Titre : Comme il faut

Disclaming : Univers, personnages et salaire à JKR.

Rating : M

Avertissement : Cette fic traite d'une relation homosexuelle. Toutes mes condoléances à ceux qui ne supporte pas le yaoi ; veuillez passer votre chemin. Précision : Harry n'a que seize ans.

Note : Prend en compte les 5 premiers tomes. Premier HPSS, disons une petite tentative ; n'hésitez pas à me donner vos critiques (constructive s.v.p.), qu'elles soient bonnes ou mauvaises ^^

Bêta : Gwendolyn Jedusor Black

RAR :

Paazerty : Je ne dévoile rien, sinon c'est pas marrant. Mais sache que j'aime les histoires qui finissent comme il faut... Merci pour tes encouragements !

Devil Of Love : Devil, tu me flatte ! Je n'en mérite pas tant, mais... Ah, j'aime quand tu me dis ça ! Et l'internement n'est pas la solution. Lis un chapitre de ma fic, et tout ira mieux. Ou pas. Dans tout les cas, ça ne sert à rien : comment tu veux aller sur internet avec une camisole ? Hein ?

Merci à Zenzi qui m'a dépanné en corrigeant ce chapitre.

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Potter revint dans la bibliothèque avec une grande tasse de café et Severus baissa les yeux sur le livre qu'il avait entre les mains. Il devina le regard interrogateur que l'adolescent lui jeta, mais il l'ignora. Il aurait dû le sentir. Oh, il aurait compris aussitôt s'il n'avait pas été si occupé à faire comme si. C'était terrifiant : son esprit semblait s'être liquéfié depuis qu'il couchait avec Potter. Juste là, c'était évident et il ne l'avait pas vu... Ca faisait une semaine, sous son nez, et il n'avait pas compris.

Un mur.

Remus Lupin s'était caché derrière un mur de briques mal agencées. Et pas une bribe, pas une seule intuition, rien de ce que Severus et ses années de pratique intensive de la légilimencie auraient dû percevoir naturellement, ne transparaissait. L'esprit du vieux Gryffondor était comme un bouquin abîmé qu'on aurait péniblement fermé.

Un piètre occlumens qui se gardait de trop penser. Voilà ce que c'était.

Oh, Lupin, pensa Severus, tu n'as jamais raté ce portoloin...

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Partie 3

L'odorat du loup-garou est inégalable.

Il avait commis une erreur, mais celle de Lupin était plus grande encore.

Ils n'auraient jamais dû descendre alors même que l'odeur de Potter lui collait à la peau, alors que son odeur, Potter l'avait dans la peau. Et Lupin n'aurait jamais du croire Severus assez sot pour ignorer cette faute.

Il avait été lent, oui. Mais il était épris du gosse, ça le perturbait. Dans tous les cas, ça l'avait fait tiquer. Et c'est tout ce qu'il avait fallu pour qu'il s'aperçoive du manège mental de Remus Lupin.

La raison de tant de silence, il en avait une assez bonne idée et ça n'avait rien de rassurant...

"C'était bon."

Severus haussa un sourcil. Potter se contenta de sourire avant de se blottir dans les bras de l'homme avec qui il venait d'avoir des relations intimes. Et plutôt excellentes, les relations. Le maître des potions, magnanime, referma ses bras autour de lui. Les draps étaient humides de sueur et leurs peaux moites s'accrochaient doucement. C'était plutôt réconfortant.

Une minute passa, et le gosse dormait déjà. Le Serpentard, lui, fixait le plafond. Intensément. Un tel regard, on le lance à une personne lorsqu'on sait lire au plus profond d'elle. Ou alors, on l'a en considérant le ciel, lorsqu'on espère qu'une divinité quelconque se manifeste pour nous expliquer ce que vient faire un tel foutoir dans notre petit crâne.

Mais qu'est-ce qui lui prenait ? Ça ne lui ressemblait pas. La culpabilité... Enfin, pas lorsqu'on se foutait de lui. Ca lui avait paru être une excellente idée. Une brillante vengeance, une action sans victime et avec un message clair. C'était une vraie revendication, et pourtant, Severus s'en voulait.

