Guardian Avenue, Londres, Jeudi 14 novembre 1996; 14 :25
« Pas le temps de traîner! » Lança t-il, sans ralentir pour autant.
Cela faisait bientôt vingt minutes qu'ils marchaient en ligne droite, à tel point que cette avenue lui en aurait presque semblé interminable.
« Où est ce que vous m'emmenez ? » Finit par demander la jeune fille, excédée.
« Il me semble vous avoir déjà prouvé ma bonne fois, miss. » Fit remarquer Willow, à raison.
Hermione faisait de son mieux pour ne pas ses laisser distancer, mais à cette heure de la journée, cette avenue grouillait d'hommes affaires pressés à l'allure revêches, entre lesquels elle devait se faufiler, si elle espérait ne pas se laisser distancer par l'homme qui l'accompagnait.
Il était vrai qu'en la sauvant de l'attaque de Sainte mangouste, il avait largement prouvé sa bonne foi, mais en ces temps de guerre, il en fallait plus pour accorder sa confiance. C'est dans des cas comme celui là, que surgit la vraie nature de l'homme. Sauvage, égoïste et violente. Les banalités quotidiennes perdent tout éclat lorsque la vie elle-même est menacée, et c'est là que l'on reconnaît l'homme bon du mauvais.
Il l'avait faite sortir de l'hôpital, lui épargnant ainsi une mort inévitable, mais il fallait prendre en compte le fait qu'il avait laissé mourir les nombreux patients et internes de l'hôpital et qu'il ne semblait pas en éprouver le moindre remord. Aussi avait-il besoin d'Hermione pour se sortir de ce guêpier. En revanche, rien ne l'obligeait à la garder avec lui, maintenant qu'il était hors de Sainte-mangoute.
C'est pourquoi l'appréhension, l'incompréhension et la colère qu'elle éprouvait, se mêlaient en elle en une excitation sourde qui la poussait à le suivre.
Si le ministère et Poudlard étaient réellement tombés entre les mains de Voldemort, il ne lui restait plus aucune alternative. Il lui fallait tout d'abord mettre ses parents en sécurité, car si le mage noir venait à souhaiter sa mort, c'est chez elle, à Canterbury qu'il irait la chercher. Ensuite, il fallait qu'elle cherche à rejoindre Harry et Ron par tous les moyens.
A cette pensée, elle s'arrêta net. Harry et Ron…
« Oh non… » Murmura t-elle, les yeux écarquillés.
Soucieux de ne plus entendre les plaintes de la jeune fille, Willow s'arrêta à son tour, et s'aperçu qu'elle s'était arrêtée trois mètres en arrière.
« Hermione ! Qu'est ce que vous faites ? » Grogna t-il en bousculant une vieille dame pour se frayer un chemin jusqu'à elle.
Elle leva vers lui un regard épouvanté.
« S'il vous plait ! Vous devez m'emmener à Canterbury, il faut que j'ailler chez moi, je dois -»
«- Oui, je sais, vous parents. » L'interrompit-il en la tirant par le bras pour qu'elle reprenne sa marche.
Malgré le soulagement qu'elle ressentait, elle ne pu s'empêcher de ressentir une pointe d'inquiétude compte tenu du fait qu'il en savait autant à son sujet, à commencer par son prénom.
« Bon écoutez, monsieur Willow -» Commença t-elle d'un ton qu'elle voulait assuré, tout en marchant à grand pas, essayant de rester à sa hauteur.
«- On verra les questions dans la voiture. » La coupa t-il d'un ton catégorique en bifurquant brusquement pour traverser la rue.
« Dans la quoi ? » S'étonna t-elle après s'être excusée auprès de la mère de famille à qui elle avait marché sur le pied en voulant suivre Willow dans son virage.
Hermione ne pouvait plus transplanner car les mangemorts pourraient la détecter à sa signature magique, mais l'homme lui pouvait très bien le faire à sa place. Si il ne le faisait pas, c'est que sa tête aussi était mise à prix. Cet homme avait donc une certaine importance dans la lutte contre Voldemort, et aussi étrange que cela puisse paraître, cette pensée rassura Hermione, qui accéléra le pas.
Après quelques instants de marche, ils arrivèrent jusqu'à une grosse voiture noire dans laquelle Willow lui fit signe de monter. Hermione prit place sans dire un mot, immédiatement suivit par l'homme qui démarra sans plus attendre.
oOo
« Arrêtez de me prendre pour une idiote ! » S'offusqua Hermione. « Il est évident que vous étiez au courant pour l'attaque des mangemorts, et vous allez me dire d'où vous teniez cette information. »
Cela faisait bientôt une heure qu'ils roulaient, et Willow se montraient toujours aussi évasif sur les points aussi essentiels que celui-ci.
