Disclaimer : Harry Potter and co ne m'appartiennent pas, heureusement pour eux.
Couple : HPDM, BZTN
Rating : toujours T, toujours soumis à condition :p (oui Sean, je ne relâcherais pas la pression *w*)
Dédicace : Pour Sean, dont je n'ai pas le droit de dire à quel point elle est géniale, à quel point elle peut me faire rire et me réconforter et à quel point je l'adore parce que je l'ai promis. Et il ne sera pas dit qu'un champi brise ses promesses :p
Note du champi : Et voilà le chapitre deux, sans retard (et oui, les miracles arrivent). Cette fic sera donc publiée tous les Samedis soir, et devrait comporter entre 9 et 11 chapitres.
J'ai écrit ce chapitre avec une citation précise en tête, celle de Jean-Marie Adiaffi : « Il y a des cicatrices qui saignent plus que les plaies elle mêmes ». J'espère qu'il vous plaira, je vous souhaite une bonne lecture ^^
Chapitre 2
Cela dura exactement trois jours.
Ce fut au début de l'après midi du lundi qu'il y eut comme un accro dans le plan parfaitement huilé du serpentard.
Aux environs de 15 heures, Draco profitait d'une heure de trou avant son cours de métamorphose pour aller faire un tour dans le parc. Il avait bien essayé de réviser pour les aspics, mais il était tellement épuisé qu'il piquait du nez sur son parchemin. Au bord du lac déserté par les élèves à cause de la chaleur, le visage levé vers le ciel et se gorgeant de soleil, le serpentard avait l'impression que sa fatigue s'évaporait enfin.
Depuis deux nuits maintenant, son obsession le poursuivait même dans ses cauchemars. Il lui suffisait de fermer les yeux pour que la scène se rejoue sur ses paupières avec une régularité sadique.
Et quand il finissait par s'endormir, il observait avec horreur ses souvenirs se transformer.
Il se voyait, au lieu de s'enfuir, s'avancer d'un pas et poser ses mains sur le dos halé. Il sentait le grain doux de la peau sous ses doigts et les muscles puissants qui roulaient dessous. Parfois ses pouces allaient masser doucement la nuque fine, d'autres fois ses paumes allaient hanter la dangereuse chute de rein en une caresse possessive. Il lui était même arrivé de carrément se couler contre lui, ses bras se refermant autour de la taille frêle, ses ongles ras faisant contracter les abdominaux et frissonner la peau d'or. Il avait enfoui son nez dans son cou, respirant à pleins poumons une odeur dont il n'avait aucun souvenir mais qu'il savait exquise.
Mais quels que soient ses rêves, ils se terminaient toujours de la même façon : Potter finissait par se retourner, une lueur dans ses yeux verts impossible à interpréter et Draco se réveillait en sursaut, en sueur et horrifié. Il avait donc, pour sa survie mentale, dut se résoudre à passer ses nuits devant sa cheminée, alternant café apporté par un elfe de maison et alcool pour laver sa mémoire. Mais la situation devenait intenable, il s'était même endormit en cours de potion… Il avait bien cru que son parrain allait le dépecer vivant, filleul ou pas. Il faudrait qu'il pense à passer à l'infirmerie ce soir, demander à madame Pomfresh une potion de sommeil sans rêves. Après tout, ce n'était pas comme si l'infirmière n'en distribuait pas déjà des quantités industrielles, ni comme si les cauchemars ne venaient pas hanter toute leur génération…
Il s'affala dans l'herbe, le regard perdu au cœur de l'unique nuage de ce ciel bleu de mars. Il sentait le soleil imbiber ses vêtements et le contact du tissu brûlant aurait put être désagréable s'il ne s'accompagnait pas d'une torpeur bienvenue.
Une démarche assurée se fit entendre et il ferma les yeux de toutes ses forces, dans l'espoir de chasser cet énième cauchemar. Salazar, pourquoi toujours lui ?
« Malfoy ? » Fit une voix bien trop connue.
Il ne répondit pas, se contentant d'un grognement très peu Malfoyen.
« Décidément tu es bien étrange en ce moment » Commenta Potter alors que le bruit de l'herbe froissée indiquait au serpentard que le gryffondor venait de prendre à son tour ses aises au sol. Ses mâchoires se crispèrent si fort qu'il crut un instant que ses dents allaient céder sous la pression.
« Et bien Malfoy, je suis à côté de toi depuis approximativement une minute trente, à respirer ton oxygène, et je ne me suis pris ni insulte ni coup vicieux. Tu es mourant ? » Reprit le brun après un silence. Si le ton était amusé, on sentait pointer derrière un peu d'inquiétude.
Pour toute réponse, il eut droit à un grondement contrarié. Le calme retomba, incongru et tendu. Un vrombissement léger, une perturbation à peine perceptible de l'air finit cependant par attirer l'attention des deux garçons.
Une libellule curieuse se posa sur le nez pointu du Serpentard, ses longues pattes chatouillant la peau porcelaine. Draco fronça le nez, avant d'éternuer. L'insecte aux ailes filigranées s'envola d'un air réprobateur, regagnant le calme relatif du lac. Un rire chaud emplit l'air, avalanche de notes claires et allègres. Incapable de s'en empêcher, le blond entrouvrit ses paupières. A contre cœur, il dévora des yeux les traits fins, les lèvres pleines, la fossette esquissée sur la joue gauche et, cachées derrières les énormes verres ronds, deux iris couleur forêt pétillant de joie. Puis il les referma paresseusement, avec l'expression involontaire d'un chat repus.
« Malfoy, tu pourrais au moins me regarder quand je te parle » Insista le brun, taquin.
Le blond soupira lourdement, avant de tourner sa tête vers lui et de rouvrir lentement les paupières. Il constata, blasé, que le contact des yeux vert le renvoyait de nouveau à la scène qu'il commençait à haïr. Mais contrairement à ce qu'il avait craint, elle était atténuée, adoucie, comme une ombre comparée à ces prunelles trop réelles. Un léger sourire satisfait vint flotter sur ses lèvres, perturbant la limpidité de l'océan vert.
