Chapitre 24
Confortablement installée sur un banc dans l'une des nombreuses alcôves du jardin de Galadriel, Elanor remuait distraitement les doigts, essayant en vain de trouver un arrangement satisfaisant à proposer à Lurien. Après tout, c'était Lurien lui-même qui avait suggéré l'idée d'un nouvel arrangement donc il devait avoir quelque chose en tête. Mais quoi?
Tout ce qu'elle pouvait lui offrir était un baiser, et cette perspective la gênait beaucoup. Le simple fait d'imaginer qu'un baiser d'elle pourrait valoir quoi que ce soit aux yeux de Lurien était risible; aucun doute qu'il se moquerait d'elle si elle faisait une telle offre. Elle se mit à rougir de honte rien qu'en y pensant.
Elle s'imagina en train d'embrasser Lurien et fronça les sourcils. Cependant, elle ne pouvait s'empêcher de se dire que ce serait si simple, presque enfantin en fait. Un seul baiser et l'angoisse sourde qui la hantait jour après jour, troublant ces moments paisibles ou elle préférait penser à Haldir, bercée par la douce présence de l'indwaedh, prendrait fin. Elle ne voulait pas embrasser Lurien, mais si c'était le prix à payer pour qu'il la laisse tranquille, elle pensait pouvoir le faire. Haldir n'aurait pas besoin de le savoir; il avait déjà bien assez de soucis.
Un instant plus tard elle secoua la tête, consciente du fait qu'elle était idiote. Lurien ne voulait pas l'embrasser ; il voulait simplement se servir d'elle pour provoquer Haldir. Tout le monde l'avait déjà mise en garde, et elle trouvait ça très inquiétant. C'était une chose qu'elle soit menacée, mais le simple fait de savoir que Lurien essayait de causer des ennuis à Haldir la mettait hors d'elle. Si c'était en son pouvoir de l'en empêcher, elle devait agir. Mais était-ce vraiment en son pouvoir?
Perdu dans ses pensées, elle se leva et souleva le rideau de feuillage, mais au moment même ou elle sortit de l'alcôve, elle se figea. A moins de dix pas devant elle se tenait la Sentinelle qui causait tant de tourment à son esprit. Il semblait être absorbé par le parterre de fleur devant lui, mais à l'approche d'Elanor il leva les yeux, l'air aussi stupéfait qu'elle. "Elanor," fit-il soudain, après un moment d'hésitation. "Quel merveilleux hasard. J'étais justement en train de penser à toi." Il plongea ses yeux bleus dans ceux d'Elanor, et comme toujours, sa beauté était à couper le souffle.
"Oh?" Elanor se prépara mentalement, ne sachant pas quoi répondre parmi toutes les idées qui tourbillonnaient dans son esprit. "Je pensais à toi aussi," répondit-elle enfin, en espérant ne pas avoir fait une erreur.
"Vraiment?" Son expression changea subtilement. " Voilà qui est intéressant." Avec sa grâce habituelle, il croisa ses mains derrières son dos, et se rapprocha d'elle. Son regard se posa sur l'alcôve derrière elle. "Si nous allions nous asseoir? À moins que tu préfères marcher?"
Elanor passa rapidement en revue d'éventuelles solutions de rechange. Elle n'avait pas vraiment envie de faire l'un ou l'autre avec lui, mais peut-être était-ce après tout le bon moment pour essayer de régler son problème. "Que préfèrerais-tu?" demanda t'elle d'un ton prudent.
Il inclina légèrement la tête. "Je préférerais m'asseoir. J'ai été debout toute la journée."
Ca semblait si légitime qu'Elanor ne sut comment refuser. "Très bien," fit-elle. Elle retourna à l'intérieur de l'alcôve, qui sembla soudain beaucoup moins paisible. Essayant de rester calme, elle s'assit à l'extrémité du banc, espérant mettre ainsi un espace prudent entre elle et Lurien, mais celui-ci choisi de s'installer au milieu, loin de ce qu'elle avait à l'esprit..
"Alors?" fit Lurien en arquant l'un de ses sourcils doré.
Troublée par le regard de Lurien, Elanor baissa les yeux, luttant pour garder un air serein. "Et bien,"fit-elle d'un ton faussement détaché, "Cette journée à été longue?"
"Je ne pense pas que c'est de ça que nous devons parler, Elanor."
Il avait évidemment raison, et elle se dit intérieurement qu'elle ferait bien de ne pas laisser passer cette chance.
Elle releva la tête. "Lurien, qu'est-ce que tu attends de moi au juste?"
"Tu joues cartes sur table,"murmura t'il, une lueur dans le regard. "J'aime ça."
"Oui," répondit-elle froidement, sentant qu'elle perdait patience. "Jetons toutes les cartes sur la table. Je souhaite mettre un terme à notre marché ridicule et tu semble être prêt à négocier. Alors que veux-tu ?"
Semblant amusé, il étira son bras le long du dossier du banc de telle sorte que ses doigts ait effleurés les épaules d'Elanor, mais elle ne lui donna pas le plaisir de réagir. "Que penses-tu que je veuille?" s'enquit-il d'un ton langoureux.
"J'ai pensé que tu avais peut-être quelque chose de précis à l'esprit."
"Pas vraiment." Il décala légèrement son pouce, encore plus près d'elle, jouant avec une mèches de ses cheveux sombres. "Je pensais que toi oui ."
Elanor ne put réprimer plus longtemps son besoin de s'éloigner de lui et se décala de façon à lui faire face. Elle ouvrit la bouche mais la referme aussitôt, se sentant terriblement idiote. Allait-elle oser le dire? "Lurien, je. . . Je te donnerais un baiser si tu me laisse tranquille." Elle se mit à rougir violement, le coeur battant.
Comme elle le craignait, il semblait sur le point d'éclater de rire. "Un baiser ? C'est tout?"
"Qu'est-ce que tu veux?" répéta t'elle, la mâchoire crispée.
Lurien se rapprocha encore d'avantage. "Elanor, Elanor, tu es injuste envers toi même. Que penses-tu que je veuille?" La main la plus proche que son épaule glissa sur l'accoudoir du banc tandis que l'autre venait couvrir sa main.
Un lourd silence s'installa alors qu'Elanor réalisait ce qu'il était en train de dire.
"Non," fit-elle d'un air catégorique. Elle était étonnée de découvrir qu'elle était si choquée, comment avait-elle pu ne pas prévoir ça?
"Non?" Ses lèvres contractées. "Tu ne semble pas comprendre la situation, ma chérie." Ses doigts s'enroulèrent autour de son poignet. Il plongea son regard dans le sien…et elle réalisa alors qu'elle ne pouvait plus bouger. Tout qu'elle voyait était cet éclat bleu qui l'hypnotisait, semblant pénétrer au plus profond d'elle pour y lire son cœur et sublimer ses rêves. "Elanor," fit Lurien d'une voix douce, "Je voudrais simplement te montrer mon amour. Est ce si difficile à comprendre?"
"Non," chuchota-t-elle, sans bien savoir si c'était un refus ou une réponse à sa question. Elle réalisa à peine qu'il avait lâché son poignet et qu'il caressait maintenant son bras en lui souriant. Quel douceur incroyable . . .
