Disclaimer : Pas à moi, mis à part un certain parasite de retour :p

Couples : HPDM, BZTN

Dédicace : A Sean, encore et toujours (et pour encore cinq chapitres :p). Merci pour tout mon zombie, jte nem tellement

Note du champi : Comme promis, voici le chapitre cinq de l'ombre. Je voudrais juste vous remercier pour vos petits mots sur le chapitre précédent. Je n'arrive pas à croire que cette fic atteigne déjà presque les cinquante reviews oO Tous vos avis me sont très précieux, même si je n'ai pas toujours le temps d'y répondre et je suis vraiment heureuse qu'elle vous plaise :D Un merci tout particulier d'ailleurs à Mumtaz, Pure absynthe, et livioute dont les reviews m'ont énormément touchées

Bonne lecture à tous ^^

Chapitre cinq

Draco s'assit dans le fauteuil indécemment moelleux, s'enfonçant sur plusieurs centimètres, avant de s'installer confortablement. A peine eut il fermé les yeux qu'il s'endormit, le sourire troublant de douceur de son voisin gravé sur ses paupières.

Et pour la première fois depuis la Chute, pas un cauchemar ne vint hanter le sommeil de Draco Malfoy

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« …aco…Draco…Draco !! »

Le blond sursauta et ouvrit brusquement les yeux, désorienté. Un flot de lumière vint l'agresser et il secoua sa tête lourde, tentant de comprendre ce qui lui valait un tel réveil.

Il finit par reconnaître Pansy, qui était agenouillée devant lui avec un sourire doux, serrant l'une de ses mains dans les siennes. Il s'étira, gémissant alors que ses muscles endoloris lui rappelaient qu'il n'avait pas passé la nuit dans son lit.

Il jeta un regard circulaire autour de lui, s'apercevant avec une surprise horrifiée qu'il était dans sa salle commune, pelotonné dans l'immonde fauteuil de Weasley. Au fond de la pièce, une dizaine de serpentards toutes années confondues le fixaient avec une expression d'émerveillement bovin proprement exaspérante.

Pansy attira de nouveau son attention en serrant délicatement ses doigts entre les siens. D'un simple coup d'œil noir, elle dispersa les spectateurs comme une volée de moineaux craintifs. Puis son regard sombre, de nouveau doux, se posa sur le visage de son préfet avec sollicitude

« Tu as la mine toute chiffonnée Draco. Pas trop mal partout ? » Demanda t'elle avec un sourire en coin

« Bah, je dois bien avoir un muscle qui ne soit pas froissé. Je ne l'ai juste pas encore découvert, c'est tout » Grimaça le blond en frottant sa nuque raide

« Je vois » Rit elle doucement

Le regard de Draco alla se perdre dans les boucles brillantes de Pansy avec tendresse. C'est qu'il leur en avait fallu du temps pour en arriver à devenir amis.

Les premières années, il ne voyait Pansy que comme une jeune fille un peu idiote, trop agressive et obséquieuse. Beaucoup la considérait comme la future Mme Malfoy, mais cette idée lui était complètement indifférente tant le concept de mariage lui semblait abstrait à l'époque.

Mais le temps était passé sur eux, apportant dans son sillage le seigneur des ténèbres et la guerre.

Draco avait choisit en secret l'ordre du phénix, Pansy l'avait fidèlement suivit. Et comme tous les Serpentards, comme tous les élèves, elle avait changé. Son caractère s'était durcit, la grande rêveuse qu'elle était laissant place à une jeune adulte amère, âpre envers le monde mais toujours aussi douce envers ceux qu'elle aimait. Physiquement aussi elle avait mûrit, ses traits s'étaient affinés et des muscles durs roulaient à présent sous sa peau, lui donnant la grâce nerveuse d'une panthère de métal. Tous savaient que Pansy n'avait pas mit que son gros cerveau à la disposition de l'ordre, et bon nombre de ses amants avaient découvert qu'entre ses bras on ne connaissait pas seulement une petite mort. Elle incarnait à la fois Eros et Thanatos.

La « Mante » était devenue son nom de résistante.

Ce genre d'anecdotes faisait partie des choses taboues, dont on ne parlait pas, se contentant de le sous entendre d'un regard. En période de guerre, tous les moyens étaient bons pour vaincre, les serpentards étaient les mieux placés pour le savoir.

Mais durant cette sombre époque, la brune s'était éprise d'un de ses camarades, d'un an son cadet. Ils avaient vécu durant quelques mois une idylle aussi inattendue que passionnée, dont les rebondissements avaient animé de longues soirées de ragots au coin du feu.

C'est durant cette période que Draco s'était peu à peu rapproché de cette Pansy plus serpentarde que jamais, au caractère entier et maniant sa beauté comme la plus meurtrière des armes. De simple connaissance à peine supportée, elle était devenue une amie précieuse. Il aimait sa douceur derrière sa dureté, cette fragilité qu'elle tentait de cacher en permanence sans jamais y parvenir parfaitement. Il était fasciné par son intelligence hors du commun et par son extraordinaire capacité à le percer à jour.

Leur amitié s'était cristallisée une nuit pluvieuse d'hiver, en milieu d'année dernière. Quand l'amour de Pansy essaya de poignarder Malfoy dans son sommeil, lequel, trop naïf, l'avait laissé dormir sur son canapé, le pensant fin saoul. Mais Pansy était arrivée à ce moment là, silencieuse comme une ombre, et avait abattu sans une once d'hésitation son amant. Vigilance constante, cette maxime elle devait se l'être gravée jusqu'à l'âme, car ce soir là elle avait trouvé étrange de ne pas voir le garçon sortir de la chambre du préfet en chef.

Parfois, dans ses pires cauchemars, il revoyait le visage décomposé de Pansy alors qu'elle lançait presque négligemment le sort fatal dans le dos de celui qu'elle considérait comme son grand amour. Et certains soirs, quand l'obscurité l'oppressait, il lui semblait qu'elle flottait encore dans les airs, cette mélopée sourde et lancinante que Pansy lui avait soufflé à l'oreille alors qu'elle le berçait comme un enfant, tentant de calmer la crise de panique qui avait gagné le corps du préfet.

Il semblait décidément écrit que tous ceux à qui il tenait perdraient l'amour pour le sauver.

En fouillant ses affaires, le professeur Snape avait découvert que l'assassin était en réalité un fanatique du seigneur des ténèbres qui avait vu dans son rapprochement avec Malfoy un parfait moyen de rentrer dans les bonnes grâces de son idole. Son refus apparent de prendre parti avait influencé les plus jeunes, et Voldemort aurait été plus que ravi de recevoir sa tête sur un plateau à défaut de pouvoir le faire rentrer enfin officiellement dans ses rangs.