Faire l'amour au gosse dans sa chambre, à une porte de celle du loup. Sans aucun sort d'intimité. Il aurait aussi bien pu le culbuter contre la commode, dans la pièce où dormait le lycanthrope. Enfin, il ne dormait plus - sûrement -, avec les bruits rouillés de sommier qu'ils avaient fait ici... Et il pouvait se targuer d'avoir fait crier le gosse.

Severus connaissait le vieux Gryffondor : un brave type, et qui aimait Harry comme son fils. Ou du moins qui en avait le souhait. Quelles que soient les intentions du maraudeur, le seul susceptible d'en souffrir, c'était Severus. Et tout ce que le Serpentard avait trouvé à faire, c'était de revendiquer la confiance du gamin de la façon la plus primitive qui soit. Et, non, il n'y avait pas de victime, mais il faisait passer Harry comme tel.

Voilà. C'est pour ça qu'il s'en voulait.

Demain, il irait voir Lupin. S'il était destiné à souffrir d'une quelconque manigance, il s'en tiendrait à ce que les restes de sa conscience malheureuse lui dictaient : il protégerait le gosse. Au moins de lui.

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La porte claqua, d'un son qui terrifiait déjà des générations de sorciers dans un souvenir traumatisant du professeur Severus Snape. Lupin sursauta calmement - c'était sans doute le seul homme sur Terre capable d'une telle chose - et leva deux sourcils polis à l'intention du Serpentard. Ce dernier ne se laissa guère impressionner. Il ne se laissait jamais impressionner. Il insonorisa la pièce d'un coup de baguette et se tint debout, contre la porte, les bras croisés dans une attitude qui fit sentir à un Remus Lupin navré une sueur froide lui couler dans le dos.

"Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour toi, Severus ?" interrogea-t-il avec précaution. Il s'était éclairci la gorge avant de parler, si bien que toute la rage qu'il avait silencieusement refoulée depuis des années, et cet été en particulier, se chargea d'une nouvelle colère : la fougue indignée du type qui n'a rien fait. C'est une maladie commune, ça. On vous regarde de travers, vous vous sentez coupable et vous n'en avez pas la moindre raison. Pire : c'est dans le regard accusateur, en face, que fourmille le souvenir d'innommables crimes.

Le Gryffondor fit donc ce qu'il faisait de mieux : il refoula tout. Sans même y prêter attention.

"Je pense, Lupin, que tu as quelque chose à me dire, susurra Severus.

- Ah ? répliqua courtoisement Remus. Et de quoi s'agirait-il ? demanda-t-il en observant son interlocuteur par dessus d'invisible lunette en demi-lune - pour se donner un peu de contenance.

- Ne te fous pas de moi ! Espèce de-"

Le maître des potions prit une brève inspiration et fit ainsi de Remus le témoin d'un événement mémorable : Severus Snape retenant sa rage.

Le vieux maraudeur en trembla d'horreur. Ca, ça dépassait tout ce qu'il avait pu imaginer. Il se redressa dans le fauteuil décrépi du salon du 12 square Grimmaurd et referma sur la table basse les dossiers de l'Ordre qu'il étudiait avant qu'on ne vint le déranger.

"Si tu veux me faire dire quelque chose que j'ai préféré ne pas divulguer, il va falloir que tu m'indiques quoi. Je préfère ne pas me tromper, tu comprendras.

- Lupin, je perds patience.

Remus hocha la tête avec compréhension et finit par dire : "Evidemment, comment pourrais tu possiblement oublier les sorts de silence ? Tu en avais inventé un, si je me souviens bien. James n'a jamais réussi à le trouver, celui là.

- A quoi tu joues Lupin ?" Ca sonnait comme une menace. Severus serrait les poings et Remus se souvint fugacement qu'il s'agissait là d'un sorcier capable de flouer Voldemort et/ou Dumbledore, au choix. Quelqu'un d'affreusement puissant.

Il n'osa pas tendre la main vers sa baguette. A quoi bon ?

"J'ai été un peu trop ambitieux. Je crois que j'ai pu te duper un temps, mais quand vous êtes revenus de la leçon d'occlumencie, l'autre soir, j'ai commencé à sérieusement douter. Tu savais que je savais, acheva t-il avant d'ajouter : Harry l'ignore ? "

Severus, la tête relevée avec défiance, ne prit pas la peine de nier. Que ce soit pour Harry, ou pour le reste.

"Dumbledore est au courant." affirma-t-il plus qu'il n'interrogeait.

