Note : Il s'agit d'une UA, où l'existence du restaurant "À la baguette uranienne" change la face de l'histoire de la magie . Il y aura une fic juste après celle-ci qui concluera l'histoire.
Avertissement : Il est mieux de connaître le Rocky Horror Picture Show pour saisir toutes les allusions de cette fic :D.
À LA BAGUETTE URANIENNE
La présence de Severus Snape aux réunions du vendredi soir était toujours purement symbolique. Non qu'elle ne fût pas requise pour de bonnes raisons ! Mais chaque fois que Severus se voyait contraint d'assister à l'une des "Détestables Réunions de Professeurs du Vendredi Soir", il passait la plus grande partie du temps perdu très loin dans ses pensées, et l'en tirer s'avérait dangereux. Certains avaient remarqué qu'il arborait quelquefois un air renfrogné, auquel cas on ne pouvait le faire revenir sur terre que de fort méchante humeur. Néanmoins, s'il semblait parfois plus "joyeux" – il ne souriait pas à proprement parler, tout de même pas, mais quelqu'un d'attentif et connaissant bien Severus était en mesure de deviner une idée de sourire quelque part dans son regard vague – il fallait être alors carrément suicidaire pour le déranger.
Personne, bien entendu, n'avait accès aux pensées secrètes de Severus, ni ne pouvait en avoir la plus petite idée. Il aurait fallu, pour cela, avoir été Mangemort du temps où c'était super cool.
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Déjà, à l'époque, Severus n'aimait pas tellement les réunions du vendredi soir. Ce n'étaient tout de même pas les "Détestables Réunions de Mangemorts du Vendredi Soir", mais peut-être bien les "Fatiguantes Réunions", ou les "Ennuyeuses Réunions", voire les "Douloureuses Réunions". Certaines semaines, quand tout s'était déroulé selon les plans et que l'on pouvait faire au Maître un rapport satisfaisant, c'était même plutôt sympa – il y avait du bon vin et des petits-fours à se damner. Mais la plupart du temps, la mention d'un certain sorcier à lunettes en demi-lunes suivant un "malheureusement…" revenait un peu trop souvent, ce qui rendait le Maître très irritable et sa baguette pour le moins chatouilleuse. Et Lucius Malfoy n'était pas pour rendre les choses plus faciles, avec son incapacité physique à ne pas en faire des tonnes et à ne pas dire sans arrêt "Dumbledore" (pour la santé des nerfs du Maître, il valait mieux préférer les périphrases du type "l'autre vieux barbu, là").
Tout le monde ressortait généralement très fatigué de ces réunions et partait avec soulagement retrouver sa petite famille – du moins quand, contrairement à Severus, il en avait une. Severus Snape n'avait jamais été réputé pour être un individu très sociable ; ses relations s'avéraient toutes strictement professionnelles et sa vie privée était pour ainsi dire inexistante. Pour pallier sa solitude, il aimait à manger dehors le soir, et à rentrer le plus tard possible chez lui pour se glisser directement entre ses draps vides. Ses soirées ne pouvaient avoir que deux variantes : le restaurant où il allait dîner, et le livre qu'il emmenait avec lui pour l'occuper.
Un jour – c'était un mardi – lors d'une pause-café au QG des Mangemorts, Lucius Malfoy avait vivement déconseillé un certain bar-restaurant, auquel Severus s'était rendu le soir même. Un restaurant garanti 100 sans Lucius Malfoy était tout ce qu'il pouvait attendre de la vie après une dure journée de travail… L'endroit s'était d'ailleurs révélé fort agréable, et Severus y était retourné les deux soirs suivants. On y mangeait bien, pas trop cher, et la clientèle était (pour une raison mystérieuse) presque uniquement masculine, ce que Severus, coutumier des migraines causées par les incessants bavardages des femmes, ne déplorait nullement. Ce restaurant s'appelait "À la Baguette Uranienne".