"Je suis attiré par toi," lui dit-il à voix basse. "Je l'ai été dès l'instant ou j'ai posé les yeux sur toi, avant même de savoir qui tu étais, pourquoi tu étais ici, et ce que tu avais fait. . . "
Elanor parvint tant bien que mal à détacher son regard du sien, bien qu'elle eu l'impression qu'elle n'aurait pas pu le faire sans l'accord de Lurien . "Ce que j'ai fais?" Répéta-t-elle avec méfiance
"Ce que tu as fais à Haldir." Ses lèvres se courbèrent en un sourire envoutant.
Elle secoua la tête, essayant de penser clairement. Il ne le savait pas. Il ne pouvait pas le savoir. Il essayait de la faire avouer. "Arrête ,"fit elle faiblement.
"Mais que j'arrête quoi?"
"Je ne vais pas me donner à toi Lurien. Je ne veux pas faire ça. Et toi non plus."
Il ne parut pas le moins du monde troublé par son refus. "Tu à l'air si convaincue de ce que tu dis,"répondit-il d'un air songeur. "Peut-être parce que tu es si jeune. Tu n'a pas encore gouté à tout ce que la vie peut t'offrir. Tu as décidé de te limiter à un seul vin sans en essayer d'autres. Crois-tu vraiment que cela soit sage?"
Elle le haïssait quand il jouait sur les mots pour essayer de la faire douter. " Tu n'es pas du vin!" répliqua-t-elle avec véhémence. "Et ce que tu dis est absurde. S'il te plait, je veux que notre marché cesse et. . . je veux que tu laisses Haldir en paix!" ajouta-t-elle avec imprudence.
Quelque chose changea alors dans l'air, comme si une chape de plomb obscure et glacée venait de les envelopper. Lurien n'avait pas bougé, mais il lui apparut soudainement plus grand, plus près et bien plus intimidant qu'un moment auparavant. Puis soudain, il lui eut un mince sourire, presque tendre, et lui prit la main.
"Elanor, je serais enchanté de laisser Haldir tranquille sui seulement tu voulais bien te montrer un peu plus coopérative et agréable. Je ne demande pas grand chose. Quelques heures de ton temps dans une vie éternelle. . .. Quelques heures qui seraient pour nous un souvenir délicieux parmis milles autres semblables. . . Bientôt nos chemins se sépareront, mais pour l'instant ils s'entremêlent. Je suis seul une grande partie du temps, tout comme toi."
"Je ne suis pas seule," protesta t'elle.
"Mais moi oui. Et j'aimerais ta compagnie. Si tu veux briser notre marché, tu dois offrir quelque chose en échange. . . quelque chose de même valeur, ou mieux, de plus précieux. Ta compagnie le temps d'une nuit satisferait mes exigences."
Elle secoua la tête avec véhémence. "Je ne peux pas accepter."
"Alors notre marché est maintenu. Tout comme ma haine pour ton gardien."
Soudain c'était là, étalé au grand jour devant Elanor. Elle le regarda étrangement, totalement prise au dépourvu par son manque de scrupule. "Je sais pourquoi tu le déteste," chuchota t'elle .
"J'en doute, Elanor." Il sembla perdu dans ses pensées pendant quelques instants, puis reposa ses yeux sur elle. "Tu l'aimes?" Il n'avait plus du tout l'air tendre, doux ou amusé, mais plutôt froid et cassant. "Naturellement tu l'aimes. C'est évident. Mais pas assez on dirait."
Elanor se leva brusquement, trop confuse pour continuer à discuter. "Tu ne sais rien," fit-elle, la voix tremblante. "Tu ne comprends rien. Tu ne ressens rien. Tu- "elle s'interrompit au regard qu'il lui lança. "Ne m'adresse plus la parole, Lurien. Ne fais pas ça. . . "elle vit ses yeux scintiller, mais réussit à détourner le regard avant qu'il ne puisse utiliser son pouvoir.
Elle quitta l'alcôve les yeux fermés, laissant Lurien seul.
X
Déboussolée, Elanor passa les heures suivantes blottie sur le banc de la terrasse d'Haldir, le regard dans le vide tandis que la scène avec Lurien repassait en boucle dans son esprit.
Il avait du pouvoir, et la volonté évidente de l'utiliser. Elle avait dit à Haldir qu'elle pouvait lui résister, mais maintenant elle n'en était plus sure. Comment pourrait-elle se défendre? Elle savait bien qu'elle ne pouvait pas frapper Lurien comme Healea l'avait fait. Une chose était sure, elle n'en parlerait pas à Haldir. Cela ne ferait que leur apporter des tonnes d'ennuis.
Tout ceci était absurde. Elle devait simplement briser ce marché et ne rien donner en échange. Cependant, si il y avait une chose qu'elle avait appris, c'était l'importance de maintenir son intégrité personnelle. N'était-elle pas liée à Lurien par cet accord? À ses yeux, si. Comment pourrait-elle regarder Haldir dans les yeux si elle ne pouvait pas se regarder elle-même dans le miroir sans mépris? Comment pourrait-elle prétendre être digne de l'amour d'Haldir si elle se trahissait?
Était-ce que Lurien avait voulu depuis le début? Toutes ces offres d'amitié lui avaient semblé sincères, mais peut-être que cela ne voulait rien dire pour lui. Combien de fois lui avait-il dit qu'il l'admirait et qu'il voulait l'aider? Ah, il est vrai qu'il avait essayé de la séduire dès leur première rencontre, mais elle avait sincèrement pensé que c'était juste sa façon d'être, et que ce genre de choses ne se reproduirait plus. Elle avait cru qu'ils étaient amis et qu'il l'aimait bien. Elle s'était même permise de lui faire confiance.
Elle n'était qu'une imbécile. Combien de fois avait-elle donné à Lurien le bénéfice du doute? Trop de fois, elle le réalisait maintenant. Et aujourd'hui il avait montré son vrai visage.
Humiliée, Elanor posa ses coudes sur ses genoux et enfonça ses doigts dans ses cheveux. Elle avait cruellement manqué de sagesse. À plusieurs reprises elle s'était faite avoir comme une enfant par les compliments et les ruses de Lurien, et maintenant elle en payait le prix. Qu'avait dit Haldir à propos d'elle à Imladris?
Tu es comme un poussin tout juste sorti de l'œuf, Elanor, lente à apprendre . . .
Elle se répétait cette phrase, encore et encore, les jours brulantes de honte.
Tout cela devait cesser. Mais comment ? Lurien avait du pouvoir et selon Haldir, Galadriel ne l'empêcherait pas d'en faire usage. Pourquoi ? Elanor connaissait la sagesse infinie de la Dame, et se sentit coupable de supposer que Dame Galadriel pouvait se tromper. Non, c'était Elanor qui se trompait. Gravement.