Remus eut l'air interloqué : "Non, évidemment que non."

Le maître occlumens transperça Remus de son regard, prit d'un doute. "Pourquoi ?" interrogea-t-il finalement.

Le maraudeur, qui venait de prendre conscience de la surprise que provoquait cette annonce, s'avança sur son siège et expliqua avec soin : "Il l'a enfermé ici, avec nous. Pour qu'on l'entraîne. Il l'a laissé grandir dans cette famille, ces moldus. Dumbledore tient à cœur le sort d'Harry, mais il prête bien plus grande attention à la guerre. S'il fallait le sacrifier, il le ferait. Il se serait servi de ça aussi, sans aucun doute.

- Tu préfères que je me serve de lui ? interrogea l'ancien mangemort, incrédule.

- Ne sois pas ridicule. Je le surveille. Si Harry était malheureux, je l'aurais senti."

Severus haussa un sourcil sceptique. "La peur, répliqua Lupin. Ca empesterait la peur partout." Le maraudeur se passa une main lasse sur le visage : "Je ne dis pas que j'approuve, expliqua-t-il avec force, mais je ne vois pas de raison sensée de l'empêcher.

- Pas de raison sensée ? rit Snape, effaré. Je baise le gosse, Lupin. Je l'allonge et je l-

- Oui, je sais ! gronda dangereusement Remus. Mais tu ne lui fais pas de mal. Tu ne le maltraites pas. Il va presque mieux maintenant, et il ne te laisserait pas l'humilier. Ne te méprends pas, quand je vous ai surpris, j'étais fou de rage. Mais je ne vois rien de mieux à faire que ça : laisser courir, et le surveiller de près. J'ai vérifié que tu ne lui aies lancé aucun sort et j'ai mélangé de la poudre de bézoard à tous ses plats, pour être sûr que tu ne l'avais pas empoisonné. Mais, franchement, je te vois mal agir si pathétiquement, et les faits sont là : ça fait deux mois que Harry a l'air de s'attacher à toi. Et puis..." Le maraudeur soupira : "Il va peut-être mourir."

Severus ne bougea pas, interdit.

"S'il le faut, je suis prêt à passer ma vie à le cacher pour le protéger, poursuivit le Gryffondor. Mais tu sais qu'il ne l'acceptera pas. Harry risque de mourir bientôt, et tu n'es pas sans pitié. Je refuse de croire que Lily s'est trompée à ce point sur ton compte," dit Remus avec aplomb.

Cette phrase là, le Serpentard ne voulait pas l'entendre. Il se tourna, prêt à partir.

"Elle ne s'est pas trompée, reprit le lycanthrope avec conviction. Lorsqu'il sera en danger, tu seras là."

La main sur la poignée de la porte, Severus avait une expression douloureuse.

"Je ne peux imaginer meilleure protection," acheva Remus.

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Foutu loup. Espèce de putain d'hybride dégénéré !

Une protection, lui ? Non ! Il avait eu assez de maître, il n'en aurait pas un de plus. Il finirait la guerre comme il avait toujours vécu : en s'accordant autant de sorties de secours que nécessaire. Peut-être qu'il obtiendrait la reconnaissance, finalement. Mais il n'était plus trop sûr de toujours la vouloir, celle-là.

En attendant, il profiterait de Potter, puisque le gamin le lui autorisait.

Oui, seulement... Oh, Salazar... Il n'y arriverait pas. Mais Lupin avait tort. Ca n'avait rien à voir avec une quelconque bonté d'âme. C'était lui-même qui considérait les choses de travers : Potter, un maître ? Non, évidemment que non. Ce gamin, c'était plutôt une dépendance. Et le mieux avec ce genre de choses - Severus le savait -, c'était d'en consommer jusqu'à l'écœurement. Là, il commencerait à s'en défaire, quand la motivation serait assez grande.

Oui. Si c'était nécessaire, sûrement qu'il le protégerait.

"Je trouve plus ma chaussette," grogna distraitement le matelas, ou plutôt, Harry Potter, plongé sous le lit dans la quête désespérée de ses vêtements.

D'ici, Severus voyait la fuyarde : accrochée au lustre massif de la chambre.

