Chapitre 2 :
Le réveil sonne un peu plus tard que la veille puisque le chapiteau n'a pas besoin d'être monté aujourd'hui, il est resté debout à la même place et ce pour encore quelques jours. Tom sort de son lit et se dirige vers la petite cuisine de son camping car. Il appuie sur le bouton de la cafetière et ouvre la porte avant de pointer son nez dehors. Le soleil s'est déjà élevé dans le ciel et commence à diffuser sa chaleur. Le blond s'étire et descend les deux marches, il avance vers le fil où la veille dans l'après midi il avait étendu son linge qu'il a ensuite oublié de retirer hier soir en venant se coucher. Son esprit était encore trop occupé par le visage qui l'a tant envouté pendant le spectacle. Il soupire. Le linge est encore humide de rosée, il repassera le prendre d'ici une petite heure.
Tom rentre dans son habitacle et se sert un café avant de retourner s'asseoir sur les deux petites marches qui mène dehors. Il plisse un peu les yeux en buvant une gorgée de la boisson bouillante et observe les plus courageux qui s'affairent déjà à leur tâche. Certains comme le dreadé se pavanent au soleil le temps de prendre un petit déjeuner bien utile pour commencer la journée. Tandis que d'autres nourrissent, les nettoient et laissent les fauves sortir dans leur immense enclot de grilles sécurisées. Le cirque fait tout particulièrement attention au bien être de leurs animaux et Monsieur Kaulitz est d'ailleurs engagé dans plusieurs associations contre la maltraitance des bêtes.
Après avoir avalé quelques tranches de pain de mie beurrées, Tom prend des affaires de rechange et se dirige vers les sanitaires qui se trouvent cent mètres plus loin sur le terrain où le cirque est installé. Il n'y a pas toujours la possibilité d'avoir ce genre d'infrastructure près du chapiteau, parfois il faut marcher plus longtemps ou prendre une voiture. Il y a même des jours où il faut se contenter d'une toilette sommaire devant l'évier du camping-car avec un gant de toilette et une savonnette. Tom déteste être obligé de faire cela, il aime se détendre sous la douche même si c'est de l'eau à peine chauffée voir pas du tout. Il s'en fiche, il souhaite juste se sentir propre.
[…]
La matinée s'est écoulé normalement et tout le monde ou presque a déjà déjeuné. Tom a répété son numéro un peu avant midi et a présent il se détend en jouant de la guitare devant son camping-car, un autre de ses talents. Liza une de ses amies trapézistes lui adresse un salut rapide auquel il répond par un sourire tout en continuant de gratter les cordes de son instrument.
Après une petite demie heure musicale le jeune homme repose sa guitare sur la banquette de son petit chez lui et décide d'aller voir ce qu'il se trame à l'intérieur du chapiteau vide de public pour le moment. Sur le chemin il rencontre d'autres amis et s'arrête discuter un peu avec Gustav et Georg les dompteurs qui travaillent sur un nouvel apprentissage pour les tigres puis continue sa route jusqu'à entrer dans le chapiteau.
Il cherche son père des yeux parmi les premières loges du bord de piste, là où il se met toujours pendant les répétitions sans faire attention à ce qu'il se passe au centre. Il pose sa main sur l'épaule de Monsieur Kaulitz dans le but de se faire remarquer puis s'assoie près de lui. C'est à ce moment que Tom daigne enfin tourner le regard vers le numéro qui est en train d'être installé. Une bulle en verre totalement transparente est en train de se remplir d'eau et le blond demande alors à son père :
« C'est le numéro de Bill qui est en train de se préparer pour la répétition ? »
« Oui c'est ça, il fait des figures dans une bulle remplie d'eau, et…Enfin tu verras, il arrive tiens justement. »
En effet, le tuyau qui remplissait la bulle vient d'être retiré et une silhouette descend assise dans un cerceau blanc accroché par un câble au dessus de la tête du dreadé qui ne voit pas tout de suite l'artiste commencer son numéro gardant le regard plus bas au niveau de la piste rouge. La musique démarre et Tom cherche Bill des yeux pour essayer de l'apercevoir près de la bulle même s'il ne l'a jamais vu mais ne le trouve pas. C'est à ce moment que son portable vibre dans sa poche et qu'il est obligé de sortir pour pouvoir répondre la musique étant trop forte pour avoir une conversation téléphonique. Il aurait pu raccrocher mais c'est son meilleur ami, Jan, un ancien de la troupe qui est parti à l'âge de dix huit ans commencer une autre vie après avoir obtenu son bac par correspondance.
