Chapitre 4: Réunion (partie I)
Sa chair en décomposition, avançant d'un pas lourd dans sa direction, murmurant son prénom sans interruption...
Un Dumbledore souriant sournoisement, le poussant du haut de la tour d'astronomie.
- « Et bien, Harry, qu'est-ce que tu fais? On ne vient même plus aider son parrain? »
Sirius qui se relève de l'autre côté du Voile dans le Département des Mystères avec un grand sourire pour son filleul.
- « Qu'est-ce que tu attends, mon chéri? » Dit une douce voix féminine.
- « Oui, c'est vrai tu attends de changer d'avis ou quoi? » Lui répond une voix masculine. « Tu ne veux pas nous revoir? »
Harry court. Il court vers ses parents. Mais plus il a l'impression de s'approcher et plus ils s'éloignent...
Il veut leur crier que tout ceci est faux, que son seul désir est de les revoir… Mais que malheureusement c'est impossible.
Il a beau essayer mais aucun son ne sort de sa bouche. Et ils s'éloignent de plus en plus!
Il s'écroule sur le sol.
Lorsqu'il se relève, il a la surprise de ne plus se retrouver ni au Ministère de la Magie ni à Poudlard. Il est au Terrier. Dans la cuisine, plus précisément.
Mrs Weasley, Ron, Hermione, Ginny et Georges sont réunis autour de la table.
Tous à coup, ils se retournent tous vers lui, lui lançant des regards noirs.
- « Qu'est-ce que tu fais ici? » Crache Mrs Weasley. « Tu n'as plus rien à faire chez nous, va t'en! »
- « On ne veut pas de toi ici, pas après ce que tu as osé faire à Fred! »
- « Tu oses revenir! » S'écrit Ron fou furieux, les oreilles vermeilles.
- « Ronald a raison. On sait tous que c'est toi qui l'as entrainé près du lieu de l'explosion. » L'accuse durement Hermione.
Ils se lèvent tous d'un même mouvement et pointent leurs baguettes sur lui, la haine et la trahison profondément ancrées dans leurs regards.
- « Comment as-tu pu faire ça à Ginny? » Lui demande alors Mrs Weasley avec colère. « Tuer son propre frère pour venir, ensuite, la consoler comme si de rien n'était ! »
- « Tout est de ta faute, Harry. Tu n'es qu'un monstre. C'est pour cela que j'ai épousé Dean, lui au moins ne joue pas avec moi ! » Explose Ginny.
A peine eut-elle finit, que les personnes qu'il aime le plus au monde lui jettent le sortilège impardonnable. Celui auquel il a pourtant survécu 16 ans auparavant.
Harry se réveilla en sursaut dans son lit.
*C'était un cauchemar… un simple cauchemar…* soupira t-il intérieurement.
Pris quand même d'un doute, il se leva.
Elle était bien là, dans le lit de Neville. Celui-ci était, en effet, rentré avec sa grand-mère la veille, après la réunion qu'ils avaient eus dans la Grande Salle.
Et comme Hermione et Ginny avaient du mal à se retrouver seules dans leurs dortoirs respectifs, les garçons leur avaient proposé de prendre deux des trois lits désormais libres dans le dortoir, côté garçons.
Après avoir passé une année, presque constamment entourées, les deux jeunes femmes ne trouvaient pas le sommeil dans la solitude oppressante de leurs chambres.
Et puis, chacun trouvait son compte dans cette histoire. Il ne fallait pas se leurrer, la présence de leurs petites-amies respectives ne dérangeait aucunement leurs compagnons.
En aucune façon.
S'approchant silencieusement, Harry s'installa délicatement sur le bord du lit où Ginny dormait encore.
Il ne pourrait jamais se lasser de la regarder dormir. Ça il le savait. Son air si paisible... Même avec le temps qui passe, il n'arrivait pas à se convaincre qu'elle était encore à ses côtés.
Après tous les gens qu'il a perdus autour de lui, il était encore surpris de constater qu'elle était toujours là...
C'était si stupide, mais Ginny voulait toujours de lui… Ça il ne comprenait pas pourquoi. Harry espérait passer le restant de sa vie avec elle, l'épouser, fonder une famille avec elle…
Penser à tout cela lui rappela, qu'il y a quelques jours, il ne pensait pas pouvoir vivre toutes ces choses… Il se rendait compte désormais combien la vie était précieuse.
Bientôt l'aube.
Il passa doucement une de ses mains dans les longs cheveux roux. A cet instant, son cauchemar toujours en tête, il eut envie qu'elle sente sa présence à ses côtés, se réveille et le rassure comme elle savait si bien le faire.
*Harry, arrête, ce n'est pas ta faute. Ils se sont battus et sont morts pour une cause qui en valait la peine.*
*Ils sont partis en paix.*
Harry revoyait le dernier sourire sur le visage de Fred.
