ce compris?"
"Oui,"chuchota t'elle, le regardant timidement.
"Maintenant je dois vraiment y aller," fit-il d'une voix douce. "Mais bien que nous soyons séparés, nous sommes toujours ensemble, liés par l'indwaedh."
Elanor lui fit un sourire, le regard brillant. "Oui, je comprends."
"Pas de larmes, Elanor. Je serais absent seulement quelques semaines. Ca passera très vite."
"Je ne pleure pas, Haldir. Je suis seulement touchée par ton cadeau et ta gentillesse."
Il prit les mains d'Elanor et les porta à ses lèvres. "Adieu, mon Elanor."
"Adieu, mon Haldir," répondit-elle d'un ton audacieux. Le léger sourire d'Haldir lui montra que ses paroles l'avait satisfait. Puis soudain, il la tira contre lui et lui donna un baiser dont elle allait se rappeler pendant beaucoup de jours à venir.
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Lurien était assit dans son talan, un verre de vin entre les doigts, et contemplait l'aube naissante. Il avait monté la garde toute la nuit, le moment qu'il aimait le moins pour effectuer son devoir, bien qu'il ne s'en plaignait jamais.
Cependant, s'il avait été libre de faire ce qu'il voulait il serait sûrement aller Tarwë la nuit dernière. Depuis peu il commençait à avoir de plus en plus besoin d'elle. . . Physiquement parlant, bien sur. Toutes les autres elleth le laissait invariablement frustré, son désir jamais entièrement assouvi, mais pas avec Tarwë. Jamais avec Tarwë. Ce n'était pas seulement sa beauté et sa passion qui l'attirait mais aussi chaque mouvement qu'elle faisait, chaque caresse, chaque baiser, chaque contact de sa bouche sur sa peau. Chaque son qui franchissait ses douces lèvres. Quand il lui faisait l'amour il oubliait presque tout le reste tandis qu'il se noyait cette intense et sensuelle expérience.
Alors qu'il envisageait l'idée d'aller la retrouver sur le champ, il entendit la porte de son talan s'ouvrir derrière lui. Un drôle de sentiment le traversa quand il pensa qu'elle avait dû d'une façon ou d'une autre lire son esprit et qu'elle avait décidé de le rejoindre au moment même ou il avait besoin d'elle. Mais à la place, c'est une voix masculine qui retenti.
"Il faut qu'on parle, Sentinelle."
Lurien se figea, reposa lentement son verre et se leva avant de consentir à faire face à son détesté et pas franchement désiré invité. "Depuis quand te permets-tu d'entrer chez moi sans y être invité, Surveillant de Mars?"
"Depuis que tu te permets de te mêler des affaires de ma pupille et de gêner son apprentissage de tira l'arc malgré mon avertissement."
La voix d'Haldir avait claqué comme un fouet mais cela n'empêcha pas Lurien de sourire et de croiser les bras sur sa poitrine, savourant cette occasion d'énerver sa némésis. "De la gêner?" répéta t'il d'une voix traînante. "Je n'ai fait que l'aider et l'encourager. C'est grâce à moi si elle s'en est bien tiré au concours."
Le visage hautain d'Haldir se durci. "Je ne suis pas ici pour débattre sur ce sujet. J'exige purement et simplement que tu restes loin d'Elanor. Plus de cours de tir à l'arc, plus de contact. Plus rien. Est-ce clair?"
Le ton arrogant d'Haldir exaspéra encore d'avantage Lurien. "C'est entre Elanor et moi,"fit-il d'un ton cassant. "Tu es peut-être son gardien, mais sûrement pas son propriétaire. Si elle souhaite passe du temps avec moi, ça ne te regarde absolument pas."
"Au contraire, ça me regarde plus que tu le crois." Haldir fit un pas en avant, ses yeux gris réduits à deux fentes glacées. "Ne me pousse pas à bout, Sentinelle, ou tu te retrouveras encore une fois dans une situation humiliante. Ne fais pas l'erreur de croire que je parle à la légère."