« Qu'est ce qui se passe Malfoy ? » Redemanda Potter d'une voix douce
« De quoi tu te mêles Potty ? » Attaqua le serpentard, retrouvant soudain toute sa verve
« Pour tout t'avouer, je n'en ai aucune idée. Mais en tant que ennemi attitré je me suis dit que je me devais de venir aux renseignements. Alors, est ce que comme l'a dit Seamus on doit mettre au frais la bouteille de champagne pour ton enterrement ? »
Le blond lui jeta un regard noir mais il se heurta à l'étincelle d'humour tranquille dansant dans le regard vert.
« Oh, ta gueule Potter » répliqua t'il mollement, retenant de justesse un sourire amusé.
« Bien, vu que tu n'est absolument pas coopératif, je vais devoir utiliser mon intelligence suprême » Le serpentard ricana devant l'expression faussement vaniteuse du brun. « Alors, vu tes cernes et ton teint façon Snape, je dirais nuits agitées. Vu ton air dépressif, je pense que ce n'est pas parce qu'elles sont partagées par une galante compagnie. Ou alors la demoiselle en question devrait se faire du souci. Je penche donc soit pour une peine de cœur soit pour des rêves pas très agréables. Comme tu es toujours aussi con avec les gryffondors et que je suis le seul que tu fuis, je suppose que j'ai fait quelque chose. Donc deux possibilités : Soit tu rêves si fort de me tuer la nuit que tu n'arrive plus à dormir, ce qui serait assez flatteur, soit je t'ai piqué ta proie. Alors ? »
« Tu es cinglé Potter » Hésita Draco, perturbé par l'analyse de sa némésis.
« Hum. Hermione m'assure que je me trompe totalement, et elle a toujours un petit rire amusé quand elle me dit ça, comme si elle savait une chose que j'ignorais. Enfin, une de plus que d'habitude quoi » Il jeta un regard torve au blond alangui dans l'herbe, tentant de voir si il était impliqué dans ce complot honteux. Il sembla satisfait de son inspection car il continua « Ce qui me rassure c'est que Ron n'a pas l'air plus au courant. Mais bon, Mione ne lui confie presque aucun secret parce qu'il est incapable de les garder. Dès qu'il s'agit de cacher quelque chose, Ron est plus transparent que le cristal »
« Dis-moi Potty, qu'est ce que tu fous là exactement ? Tu t'incruste alors que je prenais un bon bain de soleil dans le calme, tu sais, ce truc qui vous horrifie tant, vous, les gryffondors. Ensuite tu me parles comme si nous étions amis ou comme si la vie trépidante du trio belette-castor-balafré m'intéressait. Alors explique-moi : c'est un pari ou alors quelqu'un t'a coincé dans un couloir pour te tabasser et tout ceci n'est que le résultat d'un traumatisme crânien non diagnostiqué ? » Siffla Draco, d'une voix malheureusement beaucoup moins venimeuse que celle qu'il aurait souhaité.
Malgré l'irréalité de la situation, il était bien là, entre la chaleur qui l'engourdissait et la voix douce et légèrement éraillée de Potter. Il était paisible, un peu amusé et avait une furieuse envie de dormir. Il était tout à fait conscient que ce n'était pas normal, mais pour une fois il espérait presque que l'ébouriffé reste encore un peu. Il entendit de nouveau le rire tout en souffle du survivant et il plissa les yeux, sentant des étincelles danser paresseusement le long de sa colonne et des frissons courir sur ses avants bras.
« J'aurais plutôt penché pour une insolation durant un entraînement de quidditch moi. Honnêtement Malfoy, et ce sans vouloir me vanter, tu penses qu'un élève serait capable de me frapper et de s'en sortir sans aucun dommage corporel ? Je te rappelle que je suis celui qui a envoyé Voldemort bouffer les mandragores par la racine » Le préfet ne broncha pas à la mention du nom tant honni, et il crut voir comme une lueur approbatrice dans les yeux de son vis à vis. « Et puis, vu que tes deux meilleurs amis sont en couple, je me suis dit que tu aurais besoin d'une épaule compatissante pour pleurer. Ma bonté me perdra » Soupira dramatiquement le lion.
« Mais de quoi tu parles ? Blaise et Theo se sont trouvés quelqu'un ? C'est quoi cette nouvelle rumeur idiote ? » Demanda Draco en haussant un sourcil. Surprit, il vit Potter le fixer avec des yeux de chouette, déstabilisé.
« Heu…Malfoy, dis moi que tu es quand même au courant que tes amis forment depuis trois jours le couple le plus sulfureux et indécent de Poudlard ! Je veux bien que tu sois perturbé par je ne sais quoi en ce moment, mais tu ne peux pas avoir loupé le fait qu'ils disparaissent comme par magie dans le moindre recoin sombre. Je crois qu'ils ont du aveugler les trois quarts des premières et secondes années de serpentard, faut dire que ça grouille l'obscurité de par chez vous et que ces pauvres inconscients n'ont pas encore oublié d'être curieux. Personnellement, depuis hier après midi ma vision du monde, ou plutôt des réserves de Rusard, a radicalement changé. » Ses yeux brillaient d'hilarité alors qu'il disséquait avec méticulosité l'expression stupéfaite du blond.
Draco sauta sur ses pieds, et parti en courant en direction du château. Il lança un « A plus tard Potty ! » tout à fait inapproprié mais qui eut le mérite de faire rire pour la troisième fois le brun et lui accrocha un fin sourire aux lèvres.
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Passant en coup de vent dans sa salle commune, le préfet remarqua qu'effectivement une dizaine de jeunes élèves lisaient avec application leurs grimoires, le rouge au joues et visiblement mal à l'aise. Il monta à toute vitesse la volée de marches menant aux dortoirs des septièmes années qu'il ouvrit en fracas.