Il arrivait presque à entendre la voix de Ginny dans sa tête:
*Personne ne t'en veux.*
Il embrassa son front, doucement, afin de ne pas la réveiller. Il se remit sous les couvertures et ferma les yeux.
Malheureusement, le sommeil ne revint pas le gagner. Alors qu'enfin il commençait tout juste à sombrer, une vision s'imposa à son esprit.
Toujours la même...
Comme deux photographies qui se succédaient sans relâche.
Une clairière dans une forêt sombre, quatre fantômes et un jeune homme se soutiennent du regard.
Une pièce gigantesque, avec comme plafond le ciel nuageux, où s'entassent des centaines de corps sous des draps.
Puis à bout de force, il sombra lentement.
Il ouvrit les yeux péniblement. Il avait très mal dormi cette nuit.
En se redressant, il s'aperçut qu'il n'était pas le premier debout, le lit d'Hermione étant vide.
Et, en effet, il la vit sortir de la salle de Bain habillée d'un jean et d'un pull gris, ses cheveux soigneusement remontés dans une élégante queue de cheval.
- « Salut, bien dormi? » Lui chuchota-t-elle doucement pour ne pas réveiller les deux Weasley encore endormis.
- « Ca ira. » Se contenta-t-il de répondre en s'ébouriffant les cheveux, l'air pas encore totalement réveillé.
Elle lui renvoya un regard compatissant. Pour échapper à son regard, il se leva, pris ses vêtements et passa devant elle pour atteindre la salle d'eau.
Avant de refermer la porte, il eu encore le temps d'entendre:
- « Moi, je vais essayer de réveiller les deux marmottes. » Accompagné d'un petit rire.
Il se déshabilla et s'engouffra sous le jet bouillant.
Les gouttes d'eau coulaient sur son corps, l'apaisant quelque peu.
Il se perdit dans ses pensées.
*Je vais leur dire...ça ne peut pas continuer ainsi...je n'en peux plus...*
Ses amis allaient sûrement le prendre pour un fou... Il soupira.
Le front contre le carrelage, Harry était décidé. Aujourd'hui, il serait fixé...
Ragaillardi par cette pensée et l'eau chaude, il s'habilla et repassa dans la chambre.
Cette fois-ci tout le monde était levé. Ron avait l'air d'attendre pour la salle de Bain, quant à Ginny elle était déjà prête. *La salle de Bain du dortoir des filles* pense t'il avec un sourire pour celle qu'il aimait.
Elle eu un instant d'étonnement devant le grand sourire qu'il lui faisait, mais le lui rendit très vite.
- « Ha ben, c'est pas trop tôt. Pire qu'une fille j'vous jure... » Grommela Ron avant de s'engouffrer dans la pièce qu'Harry venait de quitter.
Il contourna le lit de Ron. Donna un rapide baiser à Ginny et s'attaqua au rangement sommaire de la chambre, qu'il savait complété par les elfes de maison de Poudlard.
Il arrangea son lit, seul témoin du drame qui s'était joué durant son sommeil agité.
Dix minutes d'attentes plus tard, et Mr-je-râle-dès-le-réveil daigna rejoindre ses amis. Il se précipita en tête du groupe qui s'apprêtait à prendre un petit-déjeuner.
A peine installés à la même table que le jour précédent, que Ronald attrapa tout ce qui passait à sa portée afin de se goinfrer, tout en entamant de banales discussions avec sa famille et ses amis.
A côté de lui, Hermione avait l'air songeuse.
Espérant qu'elle ne se tracassait pas à son propos, Harry attrapa un petit pain et commença à manger.
- « Heureusement que les elfes sont revenus travailler, sinon on aurait été en pénurie de nourriture avec tout ce que Ronald englouti. » Lança Ginny, sarcastique.
- « Les pauvres…, soupira misérablement Hermione, ils se sont battus à nos côtés et malgré ça ils doivent revenir travailler dès le lendemain. Il n'y aurait pas quelque chose que l'on puisse faire, professeur? »
- « Je suis navrée, Miss Granger, mais nous avons besoin de tout le monde disponible en ce moment, vous en conviendrez.
McGonagall lança un regard sur les personnes attablées.
- « D'ailleurs, tous ceux qui souhaiteraient aider à la reconstruction de l'école sont les bienvenus. Une centaine de personnes doivent venir nous aider aujourd'hui, des élèves, des parents et des gens du Ministère. Il est grand temps que Poudlard recouvre sa fierté! »
Toutes les personnes présentes au petit-déjeuner se portèrent évidemment volontaires.
Toutes sauf une.
- « Professeur? Intervint Harry. Excusez-nous, mais Ron, Hermione, Ginny et moi devons nous entretenir en privée. Le plus rapidement possible. » Ajouta-t'il tout bas.
Tous les regards convergèrent dans sa direction. McGonagall fronça les sourcils devant l'insistance de son élève à avoir une simple conversation avec ses amis.