Ainsi, c'est à la Baguette Uranienne que Severus débarqua ce vendredi soir, pour la quatrième soirée consécutive, après une réunion particulièrement exténuante où quelques doloris avaient même fusé. En entrant il lui sembla confusément que quelque chose était différent des trois premiers soirs où il était venu, mais las comme il l'était, une seule chose occupait son esprit : la perspective d'un bon remontant.
Il s'assit au bar, posa un coude sur le comptoir et se frotta les yeux d'un geste fatigué tout en bafouillant :
« Un diabolo fraise. Non, un… whisky… fraise. Whisky fraise. Euh. C'est possible, ça ? »
Ce à quoi le barman répondit d'une voix taquine :
« Ici tout est possible, mon mignon. »
Ce que Severus jugea fort, fort déplacé.
Il leva des yeux outrés vers le barman, qui finissait d'essuyer un verre sans le regarder, et il reçut alors un double choc. Suivi d'une légère angoisse, lorsque le barman le regarda enfin et en laissa tomber le verre qu'il avait à la main.
« Snape ?!
– B… Black… » parvint seulement à bégayer Severus, tandis que son esprit traumatisé ajoutait : en corset à paillettes.
Sirius Black semblait furieux. Auparavant, Sirius Black avait déjà souvent semblé furieux lorsqu'il posait les yeux sur Severus. Mais alors, il ne portait pas de corset à paillettes. Rouge, le corset.
Severus ne savait pas trop s'il devait rire ou pleurer de cette situation. Et de ce corset. Rouge. À paillettes.
Par la sainte barbe de Merlin.
« Qu'est-ce qu'il y a, Snape, tu n'as jamais vu un corset de ta vie ? grogna Sirius.
– Oh ! Donc en plus, tu es conscient de ce que tu es en train de porter ? fit Severus dans une tentative de moquerie.
– Si tous les employés de cet établissement en portent aujourd'hui, ce n'est pas tout à fait par hasard, tu sais », fit remarquer Sirius.
À cette phrase, Severus réalisa que le second barman, un peu plus loin, était tout aussi outrageusement vêtu. Il eut alors très peur de ce qu'il verrait s'il se retournait vers la salle… Un seul bref regard par-dessus son épaule le fit pâlir.
« Mais où est-ce que j'ai atterri…? parvint-il à prononcer, alors que son esprit hurlait : PORTE-JARRETELLES !!
– En pleine soirée spéciale "Rocky Horror Picture Show" à la Baguette Uranienne, le meilleur resto bar gay du monde sorcier. Du moins, c'est ce que je suis payé pour te répondre.
– Resto bar… gay ?! répéta Severus, profondément choqué.
– La sortie est par ici, merci de ta visite, au plaisir de ne jamais te revoir ! »
Mais Severus n'entendait pas perdre la face de cette façon devant Sirius Black, et surtout pas un Sirius Black en corset et – il regarda par-dessus le comptoir – en porte-jarretelles. Oh, que non.
« Je t'ai demandé à boire, non ? »
Sirius leva des yeux redoutables.
« Pardon ?
– Mon whisky fraise, barman ! dit Severus bien fort en tapant sur le comptoir.
Sirius avança brusquement son bras et empoigna le devant de la robe de Severus. Il grogna, à quelques centimètres de son visage :
« Écoute, vermine, la seule raison pour laquelle je ne t'ai pas encore envoyé mon poing dans la figure est que j'ai déjà déclenché une bagarre la semaine dernière et que je tiens à ce job. Mais tu sais que je reste quelqu'un d'impulsif, alors ne joue pas trop avec mes nerfs et fous le camp d'ici tant que ton vilain nez est encore au milieu de ton visage. »
Il relâcha Severus, qui arrangea sa robe dignement, un peu pâle.
« Tu es si puéril, Black, fit-il d'un ton supérieur. J'ai le droit d'être ici, tu dois me servir comme n'importe quel client, sinon j'irai me plaindre à ton chef. »
Le visage de Sirius se crispa, mais il fit claquer un verre à whisky sur le comptoir et versa le mélange demandé.
« Qu'est-ce que tu veux prouver, Snape ? (Il cilla.) Tu n'es quand même pas vraiment homo, dis ?