En dépit de la beauté de Lurien, l'idée de se donner lui, ne serait-ce qu'une fois, la fit frissonnée de dégout. Ces moment passés avec Haldir était ses souvenirs les plus précieux, et ils ne devaient pas être souillés. Maintenant qu'elle n'était plus vierge, maintenant qu'elle savait, maintenant qu'elle aimait . . . elle réalisa qu'il n'y avait aucune possibilité qu'elle se donne à Lurien. Aucune. Et étrangement, ce n'était pas ce qui l'inquiétait le plus.
X
Nerwen tenait son couteau
exactement comme Orophin lui avait montré, travaillant avec soin la
belle sculpture qu'elle essayait de créer. Elle savait qu'elle
aurait dû choisir quelque de plus simple pour une débutante, mais
elle était toujours été ambitieuse.. Elle voulait sculpter un
archer, un Galadhel qui pointait fièrement son arc et sa flèche
vers le ciel. Quelque chose qui ressemblerait à Rúmil.
Malheureusement, ses deux premières tentatives avaient été des
échecs cuisants et elle les avaient déjà jetés. C'était son
troisième essai, et elle était déterminée à réussir.
Orophin
avait semblé légèrement gêné par ses propres difficultés, mais
elle l'avait trouvé plutôt doué. Il lui avait montré les bases,
mais maintenant elle était toute seule, et elle se trouvait vraiment
mauvaise. A sa première tentative, elle avait faites les jambes trop
courtes, et à la seconde le couteau avait glissé, décapitant son
pauvre petit archer !
Ses pensées se tournèrent vers Rúmil pendant qu'elle travaillait. Elle pensa à son sourire, à la manière dont ses yeux bleus scintillaient, à la manière dont il essayait toujours de glisser un bras autour de sa taille pour voir quelles libertés il pourrait prendre avant qu'elle ne le repousse. Des larmes trop familières lui montèrent aux yeux tandis qu'elle pensait à ce que serait sa vie sans lui. Ce n'était pas normal; elle n'avait pas l'habitude de penser à de telles choses. Pourtant, l'idée qu'elle pouvait l'avoir perdu à tout jamais lui brisait le cœur. Et tandis que cette idée la remplissait de crainte, le couteau glissa et lui entailla le doigt.
Nerwen regarda avec consternation le sang couler et tomber sur sa robe. Hormis durant ses règles depuis combien de temps n'avait-elle pas vu son propre sang? Très longtemps.
Elle avait mal. Et cela lui fit penser à Rúmil et aux dangers auxquelles il faisait face.
"Rúmil," chuchota-t-elle en souhaitant désespérément qu'il soit à ses cotés. Il aurait soigné son doigt, l'aurait grondée pour avoir été si négligente et puis il aurait essayé de l'embrasser. Et cette fois elle l'aurait laissé faire.
Cette fois elle aurait même souhaité qu'il l'embrasse. Elle l'aurait serré contre elle et embrassé en retour, puis elle lui aurait donné tout ce qu'il voulait d'elle et plus encore. Ses doigts fiévreux auraient détachés sa tunique pour pouvoir enfin toucher sa peau dénudée. Elle ferma les yeux, très fort, afin d'empêcher ses larmes de couler le long de ses joues. A cet instant elle avait tellement envie de lui.
Peut-être était-ce aussi bien qu'il ne soit pas ici.
Elle se leva en soupirant et entra dans sa chambre pour chercher de quoi panser son doigt. Ensuite, elle se tourna et contempla son lit qui n'avait plus accueilli d'amants depuis tant d'années. Seul Tarwë le savait; les autres pensaient qu'elle avait toujours des amants, et bien entendu elle leur laissait croire.
"Rúmil," Chuchota-t-elle encore
X
A une courte distance de la Lothlórien, cinq voyageurs chevauchaient vers la frontière nord-est du Bois d'Or, après avoir traversé les Montagnes Brumeuses puis suivit l'Anduin. Parmis eux, quatre étaient joyeux tandis que le cinquième suivait en silence, observant les alentours. Tandis que les quatre plus jeunes parlaient et riaient, Elrond d'Imladris admirait leur enthousiasme avec un amusement évident. La nuit tombait.
"Et combien de cœurs projettes tu de briser en Lórien?" Lança Elrohir en direction de Minden.
Minden essaya d'avoir l'air modeste, mais ce n'était pas particulièrement réussi. "Je ne brise pas les cœurs, je les répare," corrigea t'il. " Mais combien vais-je en soigner ici, je ne sais pas. Je n'ai pas la prétention de concurrencer les fils d'Elrond. Quand l'un de vous est présent, toutes les Ellith ne regardent que lui!"
"C'est complètement faux!" protesta Elladan. "Mon cher frère jumeau n'a aucun talent avec les ellith! Il se contente de rester muet et caché tandis que je courtise pour lui! Ensuite il se faufile furtivement et remporte le prix alors que j'ai fais tout le travail."
Elrohir éclata de rire, Minden eu un large sourire puis les jumeaux commencèrent à se chamailler pour savoir qui avait raison.
Telrion, lui, souriait distraitement. Malgré les apparences, il n'était pas aussi joyeux que les autres, parce que il avait passé les derniers mois à se sentir coupable et à s'inquiéter pour Elanor. Avec le recul, la gravité de leur farce envers Haldir avait pesé fortement sur sa conscience, le forçant à obtenir la permission du Seigneur Elrond à l'accompagner en Lórien. Telrion savait que la propre inquiétude d'Elrond avait joué dans sa décision de faire ce voyage plus tôt que prévu, ce qui réjouissait Telrion. Il espérait secrètement secourir Elanor et la ramener à Fondcombe, chez elle.
Si par malheur il n'y arrivait pas, il avait la ferme intention de rester en Lorien aussi longtemps qu'elle serait forcée d'y demeurer. Sa conscience torturée lui ordonnait de faire quelque chose, n'importe quoi, pour rendre sa vie la bas plus supportable, parce qu'il avait connu Elanor toute sa vie et qu'il l'aimait comme une soeur. Ils avaient grandi ensemble, et avaient reçu les enseignements du même professeur (un ancien disciple d'Erestor). Ils s'étaient même demandés pendant un certain temps si ils pouvaient devenir plus que des amis. Un baiser, il y a longtemps de cela, leur avait prouvé le contraire. Ils avaient à la place décidé qu'une amitié sincère les serviraient mieux.
Son cousin Minden, bien que légèrement plus jeune, avait aussi grandi avec eux. Lui aussi s'inquiétait du bonheur d'Elanor, bien que Minden n'ait pas ressenti autant de culpabilité que Telrion. Minden pensait que ce serait une expérience très enrichissante pour Elanor, mais Telrion n'était pas d'accord. Quant aux jumeaux, ils étaient venus pour le plaisir et pour protéger leur père; ils ne se préoccupait pas d'Elanor, excepté dans un sens général.
En dépit de la légèreté de l'humeur ambiante, Telrion sentit une vague d'inquiétude l'envahir alors qu'ils atteignaient l'orée du Bois. Mal à l'aise, il regarda les ombres immenses, puis les imposants Mellyrn, sans voir aucun signe des Galadhrim. Évidemment, être en compagnie du Peredhel et ses fils devrait lui donner le droit d'entrer dans la belle Lórien. Cependant, il pensait qu'ils auraient dû déjà se manifester.
"Quand vont-ils se montrer?" demanda t'il.