Il y avait beaucoup mieux à faire, selon elle. L'école était en miettes, des gens étaient blessés... Même si les cas les plus graves, les Carrow par exemple retrouvés en assez mauvais état, avaient été transférés et pris en charge par le personnel de Sainte-Mangouste.
- « Rien de grave, j'espère, Mr Potter? » S'inquiéta-t-elle, soucieuse malgré tout.
- « Non, ce n'est rien de grave, rassurez-vous. » Il eut un trémolo dans la voix.
Il osa un sourire rassurant.
Ron et Hermione se consultèrent du regard, tout en fouillant dans leurs souvenirs pour tenter de trouver le pourquoi de cette fameuse conversation.
Ginny, malgré sa légère inquiétude, afficha un petit sourire reconnaissant à son amoureux. Enfin...il ne la considérait plus comme une petite fille fragile.
Tous trois ne parvenaient à trouver la raison de cette 'réunion' précipitée.
Ils n'arrivaient pas à faire disparaître cette petite lueur d'incertitude dans leurs regards.
La même qu'ils arrivaient, malgré son sourire, à lire dans le regard du Survivant.
- « Bien, faîtes à votre guise, vous et vos amis Mr Potter. Après tout, vous nous avez assez prouvé que la confiance que l'on vous accorde est justifiée. Mais rappelez-vous que si vous éprouviez le besoin de vous confier, ou de rechercher de l'aide, nous sommes là. » Finit-t-elle sous l'approbation de tous.
Harry se contenta de hocher la tête, touché par ses paroles.
Après le repas, et sous l'œil inquiet de Mrs Weasley, Harry se leva. Il fut suivit très vite des trois autres.
Le groupe encore à table se lança des œillades, ne sachant quoi penser de l'attitude du jeune Potter.
Pourquoi demanderait-t-il seulement à ses amis de venir? N'avaient-t-ils pas prouver leur loyauté et leur courage, pendant la toute récente guerre?
Les quatre amis disparurent bientôt de la Grande Salle, pour s'isoler sans aucun doute.
Après leur départ, des murmures parcoururent la table.
- « Quelqu'un serait-t-il au courant de ce qui peut bien se passer? » Lança Mrs Weasley avec une pointe d'agacement.
Tous hochèrent négativement la tête.
- « Vous avez vu la tête qu'il faisait? » Leur demanda Bill.
- « Qui? Arry, tu veux dire? »
Son époux acquiesça.
- « C'est vrai qu'il a l'air épuisé... » Tout le monde semblait d'accord avec Fleur.
- « Il ne doit pas beaucoup dormir, à mon avis... »
Tout à coup, Neville sembla angoissé.
- « Si ça se trouve...il a recommencé à avoir des visions, comme du temps où Voldemort était encore en vie… »
Un silence parcourut la table.
- « Voyons, Mr Londubat, arrêter de dire des sottises pareilles. Le professeur Dumbledore m'avait confié que les visions qu'Harry pouvait avoir durant son sommeil, lui venait de Lord Voldemort en personne. Et nous avons tous vus son corps... »
- « Moi, je crois Harry quand il nous dit qu'IL ne reviendra plus. Cette espèce de monstre... » Cracha Georges avec dégout.
- « Alors, nous sommes tous d'accord. Je suis certaine que si la situation l'exigeait Ron, Hermione, Ginny et Harry viendraient nous en parler. » Assura McGonagall d'un ton sans réplique, si bien que tous se replongèrent dans leurs activités, gardant une pensée tournée vers la réunion qui se tenait.
Au même instant, quatre silhouettes atteignaient le septième étage et s'arrêtaient devant un mur vierge.
Un jeune homme brun commença alors à faire des allers-retours devant ce mur, concentré sur sa demande. *Un salon confortable*
Une porte apparut alors, à l'endroit même où auparavant il n'y avait rien. Les quatre personnes pénètrent silencieusement dans la pièce va-et-vient.
Sur la demande du jeune homme, la pièce était baignée d'une chaleur confortable et suffisamment éclairée pour ce début d'après-midi ensoleillée.
De grandes tapisseries écarlates donnaient des allures de Salle Commune à la pièce. Au centre de celle-ci, une petite table basse sur laquelle un service à thé fumant se disputait l'espace.
Tout autour, quatre fauteuils à l'apparence plus que confortable attendaient leurs futurs occupants.
Ils prirent place, toujours dans l'expectative. Hermione servit le thé, en repensant à ces mois passés sous la tente dans une configuration semblable.
Leur tasse à la main, ils se retournèrent vers un Harry qui ne semblait pas savoir par où commencer.
Voyant qu'il ne se décidait pas, Hermione interpella son ami.
- « Alors Harry, maintenant que nous sommes seuls, de quoi veux-tu nous parler? »
- « Vous allez trouver ça dingue, peut-être même horrible... »