« Hermione, quand le moment sera venu je vous expliquerais tout cela en détail, mais -»
«- Et d'ailleurs comment connaissez vous mon nom ? » S'emporta la jeune fille, que le mutisme de l'homme commençait sérieusement à agacer.
Il lâcha le volant d'une main, et gratta nerveusement son crâne dégarni avant de la poser sur le levier de vitesse.
« Ecoutez miss. Je ne vous veux aucun mal, je vous l'ai déjà dit. Vous et moi, nous travaillons dans un but commun. » Commença t-il sans quitter la route des ses yeux vert olives. « Si vous êtes contre lui, vous êtes avec moi, et il est évidente que vous l'êtes, je me trompe ? »
Hermione acquiesça silencieusement et détourna le regard en croisant les bras.
« Et si le mage noir avait mit la main sur votre ami Harry Potter, il est certain que le monde sorcier en aurait été immédiatement avertit. »
Hermione fit 'oui' de la tête. Il était évident que c'était le genre de nouvelle que Voldemort se serait empressé de faire connaître, surtout maintenant que la gazette du sorcier était tombée entre ses mains.
« Donc comprenez que nous devons agir tant qu'il en est encore temps. » Hermione ouvrit la bouche pour parler mais il ne lui en laissa pas le temps. « Je ne dit pas que votre ami est incapable de se cacher suffisamment longtemps, mais comprenez simplement que le plus tôt sera le mieux. »
Hermione fronça les sourcils d'incompréhension. Il y avait un moment déjà que le décor extérieur défilait devant ses yeux noisette sans qu'elle ne le voie, tant elle était absorbée par le discours que tenait l'homme à sa gauche. Malgré cela, elle n'était plus très sure de savoir où il voulait en venir.
« Qu'est ce que vous voulez dire par 'agir' ? » Demanda t-elle avec inquiétude. En six ans qu'elle connaissait Harry et Ron, elle s'était habituée à foncer tête baissée, mais dans le cas présent, il serait pure folie que de tenter une quelconque offensive.
S'allonger face contre terre au pied d'une acromentule affamée lui semblait bien moins dangereux encore que de s'attaquer en tandem au ministère de la magie, contrôlé par Voldemort lui-même qui plus est.
Puis, comme si il avait deviné ses pensées, Willow reprit la parole.
« Miss, il est bien évident que nous ne sommes pas seuls ! » Fit-il en tapotant nerveusement le volant de sa main droite. « Ecoutez, je vous explique le programme. On emmène vos parents loin de tout ce remue-ménage, on va rejoindre les autres, et on part à la recherche de vos amis. »
Hermione leva vers lui un regarde remplit d'espoir. Les autres… Se pourrait-il qu'il fasse référence à des membres de l'ordre ?
« Vous en êtes ? » Demanda t-elle simplement, sachant pertinemment que s'il comprenait sa question, la réponse qui suivrait serait inévitablement positive. Aussi, elle ne se s'était pas attendue à ce cas de figure.
Il détourna les yeux de la route pour poser sur elle un regard navré.
« Miss Granger, on m'a pourtant dit que vous étiez une jeune fille intelligente, c'est ce que j'ai cru, Merlin m'en excuse, mais visiblement, vous ne l'étiez pas assez pour vous douter que l'ordre du Phénix n'était pas le seul groupe à combattre le seigneur noir… »
Worse night Motel, Mardi 19 novembre 1996; 09:12.
Cela faisait maintenant deux heures qu'il était éveillé et il n'avait toujours pas prononcé le moindre mot. Harry restait immobile, couché sur son lit, les yeux rivés sur le plafond écaillé, cette expression rêveuse sur le visage, cette expression que Pansy avait passé quinze bonnes minutes à tenter de déchiffrer, sans résultat. Aussi avait t-elle essayé de le sortir de sa rêverie, vainement.
Lorsqu'il s'était réveillé, il était allé prendre sa douche, et s'était enfermé une bonne heure dans la salle de bain. C'est seulement après cela qu'il s'était couché sur son lit, le regard dans le vide. Pansy y était assise en tailleur, à coté de lui, son livre des enchantements interdits ouverts sur les genoux. Seul le bruit que faisaient les pages jaunies lorsqu'elle les tournaient troublait le silence de la chambre.
Mais ce n'était pas ce genre de silence lourd qui s'installe lors d'une conversation tendue, ou lorsqu'un interlocuteur gêné ne sait plus quoi dire, tant ses sentiments le submergent, ni un de ces silences que l'on tente de combler par tout les moyens. Ce n'était pas un de ces silences stériles, au travers duquel ne transparaissent aucunes émotions.