L'adolescent avait cette habitude idiote de balancer ses vêtements en l'air dès qu'il commençait à les retirer, et le Serpentard ne manquait jamais de grimacer en contemplant l'ampleur des dégâts. Mais, le matin, il le laissait toujours chercher.

Ca prenait une bonne demi-heure : Harry jurait, grognait et il se traînait à moitié nu dans toute la chambre. Parfois, il se penchait au dessus de Severus - qui attendait allongé qu'il parte - pour regarder de l'autre côté du lit. Et, d'une manière ou d'une autre, le Gryffondor finissait irrémédiablement par balancer aux quatre coins de la pièce le peu de vêtements retrouvés, pour pouvoir profiter de trente minutes de plaisir supplémentaire avant de devoir retourner à sa quête. Et si ça prenait plus de trente minutes, le Serpentard acceptait même de l'y aider.

C'était terrible qu'une relation vieille de cinq nuits et une partie de jambes en l'air contre un bureau dans un cabinet de travail compte déjà tant d'habitudes.

Harry finit par retrouver la chaussette et il se percha sur une chaise pour la récupérer. C'était le dernier vêtement. Pas de prolongation, ce matin, pensa avec regret Severus. Avec regret... Merlin. L'adolescent s'assit au pied du lit pour enfiler le bout de tissu récalcitrant, vérifia d'un dernier coup d'œil que sa tenue était complète, et il se leva pour rejoindre l'ancien professeur entre les draps.

"Qu'est-ce que vous faites ? interrogea un peu brusquement ce dernier.

- Je m'allonge," murmura le Gryffondor avec un petit sourire en accrochant ses bras autour de la taille nue de Snape.

Ce dernier, totalement dépassé par la situation, se contenta de fixer, crispé, le lustre poussiéreux.

"Chut, souffla le plus jeune en lui prenant un bras pour le placer autour de lui, j'ai encore une petite heure avant de devoir partir."

C'était vrai. Severus se détendit un peu et il autorisa le gamin tout habillé à venir se coller plus près contre son corps dévêtu.

Une heure plus tard, Harry s'en alla silencieusement et Severus se dit que c'était drôlement bien comme genre de sursis. Il se tourna sur le côté et jeta un coup d'œil à sa montre posée sur la table de nuit. Il était sept heures du matin et il y avait un caleçon rouge accroché au coin supérieur droit de sa tête de lit.

Le Serpentard l'arracha de bon cœur et le glissa sous ses draps. Ce gamin était absolument irré-cu-pé-rable. Il grogna, satisfait, et un sourire lui échappa.

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"Il y a une fourmi dans mon chaudron."

Snape se pencha au dessus d'Harry pour jeter un coup d'œil au petit chaudron. Il y avait effectivement une fourmi à l'intérieur.

"Enlevez là.

- Mais elle est bizarre."

Ce genre d'inepties ennuyait profondément le Serpentard, mais il se pencha tout de même pour observer brièvement la bestiole. Il fallait avouer qu'un insecte qui se déplaçait ainsi, c'était assez inhabituel.

"On dirait qu'elle danse," dit Harry, amusé.

Le maître des potions, agacé de voir son cours - déjà peu fructueux - perturbé par un animal de moins d'un centimètre de long, se saisit de sa baguette et, d'un sort, sortit la fourmi du récipient. Il n'aurait su dire comment, mais il crut la voir lui faire un doigt d'honneur du bout de ses antennes.

"Elle vous a fait un doigt d'honneur !" s'exclama Potter, ahuri.

Il semblerait qu'il se soit, en effet, fait insulter par une grosse fourmi noire. Merveilleux. D'une pichenette, il éjecta la bestiole qui se dandinait déjà sur la table - dans une espèce de démarche rythmée, avec un lancer de trois pattes à chaque enjambée - et il attrapa le chaudron par l'anse afin de l'examiner.

"Vous l'avez mal nettoyé, Potter, constata-t-il.

- J'aimerai bien que vous me tutoyez.

- Il en est hors de question."

Il reposa la petite marmite en cuivre dans un 'Dong !' sonore.

"Fabriquez une potion dans un chaudron pareil, et c'est du poison que vous créez.

- Pourquoi vous refusez ?

- C'est inapproprié.

- Vous rigolez !"