Depuis ce jour là, la balance des forces en présence à Serpentard s'était modifiée. Par degrés invisibles pour quelqu'un d'extérieur, les choses avaient changé. Et si Theo était le petit trésor jalousement dissimulé aux yeux de tous, elle était devenue leur reine cachée. Une reine régnant dans la pénombre, gérant ses troupes à coups d'œillades assassines ou de simples remarques susurrées à l'oreille qui pétrifiaient plus que n'importe quel sermon publique. Elle était en quelque sorte le bras armé de Malfoy, se chargeant d'empêcher quiconque de lui nuire.

La hiérarchie s'était ainsi stabilisée. Theo et son charisme corrosif, qui obtenait ce qu'il voulait d'un simple sourire en coin, Pansy et sa présence implacable, veillant continuellement à préserver l'honneur et les mystères de sa maison, main d'acier porté au rouge dans un fin gant de velours. Leur froid et inaccessible leader, Draco Malfoy, qui n'avait jamais besoin d'élever la voix pour être obéit. Le moindre de ses chuchotement avait force de loi et ses remarques faisaient office de pensée commune. Sans oublier Blaise Zabini, l'électron libre. Tour à tour sympathique, effrayant, moqueur, autoritaire, il endossait tous les rôles sans se soucier un instant du reste. Il apaisait certaines tensions, en exacerbaient d'autres, adoucissait au maximum les relations entre leur maison et le reste de l'école et pouvait se permettre à peut près tout sans qu'aucun des trois autres ne l'en empêche, ce qui ne le rendait que plus terrifiant.

Draco se pencha un peu en direction de Pansy, enfermant son autre main dans la sienne avec un petit sourire. Elle se redressa, libérant ses mains qu'elle passa doucement au passage dans les cheveux blonds et murmura

« Dépêche toi de te préparer, le petit déjeuner sera servit dans quelques minutes et je suis sure que tu ne tiens pas à t'y présenter attifé comme le premier des moldus »

« J'y vais » Acquiesça t'il, ayant juste le temps de déposer une bise aérienne sur la joue de son amie avant qu'elle ne se dirige déjà à grands pas vers un petit groupe de premières années qui bavardaient avec enthousiasme d'un sport moldu.

Alors qu'il se levait, Draco eut la surprise de voir Potter appuyé contre le mur, juste à côté de la cheminée. Il ne l'avait pas remarqué, trop endormi pour ça, mais à présent ses yeux avaient accroché le Gryffondor le souvenir de la veille lui revint d'un seul bloc, lui coupant le souffle.

Merlin, il n'avait pas vraiment embrassé Potter n'est ce pas ?!

Avec horreur, il se sentit rougir lentement alors que le brun en face de lui le dévisageait toujours. Il se racla la gorge, bien décidé à le saluer poliment histoire de ne pas paraître encore plus suspect, quand il ressentit un choc violent au niveau de son épaule gauche.

Ahuri, il dévisagea Potter qui venait de passer tout droit sans prendre la peine de le contourner, manquant de lui arracher le bras. Alors que le préfet hésitait encore entre s'inquiéter de cette étrange réaction-et si c'était en fait Crivey sous polynectar ?- ou sauter simplement à la gorge du sans gène, le brun se retourna.

Et Draco resta figé devant les iris émeraudes, si brillantes hier encore, qui le transperçaient à présent. De sous ses mèches désorganisées, le regard de Potter le brûlait comme il le faisait depuis tant d'année, la cruelle morsure d'une haine et d'un dégout profond.

Puis, Potter se retourna et sans un mot franchit le tableau, bousculant au passage un Blaise stupéfait. Le regard du métis oscilla un instant entre la sortie qui venait de se refermer avec une rare violence et son préfet statufié, avant qu'il ne finisse par hausser les épaules. Ils étaient presque adultes, ils pouvaient bien résoudre leurs problèmes sans aide pour une fois…

De son côté, le blond ne pouvait plus bouger car son esprit en ébullition avait bien trop à faire pour analyser ce soudain revirement de situation pour pouvoir en plus gérer son aire motrice.

Apparemment, il n'avait plus à se poser de question à propos d'une éventuelle amitié avec le Gryffondor, ce dernier avait tranché pour lui. Car le garçon qui venait de sortir, il le connaissait mieux que personne. Disparu le sauveur souriant, fragile, calme, gentiment moqueur. Sa flamboyante nemesis était de retour, dure, acerbe, violente, aussi dévastatrice et difficile à contenir qu'un typhon lancé à pleine puissance. Adieu la douce accoutumance du Gryffy qu'il découvrait peu à peu, il n'avait plus le droit qu'à la drogue dure, amère, qui lui laissait un arrière goût de bile sur la langue.

Car il était bien là le problème. Les choses semblaient enfin revenir à la normale, et pourtant il n'en était pas franchement heureux. A vrai dire, cette simple idée le rendait malade.

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Assit bien droit à sa place habituelle, son sourire narquois en place et un air d'ennui glacé plaqué sur le visage, Draco Malfoy essayait de se souvenir d'un seul jour dans sa vie où il s'était senti aussi mal à l'aise. Il était actuellement la cible privilégiée de regards divers et variés, et pour une fois être au centre de l'attention ne l'enthousiasmait pas tant que ça.

Il y avait principalement le regard de Potter, aussi discret et agréable qu'un fer rouge plaqué sur sa nuque. Il était accompagné de ceux agaçants de Granger et Weasley. La brune les observait fixement, levant de temps en temps les yeux au ciel, exaspérée, semblant prier un dieu anonyme de lui accorder assez de patience pour surmonter cette nouvelle épreuve. Le roux, lui, semblait simplement hilare, et il s'empêchait ostensiblement d'éclater de rire dès qu'il apercevait la silhouette fulminante de son meilleur ami.

A sa propre table, Theo, peiné, cherchait à comprendre ce qui arrivait aux deux nemesis qui se fixaient en chien de faïence. A côté de lui, Blaise, dont les capacités de compassion pouvaient parfois avoisiner celles d'un veracrasse, s'amusait visiblement énormément de ce rebondissement inattendu. Vincent et Gregory, eux, le fixaient avec une petite pointe de réprobation inédite. Ils devaient apprécier le miséreux plus que ne l'avait supposé Draco, et ils craignaient probablement que la situation ne dégénère. Quand à Pansy, elle le fusillait des yeux, apparemment persuadé qu'il était à l'origine de la soudaine rancœur du survivant.

Pour une fois qu'il n'avait rien fait…

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Ils étaient en route pour leur cours de défense contre les forces du mal, et l'ambiance était légèrement vacillante.

Ils s'étaient toujours déplacés en rangs serrés de Serpentard, alors pourquoi soudain l'absence d'un blason rouge et or pour désorganiser la formation se faisait elle sentir ? Comme si l'atmosphère chaleureuse qu'ils essayaient encore d'entretenir était vide de substance, sorte de comédie grotesque pour entretenir l'illusion.

Avec détachement, Draco osa se poser la question qu'il repoussait depuis le matin, depuis que son regard avait accroché celui de Potter. Et si en réalité il avait été réveillé la veille, et qu'il savait donc que Malfoy avait osé l'embrasser ? Pansy avait elle raison ? Était-il responsable de la soudaine hostilité du brun ? Cette simple idée le glaça.