– Tu l'es ? ricana Severus avant de porter son verre à ses lèvres.
– J'ai toujours cumulé les talents, répondit Sirius avec un sourire insolent qui disait "va te faire foutre, et pas par moi".
– Hn. »
Severus toussa un peu en vidant son verre.
« C'est dégueulasse, non ? s'enquit Sirius avec un petit rire narquois.
– Peut-être, fit Severus en essuyant une larme qui avait coulé toute seule de son œil. Et tu dis que tu tiens à ce métier… J'avoue que même moi, j'avais dû surestimer tes ambitions.
– Ce n'est pas un métier, c'est un job, d'accord ? Ça paie bien, surtout lorsqu'on travaille la deuxième moitié de la semaine.
– Pourquoi ?
– Parce que ce sont les soirées déguisées, pardi. »
Severus comprenait mieux à présent pourquoi le restaurant lui avait paru tellement plus normal les fois précédentes – et pourquoi il ne lui avait pas semblé croiser de Sirius Black auparavant.
« Et les faux cils, c'est dur à mettre ? » railla-t-il en agitant son verre pour être resservi.
Sirius versa accidentellement du sirop de fraise sur la main de Severus.
« Tu m'excuseras d'esquiver ta passionnante conversation, j'ai un autre client qui m'attend. »
Contrarié, Severus revint à son verre de whisky fraise. C'était un peu moins immonde la deuxième fois, se dit-il… En fait non, c'était tout aussi immonde. Il vida néanmoins le fond de son verre d'un trait.
« Barman ! La même chose ! »
Sirius revint à lui avec ce qui ressemblait à du réel énervement.
« Tu ne vas pas me lâcher de la soirée, n'est-ce pas ?
– J'ai toujours rêvé de te voir obéir à mes ordres, ricana Severus.
– Fais attention, Snape, l'alcool te désinhibe : tu viens d'avouer que tu as toujours rêvé de moi », ironisa Sirius.
Il lui colla son verre sous le nez et Severus, d'un air de défi, l'avala cul sec. Il fut pris d'une toux incontrôlable mais fit néanmoins signe à Sirius de remplir à nouveau son verre.
Consterné, Sirius fit signe à un serveur dans la salle.
« Tu me remplaces, tu veux bien ? Je vais partir plus tôt, aujourd'hui.
– Eh ! protesta Snape.
– Bonne nuit de beuverie, Snape. J'espère que demain matin, quand tu te réveilleras tout habillé sur le pas de ta porte avec un torticolis et une gueule de bois carabinée, tu crèveras suffisamment de honte pour ne plus jamais remettre les pieds ici. »
La vision de Sirius Black en bas et corset s'éloignant fièrement sur des talons hauts allait hanter Severus le reste de la soirée.
-o-
« … Harry Potter. »
Severus sursauta et fit passer sa réaction pour une quinte de toux. Lorsqu'il leva les yeux, tous les regards professoraux étaient tournés vers lui.
« Quoi ? »
Dumbledore croisa les mains devant lui.
« J'ai entendu dire que vous aviez de nouveau puni Mr Potter, Severus?
– … J'ai une excellente raison pour cela.
– Et pour ne pas m'en informer…?
– Eh bien, monsieur le directeur, la dernière fois, vous avez dit ne plus vouloir entendre parler des retenues de Potter.
– Je pensais par là vous inciter à ne plus lui en donner, Severus.
– … Oh.
– Oui. Severus, j'ai le sentiment déplaisant que vous n'êtes pas entièrement impartial en ce qui concerne cet enfant.
– C'est le moins qu'on puisse dire », gloussa Mrs Sprout.
Severus lui décocha un regard assassin, et elle plongea dans ses notes d'un air absorbé.
« Ce n'est pas le premier avertissement que je vous donne, Severus. Je ne peux vous laisser vous livrer à un tel harcèlement moral sur l'un des élèves de l'école que je dirige.
– Je ne comprends pas, dit McGonagall. Enfin, Severus, qu'est-ce qui peut bien déchaîner en vous tant de haine envers le jeune Potter ? J'ose espérer que ce n'est pas sous prétexte qu'il est le fils de son père que…
– Bien sûr que non! s'exclama Severus. Cet élève est médiocre et insolent !
