Disclaimer : pas à moi (pourtant, ce que je ne donnerai pas pour avoir un Snape perso *w*), si ce n'est le nouvel arrivant en fin de fic ^^

Couple : HPDM, BZTN

Dédicace : A Sean, encore, toujours. Merci d'être toi mon zombie 3

Note du champi : Bonjour ^^

Voici donc le chapitre 3 de l'ombre. Pour vous remercier pour vos reviews (je ne m'attendais vraiment pas à recevoir des commentaires aussi adorables pour cette fic o_O) ce chapitre sera un peu plus long que les précédents ^^ J'espère qu'il vous plaira, et je vous souhaite une très bonne lecture :D

Chapitre 3

Quand Potter finit par sortir, effectivement deux minutes plus tard, habillé de son tee shirt sombre distendu et d'un pantalon beige dans lequel aurait flotté Goyle, ses cheveux encore humides retombant en mèches lourdes sur son front, le blond décida sagement de ne plus croiser son regard. Décidément, il ne savait pas ce qui lui arrivait en ce moment mais il allait falloir qu'il se penche sur ce problème. Et quand le balafré se mit à lui parler du temps et de quidditch avec un sourire beaucoup trop éblouissant vu la conversation qu'ils venaient d'avoir, il se dit qu'il devrait s'en occuper rapidement.

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« Qu'est ce qui se passe ? »Demanda Blaise, intrigué de voir que son meilleur ami le fixait en silence et avec une discrétion avortée depuis vingt longues minutes.

« Je me disais…Tu es vraiment bien foutu en fait » Songea le blond à voix haute. Les yeux du métis s'écarquillèrent tellement qu'ils semblèrent prêts à jaillir de ses orbites alors qu'une sueur glacée commençait à le gagner.

« Si...Si c'est une blague elle n'est pas drôle du tout » Souffla t'il

« C'est juste une constatation. D'ailleurs, Theo est magnifique aussi » Ajouta t'il pensivement

« Si tu touches à Theo, je me verrai au regret de chercher dès maintenant un endroit pour dissimuler ton cadavre. Et tu as beau être, ma fois, un fantasme sur patte, ça ne va pas être possible entre nous Drakichou » Ironisa Zabini, une étincelle dangereuse au fond des yeux indiquant clairement qu'il ne goutait pas la plaisanterie

« Et pourquoi ça ? Je suis trop beau ? Trop intelligent ? Trop blond ? » Rit doucement Draco, désamorçant aussitôt la poussée d'angoisse de son ami

« Ben, t'es surtout pas Theo » Lui expliqua le métis, presque penaud, avant de jeter un regard tendre à son petit ami endormi sur le fauteuil à ses côtés.

« Vous êtes vomitifs » L'informa charitablement Draco. Il soupira lourdement avant de reprendre « Putain Blaise, je suis paumé. Je commençais à penser que je pourrais être gay….Je m'en serai remis, après tout je commence à avoir fait le tour des jolies filles de Poudlard et j'apprécierais d'avoir un nouveau terrain de chasse. Mais, alors que j'étais prêt à m'y résigner la mort dans l'âme, je m'aperçois d'un détail gênant…Je ne suis pas attiré par les mecs. Je reconnais objectivement que toi et Theo êtes de vraies bombes, mais ça ne me fais aucun effet. Je ne suis absolument pas attiré par vous physiquement » Il avait l'air réellement dépité

« Désolé, mais personnellement l'idée que tu ne bave pas sur moi ou Theo me soulage à un point que tu ne peux pas imaginer. Sinon, tu m'explique comment tu as pu penser être homosexuel sans être attiré par les hommes ? » Le questionna Blaise, poliment incrédule

Stupéfait, il vit les joues de son préfet rosir alors que son regard se faisait fuyant

« Draco…tu rougis ? »

« Non » Mentit il avec une mauvaise fois flagrante

« Par Merlin…Faut que je réveille Theo pour qu'il voit ça ! »

« Et puis quoi encore ! »S'offusqua Malfoy en attrapant son poignet dans un réflexe digne de son poste d'attrapeur et l'écartant fermement de l'endormi, faisant preuve d'une force surréaliste pour un corps si fin.

Avec un sourire canaille, le métis laissa retomber son bras.

« Tu m'explique ce qui se passe ? » Demanda-t-il, soudain redevenu sérieux

Draco garda la bouche hermétiquement close. C'était la seconde fois que l'envie de cacher volontairement quelque chose à Blaise lui venait, et encore une fois au sujet de Potter.

Blaise le connaissait presque par cœur. Il savait tout de l'amour froid qu'il avait éprouvé pour son père et celui fusionnel, proche de la vénération, qu'il ressentait pour sa mère. L'héritier Malfoy de Lucius, l'enfant délicat et intelligent de Narcissa, le petit con acerbe des Gryffondors, le prince glacial et ensorcelant des serpentards, tous lui étaient familiers.

Mais cette fois, et pour une raison qu'il ne s'expliquait pas, le sujet lui semblait trop personnel. Etrange comme une conversation douloureuse au fond d'un vieux vestiaire lui paraissait plus intime que n'importe quelle partie de jambes en l'air.

« C'est Potter ? » Proposa négligemment Zabini, souriant en voyant Draco sursauter comme si on venait de le brûler

« Quoi ? Que…Mais non, pas du tout ! » Bafouilla t'il, ne faisant qu'augmenter la perplexité de son ami

« Eh ben, si je pensais te voir rougir et bégayer en moins de cinq minutes… Bon allez, avoue moi tout. Il s'est passé quoi quand tu lui as ramené ses fringues ? Tu l'as trouvé en train de s'envoyer en l'air avec un autre joueur de quidditch et ça a changé ta vision du monde ? »

« Mais non ! » S'horrifia Malfoy en blêmissant « Ca va pas bien ? Tu viens de me mettre une image atroce dans la tête ! »

« Ca t'apprendra à essayer de me dissimuler un truc. Bon alors, vous avez fait quoi ? » Insista le métis

« Mais puisque je te dis que…Bon, d'accord. On…On a parlé » Avoua le blond avant de se racler la gorge, gêné

« Et ? » Voulut savoir Blaise, avide

« Et rien. On a parlé c'est tout » Répéta Draco en lui jetant un regard torve

« Je vois. Et c'est ça qui t'a perturbé ? Remarque, vous avez eu une discussion, dans un lieu clos et sans témoin, et tu reviens sans le moindre bleu ou appendice surnuméraire. C'est déjà un énorme progrès » Se moqua t'il, plissant ses yeux de chat pour observer la réaction de son meilleur ami

« Si on veut » Acquiesça le préfet, songeur, sans tenir compte du sarcasme explicite « On a parlé des conséquences de la guerre, du temps et du match Poufsouffle/Serdaigle de dimanche »

Il voyait presque les questions se bousculer aux lèvres de Blaise, mais ce dernier les retint, attendant visiblement que le blond continue de lui-même. Ce qu'il fit en effet

« Je ne sais plus quoi penser Zab' » Il se prit la tête entre les mains, et poursuivit d'une voix sourde « Je détestais Granger pour son sang, et Pansy, notre Pansy, la première à insulter les sang-de-bourbes, ne jure plus que par elle. Je ne l'avais jamais vu aussi heureuse que depuis qu'elles passent des heures à deux le nez dans leurs vieux grimoires poussiéreux. Quant à l'autre miséreux là, je le trouve toujours aussi débile, fermé d'esprit et inintéressant. Mais pourtant toi et Theo semblez réellement bien vous entendre avec lui. Et c'est la première fois que Greg et Vincent deviennent amis avec quelqu'un que je n'apprécie pas »

« Tu sais, il… » Voulut intervenir Blaise, mais Draco l'en empêcha d'un geste impérieux de la main.

