Titre : Comme il Faut

Disclaming : Univers, personnages et salaire à JKR.

Rating : M

Avertissement : Cette fic traite d'une relation homosexuelle. Désolé pour ceux qui ne supporte pas le yaoi ; veuillez passer votre chemin. Précision : Harry n'a que seize ans.

Note : Prend en compte les 5 premiers tomes. Premier HPSS, disons une petite tentative ; n'hésitez pas à me donner vos critiques (constructive s.v.p.), qu'elles soient bonnes ou mauvaises ^^

Bêta : Gwendolyn Jedusor Black

RAR :

Flo : Pas tant démoralisant que démoralisé. T'inquiètes, ça ira mieux pour lui.

Aemilia : Mais je t'en pris ^^

Yuna : je suis ravie que ça t'ai plu, j'espère qu'il en sera autant de se chapitre. Et pardon pour l'attente.

Crackos : Oh ! Merci ! Je suis heureuse que tu apprécie. Arg, je suis toute frétillante devant ta review, elle est super encourageante !

Devil Of Love : Et oui, je suis une grande fan de HPSS. Oh ! Fabuleux ! Je chamboule tes fondements ? C'est l'un des plus beaux compliments qu'on m'ai fait ! Merci.

/!\ LEMON. Le rating est justifié.

Voilà, le chapitre a mis du temps, mais je suis passé par une période d'examen compliquée et je n'ai pas eu une seconde pour écrire, encore moins pour lire. J'ai décidé de faire plus des trois parties prévues au départ en relisant le premier chapitre que je n'avais pas vu depuis quelques temps. L'histoire sera un peu plus complexe et je pense que ce chapitre reflète déjà ça. Il est plus étoffé, et je crois (et j'espère) que vous l'apprécierais !

J'attends vos avis avec une impatience monstre ^^

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Sa première expérience.

Un gamin, encore. Avec un homme bien indélicat.

Lui.

Et là, à voir la confiance que lui accordait le garçon, et à sentir ses mains hésitantes se poser ça et là sur lui sans trop savoir où s'attarder, Severus se dit que tant qu'à faire quelque chose d'aussi inapproprié, il le ferait avec dévouement.

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Partie 2

Le matin.

L'aube, plutôt. Quand les oiseaux gazouillent et que le soleil se lève.

L'air frais de la chambre lugubre et le corps chaud serré contre lui.

Severus tourna la tête pour observer le bras qu'on lui avait si sournoisement emprunté et la tête qui y reposait.

Harry Potter.

Ah, si son crétin de père savait ! Severus en regretta sa mort. James Potter... Sûrement que rien de ça n'aurait eu lieu s'il avait été vivant...

La tête remua et une mèche de cheveux noirs tomba sur les yeux que le gamin - Harry - entrouvrait. Le maître des potions observa silencieusement le manège : un petit battement de cils, un bâillement et un étirement qui colla son jeune amant tout contre lui. Et la surprise, évidemment. Les souvenirs. Le rejet ?

Non, juste un sourire.

"Bonjour, finit-il par murmurer - les matins aussi étaient silencieux.

- Bonjour", répondit le Gryffondor, rougissant, une lèvre enfermée entre ses dents pour s'empêcher de trop sourire - ça donnait l'air con.

Severus reposa la tête sur l'oreiller, respira profondément et replia son bras toujours occupé - Potter n'avait pas encore dû se rendre compte de sur quoi il reposait - pour accrocher le torse du brun. Il caressa doucement la peau douce qu'il y rencontra.

Voilà. Un truc bien. Quelque chose qu'il n'avait jamais fait avant. De l'attention. De la tendresse ? Quoi que ce soit, c'était le mieux qu'il puisse trouver à faire.

Enfin...

Harry s'éclaircit la gorge nerveusement.

Peut être s'y prenait-il mal ? Severus retira son bras un peu brusquement et se releva sur un coude pour le regarder. Harry gardait les yeux au plafond en rougissant.

"Qu'est-ce qui ne va pas ?" demanda Severus avant de grimacer. Quelle question idiote. Qu'est-ce qui ne va pas ? Voyons, il venait de se réveiller contre son ancien professeur de potion. Il avait couché avec un type qui avait l'âge d'être son père, et qui était loin d'être le meilleur choix qu'on puisse faire pour ce genre de chose de toute façon. Mais le gamin n'avait pas l'air de regretter : il rougissait juste, comme un petit puceau pris en pleine séance de masturbation.

"Harry", Severus se pencha au dessus de lui.

Ne pouvant plus éviter le regard de son aîné, le Gryffondor ferma les yeux un instant, avant de les rouvrir et dire : " Je- J'ai besoin d'aller à la salle de bain.

- Pour ça ?" demanda Snape en lui désignant son entrejambe.

Harry acquiesça et laissa échapper un regard gourmand qui lorgna le corps nu de l'homme, non sans s'attarder sur ce qu'il n'avait qu'entrevu dans la pénombre de la veille. Il ferma les yeux à nouveau.

Severus refréna un frémissement sous la chaleur du désir qu'il percevait chez le garçon. Allez, doucement… Il passa la main sous le drap - sur Harry - et le saisit entre ses doigts. L'adolescent grogna, la tête enfoncée dans l'oreiller. Tandis que le Serpentard pressait dans sa main sa chair dure, le Gryffondor saisit le drap dans un gémissement et agrippa l'épaule de l'homme. Et aussi vite que devrait le faire un adolescent plutôt inexpérimenté, Harry vint sous les doigts du maître des potions.

"Ca va mieux ?" interrogea Snape à son oreille, après qu'il eu repris ses esprits

Le Gryffondor acquiesça, le souffle court.

"Potter sans voix. Je pensais que ce jour béni n'arriverait jamais, reprit-il cyniquement.