La conversation est un peu triste. Jan est en train de raconter qu'il a plein de problèmes en ce moment notamment avec ses études il ne s'en sort pas, il n'y arrive pas, il a perdu sa motivation. Tom lui manque et sa copine l'a laissé tombé il y a deux jours l'enfonçant un peu plus dans la morosité. Le jeune dreadé tente de réconforter son ami comme il le peut et lui propose de passer le week-end suivant rendre visite à la troupe qui aura voyagé un peu plus loin. Ils parlent encore pendant quelques minutes puis Tom lui dit qu'il doit raccrocher pour tenter d'apercevoir enfin la nouvelle recrue.
Le dreadé rentre dans le chapiteau mais la répétition de Bill est déjà terminée. La bulle d'eau est toujours au centre de la piste mais déjà des artistes essuient l'eau qui a débordée autour tandis qu'une personne enroulée dans une serviette éponge se traîne en direction de l'entrée des artistes pour rejoindre très certainement son camping-car ou sa caravane. Tom ne distingue que ses cheveux longs et noirs trempés dégoulinant sur la serviette.
Se doutant qu'il doit s'agir de Bill passe par-dessus les loges et le bord de piste avant de prendre le même chemin que cette mystérieuse personne qui semble jouer à cache-cache avec lui. C'est vrai que depuis hier qu'il aurait pu le croiser, Tom n'a finalement aperçu que ses cheveux il y a quelques secondes.
Après être sorti de l'autre côté du chapiteau, le dreadé aperçois l'artiste à quelques mètres devant lui. Il presse alors le pas pour arriver à sa hauteur et l'interpelle.
« Hum excuse-moi ? Bill ? »
L'intéressé se retourne rapidement et c'est là qu'un nouvel éclair semble traverser Tom qui se fige littéralement lorsqu'il croise le regard du brun. Ses jambes flageolent et son cœur rate un battement lui coupant la respiration. Tom se revoit immédiatement à peine vingt quatre heures plus tôt dans le chapiteau pendant le spectacle. Il se souvient avoir loupé une des massues à un moment donné et ce à cause de ce regard qui l'a désormais marqué pour le restant de sa vie comme il se laisse à le penser.
Le brun semble réagir plus discrètement et sourit mais rougit tout de même un peu voyant le dreadé complètement perturbé depuis quelques secondes. Le temps s'est arrêté l'espace d'un instant et Bill répond alors doucement à son vis-à-vis qui ne bouge plus et qui se contente de le dévisager pensivement.
« Oui c'est bien moi. Et toi tu es Tom n'est-ce pas ? Le jongleur. Fabuleux jongleur… »
« Euh…Je, oui pardon, je…Enchanté. » Se reprend finalement le blond en tendant une main fébrile au nouvel artiste.
Le joli brun tout mouillé serre cette main tendue et hoche la tête n'enlevant pas ce sourire magnifique qui orne son visage. Tom est subjugué par la beauté de ce jeune homme aux allures féminines rehaussée par cette touche de maquillage noir –résistant à l'eau forcément- qu'il s'autorise à mettre autour de ses yeux bruns. Si Tom n'avait pas suivit cette silhouette avec en tête de parler à un homme, il aurait très bien pu faire erreur sur la personne.
Mais peut importe le sexe de ce jeune homme aux traits fins et doux. Tom le trouve simplement particulier et presque étrange. Le regard de ce Bill est inhumain selon le dreadé, jamais aucun autre regard ne l'a autant absorbé avant. La veille, Tom a été hautement choqué et électrifié par les yeux du brun. Aujourd'hui il peut dire que ces prunelles l'ont marqué définitivement au fer rouge.
« Tu es le fils de Monsieur Kaulitz je crois ? » Demande le brun pour commencer une conversation tout en reprenant son chemin.