L'apparition soudaine de l'objet de ses pensées l'empêcha de se retourner plus longtemps le cerveau pour trouver une logique à toute cette histoire.

Potter était appuyé nonchalamment contre le mur, près de la porte de la salle de cours, une main dans sa poche et la seconde errant entre ses mèches folles. Il émanait de toute sa personne une assurance tranquille et sauvage, l'impassibilité apparente d'un barrage tentant de contenir un fleuve en crue. Il le fixait par en dessous, ses yeux toujours assombris par ce savant pot pourri d'animosité, de dégout et de haine qui lui était réservé depuis plus de six ans.

Et la seule chose qui vint à l'esprit de Draco devant cette vue, fut qu'il était beau cet abruti. Cette révélation le frappa de plein fouet.

Potter était beau, indécemment beau, mortellement beau.

Il l'avait déjà trouvé beau, ou attendrissant, mais d'un point de vue totalement objectif, comme il lui arrivait de le constater à propos de Blaise et Theo.

Cela n'avait rien à voir avec cette envie profonde, presque viscérale de vouloir l'enfermer dans un lieu où il pourrait l'avoir rien qu'à lui, le protéger de tous les regards et user le sien sur Potter jusqu'à pouvoir le dessiner les yeux fermés. Comme pour une rose trop belle enfermée dans une serre, par simple jalousie à l'idée qu'un coup de vent puisse en effleurer le velouté des pétales de sang, ou qu'un insecte quelconque vienne se blesser aux épines trop parfaites.

Mais la ressemblance s'arrêtait là. Car apparemment apprivoiser Potter lui était impossible, et que de toute façon le brun était le premier défenseur de la liberté. Du genre à déraciner les fleurs dans leur cage de verre pour les replanter dans la terre noire, riche, du dehors et où, malgré le danger, elles apprenaient le bonheur de l'air pur et des rayons du soleil.

Englué dans ses pensées, Draco ne put que rester les bras ballants, dévisageant sa némésis d'un regard un peu fou. Ce dernier haussa un sourcil, et si Malfoy avait été en état il aurait put noter une légère lueur d'inquiétude sous l'épaisse couche de mépris qui envahissait les yeux verts. Mais cette dernière mourut immédiatement quand Pansy poussa délicatement son préfet pour se planter devant le Gryffondor les poings sur les hanches, ayant tout de la louve protégeant son louveteau.

« Potter, on peut savoir ce qui te prend depuis ce matin ? » Demanda-t-elle

Draco intercepta avec une surprise détachée Granger qui adressait à Pansy de grands gestes paniqués de derrière le dos de son meilleur ami.

« Rebonjour Pansy » Susurra Harry avec un rictus qui était au sourire ce qu'un requin est à une sardine. Fascinant, dangereux, et exécuté de telle sorte qu'on s'attendait à tout instant à l'apparition de crocs acérés.

Fait rare, la serpentarde parut déstabilisée et elle recula d'un pas précautionneux. Elle chercha discrètement une explication auprès de son alliée Gryffondor, et Hermione lui retourna un regard à la fois blasé et désespéré. Draco observa Pansy dont le regard sautait de Potter à Granger en passant par lui, le front plissé dans une mimique d'intense concentration. Soudain, son visage s'illumina sous la compréhension, et le blond grogna, frustré de ne pas posséder un cerveau comme celui de son amie.

Pansy réintégra l'anonymat du groupe des serpentards en deux pas gracieux, jetant un dernier regard moqueur et insolent par-dessus son épaule avant de disparaître derrière la haute silhouette de Vincent. Le visage de Potter se crispa visiblement et il tourna sèchement les talons pour s'engouffrer dans la salle, par la porte que le professeur venait d'ouvrir.

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Cela faisait cinq jours que Potter était redevenu Potty, et Malfoy essayait tant bien que mal de s'adapter à ce brutal retour en arrière. Plutôt mal en fait. Ce Potter l'exaspérait. Comme si, après avoir découvert d'autres facettes du Gryffondor, son attitude de défi constant, sa confiance cruelle sonnaient soudain faux.

En réalité, il avait espéré que leurs amis respectifs arrangeraient le problème pour lui et que son rôle se restreindrait à râler et souligner la stupidité des Gryffys

Mais ils l'avaient laissé se débrouiller seul, avec pour seul conseil de parler à Potter. Il n'était entouré que de judas en puissance. Parfois, rarement, il apprécierait d'être entouré par de loyaux Poufsouffles et non pas de manipulateurs Serpentards, lesquels s'amusaient follement en l'observant essayer de gérer seul l'ouragan nommé Potter.

Quoiqu'il en soit, c'était le Gryffondor qui avait décidé de se comporter tout à coup comme un crétin, et tant qu'il n'aurait pas eu une explication valable il était hors de question qu'il fasse un effort.

C'était ce qu'il se répétait depuis cinq jours, mais il avait parfois du mal à s'en convaincre lui-même. Car si Potter ne semblait plus le porter dans son cœur, tout comme Pansy d'ailleurs, il restait très ami avec Blaise et Theo.

Quelques pas en arrière, ces deux derniers fixaient leur meilleur ami d'un regard triste. Le blond était entouré d'une aura de morosité si dense qu'elle en était presque palpable. Le couple, bien qu'il n'en dise rien, s'inquiétait pour son préfet.

Il mangeait moins, ne souriait presque plus et recommençait à dormir aussi mal qu'avant. Ces deux dernières nuits, Blaise l'avait retrouvé affalé dans un fauteuil, les yeux plongés dans le feu, tentant de fuir les ténèbres oppressantes de sa chambre. Ce Draco amorphe les effrayait. Ils pensaient qu'il réagirait violemment au comportement de Potter, que toute cette histoire se terminerait dans une bonne vieille dispute. Mais non, aucune réaction. Malfoy se contentait de subir passivement la colère de Potter. Les deux serpentards étaient bien décidés à parler au Gryffondor dès ce soir, angoissés par les traits creusés, tirés, de leur prince.

Au détour d'un couloir, ils tombèrent justement sur l'objet de leurs pensées. Ce qui n'était pas un hasard, ils étaient juste arrivés devant leur salle de métamorphose. Potter était en train de discuter avec quelqu'un qui n'était ni Weasley ni Granger, même si ces derniers étaient juste derrière lui et l'observaient avec une moue dégoutée.

Draco reconnut immédiatement la longue chevelure brune, et une intense pulsion de haine l'envahit aussitôt.

Lysel Sahed, le retour

Elle était lancée dans une conversation animée avec le survivant, ses rires discrets et sensuels saturant l'air et vrillant à chaque fois un peu plus les nerfs du préfet de Serpentard. Le regard de Potter était un peu trop carnassier au goût de Draco, et celui de Weasley beaucoup, beaucoup trop inquiet.

