Chapitre 2 : Sentiments.
Lentement, Harry refit surface.
Au loin, il entendit des murmures.
Ron et Hermione étaient encore dans le dortoir des garçons. Ron, assis sur son lit, enfilait une paire de chaussette sous un jean. Il était torse-nu et pestait à propos du fait qu'il ne retrouvait plus son tee-shirt préféré au couleur des Canons de Chudley, son équipe fétiche.
Il semblait avoir rameuté les deux filles encore présentes dans la chambre pour l'aider dans sa longue quête du bout de tissu.
Ginny, au vu de la tête qu'elle faisait, avait l'air de trouver la situation familière.
Lorsqu'ils étaient plus jeunes, son frère et elle, étant les derniers enfants Weasley à rester au Terrier, ils s'affrontaient souvent dans des parties de quidditch. Lors de ces fameuses parties, ce cher Ronald avait ainsi pris l'habitude de porter son vêtement préféré pour se mettre dans la peau de son joueur favori, le gardien des Canons.
Et malheureusement le « satané bout de tissu », comme aimait le qualifiait Mme Weasley, avait une fâcheuse tendance à disparaitre. Selon les dires de Ronald. Alors que, du point de vue de Ginny, il avait simplement trouvé miraculeusement le chemin de la machine à laver familiale.
Cette fois-ci pourtant, elle dut bien reconnaitre qu'il avait bel et bien disparut. Ou plutôt, que son grand-frère l'avait laissé trainer.
Ce qui fut en défaveur des jeunes filles qui furent réquisitionnées afin de le retrouver dans le champ de bataille qu'étaient les affaires du rouquin.
Hermione, dont les joues gardaient un léger rose soutenue, n'avait pas l'air de regretter outre mesure le fait que Ron n'en porte pas encore.
En effet, elle ne pouvait empêcher son regard chocolat de se porter sur le torse, assez musclé, de son meilleur ami.
Meilleur ami ? Plus vraiment depuis leur baiser de la veille, lors de la bataille qui avait décidée de leur survie.
Tous deux n'avaient pourtant pas encore abordé le sujet. Mais au moins, maintenant, elle connaissait les véritables sentiments du Weasley à son égard.
Oui, Il l'aimait.
Elle en était sûre et certaine à présent.
Ce qui, concernant ces deux-là, était une avancée prodigieuse !
Encore une fois elle ne put empêcher ses yeux de se détourner de la malle qu'elle était entrain de fouiller, pour les reposer inévitablement sur le torse dévoilé de celui pour qui elle ressentait des sentiments si forts.
A cet instant, elle bénit intérieurement le Quidditch pour le seul bénéfice d'avoir donné une telle carrure à Ron.
*Quel merveilleux sport que le Quidditch* pensa t-elle en souriant béatement.
Puis elle aperçut du coin de l'œil un tissu orange, ensevelit sous diverses affaires personnelles appartenant au rouquin.
Enfin ce fichu tee-shirt !
En le sortant de la malle et le dépliant, une pensée grotesque lui traversa l'esprit :
*Il ferait un parfait chiffon à poussière !*
Une pensée germa dans son esprit :
*Comment peut-il porter çà ? Brrr…*
-« Ah… merci, on l'a enfin trouvé !, s'exclama soudainement Ginny, on va enfin pouvoir aller manger ».
-« Ron… J'espère que tu ne comptes pas porter çà… »
Le concerné parut étonné de sa question et tourna la tête dans sa direction.
-«Ben si, pourquoi ? Qu'est-ce qu'il a ce tee-shirt, Mione ? »
-«Ce qu'il a c'est seulement le fait qu'il est abominable ».
-«Eh ! C'est mon préféré ! » S'indigna t-il.
-«Tiens, met plutôt cette chemise ». Lui conseilla t-elle en lui lançant une chemise blanche passablement froissée.
Sans prévenir, un grand éclat de rire remplit le calme de la chambre.
Les deux autres se tournèrent vers celle qui s'était mise à rire.
-« On peut savoir ce qui te fait tant rire, Gin' ?» demanda Ron.
Entre deux éclats de rire, elle réussit à articuler :
-« Oh par Merlin… Ron… tu… vous vous êtes vus tous les deux ? On dirait un vieux couple. Hermione qui t'habille… et toi qui fait la tête. C'est… hilarant… ! »
Tous deux semblèrent légèrement vexés, ne comprenant pas la raison de son hilarité.
Ce fut Ronald qui répliqua.
-« Tu peux parler, p'tite sœur ! Harry et toi, vous vous comportez de la même manière ! C'en est même dégoutant parfois… » Finit-il en grimaçant alors qu'Hermione suivait l'échange fraternel.
-« Ron ! » s'écria t-elle, outrée.
-« Je ne pense pas, mon cher frère, que ce que l'on fait avec Harry te regarde. Et d'ailleurs, je ne crois pas non plus que l'on fasse la même chose que vous ». Continua la rouquine, mais d'une voix plus calme.