Sa référence a peine voilée à leurs confrontations passées enragea Lurien comme rien d'autre n'aurait pu le faire. "Tu pense peut-être valoir plus que moi?" ricana t'il. "Si oui, je suis plus qu'impatient de te prouver le contraire." Il était sur ses gardes, prêt à parer tout attaque éventuelle, son épée à porté de main sur la table. Ses doigts le démangeait tant il était tenté de la prendre et de l'utiliser.
La main d'Haldir, posée sur la garde de son épée, bougea légèrement. "J'ai peu de temps à t'accorder, Sentinelle, mais si tu en si envie que ça, je suis disposé à t'affronter sur le champ et à en finir avec cette histoire. N'aie pas l'audace de croire que tu gagnerais. Je t'ai déjà battu deux fois, et je peux bien le faire une fois de plus."
Le cœur emplit d'une rage sourde, Lurien ouvrit la bouche pour accepter le défi, quand soudain une idée lui apparut. Un plan bien plus intéressant que celui qu'il avait jusqu'à lors appliqué. "Tu es plus vantard et pompeux que jamais," fit-il les dents grinçantes. "Mais le jour de ta chute approche, et c'est moi qui en serait l'auteur. Je t'humilierai, Haldir de Lórien, comme tu n'a jamais été humilié. Alors toute la Lothlórien saura ce que tu es vraiment rien de plus qu'un guerrier de pacotille dont les qualités ont été considérablement exagérées."
Haldir se contenta de le regarder avec indifférence. "Donc tu refuse de combattre. C'est sage. J'ose espérer que tu feras preuve de la même sagesse concernant Elanor. Je laisse mon frère Orophin ici pour veiller sur elle, ce qu'il fait à la perfection. Si par hasard il me rapportait la moindre manigance de ta part, je reviendrai ici et je te donnerai une leçon que tu n'oublierais pas de sitôt."
"Tes menaces sont inutiles," répliqua Lurien. "Inutiles et vides." Il se retint d'en dire plus et lui fit un sourire insolent, ce qui, il le savait, agaçait Hadir plus que tout.
"Tu te sers des mots bien mieux que des armes," conclut Haldir. "Mais ni l'un ni l'autre te t'aideront si tu n'obéis pas à ce qui est mon dernier avertissement." Il tourna les talons et s'en alla.
Lurien resta figé après le départ d'Haldir, tremblant de rage, les poings serrés. Chaque malédiction qu'il connaissait traversa son esprit, mais il maintint sa bouche fermée, luttant contre son envie de hurler. Sang-froid. Il avait besoin de sang-froid. Ca avait toujours causé sa perte, et c'était toujours sa principale faiblesse.
Il vida d'un trait son verre de vin, et baissa es yeux vers lui, résistant à grand peine au besoin de le fracasser contre le mur. Par les Valar, il avait besoin de Tarwë. Maintenant. Ou qu'elle soit, endormie ou éveillée, habillée ou déshabillée. . . Il allait la trouver et il allait la prendre. Tarwë allait l'aider. Il la prendrait avec ardeur et s'enfouirait au plus profond d'elle jusqu'à ce que le plaisir le consume et qu'il oubli sa rage.
Oui, c'est ce qu'il allait faire. Il devait trouver Tarwë.
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Nerwen se cacha encore d'avantage derrière l'arbre, s'assurant qu'elle bien était hors de vue. De sa position avantageuse, elle avait une vue dégagée sur le talan de Rúmil. Elle avait vu Orophin entrer puis ressortir peur après. Elle savait que Rúmil était toujours à l'intérieur. Elle se sentait idiote de l'espionner de la sorte, mais pas encore assez pour arrêter.
Elle n'avait aucune intention de lui faire face aujourd'hui ; elle voulait simplement l'apercevoir avant qu'il parte afin d'être sûre qu'il allait bien. Bien qu'elle ne puisse pas voir ça à cette distance, se rappela t'elle alors. Mais pour une raison étrange elle voulait, non, elle devait le voir une dernière fois avant son départ.
Attendant avec toute la patience qu'elle possédait, elle resta immobile, comme si elle faisait partie de l'arbre qui l'abritait. Le temps passa, et elle le vit enfin, sortant de chez lui avec sa grâce habituelle; bien que sa mâchoire semblait crispée et que ses mouvements n'avaient pas leur fluidité coutumière.
