Daybreak
CHAPITRE 4 : Rejet
La journée défila sans embuche. Renesmée passait l'après-midi à la Push en compagnie de Jacob, Edward et moi. Pendant qu'elle s'amusait à courir après le grand indien en riant à gorge déployée, mon mari et moi flânions tranquillement sur la plage, écoutant les remous des vagues s'écrasant contre les falaises.
Main dans la main, nous marchions lentement, nous délectant de ces moments de simplicité absolue où seul la présence de l'autre nous comblait.
Or, je me souvins soudain de notre conversation inachevée du matin. Son inquiétude m'avait éberluée et j'étais de nouveau très curieuse d'en connaître la raison.
Il m'avait avoué avoir discuté avec son père et que cet entretien ne fut pas de bonne augure. Mais, que me cachait-il ? Edward avait pris l'habitude de ne rien me cacher, sachant pertinemment bien que je décèlerai sous mensonge à travers son regard.
Je n'avais peut-être pas sa faculté exceptionnelle de pouvoir lire les esprits d'autrui, mais ces yeux étaient pour moi aussi facile à déchiffrer que si ses pensées avaient été directement retranscrites par écrit dedans.
Cette façon particulière qu'il avait de froncer légèrement les sourcils lorsqu'il était inquiet. Ou au contraire, cette étincelle qui brillait au fond de ses pupilles lorsqu'il était heureux. Je pouvais tout déceler : chagrin, malice, désir, colère, frustration, faim, tout.
Ainsi, il lui était impossible de me mentir. Et de toute façon, il ne le ferait pas. Edward voulait installer une réelle relation de confiance mutuelle entre nous. Il était tellement prévenant que avant, quand il me mentait, c'était pour me protéger.
Il me mentait lorsque quelque chose me menaçait.
Or, ce matin, bien qu'un peu réticent au départ, i était près à m'avouer la vérité.
Pourquoi avais-je donc si peur de l'entendre ? Pourquoi tant d'appréhension ?
Après encore quelques minutes perturbées, je me décidai et lui posai la question :
De quoi avez-vous parlé avec Carlisle ? Pourquoi cela t'a-t-il rendu si inquiet ?
Je me doutais que tu n'aurais pas oublié. Bien ma veine d'avoir une épouse futée et trop curieuse, dit-il avec ce sourire en coin que j'admirais tant.
Raconte-moi… suppliai-je.
Il soupira, se détourna et paru soudain fasciné par l'horizon. Il fixait un point lointain, invisible, mais il ne pourrait s'y caché. Ce n'était pas une échappatoire, il devait me parler.
Bien, mais cela risque de ne pas te plaire.
Je sourcillai, de nouveau apeurée.
C'est à propos de Charlie…
J'écarquillai les yeux, surprise et terrifiée. Je m'attendais à ce qu'il s'inquiète de tout sauf de mon père. Que lui était-il arrivé ? Était-ce grave ? Où était-il ? Pourquoi ne pas me l 'avoir dit plus tôt ?... Les questions se bousculaient dans ma tête à mesure que mon angoisse s'accentuait.
Edward perçu ce malaise et continua, d'un ton plus léger.
Il va bien mon amour, pas d'affolement, me rassura-t-il en traçant de petits ronds avec son pouce sur le dos de ma main qu'il serrait toujours fermement dans la sienne. Disons juste qu'il a été reçu au urgence hier soir.
Vu ma réaction, il s'empressa de poursuivre.
Il conduisait en état d'ivresse et il a foncé dans un poteau électrique à la sortie du bar. Un collège l'a amené à l'hôpital mais mis à par un gros mal de tête dû à la boisson, il n'avait rien en se réveillant ce matin.
Je le regardai déconcertée par ce qu'il venait de m'apprendre.
Charlie ?... Saoul ?... Mais… pourquoi ? Ce n'est vraiment pas son genre…
Pardonne-lui cet écart de conduite Bella. D'après ce que ses pensées mon révélées, ton père venait de passer une mauvaise soirée.
Quand l'as-tu vu ? Et tu ne me l'a pas dit ? criai-je avec des accents d'hystérie dans ma voix.
Craignant ma colère montante, Edward me prit dans ses bras et me susurra :
Du calme Bella, je suis allé le voir juste avant que tu ne quitte la maison ce matin pour aller te promener. J'ai été très rapide. Je fus tout de suite rassuré et si tu me laisse poursuivre ma tirade, tu le seras également.
Septique, je le laissai continuer.
Ton père a passé une rude soirée hier. Mais, la raison ne va pas te plaire.
Il attendit ma réaction mais je voulais entendre la suite. Ainsi, je ne bronchai pas.
Charlie a passé la soirée avec Sue Clearwater. Oui, bien sûr, jusque là, rien d'inhabituel. Or, hier, ton père a fait un pas, que dis-je, un bond en avant. Il a embrassé Sue. Je sais, j'ai réagis pareil en le voyant se remémorer la scène dans sa tête, ajouta-t-il pour commenter mon expression d'hébétude. Enfin bref, elle a tout de même répondu à son baiser et ton père était en cet instant le plus heureux des hommes. Mais, soudain, Sue l'a brutalement écarté. Charlie était perdu, il ne comprenait rien. C'est en se retournant qu'il a trouvé une réponse à cette brusque réaction.