Un instant plus tard il refermait la porte en grimaçant. Il venait de voir plus de l'anatomie de ses meilleurs amis qu'il n'aurait dut en connaître en toute une vie.
Il patienta trois minutes, tapant du pied, avant de rentrer de nouveau. Il tomba sur un Theodore rouge jusqu'aux oreilles, habillé mais le pantalon déboutonné. A ses côtés, Blaise portait une chemise bleu froissée, dont deux boutons manquaient à l'appel et gisaient pitoyablement au sol quelques mètres plus loin et il semblait autant amusé que frustré.
Draco se pinça l'arrête du nez entre ses longs doigts fins, sentant déjà une migraine monstrueuse pointer.
« Depuis quand ? » Demanda-t-il simplement
« Trois jours » Répondit le métis avec un sourire narquois, avec un aplomb incroyable
« Pourquoi vous ne me l'avez pas dit ? » Soupira Draco, soudain fatigué
« Putain Dray sans vouloir te vexer, tu as vraiment une sale tête. Il faut qu'on fasse quelque chose pour ces insomnies. En attendant, on ne te l'as pas dit parce qu'on pensait que tu t'en rendrais compte tout seul. Draco, on s'embrassait juste devant toi et Theo était assit sur mes genoux pour manger à midi. Tout l'école l'a comprit en quelques heures, on s'est dit que si tu étais trop perturbé pour remarquer quelque chose d'aussi évident, c'est que ce n'était tout simplement pas le moment pour t'en parler. En tout cas, crois-moi quand je te dis qu'on comptait tout te raconter avant la fin de la semaine »Expliqua Blaise très sérieusement. Le petit châtain lui, hochait vigoureusement la tête, ses yeux bleus assombris par l'inquiétude.
Draco les observa, longtemps, et le silence s'étira, inconfortable. Puis, avec un petit sourire en coin presque timide, une expression que le blond n'avait jamais vu sur le visage de son meilleur ami, Blaise attrapa délicatement la main de Theo. Ce dernier détourna un instant son regard de celui accusateur de Malfoy et il se détendit visiblement, entrelaçant tendrement leurs doigts.
De nouveau, Draco soupira, incapable de se mettre véritablement en colère contre ses amis pour une telle raison. Surtout qu'à la base, c'était vraiment une très bonne nouvelle, et en réalité assez peu inattendue. La réponse était pourtant simple, mais étrangement elle ne lui avait jamais effleuré l'esprit. Mais maintenant qu'on le mettait devant le fait accompli, en effet, la situation lui semblait on ne pouvait plus naturelle.
« Vous allez devoir être trèèès gentils avec moi si vous voulez que je vous pardonne un truc comme ça. Bon, je vous laisse finir ce que vous avez commencé. On a cours dans… Vingt quatre minutes. Je vous préviens, si vous arrivez en retard comptez pas sur moi pour vous couvrir. Et ce soir, je vous attend dans ma chambre pour que vous me racontiez toute l'histoire »
Et sur cette tirade, il sortit, grand seigneur, ignorant les deux sourires lumineux de ses meilleurs amis.
Pensif, il se dirigea vers la salle de métamorphose où, avec surprise, il aperçut les gryffondor lancés en pleine conversation avec Pansy, Grégory et Vincent. Enfin, plus précisément, Pansy communiquait prudemment avec Granger, une moue vaguement dégoutée sur son visage fin, l'air dubitatif mais intéressé, alors que Goyle et Crabbe écoutaient stoïquement Weasley, une étincelle étrange dans leurs yeux noirs ne trompant pas : le rouquin avait trouvé le sujet favori des deux colosses, l'équipe des Canons de Chudley.
Alors qu'il s'approchait, essayant en vain de dissimuler son air interloqué, il fut accueillit par un sourire discret mais néanmoins éclatant du survivant. Décidant, en une seconde, que la journée semblait destinée aux changements brutaux, il haussa les épaules et se glissa dans le groupe. Il y eut un léger flottement, mais le rouquin était beaucoup trop enthousiaste à l'idée de trouver enfin des amis supporters pour être perturbé par l'arrivée de l'être qu'il haïssait le plus au monde et le reste des rouges et or l'imita avec plus ou moins de réticence.
Blaise et Theo finirent par les rejoindre, débraillés et essoufflés, et se mirent à discuter flegmatiquement avec Potter et Seamus de leur dernière blague pour Snape, qui l'avait laissé les cheveux longs et blond dans une curieuse imitation de Lucius Malfoy. La simple arrivée de Blaise, son sourire chaleureux et son charisme corrosif, et de Theo et son charme timide mais toxique, détendit encore un peu l'atmosphère, la suspicion fondant spontanément à leur contact.
Cependant, tous ignoraient prudemment la silhouette menaçante et indécise du préfet de Serpentard, chacun guettant du coin de l'œil un quelconque signe précurseur d'une explosion de colère imminente.
Draco ne savait pas vraiment que penser de cette nouvelle situation à la fois si anormale, presque blasphématoire, et pourtant si naturelle… Alors il se contenta de rester là, silencieux et attentif, sans approuver ou empêcher ce qui était en train de se passer sous ses yeux, observant songeur les liens qui étaient en trains de se créer doucement entre les maisons à coups de conversations futiles et de rires encore un peu retenus.
Amusé, il vit une silhouette au haut chignon et encapée de bordeaux faire demi-tour au bout du couloir, se dissimulant dans l'ombre.
Elle arriva finalement avec dix minutes de retard, ouvrant la porte à une troupe d'adolescents au bord de l'émeute, persuadés d'avoir vécu dans ce retard de la si ponctuelle Mc Gonagall un évènement historique. Le préfet de Serpentard suivit le mouvement, empêchant de toutes ses forces ses lèvres de s'incurver en un sourire tout à fait inapproprié. Il ne savait pas ce qu'il avait aujourd'hui, mais il était perturbant que le fait d'avoir reçu de nombreux coups d'œil amusés et sourires presque…complices de Potter durant ces vingt minutes le mette tellement en joie.