L'un comme l'autre se complaisaient au cœur de ce silence. Ils n'avaient pas besoin de parler, de s'expliquer. Il se taisait, et elle comprenait.
Par moment, elle brisait le silence, lorsqu'elle se penchait sur le lit, pour ramasser sa bouteille de vin de mandragore, et qu'elle buvait aussi goulûment que bruyamment, mais Harry n'en avait cure. Elle ne le dérangeait pas, c'était son truc à elle, pour tenir. Harry, lui, n'avait pas encore trouvé le sien.
Puis, elle lui tendait la bouteille. Parfois, il la prenait, parfois il la reposait sur la moquette grisâtre, en un bruit étouffé, mais jamais il n'en buvait plus d'une gorgée.
Harry lui, restait couché sur le dos, et regardait le plafond. En silence. Et à travers ce silence, ils se comprenaient.
Ensuite, venait le moment où Snape rentrait. Aucun d'eux ne lui demandaient où il allait le matin de si bonne heure, et Snape se gardait bien de le leur dire. Il s'asseyait sur son lit, et y étalait livres et parchemins, avant de se plonger profondément dans ses recherches, ponctuées de grattements de plumes.
Cela ne faisait que quatre jours qu'ils étaient contraints à vivre ensemble, mais une sorte de routine s'était déjà installée dans la chambre, et aussi étrange que cela puisse paraître, aucun d'entre eux ne s'en plaignaient, d'ailleurs, cela ne semblait plus déranger aucun d'entre eux.
La fierté, la peur ou encore la pudeur les empêchaient de le dire à voie haute, mais le fait est, qu'a part eux même, ils n'avaient plus personnes. Et ce fait était si saisissant de vérité, qu'il semblait avoir été hurlé dans la chambre, et ce, des heures durant.
Certaines vérités sont bonnes à être dites, d'autres à être ressenties. Et il était inutile qu'ils le déclarent, pour savoir que tous étaient conscients de ce fait.
Des barrières tombaient, et imperceptiblement, des liens se formaient. Le genre de liens qui se forment entre ceux qui n'ont plus personne.
Un lien animal. L'instinct. L'instinct de survie. Car quand on a tout perdu on ne peut, pour tenter de se mettre à l'abris de la souffrance, que former de nouveaux liens, des liens abstraits, des liens insolites, des liens comme ceux que pouvaient unir trois survivants seuls contre l'adversité.
Aucune d'eux ne l'avouerait. Certainement pas Harry. Mais il était bien conscient que si il perdait l'un d'entre eux, il sombrerait. Seul leur présence lui permettait de garder la tête hors de l'eau.
Et ce genre de sentiment à l'état brut, ne s'exprimait pas avec des mots. C'était au-delà de ça.
Snape lui, était différant. Quoi qu'il arrive, il semblait n'avoir besoin de personne, et ne pouvoir compter que sur lui-même.
Puis, dix heures venaient. Il reposait sa plume, et mettaient de l'ordre dans ses affaires. La partie théorique de son travail terminée, il passait à la pratique. Pansy se levait, prenait des affaires sur son lit et s'enfermait dans la salle de bain pour sa toilette du matin. Harry sortait de sa rêverie, et prenait le livre que Pansy venait de reposer. Il s'assaillait en tailleur sur son oreiller, et entamait sa lecture. Snape lui, venait s'asseoir au bord du lit de Harry, pour faire face à son bureau. Il commençait systématiquement par trier les fioles selon un ordre qui lui était personnel, puis, il sortait de son sac les ingrédients nécessaires, selon la potion du jour.
Une vingtaine de minutes plus tard, Pansy ouvrait la porte de la salle de bain, libérant un parfum de fraise de bois, se chaussait assise sur son canapé/lit, s'emmitouflait dans sa longue cape noire, et sortait à son tour.
C'est à partir de ce moment là, que Harry n'était plus capable de se concentrer sur sa lecture. Il laissait son regard vagabonder sur les fioles colorées, posées sur le bureau, face à lui, ou sur les ingrédients que manipulait l'homme à coté de lui, avec une précision chirurgicale.
Harry ne savait pas si c'était du à la legilimencie, car il n'y avait pas de contact visuel, mais il était certain que Snape était conscient qu'il l'observait.
Lorsqu'il entrait dans une phase complexe de la préparation d'une potion, il commentait à voix haute se qu'il faisait, comme pour qu'Harry comprenne. Après tout, ne restait-il pas son professeur de potion ?
Et quelque part, le voir manipuler racines, poudres et gélatines en tout genre avec une telle habilité avait quelque chose de fascinant aux yeux de Harry. Peut être étais-ce parce que son esprit tourmenté lui jouait des tours, (Très certainement) Mais il y trouvait quelque chose d'apaisant.