- Allez vous faire voir", dit Harry. Il souriait et ses yeux se fermèrent pour lui faire prendre un air béat. Severus se sentit incroyablement fier. Ca ne lui était pas arrivé depuis longtemps, ça.

Il se redressa et s'assit au bord du lit, ignorant sa demi-érection et combattant durement sa pudeur. Il passa une main sur son visage. Il se faisait vieux. Il ne s'était pas senti aussi jeune depuis longtemps, aussi. En fait, il se sentait surtout comme un vieux con, mais bon, un vieux con satisfait pour le moment. Et ça, c'était pas mal.

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Harry grimaça douloureusement en s'asseyant. L'odeur du petit déjeuner que Dobby s'était chargé de leur apporter - comme tous les repas qu'ils avaient eu ici depuis que Molly Weasley était retournée au Terrier - embaumait la cuisine. L'elfe se faisait bien discret pour ce qu'en savait Harry, mais il supposa que Dumbledore lui avait donné des ordres stricts quand à ses déplacements entre Poudlard et ici.

"Buvez ça."

Harry sursauta en voyant une main faire irruption dans son champ de vision. Il n'avait pas entendu Snape arriver. Il fixa platement la fiole que ce dernier venait de déposer sur la table, devant lui, mais il n'osa pas se tourner vers le Serpentard. Trop mal aux fesses. Il rougit à cette pensée et se félicita que l'homme se trouva derrière lui. Il se saisit finalement de la potion pour l'avaler d'un trait.

Harry sentit aussitôt la douleur et les courbatures de la nuit s'estomper.

En face de lui, Severus - pouvait-il l'appeler ainsi ? - s'assit tranquillement, la Gazette des Sorciers grande ouverte entre les mains. Comment faisait-il ? Il agissait si normalement. Harry supposa que c'était comme ça qu'était un adulte blasé face au sexe. Alors que l'adolescence en faisait quelque chose de si sacré... Le Gryffondor n'y loupa pas. Il se sentait frémissant à la vue de cet individu qu'il avait - et qui l'avait - connu intimement. Il voulait fredonner et danser en pensant à cette nuit. Et face à tant d'indifférence, il se demandait bien si, cette nuit, il ne l'avait pas rêvé.

Il remua sur sa chaise et, au vu de l'absence totale de réaction du journal et de l'individu qui se trouvait derrière, il décida de se concentrer sur son petit déjeuner.

Ses œufs au plat ne ressemblaient plus à rien et ses toasts avaient un goût de plastique. Il était sensé être heureux et voir la vie en rose, non ? Il avait eu ce qu'il voulait.

Enfin... Pas tout à fait.

Mais ce qu'il voulait s'éloignait tant de la personnalité de Severus Snape qu'il supposa que les choses se portaient bien ainsi. Il tenta un coup d'œil vers l'homme et perçut le bref scintillement d'un regard brûlant qu'on aurait laissé tomber sur lui, par inadvertance, au dessus du journal ouvert. Peut-être...

Peut-être que les choses se portaient bien mieux que tout ce qu'il aurait pu imaginer, finalement.

Soudain, l'odeur de la marmelade lui parut délicieuse et les œufs qu'il avait massacrés avec tant de soin le firent saliver. Il se sentait comme un homme affamé, et il se dit que si c'était ça que d'être un homme, alors il saurait s'en arranger.

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L'incertitude, c'était quelque chose dont Harry avait une certaine habitude. Mais pas cette tension, cette impatience qui l'avait accompagné tout au long de sa journée. L'insupportable sensation que tout se passait normalement - aussi normalement que pouvait être quoi que ce soit le concernant -, alors que rien ne l'était plus vraiment.

Il avait couché avec Snape.

C'était... sensationnel. Inimaginable.

Et rien d'inhabituel depuis. Enfin... Il y avait ces flash-back incessants, et la chaleur constante qui lui creusait les reins. La tête qui lui tournait à chaque fois qu'il sentait son odeur. Trois - ou peut-être quatre - effleurements appuyés de lui. Et la trace qu'avaient laissée des doigts trop serrés sur sa cuisse gauche.

L'envie, aussi. Mais ça, ce n'était pas très insolite.

Harry regardait la porte de la salle de bain du premier étage comme il avait regardé la porte de la chambre du bout du couloir la veille. Mais cette fois, il ne se laisserait pas surprendre. Il fallait savoir provoquer la chance, non ?

Il toqua poliment.

A l'intérieur, le maître des potions se brossait les dents avec dignité. Il s'essuya la bouche au son des coups à la porte et après avoir pointé prudemment son regard sur le miroir qui lui faisait face, il annonça : "C'est ouvert."

Lentement, l'adolescent passa la tête dans l'entrebâillement avant d'entrer silencieusement. Severus restait immobile, penché au dessus du lavabo. Il fixait son reflet impatiemment.

Harry se sentit soudain bien moins courageux et il déglutit avant de se diriger vers lui. Il prit sa brosse à dent et, tout en envahissant minutieusement l'espace vital du Serpentard, il s'appliqua à se préparer pour la nuit. Il fit vite. Il avait trop peur que l'homme ne s'échappe.

Et finalement : "Est-ce que je peux venir ce soir aussi ?

Il ne savait pas trop comment il avait fait pour dire ça si platement, il ne s'était même pas aperçu qu'il avait formulé la question dans sa tête. Il y pensait tant que ça devait être tombé dans l'inconscience, cette obsession. Où allait-il dormir, cette nuit ?

Snape le fixa avec surprise avant d'acquiescer, l'air toujours un peu déconcerté.