La professeur de métamorphose observa ses élèves s'installer à leurs places dans une cacophonie chaleureuse et son habituel air revêche s'adoucit. Durant un instant, elle contempla ses terribles enfants. Ronald Weasley répugnait à aller s'asseoir au fond de la classe et s'était contenté d'y jeter son sac avant de revenir parler avec Gregory Goyle et Vincent Crabbe d'une quelconque équipe de quidditch. Pansy Parkinson venait de s'octroyer pour un moment la place abandonnée par le roux, et elle était lancée dans une discussion complexe à propos des runes serbes et de leurs applications en magie quantique avec une Hermione Granger presque extatique. Dean Thomas et Seamus Finnigan était assis sur la table partagée par Blaise Zabini et Theodore Nott, les quatre riant aux éclats. Et, de sa place au second rang, Harry Potter, apparemment peu impliqué dans la conversation de Neville Longdubat et de trois serpentarde à propos de l'utilisation de plantes pour améliorer leurs crèmes achetées dans le commerce, guettait du coin de l'œil un Draco Malfoy de glace. Mais ce dernier avait beau contrôler à la perfection l'expression de son visage, il ne pouvait pas éteindre la lueur d'espièglerie qui brillait dans ses yeux gris.
Elle était tout à fait consciente qu'en tant que professeur elle ne devrait pas avoir de préférence, mais elle n'y pouvait rien, ces adolescents trop vite vieillis étaient ses petits protégés. Ces enfants un peu spéciaux, qui avaient non pas vécu comme d'autres cette peur injustifiée d'un croquemitaine caché sous leur lit, mais la terreur effroyablement réelle d'un tout autre monstre qui rôdait à l'extérieur. La génération précédente ne leur avait pas laissé le choix, les entrainant de force dans le monde adulte avec pour baptême le sang, la mort, les responsabilités et la culpabilité qui s'ensuivaient. Les combats. Le meurtre.
Et cette peur, constante, rampante, qui engluait leurs rêves, brisait leur sommeil, avait sculpté leurs réflexes, leurs esprits et entachait toujours leur paix. Y avait il plus triste vision que celle d'un première année jetant au milieu de la grande salle un Pétard mouillé du Dr. Flibuste, et de voir aussitôt des dizaines de baguettes fleurir aux différentes tables, des boucliers magiques s'élever automatiquement et des sorts crépiter ? Combien de temps faudrait-il encore pour que l'arrivée d'un hibou ne provoque plus chez eux une angoisse irrépressible ? Pour que leurs nuits redeviennent paisibles ? Pour que leur suspicion et leur peur de l'inconnu ne s'émoussent ?
Des mois, des années, toute une vie…
Tous avaient grandi avec la guerre, en avaient connu les pires atrocités et ils en portaient encore les marques, profondes, qui ne se refermeraient probablement jamais tout à fait. Pourtant ces enfants aux cœurs d'adultes n'avaient pas oubliés comment s'amuser, rire, aimer. Vivre, tout simplement.
Elle rentra à son tour dans la salle et d'un regard sévère rétabli l'ordre. Chacun regagna sa place, penaud, avant de suivre avec une attention plus ou moins feinte le début du cours. En voyant Gregory Goyle essayer d'envoyer le plus discrètement possible un origami légèrement froissé en forme de belette vers la table de Ronald, elle eut une seule pensée.
Merlin, ce qu'elle pouvait aimer cette école…
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Le repas du soir fut légèrement plus agité que celui habituel. Les septièmes années de Serpentard et Gryffondor semblaient étonnamment heureux et loquaces, et l'humeur de leurs ainés influençait celles des plus jeunes. A la table des professeurs, Dumbledore dardait sur eux un regard pétillant de bienveillance, malgré les grognements de Severus à ses côtés qui apprécierait de manger dans le calme.
Il y eut juste un léger problème à la table des serpents, rapidement réglé.
Tout commença par un bruit sourd qui claqua dans l'air comme un fouet, tuant dans la seconde toutes les discussions. Tous se tournèrent vers Draco Malfoy qui venait de donner un coup sec sur la table, faisant s'entrechoquer les verres et tressauter les assiettes. Les regards naviguèrent de son expression figée par une fureur glacée à celle blême de Theodore Nott et meurtrière de Blaise Zabini. A côté d'eux se tenait un Serpentard de sixième année qui dévisageait son préfet avec ce qui ressemblait beaucoup à de la terreur. Malfoy l'observait avec un rictus dégouté, comme s'il avait devant les yeux un hybride de scroutt à pétard et veracrasse
« Scott c'est ça ? Tu passeras me voir après le repas. Je pense que devrions avoir une petite discussion sur le thème de la tolérance. En privé » Susurra t-il.
Sa voix n'avait été qu'un murmure, mais elle trancha le silence lourd de la grande salle comme une lame de glace. Le ton doucereux, lourd de dangers, fit frissonner de concert sa victime et le reste des élèves. Les souffles restèrent en suspend le temps d'un sourire carnassier, proprement terrifiant, avant que le prince des vert et argent ne s'intéresse à nouveau au contenu de son assiette. Les conversations reprirent alors, tremblantes, le sixième année regagnant son banc les jambes flageolantes. Il vit avec effarement ses amis s'écarter sensiblement de lui, craignant d'attirer à leur tour les foudres de leur préfet en chef.
A la table Gryffondor, on venait de trouver un sujet presque aussi croustillant que la trêve de l'après midi. Personne ne pensa à se moquer de voir Malfoy en grand défenseur de la tolérance. Non, le comportement complètement paradoxal du sang pur était on ne peut plus habituel, alors que le voir rabrouer publiquement quelqu'un de sa propre maison et défendre ses amis, ça c'était passionnant.
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La soirée de Draco fut beaucoup plus longue que celles des jours précédents.