Elle le regarda descendre les escaliers, ses longues jambes le portant vite loin d'elle tandis qu'elle se mordait les lèvres. Comme toujours, il avait tout d'un guerrier redoutable, avec son épée, son carquois remplit de flèches et cet immense et élégant arc. Un léger soupir nostalgique s'échappa de ses lèvres.
"Qu'est ce que tu fais? " Demanda une voix familière.
Nerwen jeta un coup d'œil par-dessus de son épaule et vit Tarwë. " Je le regarde partir."
Tarwë s'approcha d'elle. "Il reviendra," fit-elle d'un ton apaisant. "Ne t'inquiète pas pour lui."
Nerwen considéra cette phrase. "Je suppose que tu as raison. J'ai probablement mal interprété toute cette situation. Je ne suis pas si émotive d'habitude. Toute ma vie j'ai été régi par mon bon sens et ma raison. Et regardes-moi maintenant."
"Tu l'aime," lui rappela Tarwë d'une voix douce. "Ca change tout."
Nerwen ne répondit rien.
Tarwë l'a regarda. "Tu as parlé à Orophin?"
"Oui. Et Orophin est aller voir Rúmil. Donc le message est passé."
Tarwë inclina la tête, son regard bleu soudain songeur. "Par conséquent, nous allons continuer à attendre, toi et moi."
"Au moins là on sait comment faire,"fit Nerwen ironiquement. "Toi en tout cas."
"Tu trouves ?" Tarwë eu un sourire triste.
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Prévoyant d'aller au bain public, Tarwë retournait à son talan pour prendre quelques affaires, mais dès l'instant ou elle eut franchit le seuil, une paire de bras musclée lui enserra la taille.
"Tarwë," murmura Lurien en la tirant contre lui.
Tarwë leva les mains pour atteindre celles qui s'étaient enroulées autour d'elle, juste sous ses seins. "Que fais-tu ici?" Fit-elle en un souffle alors que les lèvres de Lurien trouvaient son cou. Déjà, une douce chaleur envahissait son corps.
Son léger rire lui frôla la joue. "A ton avis ? J'ai envie de toi." Faiblement, elle l'entendit mettre le verrou en place.
"Maintenant?" Sa fierté lui ordonnait de protester. "J'étais sur le point d'aller au bain public, Lurien."
"Alors je vais te donner une bonne raison de te laver." Ses doigts agiles détachèrent les attaches de sa robe, déliant les liens et les rubans d'une main experte comme il l'avait fait un nombre incalculable de fois. "Nous pourrons même nous laver ensemble si tu veux."
"C''est trop tôt. Il n'y a que les elleth en ce moment."
"Alors, plus tard." Il fit glisser sa robe le long de ses épaules, parsemant son visage et son cou de baisers, goûtant et mordillant sa peau tandis qu'ils se rapprochaient de la table. Alors qu'ils passaient devant une chaise, il saisit un coussin et le jeta sur la surface en bois polis de la table. Avec douceur, il la retourna. "Penche-toi, mon amour," chuchota t'il.
Il l'a prit par derrière, avec vigueur, s'en même prendre le temps de la préparer, ce qui n'avait en fait pas vraiment d'importance puisque, comme toujours, elle était plus que prête pour lui. Tarwë gémissait à chacun de ses va et vient, aimant la manière dont il utilisait ses mains pour lui donner encore plus de plaisir, la manière qu'il avait de presser ses lèvres contre son épaule et cette manière incroyable dont il parvenait toujours à la remplir si complètement. Un plaisir fort jaillissait en elle, augmentant en intensité jusqu'à ce qu'il atteigne son paroxysme en une explosion brûlante qui les enveloppa tous les deux.
Après, il l'a porta jusqu'à sa chambre à coucher et l'a plaça doucement sur son lit. "Tu as aimé ça?" Demanda t'il. Il était sur elle, un sourire taquin sur les lèvres et les yeux brillant d'une lueur victorieuse.
"Non," fit Tarwë avec colère. "Ce n'est pas le genre d'activité que j'avais à l'esprit pour ce matin."