Elrohir, qui chevauchait légèrement devant, se retourna et lui lança un sourire étrange.
"Ils aiment se cacher, puis surgir de nulle part pour tenter de nous effrayer. La dernière fois nous avons fait au moins deux cents pas dans le Bois avant qu'Orophin n'apparaisse. Sois assuré que nous sommes bien surveillés. Je sens beaucoup de regard sur nous en ce moment." Il se retourna soudainement et se pencha sur le côté alors qu'une flèche volait entre les chevaux et alla s'enfoncer dans l'arbre juste derrière Minden.
Elrohir leva les yeux en souriant. "Bien visé, Rúmil ! Si je n'avais pas une agilité si prodigieuse, tu m'aurais embroché." Il gloussa alors que Rúmil sautait de l'arbre, tombant au sol avec élégance.
"Presque," Répondit Rúmil. "Si j'avais eu l'intention de te tirer dessus, mon ami, tu serais mort." Il porta son poing à sa poitrine et s'inclina avec respect devant Elrond. "Mae govannen, mon seigneur. Vous êtes attendu."
Elrond inclina la tête en retour, amusé par les plaisanteries des jeunes elfes. Trois autres Geledhil les rejoignirent pendant un petit moment tandis que le groupe d'Imladris, débattait sur le fait de continuer ou de camper. Elrond décida de continuer leur route en dépit de l'obscurité; Rúmil désigna un elfe pour les accompagner, laissant entendre qu'ils se perdraient sans guide. Seigneur Elrond arqua un sourcil, mais approuva. Il n'y avait effectivement aucun chemin tracé, bien qu'ils auraient sans doute réussi à trouver la cité.
Le sourire de Rúmil se fana après leur départ.. Haldir l'avait envoyé ici pour saluer les voyageurs, en disant que les fils d'Elrond réussiraient sans aucun doute à lui remonter le moral. Et ils l'avaient fait, pour un bref instant. Mais maintenant il devait retourner à son poste plus à l'ouest, près d'Haldir, et patienter encore quelques jours avant de retourner à la cité. Il n'était pas encore prêt à faire face à Nerwen, et de plus il avait un devoir à accomplir. Une vague de tristesse lui emplit le cœur, une fois de plus.
X
Tremblant légèrement à cause de la brise nocturne, Elanor drapa soigneusement sa cape autour d'elle et s'installa plus confortablement sur le banc ou elle était assise. Incapable de dormir, elle s'était habillée et avait flâner dans les hauteurs de la cité, jusqu'à ce qu'elle atteigne ce flet, le plus haut de la ville, qui servait aussi de tour de guet. L'unique sentinelle qui montait la garde ici l'avait poliment ignorée, lui laissant l'intimité qu'elle désirait. Haut dans le ciel, Ithil était presque cachée par de gros nuages noirs. Il allait pleuvoir bientôt.
"Elanor." Une voix basse, celle d'une femme, la fit sursauté.
"Ma Dame!" Elanor se leva et attendit, se demandant ce que la Dame de Lórien avait à lui dire à une telle heure.
Galadriel traversa le flet pour se tenir à sa hauteur, sa seule présence éclairant le lieux d'une douce lumière. "J'ai des nouvelles pour toi, Elanor."
Elanor inclina la tête pour la saluer, puis se redressa pour regarder la Dame dans les yeux. "Des nouvelles, Ma Dame?"
"Elrond approche. Il a déjà franchit la frontière de la Lothlórien et devrait être à la cité au lever du jour. Deux de tes amis voyagent avec lui."
Une soudaine inquiétude s'empara d'Elanor. "Pourquoi est il ici, Ma Dame?"
"Pour plusieurs raisons, dont seulement une qui te concerne. Ne sois pas si inquiète,mon enfant. Personne ne t'emmènera loin d'Haldir contre ta volonté."
Elanor rougit dans l'obscurité, mais ne répondit pas. Galadriel continua à la fixer intensément, bien qu'Elanor ne savait pas ce qu'elle pouvait voir dans l'obscurité.
"Haldir ne ta pas dit qu'Elrond venait." C'était plus une affirmation qu'une question.
"Non," admit Elanor. "Non, en effet."
L'ancienne Elanor aurait été furieuse et méfiante qu'il ne lui ait pas dit, mais la nouvelle Elanor était différente. "Il ne l'a pas mentionné," fut tout ce qu'elle ajouta. Caché sous sa robe, l'indwaedh l'apaisait, gardant Haldir proche malgré la distance, lui rappelant son attachement. Elle lui faisait confiance.
"Tu as acquis beaucoup de sagesse," remarqua la Dame. "Bien plus que je ne m'y attendais considérant le peu de temps que tu as passé ici."
Elanor savait que ce moment était une occasion unique de confier ses problèmes à Galadriel, de lui parler de Lurien et de ce qu'il essayait de faire et surtout de la prier de faire en sorte que la Sentinelle laisse Haldir et elle en paix. Mais quelque chose l'en empêcha et elle resta silencieuse, attendant que la Dame de Lorien prenne la parole. Haldir lui avait dit que la Dame connaissait le cœur et l'esprit de tout ceux qui vivaient sur sa terre; peut-être avait-elle sentie le conflit dans l'esprit d'Elanor et qu'elle allait pouvoir la conseiller.
"Vois-tu, Elanor," fit la Dame d'un air songeur, "C'est par nos choix et nos convictions que chacun de nous dirige sa vie. Certains d'entres nous ont des dons, qu'il convient d'employer avec prudence. Chaque être à quelque chose à offrir."
Elanor scruta le visage de Galadriel, mais son regard était indéchiffrable .
"Le simple fait de penser un instant que nous savons ce qui est bon pour une personne, mieux que la personne elle-même, est une erreur. Chacun doit faire ses propres choix pour être libre. Les erreurs sont seulement des leçons, Elanor." Soudainement, la Dame lui sourit. "Tu as le cœur plein de bonté, ma chère, et cela te servira bien. Vas te reposer maintenant, parce que demain sera une journée bien remplie." La Dame s'éloigna sur ces mots, emmenant la lumière avec elle.
A nouveau seule, Elanor ferma les yeux pour mieux assimiler les paroles de Galadriel, ainsi que le doux murmure de l'indwaedh. Elle souhaitait terriblement qu'Haldir soit à ses côtés, mais l'indwaedh l'a soulageait; et elle s'enveloppa tout entière dans son essence indéniablement masculine et unique. Les paroles de Galadriel résonnaient dans son esprit. L'avait-elle conseillé sans savoir les problèmes auxquelles elle faisait face, ou bien le savait-elle? C'était flou aux yeux d'Elanor.
Elanor repensa subitement à ce que lui avait dit la Dame à propos des voyageurs. Était-ce possible que ce soit Telrion et Minden qui voyageaient avec le Seigneur Elrond? Sans aucun doute; ils étaient sans conteste ses amis les plus proches.
Soudainement excitée, Elanor décida de suivre le conseil de Galadriel et d'aller se reposer. Elle ne devait pas se soucier de Lurien. Les choses s'arrangeaient maintenant car bientôt elle allait revoir ses plus chers amis.