Il passa d'abord trois quarts d'heure à sermonner- terroriser- le vil embryon qui avait osé insulter ses amis. En sortant des appartements de son préfet, il avait bien intégré le fait qu'il venait de changer sa vie en enfer. Et il ne reçut pas une seule marque de soutien dans sa salle commune. Draco Malfoy avait parlé, et les serpentards obéissaient à leur chef aveuglément, on ne plaisantait pas avec la hiérarchie chez les vert et argent. Mais pour une fois, tous suivaient en approuvant la réaction de leur prince.
L'homosexualité étant assez bien toléré chez les sorciers, les homophobes étaient rares, encore plus dans les familles nobles. A coups de sortilèges et de potions, il était possible pour le couple d'avoir des enfants et il n'était donc pas rare de voir dans l'arbre généalogique des grandes familles de sang pur des enfants nés de deux pères ou deux mères. Le grand avantage étant qu'il était pratiquement impossible pour ces couples d'avoir des 'batards', comme ils étaient si agréablement nommés, ce qui garantissait la pureté du sang du descendant.
Quand ses meilleurs amis le rejoignirent dans sa chambre, les envies de dépeçage vif du blond lui revinrent à la vue de la blessure dans les yeux océan de Theo. Bien décidé à leur faire oublier tout ça, l'étrange tristesse flottant autour de Blaise ne lui plaisant pas plus, il les lança dans le récit promit de leur mise en couple. Quand, de longues heures après que le soleil se soit couché, Theodore et Blaise finirent par s'endormir sur son canapé, enlacés, il n'eut pas le cœur de les réveiller.
Et si cette nuit la Draco rêva qu'il caressait le dos de Potter et qu'il se repaissait de ses rires, il ne se réveilla pas quand le brun se retourna.
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La relation entre les deux maisons ennemies continua d'évoluer, au plus grand étonnement des deux partis et de leurs spectateurs.
Ce fut Blaise qui transforma ce qui aurait pu rester une simple incongruité en autre chose. Le lendemain matin, le métis alla tout simplement poliment saluer les gryffondors durant le petit déjeuner. S'ils furent un instant surpris, ils ne tardèrent pas à réagir. Dean et Seamus allèrent même jusqu'à bousculer joyeusement les troisièmes années à leurs côtés pour laisser une place entre eux à Blaise et Theodore. Ces derniers s'étaient assis sans hésitation et avaient commencé à piocher dans la corbeille de croissants rouge et or.
Le signal avait été donné et Pansy fit de même près de Granger, contenant mal son impatience. Elle avait la veille relu un vieux grimoire offert par ses parents et elle souhaitait partager son analyse avec la brune, seule personne qu'elle connaisse à ce jour capable de comprendre sa passion pour les runes et autres idiomes disparus. Il y eut ensuite l'invitation de Ron à l'intention de Crabbe et Goyle, à grand renforts de signes de la main et de pseudo langage des signes. Ils se lancèrent immédiatement tous les trois dans l'édification d'un tableau de chiffres à même la nappe, ricanant sadiquement pour une raison connue d'eux seuls. Un autre groupe se forma timidement autour d'un Neville étonné, les trois filles comptant bien finir leur discussion de la veille à propos de cette fameuse plante miracle dont leur avait parlé le botaniste en herbe.
Avec un soupir las, le préfet de la bande de traître à leur maison s'apprêtait à regagner seul sa table quand il capta la proposition discrète du prince des lions. Le regard vert le fixa un instant avant de se poser sur la place qu'il venait de libérer à ses côtés. L'invitation était simple, mais elle lui permettait de refuser sans créer de conflit inutile. Il n'hésita qu'une seconde avant de faire le tour de la table et de se glisser près du brun, entrainant un hoquet audible du reste des élèves.
Il les ignora royalement, tout comme il ne perdit rien de sa superbe en remarquant à quel point il était cerné de Gryffondors. Quand Potter lui tendit un pain au raisin sans un mot, le Serpentard le remercia d'un hochement de tête avant de croquer dans la viennoiserie avec plaisir. Il ne se demanda même pas comment l'ébouriffé pouvait savoir qu'il préférait ça à un croissant ou à un pain au chocolat. Après tout, quand Potty lui demanda aimablement de lui passer la confiture, il lui passa naturellement celle à la mure parmi un choix d'une quinzaine de pots. Il n'était pas plus capable de dire où et comment il avait apprit que c'était la seule qu'il appréciait.
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Son approbation envers le début d'amitié Gryffondors-Serpentards se fit nettement plus marquée en fin d'après-midi. Quand il apprit, en écoutant une conversation entre Severus Snape et Pomfresh, que le Serpentard homophobe gisait actuellement sur un lit à l'infirmerie en assez mauvaise état, et qu'il devrait être transféré à sainte mangouste car elle se révélait incapable de lever deux des sorts. Son directeur de maison ne parut pas réellement pressé de mettre sur pied une enquête sur les agresseurs mystères, et le blond ricana, sachant très bien que son parrain le pensait coupable.
Mais pour une fois, il n'avait rien fait. Blaise et Theo avait juste révélés aux Gryffondors les propos qu'ils n'avaient pas entendus la veille. Il soupçonnait fortement ces crétins au complexe de héros d'avoir voulut faire justice eux même. Et vu qu'eux ne possédaient pas de hiérarchie précise, chacun avait tenu à appliquer sa propre vision d'une punition adaptée aux faits, donnant ainsi un savant pot pourri de sorts vicieux.
Il eut confirmation quand, lâchant l'information avec flegme au milieu du groupe hétéroclite qui patientait devant la salle de potions, il ne vit aucune surprise dans les yeux des lions. Une exultation teintée de sadisme habitait en revanche ceux des garçons alors qu'il leur donnait tous les détails sur l'état de leur victime et il sut que Blaise et Theodore avait eux aussi rapidement compris la situation. Le métis, légèrement ému, donna une accolade bourrue à Ron qui sembla ne pas en comprendre la raison.
