Chapitre 4 : La Réunion (partie II)

Leur tasse à la main, ils se retournèrent vers un Harry qui ne semblait pas savoir par où commencer.

Voyant qu'il ne se décidait pas, Hermione interpella son ami.

- « Alors Harry, maintenant que nous sommes seuls, de quoi veux-tu nous parler? »

- « Vous allez trouver ça dingue, peut-être même horrible... »

Il était assez anxieux à l'idée de tout leur révéler et d'exposer son idée, surtout à Ginny.

- « Harry, soupira Ron, tu as voulu nous voir en privé alors maintenant parle, par Merlin »

En temps normal, Hermione aurait rabroué Ronald pour son manque de tact envers leur meilleur ami, qui avait vraisemblablement quelque chose d'important à leur dire. En temps normal, elle l'aurait fait... Cependant, elle voulait vraiment savoir, aussi se contenta-t-elle d'un regard lourd de sens pour son petit-ami.

Étrangement, Ginny resta la seule à attendre sans rien dire. Elle voyait bien que l'homme qu'elle aimait avait vraiment du mal à leur avouer, et que de fait cela devait être important.

- « En fait, commença Harry intimidé, vous savez… j'ai bien réfléchi durant ces derniers jours et...je... ne pense pas pouvoir supporter... plus longtemps... » Souffla l'Elu avec douleur.

Tout trois se lancèrent un regard éloquent d'incompréhension.

- « Qu'est-ce que tu ne supportes plus? » Lui demanda doucement Ginny, avec compassion.

- « Je suis tellement désolé, Gin... Harry baissa la tête, les larmes aux yeux. C'est ma faute... tout ça... entièrement ma faute... »

- « De quoi est-ce que tu parles, Harry? » Objecta doucement Hermione.

- « Il parle de Fred... et des autres... » Lui répondit Ginny, à moitié effondrée devant le souvenir de son frère encore en vie quelques jours auparavant.

- « Ils savaient tous... Fred, Remus, Tonks, Maugrey, Dobby...Et même Dumbledore et Sirius, ils savaient qu'ils risquaient leurs vies... »

Hermione ne pouvait s'empêcher d'avoir les larmes aux yeux. Mais ses paroles ne semblèrent pas avoir d'impact sur le moral du Survivant qui restait prostré, évitant de lever les yeux vers ses amis.

Ils se passèrent alors quelques secondes dans un douloureux silence.

- « Harry, reprit Ginny, je t'ai déjà dis que personne ne t'en voulait. Ni Ronald, ni moi, ni personne... Qu'est-ce qu'il te faut de plus? »

Deux mots...

Il a suffit de deux mots prononcés pour tout changer...

- « Les revoir... »

Harry leva les yeux pour enfin entendre l'opinion de ses amis.

Ron avait l'air hébété, refusant de comprendre. Ginny et Hermione, les yeux écarquillés, ne cessaient de fixer Harry.

- « Mais enfin Harry, c'est impossible, tu le sais bien. » Hermione vrilla ses yeux chocolats dans ceux émeraude de son ami, comme si elle tentait de comprendre ce qu'il avait dans la tête par légilimencie.

Soudainement, Ginny se releva et vint se placer dos à eux en face d'une large cheminée, tentant de ravaler les sanglots qui voulaient s'emparer d'elle.

Elle ne pleurait que très rarement.

Pourtant, entendre Harry parler de faire revenir son frère du royaume des morts, la meurtrit à un point inimaginable. Si elle ne connaissait pas autant Harry, elle penserait que ça l'amusait de faire revenir à la surface un tel espoir.

Parce qu'elle y avait cru, comme lui à la mort de Sirius… Elle avait cru que Fred reviendrait par on ne sait quel moyen, et que tout continuerait comme avant. Qu'elle avait été naïve...

Pourtant, que ne donnerait t-elle pas pour le revoir...

Son visage était resté gravé, son visage souriant et ses yeux clos...

*Il n'y a que dans les rêves que cela est possible*

Sur le moment, elle en voulut tellement à Harry qu'elle avait presque envie de l'attraper et de le gifler jusqu'à ce que la douleur de son cœur s'apaise...

Pourtant, elle savait parfaitement que c'était impossible… Cette douleur s'atténuerait, comme on le lui avait dit, mais ne partirait jamais vraiment...

Harry n'avait pas l'air de reprendre ses esprits et elle eut envie de mettre sa menace à exécution pour le sortir de son délire.

*Tu n'imagines même pas à quel point ce que tu viens de dire me fait atrocement mal...*

Et comme pour indiquer sa douleur, sa main droite vint enserrer sa poitrine et se crisper à l'endroit de son cœur. L'endroit qui lui faisait si mal...

Elle resta dans cette position durant cinq bonnes minutes, quasiment sans bouger, essayant de se reprendre.

Personne n'interrompit cet instant de douleur pour les deux Weasley. Ron serrait d'ailleurs convulsivement ses accoudoirs.

En effet, ils venaient définitivement de comprendre le fait que Fred était parti à jamais...

Enfin, au bout d'un temps qui semblait s'étirer, Ginny effaça d'un geste rageur les larmes traitresses qui coulaient sur ces joues. Elle sentit une main réconfortante se poser sur son épaule.

Elle inspira profondément pour se calmer, elle aurait reconnue n'importe où son odeur, qui l'enveloppait en cet instant.

Elle se laissa aller contre son torse et il la serra doucement contre lui.

- « Je suis désolé, Gin… Mais c'est possible, crois-moi je t'en prie… » Lui souffla t-il tendrement en effleurant ces tempes.

Elle se perdit dans ses pensées, les paroles d'Harry la bouleversant.

