(Point de vue Harry)
Le surveillant dont je ne connaissais même pas le nom ne se montrait plus. J'hésitai à demander autour de moi, mais j'avais peur que les gens se posent des questions, ce qu'ils auraient été en droit de faire : des pions qui cherchent des élèves, ça, on connaît, mais a-t-on jamais vu l'inverse ?
Tout à mes réflexions, je mis un temps à me rendre compte que Chourave me regardait. Elle leva les yeux au ciel et poursuivit ce qu'elle était apparemment en train de dire :
« Wake up guys ! Come on you're young, you're supposed to be full of energy ! Who the hell can tell me what are we talking about in this scene ? That's obviously about......
- Love, entendit-on de la part d'une Isabelle complètement blasée.
Goooooooooood, Isabelle, that is all about love !»
C'est tranquille le cours d'anglais, mais un peu déprimant. La plupart des gens de la classe écrivent tout autre chose pendant ce temps. Luna fait la liste de toutes les choses encore non expliquées de matière satisfaisante par la science ; Charles écrit des courts textes, sans toujours chercher à les mettre bout à bout ; Helena a une histoire régulière plutôt sympa de ce que j'en ai vu. Ron écrit des mots, des blagues et autres antisèches, selon lui « c'est le seul cours où on peut ne pas écouter puisque de toute façon, on n'apprend rien » ; Je ferais mieux de vous faire part de toute mes échanges de petits papiers, ça vous donnera une meilleure idée de l'ennui que l'on peut ressentir en cours.
Entre moi et Ron
« On t'as jamais appelé Covert pour te faire chier ? »
« Nan. Commence pas »
« Tu préfères les haricots beurre ? »
Entre moi et Helena
« S'il te plaîîît donne moi quelque chose à liiiiiire » [Eh oui, ça, c'est moi....]
« Laisse-moi le temps de terminer :o »
* Elle me donne une de ses feuilles *
« Waaaaaaaaah *__* »
« Je sais, je sais »
Entre moi et Charles
« Dis, j'ai pas fait le latin :D «
« Harry Harry Harry. Je serais pas toujours là pour te refiler les cours tu sais ;)
« Mais allez * yeux doux*
« C'est bien parce que c'est toi qui m'aide à suivre, en cours »
[Je reviendrais sur le thème de la prof de latin plus tard]
Le ton sur lequel je parle....c'est moi, c'est le Harry d'avant, toujours gai, un peu gamin mais décrit par presque tous comme « super sympa ». Et voilà qu'il avait suffit d'une blondasse pour venir casser tout ça !
Mais qu'essayais-je de me prouver en l'appelant blondasse ? J'étais fou de Draco, voilà les faits. Et pourtant je ne pouvais pas m'abandonner à lui autrement que dans mes rêves. Je me retenais par miracle ; ce qui m'empêchait de lui bondir dessus ? Ce que j'avais entendu sur lui alors que j'aurais du être en philo, par exemple. Ou peut-être mon amour-propre qui exige que je sache tempérer mes pulsions. Si on croyait au Ca et au Moi freudien, j'étais l'exemple même du pouvoir de ce dernier sur mon inconscient.
Et voilà, je faisais de la philosophie de cuisine pour décrire mes sentiments : où étais-je tombé ?
*Flash-back, l'année dernière *
Harry renversa sa tête en arrière, les yeux plissés, dans une évocation de la volupté telle que je ne savais que penser. Harry était-il en train de.....m'allumer ? Ou était-ce juste mon imagination ?
Il se reprit et se concentra à nouveau sur les textes que je devais réviser.
« Alors, lança-t-il, le Misanthrope, parle-m'en un peu »
Mon dieu mais arrête de me sourire comme ça !
- Eh bien c'est....une pièce sur la cour......les courtisans.....
- Mmmh, approuva Harry, vas-y, continue.
STOP Cédric ! Arrête de t'imaginer des choses à chaque parole innocente ! Reste caaaalme.
- Oui donc ; me repris-je, c'est une pièce sur un homme qui rejette la société dans laquelle il vit.....
- Oui oui, dit-il sur le même ton, c'est bon, très bon !
Han, non mais là c'est de la provocation......
- Bon, articulai-je, dis, ça ne te dérange pas si je te tourne le dos pendant que je réponds ?
Joignant le geste à la parole, je quittai ma chaise et restai debout face à la baie vitrée qui d'ordinaire donnait sur le balcon, mais qui était en ce moment cachée par un rideau en velours.
- Comme tu veux, répondit mon « précepteur », avec -était-ce mon imagination ? - une pointe de déception dans la voix. Oui, ce devait être mon imagination. Du moins je le pensai.
- Donc, poursuivit-il, cite moi les noms des principaux personnages.
Il était plus facile de se concentrer sans voir ses yeux brillants ou ses cheveux ébouriffés...je récitai donc avec assurance :
- Alceste, Philinte, Oronte, Eliante, Arsinoé, Clitandre, Acaste.....
Il y eut un silence, pendant lequel je crus l'entendre se lever de sa chaise.