« Oui c'est ça, c'est mon cher père. » Répond Tom récupérant un peu de son assurance. « Et toi tu es donc la nouvelle recrue du cirque si je puis dire ? »
« Oui. Je fais un numéro dans l'eau. Tu m'as vu répéter ? »
« Hum non, j'ai du répondre au téléphone du coup je t'ai raté, mais je me rattraperai ce soir bien sûr. J'ai hâte de voir ça. » Explique le dreadé en marchant aux côté de Bill.
« Bon et bien on arrive à mon camping-car, je dois me changer, je te dis à plus tard Tom ? » Dit le brun en ouvrant la porte de son habitation nomade.
« Oui à ce soir… » Souffle à peine le blond encore submergé par un sentiment étrange.
[…]
Le spectacle se passe merveilleusement bien, les numéros s'enchaînent de façon fluide et en ce moment Bill se prépare à passer. Son tour vient juste après le dernier passage des clowns et il est vraiment stressé. Son premier passage en public avec ce cirque le rend plutôt nerveux, c'est tout à fait normal aussi mais le brun ne peut s'empêcher d'avoir peur de se tromper, de rater un mouvement. L'appréhension artistique. Aussi bien affaiblissante qu'encourageante.
Les deux clowns reviennent et la bulle d'eau est poussée sur ses roues dissimulées sous une petite estrade. Bill sent l'adrénaline monter en lui et pendant que l'on présente son numéro, il monte discrètement en haut du chapiteau pour se placer sur son cerceau. Les applaudissements retentissent, la foule acclame chaque artiste et la musique redémarre, pour Bill cette fois-ci.
Tom quant à lui après avoir terminé son numéro est allé se placer dans les escaliers des gradins juste en face du rideau pour avoir une jolie vue sur le reste du spectacle. Pourquoi l'a-t-il fait aujourd'hui alors qu'il ne le fait jamais ? Ses yeux donnent la réponse dès que le brun apparaît dans l'arène. Ils brillent.
Le brun arrive au dessus de la bulle allongé dans son cerceau. Il descend félinement de ce dernier et se retrouve debout sur le rebord de la bulle. Il la touche, l'effleure du bout des doigts, il s'en accommode même s'il la connaît déjà par cœur. Bill entre en fusion totale avec l'objet de son numéro et lorsque vient le moment d'entrer à l'intérieur, il s'assoit sur le rebord puis se laisse glisser à l'intérieur.
Dans l'eau il se sent plus léger, à l'abri de tout. Il est habité par un bien être indescriptible et commence à nager dans le petit espace. Tous ses gestes sont lents. La grandeur de son corps dans cette si petite bulle n'en est que plus belle. Ses cheveux suivent ses mouvements lorsqu'il tourne à l'intérieur.
Bill ressort et fait plusieurs figures sur le bord se laissant toujours replonger dans l'eau. Il glisse en elle, il se laisse porter par le rythme de son spectacle. C'est son moment à lui, le moment où il se sent lui-même. Il profite et essaye de donner de la magie aux spectateurs.
Et justement, Tom n'en manque pas une miette. Il admire et ne peut s'empêcher de trouver Bill magnifique. Son cœur bat affreusement vite et sa gorge est nouée, il lui fait tellement d'effet que c'en est troublant. C'est un homme qui fait battre son cœur si vite ? Il semblerait, même si le blond s'obstine à dire que c'est simplement l'image que dégage le brun dans l'eau, ses cheveux dégoulinants lorsqu'il ressort et son corps parfaitement moulé dans sa combinaison.
La musique continue, Bill n'entend que les basses lorsqu'il est entièrement dans l'eau mais il sait où il en est. Il sort et balance la tête en arrière envoyant un filet d'eau. Sa façon de bouger n'a rien de masculin, Tom en est troublé et c'est lorsque la fin du numéro arrive, que la musique s'arrête sur une sortie de l'eau en s'aidant du cerceau que le blond tente de revenir à la réalité.
C'est peine perdue lorsqu'il observe encore ce joli brun posé gracieusement sur le cerceau l'eau dégoulinante de son corps luisant. Tom ne fait plus attention à rien autour de lui, les applaudissements ne sont que murmures pour lui, il ne sent plus que les battements de son cœur qui lui font presque mal et ferme simplement les yeux pour écouter sa respiration rapide tandis que Bill semble sortir de sa bulle de sensualité.