A l'étincelle de satisfaction profonde qui illumina fugacement leurs regards, Malfoy apprit aussi que le « cafard » qui défigurait à présent le sixième année et les magnifiques antennes et mandibules assorties, les sorts que ne savait pas soigner l'infirmière, étaient dus respectivement à Granger et Potter.
Et ce jour là, Draco Malfoy se mit à penser que l'impulsivité légendaire des Gryffondors ne possédait pas que des aspects négatifs.
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Deux semaines passèrent, marquées par le rapprochement constant des deux maisons. Il se fit par étapes, petit à petit. Il y eut d'abord des balades en commun dans le parc ou de l'aide offerte durant un cours de potion ou de DCFM. Puis, l'apparition sporadique d'un blason étranger frappant à l'ouverture de l'une ou l'autre des salles communes. Des amitiés se créèrent chez les plus jeunes, suivant l'exemple de leurs ainés, au point que les premières années de Serpentard et Gryffondor ne formaient plus qu'un bloc homogène. Il y eut quelques histoires d'amour inter maisonnées. Les mots de passe furent échangés et il devint rapidement habituel de trouver un patchwork rouge et vert aussi bien dans les cachots que dans la tour.
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Le mois de mars venait de s'achever, et la chaleur continuait à oppresser le château. Cependant, de plus en plus souvent de violents orages se déclenchaient, noyant le paysage sous des trombes d'eau tiède.
Draco descendait les escaliers menant à sa chambre de préfet, après avoir troqué son uniforme de Poudlard pour une autre robe de sorcier, plus fine et moins encombrante. Il sourit quand Pattenrond, le chat orange de Granger, vint se frotter contre ses jambes avec un ronronnement profond. L'animal l'adorait littéralement, ne perdant jamais une occasion de venir se coller à lui.
Le blond poussa un grognement, plus pour la forme que par réelle conviction, en trouvant Theodore plongé dans le début d'une énième partie d'échec. Le génie qu'il était avait enfin trouvé un adversaire à sa hauteur en la personne de Weasley cinquième du nom, et Blaise aurait presque pu être jaloux du temps qu'ils passaient ensemble s'il n'était pas lui-même réellement proche du rouquin. Un peu plus loin, Neville et sa petite amie serpentarde roucoulaient et bavardaient de tout et de rien. Pansy et Hermione s'étaient laissées entrainer dans un quizz arbitré par Seamus et Dean, et des paris commençaient à fuser parmi les spectateurs. Ne manquait en réalité qu'une seule personne au tableau…
« Dis moi Malfoy, tu pourrais ramener ses fringues à Harry s'il te plait ? » Demanda soudain Ron, comme s'il avait lu dans ses pensées.
« Il a oublié ses fringues ? » Releva Blaise, désarçonné
« Oui. Il s'est changé dans la chambre, et vu qu'il était à la bourre il est partit en courant. Et évidemment il a oublié son sac. En général, il se douche le dernier dans les vestiaires, et je pense qu'il va avoir une mauvaise surprise en voulant se rhabiller. Il l'a déjà fait, mais la dernière fois il les a appelés d'un accio… Il a cassé deux fenêtres et Mc Go lui a passé un savon pendant une heure à propos du respect du bien commun » Rit le Gryffondor, vite suivit par Zabini, Finnigan et Thomas.
« Et pourquoi je devrais faire la commission ? Tu m'as pris pour un elfe de maison Weasley ? » S'offusqua le blond.
« Rooh, ça va, pas besoin de monter sur vos grands chevaux messire Malfoy. Si vous vous jugez beaucoup trop bien pour cette tâche ingrate, je la confierai à Colin. Je suis persuadé qu'il sera tout à fait disposé à aider Harry» Dit il en haussant les épaules, un immense sourire insolent aux lèvres.
Avec un juron, Draco arracha le sac des mains du rouquin, insultant à mi-voix ces Gryffondors à la manque et ces satanés serpentards qui se sentaient obligés de leur déteindre dessus. La sortie du blond fut saluée par des un concert de rires. Personne n'ignorait le fait que Malfoy vouait un mépris incompréhensible mais tenace à Crivey, ni que ce dernier le lui rendait bien.
Alors qu'il traversait à grandes enjambées le parc, répondant aux saluts francs des joueurs de quidditch rouge et or par un hochement sec de la tête, il se fit encore la réflexion que cette amitié naissante avait de-rares- côtés positifs. En sept ans, il n'avait jamais vu la salle commune des serpentards aussi chaleureuse. Bon, certes, elle était aussi exceptionnellement bruyante et plusieurs meubles et objets de mauvais goût commençaient à s'installer, mais il pensait pouvoir s'accommoder à ces détails avec le temps. Ou réussir à y mettre discrètement le feu durant la nuit.
Il ouvrit la porte du vestiaire de Gryffondor avec circonspection avant d'y entrer sans grand enthousiasme. Il fronça le nez devant l'odeur de sueur et de poussière de l'endroit, et fut soulagé de repérer la silhouette de Harry.
Cependant quand il s'en approcha, il se rappela pourquoi céder à Weasley avait été une énorme erreur.
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Autour d'un jeu d'échec, un certain roux s'étira dans son fauteuil avec un sourire calculateur et sadique. Le métis assit en face de lui l'imita, se coulant un peu plus contre son petit ami.
« Echec » Lâcha soudain Theo d'une voix détachée
Le sourire de Ron fondit comme neige au soleil et il loucha vers son roi en péril avec angoisse
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Potter, vêtu en tout et pour tout d'une serviette blanche reposant en équilibre instable sur ses hanches, cherchait visiblement partout ses vêtements.
A la vue du dos qui l'avait tant fasciné des semaines plus tôt, la première pensée de Draco fut : heureusement qu'ils n'avaient pas envoyé Crivey. La seconde était qu'il était gravement atteint.
Avec une avidité qu'il ne se connaissait pas, il dévora des yeux le dos offert et mouillé du Gryffondor. Il n'avait pas changé, évidement, et il retomba dans la même admiration béate.