« Laisse-moi finir. Je disais donc, je n'arrive pas à comprendre comment cette entente à put se créer. C'est complètement contre nature, une véritable aberration, et pourtant…pourtant je pense que c'est une bonne chose. Et si tu le répètes à Weasley, je te castre »Le menaça t'il. Zabini accepta avec un grand sourire idiot

« Mais…Et Potter ? » Le relança le métis en sachant très bien que Malfoy essayait de noyer le strangulot

« Tu fais chier quand tu veux…Ben, Potter j'en sais rien ça te va ? La belette, le castor, je gère parce qu'à la base ils m'ont toujours été plus ou moins indifférents. Alors que Potty, c'est le petit con qui me pourrit la vie depuis six ans, à la cervelle de moineau et à la réplique assassine, ce coincé au complexe disproportionné de super héro, aux chevilles enflées et profitant d'une célébrité qu'il ne mérite pas. Et là, en deux semaines, on me demande de le côtoyer et de l'apprécier. Mais le pire Blaise, le pire, c'est que je…Ben à force de le fréquenter, j'en viens effectivement à l'apprécier. Et ça c'est bien le pire qui puisse m'arriver »

Toujours recroquevillé sur lui-même, il loupa le sourire de Blaise, dangereusement semblable au rictus d'un requin venant de repérer un baigneur inconscient : à la fois jubilatoire et sadique.

« Bah, tu finiras bien par t'en remettre » Commenta le métis, réussissant à empêcher son hilarité de percer dans sa voix.

«Dis-moi Zab' » Le blond releva enfin la tête, mais son ami avait déjà retrouvé un visage neutre « As-tu déjà détesté quelqu'un réellement ? La vraie haine, celle que tu crois indestructible, impossible à remettre en cause. Plus jouissive que n'importe quelle baise, plus possessive que n'importe quelle amitié. C'est ça que j'aime. Il suffit de voir le regard de Snape quand il parle du cousin de ma mère, Sirius Black, ou de Potter senior. Ils sont morts, tous les deux. Et pourtant, une personne au moins ne les oubliera jamais. Plus que leur famille, leurs amis, regarde bien notre cher prof durant notre prochain cours : ces deux fantômes ne quittent pas un instant son esprit. Et je pensais partager ça avec Potter. Mais la haine, la vraie, ne devrais pas se dissoudre en seulement deux semaines non ? Imagine que je devienne ami avec Potter. Je deviendrais, avec le temps, une vague connaissance. Et je refuse de devenir un parmi tant d'autre »

Stupéfié, Blaise écoutait son ami sans oser respirer. Theo avait raison, une fois de plus. Comment cela avait il put leur échapper ? Une telle obsession n'avait jamais été normale, alors pourquoi avait elle parut si naturelle depuis le début ? Ces deux là étaient deux aimants, s'attirant et se repoussant avec violence, dans un ballet presque passionné que tout le monde avait perdu l'habitude de remarquer. En entendant le timbre de Draco se faire plus doux, presque timide, il sortit de ses pensées pour se prendre cette question de plein fouet :

« …Dis Blaise, tu penses que lui il me hait ? »

Il fallut tout son self contrôle au dit Blaise pour ne pas secouer comme un prunier son petit ami pour obtenir un peu d'aide. Il savait gérer le Draco vaniteux, racoleur, sérieux, déprimé, mais le fragile l'avait toujours terrifié. Il était un Serpentard, par Salazard, et ce même si il se comportait de temps à autre comme un poufsouffle, et il n'était pas habilité à régler ce genre de situation. Et le Draco en face de lui, toute fierté oubliée, avec ses yeux remplis d'espoir et d'un soupçon d'angoisse, se torturant les mains avec une expression d'attente douloureuse sur le visage avait tout de l'amant trahi. Il sentait que, quoi qu'il réponde, il dirait une connerie.

« Draco, pour être honnête, je n'en ai aucune idée. Je sais que tu aimerais que je te dise oui, mais à mon avis ça serait très loin d'une bonne nouvelle. Quoique tu en dises, je reste persuadé qu'être réellement détesté ne rend personne heureux. En tout cas, il faut que tu arrêtes un peu de te prendre la tête. Si Potter et toi redevenez ennemis, tant mieux pour toi. Sinon, tant mieux pour nous. Moi je reste persuadé qu'il y a là une occasion à ne pas manquer. Nous savons tous les deux que si Snape est resté en contact avec Potter père et Sirius Black c'est parce qu'il aimait une femme dont ils étaient proches. Mais Harry n'a aucune raison de faire de même. Alors soit tu te débrouilles pour qu'il tombe amoureux de Pansy, Merlin ait son âme, soit tu te résignes à ne plus jamais le revoir. Tu sais parfaitement qu'avec son influence, personne ne te laissera l'approcher à moins de dix mètres s'ils savent que tu peux tenter de le blesser. Alors que si vous parvenez à vous supporter, rien ne t'empêchera de continuer à l'embêter pendant des années. Qu'est ce qui marque le plus selon toi ? Un ennemi de collège ou une connaissance de cinquante ans ? Et puis, tu pense vraiment pouvoir n'être qu'une personne parmi d'autre pour quelqu'un ? Pour Potter ? » Il eut un sourire doux devant l'air atterré de son ami.

« Alors, tu penses que je dois devenir ami avec lui ? » Insista Draco d'une voix apathique

« Heu, non, ce n'est pas ce que je voulais dire. » Il se frotta les yeux avec les poings, frustré de ne pas réussir à se faire comprendre « Tu ne dois pas. Je te dis juste d'arrêter de te compliquer la vie. Si le Harry que tu découvres ne te plais pas, reste son ennemi. Si oui, deviens ami avec lui, comme tu le ferais avec n'importe qui. Pourquoi faut il que vous soyez si extrêmes tous les deux, hein ? »

Le préfet s'apprêtait à répliquer, et plutôt virulemment, mais un bâillement discret se fit entendre. Blaise, attendrit, observa son petit ami s'étirer comme un chat, avant de se tourner vers lui la mine chiffonnée, les yeux flous et les coutures de l'accoudoir incrustées dans la joue droite.

« Allez Zab', file d'ici avec ton prince au bois dormant. J'ai un devoir à finir et je vais me coucher, je suis un peu fatigué »

La voix était tendrement moqueuse mais une lassitude réelle ternissait les iris mercures. Theo, mal réveillé, fronça les sourcils en comprenant immédiatement qu'il y avait un problème. Mais voyant que Blaise se levait sans insister, il sut qu'il avait loupé une discussion importante. Et qu'il aurait droit à un compte rendu dans quelques minutes.

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Resté seul, Draco alla s'affaler sur son lit. Il n'avait pas menti, il avait bien un devoir à finir. Mais il n'était pas d'humeur à faire sa dissertation sur « Patronus, Théorie et applications »

Le choix de Dumbledore pour le poste de DCFM de cette année avait entrainé quelques haussements de sourcils étonnés. Ce n'était pas que Walter Thompson soit incompétent. Au contraire, il était même un très bon professeur, malgré son âge avancé. Il avait passé la majorité de sa vie dans les livres, accumulant des connaissances, et il avait accepté avec enthousiasme la proposition du directeur, la réserve de Poudlard contenant des ouvrages uniques en leurs genres. Mais il vivait depuis plus de vingt cinq ans à l'étranger, et la guerre n'était pour lui qu'un déplorable fait divers dans les journaux.

Il avait fallu peu de temps pour comprendre l'idée du directeur. Il souhaitait de toute évidence faire oublier la guerre au plus jeunes, et pour cela quoi de mieux qu'un vieil érudit qui enseignait une matière et non une façon de tuer et survivre ?

Mais si l'intention était bonne, les septièmes et sixièmes années commençaient à être proprement exaspérées. L'homme refusait de comprendre qu'ils se servaient déjà de sorts interdits du niveau d'une seconde année de l'école des aurors avec un naturel effrayant. Et il s'acharnait à leur enseigner des sortilèges de base que tous maitrisaient parfaitement. L'homme excluait catégoriquement l'idée de leur apprendre des sorts de plus haut niveau, suivant son programme avec entêtement. Serpentards et Gryffondors étaient ceux qui râlaient le plus, excédés de devoir assister à sept heures d'un cours qui ne leur servait strictement à rien par semaine, l'intégralité de leurs classes ayant été membres de l'ordre. Résultat, chaque séance se transformait en un bras de fer entre l'enseignant et ses élèves, dont certains parlaient même de recréer l'AD.