Le Gryffondor quitta la pièce avant que l'homme ne change d'avis et fonça dans sa chambre. Là, il fit face à un dilemme d'un genre bien agréable : devait-il mettre son pyjama ou rester habillé ? Dans le doute, il se changea. Il n'était pas sûr de finir en tenue d'Adam ce soir, mais pour encourager le sort, il ne mit que le bas. Et à pied nu, il rejoignit la chambre du bout du couloir. La porte était ouverte et personne ne l'y attendait. Il s'assit donc sur le lit, quelque peu mal à l'aise. Les serpents, fétiches des Black, se faisaient récurrents dans cette maison et cette pièce ne dérogeait pas à la règle. Harry trouvait une fascination malsaine à ce décor. Il les regardait et il se disait que ces bêtes là devaient avoir été témoins de bien des choses, en tant d'années. Il se demanda vaguement s'il était possible d'en ramener un à la vie, pour voir, pour qu'il lui raconte son histoire...

"Vous vous rendez compte, j'espère, de l'anormalité de cette situation ?"

Harry tourna la tête sans bouger de sa place au bout du lit. Il avait ses mains jointes sur ses genoux. Il devait avoir froid, ainsi accoutré, pensa Severus. Il le regardait en silence depuis une bonne minute et il s'était arrêté sur cette pensée lumineuse, qui lui avait paru d'une telle vérité qu'il se devait de la dire.

Le brun haussa les épaules. Comme ça, il balança la vérité à son rôle de banale évidence. "J'ai l'habitude."

Dans ce cas...

Severus ferma la porte avant d'avancer dans la chambre. Il retira sa robe - immense carcan noir plein de minuscules boutons -, ses chaussures, chaussettes et chemise. Il s'arrêta là. Harry se leva. Il vint se placer devant lui, et puis il accrocha ses mains au bord de son pantalon noir. Il le rapprocha et baissa le regard pour suivre l'avancée de ses doigts le long de la braguette.

Le Serpentard inspira nerveusement alors que le jeune homme contre lui s'attelait à le déshabiller de la plus anormale des façons : patiemment, amoureusement. Non. Enfin, si, ça en avait l'air. C'était bizarre.

Pantalon et sous-vêtement vinrent s'échouer à ses pieds. Il s'en détacha.

Quelle pitié tout de même : se faire apprendre l'amour par un gamin. Il prit la main du plus jeune et l'amena sur le lit. Et comme le bon élève qu'il avait toujours était, il appliqua la leçon à la lettre. Et il lui fit l'amour.

Vraiment.

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Même sur le plafond...

Harry se demanda brièvement si on ne pouvait pas faire de conclusion d'ordre psychiatrique face à un tel fétichisme. Les serpents...

Il avait le sien, nu, endormi contre lui. Qui en avait un, imprimé sur le bras, sortant du gouffre béant d'une bouche squelettique. Si on oubliait ça et la guerre et ses emmerdes, la vie se portait plutôt bien. Comment oublier ?

"Remus rentre aujourd'hui."

Un autre élan de son subconscient. Il n'avait pas eu le temps de le penser qu'il le disait déjà. Il chercha l'heure du regard, mais elle n'était nulle part. Pas d'horloge, ni de montre. Et en septembre à Londres, le temps ne laissait déjà plus deviner l'heure qu'il était. Il s'assit précipitamment.

"Merlin, Potter, arrêtez de gigoter !

- Remus rentre aujourd'hui !" s'exclama Harry, au désespoir.

Le maître des potions le saisit par le bras et le tira contre lui. "Je sais, Potter, j'ai mis le réveil à six heure.

- Oh. Mais où ça ?"

Severus ouvrit un œil, agacé. Il chercha du regard le réveil sur sa table de nuit mais ne l'y trouva pas. Il se redressa brusquement et se pencha au bord du lit pour le voir finalement, échoué au sol et quelque peu abîmé. Il le ramassa. L'aiguille ne tournait plus, arrêtée au moment où ils l'avaient sûrement éjecté par terre, durant leurs ébats.

"Merde."

Harry eut à peine le temps de se remettre de ce juron qu'il dut faire avec un Severus Snape se promenant nu, vers on ne sait où. Il était nu, c'était surtout ça qui captivait.

"Il est neuf heure passé, dit Severus en fixant sombrement une montre qu'il venait de sortir de la poche de son pantalon.

- Quoi ! s'exclama le plus jeune dans un chuchotement étranglé. Remus a dit que le portoloin le ramènerait à huit heures !

- Je sais Potter !" grogna-t-il.

Il prit des vêtements propres dans sa valise, et après un sort de nettoyage qui lui irrita la peau, il les mit. Son jeune et bien mal avisé amant le regardait sans bouger, enroulé dans les draps.

Présentable, il ouvrit rapidement la porte de la chambre et jeta un coup d'œil dans le couloir.

"Allez prendre une douche et rejoignez moi en bas", dit-il en se tournant vers le Gryffondor.

Il n'eut pas à le répéter. Harry sortit du lit précipitamment et, après avoir récupéré et enfilé son pantalon, il se jeta au dehors pour rejoindre la salle de bain.

Merde. C'était le mot. Remus avait dû toquer à sa chambre. Il le faisait quand il rentrait et qu'il n'était pas réveillé. Il avait dû s'inquiéter. Sûrement était-il monté interroger Severus à son ancienne chambre. Mais il n'y était plus. Après ?

Oh, Merlin. Il avait la nausée et l'estomac noué. Il finit de se doucher en s'efforçant de ne plus penser à rien. Ca irait. Severus était là, alors tout irait bien.

ooo ooo ooo

L'odorat du loup-garou est inégalable.

Il n'y avait plus rien à faire. Si Lupin était bien venu à l'heure prévue, alors il savait. Du bas de l'escalier déjà, il devait avoir senti l'odeur du sexe - l'odeur intense de l'excitation sexuelle surpassait tout -, et au premier, il avait certainement su qu'ils étaient tous deux dans la pièce du fond ; Severus avait le sommeil léger d'ordinaire mais cette nuit, il s'était magnifiquement épuisé. Lupin aurait aussi bien pu entrer dans la chambre qu'il ne l'aurait certainement pas entendu.