Il retrouva le petit magyar blotti sur son omoplate, qui sous la lumière crue du vestiaire lui semblait encore plus acéré, plus dangereux que la dernière fois. Encore plus beau aussi. En observant les diverses cicatrices, il se sentit mal à l'aise de constater que, s'il ne les avait vu que pendant quelques secondes, il y avait de cela plusieurs dizaines de jours, il en connaissait déjà tous les détails, les courbes et les arrêtes, avec une précision presque chirurgicale. De ses cheveux, qui commençaient à devenir un peu longs, de lourdes gouttes d'eau s'échappaient, caressant le dessin de la nuque, parcourant les déliés de son dos comme autant d'exploratrice impudiques.
Cette fois ci cependant, ses yeux prirent des libertés et coulèrent le long de la chute de reins affolante, des longues jambes aux cuisses musclées par le quidditch. Il bloqua un instant sur le pauvre pan de tissus qui lui dissimulait un postérieur, qui, s'il se fiait au reste, ne pouvait être qu'indécent.
Son regard revint sagement au sujet de son examen premier alors que, énervé, Potter se passait la main dans ses cheveux, lesquels reprenaient déjà leur lutte perpétuelle contre la gravité. Le mouvement fit jouer les muscles de son dos et il sut qu'il ne pourrait désormais plus se débarrasser de cette image.
Il s'avança d'un pas hésitant, poussé par la simple envie de vérifier si la peau dorée était aussi douce sous ses doigts dans la réalité qu'elle ne l'était dans ses rêves.
Se rendant soudain compte qu'il était en train de faire une énorme bêtise, il fit marche arrière. Malheureusement, il n'avait pas vu l'éclair de feu posé contre le banc et il se prit les pieds dedans. Sa chute fut tout sauf discrète et le brun se retourna en sursaut.
Voyant que Potter cherchait ses lunettes posées à côté de lui, il profita des quelques secondes qui lui restaient pour détailler le brun de face. Au point où il en était, ça ne pouvait de toute façon pas être pire…
Il lui fut difficile de superposer les traits fins et effilés à ceux qu'il avait sous les yeux quotidiennement. Stupéfait, il s'aperçut que s'il s'était vu grandir, ainsi que ses amis, sa vision de Potter était restée bloquée sur un gamin de onze ans à la timidité insolente, à l'air constamment perdu. Quand est ce que la figure ronde et brouillonne de l'enfant qu'il avait rencontré s'était elle changée en ce visage férocement ciselé, à la beauté à la fois discrète et sauvage ? Il n'avait pas sut voir que le corps sous ses poings se métamorphosait, et durant un instant troublant il eut l'impression que l'adolescent à l'assurance farouche face à lui lui était parfaitement étranger.
Son regard descendit, survolant le cou gracile, les clavicules bien dessinées pour s'arrêter au niveau des pectoraux musclés mais sans excès, la fin de la cicatrice crénelée débutant dans son dos épousant leur courbe avant de venir mourir entre les premiers abdominaux. Il s'usa les yeux sur le ventre dur et sur la fine raie de poils noirs qui disparaissait sous la serviette.
« Malfoy ?! » S'écria Harry pour qui le monde venait de retourner une certaine netteté
Et voilà, fin du spectacle. Il redressa la tête, honteux de se faire prendre en flagrant délit de voyeurisme. Conscient qu'il devait avoir l'air parfaitement ridicule affalé par terre, il se releva en vitesse. Anxieux, il observa à la dérobé sa nemesis et vit un tourbillon d'émotions traverser ses yeux.
De la surprise d'abord, mêlée à de la curiosité. Puis de la pudeur alors qu'il se souvenait de sa semi nudité. Et enfin, balayant tout, de l'horreur à l'état pur.
En balbutiant, le survivant se recula jusqu'à heurter violement le mur du fond. Il s'y laissa glisser, le regard fixe, avant d'enfouir son visage dans ses mains avec un gémissement d'animal blessé.
Inquiet de cette réaction pour la moins inattendue, il se préparait en réalité à finir changé en une bestiole aussi minuscule que répugnante, il s'approcha prudemment du Gryffondor et remarqua, abasourdi, que ce dernier tremblait de tous ses membres.
« Potter ?! Eh, Potter !» s'écria t'il, un début de panique le gagnant alors qu'il se laissait tomber à genoux devant le corps recroquevillé. Il écarta avec fermeté les mains crispées.
« Potter répond moi bordel !! »
Cette phrase sembla le tirer de son étrange crise et il releva vers lui un regard brouillé
« Tu… Tu as vu mon dos ? » Demanda t'il d'un timbre si rauque qu'il en devenait difficilement audible
« Heu, oui. Mais c'était tout à fait involontaire hein ! » Se défendit il, le défiant de lui affirmer le contraire. Mais le sauveur ne dit rien et Draco vit ses yeux se ternir brusquement à sa réponse.
« Je comprend pas quel est le problème Potter, explique moi » Insista le préfet, tenant toujours les poignets frêles entre ses mains.
« Tu as vu, tu sais quel est le problème Malfoy. Le problème c'est que je suis mutilé » Sa voix n'était qu'un grondement sourd, et soudain l'image d'un grand félin meurtri passa devant les yeux du blond. Affaiblit, mais terriblement beau dans sa douleur. Et capable de vous arracher la gorge d'un coup de patte.
« Mais qu'est ce que tu raconte Potter ? Tu n'es pas le seul à avoir quelques cicatrices. Je vais te confier quelque chose, j'en ai une aussi, sur la jambe, et on m'a toujours dit que c'était plutôt sexy au contraire. Le côté a-bravé-la-mort plait beaucoup tu sais »
Le Gryffondor lui fit un sourire, mais un sourire si amer que quelque chose se tordit dans la poitrine du Serpentard.