Elle revit les dimanches d'avant-guerre, passés au Terrier...

Les repas que sa mère préparait, les blagues, les rires, les parties de Quidditch qu'ils faisaient au fond du jardin...

Fred et George avaient ce grand sourire espiègle... Ils leur préparaient toujours quelques petites farces, surtout aux dépends de Percy et Ron...

Leurs parents avaient ce petit sourire mystérieux qui ne les quittaient presque jamais de voir leur famille si heureuse. Ils étaient si fiers d'eux...

Les grands taquinaient les plus petits... Sauf dans le cas des jumeaux, qui eux ne faisaient grands cas de cette règle. De petites disputes qui se résolvaient, les membres de la famille se retrouvant devant un repas de Mrs Weasley...

Les temps étaient heureux...

Aujourd'hui, le sourire avait déserté la famille Weasley.

Fred était parti, George à moitié lui aussi...

Les moments pour se réjouir se faisaient de plus en plus rares...

Les temps étaient durs...

Harry n'oserait quand même pas lui donner de l'espoir sans fondement.

Elle se retourna et le regarda droit dans les yeux.

Il avait l'air sérieux.

- « Harry, ne... » Voulut t'elle dire, mais il la coupa.

- « Je te le jure »

Il lui embrassa le front et retourna s'asseoir pour achever ces explications.

- « Comment? Lui demanda Ron, sceptique.

- « La pierre. » Se contenta de répondre Harry, comme si cela expliquait tout.

*Ça explique tout*

Ginny retourne s'asseoir, à son tour, espérant malgré tout.

- « Harry, rappelle-toi du conte. Rappelle-toi comment ça s'est finit. » La réprimande venait d'Hermione qui avait, parmi eux, la mieux étudié le conte.

- « Je le sais bien. Mais j'ai la sensation que ce ne sera pas pareil dans notre cas. Et puis, nous ne sommes pas dans la même situation que celle dans le conte des trois frères. » Expliqua doucement Harry.

- « Comment ça? C'est exactement la même situation, au contraire : il l'aimait, elle est morte alors il l'a fait revenir. » Le contredit Ginny.

- « Non, car dans notre cas, je ne les ferais revenir pas uniquement pour moi, mais aussi pour vous et tout les autres... »

Il laissa planer un silence et reprit.

- « Amos Diggory mérite de retrouver son fils. Dobby, sa liberté. Maugrey, sa place parmi nous. Remus et Tonks leur fils, et Fred... sa famille et ses amis... » Exposa de manière juste Harry.

- « Tu crois que ça peut marcher? » Ron se retourna vers Hermione avec espoir. Ses yeux brillant de cette lueur d'insouciance qu'il avait perdue avec la mort de Dumbledore.

- « Ron, je... je ne sais pas. Tu sais bien que la divination n'a jamais été ma matière préférée. Et je sais bien que si ça ne fonctionne pas, vous serez... »

Elle ne voulait pas lui laisser trop d'espoirs... Si jamais son plan échouait, la famille Weasley aurait du mal à encaisser...

- « Écoutez, je voulais vous en parler d'abord, avant d'en faire part aux autres... J'ai pensé qu'on pourrait aller dans la forêt afin de retrouver la pierre et ensuite en parler aux autres, non? »

La question sembla sans grande importance en apparence, mais eux savaient que la réponse qu'ils allaient lui donner allait surement changer leurs vies, irrémédiablement.

Harry les fixa tour à tour, attendant la sentence.

S'ils disaient oui, il reverrait peut être son parrain, son ancien directeur, ses parents...

Leurs deux visages flottant sans cesse dans son esprit, si loin mais si proche pourtant, continuant de le torturer par leur absence.

- « Je pense que ça peut marcher, vraiment. »

Ron fut le premier à se ressaisir.

Il semblait être retombé dans l'insouciance qui le caractérisait jusqu'à leur sixième année.

- « Je vous accompagne, cette fois-ci, mais j'espère vraiment que tu as raison Harry… Sinon ce serait un coup dur, surtout pour George et Maman... »

Ginny ferma les yeux puis les ré-ouvrit et le fixa.

*Pourvu que ça marche, pourvu que ça marche...*

Cette pensée tourna inlassablement dans son esprit fatigué.

- « Je suis avec vous. Mais Harry…, se tournant vers lui, promets-moi de ne pas donner trop d'espoir aux autres quand on leur exposera ton idée. Ce serait vraiment cruel, si jamais ton plan ne fonctionnait pas. »

- « Bien sur Hermione. Ce n'est vraiment pas mon intention, tu le sais. Je tiens à vous, je ne veux pas vous faire davantage souffrir. Je ne sais que trop ce que cela fait... Mais, comprenez-moi… s'il n'y a ne serait-ce qu'une infime chance que ça marche... je veux réparer ces injustices. Vous ne pouvez pas m'en vouloir d'essayer. »

Elle lui fit un petit sourire triste et Ginny vint se blottir dans ses bras. Ce dernier l'accueillant volontiers.

Il se rendit compte qu'il venait de les faire souffrir, elle et son frère… Mais il allait se rattraper. Il ferait tout pour cela.

Ron attrapa doucement la main d'Hermione, et l'embrassa tendrement avant de la mener vers la sortie.

Tout les quatre ressortirent dans le couloir du septième étage, pour se diriger ensuite vers le parc de Poudlard.

Leurs pas finissant de résonner dans le couloir, ils laissèrent se refermer derrière eux la Salle sur Demande. Abandonnant sur la table basse quatre tasses de thé pleines et froides.

Le cœur d'Harry enfin soulagé du poids qui le pesait, il se sentit libéré.

C'était décidément une magnifique journée.

Oh oui, un superbe après-midi qui s'annonçait...