-« C'est certain, çà. Et d'ailleurs, je n'ai aucune envie d'aborder le sujet mais… Qu'est ce que vous faisiez tous les deux dans son lit ? Reprit-il, avec un ton menaçant et suspicieux.
-« Ron… » Soupira, lassée, la jolie brune.
-« Rien de sexuel, si c'est ce à quoi tu faisais allusion. Harry et moi… C'est… compliqué » Dit-elle en cherchant ses mots pour résumer sa situation encore ambiguë avec le Survivant.
-«Pitié… je… je ne veux pas savoir, non ! Harry et toi vous embrassant, c'est déjà assez… perturbant comme ça ! Ajouta t-il un air légèrement écœuré sur le visage.
Sur ces dernières paroles, Ron continua de se vêtir avec la chemise choisie par sa mione. Que ne ferait-il pas pour lui plaire !
Pendant ce temps, les deux filles finissaient de se préparer et en profitèrent pour faire un peu de rangement le plus silencieusement possible pour ne pas réveiller Harry. Faut dire qu'il avait bien mérité le droit de se reposer un peu après tout cela…
En jetant un coup d'œil au lit de son meilleur ami, Hermione remarqua qu'il semblait avoir un sommeil agité. Il avait l'air de se débattre contre quelque chose.
Un éclair de lumière verte…
Un corps s'écroule dans le hall d'une maison…
Un éclair de lumière verte…
Un autre corps plus menu que le précédent chute au coté d'un berceau d'où un petit garçon observe la scène avec attention…
Un éclair de lumière verte…
Un jeune homme d'une carrure séduisante demeure sans vie au fond d'un vieux cimetière sinistre…
-« Ha… »
Un souffle.
Un éclair de lumière verte…
Un corps gracieux chute lentement au travers d'une vieille arcade et ne réapparait plus…
-« Harr… »
Un murmure.
Un éclair de lumière verte…
Un nouveau corps, celui d'un vieil homme, tombe par-dessus la tour d'astronomie…
Une secousse.
Un éclair de lumière verte…
Un jeune homme aux cheveux de jais et aux yeux d'un vert brillant s'écroule sur le sol en plein cœur de la forêt interdite…
-« Harry ».
Une voix.
Un flash d'une lumière blanche éclatante…
Un corps à la peau pâle presque translucide et aux yeux rouges, étendu sur le sol dans la Grande Salle…
-« Harry ! »
Un cri.
Le jeune homme ouvre les yeux.
-« Est-ce que ça va ? » S'inquiéta Hermione, le visage soucieux.
Il ne sait même pas quoi lui répondre alors il préfère se taire.
S'il lui dit qu'il va bien, elle percevra le mensonge. Et s'il lui répond qu'il ne va pas bien, elle dramatisera son état.
C'est la dernière chose dont il a besoin en ce moment.
Elle ne sait pas ce que cela fait…
Elle ne peut pas savoir ce que l'on ressent lorsque l'on est responsable de la mort de tant de personnes…
Il releva la tête et croisa le regard inquiet de ses trois amis.
Il décida alors de ne pas leur parler de son rêve car il se doute qu'ils vont lui répéter qu'il n'est pas responsable de leurs morts, à eux.
Malgré tout, il ne veut pas entendre ses mots. Il sait qu'il est le seul fautif.
Ses parents…
Si James et Lily Potter n'avaient pas eu pour enfant celui qui était destiné à éliminer Voldemort, ils seraient peut-être en vie aujourd'hui…
Cédric…
Il l'a entrainé avec lui droit vers la mort alors qu'il savait parfaitement que quelqu'un tendait des pièges pour le tuer…
Sirius…
Son parrain. La dernière famille qu'il lui restait. Sirius ne serait pas mort s'il n'avait pas était assez faible et laissait le Mage noir pénétrer son esprit… L'attirant dans un piège provoquant la mort de son parrain.
Dumbledore…
S'il n'avait pas été obligé de le protéger ce fameux soir au sommet de la plus haute tour de Poudlard, il aurait été en mesure de se défendre au lieu de privilégié la sécurité de l'Elu… Il serait encore là…
En ce qui concerne la mort de Voldemort c'était « pour le plus grand bien ».
Un tyran avait définitivement quitté ce monde et c'était tant mieux.
Quant à ce moment fatidique dans la forêt interdite, celui où il avait trépassé… Puis contre toute attente, il était revenu…
Il lui semblait que c'était comme si on l'empêchait d'abandonner complètement la mission qui était la sienne.
Débarrasser le monde de Voldemort.
Mourir puis renaitre. Tel le phénix qui renaît de ses cendres.
Lui avait bénéficié de cette chance. Pas les autres.
Pourquoi lui avait-on permis de revenir… Lui et pas les autres, morts au combat.
*Fred, Tonks, Lupin, Colin, Maugrey, Sirius, Lily, James, Dobby… Pourquoi moi, et pas eux?
La magie est puissante… Bien sur… Mais pourquoi ne peut-elle rien faire pour eux ?* songea t-il, amèrement.
N'y aurait-il aucun moyen de vaincre la mort des gens qui nous sont proches ?