« Tu ne comprends pas. » Le brun eut un soupir lourd, terriblement las
« Je n'en ai pas honte, elles font partie de moi, tout autant que celle que j'ai sur le front. C'est la façon qu'ont les gens de les regarder que je ne supporte pas. Sais tu ce que c'est Malfoy, de se déshabiller devant une fille et qu'elle lise la guerre a même ton corps ? Pour chaque marque, je vois mes blessures réapparaitre et se rouvrir dans leurs yeux alors qu'elles essayent d'imaginer quelle arme est capable de laisser de telles balafres. J'ai gardé les traces de mon combat, c'est triste mais je m'y fais. Pourquoi les autres n'y arrivent t'ils pas ? Est ce vraiment trop demander de ne pas être poursuivi toute ma vie par les regards hantés de ceux qui m'ont aperçut à demi nu ? » Sa voix n'était qu'un murmure douloureux, et chaque mot semblait lui coûter.
Stupéfait, Draco le fixa pendant de longues secondes, se demandant ce qu'il pourrait bien répondre à ça. Puis, il prit la couteuse décision de tout simplement lui dire la vérité.
« Bon Potter, écoute moi. » Il s'interrompit un cours instant, essayant de trouver une façon d'exprimer ses idées le plus clairement possible. Il reprit « Je dois avouer que non, je ne peux pas imaginer ce que c'est. Je ne suis pas toi et heureusement, car avec des cheveux pareil je me serais pendu depuis longtemps »
Le brun eut un pâle sourire et le serpentard continua
« Je peux par contre te dire ce que je vois moi quand je te regarde. Et ce n'est absolument pas ce que tu décris. Ces cicatrices sur ton dos, je ne me suis même pas demandé comment elles avaient pu atterrir là tu sais. J'y vois la guerre bien sûr, mais plus précisément j'y vois sa fin. Elles sont comme autant de preuves que nous n'avons pas fait tout ça pour rien. Tu as souffert, nous avons souffert, et pourtant nous vivons, nous allons de l'avant. Tu sais Potter, cette cicatrice que j'ai sur la cuisse, je l'ai reçu pendant le combat final. Quand l'infirmière de sainte mangouste m'a dit que la magie ne pourrait me soigner complètement, mais qu'avec le temps cela passerait, même si j'allais rester marqué, j'en aurais pleuré de joie. Pouvoir parler d'un futur qui se compterait en mois, en années, même si c'était pour une guérison, c'était si beau alors. Et chaque fois que je la regarde, ce n'est pas la douleur dont je me souviens mais cette sensation là. Après, si les autres la regardent différemment, je dois t'avouer m'en moquer complètement. Elle m'appartient, que ce soit physiquement ou le souvenir qui lui est affilié. La seule raison pour laquelle je la cache c'est qu'elle n'est pas très agréable à voir et que les gens sont en général mal à l'aise devant. Mais je vais te confier un truc, et profites en bien car ce sera la seule et unique fois ou je te ferais un compliment, tu portes les tiennes à merveille. Et tu n'as vraiment, mais alors vraiment, pas à en avoir honte. Convaincu ? » Lui demanda t'il, reprenant son souffle après sa tirade enflammée.
Sa voix était enrouée. Ce n'était pas le genre de discutions qu'il avait avec ses amis. Non pas qu'il ne les juge pas apte à comprendre, mais il y avait un abîme entre le comprendre et le vivre. Et aucun d'entre eux n'avait gardé de trace physique des combats. Mais les pensées de Potter lui rappelaient trop celles qui lui venaient parfois devant un miroir pour qu'il laisse passer ça.
Le brun se mordilla un instant la lèvre inférieure avant de hocher la tête. Satisfait, Draco se releva, grimaçant alors que sa douleur à la cuisse en profitait pour revenir. Il recula d'un pas ou deux, massant discrètement l'endroit où la flèche magique l'avait atteint, faisant fondre les chairs. Si le Gryffondor remarqua quelque chose, il n'en dit rien et n'essaya pas de l'aider, ce dont le Serpentard lui fut reconnaissant.
A son tour, Potter se leva, l'air gêné. Il aperçut le sac contenant ses vêtements et eut un étrange sourire proche du rictus.
Draco tourna les talons, bien décidé à faire cesser aussitôt cette étrange journée, mais la voix étouffée du Gryffondor l'arrêta.
« Tu m'attends ? J'en ai pour deux minutes »
Il était en train d'enfiler un tee shirt noir, ou plutôt en train d'en découdre avec le morceau de tissus qui coinçait sa tête au niveau du col. Un petit rire échappa à Draco en l'observant combattre en grognant le haut récalcitrant, rire qui se mourut dans sa gorge en un couinement peu viril quand son regard dérapa sur le ventre contracté et la serviette blanche qui commençait à glisser le long des hanches étroites. Retenant de justesse un glapissement, il s'enfuit pratiquement en courant du vestiaire avec un « Je t'attend dehors ! » qui sonnait très très étranglé.
Quand Potter finit par sortir, effectivement deux minutes plus tard, habillé de son tee shirt sombre distendu et d'un pantalon beige dans lequel aurait flotté Goyle, ses cheveux encore humides retombant en mèches lourdes sur son front, le blond décida sagement de ne plus croiser son regard. Décidément, il ne savait pas ce qui lui arrivait en ce moment mais il allait falloir qu'il se penche sur ce problème. Et quand le balafré se mit à lui parler du temps et de quidditch avec un sourire beaucoup trop éblouissant vu la conversation qu'ils venaient d'avoir, il se dit qu'il devrait s'en occuper rapidement.
A suivre
Voila voila, pas beaucoup d'action dans ce chapitre mais bon ^^ Comme vous l'avez remarqué, j'ai choisi de ne pas m'étendre sur la réconciliation des deux maisons, car ce n'est après tout pas le sujet de cette fic (et surtout, elle était déjà assez monstrueuse comme ça sans que je ne me lance en plus la dedans v__v).
Merci à tous ceux qui seront parvenus jusqu'ici 3
Temis