Un patronus…Non mais vraiment. Le fait que tout le monde, même Longdubat, ait réussit le sort dès la première fois ne semblait pas avoir déstabilisé plus que ça le vieil ermite. Et il n'avait pas plus réagit quand Granger, avec toute l'amabilité dont elle était capable, lui avait expliqué que tous communiquaient par le biais de patronus corporels depuis plus d'un an déjà.

Il repoussa ce problème dans un coin de sa tête, se concentrant sur l'actuel. Potter. Encore et toujours lui. Toute cette histoire le fatiguait. Il se passa une main lasse sur les yeux. Tout était pourtant si simple quelques semaines plus tôt…

Il se déshabilla avec efficacité, jetant ses vêtements sur la chaise à ses côtés avec une indifférence qui aurait épouvanté Blaise. Il se blottit sous ses draps, roulé en boule, avec la navrante sensation de se comporter ces derniers temps comme une groupie.

Le plus grave dans toute cette histoire, c'est qu'à ce moment précis, au calme, dans son lit, alors que son esprit se permettait de divaguer librement, il se focalisait sur des détails troublants.

Plusieurs jours auparavant, à peine ses yeux se fermaient-ils que la vision d'un corps dénudé venait le hanter et cette idée seule le terrifiait.

Aujourd'hui, il aurait accepté ce fait avec reconnaissance. Il pouvait se faire à l'idée d'être attiré par les hommes, il refusait seulement de l'être par Potter.

Mais évidemment, vu que sa vie était toujours simple, ce qui lui revenait à l'heure actuelle étaient plutôt la sonorité euphorisante d'un rire, un sourire de gamin, heureux et taquin, et une fossette enfantine et inattendue dans un visage aux traits vieillis. Il revoyait avec trop de précision la silhouette brisée, la voix éraillée menaçant de céder ou le vortex sombre de douleur dévorant des yeux habituellement lumineux. Un homme enfermé dans un corps s'accrochant à l'adolescence, à la beauté effilée et éphémère d'un sabre oscillant au bord d'un gouffre sans fond.

En vérité, ce serait mentir que d'affirmer que l'image de la peau humide et dorée, des muscles déliés et de la chute de rein meurtrière ne lui avait pas traversé furtivement l'esprit. Voir s'y était attardé un peu. Mais malheureusement, il commençait à devenir un habitué de ce genre de visions qui lui retournaient cerveau et hormones avec une facilité insultante.

Non, le véritable ennui, c'est qu'il avait aimé discuter avec Potter. Pour la première fois, il avait pu parler de l'après guerre avec quelqu'un apte à l'envisager de la même façon. Ses amis et lui avaient déjà abordé la question bien sûr. Mais ce qu'il voyait alors dans leur regard n'était qu'un mélange de compassion et de tristesse. Il leur manquait cette amertume de ceux dont les marques n'étaient pas que psychologiques.

Ils étaient censés avoir tous participé à la même guerre. Pourtant, quand ils en parlaient, Draco avait l'impression d'être le seul à s'engluer dans le temps, constamment ramené à ces longues années d'horreur.

Distraitement, il laissa ses doigts courir sur la surface lisse de la cicatrice qui ornait sa cuisse d'un motif torturé. Parfois encore, il lui arrivait de pulser douloureusement, et les souvenirs l'envahissaient immédiatement. Et à ce sujet là, et là-dessus seulement, il avait mentit à Potter. Ou plutôt, lui avait dissimulé une partie de la vérité. Car si le souvenir de cette annonce à sainte mangouste revenait la plupart du temps, il n'était pas le plus fréquent. Mais cela, il ne pouvait le confier au brun.

Il aimait ses amis, réellement, peut être plus que lui-même. Leur amitié était comparable, en intensité et en solidité, à celle que partageaient les trois fameux Gryffondors. Mais, et ce malgré la répulsion que cette idée lui inspirait, il ne pouvait contenir parfois une sorte de jalousie malsaine et amère à leur propos.

Durant la guerre, Parkinson père et mère avaient rapidement sentit le vent tourner et dès le retour du Lord noir avaient fuit l'Angleterre. Jamais Voldemort n'était parvenu à les localiser. Pansy lui avait un jour confié qu'ils s'étaient placés sous la protection des elfes blancs, avec qui son père entretenait des relations amicales dans le cadre de ses fonctions d'ambassadeur interespèce.

Ceux de Theo étaient des sang purs, certes, mais totalement ruinés. Ils tenaient une petite boutique sur le chemin de traverse et avaient traversé la guerre en restant totalement neutres. Ils n'avaient apprit l'implication de leur fils qu'après la Chute.

Crabbe et Goyle seniors avaient, eux, préférés suivre leurs fils plutôt que leur maître et étaient devenus espions pour l'ordre, sous les ordres du professeur Snape.

Quant à Blaise, il vivait seul avec son frère ainé depuis plus de deux ans. Leurs parents les avaient à l'époque purement et simplement répudiés, sans aucune explication, leur laissant un appartement grand standing dans le centre du Londres sorcier et un compte en banque bien rempli. Il avait détesté ses parents pendant longtemps, oscillant entre déprime et rage, incapable de comprendre ce qu'il avait bien pu faire pour mériter ce rejet brutal. La raison leur était apparue de la plus tragique des façons, six mois plus tard, par le biais de Dumbledore et de son réseau d'espionnage. Les deux adultes étaient décédés dans une tentative d'assassinat avortée sur le seigneur des ténèbres lui-même. Du fait de leur disgrâce, ni Blaise ni Orpheus n'eurent à subir une quelconque vengeance. La détermination lumineuse et inébranlable qui brillait à ce moment là dans les yeux de son ami, alors qu'il lui annonçait le lendemain même qu'il rejoignait l'ordre, jamais Draco ne pourrait l'oublier.

Et pourtant, malgré le fait qu'il avait été le mieux placé pour voir leurs douleurs, leurs peurs, il ne parvenait pas à s'empêcher de les envier parfois.

Si Narcissa Malfoy avait à la base décidé que cette guerre ne la concernait pas, se contentant de tenir son rôle de sublime poupée de cristal aux yeux de la haute société, elle avait dut changer d'avis. Car si beaucoup de mangemorts avaient finit par trahir leur maître, Lucius Malfoy lui était resté fidèle jusqu'à la fin, refusant de commettre deux fois la même erreur.

Et il avait apprit juste avant la Chute, le surnom donné à la bataille finale, que si son fils renâclait tant à rejoindre les rangs du seigneur sombre c'était pour la simple raison qu'il était déjà passé à l'ennemi.

Etrange comme un souvenir ne dépassant pourtant pas la trentaine de secondes pouvait être plus douloureux que n'importe quelle blessure physique.

Celui du regard bleu glacier de son père, qui avait enrobé son enfance de sa protection distante et fière, à présent illuminé par la folie et qui accrochait le sien au milieu du chaos. Sa silhouette baignée de carmin, aux cheveux retombants sur ses épaules dans une cascade d'argent et de pourpre, son beau visage tordu en une expression de satisfaction cruelle.

Le sort, d'un rouge malsain, qui fonçait en crépitant droit son cœur, lequel battait contre ses côtes avec la frénésie de celui d'un oiseau en pleine agonie.

Puis la silhouette frêle de sa mère, dégageant une impression de force et de pureté déplacée, obscène, comme un lys solitaire au milieu d'une tempête de sang. Ses traits doux convulsés en un masque de panique terrifiée et son cri inarticulé qui déviait la flèche magique. Une douleur fulgurante qui lui déchirait la cuisse, une gerbe d'hémoglobine et sa jambe qui se dérobait soudain sous son poids.