Jetant aux mandragores ses récentes résolutions, il se rapprocha d'un pas furieux, attrapa le Gryffondor par sa cravate et l'entraina de force dans la salle désaffectée en face. L'indienne vit donc, stupéfaite, le beau brun disparaître de son champ de vision dans un couinement étranglé.

Harry se dégagea maladroitement de la prise du Serpentard, évitant au maximum d'entrer en contact avec la peau ivoire. Il ne se laissa pas déstabiliser par le décor poussiéreux et délabré dans lequel il avait été projeté, et attaqua avec fureur

« Non mais ça va pas Malfoy ? Je peux savoir ce qui te prend ? » S'énerva-t-il, desserrant avec difficulté et fébrilité son nœud de cravate qui continuait à l'étouffer.

Mais, à son grand étonnement, le brun vit le préfet vert et argent lui répondre avec autant de hargne.

« Ce qu'il me prend ? Que qu'il me prend à moi ? » Demanda Draco, halluciné, les décibels de sa voix croissant à chaque mot. « Non mais tu te fous de moi ? Qui est ce qui se comporte comme un imbécile depuis presque une semaine ? Tu me fatigue Potty, alors tu vas m'expliquer ce qui gigote dans le vide intersidéral qui te sert de cervelle, et rapidement de préférence car je n'ai pas l'intention de te laisser sortir d'ici sans avoir de réponse »

« Et tu comptes m'en empêcher seul ? » le railla Harry

« Oui, oui, je sais, tu es le grand survivant, spécialisé mages noirs psychopathes et autres déviants du même type. Malheureusement pour toi, tu es un gentil Gryffondor mais je suis le rusé Serpentard. Et je suis en rogne. S'il le faut, je te mets sous imperium, mais j'aurais le fin mot de cette histoire » Sa voix était si sourde qu'elle se rapprochait d'un grondement, ses yeux mercures le défiant de mettre en doute son affirmation. Mais Potter se contenta de hausser les épaules, avant de lâcher

« Je sais résister à l'impérium depuis ma quatrième année »

Cette phrase nonchalante sembla excéder Malfoy, qui se mit à tourner comme un lion en cage, grommelant des choses sans queue ni tête. Finalement, Harry l'interrompit, le mouvement perpétuel du Serpentard lui donnant le tournis.

« Malfoy, c'est tout ce que tu avais à me dire ? J'étais en pleine discussion avant que tu ne me kidnappe »

« Dis toi plutôt que je t'ai rendu service, cette fille a autant de charme que de talent au quidditch. Et je ne suis pas sûr qu'elle ait deviné que le devant du balai était le côté dépourvu de brindilles »

« Moi je la trouve mignonne, et elle a beaucoup d'humour » La défendit le brun, vexé

« Le fait de rire docilement à la moindre de tes plaisanteries ne fait pas d'elle une personne avec ce que l'on appelle réellement de l'humour » Grinça Draco

« Oh, tais-toi Malfoy. Après tout, je me fiche de ton approbation. Décidemment, je ne vous comprendrai jamais, vous, les Serpentards. En général, quand les gens sont en couple ils ont plutôt tendance à vouloir caser tous les célibataires qu'ils connaissent » Il avait lâché cette phrase avec une amertume réticente en détournant les yeux

« De quel couple tu parles Potter? » Grogna distraitement Draco, continuant à tourner en rond

« Arrête de te foutre de moi tu veux? » Gronda le Gryffondor, croisant les bras sur sa poitrine, l'air renfrogné. Malfoy risqua un œil mais se détourna rapidement, refusant de se laisser attendrir par la moue d'enfant frustré du brun. Potter continua, laissant le blond complètement perplexe.

« Toi et Parkinson bien sûr »

« Mais de quoi tu me parle? » Répéta Draco, légèrement halluciné, se demandant visiblement ce qu'il se passait sous cette chevelure déstructurée.

« Oh je t'en prie, toute l'école est au courant qu'elle deviendra une Malfoy dans le futur » Le ton était venimeux, presque agressif, et Draco reçut cette affirmation en pleine figure

« Mais tu es complètement malade! » Fut la seule chose que son cerveau réussit à conclure « Je ne sors pas avec Pansy, et nous n'avons jamais eu de projet de mariage réel, enfin mis à part mon père vu que la famille Parkinson était assez noble pour rentrer dans ses critères, en tout cas jusqu'à ce qu'ils ne fuient l'Angleterre pour échapper au Lord noir…Je peux savoir pourquoi est-ce qu'on parle de ça au fait? » S'interrompit le Serpentard, s'apercevant seulement qu'il venait de s'emporter.

Il ne comprenait rien à ce que lui racontait sa nemesis, et toute cette histoire commençait à l'excéder. Il hésitait à tout simplement tout laisser tomber, Cette histoire était vraiment trop compliquée, et il se demandait même si le gryffondor méritait tous ces efforts.

Mais en voyant les iris émeraudes, soudain dépourvues de toute agressivité, habitées d'une lueur d'espoir déstabilisé, la réponse lui vint spontanément et il l'accepta avec fatalisme.

Evidemment que Potter en valait la peine.

Le survivant reprit, avec une expression boudeuse, et le blond se détesta aussitôt de le trouver adorable

« Il n'y a donc vraiment rien entre toi et Parkinson? »

« Tu es vraiment têtu ! Puisque je te dis que non! Et d'ailleurs, d'où t'es venu cette idée? » L'interrogea le blond, suspicieux

« Elle te caressait les cheveux! » Se défendit le Gryffondor, presque accusateur. Draco lui retourna un regard navré, et Harry rosit imperceptiblement.

« Granger ne t'a jamais serré dans ses bras? Prit la main? »

« Euh, pas vraiment. Ron me tuerait, déjà, et puis on est pas du genre câlins. Mais c'est vrai que je n'imaginais pas que vous puissiez partager ça, après tout vous êtes… »

« Des Serpentards? Nous sommes des Serpentards donc on ne peut, dans votre stupide logique gryffondoresque, pas partager une véritable amitié, c'est ça? Non, c'est évident que si mes amis sont passés du côté de l'ordre, ont risqué leur vie pour me suivre, c'est uniquement pour protéger leurs intérêts. Tu sais quoi Potty, je… » S'énerva le vert et argent, s'approchant du brun à grands pas furieux

« Olah, du calme » Le coupa Harry, amusé par la diatribe enflammé du préfet « Je ne voulais absolument pas dire ça. Tu me pense vraiment borné au point de pouvoir, maintenant que j'ai apprit à vous connaitre, vous considérer encore de cette façon? Non, tout ce que je voulais dire c'est que je ne vous pensais pas aussi démonstratifs. C'est tout » Harry lui sourit doucement, paisiblement. Draco lui jeta un regard torve, mais le sérieux et la sincérité qui habitaient les iris verts semblèrent le convaincre. Il grogna un peu pour la forme, avant de se rappeler soudainement un point important

«Attends Potter, j'ai comme l'impression qu'on s'éloigne du sujet là. Alors maintenant, tu m'explique ce qu'il te prend depuis cinq jours, tout de suite! » Exigea-t-il

Le Serpentard eut la surprise de voir sa nemesis détourner la tête, vraiment gênée. Rien ne gênait ce satané Gryffondor habituellement pourtant, il le savait, et ce constat l'angoissa

« Potteer? » Susurra-t-il, s'inquiétant de voir une rougeur suspecte envahir les joues de son homonyme

« Non, mais…ben…Rien » Finit par répondre piteusement Harry

« Rien?! » Souligna Draco d'une voix dangereusement basse

« Je…heu… J'étais de mauvaise humeur? Quelque chose m'a énervé et je me suis défoulé sur toi, je n'aurais pas du, je m'excuse. » S'expliqua Harry, penaud.