Une phrase lui revînt à l'esprit :
-« Le dernier ennemi qui sera vaincu, c'est la mort »
Les Reliques de la Mort… Dont il est désormais le propriétaire. La Cape, La Baguette et la Pierre.
Mais oui, pourquoi n'y avait-il pas pensé plus tôt ! Enfin, c'était assez risqué… Il ne savait pas ce qui pourrait se passer…
D'un autre coté, la dernière fois avec la Pierre de Résurrection, dans la forêt, les choses s'étaient bien passées. Aussi bien que cela puisse se passer avec des revenants…
Il se promit d'en parler avec ses amis. Ce n'était vraiment pas une décision à prendre à la légère. Pour cela, il attendrait le bon moment pour leur en parler.
Il se leva et s'habilla sans le moindre mot, trop perdu dans ses pensées pour entretenir une conversation avec les trois autres.
Ils étaient restés plantés quasiment au même endroit et s'échangeaient des regards mi-intrigués mi-inquiets.
Ron avait passé son bras négligemment sur les hanches d'Hermione. Quant à celle-ci, elle avait posé sa tête sur son épaule.
En les voyant ainsi, Harry se rappela que ces deux-là étaient ensemble depuis la veille et le baiser plus qu'inattendu d'Hermione pendant le combat. Il eut un sourire imperceptible en songeant *Ils en ont mis du temps.*
Harry tourna la tête pour rencontrer le regard de Ginny. A cet instant, sa seule envie fut de la prendre dans ses bras et de l'embrasser comme si sa vie en dépendait. Mais il se retint. Il y avait une telle étincelle dans son regard…
La guerre était enfin finie, définitivement.
Le Survivant ne connaissait pas les intentions de Ginny quant à leur relation et, pendant une seconde, il eut peur qu'elle l'ait oublié. Puis après s'être donné une gifle mentale, il se rappela qu'elle lui avait pris la main et qu'elle avait également partagé son lit la nuit dernière. Il pria pour que ces signes aient la même signification pour tous les deux.
Sortant enfin de ses pensées, il se rappela que ses amis étaient prêts à descendre. Il se demanda pourquoi ils n'avaient pas chercher à le réveiller. Quand il osa poser la question, Ginny lui répondit simplement :
-« Maman nous as demandé de ne pas te réveiller avant que tu ne le fasses toi-même. Elle a dit que tu méritais bien une bonne nuit de sommeil ».
-« Quand est-elle montée dans la tour de Gryffondor ? » Le questionna t-elle.
-« Pendant que tu dormais encore. Elle est venue nous réveiller. Elle nous a dit que le repas serait servi dans la Grande Salle ».
Un léger regard apeuré apparut dans les yeux du Survivant. Il ne pourrait pas supporter tous ces regards tournés vers lui.
-« Il n'y aura que les membres de l'Ordre et les Professeurs, ne t'inquiètes pas » Ajouta t-elle en remarquant son trouble.
Il se reconcentra sur ses pas et à ce qui se trouvait autour. Poudlard avait été durement touché par la Bataille. Des pans de murs avaient disparus, si bien qu'on pouvait voir l'extérieur du château. Les fenêtres avaient éclatées. Les couloirs étaient parsemés de débris en tout genre : des bouts de statues, de mur, de bois, de verre, de fer et… du sang.
Beaucoup de sang.
Sans qu'aucun de nos héros ne l'est fait apparemment exprès, ils arrivèrent au détour d'un couloir se situant devant l'endroit même où, la veille, une explosion avait ôtée la vie à Fréderic Weasley.
Harry détourna les yeux d'un endroit, près du trou dans le mur, où une mare de sang séchait.
Il porta son regard sur les deux Weasley présents.
Cela devait être un spectacle encore plus atroce pour eux de se retrouver à nouveau ici.
Ginny avait les joues baignées de larmes silencieuses, elle qui ne pleurait que rarement, et gardait les yeux rivés sur l'étendue rougeâtre.
Il tourna alors son attention sur son meilleur ami.
Celui-ci avait les larmes aux yeux et serrait les poings avec une telle force que ses jointures étaient blanches. Hermione s'approcha doucement de lui et l'enlaça, comme pour partager sa douleur. Il se détendit légèrement et la serra à sa tour, le plus qu'il pouvait.
Harry, quant à lui, s'était rapproché de sa rouquine et avait tendrement pris sa main dans la sienne en la serrant.
D'un mouvement commun, ils repartirent en direction de la Grande Salle.
Ils descendirent avec précaution le Grand escalier, qui avait été une bonne partie éventré.
Tout aussi prudemment, ils traversèrent le hall. Ses dalles tachées de sang, les émeraudes répandues sur le sol mélangées aux débris de bois et de marbre.
Harry lança un regard sur la porte et il eut le souvenir de tout les corps entassés, les uns à coté des autres. Cette vision lui donna la nausée.
Arrivé sur le seuil de la Grande porte, Harry inspira profondément et ils pénétrèrent tous les quatre dans la Grande Salle.
Toujours ensemble…
Toujours unis…