Il eut un rire moqueur. "Tu es fâchée contre moi ? Allez, je t'ai donné beaucoup de plaisir, Tarwë. Admets-le. Tu ne peux pas me duper." Ses guêtres étaient encore ouvertes, son sexe seulement à moitié incliné malgré leur récent ébat.
Elle resta immobile, les yeux fixés sur lui, ne faisant aucun effort pour se couvrir. "Tu me donne un certain plaisir mais aussi beaucoup de souffrance. Est-ce que ça ne te gêne pas?"
Le sourire de Lurien se fana. Il baissa la tête pendant un moment puis la regarda à nouveau, un lueur étrange dans le regard. "Tu sais sûrement que je ne veux pas te faire du mal."
"Alors pourquoi le fais-tu?" Fit-elle d'un air las.
"Ce n'est pas mon intention!" Fit-il vivement. "Je suis égoïste, Tarwë, mais pas égoïste au point de te faire délibérément du mal. Je t'ai dis que je t'aimais. N'est-ce pas suffisant?"
"Non ce n'est pas suffisant,"chuchota t'elle, "Mais c'est assez pour l'instant." Elle toucha son bras. "Fais-moi encore l'amour, Lurien. Doucement cette fois. Je veux sentir ta douceur."
Lurien se pencha vers elle, les mains plantées de chaque côté du corps de Tarwë, ses cheveux formant un long rideau d'or qui balayait sa peau. "J'y compte bien, ma Dame, j'y compte bien. Et cette fois ce sera très doux pour toi, je te le promets."
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Après le départ d'Haldir, Elanor passa le reste de la journée à travailler dans le jardin de Galadriel. Il n'y avait que parmi les fleurs qu'elle était en paix, encore plus maintenant grâce au merveilleux indwaedh pressée contre son cœur. Normalement quand elle s'asseyait ici elle sentait simplement les douces émanations des fleurs et des arbres, mais maintenant il y avait en plus le battement pur et régulier du cœur d'Haldir, parfaitement distinct et reconnaissable mais pourtant en parfaite harmonie avec les douces vibrations de la nature.
Rationnellement elle savait que la distance entre eux augmentait à chaque pas qu'il faisait, mais cela ne semblait avoir aucun effet sur l'indwaedh. Elle sentait Haldir à chaque instant, presque comme si il était assit derrière elle mais hors de vue, ce qui était une impression réconfortante, étrange et grisante à la fois.
Le matin suivant, elle reçut un message de Healea suggérant qu'elles se retrouvent sur le terrain de tir à l'arc vers midi. Les longues journées d'été tiraient à leur fin, mais le temps restait splendide, avec une légère brise, pas assez forte cependant pour dévier la trajectoire d'une flèche. Alors qu'Elanor descendait les nombreuses marches qui menaient au terrain d'entraînement, elle se demanda si Haldir pensait à elle aussi souvent qu'elle pensait à lui. Elle supposait que non, parce qu'il avait sans aucun doute des sujets de préoccupations bien plus importants. Mais le seul fait de savoir qu'il sentait sa présence aussi intensément qu'elle sentait la sienne la fit frissonner de plaisir.
Une fois arrivée jusqu'au terrain de tir à l'arc elle vit qu'Healea n'était pas encore là; tout en ajustant son carquois sur son épaule, Elanor salua timidement deux Galadhil qui se servaient d'une des cibles les plus éloignées. Ils la saluèrent à leur tour en souriant. Tous les archers reconnaissaient Elanor à présent et la plupart d'entre eux prenaient le temps de la saluer quand ils la croisaient.
Elle se retourna en entendant les portes de l'arène s'ouvrir et vit Healea qui marchait dans sa direction. Elanor ne put pas s'empêcher de remarquer l'assurance qu'elle dégageait et la manière dont elle répondait à ceux qui la saluaient avec cette maîtrise d'elle-même qui faisait cruellement défaut à Elanor. Healea avait-elle toujours été comme ça? Ou s'était-elle entraînée d'une manière ou d'une autre à paraître si suprêmement sure d'elle même?