X
Rúmil trouva Haldir où il le pensait, sur le flet le plus haut, le regard tourné vers l'horizon comme il en avait l'habitude. Même dans le noir il vit que l'expression sur le visage de son frère était anormale, comme si une part de lui était ailleurs et totalement inconsciente de l'endroit ou il était. Ce n'était pas la première fois que Rúmil avait remarqué cette expression sur le visage de son frère, et à chaque fois il avait été tenté de le lui faire remarquer, mais son cœur était lourd et cela avait parut trop difficile. Cette fois, par contre, Haldir semblait encore plus distrait; il n'avait même pas salué Rúmil alors qui grimpait à côté de lui.
"Je suis là," Fit Rúmil en observant de près le visage de son frère. Il eut l'impression qu'Haldir mit un peu trop longtemps à reprendre ses esprit et tourner la tête vers lui.
"Vous les avez trouvés?" demanda Haldir. Au moins sa voix était normale.
Rúmil hocha la tête. "Telrion et Minden étaient là aussi." Il vit Haldir froncer légèrement les sourcils. "Quelque chose ne va pas? Tu as l'air différent depuis quelques temps."
"C'est ridicule, tu imagines des choses. C'est toi qui as changé." Haldir croisa les bras sur sa poitrine. "Alors, quand vas-tu te décider à me parler de ce qui te perturbe?"
Rúmil détourna le regard, peu enclin à penser à ça. "Je ne sais pas quoi dire. Ni par ou commencer."
"Pourquoi pas au début?" fit Haldir d'un ton faussement sec; nul doute qu'il avait reprit ses esprits.
Rúmil réfléchit à ça. Y avait-il un début à cette histoire?
"Je suppose que tout a commencé à la mort d'Ainon," fit-il lentement. " Durant les premiers jours, quand ma douleur était la plus vive."
Il commença donc son récit d'une manière un peu décousue, avec de longues pauses entres chaque phrases; et pour la première fois il dit à Haldir comment Nerwen était venue dans le jardin alors qu'il souffrait, comment elle était resté avec lui en lui tenant la main. Et comment, d'une manière que Rúmil ne comprenait pas, elle l'avait apaisé alors même qu'il le lui avait pas parlé, ni même jeté un regard. Et enfin, comme il avait commencé à l'aimer ce jour là, bien que cela lui ait prit des années pour l'admettre. Et durant tout ce temps il avait refusé de l'accepter, continuant à flirter et à coucher avec d'autres ellith. Quel idiot il avait été.
"C'est plus que du désir que je ressens," ajouta-t-il d'un ton ferme. "Je l'aime. Et je sais que je ne peux pas la forcer à m'aimer en retour. Haldir, La Dame m'a dit que l'amour est vivant. Éternel." Il déglutit, la voix mal assurée. "J'ai peur d'aimer Nerwen à jamais. Mon amour pour elle ne disparaitra pas. . . et je vais être ainsi. .. . pour toujours. J'ai ri d'Orophin," conclut-il avec amertume, "Et maintenant je l'envie."
Dire tout ça à haute voix le faisait étrangement se sentir mieux et plus mal à la fois. Se confier à son frère était un immense soulagement, mais cela semblait aussi rendre la situation bien plus désespérée qu'avant. Alors il sentit Haldir poser une main sur son épaule.
"Je suis surpris," répondit Haldir. "Tu dis qu'elle ne t'aime pas, mais il doit y avoir une bonne raison si elle m'a suivit la nuit ou tu t'es comporté comme un idiot sur son toit. Elle m'a supplié de ne pas te punir. Elle a mit un point d'honneur à me faire remarqué que tu n'avais pas abîmé son toit et que personne n'était vraiment choqué par ton répertoire quelque peu douteux de chansons. Je n'était pas censé te le dire, d'ailleurs. Oh, et je t'ai laissé entièrement habillé sur ton lit, alors si tu t'es réveillé avec tes vêtements enlevés et une couverture sur toi, je suppose que c'est grâce à Nerwen. Pour une elleth qui ne t'aime pas, elle s'inquiète beaucoup pour ton bien-être. Tu peux voir pourquoi je suis surpris."
La stupéfaction de Rúmil s'était amplifié durant tout le discours d'Haldir. "Bon sang au nom du Mordor, pourquoi tu ne m'as pas dit ça avant?!"
"Tu n'avais pas l'air d'avoir envie d'en parler," Lui rappela Haldir.
"C'est vrai. Mais tu aurais du me le dire quand même!"
Haldir arqua un sourcil.
"Mais je te remercie," fit Rúmil d'un ton plus humble. "Que puis-je faire à propos de ça? Tu penses qu'il y a de l'espoir que ça s'arrange?"
"Bien entendu. Mais tu dois la courtiser correctement." Haldir lui lança un sourire légèrement moqueur. "Toutes tes chansons paillardes auraient eu plus d'effet en privé."
"Je te l'ai déjà dit, je ne sais pas comment courtiser une elleth.. Je sais seulement rire, flirter, plaisanter et faire l'amour. Tout ce qu'elle n'aime pas."
"Rúmil, comment pourrait-elle ne pas aimer tout ça? J'ai souvent vu Nerwen en train de rire et de flirter, et je sais qu'elle a au des amants, même si tu n'étais pas l'un d'entre eux."
"Est-ce que toi tu l'as été?" Demanda Rúmil en essayant de prendre un air détaché alors qu'en réalité il brûlait de jalousie envers tout les elfes qui avaient été dans le lit de Nerwen.
"Non, petit frère, je n'étais pas l'un d'entre eux." fit Haldir d'un air moqueur. "Tu te sens mieux maintenant?"
Rúmil eu un sourire gêné. "Un peu, oui. Au moins j'ai un à nouveau un peu d'espoir."
"Tout à fait. Et beaucoup de jours devant toi pour réfléchir à ta prochaine action."
Rúmil soupira, souhaitant soudainement que l'heure de rentrer à la cité soit plus proche qu'elle ne l'était. Que pouvait-il bien faire pour avoir Nerwen? Comment lui prouver que son amour pour elle était sincère? Une idée lui vint alors à l'esprit, mais c'était terriblement risqué. Il devait y réfléchir très attentivement.
X
Une foule curieuse se rassembla alors que les elfes de Fondcombe passait les portes de Caras Galadhon, mais Túre resta en retrait, caché dans l'ombre tandis que les cinq voyageurs descendaient de leur cheval et secouaient leur capes trempées. D'où elle se tenait, elle vit le Seigneur Celeborn saluer chacun d'entre eux, en commençant par son gendre, Elrond Peredhel, suivi de deux elfes qu'elle n'avait jamais vu avant, et terminant par ses petits-fils. Túre avait déjà vu plusieurs fois les jumeaux d'Elrond et avait toujours admiré leur beauté sombre et éthérée, mais à l'heure actuelle son regard était attiré par les deux ellyn inconnus.