Leah était là, plantée dans l'entrée, le regard plein de haine. Elle fixait sa mère avec une telle abjection que la pauvre femme en était devenue blanche comme la neige. Leah est finalement partie comme une furie et Sue l'a suivie, en larmes.
Charlie s'est retrouvé seul dans le salon. Incapable de réfléchir de manière cohérente, il s'est rendu dans le seul bar de la ville et a noyé son chagrin et sa frustration dans du whisky.
Je n'en croyais pas mes oreilles. Mon ouïe exceptionnelle de vampire ne pouvait pourtant me faire défaut. Mon père amoureux ! Mon père rejeté !
Mais Sue… pourquoi ?
Soudain, comme l'avait prédit Edward, la colère obstrua mon esprit. Leah… pensai-je avec rage. Elle ne m'avait jamais vraiment mené la vie facile mais qu'elle s'en prenne à moi, soit, qu'il en soit ainsi. Mais je ne supporterai jamais qu'on s'en prenne à ma famille. A cause d'elle, le cœur de mon père devait être en lambeaux à l'heure qu'il est.
Ne la blâme pas trop non plus. Leah s'est comporté de façon naturelle. Après tout, n'est-ce pas son père qui est mort il y a moins d'un an ? Et n'était-il pas un des meilleurs amis de Charlie ? Comprends son chagrin.
Son chagrin ? Non mais sous prétexte que Harry Clearwater est mort, ni Sue ni Charlie n'auraient le droit au bonheur ?
Non, évidemment. Mais, Leah a vécu une année très éprouvante. Son père est décédé, la laissant seule, avec sa mère pour faire face à sa nouvelle nature. Ce fut une épreuve très dure pour elle de se transformer en loup-garou. Ainsi que son petit frère. Elle a du se battre contre et avec ses ennemis. Aujourd'hui, on lui impose une coalition avec les vampires. Elle est la seule femelle de la meute aussi. Et enfin, elle se sent trahie par sa propre mère qui « déshonore » la mémoire de son père disparu. C'est beaucoup d'un seul coup. Laisse-lui le temps…
Je considérai sa remarque un moment. En effet, ce furent des moments douloureux pour l'adolescente.
Mais en y réfléchissant, moi aussi j'avais eu une année exténuante et douloureuse. Pourtant, je suis persuadée que si le bonheur venait frapper à la porte d'un de mes proches, je ne m'interposerai pas à l'entrée. Quand Renée s'est remariée, je ne me suis aucunement sentie trahie. J'étais heureuse pour ma mère. Alors pourquoi Leah ne pouvait-elle en faire autant ?
J'avais donc raison de m'inquiéter. Tu es en colère, dit-il en caressant le léger plis qui c'était dessiné entre mes sourcils.
Je m'adoucis à cette remarque comme si je venais de prendre un calmant. Savoir Edward tracassé par ma faute m'était insupportable.
Non, j'irai parler à Leah, gentiment, rassure-toi. Par contre, excuse-moi, mais je comte bien remonter les bretelles de Charlie. Il aurait pu se tuer voyons. Conduire en étant ivre. Il a du bien se faire voir, monsieur chef de la police !
Plongeant mes yeux dans ceux d'Edward, je souris tendrement. Il paraissait… fier ! Comment était-ce possible ? Ne venais-je pas de m'énerver ? Et bien soit, j'étais également reconnaissante. Il m'avait avoué, raisonnée et calmée.
Durant ce dialogue révélateur, nous nous étions éloignés de Renesmée et Jacob. C'est en entendant leur cris de joie que nous sûmes que notre conversation devait s'achevée là.
Jake tenait Renesmée dans ses mains et la faisait virevolter à toute allure haut au dessus du sol. Elle riait tellement que des larmes se dessinaient au coin de ses petits yeux pétillants. A moins que ce ne fusse le vent qui frappait son doux visage avec force.
Edward se joignit aux festivités et pris sa fille par les pieds pendant que Jacob tenait toujours fermement ses mains. Ils balancèrent l'enfant de gauche à droite de plus en plus vite. Plus la vitesse augmentait, plus l'enfant riait. Et son rire était communicatif. Nous éclatèrent de rire de concert avec elle.
Soudain, les deux porteurs déposèrent la petite et après un regard complice, se tournèrent vers moi, un sourire mesquin aux lèvres.
Vous n'oseriez pas ! dis-je, presque furieuse.
Ils foncèrent sur moi, laissant traîner derrière eux leurs rires fantomatiques. Ils m'attrapèrent et me serrèrent vigoureusement. Bien que je fusse très forte, je ne pus me battre seule contre eux deux, et d'ailleurs, me prenant au jeu, je ne fus pas sûre d'en avoir envie.
Ils coururent alors vers l'océan et me jetèrent sans ménagement dans l'eau.
Ils étaient morts de rire et Renesmée applaudissait ! Malgré tout, je réussis de justesse à entraîner Jake dans ma chute et il tomba directement le derrière dans la mer !
Cela n'empêche, il riait toujours.
Edward pris sa fille dans ses bras et fuit aussi vite que l'éclair pour échapper à notre revanche.
Jacob et moi échangeâmes un regard amusé et nous rejoignîmes notre compère avec entrain et égaiement.