Une fois parvenue à sa hauteur, Healea inclina légèrement la tête. "Bonjour, Elanor. Tu es très jolie aujourd'hui."
"Ainsi que toi," répondit poliment Elanor tandis qu'Healea souriait.
"Maintenant que nous avons échangé les politesses d'usages, si nous commencions les choses sérieuses?" Le regard d'Healea se posa sur l'arc d'Elanor "Mets-toi en position."
En dépit de ses sentiments parfois ambivalents envers Healea, Elanor constata très vite qu'elle était très à l'aise avec son nouveau professeur de tir à l'arc. Healea avait le don d'enlever toute trace d'émotion dans sa voix quand elle, ce qui signifiait qu'Elanor ne se sentait jamais injustement critiquée ou félicitée. Et bien qu'elle pouvait dire la même chose d'Haldir, Elanor était toujours trop distraite par sa présence pour être aussi détendue qu'elle l'était avec Healea. D'un autre côté, l'indwaedh maintenait continuellement Haldir dans son esprit, la forçant à se concentrer encore plus que d'habitude pour garder l'esprit fixé sur sa cible. Au moment ou elle tirait la dernière flèche de son carquois une image d'Haldir se forma dans son esprit. À sa grande déception, elle rata la cible et sa flèche atterrit dans l'herbe juste derrière.
"Concentre-toi, Elanor," fit Healea d'une voix posée. "Ne laisses pas tes pensées vagabonder quand tu vises. Est-ce que tu étais encore en train de penser à lui?"
Elanor abaissa son arc. "A qui?" Fit-elle d'un ton innocent.
"A Haldir, naturellement. A qui d'autre?" L'air amusé, Healea jeta un coup d'œil sur le collier qu'Elanor portait au cou, le suivant du regard jusqu'à l'endroit ou il disparaissait dans la tunique d'archer d'Elanor. "Quel est ce bijou que tu portes? C'est nouveau."
"C'est un cadeau," répondit Elanor. Alors qu'Healea fronçait les sourcils, Elanor releva la tête, essayant d'ignorer le fait que ses joues étaient sûrement devenues cramoisies.
"Oh, très bien, gardes tes secrets," fit Healea d'un ton aimable. "Tu as bien le droit d'en avoir, je suppose. Reste ici, je vais chercher tes flèches. J'ai besoin de me dégourdir les jambes."
Tandis qu'Healea s'éloignait, Elanor posa la main à l'endroit ou l'indwaedh était dissimulé. Des souvenirs provocateurs de sa nuit dans la forêt avec Haldir emplirent alors son esprit, et pendant quelques moments elle ferma les yeux en souriant.
"A quoi es-tu en train de penser, Elanor?" Fit une voix traînante et amusée derrière elle. " Ton sourire m'intrigue."
Elanor ouvrit brusquement les yeux. D'une façon ou d'une autre Lurien avait réussit à s'approcher d'elle sans qu'elle l'entende, et il était maintenant appuyé gracieusement contre l'un des poteaux qui servait à accrocher les arcs. Il l'a scruta, les yeux scintillant jusqu'à ce qu'il aperçoive Healea qui marchait à grand pas dans leur direction. Il se redressa de toute sa hauteur.
"Vas t'en, Lurien," fit Healea d'une voix glaciale quand elle fut arrivée à leur hauteur. "Tu n'es pas utile ici. Elanor a un nouveau professeur et n'a plus besoin de tes services. Elle n'en a jamais eu besoin." Elle rendit les flèches à Elanor, les yeux plantés dans ceux de Lurien.
"Un nouveau professeur?" Ignorant Healea, Lurien regarda Elanor en fronçant les sourcils. "Je pensais que nous avions un accord toi et moi." Malgré son ton curieux Elanor savait qu'il n'était pas content.
Healea se mit entre lui et Elanor. "Oui, Lurien, elle a un nouveau professeur. Moi. J'ai pu constater à quel point tu a été utile durant le tournoi." Bien qu'il avait pas loin de deux têtes de plus qu'elle, Healea parvint pourtant à le regarder droit dans les yeux.
"Et qu'est-ce que ça signifie exactement?" Demanda t'il, le sourire quelque peu forcé.