Ils étaient aussi beaux que les jumeaux, grands, minces et très élégants, avec de longs cheveux foncés et des yeux brillants de curiosité. Malgré la distance, elle nota la ressemblance entre eux; tous deux étaient extrêmement beaux, mais l'un avait les yeux bleu clair tandis que l'autre les avaient vert. Peut-être étaient-il frères ou cousins, pensa t'elle. Quoi qu'il en soit, elle ne serait pas la seule elleth intéressée aujourd'hui.
Ce qui se passa alors pris Túre par surprise. Elanor apparut, dévalant les escaliers comme si elle avait des ailes. . . Pour se jeter directement dans les bras de l'elfe au yeux bleus. Il se mit à rire en la faisant tournoyer dans les air tandis que l'elfe aux yeux verts souriait et s'exclamait quelque chose que Túre n'entendit pas.
En voyant ça, Túre sentit une bouffée de jalousie l'envahir avant qu'elle se souvienne que tout était différent désormais. Iridor lui avait rendu l'espoir, et il serait sage qu'elle le garde vivant, comme une flamme réconfortante dans le froid de la nuit. Retourner dans les ténèbres ou elle avait erré pendant si longtemps serait comme rejeter le don d'Iridor.
Túre se redressa.. Elle refusait d'être jalouse d'Elanor.
Il était évident que ces deux elfes étaient ses amis; et Túre savait qu'elle devait être heureuse pour elle. Elle était heureuse pour Elanor. Et alors, tandis que cette pensée cheminait en elle, elle constata que son cœur s'était en effet adouci et que son moral avait grimpé en flèche.
Presque étourdie par tant d'optimisme, elle n'arrivait pas à détacher son regard des deux elfes. Elle avait toujours beaucoup admiré les cheveux foncés du Peredhel et de ses fils, trouvant cela merveilleusement rafraîchissant en comparaison de toute cette blondeur qui l'entourait depuis sa naissance. À ses yeux, ils étaient exotiques et d'une beauté stupéfiante, et particulièrement à son gout. . .
Quelqu'un toucha alors son épaule. Túre sursauta et prit un air légèrement coupable avant de voir que c'était seulement Healea. "Il apparaît que notre Elanor a de bien attrayants amis," fit Healea. Son regard inquisiteur était posé sur Elanor.
"Oui." Répondit Túre en souriant légèrement. Elle n'avait pas parlé à Healea du rêve avec Iridor, et elle n'était pas sure de le faire un jour.
"Elle à l'air très heureuse de les voir."
"C'est normal," répliqua Túre. "Cela fait plusieurs mois qu'elle vit ici, ils ont dû lui manquer."
Healea eu l'air surprise de sa réponse. "Tu as l'air différente Túre."
"Je suis différente," répondit Túre avec conviction. "Healea, je me sens. . . heureuse." Elle sentit Healea la regarder attentivement, la jaugeant presque du regard, mais Túre ne rajouta rien. Il était trop tôt, et son sentiment était trop nouveau et trop précieux pour le partager ou même le décrire.
Healea continua à l'étudier, puis haussa les épaules. "j'en suis heureuse. Je ne veux pas te forcer à te confier à moi, mais je suis là si tu as besoin de moi. Quoi que tu fasses, je ne vais pas te juger Túre. Tout ce que je veux est que tu sois heureuse."
Túre inclina la tête, soudainement au bord des larmes sans savoir pourquoi. "Merci, Healea. Tu es une vraie amie. Tu l'as toujours été."
Healea posa une main réconfortante sur son bras.. "Et je le serais toujours," lui rappela-t-elle.
X
Elanor se détacha de l'étreinte de Telrion pour se jeter dans les bras de Minden tandis que celui-ci lançait une de ses habituelles plaisanteries. Pourtant elle sentit l'émotion dans sa voix alors qu'il ajouta d'un ton désinvolte, "Nous sommes venus voir comment tu allais," comme si leur voyage n'avait été qu'une petite promenade.
"Tu vas bien, Ellie?" fit Telrion en l'observant avec attention.
"Oui, très bien." Elanor ignora la soudaine envie de revoir Imladris qui s'insinua en elle. "En fait, je ne me suis jamais sentis aussi bien."
Les deux cousins échangèrent un regard surpris. "Nous étions inquiets pour toi," fit Telrion, après que un moment de silence.
En entendant le sérieux de son ton, Elanor posa une main sur le bras de Telrion. "Je suis désolée, Tel. J'aurais du vous écrire pour vous dire que tout allait bien pour moi."
Elle le vit alors lever les yeux et observer les alentours, à la recherche d'Haldir probablement. "Malheureusement, Haldir est à la frontière nordique, mais je suis sure qu'il vous aurait souhaité la bienvenue si il avait été là."
"Vraiment?" Fit Telrion avec un scepticisme évident.
Elanor croisa alors le regard du Seigneur Elrond et réalisa subitement qu'elle aurait dû le saluer en premier. Elle inclina la tête, les jours roses, et porta sa main à son cœur. "Mon seigneur," fit-elle avec respect.
"C'est bon de te voir, Elanor." Elrond souriait légèrement, mais il ne lui posa aucune question et ne fit aucun commentaire sur ce qui avait pu le conduire à venir ici. Il lui parlerait probablement en privé plus tard. Elle se demanda soudainement si il avait eu des nouvelles de ses parents ou de Lana. Elle était à la fois ennuyée et réjouie par cette perspective; après tout, elle aimait sa famille. C'est juste qu'elle ne lui manquait pas.
"Bienvenue à Caras Galadhon," Fit Orophin derrière elle, il était arrivé sans qu'elle l'entende, prêt à prendre la place de son frère aîné comme il l'avait fait de nombreuses fois auparavant. Le Seigneur Elrond le salua, mais rapidement le Seigneur Celeborn prit congé avec son gendre et ses petits-fils pour aller voir Galadriel, laissant Telrion et Minden avec Orophin et Elanor.
"Est-ce que vous avez faim?" demanda Orophin en souriant.
Telrion et Minden se déclarèrent alors mort de faim, et Orophin les guida tous jusqu'à son talan, avec la promesse que lui et Doria allaient pouvoir leur préparer un bon petit déjeuner. A l'intérieur, Doria prit leur capes humides et les mit à sécher tandis qu'Orophin leur servait à boire et posait une bonne quantité de pâtisseries et de fruit sur la table.
Le repas fut agréable, joyeux et remplit de plaisanteries. Si Haldir avait été là aussi Elanor aurait trouvé tout cela parfait, mais la douce mélodie de l'indwaedh lui assura que tout allait bien. Elle toucha brièvement l'indwaedh caché sous sa robe, appréciant sans mot l'impression de sécurité et de chaleur que dégageait le bijoux.
Telrion orienta alors la conversation sur Elanor, reprenant son rôle de protecteur qu'il s'était lui-même assigné il y a bien longtemps; quand il ne lui faisait pas des farces bien sur. "Alors, Ellie," fit-il, d'un ton faussement dégagé qui ne trompa pas Elanor, "Haldir t'a-t-il bien traité? A-t-il été correct?"
Elanor plongea son regard dans le sien. "Haldir m'a très bien traité et bien entendu il a été correct avec moi."
"Il ne te force pas à travailler toute la journée?"
"Haldir ne me force en rien. Il est patient et il m'apprend beaucoup." Elle parvint tant bien que mal à ne pas rougir, bien que cela avait été difficile quand le regard de Doria croisa le sien.