Il descendit rapidement l'escalier et entra dans la cuisine.

Personne.

Le lycan aurait dû déjà être là. Il y a une heure, en fait, qu'il aurait dû être là... Une heure sans se manifester ? Après les avoir surpris dans une situation si inappropriée ?

Bon sang, où était Lupin ?

De sa démarche silencieuse, Severus traversa rapidement les pièces de l'étage avant de remonter au premier. Il toqua à la chambre de Lupin, pris d'un doute insensé. Mais le maraudeur n'y était pas. Il ouvrit la porte et ne trouva qu'une pièce vide et bien rangée.

"Alors ?"

Le Serpentard fit volte face. Harry sortait de la salle de bain, une serviette autour de la taille et un air tendu sur le visage.

"Il n'est pas là", dit Severus, un peu perturbé par ce fait. C'était inespéré. Inquiétant en fait. Il devait le signaler... Il devait...

"Je vais me doucher."

Harry l'observa sans comprendre alors qu'il passait devant lui.

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Il avait peur. Il n'était pas lâche, pas même prudent. Non. Severus Snape venait de comprendre qu'il tenait à ça, à Harry, à cette forme irréelle de chaleur humaine qu'il lui offrait. Son affection. Son intérêt. Sa personne.

Et ça le perturbait.

L'eau chaude de la douche se déversait sur ses muscles engourdis, avec ce tintamarre assourdissant... Il avait l'impression d'avoir l'esprit en bouillie. Quelle ironie ! Lui qui avait tout supporté de l'occlumencie, la légilimencie et la torture, il ne se remettait pas de cette impression violente de bonheur qui le traversait. Et cette angoisse...

Il ne vivait plus. Lorsque Lily était morte, il s'était mis entre parenthèses. Enfin, pas vraiment, mais tout était centré sur son mal-être, sa culpabilité et sa rédemption. Et là... Il redevenait égoïste. Comme le jour où il avait attrapé Black et qu'il espérait avec fureur son ordre de Merlin : conforté par une décennie de monotonie et ses vielles rancœur, il s'était pardonné, juste un instant.

Et ça recommençait... Dans le manège insensé qu'était cette guerre qui reprenait. C'était inconcevable. Ce n'était pas bon du tout... Non, c'était le pire des moments. Mais le cœur y était, et il sentait déjà quelque chose en lui qui criait "JE LE MERITE !". Une bête, une chose insensée qui disait "J'ai fait de mon mieux, qu'on me laisse enfin !".

Mais il n'allait pas se laisser dévorer.

ooo ooo ooo

"Qu'est-ce que vous faites ?

- Mangez", ordonna-t-il.

La cuisine était d'un calme oppressant. Ils s'y étaient habitués, toute cette baraque était comme ça. Mais ce matin, l'atmosphère habituelle se fondait dans un rien d'excitation et d'inquiétude : le ressenti des gens coupables.

Harry s'assit devant un bol en observant le maître des potions, les sourcils froncés. Snape balança de la poudre de cheminette dans l'âtre et s'agenouilla dans une position embarrassante qui laissa le jeune Gryffondor tout remué. A quatre pattes, Severus gueula " Bureau du directeur, Poudlard ! ", avant de plonger la tête dans le feu.

A l'autre bout du réseau de cheminette, au cœur de la forteresse magique qu'était Poudlard, le bois calciné d'un feu soudain devenu vert accueillit la charmante tête du maître des potions.

"... des groupes importants ne vont pas déclarer-

- Severus ! Mon garçon !" coupa le directeur.

Il était assis derrière son bureau, les mains jointes et l'œil pétillant. Et en face de lui, assis à un mètre à peine de la cheminée, Remus Lupin se tenait là, calé dans un de ces fauteuils moelleux dont seul Albus avait le secret.

Severus fixa le loup-garou dans l'expectative. Il n'eut droit à rien d'autre qu'un regard chaleureux et un haussement de sourcil interrogateur.

"Severus ?" Les yeux clignotants comme une de ces immondes décorations de Noël moldue, Albus le regardait comme si il savait.

Il savait ?

"Je venais vous prévenir du retard de Lupin sur son heure d'arrivée, mais il semblerait qu'il n'y ai pas raison de s'inquiéter, dit-il, susurrant le dernier mot comme il aurait parlé de la pire des absurdités.

- Oui, Remus a raté son portoloin. Il a transplané devant l'école : il avait des informations à me rapporter, et... Quelques égratignures à faire soigner", acheva Albus en l'observant soudain d'une façon étrange : ses sourcils se froncèrent, lui donnant l'air du type qui comprend qu'il a raté quelque chose et qui n'arrive pas à mettre le doigt dessus. Expression cocasse sur ce vénérable personnage.

Il ne savait pas.

Mais il en avait conscience. C'était Albus Dumbledore. Il savait tout. Et ce qu'il ignorait n'était rien d'autre que des choses qu'il s'apprêtait à découvrir.

"Remus, nous en avons fini je pense, reprit-il en relevant les yeux vers le Gryffondor grisonnant qu'était devenu Lupin. Vous devriez rentrer, je crois que quelqu'un vous attend avec impatience."

Le lycanthrope hocha la tête avant de s'extirper de son siège. Severus esquissa un mouvement pour se dégager de la cheminée, mais Dumbledore l'en dissuada d'un geste : " Severus, j'aimerai que vous reveniez, nous devons discuter d'une certaine affaire ", dit-il en lui lançant un regard si sérieux qu'il s'emboîtait difficilement sur le visage du vieil homme.

Severus se dégagea de la cheminée.

"Remus, il ne lui ai rien arrivé ? Que va faire Dumbledore ? Il sait ?". Le gosse se tenait agenouillé à côté de lui, avec le visage inquiet d'un homme qu'il n'était pas encore.