Healea croisa les bras, l'air aussi menaçant qu'un surveillant ou qu'une sentinelle. "Ca signifie qu'Elanor s'en serait mieux sortis si elle avait eu un entraînement et des conseils appropriés au lieu d'être un pion entre tes mains et celles des frères d'Haldir."
"Un pion? C'est ridicule. J'ai seulement offert mon aide. Je n'y peux rien si Rúmil et Orophin ont des méthodes différentes."
Sachant qu'elle devait dire quelque chose, Elanor fit un pas en avant. "Je suis désolée, Lurien," fit-elle avec une courtoisie feinte, "Mais je pense que je me débrouillerais mieux avec Healea."
Il la regarda à nouveau. "Et pour notre arrangement, Elanor?" Fit-il, très doucement.
"Haldir ne t'a pas parlé?" Elanor savait que mentionner Haldir était une manière un peu lâche de s'en sortir mais c'était aussi sûrement la plus efficace.
"Ton gardien et moi avons en effet échangé quelques paroles," fit-il, presque joyeusement. "Mais cela ne résout pas notre petit problème, n'est-ce pas ? Je ne suis pas sure d'être prêt à abandonner comme ça."Il croisa les bras sur sa poitrine et regarda Healea avec un petit sourire en coin, les yeux brillant d'une lueur étrange. "Quant à toi, ma jolie . . . "
Ce qui se passa ensuite prit Elanor complètement au dépourvu. Un moment auparavant Lurien regardait Healea, et l'instant d'après Healea lui décocha un coup de poing au menton si fort que Lurien en tomba au sol, atterrissant sur une demi-douzaine d'arcs posés en tas.
Healea massa sa main. "Essaye encore une fois ton petit tour sur moi, Sentinelle, et ce sera une partie de toi bien plus sensible qui subira ma colère."
Lurien se remit sur ses pieds avec élégance et lui lança un regard noir, mais avant qu'il puisse lui répondre Healea avait saisit le bras d'Elanor et la tirait en direction des deux elfes qu'Elanor avait salué un peu plus tôt. Elanor jeta un coup d'œil par dessus son épaule et vit Lurien qui les regardait, les yeux réduit en deux fentes furieuses. Déjà une légère décoloration apparaissait sur son menton, promettant de devenir une ecchymose spectaculaire.
"Ca lui apprendra," fit Healea d'un ton satisfait.
"Il n'est pas prêt de te pardonner."
"Il peut m'en garder rancune tant qu'il veut," répondit-elle avec mépris. "Je n'ai pas peur de lui, Elanor, et tu ne devrais pas le craindre non plus. Cependant, il est passé maître dans l'art de la manipulation et de la persuasion et tu dois être constamment sur tes gardes avec lui. Ne t'es tu pas rendue compte comme il t'a utilisé pour essayer d'atteindre Haldir ?" Elle fit une pause, le visage insondable. "Je dois t'admettre que je suis également coupable sur ce sujet. Ce jour là au jardin quand je t'ai parlé du tournoi. . . J'admets que je pensais que tu te ridiculiserais si tu participais." Elle fronça les sourcils, comme si elle analysait la situation à nouveau. "Pourtant j'espérais aussi que tu me donnerais tort. . . Si tu vois ce que je veux dire."
"Vraiment?" Elanor étudia la lueur qui scintillait dans les yeux bleus clairs d'Healea, ressentant une fois de plus ce mélange de sentiments contradictoires envers l'ancienne amante d'Haldir.
"Oui, vraiment. Et tu m'as donné tort. En dépit de ton tir raté, tu as relevé le défi et fais ce que tu devais faire. C'est à ce moment là que j'ai commencé à me demander si notre fier Surveillant de Mars n'avait pas finalement rencontré son âme soeur. Mais il doit être trop tôt pour le dire." Le regard songeur d'Healea se posa de nouveau sur la chaîne brillante du collier d'Elanor, puis ses yeux se posèrent une fois de plus sur Lurien. "Il part, mais ce n'est pas fini. Tu dois rester sur tes garde."