Minden s'appuya contre le dossier de sa chaise, faisant tourner son verre entre ses doigts. " à t'entendre on dirait que tu t'es attachée à lui."
"Oh, mais c'est le cas," fit Elanor. "Il m'a traité avec bonté et c'est un ellon honorable. Je serais très triste que vous ayez une mauvaise opinion de lui."
Orophin prit alors la parole, à l'étonnement d'Elanor qui se demanda si il savait ou pas la nature des sentiments qu'elle ressentait pour son frère. "Elanor dit la vérité Vous pouvez d'ailleurs tous voir comme elle est resplendissante. Je vais vous dire pourquoi. Vous voyez, depuis peu elle nous enseigne le tire à l'arc et je commence à m'améliorer. Je ne peux pas dire la même chose de mes frères cela dit. Ce sont des vrais tire-au-flanc."
Tout le monde gloussa, y compris Elanor. Elle regarda tendrement ses deux amis d'Imladris, puis Orophin et Doria, et elle réalisa soudainement a quel point elle les aimait. Pourtant au moment même ou elle pensait à ça, Lurien apparut dans son esprit, entamant quelque peu sa joie. Il fallait qu'elle décide pour savoir si elle allait parler ou non de Lurien à ses amis. Qu'allaient-ils dire? Comment allaient-ils réagir? Quel était la meilleure décision? Il fallait qu'elle décide, et qu'elle décide soigneusement
X
Avec une inquiétude croissante, Haldir arpentait les sous-bois d'un pas rapide. Le silence soudain et inhabituel qui avait suivit l'aube lui avait confirmé ce que son instinct avait ressenti. Quelque chose n'allait pas, mais il avait besoin de preuve pour confirmer la crainte lancinante qui l'avait subitement saisit.
Un moment plus tard, il trouva des traces. Des traces d'Orc à l'intérieur du Royaume de la Dame du Bois. Des traces récentes, puisqu'il avait cessé de pleuvoir depuis peu.. Elles étaient profondes dans le sol, et l'imminence du danger qui guettaient ses compagnons lui vint immédiatement à l'esprit.
Ses yeux se rétrécirent en une fente dangereuse.. Était-ce Elrond et sa suite qui les avaient attirés jusque en Lórien ? L'odeur des chevaux avait dû les attirer, mais comment avaient-ils franchi la frontière? Comment avaient-ils pu passer devant lui? Il était probable que la tempête de la nuit dernière avait dû les dissimuler à la vue des elfes. En frissonnant d'horreur, il se souvint que la dernière fois ou ceci s'était produit il avait perdu Ainon. Il n'avait aucune intention de laisser cette horreur se reproduire.
Il prit son arc attaché dans son dos et se tint près, à l'écoute du moindre son qui pourrait lui indiquer ou se trouvaient les créatures. Il n'entendit rien.
Il scruta les environs, examinant les sous-bois tandis que, sons sa tunique, l'indwaedh palpitait. Des images d'Elanor emplirent alors son esprit, apportant une vague d'émotions troublantes. Est-ce que cela ne faisait vraiment que deux semaines qu'il l'avait quitté? Ca avait été difficile pour lui de la laisser, malgré le soulagement que leur apportait l'indwaedh.
Il secoua soudainement la tête, mettant vivement de coté ces images. Ce n'était pas le moment de penser à elle! Qu'est-ce qui n'allait pas chez lui?
Il s'accroupit, examina le sol humide et a mâchoire se crispa soudainement. Les Orcs, il en était sûr maintenant, étaient situés entre lui et sa patrouille, à l'orée du bois. Il examina la direction que prenaient les traces, passant mentalement en revue les elfes qui montaient la garde à cet endroit là. Il y avait parmi eu certains de ses gardiens les plus jeunes et inexpérimentés, mais ils étaient pourtant forts et bien entraînés. Il y avait une chance qu'ils soient toujours en vie.
S'accrochant à cet espoir, il se faufila d'arbres en arbres, restant face au vent en espérant qu'ainsi son odeur serait couverte par celle de la forêt et dissimulerait ainsi sa présence. Comme toujours, il ne faisait qu'un avec son environnement, les sens en alerte.. Ces créatures infectes ne quitteraient pas cette forêt vivants.
Il les trouva rapidement.
Révulsé par leur puanteur, il rampa silencieusement vers eux et se cacha derrière une souche pour les observer. Tout près, un orc montait la garde, l'air inquiet, une main crasseuse fermement enroulé autour de son épée. La créature avait l'air tendue et effrayée, comme il était normal qu'elle le soit, considérant le Bois qu'elle avait la prétention d'envahir. Ces créatures odieuses venaient probablement de la Moria, mais elles ne semblaient pas se rendre compte que la Lothlórien se défendait avec ardeur. Peut-être parce que les bêtes massacrées ne rentraient pas pour le dire aux autres.
Haldir se baissa subitement alors que l'orc tournait la tête dans sa direction. Avait-il été repéré? Rien ne semblait l'indiquer. Il se positionna de façon à pouvoir scruter les alentours sans être vu, et ne vit qu'un très petit nombre d'orcs. Ce n'était pas un grand groupe, à l'évidence. Ils en viendrait facilement à bout.
Haldir tira une flèche hors de son carquois et visa silencieusement l'orc le plus proche, le nerveux. La flèche transperça son armure, le tuant immédiatement , non sans attirer l'attention des autres créatures qui tirèrent leur épées en poussant des cris enragés. C'est alors qu'Haldir jaillit hors de sa cachette, sauta sur la souche et commença à décocher ses flèches.
Il fit soudainement un bond sur le côté pour éviter une flèche, qui siffla tout près de sa tête. D'autres orcs étaient arrivés, et une autre flèche passa tout près de lui, l'empêchant de tirer les siennes. Il comprit alors qu'il avait grandement sous-estimé leur nombre et tandis qu'il courrait en direction d'un grand Mallorn, grimpant avec agilité pour se protéger des tirs ennemis, il se maudit d'avoir été si stupide. Les flèches, bien que freinées par l'épais enchevêtrement des branches, étaient dangereusement proches, le contraignant à se réfugier au cœur de l'arbre, hors de porté des créatures. De là, il sauta d'arbres en arbres jusqu'à ce qu'il trouve un angle de tire convenable. Il cessa de tirer quelques secondes, prenant le temps d'alerter sa patrouille par un sifflement sonore.
Malheureusement, ils ne seraient pas en mesure de lui venir en aide avant un certain temps, et les orcs pouvaient très bien grimper aux arbres.
Des flèches continuaient à être tirées sur lui, dont l'une frôla même son épaule. Quand son carquois fut vide, il posa son arc et saisit une branche solide, se laissant glisser de de branche en branche jusqu'à ce qu'il touche enfin le sol, ou il dégaina sa grande épée, l'air mauvais.