Le préfet l'observa un instant, les mâchoires crispées. Puis, sans aucun préavis, il tourna les talons. Il semblait absolument furibond et Harry mit quelques secondes à réagir. Quand il finit par réussir à attraper le bras gauche du Serpentard, il avait déjà sa main sur la poignée de la porte. Draco se dégagea sèchement, et, lui tournant toujours le dos et tremblant presque de rage, il siffla

« Potter, tu ne me touches pas! Écoute-moi bien, j'avais décidé de faire un effort pour une fois. D'essayer de comprendre, peut être même de te pardonner de m'avoir traité comme un chien alors que je ne t'avais rien fait. Mais apparemment, te foutre de ma gueule reste ton passe temps préféré. Alors tu sais quoi? Toute cette histoire me fatigue, je laisse tomber »

Il allait à nouveau tenter de sortir mais le Gryffondor avait encore accroché sa manche, le fixant d'un air suppliant.

« Malfoy. Je suis vraiment désolé, il faut que tu me croies. Je ne sais pas ce qui m'a pris pendant cette semaine. Je, Je…Bon écoute. Qu'est-ce que je peux faire pour que tu comprennes que je suis navré? Je ferais tout ce que tu veux » L'implora-t-il presque.

Draco se retourna lentement, les épaules basses, avant de poser sur lui un regard argent terne. Harry eut un violent frisson, et il se raccrocha au tissu rêche de la manche, se sentant soudain l'âme d'un noyé. La lassitude qu'il lisait dans les yeux du Serpentard le terrifiait. Il semblait profondément découragé le préfet, et cette soudaine révélation effraya le Gryffondor. Malfoy avait abandonné.

Il tira brusquement sur la robe de Malfoy, l'attirant près de lui avec une violence à peine contrôlée. Il agrippa sa cravate, étrange flash back inversé de la situation qui avait eut lieu dans le couloir. Ils étaient si proches à présent que le nez du Gryffondor venait frôler la joue du blond, en une caresse aérienne qui troubla le regard mercure.

Ils restèrent ainsi, les yeux dans les yeux, souffle contre souffle.

« S'il te plait » Murmura Harry

Longtemps, le Serpentard le dévisagea d'un air à la fois furieux et indifférent. Si longtemps que les doigts du survivant se crispèrent un peu plus sur la cravate, angoissés. Puis, soulagé, le brun vit enfin les yeux de glace s'adoucir. Les traits de sa nemesis s'apaisèrent alors que sa bouche se décrispait.

Draco s'avança de quelques centimètres, avant de frotter à son tour son nez contre la pommette saillante du brun. Le geste était gorgé d'une telle tendresse, d'une telle complicité que le Gryffondor en resta paralysé. Cela ne dura qu'une seconde, le blond s'enivrant du contact de la peau matte et satinée, avant qu'il ne recule franchement, l'air malicieux

« Tout ce que je veux hein? » Releva-t-il, moqueur. Harry se racla la gorge, embarrassé, mais ne détourna pas le regard ni ne revint sur sa parole «Promettre ça à un Serpentard… Quand je te parlais de masochisme Potter »

Le sourire que le survivant lui offrit à cet instant, encore un peu inquiet mais lumineux, sincère, était à classer parmi les plus belles choses que Draco n'ait jamais vu.

Ils finirent par sortir de la pièce délabrée pour se faire agresser par la lumière crue du couloir et les divers degrés d'ébahissement de leurs amis, qui les avaient vu disparaitre entourés de pulsions de meurtre et les voyaient ressortir épaule contre épaule. L'œil aiguisé de Blaise Zabini cru même surprendre, alors qu'ils franchissaient la porte, le geste vif de Potter lâchant le poignet du blond.

En voyant réapparaitre son idole, Lysel Sahed se précipita vers lui de sa démarche sautillante, gracieuse, tout en sourires étincelants. Ses yeux bleus délavés fusillaient le préfet de Serpentard qui l'ignora royalement.

Juste avant de l'abandonner à la poufsouffle, Draco souffla cependant quelque chose à l'oreille de Potter, et ce dernier acquiesça sans même poser de question.

Malfoy rejoignit ses amis, répondant à la curiosité qui débordait de leurs yeux par un simple sourire narquois, alors que son regard paresseux allait se poser sur la silhouette raide à la coiffure folle, qui affrontait avec un sérieux inhabituel l'assaut de l'attrapeuse. Avec un sourire de satisfaction sadique, il se plongea dans la conversation futile des septièmes années, ignorant que dans son dos un regard émeraude l'observait avec soulagement.

Harry Potter jetait un coup d'œil indifférent à Lysel qui s'empressait de le rejoindre, l'air inquiet, quand Malfoy se pencha vers lui. Il était juste derrière lui, son souffle balayant sa nuque et le privant de son regard, et donc de toute possibilité d'analyser ses véritables émotions, mais le murmure qui caressa son oreille gauche était clair

« Ce que je veux Potter, hein? Cette poufsouffle, je ne veux plus la voir trainer dans tes pattes, pour quelque raison que ce soit. Jamais. »

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« Cavalier en E6 »

Un minuscule chevalier taillé dans le cristal claqua les rênes de sa monture translucide, qui se cabra avant de traverser l'échiquier au galop. Il freina des quatre fers en arrivant sur la case qui lui avait été désignée, son cavalier éjectant d'un coup de lance hautain un pion d'ébène qui se tenait là.

« Echec » Annonça nonchalamment Malfoy

« Encore? C'est pas possible, je suis sûr que tu triche! » L'accusa Harry, assit à l'envers sur une chaise, le torse reposant sur le dossier et le menton au creux de sa paume.

« Ou alors, tu finis par admettre que je suis plus doué que toi et on arrête de jouer à ce truc. Ca fait 39 parties à 0 si mes comptes sont bons. Et ils le sont » Commenta le préfet avec un sourire satisfait.