Ensuite, venait le moment où le fumet tantôt musqué, tantôt sucré s'élevait du chaudron, ainsi qu'une brume semi opaque. Parfois les vapeurs lui donnaient la tête qui tourne, parfois elles l'emportaient dans un doux état de semi inconscience, selon le dosage des ingrédients et la concentration de la potion. Mais toujours, les aromates et les odeurs d'herbes le ramenaient à Poudlard. Les cours de potions n'étaient peut être pas le meilleur des souvenirs, mais c'était le seul qu'il lui restait.
Enfin, lorsque Snape éteignait le feu magique invoqué, sous le chaudron, et qu'il remplissait des fioles du précieux breuvage qu'il venait de concocter, Harry avait pour habitude de le voir nettoyer parfaitement le bureau, pour recommencer à découper de nouveaux ingrédients, pour une nouvelle potion. Ainsi, il s'attendait à le voir se lever, pour aller chercher dans le coin cuisine, la petite éponge jaune qu'il prenait habituellement, pour cela. (Ce qu'Harry n'avait jamais comprit, n'étaient t-ils pas des sorciers ?) Mais c'était sans compter qu'un élément viendrait aujourd'hui changer la donne.
« Recurvit » Lança Snape négligemment.
Harry se redressa imperceptiblement lorsqu'il vit Snape se retourner vers lui.
« Baguette, Potter. » Ordonna t-il sans plus de préambule.
L'adolescent écarquilla les yeux, avant de s'exécuter, précautionneusement.
D'un geste de la main, Snape éloigna le canapé/lit de Pansy, et la télévision qui n'avait plus été allumée, depuis qu'il l'avait lui-même éteinte le premier jour. Puis il fit quelque pas, se démarquant de Harry, avant de faire volte face, et de pointer sa baguette sur lui.
« Vous savez se que vous avez à faire… » Fit-il.
Harry savait ce qu'il avait à faire, mais la véritable question était « En avait-il envie ? ».
« Legilimens ! »
A peine eu t-il le temps de voir l'éclair fondre vers lui, que déjà les souvenirs défilaient sous ses yeux. Les flash l'assaillaient à une telle vitesse qu'ils lui en donnaient le tournis. Il revoyait son arrivée à Poudlard, avant d'entr'apercevoir ces premières vacances de noël sous la neige, avec Ron et Hermione. Son premier Match de quiditch, puis virent les images de la cérémonies des quatre maisons, où le visage enjoué et les yeux pétillants de malice de Dumbledore éclairaient bien plus à eux seuls la grande salle que les milliards d'étoiles et les flammes des bougies qui en constellaient le ciel.
Puis tout disparut. Le retour du vide, du froid. La réalité le frappa de plein fouet, tandis que sa tête heurtait le sol.
Il se redressa avec difficulté, avant de s'adosser contre le lit de Snape, les doigts cramponnés entre les fibres de la moquette avec une telle force, que les jointures de ses ongles en étaient livides.
Pourquoi lui avoir fait revoir tous ces souvenirs alors qu'il pouvait faire une croix dessus définitivement ? Plus jamais il ne reverrait les tours enchantées du château, ni même ses salles de classes, ou encore le grand lac majestueux. Sans parler de Dumbledore qui avait été mis hors d'état de nuire.
A peine sa plaie avait-elle été entaillée que déjà, on y versait de la pimentine. La douleur était bien trop réelle pour être contournée, et bien trop profonde pour être apaisée.
La boule dans sa gorge ne semblait pas vouloir se déloger, autant que ses jambes ne semblaient plus vouloir le porter, ou que ses yeux n'avaient de cesse de le brûler.
Aujourd'hui, plus que jamais, il se demandait si il allait y arriver.
Il ignorait combien de temps il était resté assit au sol, le regard dans le vide, mais il fut sortit de ses pensées amères, par la main que Snape lui tendait.
Harry saisit sa main et se releva au prix de grands efforts. Il ne pouvait se résoudre à lever les yeux vers l'homme qui lui faisait face, mais il savait se qui suivrait, et savait qu'il pourraient encore moins s'y résoudre : Une seconde vague de souvenirs à lui en arracher le cœur allait suivre, à tel point qu'il ne savait plus quels souvenirs étaient les plus douloureux. Les souvenirs des morts auquel il avait assisté, impuissant, où les doux souvenirs de ses années passées à Poudlard, qu'il voyait s'effacer, impuissant.
Il serra les dents avec force. Non, il n'allait pas pleurer. Pas maintenant, pas devant cet homme.
Plus les minutes passaient depuis qu'il lui avait jeté le sort, plus Snape commençait à se demander si c'était une bonne idée de s'y prendre si tôt.