Elanor jeta un coup d'œil par-dessus son épaule et vit Lurien qui sortait à l'autre bout de l'arène, l'air furieux. Malgré l'avertissement d'Healea, elle savait qu'elle devrait encore lui faire face. Quel marché accepterait-il à la place de celui la? Elle était un peu rassuré par le fait qu'il ait tenu parole en n'essayant pas son petit tour sur elle, ni quoi que ce soit d'autre, d'après ce qu'elle savait. Pourtant il n'avait clairement eu aucun scrupule envers Healea, et cela l'inquiétait.
"Viens," fit Healea. "je veux que tu essayes une autre cible."
Elanor réprima un soupir et suivit Healea, remplie d'inquiétude.
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La garde d'Haldir était terminée pour ce soir. D'autres surveillants avaient prit le relais pour permettre à leur compagnon de se reposer, des surveillants aussi compétents et dignes de confiance qu'Haldir lui-même. Sachant ceci, il pouvait se reposer sans crainte pendant un moment. Il sautait de branche en branche malgré l'obscurité, appréciant cette chance de pouvoir se défouler un peu tandis qu'il s'enfonçait plus profondément dans la forêt en direction d'un autre flet, celui que les surveillants utilisait souvent pour se réunir le soir et pour se reposer.
Une fois au flet, cependant, il se retrouva seul, parce que tous les autres s'étaient réunis en dessous autour d'un petit et animé feu de camp. Les voix et les chansons parvenaient jusqu'à lui, mais il n'était pas d'humeur à se retrouver parmi eux et il préféra se reposer ici, sur les confortables fourrures disposées ça et là, et laisser son esprit vagabonder à sa guise.
Une semaine avait passé depuis qu'il avait quitté Elanor, une semaine durant laquelle il s'était demandé si il n'avait pas fait une erreur, si l'indwaedh n'était pas en fait une distraction trop importante qui risquait d'entraver son instinct guerrier. Chaque jour tandis qu'il montait la garde, la douce présence d'Elanor flottait dans son esprit tel un envoûtant parfum, pourtant il n'y avait que durant ses heures de repos qu'il pouvait se permettre de telles pensées. Il n'avait pas prévu que le lien serait si fort ni qu'il le déconcentrerait tant, mais il commencerait à s'y faire, petit à petit. De plus, il supposait que chaque surveillant marié connaissait le même genre de distraction, et si ils pouvaient y faire face, alors il le pourrait aussi.
Il n'avait parlé à personne de l'indwaedh. Il supposait qu'il n'en existait pas beaucoup et que ceux qui les possédaient les gardait précieusement rangés ou bien autour de leur cou. Il savait qu'il avait beaucoup de chance que sa mère lui ait offert l'indwaedh au lieu le prendre avec elle quand elle avait navigué à l'ouest avec son père blessé et las de la guerre.
Il s'approcha du bord du flet et regarda ses gardiens réunis autour du feu. Rúmil était parmi eux, un Rúmil étrangement silencieux qui faisait clairement face à des problèmes personnels dont il ne semblait pas vouloir discuter. Haldir était certains que quelque soit ces problèmes, cela avait un rapport avec Nerwen, mais il ne s'était pas confié à lui. . . bien qu'il allait sûrement le faire tôt ou tard.
Écartant Rúmil de son esprit, Haldir croisa ses mains derrière sa tête et respira profondément, ses pensées une nouvelle fois tournées vers Elanor. Elle semblait avoir complètement envahi ses rêves, dont certains étaient si érotiques qu'il en étaient presque embarrassé. A son age il pensait réellement pouvoir contrôler ce genre de choses mais aucune autre elleth ne l'avait déjà affecté de cette manière. D'un autre côté, il n'avait jamais imaginé rencontrer quelqu'un comme Elanor. Il souri à cette pensée, mais très vite son sourire se fana tandis qu'il se rappelait sa réelle source d'inquiétude.
Hier, il avait appris qu'Elrond d'Imladris allait arriver d'un jour à l'autre. Haldir avait su dès le départ que ça arriverait, mais il ne pouvait pas s'empêcher de se demander si il avait fait tout ce qu'il fallait pour pouvoir prétendre la garder avec lui. Il avait fait en sorte qu'Elanor sache qu'il voulait qu'elle reste, il lui avait dit qu'il était très attaché à elle, il l'avait initiée aux plaisirs de l'amour physique et enfin il lui avait donné l'indwaedh.