"Lupin va bien, il ne sait rien. Allez vous asseoir, il arrive", dit froidement Severus avant de se relever. Que lui voulait Dumbledore ?

Savoir, il voulait tout savoir.

Le maître des potions appela ce qu'il y avait en lui du grand maître d'occlumencie, il regarda Harry et son visage inquiet, le feu soudain devenu vert, et il ferma son esprit, de la façon la plus hermétique, la plus discrète qu'il sache manier.

Lupin sortit de la cheminée, et sans plus regarder ni lui, ni Harry, Severus se saisit d'une poignée de poudre de cheminette et déclara sa destination avant de s'y rendre.

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Le temps maussade de Londres ne s'éloignait pas trop de la grisaille qui étreignait Poudlard. Perché devant la fenêtre, les mains croisées dans son dos mince et la tête levée bien haut, Albus Dumbledore ressemblait à une de ces entités fantomatiques de légendes, qui regardait le monde et le temps passer sans jamais bouger.

Oh ! Rien ne s'éloignait plus de cet homme ! Bien qu'on eut parfois du mal à le qualifier d'Homme.

Albus Dumbledore ne se contentait pas de regarder. Non, en plus de savoir ce qui se passait, il faisait toujours en sorte de prévoir ce qui arriverait. Il le provoquait souvent...

Mais Albus Dumbledore, tout divin eut-il l'air, n'était qu'un homme. Et rien n'était plus dangereux pour un homme que de se prendre pour Dieu. Albus le savait. Evidemment.

Severus prit place sur une des chaises droites qui avaient remplacé les énormes fauteuils qu'il méprisait. Il ne dit pas un mot, ne fit plus un geste. Il ne pensait à rien.

Pas à Harry. Surtout pas à Harry.

"Severus."

Le directeur se tourna pour lui faire face. Son regard perçant plongea au plus profond de lui, de la plus innocente des façons. Snape l'exécrait, cette façon. Il ne dit rien. Ne fit rien.

Dumbledore acquiesça à on ne sait quoi. Cet horrible air réfléchi imprimait un pli inquiet au coin de sa bouche de vieillard. Il soupira et s'assit à son tour : "Severus. Je vais encore avoir besoin de toi. Une dernière fois."

Le concerné resta silencieux. Mieux valait ne rien dire lorsque chaque mot nous révélait, même à un vieil ami.

"J'ai retrouvé chacun des Horcruxes." Il chuchotait presque. Le Serpentard se redressa dans son siège.

" Déjà ? interrogea-t-il, surpris.

- Je les cherche depuis longtemps, acquiesça Albus en s'asseyant. Mais il en reste un. Un que je ne parvenais pas à situer, vois-tu. Je crois savoir où il se trouve."

Dumbledore était un homme impressionnant. Mais lorsqu'il prenait cet air dérangé, là, il fallait avoir peur. Parce que quelque chose d'horrible arrivait.

"Qu'est-ce que ça a à voir avec moi ?" se défendit Snape, persuadé au plus profond de son être qu'il n'en avait rien à foutre d'où se trouvait cette... Chose.

Il était au-dessous de ça. Ca ne le concernait pas.

"Voldemort - Severus. Voldemort n'a pas conscience de la disparition de ses Horcruxes, il s'en ai trop détaché. Mais je crois qu'il ignore l'existence même du dernier d'entre eux. Celui qui existe encore. Mais si son âme - le lambeau qui en reste, ce que le corps qu'il s'est fabriqué contient - est détruit, alors ce dernier morceau qu'il aura laissé sans le savoir s'éveillera.

- Comment pourrait-il avoir créer... ça, sans en avoir conscience ?

- Oh, des circonstances inattendues et son orgueil ont permis ce surprenant jeu du sort," répondit Dumbledore avec un petit sourire.

Il s'arrêta un instant, empêtré dans cette belle remarque. Le Serpentard attendit patiemment, peu pressé de connaître la finalité de cette conversation. Il n'eut pas à attendre longtemps : "Severus, reprit le directeur comme s'il ne se fut jamais arrêté, j'ai l'intime conviction que le... Conteneur de ce dernier fragment d'âme ne saurait être détruit si la disparition de Voldemort venait à le précéder." Plus que jamais, Albus avait l'air d'un fou. Les yeux brillants, la voix basse et une veine vieille de cent ans qui venait pulser à son front, Dumbledore ressemblait à l'un de ces mégalomanes de fictions qui rêvaient de puissance et d'infini.

"Il va falloir que tu le détruises, reprit le vieux directeur.

- Pourquoi moi ? Pourquoi ne le faites-vous pas, Albus ? s'exclama Snape, pris de panique - ou de quelque chose de très semblable.

- Je n'en ai pas le droit. Quelque chose disparaîtrait qui ne peux pas disparaître, si je le faisais. Severus, il va falloir que tu me donnes ta parole que tu détruiras cet Horcruxe lorsque le moment viendra.

- Quel moment ? Comment y parviendrai-je, je ne sais même pas de quoi il s'agit !

- Tu le sauras en temps voulu Severus. Il faut que tu me le promettes."

Severus Snape sentait les ennuis et les choses terribles lorsqu'ils l'approchaient. Il en avait vu tant. Il les connaissait, il n'en avait plus peur.

"Je promets."

A peine ces mots furent-ils dit qu'Albus se saisit brutalement de sa main par dessus le bureau. Un flash de lumière se forma en un lien qui encercla leurs mains jointes avant de disparaître.

Severus était effaré. Les yeux écarquillés, il était totalement figé face à Dumbledore, sa main crochue agrippée à la sienne, et son regard de fou. Oh, oui, ils pétillaient, petits yeux bleus fragiles liés à cet esprit si génial.

"Qu'avez-vous fait ? s'étrangla Snape.

- Un serment inviolable.