Repousser une échéance ne fait que rendre bien pire la sentence, mais en même temps, laisse guérir une blessure permet ensuite de revenir plus fort.
Hors, à en croire ses cauchemars de l'autre soir, il devenait urgent pour Potter d'apprendre à contrôler les intrusions du DarkLord dans son esprit, si il ne voulait pas perdre la tête.
« Ecoutez Potter… Je crois que c'est tout pour aujourd'hui. » Concéda Snape.
Harry resta immobile un instant, chancelant presque sur ses pieds. Puis, il entrouvrit les lèvres, et parla d'une voix faible.
« Ca ne vous ressemble pas, professeur. » Fit-il, simplement.
Snape haussa un sourcil surprit.
« Quoi donc ? » Demanda t-il, avec la désagréable impression de connaître la réponse.
« De renoncer. »
Snape demeura un instant interdit. Il posa les yeux sur l'adolescent. Il était aussi stable qu'un château de carte, et ce, autant à l'intérieur qu'a l'extérieur, et il en redemandait encore.
Il ne pouvait décemment pas faire ça. Une pichenette suffirait à terrasser le gamin impertinent, et Snape savait quand il fallait insister, et quand il valait mieux battre en retraite.
« C'est fini pour aujourd'hui. » Répéta t-il froidement.
Harry, surprit, haussa simplement les épaules, avant de se baisser pour ramasser sa baguette magique tombée au sol, et de retourner s'asseoir en tailleur sur son lit.
Ce genre de comportement ne ressemblait pas à son professeur, mais Harry était conscient qu'une intrusion de plus aurait suffit à le faire basculer dans la folie.
Il sursauta lorsqu'il se rendit compte que Snape était debout, face à son lit, à l'observer depuis quelques secondes déjà, et ne pu s'empêcher de rougir.
Il reposa lentement sur le coté le livre dont il avait entreprit la lecture avant de lever les yeux vers lui.
« Professeur ? » Avait-il demandé, d'une voix qu'il voulait assurée.
L'homme se tenait devant lui, les bras croisés.
« Vous n'avez pas fait de cauchemars, hier soir Potter. » Fit-il simplement.
Harry ne pu s'empêcher de se sentir mal à l'aise. La nuit précédente, il avait été si terrifié d'être plongé à nouveau dans les évènements de la semaine précédente, qu'il avait luté de toutes ses forces contre le sommeil, et ce, des heures durant.
« Non. Pas de cauchemars, professeur. » Répondit-il, en détournant le regard, persuadé qu'en ses yeux, Snape trouverait l'élément qui le trahirait.
« Ce n'est pas en fuyant, Potter, que vous trouverez la paix. » Avait-il dit froidement.
Harry sentit avec une pointe d'agacement la honte monter en lui.
« Je n'avais pas sommeil, c'est tout. » Mentit-il, tout en ayant conscience que cela était parfaitement inutile.
Snape haussa un sourcil dubitatif et se dirigea vers son bureau. Il se saisit d'une fiole de cristal, et se retourna pour lui faire face.
« Ecoutez Potter. » Commença t-il. Harry ne pu réprimer un frisson. Le ton qu'il employait ne lui disait rien qui vaille. « Le seigneur des ténèbres se joue de vous. Il vous torture en vous envoyant ces visions… »
Harry savait qu'il avait tord, mais ne savait comment le lui dire. La pudeur liait sa langue, et l'empêchait d'en dire plus. Comme si il se rendait responsable du mal qu'il subissait.
Mais Snape n'avait pas été insensible à la façon dont Harry avait soudain détourné le regard.
Il haussa un sourcil soupçonneux.
« Potter… Se sont bien des visions que le seigneur des ténèbres vous envoi, n'est ce pas ? » Demanda t-il à voix basse, en serrant entre ses mains la fiole de potion translucide.
Harry ne pu se résoudre à lever les yeux vers lui. Pour Snape, cela équivalait cent fois à un aveu.
Un silence lourd s'installa dans la chambre.
Le maître des potions avança d'un pas vers le lit sur lequel il était assit, et lui tendit lentement la potion du sommeil sans rêves. Harry voulu s'en saisir, mais Snape ne lâcha pas la fiole.
« Elle est à vous, à une seule condition. » Fit-il, en sortant sa baguette.
Poudlard, Samedi 14 novembre 1996; 14 :20
Une curiosité malsaine poussait Harry à se demander comment Cho avait pu tenir si longtemps. Son esprit tourmenté ne lui permettait plus de compter le nombre de fois où son corps frêle avait heurté le sol. Toujours est-il, qu'elle gisait maintenant, sans vie, à la droite de Hannah.