« Arrête de te vanter, est-ce que je te rappelle constamment moi que tu ne m'as pas battu une seule fois au quidditch en sept ans? » Grimaça Harry

« C'était très bas ça Potter »

« Merci »

En ce samedi après midi, les deux adolescents étaient confortablement installés dans un coin de la salle commune des Gryffondor, dissimulés par un épais rideau en velours rouge. Ils disputaient une énième partie d'échec, Harry ne parvenant pas à se faire à l'idée qu'il ne pouvait pas battre le Serpentard.

En effet, ce dernier, incapable tout de même de rivaliser avec Theo, jouait cependant aux échecs depuis l'âge de cinq ans, ce qui faisait de lui un adversaire redoutable. Ils s'étaient isolés pour ne plus avoir à supporter le chahut qu'entrainait une partie d'un tout autre niveau entre les deux génies, Theo et Ron, dont les enjeux des paris commençaient à se faire vertigineux. Eux se contentaient de jouer paresseusement dans leur coin, bavardant de tout et de rien

« Tu vas à la réception du ministère la semaine prochaine? » Demanda Draco, en s'amusant à pousser du doigt un cavalier noir qui se raccrochait à sa monture en l'injuriant en silence, son minuscule poing battant l'air.

« Je n'ai pas vraiment eut le choix, Kingsley lui-même m'a écrit. Il me disait qu'il comprenait mon envie de fuir la presse, mais qu'il apprécierait réellement de me voir ce dimanche. On ne refuse pas une invitation personnelle du ministre de la magie. D'ailleurs, Ron et Hermione en ont reçu une semblable. Et toi? » Lâcha distraitement le brun, balayant l'échiquier du regard à la recherche d'une solution

« Ma mère y sera, donc je pense que je vais y aller oui. A mon avis les autres vont m'accompagner aussi. Et puis, jamais nous ne louperions une occasion de boire aux frais du ministère » Ricana Draco

Le regard de Harry s'était posé sur lui un instant, avec une étrange lueur songeuse qui s'évapora aussitôt.

Soudain, Potter se leva, le raclement de sa chaise sur le sol faisant sursauter le Serpentard.

« Qu'est-ce que… » Commença Draco, surpris. « Mais…Où tu vas? » Demanda-t-il en voyant le Gryffondor récupérer son pull à ses pieds.

« Euh, je, heu…pars? » S'embrouilla Harry

« Mais…Hé, Potter, on a même pas finit la partie! » S'écria le préfet alors que le brun s'éloignait à grand pas.

Ce dernier s'arrêta, fit demi-tour vivement avec un petit sourire contrit. Arrivé au niveau du plateau de jeu, il s'empara délicatement de son roi qu'il coucha sur le côté, la petite figurine descendant précipitamment de son trône en vitupérant.

« J'ai perdu » Annonça-t-il d'un air faussement désolé.

Puis il repartit, toujours avec un étrange sourire aux lèvres, et sortit directement de sa salle commune.

Le brouhaha s'estompa, une dizaine de visages se tournant vers lui avec une synchronisation parfaite et effrayante. En réponse à leur air accusateur, Draco leva mains et paumes au ciel, tout aussi étonné qu'eux.

Sur le plateau d'échec abandonné, un roi d'ébène, s'emmêlant dans sa cape, montrait en râlant muettement à la reine de l'équipe adverse un chemin vers la victoire que n'importe quel débutant aurait trouvé.

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La semaine qui suivit cet évènement se déroula dans une atmosphère déconcertante.

Le brun n'était pas rentré ce samedi là, et n'était réapparu à Poudlard qu'au petit déjeuner le lendemain matin. Il était évident que Weasley et Granger avaient été mis au courant de la raison de cette brusque disparition, mais ils avaient refusé tout net de le leur dire. Blaise et sa curiosité maladive en étaient devenus intenables, surtout que le comportement du survivant n'avait fait que devenir plus suspect.

Ce dernier passait toujours autant de temps avec eux, mais il finissait toujours par filer à l'anglaise, sans donner la moindre explication. Le fait qu'en général il le fasse après que Colin Crivey soit venu lui souffler quelque chose à l'oreille n'était pas pour les rassurer.

Contrairement à l'opinion générale, le préfet de serpentard ne devint pas fou, et il n'y eut aucun accident déplorable où seul l'appareil photo de Crivey aurait survécu. Malfoy observait d'un œil mauvais et blessé chacune des disparitions de son homologue, mais gardait un tempérament pondéré. C'était à peine s'il crucifiait le sixième année du regard chaque fois qu'il le croisait.

La raison était simple. Si Malfoy était en réalité viscéralement angoissé par la situation actuelle, il n'osait pas réagir violemment. Il n'avait toujours aucune idée de la façon dont il s'était attiré la colère de Gryffondor la dernière fois, et leur réconciliation était encore trop fragile pour qu'il ne risque de la perdre en faisant subir un interrogatoire musclé à la punaise délavée. Et pourtant, merlin comme il en rêvait. Il voyait donc Potter lui échapper un peu plus chaque fois sans oser rien y redire, profondément dégouté par sa propre lâcheté.

Plus le temps passait, plus les choses se compliquaient avec ce satané survivant. Quelques semaines plus tôt, il n'aurait pas hésité à régler le problème à sa façon, sans se soucier des conséquences. Mais maintenant qu'il avait prit conscience qu'il avait quelque chose à perdre, il n'osait plus.

Il ne savait pas ce qui le liait exactement à Potter, mais il ne pouvait plus ignorer le fait que c'était une relation fragile à l'extrême, qui ne demandait qu'à se briser. Et il ne tenait pas à tout gâcher juste parce qu'il détestait ce sale cafard peroxydé.

Aussi, sa décision était prise. Il laissait jusqu'au Dimanche prochain au Gryffon pour tout lui dire. Après la cérémonie, s'il ne s'était toujours pas expliqué, il irait régler le problème à sa manière. Et il se débrouillerait pour que Crivey ne puisse jamais reprendre son apparence initiale

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« Draco, tu vas me chercher une coupe de champagne? »

« C'est cela oui, et puis quoi encore Blaise? » Se moqua le blond en haussant un sourcil, faisant tourner entre ses longs doigts une flûte dudit alcool

« Sois sympa…Si je laisse Theo fringué comme ça seul au milieu de toutes ces prédatrices je ne le retrouverais jamais en un seul morceau » Plaida le métis en resserrant farouchement sa prise sur la taille de son petit ami qui le fixait, à la fois amusé et blasé.

« Eh ben tu n'as qu'à l'emmener avec toi jusqu'au buffet qui doit se trouver à au moins...dix bon mètres. Ca va être dur, je ne vous le cache pas, mais je préfère que ce soit vous plutôt que moi » Conclut t'il avec un sourire en coin

« Ami indigne »

« On lui dira » Répliqua-t-il avec un geste vague de la main « Il est hors de question que je jette ma magnificence en pâture à toutes ces jeunes femmes en folie » Continua-t-il avec une fausse suffisance qui eut le mérite de faire ricaner Zabini.