Severus haussa un sourcil sévère vers l'adolescent et le fixa un instant sans bouger. Puis il dit - ou plutôt, il aboya - : "Croyez-vous vraiment, monsieur Potter, que les circonstances spéciales de notre relation officieuse nous permettent une quelconque familiarité lorsqu'il s'agit de votre enseignement ?

- Non, je suppose que non," répondit piteusement le Gryffondor.

Satisfait de cette cuisante victoire, le maître des potions se saisit du manuel coloré de Apprendre Les Potions, mon premier chaudron, sans omettre de bien déposer le livre vers la tranche où l'on voyait écrit en gros de 3 à 6 ans. L'humiliation était, selon lui, et quoi qu'en dise le reste de la communauté enseignante planétaire, une des meilleures méthodes d'apprentissage.

Harry, qui avait l'habitude d'un tel traitement, se contenta d'ouvrir le livre au chapitre Il faut que ça brille ! qui correspondait, en tout et pour tout, à une double page représentant "Chouette la chouette" en train de nettoyer son chaudron en six étapes illustrées.

Le Gryffondor lança un regard sceptique à son professeur, amant, future ulcère et autre titres gratifiants, et ce dernier se dit brièvement qu'il aurait peut-être mieux fait de se contenter du manuel 6-9 ans.

- Vous me tutoierez quand on sera... dans l-le cadre de notre relation officieuse ? interrogea Harry.

Dans un grognement réticent, Severus acquiesça.

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"Debout.

- Une seconde."

Severus lança un regard impassible au Gryffondor.

"On peut pas arrêter pour aujourd'hui ? demanda Harry, en se redressant sur un coude. On peut pas arrêter tout court ?"

Le Serpentard continuait de le fixer, toujours glacial.

Harry soupira puis se releva avec difficulté. L'occlumencie, sur le sol en pierre de Poudlard ou sur le parquet de la demeure Black, c'était aussi douloureux. Il y avait le mal de crâne, la bile qu'il sentait au fond de sa gorge et puis l'humiliation.

"Je n'ai jamais vu de souvenirs de ce genre avant, dit finalement Snape, avec ce qui semblait être un intérêt parfaitement détaché.

- Du quel vous parlez ? Celui du plat à tarte abîmé ou l'autre, à l'école primaire dans les toilettes ?

- Dans la pièce sombre."

Le Gryffondor releva la tête un peu étonné : "D'habitude, vous ne m'interrogez que sur les souvenirs humiliants."

L'adulte l'observa, l'air toujours impassible, toujours méfiant et quelque peu calculateur. En gros, la mine de Severus Snape, marque déposée.

"C'était un placard," répliqua-t-il, comme si il parlait à un esprit lent.

Harry fronça les sourcils : "Je croyais que tout le monde était au courant, avec l'édition spéciale de la Gazette de juillet : 'L'Elu'. Vous en avez lu des passages pendant les trois meetings de l'ordre qui ont suivi, ajouta-t-il avec un reniflement sec. Je croyais que vous auriez tout lu."

Oui, Severus avait tout lu. Un fascicule regroupant une biographie de l'Elu, des témoignages - autrement dit, des messages d'amour d'abrutis congénitaux fanatiques -, et une enquête exclusive parmi les moldus, là où aurait grandi Harry Potter. Une enquête à coup d'oubliette et de sorts basiques de vérité, très certainement. Mais pour ce qu'en savait Severus, la Gazette était un ramassis de stupidité. Il disait que le gamin avait été séquestré, négligé et maltraité. Et qu'il dormait dans un placard.

Il dormait dans un placard ? Cette idée absurde engendra une soudaine bouffée d'indignation chez le Serpentard.

Cet article, il l'avait lu dix fois, riant méchamment au récit pathétique et mélodramatique de 'l'enfance malheureuse' du garçon. Mal nourri ? Potter était juste maigrelet comme son père. Le nez cassé à maintes reprises ? Maladroit et idiot. Séquestré et maltraité ? Quelle blague... Hébergé dans un placard ?

Si ça c'était vrai, alors...

"Est-ce que tout était véridique dans cet article ?"

L'adolescent regarda de biais le maître occlumens. Il ne savait pas très bien à quoi s'en tenir. "Eh bien, pas tout non. Mais la plus grande partie du passage des Dursley était juste, oui."

Severus sentit son souffle se précipiter. Ca ne lui arrivait pas souvent : lors de la préparation d'une potion instable, pendant l'amour, quand il était sur le point de vomir. C'était vrai ? Ca ?