Il sentait le corps de Bellatrix trembler contre sa jambe ; elle riait. Harry se demandait comment il était humainement possible de rester insensible à ce genre de spectacle. Mais la réponse était dans la question elle-même. Il n'y avait plus rien d'humain en eux. Macnair arborait une expression proche de l'extase, Malfoy caressait sa baguette songeusement et Jugson semblait détailler le corps fracassé de Cho avec une curiosité malsaine dont il paraissait se délecter au plus haut point. Seul Quedver, légèrement replié sur lui-même, avait été sensible à la scène.
Ron, Neville et Seamus, uniques survivants restants, étaient catastrophés au-delà même des larmes, au-delà des hurlements. Leurs vies étaient scellées, ils le savaient, et qui plus est, elle s'achèverait dans d'affreuses souffrances. Ils se surprenaient même à envier le sort d'Hannah qui elle, était morte sur le coup.
La détresse d'Harry était à son comble. Il ignorait s'il supporterait une nouvelle mort.
Il avait subit le dernier endoloris sans bouger, mais Bellatrix avait trouvé comme prétexte qu'il avait ouvert la bouche pour hurler.
C'était donc Macnair qui se chargerait cette fois ci, de l'exécution. Harry le voyait avec horreur se frotter le menton, à l'affût d'une nouvelle atrocité à faire subir à Seamus.
« Mmm… J'avoue qu'il est difficile de faire mieux que toi, cousin Lucius ! » Avait ricané Bellatrix.
« C'est sûrement la mission la plus amusante que le seigneur des ténèbres ne nous ai jamais confié ! » Avait fait remarquer Quedver, lorsqu'il eu retrouvé la capacité de parler.
Macnair eu un sourire mauvais, avant de reposer Seamus au sol, avec une délicatesse qui ne présageait rien de bon.
« Je me demande ce que tu vas nous pondre » Fit Malfoy, suivit d'un ricanement étouffé de Quedver.
« Harry ! » Appela Seamus, en courant dans sa direction.
Bellatrix haussa un sourcil soupçonneux.
C'est seulement lorsqu'il eu traversé les quelques mètres qui le séparaient de Harry, que Macnair tendis sa baguette vers lui.
« Caputis Sectum »
Seamus stoppa sa course net.
Un bruit mat.
Bellatrix elle-même écarquilla les yeux d'effrois.
Les hurlements de Harry résonnèrent en écho contre les murs de la grande salle.
Puis, le corps de Seamus s'effondra au sol.
Ron et Nevillle s'époumonaient à s'en arracher les cordes vocales. Quedver tremblait en gémissant.
Jugson, quand a lui, se frottait le menton, d'un air songeur.
« Hmm… Il est vrai que ton statut de bourreau fait de la décapitation quelque chose d'usuel, pour toi, Macnair » Fit remarque Malfoy, avec un léger sourire.
Worse night Motel, Mardi 19 novembre 1996; 11:37.
Snape abaissa sa baguette. Une expression de profond méprit déformait ses traits. Cette expression qui était habituellement réservée à Harry.
Il était souvent partit en mission avec les mangemorts, ou parfois en descentes, ces missions qu'ils appelaient les 'raids', et dont le but consistaient à tuer un maximum de personnes, en un minimum de temps. Mais malgré cela, la barbarie et la cruauté des mangemorts semblaient ne pas avoir de limites.
Il comprenait désormais que le sommeil du jeune homme soit à ce point perturbé. La bestialité des serviteurs du Dark Lord n'avait d'égal que leur ego.
Ils les avaient connues, ces nuits où il se réveillait en sursaut, l'esprit encore imbibé du sang qu'ils avaient répandu, le cœur serré par les hurlements de leurs victimes. Il savait parfaitement ce que cela faisait de voir chacune de ses nuits souillées de leurs méfaits.
Il posa les yeux sur l'adolescent assit face à lui. Il tremblait de tous ses membres, et refusait de croiser son regard.
Alors c'était ça, être dans la tête du survivant ? La noirceur qui enrobait son esprit ne faisait que lui rappeler les ténèbres de son propre cœur. Et la froideur qui s'était emparées de ses pensées n'était autre que celle qui gelait son âme. La culpabilité, la peur, la haine. Rien de bien différant de se qu'il connaissait déjà.
« J'ai respecté votre condition. » Fit le jeune homme, l'arrachant à ses sombres pensées. « Respectez votre parole. »
Snape saisit la fiole de potion du sommeil sans rêve qu'il avait posée à coté de lui, la tendit à l'adolescent qui la prit, avant de la poser sous son oreiller.
Le maître des potions ne pouvait pas passer à coté des tremblements du jeune homme. C'était une sensation qu'il ne connaissait que trop bien.