Malgré le brouillard qui envahissait alors sa vue, il se souvenait avec une précision douloureuse des silhouettes de ses parents se faisant face, dans un étrange ballet. Lucius déstabilisé et désespéré, et sa mère, incarnation même de la colère destructrice, si ce n'étaient ses yeux noyés de larmes.

Juste avant que le monde ne sombre dans une obscurité bienvenue, il avait vu son père tomber, fauché par un étrange sort crépitant dans l'air, semblable au négatif d'un éclair, qui avait jaillit de la baguette de bois clair de Narcissa. L'ouïe et l'odorat ne s'étaient déconnectés qu'après lui avoir laissé le temps de respirer le parfum bien connu des bras qui avait bercé son enfance, celui de la rose fraichement cueillie et du lilas, gâché par l'odeur dérangeante et entêtante de la peur, alors que son prénom était chuchoté en une litanie sourde et angoissée.

Et en fond, des hurlements rauques de joie…

Etait il possible de continuer à respirer, jour après jour, en ayant vu sa mère tuer sans hésitation l'amour de sa vie pour le sauver ? Pourrait-il survivre en sachant être l'unique cause de la mort de son propre père ?

Ces questions l'avaient longtemps hanté, alors que, à la fin des combats, il avait passé quatre jours dans le coma. Aucune cause réellement physique, l'état, même grave, de sa jambe ne pouvant pas le plonger dans une inconscience aussi profonde. Son esprit fuyait tout simplement la réalité. Et en effet, il gardait quelques souvenirs vagues de cette période, où il dérivait mollement dans un kaléidoscope où se reflétait à l'infini la même scène. Il se souvenait aussi de la réponse d'une simplicité désespérante qui lui était venu à l'esprit. La bonne question n'était pas «Si ? » mais « Comment ? ».

Car il survivrait, il avait tout simplement trop peur de mourir pour pouvoir y échapper.

Puis, le temps passant, il avait cessé de chercher une solution. Il avait laissé les choses suivre leur cours.

Il avait observé sa mère remonter la pente au fil des mois, épaulé par celui qui était devenu son confident privilégié, Severus Snape. Il soupçonnait d'ailleurs ce dernier de ressentir plus que de l'amitié pour la superbe veuve, mais il n'allait pas lui faciliter la tâche, parrain ou pas.

Et lui ?

Il s'était abruti des rires tonitruants de Blaise, des sourires calmes et chaleureux de Theo, de l'amitié tape à l'œil mais sincère de Pansy et des attentions discrètes, effacées, mais si explicites de Vincent et Gregory.

Et il s'était brûlé les ailes au feu dévorant de Potter, encore et encore, jusqu'à s'en saturer les sens et s'en anesthésier la mémoire.

Comme quoi, même si ses nuits ne débutaient que lorsque son épuisement en bannissait tout cauchemar, condamnant Blaise à jouer le réveil humain, il était en effet possible de survivre. Et même de vivre. Il suffisait de dissoudre le passé à coups d'œillades complices, de silences partagés ou de querelles futiles.

Peut être qu'un jour il confierait tout cela à Potter. Il lui raconterait son histoire, et peut être qu'il se rendrait compte qu'au final il n'était pas le seul à expérimenter les affres de la culpabilité.

Peut être même qu'il lui avouerait que si lui voyait un monstre dans le regard des gens, le sien le guettait au détour d'un miroir.

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Le lendemain matin, Blaise eut l'intense surprise, alors qu'il venait de frapper à la porte, de voir celle-ci s'ouvrir immédiatement sur Draco, tout sourire et prêt à descendre petit déjeuner. Il avait l'expression paradoxale de ceux qui se sont endormis très tard mais qui ont bénéficié d'un sommeil exceptionnellement réparateur. Il était étonnement joyeux, ce qui ne surprit le métis qu'à moitié, connaissant la propension de son ami à changer d'humeur sans raison apparente. Et, vu son air déterminé, il avait apparemment prit une décision importante, ou qu'il considérait en tout cas comme tel.

Satisfait de son examen, il courut à la poursuite de Draco qui ne l'avait pas attendu et était déjà en train de franchir le tableau d'un pas décidé. Il crocheta au passage le bras de Theo, qui s'apprêtait à lui poser une question, et sa course fut alors ponctuée d'un mélange de jurons surpris et d'éclats de rire.

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Arrivé dans la grande salle, le regard de Draco se focalisa immédiatement sur la table des rouge et or. Cette dernière était presque pleine, et tous mangeaient dans leur habituelle cacophonie chaleureuse. Depuis que Serpentards et Gryffondors s'étaient réconciliés, un accord tacite s'était mis en place. Les lions s'étaient progressivement levés plus tôt alors que leurs camarades des cachots retardaient de plus en plus leurs réveils, leur permettant de manger ainsi tous à la même heure. Même s'ils déjeunaient en général chacun à leur table.

Le blond les observa pendant plusieurs secondes en silence.

Neville dormait presque, sa tête menaçant de glisser de sa paume d'un instant à l'autre, phénomène que décortiquait Ginny avec un intérêt tout scientifique. En face, Dean et Seamus étaient lancés dans une conversation bruyante, mais ils dardaient régulièrement Colin de regards amusés et sadiques, semblables à deux chats devant un canari inattentif. A leurs côtés, Lavande écoutait distraitement le bavardage de sa meilleure amie tout en hésitant mollement à mettre en garde le petit photographe sur son verre de jus de citrouille piégé.

Encore un peu plus loin, le trio le plus populaire de Poudlard ne dépareillait pas dans l'ambiance agitée de leur maison. Hermione, avec de grands gestes, sermonnait son petit ami à propos d'un devoir non fait et qu'il devait rendre dans deux heures. Lequel, mangeant avec la réserve et la délicatesse d'un aspirateur fou, essayait tant bien que mal de prendre un air penaud par-dessus ses joues de hamster. Indifférent à la colère de la brunette, Harry était, lui, lancé dans un combat épique contre une horde de hiboux qui le harcelait, tournant autour de sa tête comme autant de vautours, espérant tous être le premier à lui remettre son courrier. Finalement, le sauveur et les volatiles trouvèrent un accord, ces derniers arrêtant de l'agacer en échange d'un croissant chacun.

Sans hésiter, Draco se dirigea droit vers Harry. Arrivé à sa hauteur, il jeta un regard impérieux au quatrième année assit là qui s'empressa de se décaler pour le laisser s'installer.

« Bonjour Potter » Lâcha t'il simplement en attrapant un pain aux raisins, sous le regard fixe de la grande majorité des rouge et or et de la totalité de ses amis.

« Bon...Bonjour » Bafouilla le brun, déstabilisé « tu as bien dormi ? » Reprit-il courageusement, essayant de paraître aussi naturel que ne pouvait l'être le préfet de Serpentard

« Assez bien oui. Et toi ? » Lui répondit poliment Draco alors que Blaise et Theo le rejoignait sur les bancs Gryffondors en l'observant d'un air suspicieux.

« Bien, merci » Fit Harry, jetant un regard affolé à Ron. Qu'est ce qu'il se passait encore ?

« Eh bien Malfoy, tu es bien étrange aujourd'hui ! Quelqu'un s'est enfin décidé à te droguer pour te retirer le balai que tu as dans le cul ? » Susurra le rouquin, avalant tout rond son déjeuner pour venir en aide à son frère de cœur

« Ca s'appelle être poli la belette. C'est très à la mode chez toux ceux possédant un minimum d'éducation. Et qui n'habitent pas dans une porcherie » Répliqua Draco d'un ton plat, sans même lever les yeux de sa viennoiserie dans laquelle il croqua à pleines dents.

Un silence de mort se rependit en vagues ouateuses le long de la table, tous guettant avec anxiété l'explosion du roux outragé. C'était la première fois depuis le début de la trêve que Draco Malfoy quittait sa neutralité effacée, et tous craignaient de voir leur si fragile entente voler en éclats. Mais, à la surprise générale, Ron Weasley éclata tout simplement de rire

« Ah, ben voilà ! Enfin on retrouve notre bonne vieille fouine ! Sans vouloir te vexer Malfoy, tu es vraiment d'un ennui à pleurer quand tu perds ta si fameuse langue de vipère » Le taquina le roux.