"Hé ! Où est-ce que vous allez ?

L'homme était sortit de la pièce... Il avait gardé cet article, il en était sûr. Quelque part, dans ses affaires...

Arrivé dans sa chambre, il ne mit pas longtemps à le retrouver. L'édition spéciale était perdue aux confins de sa valise, dans le coin où il gardait les objets précieux et inutiles. Il se releva, la revue entre les mains. Et il lut.

Le passage des moldus faisait quatre pages et demi, sans compter les photos. Huit pages en tout. Au bout d'un moment, Severus dut s'asseoir.

Les photos représentaient deux gros individus à l'air porcin et une chose élancée à l'allure chevaline. Et cette ménagerie serait sa famille ? Rien que ça, Severus n'y avait pas cru. Et maintenant qu'il lisait ces choses et qu'elles étaient devenues très réelles, le Serpentard sentit l'indignation lui flouer l'esprit et une pitié intense lui saisir l'estomac.

C'était vrai. Ca. Ces deux brutes décérébrées et cette idiote qui avait un jour eu pour sœur une jeune femme formidable... Ils avaient fait ça ?

'D'aucun dirait qu'ils cherchait à battre la magie hors de lui,' concluait le journaliste. Merlin.

Il y avait, sur toute une page, une photo du 'placard sous l'escalier'. Sombre, avec une petite lumière suspendue entre deux étagères. Au dessus se trouvaient des chiffons et des boites à chaussure et, en bas, un matelas défoncé à trente centimètres du sol, posé sur une planche rigide. Un soldat en plastique était abandonné dans un coin, empêtré dans les toiles d'araignées. C'était si pathétique que ça avait été, pour Severus, l'évidence qui prouvait l'absurdité d'un tel article. Le 'placard sous l'escalier' ne pouvait pas être vrai.

"Dumbledore a dû faire installer des sorts de protection sur leur maison : tous les sorciers du pays leur envoyaient des lettres piégées."

Harry se tenait dans l'encadrement de la porte. Il avait attendu. Le maître des potions n'osa pas le regarder. Il eut soudain honte et cette sensation ne fit que s'empirer de par sa propre existence. Brusquement, il se leva et repoussa l'adolescent dans le couloir. Et il ferma la chambre à clé.

Harry resta paralysé sur le pallier. Il ne savait pas quoi faire, alors il ne fit rien. Le lendemain, Snape descendit finalement les rejoindre et il fit - de ce que compris l'adolescent -, il fit comme si tout ceci n'était jamais arrivé. Harry n'osa pas dire un mot.

Finalement, tard ce soir là, lorsqu'il tenta timidement de s'inviter dans la chambre du Serpentard, il fut accueilli avec passion et tout fut oublié.

ooo ooo ooo

Ils étaient déjà à la fin octobre, et le temps lugubre n'engageait à rien dans une telle maison. Enfin, si : Harry dormait plus souvent dans la chambre de Severus, et il osait même l'appeler par son prénom, quelques fois. Enfin, quand ça arrivait, le Serpentard se bornait à le vouvoyer pendant le reste de la nuit. Mais il ne le chassait jamais de sa chambre... Parfois, quand il était de bonne humeur, Severus l'appelait Harry. Même si le reste du temps, c'était "Potter" ou "stupide Gryffondor".

"Cette tourte est délicieuse. Les elfes se surpassent.

- Dobby ne reste jamais, remarqua Harry entre deux bouchées. La dernière fois, je suis rentré dans la cuisine et dès qu'il m'a vu, il a disparu.

- Dumbledore préfère sûrement éviter le moindre risque," assura Remus en s'essuyant la bouche avec une serviette.

Comme la dernière fois, pensa amèrement Harry. Sirius n'avait pas eu tant d'attention.

"Comment avancent les cours d'occlumencie ? interrogea le maraudeur. Severus m'a dit que tu t'améliorais.

- Il a dit ça ? dit Harry, surpris.

- Il a dit que tu ne faisais plus de cauchemar, acquiesça Remus.

- Ca, Harry ricana, ça n'a rien à voir. C'est parce que Voldemort me bloque le passage maintenant," poursuivit-il en ignorant l'habituelle grimace au nom du Lord noir.