Les Orcs se précipitèrent sur lui, leur pas pesants et maladroits. Le premier qui arriva à sa hauteur brandit en l'air sa lourde épée qu'Haldir n'eut pas de mal à repousser. Il se jeta sur les autres, projetant d'un violent coup de pied l'un d'eux contre un arbre ou il se brisa le cou. Haldir se jeta alors contre l'un des orcs, se baissant précipitamment alors un troisième orc se ruait sur lui, et qu'emporté par son élan, il enfonçait son épée sur son compagnon orc.
Deux autres se précipitèrent vers lui, et Haldir tomba à genoux tandis que leur épée sifflaient au dessus de sa tête; d'un geste vif, il leva son épée et sectionna la partie non protégée de leur jambe. Les deux orcs s'effondrèrent en hurlant. Haldir se remit vivement debout, près à parer les prochains coups. D'autres créatures l'entouraient, désireuses de l'affronter seul à seul.
Haldir examina le nombre de créatures toujours en vie d'un air maussade. C'était un groupe bien plus important que ce qu'il avait initialement pensé, et on angoisse pour la vie de ses gardiens s'accentua. De la main gauche, il sortit sa dague alors qu'un nouvel assaillant se présentait. Il parvint à saisir l'arme de l'orc, stoppant son élan, tandis qu'il lui enfonçait sa dague dans les côtes. L'orc s'effondra, mais deux autres se ruaient déjà sur lui.
Alors qu'il faisait un écart pour éviter leur coups, il haleta soudainement lorsqu'une douleur brulante lui vrilla les côtes. Il tituba légèrement, mais se redressa en prenant appui sur un arbre tout proche et enfonça sa dague dans la gorge de l'orc qui avait osé le blesser. Il fut contraint de reculer, profitant de la protection provisoire que lui offrait l'amas de corps devant lui, et contra les coups d'un autres orc, l'acier elfique chantant au contact du fer noir.
Ils commençait à être cerné. Le sang coulait en abondance de sa blessure à la côte, mais il l'ignora et continua le combat. Il plongea en avant, L'acier de son épée tintait alors qu'il abattait d'autres ignobles créatures. Du coin de l'oeil, il en vit un autre lever son arme et il sut alors qu'il ne pourrait pas se retourner à temps.
Un seul mot lui vint alors à l'esprit. Elanor.
X
Rúmil se laissa tomber de l'arbre avec agilité, et se mit à courir si vite que ses pieds touchaient à peine le sol, l'épée brandie. Le reste de la patrouille elfique courait à sa suite, répondant à l'appel d'Haldir sans la moindre hésitation.
Dès que les orcs furent à vue, les flèches commencèrent à voler, sifflant de chaque côté de Rúmil, qui était en tête. Le signal de son frère était venu de loin, mais il l'avait clairement comprit, ainsi que sa signification. Il y avait des ennemis à l'intérieur du Bois! Et beaucoup trop pour que son valeureux frère ainé puisse s'en charger seul.
Courant aussi rapidement qu'il le pouvait, Rúmil se pencha pour éviter des branches, son inquiétude grandissante tandis qu'il arrivait face aux orcs, son épée massacrant impitoyablement ceux qui se trouvaient sur son chemin. Devant lui, un groupe entier se tourna vers lui, le contraignant à stopper sa course tandis qu'ils se ruaient vers lui, les épées dressées.
Rúmil plongea sur le sol pour éviter un premier coup, et se remit sur ses pieds en effectuant un salto arrière et planta son épée dans la poitrine d'un orc. L'amure de cuir de la créature se déchira, laissant échapper plus que du sang. L'Orc tomba au sol en poussant des cris perçant tandis que Rúmil bondissait sur le côté pour éviter une lame sui siffla au dessus de sa tête.
Où est Haldir ?
Rúmil fonça dans l'Orc qui se tenait devant lui, et le poignarda d'un coup de dague. Soudain, il entendit l'écho d'un combat sur sa gauche. Haldir était encore vivant !
Quand Rúmil rejoignit son frère, celui ci pouvait à peine tenir son épée. Appuyé contre un arbre, il se servait de celui-ci comme d'un bouclier pour se protéger des assauts violents des orcs qui l'encerclaient. Une vingtaine de corps étaient étendus à ses pieds, offrant une barrière temporaire entre Haldir et les créatures.
Avec un grognement féroce, Rúmil s'élança entre Haldir et l'orc qui le menaçait, projetant Haldir au sol. L'épée d'Haldir lui glissa des mains, mais cela n'avait plus d'importance. Rúmil para le coup et enfonça sa lame dans la poitrine de l'orc. D'un geste vif, il se retourna et empala un deuxième Orc.
Durant cet échange, les archés elfes avaient massacrés une grande partie des créatures, et les rares survivants avaient pris la fuite, poursuivies par des elfes sans pitié. Ces Orcs ne trouveraient aucun refuges dans le Bois d'Or. Ce combat était presque terminé. . . mais pas tout à fait.
Rúmil bloqua Haldir du pied, le forçant à demeurer près de lui alors que celui-ci luttait pour se relever. D'une main sanglante, Haldir agrippa le genou de son frère, mais Rúmil l'ignora, se baissant précipitamment pour éviter un coup. L'Orc eu un sourire mauvais, dévoilant ses dents crasseuses et saisit Rúmil par le cou, tombant au sol en entraînant l'elfe avec lui. Rúmil parvint à se dégager et à le tuer, avant de pousser Haldir contre l'arbre.
"Rúmil," protesta Haldir d'une voix faible.
"Reste derrière moi!" Ordonna Rúmil d'un ton brusque.
Il se servit de son propre corps pour protéger son frère tandis qu'un quatrième orc bondissait sur lui, évitant de peu une flèche. La créature lui fonçait résolument dessus, mais elle trébucha sur le corps d'un autre orc, donnant l'opportunité à Rúmil de le désarmer d'un coup de dague. L'orc hurla, mais reprit son épée de l'autre main, qu'il perdit à nouveau quand Rúmil lui décocha un violent coup de pied dans le genou. L'Orc tomba au sol, entraînant Rúmil dans sa chute.
Même avec un seul bras valide, l'Orc était fort et brutal; Rúmil gémit quand l'orc le projeta violemment contre un rocher; en représailles, il lui décocha un violent coup de poing à la mâchoire et le projeta contre le rocher, ou sa tête claqua violemment. Un dernier coup de dague acheva sa misérable existence.
Rúmil savait qu'Haldir avait lutté pour se lever en utilisant l'arbre comme appui, et il se retourna juste à temps pour voir son frère s'effondrer. Le teint cireux, Haldir avait glissé contre le tronc de l'arbre, laissant une traînée de sang dans son sillage. Rúmil se précipita au côté de son bien-aimé frère et évalua ses blessures avec une inquiétude croissante.
Haldir était sans connaissance mais vivant. À peine.
A suivre…
Le blabla de la traductrice: Merci à tous pour vos si gentilles reviews et pour vos conseils! Je suis contente de voir que vous avez noté une différence de traduction entre les premiers chapitres et ceux que j'ai traduits! Je traduirais d'ailleurs les premiers chapitres, quand j'aurais finis la fic. Je sais que vous avez beaucoup attendu ce chapitre (la faute à mes études et à mes voyages) et j'en suis désolée, je vais essayer d'aller plus vite. A bientôt j'espère!