Draco haussa un sourcil avant de riposter de son habituelle voix trainante

« Ma langue t'emmerde Weasley, merci pour elle. Et un Malfoy est toujours passionnant, c'est juste que tu es trop bourrin pour en saisir toute les subtilités »

« Tu as surement raison, je n'ai pas du comprendre la nuance follement amusante de ton expression « je ne suis pas là, oubliez moi, je suis une plante en pot » » Ricana Ron. « Mais bon, trêve de plaisanteries… Passe moi les flocons d'avoine, Neville vient de laisser tomber sa tête dans notre saladier »

« Et 'S'il te plait' c'est pour les scroutts la belette ? » Ironisa Draco en lui tendant tout le même la nourriture

« Me-r-ci » Articula exagérément le Gryffondor. Le préfet lui jeta un regard polaire, mais ne put retenir un léger sourire en coin.

Comme si de rien n'était, Hermione reprit son sermon et le roux se ratatina, perdant immédiatement une dizaine de centimètres, sous le ricanement moqueur de Draco. Les discutions réapparurent, hésitantes, encore choquées de cet échange surréaliste.

Harry, lui, dévisageait Draco en clignant des yeux, ayant l'air d'un hibou violemment jeté dehors en plein milieu de la journée. Il finit par s'ébrouer, après de longues minutes d'observation, et hausser les épaules.

« Malfoy, tu peux me passer les croissants s'il te plait ? » Demanda-t-il prudemment

Le blond hocha la tête distraitement, occupé qu'il était à fixer Crivey avec un rictus qui aurait pu passer pour un sourire s'il ne charriait pas autant de mépris. Soudain, avec un « pouff »sonore qui fit sursauter une bonne partie de la salle, la silhouette du photographe laissa place à celle terrifiée d'un petit écureuil doré.

Toute la table éclata de rire, Draco le premier, ce qui ne fit qu'augmenter la perplexité de son voisin qui l'observait avec une expression à mi-chemin entre l'effarement et la fascination. Le préfet lui passa le panier de viennoiseries avec un sourire amusé, que Harry lui retourna, encore saupoudré d'une pointe d'incrédulité.

Mais la bonne humeur du Serpentard s'évanouit alors que le petit animal traversait la longueur de la table avec une vivacité étonnante. Il franchit les derniers obstacles d'un bond fluide, avant d'atterrir et de planter ses petites griffes dans l'épais tissus de la robe de Potter, poussant un faible « scrouiiic » de terreur très peu crédible. Avec agilité, il escalada le torse sous ses pattes, se fraya un chemin entre les mèches d'encre avant de se couler contre sa nuque. Là, il frotta sa truffe humide dans l'oreille du sauveur avec un son entre le couinement et le craquement de dents. Harry gloussa, chatouillé par les moustaches et la queue touffue, et il dégagea avec délicatesse l'animal pour le poser sur ses genoux. Puis il découpa avec sérieux un petit carré de pain qu'il tartina de sa confiture préférée, y déposa trois ou quatre flocons d'avoine avant de tendre le tout à Colin. Ce dernier s'en empara avec avidité avant de se mettre à grignoter avec enthousiasme, entraînant une nouvelle vague de rires masculins, ponctués cette fois des soupirs attendris de quelques filles.

Et Draco aurait juré que la bestiole le narguait, confortablement installé sur les genoux de son idole.

Avec un grognement, le blond saisit à son tour le pot de verre délaissé et en étala rageusement une épaisse couche sur le reste de son pain aux raisins. L'association s'avéra délicieuse, et il vit son voisin ébouriffé s'empresser de l'imiter.

Un raclement de gorge irrité le surprit dans sa dégustation et il se retourna, agacé. Il reconnut immédiatement l'air pincé et le regard glacial, et une fois de plus son professeur de métamorphose remonta en flèche dans son estime. Les longs doigts, semblables à une araignée blême, se refermèrent sur l'échine de l'écureuil qui poussa un cri plaintif alors qu'elle l'arrachait à son agréable fauteuil humain.

« Messieurs Thomas et Finnigan, veuillez me suivre. Nous allons accompagner votre camarade jusqu'à l'infirmerie, où madame Pomfresh se chargera de lui rendre son apparence initiale. Nous aurons ensuite une petite discussion » Déclara t'elle d'une voix qui n'acceptait aucune contestation.

Avec un fatalisme enjoué, les deux élèves lui emboîtèrent le pas, sous les signes discrets mais plein de compassion, voir d'approbation, de leurs amis. Et de nouveau, beaucoup de rires fusèrent devant la sortie du professeur, la sévérité incarnée, tenant à plus d'un mètre du sol et par la peau du cou une boule de poils hystérique, se débattant tout en piaillant et crachant d'indignation.

« Alors Malfoy, à quoi est du ce brusque changement de comportement ? » Demanda Harry, visiblement indifférent à la disparition subite de Colin. Cette simple constatation rendit le préfet inexplicablement satisfait.

« Blaise est venu pleurnicher dans ma chambre hier soir. J'ai eu le droit à une grande scène mélodramatique, avec lui à genoux me suppliant de faire un effort. Ma bonté me perdra » Répondit Draco avec une assurance tranquille, tout en sirotant son jus de citrouille frais. Un cri indigné s'éleva à sa gauche

« Je n'ai jamais fait ça ! » S'offusquait Blaise, essayant en vain de se faire entendre malgré le vacarme qui régnait. Il se laissa retomber sur sa chaise dans un bruit sourd quand le blond lui adressa un clin d'œil taquin

« Ah, si ce n'est que ça » Commenta Harry, inconscient de l'échange entre les deux serpentards. Il se frotta la nuque, mal à l'aise, ébouriffant un peu plus sa tignasse indomptable « Enfin, tant mieux. J'ai cru un instant que ça pouvait être à cause de notre…discussion d'hier soir. Du coup j'avais préparé un joli petit discours et tout, parce que Ron ne m'aurait jamais pardonné si j'énervais ses nouveaux amis, je parle de Blaise et Theo. Je commence à les connaître tous les deux, et je me doute que t'éloigner reviendrait à les faire fuir eux » Il murmurait, craignant que quelqu'un ne les entende.

Alors qu'il se penchait vers la droite pour mieux l'entendre, Draco se surprit à s'approcher un peu trop, frissonnant quand le souffle chaud s'écrasait dans son cou.

« Huum ? » Jeta-t-il vaguement pour seule réponse, espérant que l'onomatopée songeuse lui suffise. Et en effet, car Harry reprit en se raclant la gorge d'un air gêné.

« Et…Malfoy ? »

« Hum ? » Répéta-t-il

« Merci pour hier »

La chaleur timide qui se dégageait de cette simple phrase lui arracha un sourire sincère. Le brun le lui renvoya, en beaucoup plus rayonnant. Ils se fixèrent ainsi durant de longues minutes avant que Harry ne s'aperçoive du ridicule de la situation

« Et…Sinon, cette trêve que tu nous accorde gracieusement, c'est du genre longue durée ou plutôt symptôme d'un manque de sucre qui se résorbera dès que tu auras fini d'avaler ton poids en confiture ? » Le taquina Harry en s'emparant de nouveau dudit pot de confiture

« Tout de suite les mots qui fâchent Potter. Sache que je peux manger autant que je veux sans conséquence, j'ai un métabolisme absolument parfait. Et si vraiment cela t'angoisse tant que ça, j'accepte de me tenir éloigné de tout objet contondant ou coupant dès la fin du repas. Juste en cas de sursaut de lucidité »

« Comme tu le dis si bien Malfoy, ta bonté te perdra » Conclut Harry avec le sourire bloqué de ceux qui s'empêchaient de rire.