– C'est vrai que c'est étrange, dit Flitwick à sa voisine. Dès que le jeune Potter est arrivé, Snape l'a pris en grippe.
– Puisque je vous dis qu'il le mérite! Il fait honte à la matière que j'enseigne !
– C'est à se demander si sa ressemblance étonnante avec son célèbre père ne lui porte pas préjudice…
– Eh! Vous écoutez ce que je dis ? »
Tandis que ses collègues se perdaient en conjectures à son sujet, Severus, furieux, repensa à toutes les raisons qu'il avait de haïr Harry Potter. Et pour la plupart, elles étaient telles que jamais il n'aurait l'envie ni même l'idée de les expliquer à ses imbéciles de collègues.
« De retour ? » demanda Sirius en frottant nerveusement sur son carnet sa plume qui refusait d'écrire.
Severus haussa un sourcil perplexe.
« Oh, c'est bon, Snape, tu vois très bien ce que je veux dire. … Tu n'étais pas là, hier.
– Tu as remarqué ?
– Retire de ton visage ce sourire satisfait, grogna Sirius. Ça fait des semaines que tu viens tous les jours, c'est normal que je le remarque.
– Tu ne tiens presque plus le bar, fit remarquer Severus comme si ce fait était très lourd de signification.
– C'est parce que je me fais plus de pourboires en salle ! réagit Sirius, sur la défensive.
– Ah, oui, bien sûr.
– C'était quoi, ce "bien sûr", encore un sarcasme ?
– Non non. Je comprends. Rester derrière un comptoir, c'est gâcher un de tes principaux atouts. »
À ce point, Severus devinait combien le Gryffondor regrettait d'avoir amené ce sujet sur le tapis. Surtout alors qu'il portait un pantalon en cuir aussi ajusté.
« Maintenant tu voudrais être derrière le bar, n'est-ce pas ?
– Absolument pas, rosit Sirius en secouant impatiemment sa plume jusqu'à ce qu'une volée de gouttes d'encres en jaillît. Je suis extrêmement fier de mon postérieur, merci bien. Qu'est-ce que tu prends ?
– Il ne figure pas sur le menu.
– Quoi ?
– Ton postérieur. »
Hein ? C'était juste une blague ! Oh doux Merlin. Ça ne ressemblait pas à une blague, n'est-ce pas ?
Depuis qu'il venait dans ce bar, Severus avait l'impression que par moments, un autre parlait à sa place. Il n'avait pas vraiment osé dire ça sur un ton sérieux, n'est-ce pas ?
L'expression de Sirius laissait penser que si. Severus se demanda si "je suis sous Imperius" pouvait constituer une excuse crédible.
Sirius sondait son regard à présent, essayant probablement de déterminer s'il était sous Imperius, ou s'il plaisantait, ou s'il avait simplement perdu la tête. Un genre de sourire vacillant adoucit son visage.
« En fait, commença finalement Sirius en se raclant la gorge, il est possible de faire des commandes spéciales sous certaines conditions. »
Severus sentit son rythme cardiaque devenir beaucoup plus rapide que nécessaire. Mais à cet instant, un hibou surgit et lâcha une missive dans les mains de Sirius. Il la parcourut rapidement.
« Oh Merlin. Oh Merlin. OH MERLIN.
– Qu'est-ce qui se passe ?
– James accouche. Je veux dire, Lily accouche. Mais qu'est-ce que je fais encore là ?! Je dois y aller. Oh Merlin. »
La minute suivante, Sirius était parti et Severus était prostré sur sa chaise.
Oh Merlin, songeait-il. On est le 31 juillet. "Lorsque mourra le septième mois…" Oh Merlin. "De ceux qui l'ont par trois fois défié…" OH MERLIN.
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« Severus, vous êtes avec nous ?
– Hn.
– Severus, faites un effort, je vous en prie. L'air de rien, c'est important.
– Mmh.