- C'est impossible. Il faut être trois ! Il faut quelqu'un pour sceller le serment !"

Finalement, Albus lâcha sa main et, le regard hanté, ses cheveux blancs agités sur son antique crâne, il répondit avec un calme terrifiant : "Tu devrais le savoir depuis longtemps, mon garçon : rien n'est vraiment impossible."

ooo ooo ooo

Potter était là. Assis devant une tasse de thé vide, dans la grande et lugubre cuisine du 12 Square Grimmaurd.

"Vous avez fait vite", dit-il en l'accueillant d'un grand sourire.

Comme s'il l'aurait encore attendu. Parce qu'il l'attendait. Merlin. Oh, oui, Severus savait : rien n'était impossible. Vraiment rien.

Le maître des potions acquiesça, écrasé par ce regard ravi qu'avait le garçon. Il le rejoignit de l'autre côté de la table et s'assit près de lui. Parce que quelles que soient les choses à venir, il ne saurait trop faire que d'un peu de courage pour les affronter, et Potter semblait être de ces choses qui lui en donnait.

L'avenir était terrifiant lorsqu'on commençait à y croire.

ooo ooo ooo

Le quotidien. Quelle chose effrayante. S'habituer à une vie pareille, c'était inquiétant.

Et depuis que Lupin était revenu - une semaine déjà -, tout était revenu à ça : le quotidien. Leur quotidien.

Chaque jour, Severus espérait que le Maraudeur retourne en mission, chaque jour il s'en voulait pour ça. Pour les regards qu'il ne pouvait s'empêcher de lancer au gamin, pour les rêves intenses et l'envie qui le prenait chaque nuit de rejoindre un autre lit.

Les Potter... Quelle que soit la génération, ils lui pourrissaient la vie. Mais il se trouva qu'il préférait celle-ci.

Le devait-il seulement ? Sûrement pas, non. Mais il n'avait que ça. Merlin le protège, car il n'avait que ça. C'était risible.

Et il rit.

"Vous devriez faire ça plus souvent.

- Quoi donc, Potter ?

- Harry."

Severus inspira. Oui. Harry.

"Rire. Vous devriez faire ça plus souvent. Ca vous va bien."

Le retour de Lupin semblait faire passer leur relation pour une espèce d'idylle cachée aux yeux de l'adolescent là où il n'y avait qu'une vague interaction physique pour Severus. Mais le gamin s'y tenait : il s'asseyait encore plus près de lui lorsqu'ils lisaient dans le salon et, pendant leur entraînements, il se permettait des remarques déplacées et des silences confiants. Maintenant, il venait même le déranger dans le laboratoire, s'asseyant sur la table de travail qui lui faisait face et bavassant comme il le faisait en ce moment.

Il se sentait observé. Ca l'agaçait. "Vous n'avez rien de mieux à faire, Potter ?

- Non. Est-ce qu'on va le faire, ce soir ?"

Merlin.

"C'est vrai, depuis que Remus est arrivé-

- Je ne pense pas que cela soit possible.

Depuis que Lupin était rentré, il avait su se contrôler. Il s'était tenu occupé, et malgré l'omniprésence de l'adolescent, il arrivait à ne plus l'envisager. Pas comme quelque chose de concret du moins. Un peu comme si la présence d'une autre personne dans la maison rendait le monde trop réel pour que ça ai quoi que ce soit à y faire.

Mais c'était réel.

- Pourquoi ?" interrogea Harry avec une mine de chien battu.

Pourquoi ? Pourquoi ? A cause du loup. Parce que c'était immoral et qu'il en allait de sa vie qu'il resta dans cette maudite baraque ! En aucun cas on ne lui permettrait de rester ici, à proximité du garçon, si ça se savait.

Enfin... Qui le saurait ?

Lupin, d'abord. Lupin qui ne voyait rien, Lupin qui ne réagissait pas au vu du manège sans aucune subtilité de Potter. Lupin qui ne comprenait pas son regard à lui, pour le garçon.

Oh, c'était trop bon. C'était vrai, et puis le mal était déjà fait. De toute façon, qu'avait-il à perdre ? Sa vie ? A la bonne heure ! Assez bêtement, il s'y était attaché à sa vie. Mais avec des draps chauds, c'était tellement meilleur... Un corps chaud, c'était aussi bien. Après tout, Severus Snape était un homme de mensonge. Il savait gérer les situations absurdes.

Est-ce qu'on va le faire ?

Un gamin, vraiment.

"Quand vous appellerez ça par son nom, alors peut-être qu'on pourra le faire."

Le Gryffondor ne rougit pas. "Est-ce qu'on va coucher ensemble à nouveau ?" interrogea-t-il sérieusement.

Severus finit de ranger les ingrédients qui traînaient sur la paillasse avant de lancer un sort de nettoyage au chaudron sale qu'il avait utilisé. Cela fait, il se tourna vers Harry et le toisa.

Oui, il ne voyait vraiment pas pourquoi il se privait.

"C'est envisageable."

Et sans prêter attention à l'heureux sourire qu'afficha le Gryffondor à ces mots, il se tourna pour récupérer son carnet de travail. Il devait vérifier la constitution de sa potion Tue-Loup. Peut-être la dernière modification qu'il avait faite avait pour conséquence des dommages cérébraux graves ? Parce que franchement, on avait pas idée d'être aussi aveugle, et il devait bien reconnaître que Lupin n'était pas abruti. Pas à ce point. C'était une idée excessive, vraiment, mais il n'en trouvait pas de meilleur. Et il n'aimait pas ne pas comprendre. Parce que, pas même le plus inconscient des Gryffondor ne... Non, oubliez ça.

C'était ridicule.

ooo ooo ooo

"Dumbledore nous a envoyé la date du prochain meeting," dit Lupin en lui tendant un parchemin enroulé.