Mais était-ce suffisant?
Elrond avait-il l'intention de lui enlever Elanor ? Et si ses parents avaient protestés, et peut-être fait changer Elrond d'avis? Elanor ne souhaiterait pas partir, mais elle pourrait être contrainte d'obéir à un ordre du Seigneur d'Imladris, en particulier si la Dame Galadriel ou le Seigneur Celeborn approuvaient cette décision. Le couple royal pourrait croire qu'ils faisaient une faveur à la fois à Elanor et à lui-même en les libérant de cet engagement.
D'autre part, Haldir pensait sincèrement que la Dame de Lumière comprenait ce qui se passait entre lui et Elanor, même si il ne le comprenait pas complètement lui-même. Prendrait-elle cette décision en sachant que cela le ferait souffrir? Il plissa es yeux à cette pensée. Oui, si Elanor le laissait, il en souffrirait assurément. Il s'en remettrait sûrement avec le temps, mais il ne souhaitait vraiment pas endurer tant de douleur.
La mâchoire de Haldir se crispa soudainement. Ils feraient tout bien de se rappeler que c'est envers lui qu'Elanor était engagée. C'était lui qui avait été traité de cette façon scandaleuse et c'était envers lui qu'elle devait se faire pardonner! Elrond ne pourrait pas nier cet état de fait. Et il pourrait encore moins la libérer de sa punition sans le consentement d'Haldir. . . consentement qui, par les Valar, il n'avait aucune intention de donner ! En outre, elle lui avait dit qu'elle ne le laisserait pas. Il ferait bien de se rappeler son obstination et sa force.
Rassuré par ces réflexions, Haldir posa sa main tout contre l'indwaedh, caché sous son épaisse tunique de gardiens. Sa légère présence si féminine l'envoûtait totalement, envahissant son esprit de sensualité et de sérénité. Il avait l'impression d'être sur un nuage, laissant ses sens dériver dans une vague de plaisir. Ou peut-être était-ce comme si il était en train de voler, se laissant porter par le vent dans un ciel d'azur avec le soleil sur son visage.
S'allongeant de tout son long sur une épaisse fourrure, Haldir lia ses doigts derrière sa tête et laissa enfin son esprit errer sa guise sur ce chemin qu'il avait tenté de garder loin de son esprit ses dernières heures. L'essence d'Elanor l'enveloppa en une étreinte intime, réveillant son désir et le plongeant dans un bien-être presque euphorique. Il leva les yeux et regarda les feuilles qui bruissaient au vent, les observant danser dans l'air comme si elles exprimaient sa propre passion. Des sensation le parcourait, sans logique ou raison, le faisant se sentir plus jeune et vivant qu'il ne l'avait été depuis un millénaire. En fait, cela ressemblait à une douce ivresse provoquée par un vin particulièrement fin. . . Avec quelques délicieuses variations en plus.
A suivre….
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Le blabla de la traductrice: Je sais. C'est intolérable. Je suis vraiment profondément désolée pour l'attente absolument impardonnable que je vous ai fais subir!!! J'ai honte de voir que vous me laissez des reviews si gentilles, si motivantes et que je ne suis même pas capable de vous donner un chapitre sans vous faire attendre 3 mois…. Je n'ai aucune excuse, si ce n'est que je voyage beaucoup depuis 6 mois et que je n'ai pas toujours le temps de traduire autant que je le voudrais…. Je vous promet néanmoins que je vais reprendre un rythme plus soutenue et ma discipline des débuts!! Quoi qu'il arrive le prochain chapitre sera là avant la fin du mois!!! Je l'ai dit et je tiendrais cet enneigement par les couilles de Morgoth! (hihi j'adore cette façon de jurer)
Merci encore pour votre soutien et vos reviews, j'espère que ce chapitre vous a plu!! J'aime beaucoup les pensées d'Haldir à la fin de ce chapitre…
