Daybreak
CHAPITRE 5 : Surprise
Les dernières lueurs du jour ce dissipaient déjà sous l'horizon. Les nuages colorés laissaient des traines rosées flotter dans le ciel. Le vent soufflait fort à présent. La pluie s'était arrêtée quelques heures plus tôt laissant son odeur âpre et humide imprégner l'air encore lourd.
Et exactement comme chaque soir, un sentiment d'amertume, de la nostalgie me submergeais. Je redoutais le soir, la fin du jour jovial. La lune, lugubre sous ses airs de romance, s'amusait de mon appréhension. Elle aimait me plonger dans les ténèbres et éclairer la tristesse de mon visage de ses pâles couleurs.
La lune rendait ma nature plus effrayante. Sous ses rayons argentés, je paraissais encore plus blanc que d'ordinaire. Mon teint opalescent paraissait tellement froid et cireux, tel un cadavre sorti des eaux. Mes dents miroitaient lorsque je les découvrais, mettant en évidence le venin mortel qui les recouvrait.
La nuit me montrait également à quel point j'étais différent. Je distinguai le monde de manière aussi apparente dans l'ombre que dans la lumière. La noirceur de la nuit ne posait aucune barrière à ma vision.
Par contre, les animaux et les humains, eux, se méfiaient après la tombée du jour. Privés de la vue, ils tentaient de s'appuyer sur leurs autres sens… si faibles. Et moi, je ressentais leur mal-être. Souffrir pour les autres, c'était tout sauf agréable.
Mais, ce qui m'accommodait le moins la nuit, c'était que je ne dormais pas. Elle défilait lentement, les pendules si hâtives le jour se terraient dans le silence et la vie, pour quelques heures s'endormait, lovée tendrement dans les bras de Morphée pendant que moi, ma journée éternelle s'éternisait.
C'était précisément ce que je ressentais… avant. Parfois, comme ce soir, les anciennes peurs revenaient me hanter. Mais jamais très longtemps.
Je secouai la tête pour retomber dans ma réalité. Pourquoi tant d'apathie pour la nuit. Aujourd'hui, elle était mon amie. La nuit me permettait de profiter pleinement du corps de ma femme pendant que ma tendre fille rêvait dans son lit douillet.
Je souris malgré moi. J'aimais cette femme plus que de raison. Parfois, je ressentais une telle passion pour elle que cela me dévorait à m'en faire mal.
Bella ne s'était pas contenté d'illuminer mes nuits, elle m'éblouissait même le jour…
Elle était la raison de ce monde et son existence suffisait à justifier la création du monde entier. Chaque moment passé à ces côtés étaient heureux.
Avant, je trouvais la vie fade et insipide. C'était comme un concert sans musique, un dîner aux chandelles sans bougies. C'est métaphores ont beau être hasardeuses, elles expriment bien mon ressenti. Mon combat quotidien était de tuer le temps et d'oublier ma pitoyable solitude. Je détestais la pitié que me vouait ma famille, ainsi, je m'isolais encore plus.
Jusqu'au jour où cet ange est venu éclairer ma route. Elle m'avait redonné goût à la vie tout simplement. Mais, non, la vie ne me semblait pas simplement supportable voire agréable avec elle, elle en devenait passionnante.
Alice, ma sœur, prétendait que l'amour naissait m'avait plongé dans un état d'abrutissement constant, chose que je ne pouvais démordre…
Bref, la fragile et délicate humaine que j'aimais était devenu un vampire passionné et admirable. Je l'aimais, c'était tellement naturel pour moi.
Je regardais toujours le ciel couchant, laissant libre court à mes pensées heureuses et désordonnées quand je sentis des mains tièdes et douces se poser sur ma taille. D'un mouvement délicat, je saisis une de ces mains et la portai à mes lèvres.
Bella me sourit et plongea son regard velouté dans le mien. Ses yeux couleur de cuivre me couvaient de toute leur affection et je sus, qu'en ce moment si juste, si prompt à toute passion, qu'elle m'aimait d'une force équivalente à la mienne.
Je baisai délicatement ses lèvres de soie, aussi légères et parfumées que les pétales de la plus exquises des fleurs. Avec un sourire enfantin, elle sauta brusquement dans mes bras et ébouriffa mes cheveux. Avant que je ne puisse protester, elle emprisonna mes lèvres derechef.
L'embrassade au départ chaste et prude ce fut plus entreprenant à mesure que Bella collait son corps contre le mien. Comme à son habitude, elle fit glisser ses gracieuses mains dans mes cheveux et scella plus avidement nos lèvres brûlantes.
Ensuite vient ce qui devait arriver. Jacob !!!
Il se racla la gorge de manière très incongrue et plaça ses énormes mains sur les yeux de Renesmée .