« Dites, vous pensez qu'on va devoir se faire chier encore combien de temps avant de pouvoir rentrer? Pas que cette réception soit pourrie, juste qu'elle me donne envie de me pendre pour me distraire un peu » Commenta sobrement Blaise après quelques minutes de silence

« Si quelqu'un se sent de se lancer à la recherche de notre cher directeur pour lui poser la question, grand bien lui fasse. Personnellement je passe mon tour, je suis bien trop occupé à essayer de me souler avec le champagne le moins alcoolisé au monde. Sincèrement, c'est une honte de servir un truc pareil à boire, ils devraient pourtant savoir que le seul intérêt d'une soirée mondaine c'est l'alcool non? » S'agaça Draco, sirotant sa flute avec une moue méprisante.

« C'est une réception organisée par le ministère, à quoi vous attendiez vous? Et ils voulaient sûrement éviter qu'un de leurs ministres ne finisse fin soûl alors que la presque totalité de la presse sorcière est présente. Une photo d'un de ses collaborateur en train de danser à demi nu, ce n'est pas vraiment l'image qu'il faut à Shacklebolt pour ses débuts en tant que ministre de la magie » Railla Pansy. Gregory et Vincent approuvèrent, goguenards.

Cela faisait bientôt trois heures qu'ils étaient arrivés à la cérémonie célébrant la création de l'ordre du phénix, organisée par le ministère.

Le groupe des verts et argent se tenaient en groupe serré dans un coin de la salle, leurs regards glacés défiants quiconque d'approcher. Il y avait donc une foule dense qui gravitait autour d'eux, hésitante, n'osant pas engager le dialogue mais trop attirée pour s'éloigner. Car les six Serpentards, tous vêtus de robes dont les prix devaient avoisiner le salaire mensuel d'un ministre moyen, étaient absolument saisissants.

La haute stature de Blaise était soulignée par une robe à la classique couleur bleu nuit, mais coupée près du corps et sans manches. Son biceps gauche était encerclé par un serpent en argent absolument magnifique, ciselé avec tant d'adresse qu'à chaque mouvement de son propriétaire on le pensait vivant, contrastant avec la peau sombre du métis. Les cheveux courts et d'un noir profond, de la même couleur que ses yeux, il émanait de toute sa personne une beauté féline, exotique, fascinante.

Dans ses bras, Theo portait quand à lui une robe entièrement blanche en soie d'acromentule, le dernier cadeau en date de son riche petit ami. De grandes manches évasées, qu'il remontait de temps en temps mais qui finissaient toujours pas retomber, dissimulaient ses mains sous un flot de tissus immaculé. Une ceinture de lin resserrait le vêtement au niveau des hanches, soulignant la finesse de sa taille. Le long de ses bras, sa colonne vertébrale et des coutures courait une ligne continue de glyphes aux couleurs changeantes. Il était violement attendrissant, et vu le sourire moqueur qu'il adressait à tous les regards qui s'égaraient sur son corps, il en était parfaitement conscient.

Adossés contre le mur, les bras croisés sur le torse et un air menaçant sur le visage, Gregory et Vincent s'amusaient à effrayer quiconque parvenait à trouver le courage d'affronter l'hostilité glaciale de leurs amis. Ils étaient habillés respectivement d'une robe violette et d'une pourpre sombre, sans aucune décoration. Rien dans ce tissu brut, à la coupe élégante, ne venait détourner l'œil de leur physique imposant, de leur force contenue. Dangereux jusqu'au bout des ongles et bien décidés à ce que tous soient au courant.

Entre eux, jouant sadiquement avec sa flûte de champagne sous le regard exorbité de mâles de tous âges, se tenait Pansy. Elle portait une robe qui semblait plus peinte sur son corps qu'autre chose tant elle était moulante. Grise perle, elle lui tombait jusqu'aux pieds perchés sur des talons aiguilles si hauts que le fait même de marcher avec tenait de l'exploit. La robe était profondément échancrée dans le dos et fendue sur le coté, dévoilant sans pudeur le creux de ses reins et jusqu'au haut de sa cuisse. Pour parfaire le tout, elle s'ouvrait sur l'avant en un décolleté vertigineux, brodé de fils d'argents, attirant tous les yeux qui finissaient par s'échouer sur l'énorme diamant qui brillait de mille feux au creux de sa poitrine. Pansy était tout en insolence, indécence assumée, d'une beauté sulfureuse et provocante. Mais elle ignorait avec superbe tous les regards enflammés qui se posaient sur elle, se contentant de se pendre parfois au bras de son préfet avec une moue ennuyée.

Draco Malfoy, dont la vision provoquait un émoi au moins égal à celui de sa camarade, mais parmi la gente féminine. Il portait une magnifique robe d'un vert profond, veiné d'argent mais flirtant parfois avec le noir selon l'éclairage, au haut col mao. Pour seul bijou, il portait au majeur gauche la chevalière de la famille Malfoy. Étrangement sobre en comparaison de certains de ses amis. Mais il portait sa tenue avec une telle noblesse, exhibant sa beauté de poupée de porcelaine avec une indifférence glaciale, qu'il attirait aussitôt à lui toutes les attentions. La tenue, malgré son éclat, ne parvenait pas à distraire du regard qui n'était pas tout à fait gris, mais tendait plus sur l'argent, un argent liquide, aérien, qui capturait les cœurs avec une facilité désinvolte. Jamais le leader de Serpentard n'avait parut aussi royal, puissant, qu'en cet instant, entouré de sa cour à la beauté corrosive qui le protégeait de tous avec une jalousie farouche.

Depuis le début de la soirée, Gryffondors et Serpentards ne s'étaient, d'un commun accord, pas décrochés un mot. Leur petite trêve entre les murs de Poudlard était une chose, s'en était une autre que de la livrer en pâture aux journalistes avides de scoop. Ils ne tenaient pas à savoir si leur amitié fragile résisterait à l'intervention de la presse.

Ainsi, ils avaient seulement aperçut de loin Ronald Weasley, étonnamment élégant dans sa robe rubis, en train de dévaliser le plus discrètement possible le buffet alors que sa douce moitié, en vaporeuse robe bleu pervenche, tenait en respect les différentes prétendantes du rouquin en s'accrochant ostensiblement à son bras. Et les vert et argent étaient prêts à parier que les différents verres renversés et autres accidents bénins du genre qui touchaient tous les interlocuteurs de la brune étaient dut à un Weasley un peu trop possessif et bien plus attentif qu'il ne le laissait voir.

Le seul qu'il n'avait put voir de près était Potter, ce dernier étant monopolisé par le ministre de la magie et étant constamment entouré d'une foule compacte et agitée.

Draco s'écarta finalement de son groupe d'ami en apercevant sa mère franchir les grandes portes au bras du professeur Snape, majestueux dans son habituelle robe noire.