« Il faut que vous mangiez, Potter. » Fit-il, au bout d'un moment, brisant le silence qui s'était installé entre eux.
Il pointa sa baguette vers le bol de maïs grillé qui vint se poser sur le lit, face à Harry.
« Vous vous occupez de moi, maintenant ? » Dit Harry, avec un air de défit, lorsque ses tremblements furent apaisés par l'agréable chaleur qui émanait du bol.
Le visage de Snape prit une expression qu'il ne lui connaissait pas encore. Il se leva du lit et couvrit Harry d'un regard soupçonneux.
« N'en faites pas une dépendance. » Dit-il simplement, avant de tourner les talons, de s'enrouler de sa longue cape noire, et de sortir de la chambre.
Pendant une seconde, Harry aurait juré qu'il ne parlait pas de la potion du sommeil sans rêves…
Wipeout Avenue, Londres, Jeudi 14 novembre 1996; 11:55.
L'agitation des rues de Londres avait toujours donné à Snape le tournis. Le bruit des Klaxon des voitures des moldus lui donnait mal à la tête et les odeurs émanant de leurs pots d'échappement lui donnaient la nausée.
Si son contact ne lui avait pas donné rendez-vous dans un endroit pareil, jamais Snape n'y aurait pointé le bout de son nez. Et il serait encore moins resté debout seul, à l'angle d'une avenue durant quinze longues minutes, et ce, dans un accoutrement moldu, qui plus est.
Il commençait sérieusement à s'impatienter. Si il y avait chose dont il avait horreur, c'était du retard. D'autant plus que ce manque de ponctualité perturbait son emploi du temps chargé.
Un homme à l'apparence revêche se dirigeait vers lui à grands pas.
« Je vois que vous avez prit tout votre temps ! » Cracha t-il avec le mépris qui était propre à son rang.
« Un contre temps. » Répondit son interlocuteur sans cesser de marcher.
Snape lui emboîta le pas. Ils pénétrèrent dans le grand bâtiment vitré. L'homme présenta simplement son badge à la sorcière derrière le bureau d'accueil, et entreprit de grimper les escaliers. Snape le suivit jusqu'au 4ème étage.
Service des renseignements, eut-il le temps de lire, avant que l'homme ne lui fasse signe d'entrer dans un bureau. Il claque la porte derrière lui, et fit face à Snape.
« Maintenant dites moi. Qu'est ce qui étais important au point que vous me fassiez me déplacer ? Mon hibou n'était t-il pas assez exhaustif ? » Demanda Snape, froidement.
« Nous avons apprit des nouvelles de dernières minutes. Des nouvelles très importantes. » Fit L'homme au crâne dégarni d'un ton pressé. « Nous avons prit en compte votre hibou au sujet de l'attaque de Sainte-mangouste. Ces informations nous ont été d'un aide précieuse, et nous prendrons les mesures nécessaires. Mais nous avons-nous aussi des informations très importantes à vous communiquer. »
Snape haussa un sourcil dubitatif.
« J'espère pour vous que vous ne m'avez pas fait perdre mon temps à venir jusque ici pour me donner des informations que je possède déjà. » Fit-il avec une expression aussi glaciale que l'intonation de sa voix.
L'homme le fusilla du regard.
« Vous, les Phénix, croyez toujours avoir toutes les réponses ! » Cracha t-il. Il prit un moment pour mettre sa hargne de coté, avant de poursuivre. « Le seigneur des ténèbres va lancer l'attaque sur Poudlard cet après midi. »
Snape du faire de son mieux pour ne pas laisse voir à quel point il était catastrophé.
Si leurs sources n'étaient pas dignes de confiance, jamais les archanges ne se seraient aventurés à faire de pareilles déclarations. Mais en même temps, le seigneur noir l'aurait forcément tenu au courant d'un plan d'une telle importance.
« Etes vous certains de ce que vous dites ? » Demanda Snape, en s'approchant dangereusement de l'homme.
« Avec tout le respect que je vous dois, vous croyez vraiment que c'est le moment de mettre ma parole en doute ? Sainte-Mangouste et Poudlard, Snape ! Sainte-mangouste et Poudlard. Nos malades et nos enfants. Leurs vies sont en jeu. Mettez vos préjugés de coté, il faut que nous agissions ! »
L'homme aux yeux noirs lui lança un regard alarmé.
« Nous prendrons les précautions nécessaires pour Sainte-mangouste. » Lui dit son interlocuteur, après un moment. « Mais pour Poudlard, les cartes sont entre vos mains. »
Snape réfléchit à toute vitesse. Voldemort allait lancer l'attaque sur Poudlard cet après midi, et il ne lui en avait rien dit. Il n'y avait qu'une raison possible à cela, il devait avoir des doutes à son sujet.