Nous nous écartâmes aussitôt et l'indien rigola. Après lui avoir lancé un regard noir, je m'avançais vers ma fille
Je tombe mal apparemment. Pensa Jacob.
Oui, effectivement, tu aurais pu réapparaître à un autre moment.
Non, j'aurais raté un beau spectacle. Quand je raconterai à Emmet que c'est de pis en pis et que Bella et toi n'êtes même plus capables de vous contrôler…
Tu n'en feras rien, espèce de chiot, sifflai-je d'un ton amer.
Je suis navrée Jake, mais cette enfant tombe de sommeil, déclara Bella en constatant que Renesmée retenait péniblement un bayement. Ils est l'heure de rentrer jeune fille.
L'intéressée soupira de mécontentement. Jacob fit de même et retourna à l'enfant son regard de cocker. Après une longue accolade, ils se quittèrent à contre cœur et Jacob fila dans les profondeurs de la forêt.
Bella était allongée sur mon torse nue, elle aussi en tenue d'Eve. Je ne pouvais réprimer mon désir lorsqu'elle était dans son simple appareil. Elle était tellement belle, tellement…désirable !
Ses cheveux ondulaient sur ma poitrine et moi, je caressais nonchalamment sa nuque. Ses paupières étaient closes, son souffle régulier et son odeur apaisante. L'extase vous dis-je. Rien d'autre que l'ivresse. Nous restâmes paresseusement enlacés en silence jusqu'à ce qu'elle prenne la parole, s'exprimant de son carillon mélodieux et musical.
Je vais rendre visite à Charlie avec Renesmée aujourd'hui. Tu viendras ?
Le veux-tu ?
Toujours.
Alors oui. Une visite de courtoisie à mon parâtre ?
Heu… en quelque sorte
Je la contemplai amusé.
Tu comptes toujours le sermonner ?
Oui, répondit-elle avec ferveur. Il le faut !
Un homme ne peut-il plus souffrir de chagrins d'amour
Il ne faut pas qu'il laisse une femme régir sa vie voyons.
Tu aurais dû me dire cela plus tôt. Dans mon cas, c'est trop tard.
Elle rigola, la mélodie la plus ravissante du monde.
Bêta ! Ne dis pas cela devant mon père. Il va te prendre en exemple.
Et quand comptes-tu t'expliquer avec Leah ?
Juste après être passée chez Charlie.
Cela me semble assez judicieux en effet.
Mais, un évènement surprise vint bouleverser le programme de notre journée : un visite inattendue.
Vers 9 heures, Jacob débarqua à la maison à bout de souffle. Il s'adressa à Bella, affolé.
Elle vient Bella ! Elle est en route et ce n'est pas une visite cordiale, je te préviens. Elle est furieuse.
Mais Bella n'y est pour rien là dedans, ajoutais-je après avoir vu ce que Jacob pensait
Elle est persuadée du contraire. Elle veut des explications, et vite.
Des explications sur quoi ? Et enfin, de qui parlez-vous ?
D'un même mouvement de tête ; Jacob et moi nous retournâmes vers Bella et, interdit, Jacob répondit dans un souffle.
Leah, elle…
Elle est là, ajouta une voix glaciale dans l'entrée restée ouverte depuis l'arrivée précipitée de Jacob.
Elle paraissait effectivement furieuse, au bord de la folie presque. Ces pensées étaient assassines et j'aurai voulu les stopper, je supportai mal qu'on insulte Bella mais, ce combat n'était pas le mien. Elle était hors d'haleine elle aussi. Tendue comme un fil sur le seuil de la porte, elle avait les cheveux broussailleux et les yeux rouges.
Bella s'approcha lentement mais, baissant la tête, Leah l'interrompit avec la main.
J'ai redoublée d'efforts pour supporter ces sangsues affables mais je ne pourrai jamais prétendre les aimer.
Elle paraissait converser avec elle-même, insouciante des regards lugubres que Jacob et moi lui lancions à l'unisson. Bella, elle semblait peiné et s'était même arrêtée de respirer.
Malgré tout, je n'ai rien dit, j'ai respecté la meute, je me suis adaptée. Continua-t-elle d'un ton froid. Au début, je craignais que cette situation étrange d'alliance entre vampires et loups n'affecte mon petit frère. Mais puisse que manifestement, ce n'en est rien, alors je me retins de toute protestations.
Mais là, son imbécile de père s'attache à ma pauvre mère…
Mon père est tout sauf bête ! s'offusqua Bella
Mon père vient juste de nous quitter, son esprit flotte encore tout autour de nous, poursuivit Leah sans apporter le moindre intérêt à la remarque de Bella. Elle tarit le souvenir encore frais de mon défunt et honorable paternel pour un homme comme Charlie Swan. Non mais, rien qu'a voir sa fille, cet homme devrait être couvert de honte. Une petite imbécile frivole et inconsciente qui s'est jetée directement dans la fosse au vampire et qui est désormais une des leur. Ca m'écoeure !