Fourreau ivoire, peau blême, des yeux d'un bleu gris perçant malgré leur teinte délavée et ses cheveux d'un blond

tendant sur le blanc qui venaient s'enrouler autour de sa taille, Narcissa Malfoy était sublime de pâleur. Seule la teinte verte intense, profonde, des émeraudes d'une pureté exceptionnelle qui paraient son cou tranchait avec sa beauté opalescente. A mesure qu'elle s'approchait, un sourire doux se mettait à flotter sur ses lèvres.

Avec tendresse, Draco attrapa les mains fines entre les siennes et déposa une légère bise sur sa joue.

« Bonjour mère » Souffla-t-il

« Bonjour Draco » Répondit elle avec affection

« Comment allez-vous mère? » Demanda-t-il en l'entrainant à l'écart, le professeur Snape s'éloignant à regret pour rejoindre Dumbledore qui lui faisait des signes peu discrets de l'autre bout de la salle.

« Très bien. Le jardinier a encore fait des merveilles avec le parc. Et toi, comment vas-tu? Cela ne fait que quatre mois que je ne t'ai pas vu et pourtant tu as changé. Tu as l'air…heureux. Aurais-tu une jeune fille à me présenter? » Elle souriait doucement, avec une pointe de malice, observant le trouble que son fils essayait de dissimuler sous un masque d'innocence. Attendrie, elle le regarda nier avec véhémence

« Mais pas du tout! Et je n'ai absolument pas changé! » Protesta effectivement Draco, ignorant l'expression amusée de sa mère

« Si tu le dis… » Concéda-t-elle « Alors, comment se passe l'école? »

« Sensiblement de la même façon que dans mes lettres, mère » Ironisa-t-il « Le professeur de défense contre les forces du mal est absolument ridicule, le directeur est plus manipulateur que jamais et nous nous sommes plus ou moins réconciliés avec les Gryffondors. Mais sinon c'est le calme plat »

« En parlant de Gryffondor… » Murmura Narcissa. Interceptant le regard interrogateur de son fils, elle désigna quelque chose dans son dos d'un délicat mouvement du menton. Draco se retourna et ne fut même pas étonné de voir Harry Potter approcher à grands pas.

Il était droit et fier, avançant avec une nonchalance détachée. Tous les mètres, quelqu'un essayait de le retenir en l'attrapant par le bras ou les épaules, mais il se dégageait, en souriant mais fermement. Parfois il répondait, avec une assurance que le Serpentard ne lui connaissait pas, un mélange de sérieux blasé et d'intérêt affecté.

Pansy s'était emparée de lui la veille au soir, après qu'une Hermione alarmée soit venue la prévenir que le brun était bien décidé à venir à la cérémonie vêtu de ses fripes habituelles. L'armoire de Theo avait donc été réquisitionnée, Malfoy ayant formellement refusé de prêter ses vêtements.

Et si ce soir Harry Potter tranchait furieusement au milieu de la foule, et ce n'était pas seulement parce qu'il était le survivant. Il était surtout le seul sorcier présent à ne pas porter de robe, et ses vêtements ajustés contrastaient avec les étoffes flottantes du reste de l'assemblée. Il était vêtu entièrement de noir, en pull cachemire à col roulé qui mettait son torse en valeur et pantalon à pince qui, selon la remarque peu discrète de Blaise qui avait put l'entrapercevoir, lui faisait un postérieur tout à fait honorable. Accrochée négligemment autour de son cou, avec une broche discrète au symbole celtique d'argent, une cape tout aussi sombre aux reflets rubis et mouvants épousait chacun de ses pas, s'enroulant autour de son corps, lui donnant par instant l'air d'une flamme en mouvement.

Et ce Potter approchait, avec ses yeux trop verts, son corps trop fin, ses cheveux trop parfaitement décoiffés et son satané sourire heureux alors qu'il venait de les apercevoir. Cette situation ne présageait rien de bon, Draco aurait put le jurer. Quand il finit par les rejoindre, le Serpentard l'accueillit d'un simple grognement.

« Malfoy, je t'avais perdu de vue dans toute cette foule. Tu me présente? » Demanda-t-il en ne détournant pas son attention de la mère du préfet. Draco lui jeta un regard noir mais ne fit aucun commentaire

« Potter, je te présente ma mère, Narcissa Malfoy. Mère, voici Harry Potter »

Le survivant s'avança et s'empara avec délicatesse de la main de la veuve qui reposait dans celle de son fils. Il s'inclina, ses lèvres s'arrêtant à quelques millimètres des longs doigts dont aucune alliance ne venait désormais entacher la blancheur. Les traits de Lady Malfoy s'éclairèrent d'un ravissement enfantin, presque enchanté, devant le baisemain un peu maladroit du survivant

« Enchanté de vous rencontrer, Mrs Black »

Elle sembla déstabilisée durant un instant, et quand elle prit la parole sa voix était légèrement déconcertée.

« Cela faisait des années que l'on ne m'avait plus appelé par ce nom… En quel honneur me dépouillez-vous de celui de feu mon mari? »

« Disons que je préfère me concentrer sur une partie de votre famille plutôt que sur l'autre » Répliqua Harry avec un sourire taquin et contrit à la fois. Une lueur charmée dansa dans les yeux de Narcissa et Draco poussa un soupir discret.

Décidemment, Potter finissait toujours par adoucir ses interlocuteurs, quel qu'ils soient.

« Draco, serais tu assez aimable pour allez me chercher de quoi boire? Il fait vraiment trop chaud ici et un rafraichissement me ferait le plus grand bien » Lui demanda-t-elle d'un air innocent.

« Oui mère » Acquiesça-t-il d'un ton soupçonneux. Il connaissait le petit sourire en coin qu'arborait sa mère, et cela ne lui plaisait pas du tout de la laisser seule avec cet imbécile de Gryffondor. Il tourna néanmoins les talons, se dirigeant vers le buffet à grand pas.

Cependant, durant une seconde, Potter l'arrêta en l'attrapant par le coude et lui souffla

« Tu es superbe ce soir »

« Tu n'es pas mal non plus Potter » Lui glissa Draco à l'oreille avec un sourire carnassier, avant de s'éloigner, nettement plus satisfait

Aucun des deux n'aperçut le regard à la fois tendre et attristé dont la magnifique veuve couva leur échange.

« Alors monsieur Potter, vous vouliez me parler seul à seul je me trompe? » Demanda-t-elle d'une voix chantante quand son fils se fut éloigné. Ce dernier grimaça, vexé d'être si transparent.

« En effet madame. Mais que diriez-vous de discuter sur le balcon plutôt? » Proposa-t-il, désignant d'un geste de la main la baie vitrée qui donnait à l'extérieur.

« Avec plaisir jeune homme »

Elle posa avec légèreté sa main sur l'avant bras que lui proposait galamment le Gryffondor et ils se frayèrent un chemin jusqu'à l'air libre.

A suivre

Note du champi : Et voila, fin du chapitre cinq ^^

La suite la semaine prochaine avec la fin de la cérémonie au ministère et un rapprochement un peu plus concret de Harry et Draco.

Encore merci pour vos reviews, elles me touchent énormément

Temis