- Tu en as oublié une, fit une voix dans mon dos, l'amante d'Alceste. Celle qui ne réussira pas à la retenir malgré son amour.
Ce n'était pas dans ma tête alors.....son souffle, je le sentais dans mon dos, à travers ma chemise.
- Ah oui, me rappelai-je, Dorimène, la marquise.
Ses deux bras entourèrent ma nuque, mais il les garda tendus pour que je voie le nom inscrit sur la feuille. Son torse était collé à moi. Il posa sa tête sur mon épaule et annonça :
- Pas Dorimène. Célimène.
- Comment je dois comprendre ça ? Demandai-je le souffle me manquant déjà.
- Eh bien, (il n'avais pas changé de position et je commençais à me sentir franchement...serré), si tu parle du fait que tu aies fait une erreur, il vaudra mieux ne pas confondre les pièces la prochaine fois.
Silence. J'attendais la suite, mais elle ne vint pas. Il ne se déserra même pas
- Et si je parle d'autre chose ? Risquai-je, en évitant de penser au cas où il ne ferait que plaisanter....
- Eh bien, si tu parle d'autre chose, comprend-le de la manière qui te semble la plus agréable.
Oh mon dieu.....était-ce un feu vert ? Je posai mes mains sur les siennes et les enserrai. Elles lâchèrent la fiche de révision qui tomba doucement, comme le mouchoir blanc qui annonce le début des combats du cirque au moment où il touche terre. Je repliai mes bras en tenant fermement les siens et en les entourant autour de mon torse. Harry soupira lascivement et commença à déboutonner, avec une lenteur insoutenable, les boutons de ma chemise. Puis ses mains firent le tour de mon torse, de la gorge jusqu'au reins, moment délicieux. Je me retournai vers lui et le prit dans mes bras. Puis, alors que mon étreinte aurait pu sembler innocente et fraternelle, en retirant mes bras je lui enlevai son t-shirt. Si mon torse était musclé et mes épaules larges grâce au rugby, lui à coté était beaucoup plus gracile, sans être maigre. Sa peau était tendue et grâce à la lumière, elle paraissait plus dorée encore que d'habitude. Moi, le teint blanc, grand et imposant, et lui, légèrement hâlé, plus petit et moins large ; nous n'étions pas sans évoquer les schémas Uke/Seme des yaoi traditionels.
A présent que nous étions tout les deux en jean, je le portai dans mes bras et l'amenait jusqu'à ma chambre. Là, hésitant sur la conduite à tenir, je l'allongeai et commençai à défaire sa ceinture. Il écarta les bras et les étendit jusqu'à agripper la tête de lit, me laissant libre de mes mouvements. Je fis glisser son jean avec délice, en parcourant du bout des doigt la courbe de ses cuisses. Ainsi positionné il semblait tout offert, un vrai cadeau de la nature. Il se redressa pourtant, et, passant sa main dans mes cheveux, me supplia du regard de poursuivre mon oeuvre. Sa beauté était totale, tant sur son visage, que l'ensemble de son corps, que le contenu du boxer. Quand ses cuisses s'enserrèrent autour de mon cou, je sus que je goûtait au plus doux des plaisirs de ce monde.
* Fin du flash-back *
Le souvenir de cette après-midi de « révisions » que j'avais passée avec Cédric Diggory au mois de mai me fit prendre conscience du point auquel j'avais changé. Serais-je capable aujourd'hui de me comporter avec quelqu'un de cette façon, sans rougir ni me sentir gauche ? Probablement non.
Je parlais de Cédric, mais j'aurais aussi bien pu parler de de Fleur, de Dean, de Ginny, de Cho ou même de Fred, même si ce dernier était un cas particulier.
J'avais l'impression que mon obsession pour Draco m'avait tout retiré. A vrai dire, la pensée du lit de Cédric ne m'avait pas plus ému que ça, tant mes pensées actuelles étaient loin de lui. Allait-il donc me retirer toutes mes occupations mentales ?
Je jetai un oeil à Ron. Lui, il a la belle vie finalement. Des amis qui tiennent à lui, une petite amie en puissance, la force, la beauté, et un bon sens qui frôle parfois la bêtise : tout les ingrédients nécessaires pour être heureux sans le savoir et sans s'interroger sur son bonheur.
De même, je regardai Charles. Je le connais assez pour savoir qu'il est aussi dissimulé qu'un iceberg , et pourtant, malgré tout ce qu'il peut avoir en tête, quand tout le monde galère pour un devoir par exemple, il va rester tranquille presque insouciant. Je me demande s'il sait ce que ça fait d'être trturé par un sentiment aussi violent, sans espérer pouvoir l'assouvir un jour.
Devais-je céder ? Me donner à lui ? Calmer mes ardeurs en les assouvissant ? Je n'avais même pas l'ébauche d'une réponse à cette question. Je doutais de tellement de choses, la seule chose dont j'étais sûr c'était que......
« Harry ? To you, what is the first conclusion that we could write for this extract ? »
- It's love, nothing more, nothing less. And love is the strangest feeling of human being, as he is the wildest and the most beautiful.
La réponse était évidente, de toute façon.