« Bien puisque nous sommes d'accord sur ce point…Rends moi la confiture avant que tu n'engloutisses le pot avec » Trancha Draco en observant, faussement réprobateur, le brun qui léchouillait sa cuillère poisseuse de sucre d'un air coupable.

Theo, Blaise et Ron suivirent du coin de l'œil l'étrange échange des deux anciennes nemesis, Harry penaud tendant au blond un pot pratiquement vide.

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La chaleur inhabituelle du mois de mars avait laissé place à un mois d'avril plus doux, même si le mercure dépassait encore de beaucoup la norme saisonnière. Une petite brise fraîche rafraichissait enfin l'air, chassant les élèves dehors à la moindre heure creuse.

Actuellement, c'était le préfet de Serpentard qui hantait la pelouse, entouré d'une aura négative qui repoussait automatiquement la totalité de la population estudiantine, qui, bien qu'abrutie par le soleil, n'en oubliait pas pour autant le danger que représentait un Malfoy en rogne. Le blond irrité traversait donc le parc, sa progression marquée par la disparition soudaine de tous les élèves, se rencognant dans la moindre tâche d'ombre épargnée par le haut soleil de ce début d'après midi.

Le cours de défense contre les forces du mal avait été encore pire que d'habitude, et il se sentait venir des pulsions de meurtre. Il avait tourné durant une heure dans sa salle commune, se défoulant sur des premières années terrorisées, avant que son meilleur ami ne le mette carrément à la porte en lui ordonnant d'aller passer ses nerfs ailleurs et de laisser les honnêtes gens bosser. Le fait que les jeunes effrayés le dévisagent pendant plus de trois quart d'heure avec espoir alors qu'il essayait d'avancer un devoir de potion particulièrement complexe avait tendance à le crisper légèrement.

Alors qu'il se dirigeait vers le vieux saule pleureur au bord du lac noir, il y aperçut une silhouette allongée au sol sur le ventre. En s'approchant, il reconnut Harry, la tête appuyée sur les mains et les jambes croisée, dans une attitude qui aurait parut efféminée sur n'importe qui d'autre.

Un soupçon de bonne humeur perça enfin sa carapace de morosité et un sourire vint flotter sur ses lèvres.

Cela faisait trois jours qu'il avait décidé de laisser faire et d'aviser au fur et à mesure. En plus de lui éviter d'atroces migraines, cette attitude présentait, bien que le fait même de le reconnaître lui donnait envie de se récurer le cerveau à l'acide, quelques avantages.

Il avait découvert, par exemple, que Ronald Weasley avait beau être un crétin de première, il était aussi l'un des seuls Gryffondors à ne pas le craindre et à répondre à chacune de ses piques. Il abordait continuellement un humour tranquille que le Serpentard ne lui connaissait pas et qui le laissait légèrement perplexe. Un jour ou l'autre, il faudrait qu'il se renseigne auprès de Blaise, il était certainement au courant de la raison pour laquelle sa simple existence semblait tant amuser le rouquin.

Sous l'impulsion, proche de l'ordre, de Pansy, il avait aussi dut apprendre à connaître Granger. Mais plus que sa perspicacité, son intelligence et autres qualités dont sa brune personnelle lui rebattait les oreilles depuis des semaines, c'était plutôt sa fantastique capacité à faire culpabiliser ses deux meilleurs amis en seulement trois mots, et ce sur le sujet de son choix, qui forçait l'admiration du préfet de Serpentard.

Il sortit de ses pensées alors que, assez proche du brun, il finit par s'apercevoir que ce dernier était lancé en pleine discussion avec… l'herbe ?

Interloqué, il fit un pas sur le côté et pencha la tête, essayant de voir ce qui pouvait bien passionner à ce point Harry. Quand il reconnut à la fois les étranges sons provenant de sa bouche et son interlocuteur, il fit un gigantesque bond en arrière. Dans sa précipitation, son pied accrocha l'une des racines de l'arbre et il s'étala, ce qui ne l'empêcha pas de continuer à reculer à toute vitesse, dans une démarche oscillant entre la marche quadrupède et la course effrénée. Alertés par le bruit, deux regards stupéfaits l'observèrent se débattre avec la gravité.

« Malfoy ?! Mais…Qu'est ce que tu en train de faire exactement là ? » Demanda Harry, absolument abasourdi

« Et toi Potter ? Tu as vu à quoi tu parles ? Mais t'es malade ma parole ! » L'invectiva Draco d'une voix de fausset

« C'est un serpent Malfoy, pas un Magyar à pointe. Je pensais, vu ta maison, que tu appréciais plutôt ce genre de bestioles » Le taquina le brun avec un sourire

« Elle est du genre rouge et bleue ta bestiole Potter ! Rouge et bleue ! On ne t'a jamais apprit que chez les animaux plus c'est coloré moins c'est fréquentable ? » Gargouilla t'il

« Tout de suite… Il est très poli figure toi. Il s'apprêtait à donner un coup de croc à Trevor, le crapaud de Neville, mais je lui ai demandé de ne pas le faire. Très civilisé je te dis, nous débattions justement sur l'idée d'animaux domestiques, il a du mal à saisir le concept. Les reptiles sont fiables, s'ils disent quelque chose ils le font. La ruse leur est inconnue. Etrange que Salazar l'ait choisit comme symbole, il aurait du le savoir pourtant étant fourchelangue… » Songea Harry à voix haute

« Dis lui de partir ! » Exigea le blond d'une voix qui ne se décidait toujours pas à retrouver ses intonations graves et masculines habituelles.

Potter lui jeta un regard torve avant de se tourner vers le reptile. Il se mit à siffler, et, durant quelques instants, la peur de Draco fut submergée par la fascination alors qu'il écoutait avec délice la voix de velours entrecoupée de chuintements.

Des hautes herbes, une réponse vint, presque inaudible, à la limite de l'ultrason. Le reptile se redressa de toute sa hauteur, pas tellement impressionnante d'ailleurs, il ne devait pas dépasser la taille d'un avant bras, et darda sur lui un regard irrité. Enfin, aussi irrité que puisse paraître un iris doré, fixe et fendu de noir.

« Heu… Hem. Il dit qu'il était là le premier et que tu n'as qu'à te trouver un autre territoire de chasse » Traduisit Harry d'un air désolé, s'empêchant visiblement d'éclater de rire.

« Mais, pour qui il se prend cet espèce de lombric mutant ? » S'outra Draco en se rapprochant, toute crainte envolée.

Mais cette dernière revint bien vite quand Harry fit remarquer, penaud « Pour quelqu'un produisant un poison capable de te tuer en moins de six secondes, et ce juste par contact cutané ? »

Le préfet blêmit visiblement, s'éloignant encore un peu avant de marmonner un juron. Il observa, éberlué, Harry lui adresser un coup d'œil désolé avant de retourner à son débat, en l'oubliant complètement. Piqué au vif, Malfoy s'approcha de nouveau du duo.

« Si je vous rejoins, il compte me grignoter ? » Demanda-t-il d'un ton sec pour camoufler son angoisse.

Le Gryffondor lui jeta un regard étonné puis se retourna vers son interlocuteur à sang froid. Il y eut un échange de chuintements avant que Harry ne repasse à un langage compréhensible des autres humains.

« Il dit qu'il ne te feras rien tant que tu ne l'ennuieras pas. Il a aussi ajouté que…Hem. Il accepte à condition que tu ne touches pas à son shasserissalaah » Le dernier mot ressemblait plus à un feulement qu'à un sifflement.