Severus lui lança un regard suspicieux avant de se saisir de la missive. Le fait que Potter ai traduit "c'est envisageable" par "ce soir, ma chambre, neuf heures" le rendait un peu nerveux. Neuf heures. Mais qu'est-ce que ce garçon avait dans la tête ? Sitôt que le dîner fut fini, il avait fait les yeux doux à Severus, et que pouvait-il faire, lui, si ce n'est le rejoindre en haut et le punir d'un tel manque de subtilité.

Que faire face à un corps qui vous demande, et tant d'insouciance ?

Quand on avait l'apparence et le caractère peu accommodant de Severus Snape, on s'émerveillait.

Et on tombait, évidemment.

Il l'ignorait - ou du moins, il ne le concevait pas -, mais Harry le trouvait beau. A sa façon. Attirant et troublant, en fait. Et il affectionnait ses sarcasmes et sa froideur : ça le faisait plus honnête à ses yeux. Mais ça n'avait pas vraiment d'importance.

Harry le regardait comme un corps que l'on demande, et ça, ça dépassait tout. Vraiment tout.

Du bruit leur parvint de l'escalier. L'adolescent - que Severus avait pris soin de chasser de ses draps à l'aube - entra avec la grâce d'un pachyderme et vint s'asseoir à ses côtés. Il déposa ses lèvres sur la joue de Severus en marmonnant un bonjour, l'air particulièrement mal réveillé. Le Serpentard rougit avec force, paralysé. Et l'image de Lupin s'étouffant avec un toast ne fit rien pour l'aider.

Le Maraudeur n'avait pas perdu la vue, de toute évidence. Alors il était inconscient.

ooo ooo ooo

Ca l'avait tracassé toute la journée. Ca n'avait pas de sens, et ça, ça l'emmerdait.

Severus leva le nez du magazine de potions qu'il tenait serré entre ses mains - plus pour préserver son image que parce qu'il s'y intéressait vraiment. Il était dans la vaste bibliothèque de la demeure, assis dans un des canapés miteux placés près du feu, et il observait l'acharnement désemparant avec lequel le gamin tentait d'assimiler des principes complexes de métamorphose qui ne pouvait que le dépasser. Potter était installé à une table de travail, à quelques mètres de là, face à Lupin qui se chargeait de soutenir ses efforts.

C'était insensé, sérieusement ! Le gamin l'avait embrassé. Sur la joue. Lui ! Severus Snape ! Et Lupin n'avait pas bronché. Enfin si, il s'était étouffé deux secondes, mais passé cet instant, plus rien. Comme si... Comme si de rien n'était.

Les soupçons, le Serpentard en riait. Les regards en coin, les accusations et les menaces, il pouvait gérer. Mais l'indolente candeur d'un crétin de Maraudeur, ça, il ne savait pas quoi en faire.

Alors il ruminait.

ooo ooo ooo

Ca empiétait sur les leçons. Oh, au vu de son absence totale de talent pour l'occlumencie, ça n'avait rien d'ennuyeux.

"Huh. Remus ne va pas nous entendre ?"

Concentré sur sa tâche, perdu dans la nuque de Harry, Snape prit le temps de répondre entre deux morsures : "J'ai fait ce qu'il fallait."

Si il avait fait ce qu'il fallait... Harry se colla à l'autre homme, excité par l'exaltante proximité qu'il lui accordait. Il respirait lourdement et des flashs de lumière blanche lui vrillaient les pupilles.

"Assis. Ici", grogna Snape en poussant précipitamment l'adolescent contre un bureau massif qui trônait dans la pièce. Le Gryffondor s'exécuta avec empressement et le maître des potions le saisit sous les cuisses pour lui permettre de se redresser. Il y laissa les mains, plaquant Harry et ses hanches agitées contre son bassin.

Ca lui faisait comme une brûlure dans les reins. Des étincelles lui couraient dans le dos et son esprit n'était bientôt plus qu'un grand vide blanc. Non, tout ce qui importait, c'était ça. Toucher, presser, "Oh", goûter. Snape s'était intimement pressé entre ses jambes et Harry ne put s'empêcher de les serrer incontrôlablement, sa langue profondément enfouie dans le gouffre moite de la bouche du Serpentard. Comment un truc pareil pouvait être aussi bandant ? Ils étaient encore largement habillés, ils ne faisaient rien d'autre que ça. Un baiser profond et la pression intense de leurs corps, l'un contre l'autre. C'était... Pas assez.

"Plus", suffoqua Harry.

Severus ricana. "Plus ?

- Oui", et Harry grogna : "Plus." Il s'agrippa violemment aux pans de la chemise de Snape avant de tirer d'un coup sec, faisant craquer les quelques boutons restés fermés. Le geste sembla enflammer son ancien professeur qui lui souleva les jambe plus haut encore et le buta brusquement de ses reins, s'encastrant merveilleusement dans chaque creux que l'adolescent lui présentait. Ils s'arrachèrent - plus ou moins soigneusement - chacun de leurs maudits vêtements, jusqu'à finir par se trouver si nus qu'il eut suffit d'un mouvement précipité pour qu'ils s'emboîtassent l'un dans l'autre.

"Bordel." Il semblait toujours à Harry qu'à ces moments là, tout ce qu'il lui restait de vocabulaire appartenait au rang le plus primitif de son modeste lexique linguistique. Quelle réflexion inutile... "On a pas de... De- Hn !" Voilà : une remarque intéressante devenue bêtement inexprimable suite au dysfonctionnement temporaire de son système nerveux. En levant les yeux, il voyait même les serpents moulés au plafond s'agiter. Deux doigts se pressèrent à ses lèvres.

Merveilleux. Mieux valait laisser parler le corps, puisque les mots manquaient. Il engouffra les doigts entre ses lèvres dans un gémissement.