Tais-toi sale égoïste ! protestai-je incapable de contenir ma rage. Je t'interdit d'insulter ma femme de cette manière sous notre propre toit de surcroit !
Elle me fixa avec dédain et se tourna enfin vers Bella.
Si tu aimes ton père, éloigne-le de ma mère.
Pourquoi, demanda Bella incrédule.
Parce que ce n'est pas bon pour eux
Dis plutôt que cela n'est pas bon pour toi, persiffla Jacob qui s'était tu depuis le début de la dispute. Tu sais très bien que si un chef Quilleute se marie avec un allié des vampires, il sera donc impossible d'imposer de nouveau l'ancien pacte et l'alliance loup/vampire sera intraitable.
NON , cria Leah ! C'est juste que ma mère n'est pas prête pour une nouvelle relation et…
Des clous ! l'interrompit Jacob. Oh, sois au moins franche avec toi-même à défaut de l'être avec nous.
Que crains-tu au juste ? renchérit Bella.
Je… Je… balbutia-t-elle. Je ne peux accepter ca !
Mais, on ne t'a jamais rien demandé de tel, répondit Bella. On te dit juste de te taire et de ne pas empêcher Charlie et Sue d'être heureux.
Ah oui, et tu crois qu'une grossesse à 45 ans c'est bon pour ma mère ?
Là, Bella ne répondit rien, complètement éberluée. Jacob déglutit et je détournai les yeux. Le regard suppliant, Bella se tourna vers moi.
Dis-moi que tu n'étais pas au courant ? Dis-moi que c'est faux car sinon, tu m'aurais prévenue ? Dis-moi !
Ne recevant aucune réponse de ma part, les larmes lui montèrent aux yeux et elle fixa Jacob avec haine.
Et toi, mon soit disant meilleur ami, je suppose que n'a pas jugé important de m'informer que Sue était enceinte de…
Elle s'interrompit, la peur se lisant sur son visage torturé.
C'est bien de Charlie qu'elle est enceinte, n'est-ce pas ?
Mais pour qui la prends-tu espèce d'insolente ? s'emporta Leah ! Evidemment, seul ton imbécile de père aurait pu faire une chose aussi stupide.
Je m'apprêtai à riposter lorsque Bella se tourna brusquement face à moi. Ses yeux lançaient des éclairs et la colère défigurait ses traits.
Charlie a fait un grand pas hier soir ? Il a embrassé Sue ? A cause de Leah, elle l'a rejeté ? En pleurs ? Espèce de traître. Tu savais tout et tu m'as baratinée ! Moi qui avait confiance en toi.
Non Bella voyons, je voulais juste éviter que tu paniques mon amour…
Ah oui, comme ça, tu pouvais encore te servir de moi pour assouvir tes petits plaisirs au lieu de me laisser partir furieuse !
Bella, tu n'as pas le droit de dire ca, dis-je avec des airs de supplique. Je t'aime et jamais je ne me suis servi de toi, je…
Je veux la vérité, coupa-t-elle, glaciale. Et maintenant !
Je regardai Leah et Jacob a tour de rôle, cherchant le secours que ni l'un ni l'autre n'était prêt à m'offrir !
Edward, s'impatienta Bella
Bon d'accord, me pliai-je. Charlie s'est rendu à l'hôpital pour rendre visite à Sue qu'il croyait malade. Arrivé là-bas, elle dormait et c'est Carlisle qui lui a annoncé que Sue était enceinte. Ca a complètement retourné Charlie et il est allé se saouler dans un bar. Or, ce que tu ne sais pas, c'est qu'ensuite, il est retourné aux urgences mais à ce moment là, Sue était éveillée. Il s'est laissé emporter sous l'effet de l'alcool et il a été très insultant. Il a prétexté que Sue n'était pas une femme convenable et qu'elle devait avoir honte de le tromper à droite à gauche. Car, oui, la raison de sa maladresse est qu'il était persuadé que l'enfant n'était pas de lui. Sue était mortifiée quand Leah est arrivée dans la chambre. En la voyant, Charlie est parti en laissant une Sue en pleurs. Et après, il a écrasé sa voiture contre un poteau électrique.
Je restai bouche bée, devant ces aveu. Alors ainsi, mon père s'était comporté comme un goujat. Et en y réfléchissant bien, l(histoire d'Edward était cohérente . Voyant sa voiture défoncée, j'aurai cru à l'accident de Charlie, il avait vraiment été à l'hôpital et c'était bien à cause de Sue.
Je n'en revenais pas. Je laissai ma colère de côté un moment et tentai de digérer la nouvelle…
J'allai être grande sœur…