Il n'allait pas tenter de rétablir sa position après du Dark Lord dans l'immédiat. La protection de Poudlard et de ses élèves était pour le moment une préoccupation bien plus urgente que la sûreté de son poste d'espion.
La meilleure chose à faire était de prévenir…
« … Dumbledore ? » Finit l'homme aux yeux verts.
Prit dans ses réflexions, il n'avait même pas entendu ce qu'il lui avait demandé, mais en avait tout de même saisit le principal.
Le matin même, Dumbledore avait dit qu'il se rendait au ministère pour régler une affaire importante. C'est donc là qu'il irait en premier lieu.
Il balaya la pièce d'un regarde précipité. L'homme face à lui devina tout de suite ce qu'il cherchait.
« Vous pouvez utiliser la cheminée du couloir principal, si vous le souhaitez. »
« Merci. » Fit simplement Snape en s'engouffrant hors de la pièce sans un regard pour son interlocuteur.
Tandis qu'il disparaissait derrière un rideau de flammes vertes, il salua Willow d'un bref signe de tête.
Moistring Street, Londres, Mardi 19 Novembre 1996, 20 :45
De là où il était, Severus pouvait voir le panneau lumineux de Worst Night Motel. Il pressa le pas, tout en faisant de son mieux pour ne pas se prendre le pied dans un des creux du trottoir sinueux. Il enjamba une flaque, et grogna de mécontentement lorsqu'il sentit le pan de sa robe mouillé effleurer sa cheville.
Tous les habitants de la rue semblaient occupés à la même chose. A travers les rideaux, Snape les voyait s'abrutir devant cette boite à image, que le moldu à l'entrée de l'hôtel aimait tellement regarder, lui aussi.
Il avait été stupide. La première chose qu'il avait fait, avait été de se rendre au ministère pour prévenir Dumbledore. Aussi ne s'était t-il pas attendu à se que le Dark Lord l'y accueille.
Il l'avait piégé. Il avait prit le ministère sans le lui dire, et avait simultanément lancé l'attaque sur Poudlard. Et dire qu'il avait été bête au point de croire qu'il avait au moins quelques heures devant lui ! Au moment même où Willow était en train de lui parlait, les mangemorts se tenaient prêts à ravager pré-au-lard, et n'attendait pour cela que l'ordre du Dark Lord.
Il se figea soudain, lorsqu'il vit une silhouette noire se découper dans le halo fuchsia qu'émettait le panneau lumineux du Worst Night Motel. Une silhouette féminine.
« Parkinson ? » Appela t-il.
Il devina, à une lueur scintillante, qu'elle venait d'allumer sa baguette.
Il accéléra, franchissant les quelques mètres que le séparait d'elle. Plus il s'approchait, plus il s'apercevait que son visage arborait l'expression d'une enfant, prise en faute.
Il baissa les yeux, vit qu'elle tenait son balai dans la main. A la lueur des fenêtres avoisinantes, il pouvait même lire 'SoundWall Booster', en lettre d'or, sur son manche.
« Et où comptiez vous aller, à une heure pareille ? » Demanda t-il tout en connaissant très bien la réponse. Il la connaissait au moins autant qu'il la redoutait.
Elle prit un air de coupable, et se résolu à lever les yeux vers lui.
« Ecoutez Severus… » Commença t-elle. Le ton de sa voix ne présageait rien qui vaille. Elle avait l'air sincère. Trop sincère. « Vous savez bien que moi et les adieu, ça fait deux -»
« - Alors vous vous apprêtiez à fuir comme une voleuse ? » La coupa t-il.
Il n'y avait pas de colère dans sa voix.
Pansy baissa les yeux honteusement.
« Pardonnez moi, mais je sens que ma place n'est pas ici… Et j'ai… Dernièrement, j'ai fait pas mal de recherches, et je crois avoir retrouvé la trace de ma mère. Vous comprenez, je… »
« Allez. » Ordonna simplement Snape.
Elle se tordait les mains avec l'air d'une elfe de maison prise en faute.
« Je ne suis pas très à l'aise, vous savez, comme je vous ai dit -»
«- Dans ce cas, considérez simplement que ceci n'est pas un adieu. Peut être cela vous facilitera t-il la tache. Je ne vous retiendrais pas. »
Elle leva vers lui un regard embué par l'émotion.
« Bonne soirée, miss Parkinson. »
Et il la contourna, avant de poursuivre sa route vers le motel.
Elle ne pu s'empêcher de lui jeter un dernier regard, avant de prendre son envol, dans tous les sens du terme.
« Bonne soirée, professeur. »