« Je ne demande pas mieux, mais c'est quoi exactement ce truc ? » L'interrogea t'il en se laissant gracieusement tomber à ses côtés

« Il n'existe pas d'équivalent en anglais. En gros, les serpents classent les autres êtres en quatre catégories. Les choses inanimées, qu'ils considèrent comme des éléments du décor, ni plus ni moins. Puis, aux deux extrêmes, les proies et les prédateurs. Et au centre, les shasserissalaah. Ce sont les animaux qui sont suffisamment puissant pour ne pas craindre leur morsure, mais pas assez pour être dangereux. En général, c'est ainsi qu'ils nomment d'autres membres de leur espèce de force à peu près égale » Expliqua Harry d'un ton docte, en remontant ses lunettes qui glissaient régulièrement le long de son nez

« Je vois. Et il parle de ? » Demanda le blond, envahi par un mauvais pressentiment

« De moi apparemment. C'est la première fois qu'il entend un humain parler, et il me considère visiblement comme appartenant désormais à son territoire » Rit le brun, alors que le corps écailleux à ses côtés se redressait avec ce qui s'apparentait énormément à de la fierté mélangée à un soupçon de suffisance, comme s'il comprenait parfaitement la teneur de l'échange des deux élèves.

« Possessif en plus le vers de terre » Grogna le préfet de Serpentard. Harry eut un rire de gorge qui tira un sourire satisfait au blond

« Bah, même si à la base c'est une grande marque de respect, je pense qu'il m'appelle comme ça pour m'amadouer. Pour lui, je suis juste un étrange phénomène, comme si un matin ton hibou se mettait à te réciter du Shakespeare »

Observant d'un air dubitatif le regard presque gourmand dont le serpent couvait le Gryffondor, Draco lâcha d'un ton détaché

« Si je peux me permettre, tu te plantes complètement. Enfin bon, ça n'est pas comme si j'avais l'intention de te toucher »

Le regard vert pétilla d'humour derrière les lunettes rondes, mais il retient le commentaire amusé qui lui brulait les lèvres.

« Alors comme ça, il a voulu bouloter le crapaud de Longdubat ? Comme quoi, pas besoin d'avoir un énorme cerveau pour avoir des idées de génie…. Mais au fait, qu'est ce qu'elle foutait là la bestiole gluante ? Pourquoi ce crétin la laisse vagabonder aussi près de la forêt interdite ? » Demanda t'il en détournant la conversation du sujet glissant, tentant d'ignorer le regard figé du reptile qui le dévisageait sans ciller.

« Oh, ça n'était pas volontaire. Neville passe son temps à perdre Trevor depuis que sa grand-mère le lui a offert. La première fois que j'ai croisé Hermione, dans le Poudlard express en première année, elle l'aidait déjà à retrouver son crapaud fugueur. Mais d'habitude, il ne va pas plus loin que le tableau de la grosse dame. Neville était paniqué, il a organisé une battue dans tout Poudlard et je me suis proposé pour fouiller le parc » Lui raconta t'il

« Tu t'es dévoué pour retrouver un amphibien de moins de dix centimètres dans plusieurs hectares de serres, herbes, lac, plantes carnivores et autres buissons inextricables ? Ton abnégation à la limite du masochisme me stupéfiera toujours Potty » S'étonna poliment Draco

« Ta théorie est assez…intéressante » Sourit le Gryffondor avec malice « Mais non. Je me suis contenté d'un sort de localisation. Au début, je voulais lancer un 'accio' mais j'ai essayé une fois avec des vêtements et ils ont traversés plusieurs vitres avant de me rejoindre. Et si Trevor était resté à l'intérieur, je pense qu'il n'aurait pas aussi bien supporté ce traitement qu'un jean et un pull »

« C'est vrai que cela aurait été une telle perte pour l'humanité » Ironisa le blond

Il y eut un long silence, que le petit serpent vint combler par une litanie de sifflements continus et ondulants. Au bout de longues minutes, Draco s'arracha à la torpeur qui le gagnait lentement, entre la douce chaleur du soleil qui contrastait avec la fraicheur de l'herbe, le monologue du reptile trop coloré qui se transformait en bourdonnement engourdissant et le corps du brun appuyé légèrement contre lui.

« Il te parle de quoi ? » Demanda-t-il paresseusement

« Il babille. Il me parle de la plus grosse souris qu'il ait attrapée, du nid où il a passé l'hiver, de l'odeur du printemps qui revient… Il doit être vraiment jeune, on dirait même qu'il zozote quand il parle vite. C'est mignon » Répondit le Gryffondor d'une voix affectueuse, jetant un regard attendrit au petit reptile qui continuait à chuinter à tout va.

« Je vais faire comme si je ne t'avais pas entendu qualifier quarante centimètres de mort potentielle de 'mignon' » Commenta t'il d'un air blasé en laissant retomber son menton sur ses bras croisés

« Pourtant, c'est vrai… » Il pencha la tête sur le coté, souriant « Tu penses qu'ils ont connu la guerre au fond de leur forêt ? J'aimerais bien savoir ce que ça fait de vivre avec seulement en tête ce qu'on va pouvoir se mettre sous la dent dans quelques minutes ou de penser à surveiller qu'aucune bête hérissée de crocs et de griffes ne tombe de l'arbre le plus proche » Songea Harry à voix haute

« Aucune idée… » Répondit simplement Draco, se penchant durant quelques secondes sur la question. Jusqu'à ce que le brun se remette à parler fourchelangue, attirant immédiatement sur lui son attention cotonneuse.

« Faut que vous arrêtiez vos petits apartés hein, ca devient agaçant. Vous discutez de quoi cette fois ? » L'interrogea t'il en retenant un bâillement

« Il voulait savoir de quoi on parlait nous » Rit Harry

« Je vois. Et donc, il a répondu quoi à tes pensées hautement philosophiques ? » Demanda le blond vaguement intéressé

« Il m'a demandé ce que c'était qu'une guerre »

« Ah. Sa question est pire que la notre » Commenta sobrement le préfet

« Je lui ai répondu que c'était quand beaucoup de prédateurs attaquaient beaucoup de proies sous les ordres d'une seule personne. Lequel serait une sorte de mélange entre un shasserissalaah et un super prédateur » Lui rapporta Harry

« Jolie répartie » Approuva le Serpentard

« Je trouvais aussi. Mais la sienne était aussi très sympathique »

« ? » Le relança Draco

« 'S'ils étaient plusieurs, pourquoi est ce qu'ils ne l'ont pas attaqué ? Même le plus fort des serpents ne survit pas à une meute de rats en folie'. Assez juste non ? » Lâcha Harry avec un sourire entre amusement et amertume

« Juste, mais peu commune. L'image est pour la moins…inhabituelle. Mais dis à ta bestiole que son serpent là, il était mortel. Ca n'était pas le cas du notre, ou en tout cas pas en théorie » Répliqua le blond en se redressant un peu

Le brun ne fit aucun commentaire, et traduisit immédiatement. Quand il reprit la parole, il semblait vraiment interloqué

« Heu…Il me demande ce qu'est la mort »

« Oh. Bonne chance pour répondre à ça Potter » Ricana Malfoy sans daigner l'aider

« Merci » Grimaça-t-il. Il se mit à siffler de nouveau et il y eut comme un débat agité entre l'homme et le reptile

« Qu'est ce qui se passe ? » Se renseigna le blond

« Je n'arrive pas à lui expliquer » soupira Harry « Je lui ai dit que c'était ce qui arrivait aux souris qu'il mangeait, quand elles arrêtaient de respirer »

« C'est une bonne définition je trouve. Peut être un peu réductrice, il manque la dimension paradis, anges et autres châtiments. Enfin bon, le principal y est » Le taquina Draco

« Oui, ben ça n'est pas vraiment son avis. Selon lui, il ne mange pas de souris mais une chose inanimée qui a l'odeur de la souris qu'il poursuivait. Il la touche et, pouf, elle disparaît, pour laisser la place à de la nourriture parfumée rongeur. Il dissocie complètement la cadavre qu'il mange de l'animal qui bondissait devant lui quelques instants auparavant » S'étonna le Gryffondor

«Ils n'ont donc aucune conscience de la mort… En voilà qui ont trouvé la vraie recette du bonheur. Quel meilleur moyen de profiter du présent si l'on n'a pas conscience que le futur peut s'interrompre à n'importe quel moment » Souffla le blond

« Eh bien Malfoy, te voilà bien philosophe à ton tour. C'est le soleil qui tape trop fort ? » Pouffa doucement le brun

« Oh, la ferme » Riposta Draco avec un geste approximatif de la main dans sa direction, ses yeux se fermant contre son gré

Le silence se réinstalla lentement, avec pour seul perturbation les respirations profondes et apaisées des deux adolescents

« Dis Potter, tu vas le garder ? » Demanda soudain le Serpentard alors qu'il voyait l'animal à sang froid venir se blottir contre Harry, la tête reposant sur la paume du brun. Il semblait parfaitement en confiance et il s'enroulait lâchement autour du poignet fin, laissant ses anneaux pendre dans une attitude de bien être ouaté. Le motif coloré du reptile contrastait violement avec le feutre épais et sombre de la robe du sorcier. Le soleil dansait sur le corps écailleux, lui donnant l'aspect scintillant d'un bijou simple et éthéré aux mailles de saphir et rubis. De temps à autre, il dardait une minuscule langue grisâtre, qui semblait gouter l'odeur de son porteur avec avidité.