– Je suppose que vous ne souhaitez pas perdre votre poste ?
– Pardon ? Comment ça, perdre mon poste ? » s'inquiéta Severus.
Ça ne ressemblait pas du tout à Dumbledore de lui faire ce type de chantage.
« James Potter commence à vous en vouloir, et même si vous gardez mon support, il a déjà fait des démarches pour vous faire déclarer incompétent en matière d'enseignement…
– C'est la meilleure ! Potter défend son fiston en voulant me faire renvoyer ! C'est bien la seule chose qu'il n'avait pas réussi à m'enlever… Pourquoi faut-il que ce maudit gamin soit à l'origine de tous les malheurs de mon existence ?
– James n'est plus un gamin, voyons…
– Pas James ! Harry ! HARRY POTTER ! »
Les autres professeurs commençaient à le regarder comme s'il était fou, mais Severus savait très bien de quoi il parlait.
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Sirius était d'une beauté assez effrayante lorsqu'il était trop sérieux.
« J'aimerais te faire confiance, Snape… Même si découvrir que tu étais vraiment un Mangemort alors que je… » Il baissa les yeux. « … alors que j'en étais venu à en douter sérieusement, fut une réelle déception. Mais tu vois, je ne comprends pas ton attitude.
– … Mon attitude ?
– Je ne comprends pas pourquoi tu es venu de notre côté aussi soudainement… Enfin, pourquoi aurais-tu voulu sauver l'enfant de James ?
– Je n'ai jamais voulu sauver ce sale mioche, d'accord ? Révéler ce que je savais d'utile était mon seul moyen pour ne pas échouer à Azkaban !
– Et pourquoi tu n'es pas resté auprès de ton maître, hein ? La vie est vachement moins rose du côté des gentils, tu le sais, ça ? Auprès de Voldemort, tu avais tout ce dont un Serpentard peut rêver !
– Peut-être, murmura Severus. Mais tu sais… »
Trouverait-il les mots ? Un seul regard vers Sirius lui faisait perdre ses moyens tout autant qu'il renforçait sa détermination.
« Quoi ? Snape… »
Il trouverait toutes les excuses de confidentialité qu'il voudrait, Severus trouvait quand même que Sirius se tenait vraiment très près de lui pour quelqu'un qui ne lui faisait aucune confiance. Se raccrochant à cette pensée encourageante, il se lança :
« Nous ne sommes plus à l'école, Black. Les Serpentards et les Gryffondors, ça n'existe plus… Nous sommes juste des… individus… avec des désirs… spécifiques.
– Qu'est-ce qu'il pouvait bien y avoir de notre côté qui ne se trouvait pas auprès de Voldemort ? »
Est-ce que Sirius n'avait pas l'air d'anticiper une réponse, penché vers lui comme il l'était, une lueur d'espoir dans l'œil ? Severus essayait de ne pas trop y penser, cherchant désespérément à se focaliser uniquement sur l'effort magistral qu'il fournissait pour ouvrir pour la première fois la porte de son jardin secret.
« Tu vois, je… Enfin, tu sais que j'ai beaucoup fréquenté ce bar où tu travailles et… comment dire… Le temps aidant… Tu auras peut-être remarqué de toute façon que si je venais c'était essentiellement parce que tu y étais et…
– Oui…? »
Sirius avait posé une main sur son épaule mais Severus fit de son mieux pour ne pas se laisser distraire.
« Eh bien quand j'ai su que le Maître s'en prendrait au fils de Potter, il m'est clairement apparu que je devais faire un choix entre l'avenir que je m'étais préparé et…
– BIIIP BIIIP PADFOOT QU'EST-CE QUE TU FICHES JE TE RAPPELLE QUE TU ES CENSÉ GARDER HARRY AUJOURD'HUI !
– Aha, euh, c'est mon bipeur, s'excusa Sirius. Oh, bon sang, je suis super en retard ! Désolé, euh, Snape, on finira cette discussion plus tard, hein ? »
Sans lui laisser le temps de répondre, Sirius transplana dans un grand bruit.
« … et toi », finit Severus, quelque peu déprimé.