Et puis les autres cauchemars, quand on a quelqu'un dans son lit, c'est beaucoup moins ennuyeux.

"Ca sert à rien.

- Quoi donc ? interrogea le loup-garou.

- L'occlumencie, enfin, les cours. Ca sert à rien.

- Ne dis pas ça.

- C'est la vérité. Franchement Remus. On parle d'un type qui a tué des milliers et des milliers de personnes ! Quelque chose d'assez terrifiant pour transformer le pays entier en une espèce d'autruche géante. Personne ne veut qu'il revienne, mais il est là. Je n'ai pas peur de lui, mais je suis censé le détruire. Comment ?"

Il soupira : "Même Se-Snape, qui a pu le duper pendant des années, même lui ne peut rien faire. L'occlumencie ne me servira pas. Que je parvienne à la maîtriser ou non. Les cours de défense, de potions, tout ça, c'est inutile. Ca me sera peut-être utile, si je survis, mais arrête de faire comme si ça- tout ça, servait vraiment à quelque chose.

- Je suis sûr que Dumble-

- ARRETE ! Assez ! Remus, laisse tomber."

Harry grogna et se leva pour débarrasser son assiette sous l'œil attristé de son parrain de substitution.

"Il y a un problème, ici ?"

Les deux Gryffondor tournèrent la tête d'un même mouvement. Severus venait d'ouvrir la porte et il se tenait debout dans son embrasure. L'adolescent hocha la tête et évita du regard ses aînés. Il nettoya son assiette et ses couverts, puis il sortit de la cuisine dans le silence général, bousculant le Serpentard au passage.

Harry avait monté les trois premières marches de l'escalier après le couloir lorsqu'il entendit des éclats de voix. Il ne savait pas de quoi les deux anciens professeurs discutaient si brusquement, mais il devait sûrement avoir quelque chose à y faire. Lentement, il fit demi-tour. Il évita le porte-parapluie hideux de l'entrée, les tapis capricieux et autres objets douteux qu'il connaissait par cœur dans cette maison. Et il se colla doucement dans l'ombre, juste à côté des grandes portes de l'immense cuisine.

"... que je fasse quoi, Lupin ?

- Parle-lui ! Écoute-le ! Il a besoin de quelqu'un.

- De moi !" s'esclaffa Severus avec, Harry le devinait, un rictus amer.

Un silence suivit, et la voix centenaire du pas si vieux Remus finit par dire : "Qui d'autre ?"

Il y eut un bruit sec, des sons de casseroles et la porte de la cuisine s'ouvrit brutalement. Il s'en fallut d'un geste pour que Harry ne la reçoive pas dans la tête - ça lui aurait sans doute fracassé le crâne. Le mouvement fut certainement ce qui le trahit : Snape posa son regard sur lui et son visage pâle se couvrit d'un masque sans expression. Il tendit la main et saisit Harry par le poignet.

"Euh... Ca dérange pas que je vienne dans cette chambre si tôt ? hésita Harry. Je veux dire, Remus n'est même pas couché. S'il passe me parler-

- Il est déjà au courant.

- A-Au courant ? interrogea confusément l'adolescent.

Il se tenait debout, bêtement planté là où l'avait laissé Snape en le traînant dans la chambre du bout du couloir. L'homme était assis au bord du lit et défaisait ses chaussures avec méthode. Constatant que le Gryffondor ne profitait pas de l'occasion pour envahir son espace personnel avec son enthousiasme habituel, il s'arrêta dans sa tâche et lui lança un regard impatient : "Tu préfères dormir dans ta chambre ? interrogea-t-il un peu rudement. J'ai pensé-

- Non, non, c'est bien ici. Mais, comment ça, au courant ?"

Severus retira sa chaussure droite d'un coup sec. "Il est au courant.

- Quoi ? s'étrangla Harry. C'est tout ? Il est au courant. De tout ? Co-Qu...

- Si ce que tu veux savoir, c'est ce qui passe par la tête d'un loup-garou, prêcheur et Gryffondor, tu ne t'adresses pas à la bonne personne."

Harry sentit une boule d'angoisse lui ronger l'estomac. Remus savait ? Il n'était pas sûr de bien comprendre.

"Il- le Gryffondor s'éclaircit la gorge. Il a dit quoi ?"