Harry lui renvoya un regard interloqué, voir vaguement choqué, alors qu'inconsciemment il laissait ses doigts flâner le long de l'échine du serpent, effleurant à peine la peau de cuir glacé

« Bien sûr que non, c'est un animal sauvage, il serait bien trop malheureux en captivité » Lui répondit-il finalement

« Tu penses ? Il n'a pourtant pas l'air à l'agonie en ce moment. Tu l'as apprivoisé, je suis sûr qu'il accepterait tout à fait de vivre au château pour rester avec toi. J'ai l'impression que pour lui tu serais une parfaite compensation à une légère restriction de sa liberté » Observa Draco alors que, comme s'il le comprenait, le reptile resserrait son étreinte possessive sur le Gryffondor avant de glisser paresseusement sa tête triangulaire entre son pouce et sa paume, les yeux mi-clos sous la caresse appuyée.

« Rien ne vaut la liberté Malfoy » Le contredit doucement Harry « Il est fait pour vivre dans la forêt, à apprendre à chasser des souris ou à dorer au soleil sur un rocher, dans des endroits où aucun humain n'aura jamais accès. Le fait qu'il m'apprécie peut être un peu ne me donne pas le droit de décider pour lui. Et puis, avoue que le capturer ne serait pas la meilleur des preuves d'amour que je puisse lui donner » Sourit le brun

« Bah, il m'a l'air bien consentant pour une victime » Commenta simplement le préfet

« Il n'en resterait pas moins une victime » Releva Harry « Non, et puis si je le ramène au dortoir, Ron va me faire une crise d'apoplexie tout en m'assurant que, non non, ça n'a absolument rien à voir avec le serpent mortel enroulé autour de mon cou, seulement qu'il se découvre une allergie subite et foudroyante aux poils de Pattenrond. Quand à Hermione, j'aurais droit à un sermon de plusieurs heures, qui finirait par muter en une analyse psychomagique sur une obsession quelconque que j'aurais à vouloir retrouver un peu de danger dans ma vie trop calme, ou peut être un besoin inconscient de cajoler quelqu'un de Serpentard. » Il eut un éclat de rire, et Malfoy décida sagement d'effacer la dernière phrase du Gryffondor de sa mémoire. Beaucoup trop perturbante.

« Et tu as bien sûr conscience que s'il repart dans la forêt, rien ne te dis qu'il ne va pas mourir immédiatement, tué par les sombrals ou les hyppogriffes du demi géant ou tout autre charmante bestiole grouillant la dedans » Insista le préfet

« Bien sûr. Mais il y a toujours des risques à laisser ceux qu'on aime faire leurs propres choix » Une ombre vint flotter sur son visage, et Draco comprit soudain que la conversation allait en réalité beaucoup plus loin que le simple cas du serpent « Et puis, bonne chance pour lui expliquer, je te rappelle qu'il ne sait pas ce qu'est la mort. Pour lui, le choix revient à choisir entre une vie encadrée par quatre murs, à manger de la viande trop cuite et avec pour seul terrain de chasse une chambre de vingt mètres carrés, et une autre, à tenter d'attraper les oiseaux au vol, dormir dans les nœuds de troncs qui auront changé de place le lendemain et redécouvrir avec émerveillement, chaque matin, le lever du soleil au dessus des arbres. Dis-moi Malfoy, que choisirais-tu à sa place ? » Voulut savoir le Gryffondor.

Le préfet ne répondit pas, se contentant de se rallonger, laissant tomber sa tête sur ses bras croisés.

Les yeux toujours fermés, le petit serpent se remit à chuinter à tout va, et Harry lui répondit de la même façon, d'une voix que Draco devinait cajoleuse. Et si ses yeux étaient éclairés d'une lueur attendrie, ceux jaunes qui se rouvraient délicatement étaient rempli de quelque chose proche de la vénération

Potter avait beau dire ce qu'il voulait, il n'était pas en position de comprendre. Le reptile ne pourrait demander à venir vivre avec lui, son cerveau n'était pas assez évolué pour qu'il puisse concevoir une telle idée, qui impliquerait une projection dans le futur. Mais le blond savait pertinemment que si le choix lui était proposé, le serpent accepterait sans hésiter. Parce que son espèce avait beau être connue pour sa sauvagerie et son asociabilité, celui là s'était déjà intoxiqué à la présence de Potter. Et qu'il était bien trop tard pour qu'il puisse espérer s'en guérir.

Lui-même découvrait petit à petit, en se laissant aller à découvrir le prince des lions, qu'il agissait comme un poison vicieux et absolu. Par touches invisibles, il corrodait l'âme, jusqu'à ce que les dégâts deviennent irréversibles. Et plus le temps passait et plus il se révélait dur de s'en éloigner, comme d'un feu trop ardent que l'on voudrait craindre après s'y être brulé mais dont on ne parvenait pas à s'écarter, car le monde parait glacial loin de lui.

La pensée lui vint, fugace, que le rapprocher de Potter n'était peut être pas la meilleure idée que Blaise ait eu. Mais le bien être qui l'ankylosait la chassa bien vite, et Draco se laissa bercer par la voix sinueuse, chaleureuse, du brun qui alternait fourchelangue et anglais sans qu'aucun de ses interlocuteurs embrumés ne semble vraiment en saisir le sens.

Quand, une heure plus tard, Blaise et Ron vinrent chercher Harry dans le parc pour voir ce qu'il faisait, ils le trouvèrent assit en tailleur, avec dans sa main gauche la forme recroquevillée et endormie d'un serpent bariolé, tellement tassé sur lui-même qu'il ressemblait à une minuscule balle multicolore d'où dardait de temps à autre une langue fourchue. Et, alangui de tout son long à ses côtés, la tête blottie au creux de son coude, un autre genre de serpent était paisiblement assoupi. Sur son visage dansaient des flaques de lumière, épousant les mouvements tranquilles des longues branches molles du saule pleureur dérangées par la brise. Parfois, un rayon venait frapper un peu trop fort l'endormi qui fronçait alors inconsciemment les sourcils, des rides légères naissant sur son front dans une mimique enfantine étrangement touchante.

Le Gryffondor adossé au tronc caressait du pouce la tête du plus petit reptile sur sa paume, et, avec un sourire tendre et doux, passait distraitement ses doigts dans les cheveux trop pâles du préfet abandonné, s'amusant à ébouriffer délicatement les mèches argentées avant de les recoiffer avec soin.

Sans un mot, les deux meilleurs amis tournèrent les talons, prenant bien garde à ne surtout pas se faire remarquer.

Cet après midi là, Harry Potter et Draco Malfoy manquèrent à l'appel du cours de sortilèges

A suivre

Note du champi : voila voila ^^ J'espère que ce chapitre ne vous a pas déçu. Encore merci à tous ceux qui prennent le temps de me laisser un petit mot, je suis si heureuse que cette histoire plaise à quelques personnes :)

Temis, votre champi 3