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« Vous croyez qu'il s'agit d'un délire de persécution ? murmura Flitwick à sa voisine de table.
– Severus, je ne vous suis plus, dit Albus. En quoi est-ce que le jeune Potter a-t-il pu vous causer du tort ?
– Laissez tomber, marmonna Severus.
– Je me permets d'insister…
– C'est personnel », répliqua Severus.
Et toute personne normale s'en serait contenté, car qui voulait savoir quoi que ce soit de la vie personnelle d'un homme comme Severus Snape ? Mais Dumbledore avait toujours été un peu particulier.
« Même si je comprends que cela soit délicat en ce qui concerne Harry, je ne puis admettre que votre vie personnelle influe sur votre vie professionnelle, Severus. Tout comme je ne peux pas me permettre de perdre un professeur de potions de votre qualité. » (Vile flatterie, songea Severus, qui ne put s'empêcher de hausser le menton malgré tout.) « Je vous passe encore cette fois, mais faites des efforts. Et surtout, si vous avez besoin de vous confier au sujet de quoi que ce soit, la porte de mon bureau vous est ouverte. »
Severus haussa les épaules, boudeur. Le vieux ne tirerait rien de lui. Son jardin secret, il ne l'avait ouvert qu'à une seule personne jusqu'ici, et ça n'était pas près de changer.
« Reconnaissant ? » répéta Severus en se levant pour se verser une tasse de thé.
Sirius rit. Sirius riait beaucoup trop depuis le début de cette conversation, pour un degré de comique général somme toute très bas.
« Oui, reconnaissant ! À l'heure qu'il est, mon filleul pourrait être mort et ce serait quand même… euh… pas cool. Ha, ha. »
La tasse de Severus cliquetait légèrement dans sa main.
« Crache le morceau, Black. Tu ne veux plus me voir ?
– Quoi ?
– Tu me remercies pour me demander gentiment de sortir de ta vie par où je suis rentré ?
– Mais enfin pourquoi est-ce que…?
– Tu as très bien vu où je voulais en venir avec notre dernière discussion, ça t'a embarrassé et tu t'es enfui avant que j'arrive au bout…
– Non non ! Il fallait que je garde Harry, c'est la seule raison pour laquelle je suis parti ! D'ailleurs, je dois y retourner dans une demi-heure, alors…
– Alors quoi ?! »
Sirius s'approcha plus que de nécessaire, comme s'il voulait lui chuchoter la suite à l'oreille. Mais il le regarda droit dans les yeux.
« Sans tous les événements de ces dernières semaines, je… non. Je recommence. Euh. Ça fait un mois aujourd'hui que tu es venu pour la dernière fois à la Baguette Uranienne, et déjà à l'époque tu avais évoqué la possibilité… Tu te souviendras que je n'avais pas contredis l'éventualité que… »
Les lèvres de Sirius étaient tellement proches à ce point qu'il avait fort peu de chances de réussir à finir sa phrase, de toute façon. Néanmoins, Severus fut vivement choqué lorsqu'il s'écarta tout d'un coup.
« Attends une seconde.
– Black…?
– Ça fait un mois aujourd'hui ! Harry a un mois aujourd'hui et je n'ai aucun cadeau pour lui ! Non ! Je ne peux pas déjà faillir à mon rôle de parrain !
– Black !
– J'ai juste le temps de passer une commande express par cheminée au Paradis du Jouet avant d'aller chez James…
– Black, tu n'es pas sérieux…!
– Tu comprendras qu'on remette la fin de cette discussion à plus tard, n'est-ce pas ? Ne t'en fais pas, je te recontacte très vite. »
Lorsque, un moment plus tard, un elfe de maison qui passait par là trouva Severus en train de se cogner la tête contre un mur, il se contenta de dépoussiérer les étagères sans poser de questions.
-o-
Severus était soulagé quand il rentra de Poudlard ce soir-là, et pourtant Sirius le jugea vite "un peu sur les nerfs". Il y a souvent cette sensibilité particulière dans un couple de longue date, comme si les deux entités en devenaient moins distinctes au fil du temps. À moins que Sirius n'ait juste fait cette déduction de la façon dont Severus claquait les portes et renversait des objets en grognant constamment.