Il ne fallut pas longtemps pour que Snape s'enfouisse dans sa moiteur, enserré avec affection et précipitation entre les cuisses de l'adolescent. Le reste ne ressemblait à rien de vraiment commun. Ils commençaient à s'habituer l'un à l'autre, et ça rendait le sexe indescriptible. Une danse insensée, saccadée et démesurée au rythme irrégulier. Comme une transe. Un truc incontrôlable qui vous prend aux tripes. C'était aussi beau à faire qu'à regarder. Enfin, c'est ce que les serpents pensaient.

ooo ooo ooo

"Mh, c'est comme si mes os étaient en bouillie."

Severus lui lança un regard exaspéré, peu convaincant face à son orgueil qui le félicitait. C'est vrai, ils étaient plutôt bon à ça.

Ils étaient carrément géniaux à ça, aurait bien voulu hurler son subconscient. Mais le Serpentard le séquestrait bien au fond de son crâne depuis quelques temps déjà, alors le subconscient préféra se taire. Il admira plutôt le panorama qui s'offrait à lui : les tréfonds, pas si profonds que ça, de l'esprit de Snape, et puis devant, Harry, à moitié étendu sur le grand bureau du vieux cabinet de travail où ils se trouvaient.

Severus balança ses vêtements au garçon en grognant : "Habillez-vous Potter, Lupin vous attend pour le cours de Défense.

- Je tremble", gloussa - oui, gloussa - le plus jeune en saisissant sa chemise d'une main, pas pressé de bouger, pas gêné de sa nudité glorieusement exposée.

Oh, oui, c'était glorieux. Le maître des potions, qui finissait de boutonner sa chemise, ne pu qu'admirer l'excitant tableau qui se présentait à lui. Et non, ses mains ne tremblaient pas. Il n'avait plus quinze ans.

"Vos mains tremblent, souffla le gryffondor en le regardant de biais.

- Habillez-vous, Potter."

Juste un peu. Et ça passait déjà. Elles ne tremblaient presque plus, voilà.

Harry se leva finalement, tanguant sur ses jambes chancelantes. Il se sentait soudain vraiment fatigué. Il avait l'impression de flotter. Enfin, c'est la sensation que ses jambes lui donnaient : il ne les sentait presque plus. Merlin, était-ce seulement autorisé d'éprouver autant de plaisir ?

"Allez", Severus lui tendit ses vêtements, le soutenant vaguement dans son amorphie post-coïtal. Il l'aida à enfiler son tee-shirt, lui boutonna son pantalon, et l'embrassa une dernière fois avant de défaire les sorts qui isolaient la pièce.

Il sortirent l'un derrière l'autre et descendirent paisiblement les escaliers pour rejoindre la bibliothèque.

"Désolé, on a prit du retard", dit, avec un naturel invraisemblable, Potter en rejoignant Lupin à leur table de travail. Ce dernier posa la Gazette qu'il lisait en attendant et sourit au gamin paternellement : "Ce n'est pas grave. J'espère que la leçon n'a pas été trop éprouvante". Il tourna son regard vers Severus qui se contenta de récupérer le grimoire qu'il avait laissé là.

Le jeune Gryffondor s'avachit derrière un pavé consacré à des sorts obscurs que Severus savait parfaitement inutiles face au Seigneur des Ténèbres, et bailla à s'en décrocher la mâchoire.

"Harry, tu as l'air épuisé. Va donc prendre un café avant qu'on commence." Potter acquiesça vaguement avant de se relever pour se traîner vers la cuisine.

Lorsqu'il fut sorti, Lupin vint rejoindre Severus entre les canapés, les sourcils froncés. Quoi ? Le Serpentard leva les yeux, l'air placide, alors que sa gorge se contractait d'une insolente angoisse. Il l'aimait bien cette angoisse, il en avait l'habitude. Mais là, il ne voyait vraiment pas ce qu'elle venait foutre ici.

"Severus, annonça le lycanthrope avec sérieux, je pensais que, peut-être, tu pourrais rappeler ses bases en potions à Harry. Je sais qu'il n'est pas très doué, mais ça pourrait lui être utile."

Le maître occlumens était perplexe.

"Et puis ça lui occupera l'esprit ", poursuivit le Gryffondor.

Quelque chose ne collait pas. Lupin attendait sa réponse, le Serpentard acquiesça distraitement.

Ce n'était pas normal. C'était comme ci...

Lentement, l'homme se redressa pour fixer, silencieusement ahuri, le Maraudeur qui retournait s'installer à la table de travail.

Ils étaient décendu directement.

Potter revint dans la bibliothèque avec une grande tasse de café et Severus baissa les yeux sur le livre qu'il avait entre les mains. Il devina le regard interrogateur que l'adolescent lui jeta, mais il l'ignora. Il aurait dû le sentir. Oh, il aurait compris aussitôt si il n'avait pas été si occupé à faire comme si. C'était terrifiant : son esprit semblait s'être liquéfié depuis qu'il couchait avec Potter. Juste là, c'était évident et il ne l'avait pas vu... Ca faisait une semaine, sous son nez, et il n'avait pas compris.

Un mur.

Remus Lupin s'était caché derrière un mur de briques mal agencées. Et pas une bribe, pas une seule intuition, rien de ce que Severus et ses années de pratique intensive de la légilimencie auraient dû percevoir naturellement, ne transparaissait. L'esprit du vieux Gryffondor était comme un bouquin abîmé qu'on aurait péniblement fermé.

Un piètre occlumens qui se gardait de trop penser. Voilà ce que c'était.

Oh, Lupin, pensa Severus, tu n'as jamais raté ce portoloin...

ooo ooo ooo

Faites moi savoir ce que vous pensez de la tournure que prend la fic ^^

A titre informatif, j'ai écris le lemon en écoutant ça (adresse Youtube) : /watch?v=aK4_EOa7lzQ

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