Le maître des potions, qui avait fini de retirer ses chaussures et s'attaquait maintenant à sa robe, l'observa un instant avant de répondre : "Il n'approuve pas, mais il ne peut rien contre.

- Ce qui veut dire ? demanda le Gryffondor qui commençait à paniquer.

- Ce qui veut dire, reprit le Serpentard en retirant sa robe, que tout dépend de vous, monsieur Potter."

Harry nota le retour au vouvoiement. Bien. Tout dépend de moi, pensa-t-il.

Enfin, c'est vrai qu'il était bien ici... Il pencha la tête et fixa de biais l'homme qui se parait pour la nuit devant lui.

Parle lui, qu'il avait dit, Remus. Écoute-le.

Et Severus Snape, le froid, le glacial Serpentard l'avait monté dans sa chambre. Parler et écouter, ce n'était certainement pas son truc, mais Harry eut la fulgurante idée que le terrible maître des potions allait essayer.

L'adolescent respira un grand coup et s'assit au bord du lit. Snape partit récupérer dans sa malle une robe de nuit - élément basique de la garde robe sorcière dont Harry n'avait pas fini de rire - et l'enfila rapidement avant de s'asseoir sur l'unique chaise de la pièce, en face du Gryffondor.

"On va parler ?" murmura timidement ce dernier.

Le Serpentard eut soudain l'air douloureusement ennuyé. "Si c'est nécessaire, répondit-il finalement.

- C'est pas vraiment comme si tu-," Harry s'arrêta un instant. Il avait toujours un peu de mal à tutoyer Severus. Dans sa tête, ça n'avait rien de compliqué. Mais en vrai... C'était Severus Snape, ce type incompréhensible et inhumain. C'était celui qui intimidait encore toute sa génération à Poudlard, et il l'avait vu nu. Pire, il l'avait touché, et il l'avait même fait gémir. Un foutu petit sourire vint étirer ses lèvres et il dû baisser la tête pour s'empêcher de glousser.

" u'est-ce qui te fait rire ? demanda froidement l'aîné qui semblait toujours se sentir un peu visé par ce genre de chose.

- Rien, sourit Harry en agitant la tête. Je vais bien.

- Ce n'est pas ce que pense ton-

- Je vais bien, répéta Harry. Mais je peux rester, cette nuit ?"

Le Serpentard, pris au dépourvu, acquiesça. Il observa le Gryffondor un instant de plus, comme s'il s'attendait à le voir fondre en larme à tout moment. Finalement, il se leva : "J'ai verrouillé la porte, si tu veux aller te préparer..." Severus se tut en voyant le garçon se déshabiller avec sa grâce habituelle puis se glisser dans le lit et éjecter - dans un réflexe pudique absurde - son sous-vêtement de dessous les draps.

"J'ai froid."

L'ancien professeur lui lança un regard qu'on aurait pu qualifier d'exaspéré s'il n'avait pas fixé le lit avec tant de convoitise. Harry en eut une crampe à l'estomac.

"J'arrive."

ooo ooo ooo

Le lendemain matin, Harry suivit le principe fondamental de la philosophie de Severus : lorsqu'il retrouva Remus pour le petit déjeuner, il fit comme si de rien n'était. Snape aurait été fier, vraiment. Mais s'il y avait une chose que le jeune Gryffondor n'avait pas envisagé - et que Severus avait lui même du mal à assimiler -, c'était que le maraudeur était tout aussi capable d'une telle pratique : "Arthur Weasley a visité notre cheminée ce matin, lança-t-il négligemment en se tartinant un toast. Il appelait depuis le bureau de Dumbledore," ajouta-il à titre informatif.

Harry attendit, curieux.

"Apparemment, poursuivit Remus, les Weasley vont venir s'installer au 12 Square Grimmaurd dès dimanche. On anticipe bon nombre d'attentats pour la période des fêtes à venir alors c'est plus pratique étant donné qu'on va enchaîner les meetings. Et Ron et Hermione nous rejoindront un peu avant Noël. N'est-ce pas une bonne nouvelle ?" demanda Remus avec un petit sourire.

Les attentats ou mon univers qui se disloque ? voulut demander Harry.

Il se contenta d'acquiescer maladroitement.

ooo ooo ooo

Je peux vous promettre du Lemon pour le prochain chapitre et plein de complications...

Review ?