Au bout de la seconde assiette brisée, il se risqua à glisser :
« J'ai déjà mis la table. »
Severus grogna encore plus.
« QUI t'a demandé de mettre la table ?! Tu te prends pour ma femme, ou quoi ?
– … D'accord. Donc je n'aurais pas dû faire le repas non plus, je suppose.
– Parce que tu aurais voulu que je cuisine, à l'heure où je suis rentré ?!
Sirius avait parfois l'impression de passer le plus clair de son temps avec Severus à compter lentement jusqu'à dix. Si, arrivé à dix, sa colère n'était pas retombée, il s'accordait le droit de la laisser exploser. Cette technique simple avait réduit de près de cinquante pour cent le nombre de ses disputes avec l'élu de son cœur, ainsi que les plaintes des voisins.
« Severus, j'ai dû compter jusqu'à douze, cette fois, alors passe à table et ne me dis pas que tu n'as pas envie de manger des pâtes.
– Oh, vu tes talents culinaires, des pâtes ou autre chose… »
Severus grimaça à peine lorsque Sirius le plaqua contre le mur. L'habitude.
« Dites donc, monsieur, vous n'êtes pas le seul à avoir eu une dure semaine. Dans l'idée, on devrait être d'autant plus heureux de se retrouver le week-end. Tu pourrais garder ça à l'esprit et m'épargner ta mauvaise humeur ?
– Mmh…
– Pardon ?
– J'ai besoin… »
La suite, marmonnée, était presque incompréhensible.
Sirius eut un sourire. Ses mains se glissèrent dans celles de Severus qu'il avait tenues immobilisées contre le mur, et ses lèvres effleurèrent celles de Severus, avant que celui-ci ne vienne à sa rencontre. Sirius aimait jouer, mais Severus n'en avait pas toujours la patience.
« Dure journée…? murmura Sirius tout en l'embrassant.
– Mmh… acquiesça vaguement Severus. Ton grand copain Potter me cherche des ennuis…
– Aww, fit semblant de s'apitoyer Sirius. Et tu sais ce qu'en dit mon filleul…? »
Severus poussa sur les mains de Sirius pour prendre le dessus, mais sa position le désavantageait.
« Ne parlons pas de ton filleul maintenant, tu veux ?
– Ah bon ? gloussa Sirius contre sa peau. Ce serait pourtant le moment idéal, si on veut manger des pâtes correctes…
– Non, je t'assure… » Severus repliait sournoisement les bras de Sirius dans son dos tout en stimulant cette zone délicate juste sous son oreille. « Elles finiraient par terre, ce serait pire…
– Si tu me laissais une main, je pourrais au moins éteindre le feu…
– Oublie donc les pâtes… Je veux que tes mains n'existent que… pour… moi…
– Tu n'es qu'un sale égoïste, tu sais, ça ? »
À ce moment, un bruit dans la cheminée derrière eux indiqua que quelqu'un entrait en communication avec leur appartement.
« Sirius ? »
Non mais c'est pas vrai ! pensa Severus en repoussant Sirius brusquement.
« Ahahahaharry…! fit Sirius en passant une main dans ses cheveux.
– Oh, je vous dérange, je suis désolé ! »
Mauvais acteur, songea Severus.
« Je voulais savoir si tu voulais venir à la maison demain, Sirius ? Ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vu… »
Severus jeta à Sirius un regard qui signifiait "Si tu le laisses nous voler notre week-end, je te quitte". Sirius se tordit les mains.
« Euh… Je ne peux pas… Mais tu peux venir déjeuner ici, si tu veux !
– Cool ! On fait ça ! À demain, alors ! »
Et il disparut de la cheminée.
Severus avait filé dans la cuisine. Il apporta les pâtes sur la table, se servit et mangea, l'air lugubre. Mourir. Il doit mourir. De la mort-aux-rats dans son déjeuner…
« Euh… Severus ? Tu es fâché ?
– Nan ! »
