Disclaimer: Rien n'est à moi, malheureusement (ou heureusement? Tout dépend du point de vue :p)

Couple: HPDM, BZTN

Dédicace: A Sean, pour son aide constante, quel que soit le sujet (dont la correction de ce chapitre, qui n'est lisible que grâce à elle *-*). Merci pour tout. Jte nem

Note du champi: Oui, je suis très très en retard Mais je n'ai presque plus accès à l'ordi en ce moment :/ Mais bon, pour vous remercier de vos reviews, je refuse d'attendre de retourner à Lyon pour continuer a publier cette fic, et j'essayerais de garder un rythme plus ou moins régulier (ça se jouera a quelques jours près :p). Je vais donc devenir une squatteuse officielle des cybercafés XD

Merci pour tout, pour vos petits mots qui m'ont fait tant plaisir 3

Bonne lecture ^^

Chapitre 6

Quand Draco revint, deux étroites coupes de cristal pleines d'un champagne ambré à la main, ce fut pour apercevoir sa mère et son meilleur ennemi plongés en pleine discussion sur le balcon. Inquiet, il s'y dirigea rapidement, se dégageant sèchement des mains qui essayaient de l'arrêter. Il s'arrêta cependant juste avant de les rejoindre, à peine à un mètre cinquante d'eux, curieux de savoir ce dont ces deux personnes on ne peut plus opposées pouvaient bien parler.

Il y avait en effet un contraste presque choquant entre la silhouette flamboyante, d'une beauté féroce, de Potter et celle évanescente, presque éthérée, de sa mère. Ils étaient entourés d'un écrin pourpre, mélange de grappes de lilas et de roses d'un rouge profond qui couvraient les murs et les rambardes et diffusaient dans l'air leur parfum sucré et entêtant. En tendant l'oreille, il parvint enfin à entendre la conversation.

« …ne sais pas si cela vous plaira » Disait la voix de Potter « Je ne sais même pas si ce n'est pas tout simplement une idée stupide. Mais elle me tourne dans la tête depuis que votre fils m'a prévenu de votre présence ce soir. »

Draco se raidit quand sa mère le fixa dans les yeux durant une infime seconde. Elle savait qu'il était là bien sûr, elle n'ignorait jamais rien. Il s'apprêtait à les rejoindre, mais Narcissa l'en empêcha d'un signe discret de la main.

« En voila des détours jeune homme… Si vous en veniez directement au fait ? De quoi voulez-vous me parler ? »

« Oh, je n'ai rien à vous dire » Devant l'expression légèrement agacée de la blonde, il continua « Non, j'ai juste quelque chose à vous offrir.»

Il fouilla dans sa poche, et en sortit une boite assez large mais extrêmement fine. Surprise, Narcissa s'en empara et l'ouvrit avec hésitation.

Draco vit sa mère plaquer une main tremblante sur sa bouche avant de lever brusquement les yeux sur son interlocuteur, l'air bouleversée. Aussitôt, il se contorsionna pour essayer d'en apercevoir le contenu.

L'intérieur de la boite était tapissé de velours vert bouteille, sur lequel reposait ce qui ressemblait à du papier épais.

Il allait s'avancer, sa curiosité exacerbée par l'air ému de sa mère. Mais cette dernière, que ce soit volontairement ou non, redressa suffisamment le présent de Potter pour que Draco puisse enfin apercevoir l'objet de sa convoitise.

Il découvrit, simplement posé sur le coussin de velours, trois photos sorcières. Deux étaient en noir et blanc alors que la troisième était en couleur et semblait beaucoup plus récente. Et toutes les trois représentaient la même personne.

La première, la plus petite de toute, était imprimée sur un papier jauni et racorni. Sur le cliché, l'image vieillie de deux enfants souriant se détachait avec netteté. Une jeune fille au carré blond, court, essayait de se défaire en riant de l'étreinte possessive d'un beau brun âgé d'à peine neuf ans, qui s'amusait à lui ébouriffer les cheveux.

La seconde, en meilleur état mais encore en noir et blanc, représentait toujours le même jeune homme, mais plus âgé. Il devait avoisiner leur âge, dans les seize dix sept ans. Il était assis par terre, dans ce qui ressemblait énormément au parc de Poudlard. Un vif d'or ensorcelé tournoyait au dessus de sa tête sans qu'il ne semble s'en préoccuper. De temps à autre une main apparaissait du coté gauche pour l'attraper, le reste du corps de l'attrapeur restant hors champ. L'adolescent était emmitouflé dans une épaisse écharpe rayée dont il aurait été difficile de déterminer la couleur si l'insigne de Gryffondor ne ressortait pas clairement sur sa poitrine. Il avait l'air mélancolique ce garçon, et ses yeux perdus dans le vague disparaissaient parfois derrière un voile de cheveux sombres soulevés par le vent. En se décalant un peu, Draco comprit que ce n'était pas vraiment le vide qu'il fixait, mais plutôt un couple qui passait en bavardant calmement, aux silhouettes élancées et dont les cheveux étaient si clairs qu'ils paraissaient blancs. A un moment, la jeune fille se tournait vers le garçon et ce dernier souriait doucement derrière son énorme écharpe, seule une fossette à la joue droite le trahissant.

La dernière photo, en couleur, était légèrement floue, comme prise sur le vif. On y voyait un homme maigre, presque décharné, au visage mangé par une barbe de plusieurs jours. Ses cheveux s'étaient faits plus rares et il les attachait en un catogan lâche. Pourtant, malgré son état, il bavardait avec un enthousiasme étonnant avec un garçon que Draco reconnut immédiatement. C'était Potter, avec deux ou trois ans de moins. Ils étaient tous les deux assis sur un vieux canapé défoncé, qu'il savait appartenir à la demeure du 12 square Grimmaurd pour avoir passé plusieurs nuits à dormir dans cet engin de torture. Les deux personnages parlaient à grand renfort de gestes et de rires, se fixant avec des yeux pétillants de joie. Ils semblaient heureux et inconscients des silhouettes empressées et angoissées qui traversaient le couloir derrière eux les épaules basses.

Sorti de son observation, il attrapa au vol les explications gênées de Potter :

« Je savais que vous étiez la cousine de Sirius, il m'en avait parlé en cinquième année. Alors quand j'ai su que j'allais vous voir ce soir, je me suis dit que cela vous ferait peut être plaisir. J'ai retrouvé les deux plus anciennes dans un album au grenier. La grande majorité des affaires de Sirius ont été protégées de toutes les perquisitions par Kreatur, l'elfe au service de la famille Black. Mais vous devez le savoir vu que vous en êtes une vous-même… Bref. En tout cas j'ai demandé cette semaine de l'aide à un ami photographe pour qu'il m'aide à les restaurer, parce que le temps les avait endommagées. Il m'a aussi permis de copier la dernière pour pouvoir vous la donner. C'est la seule photo que j'ai de Sirius et moi, c'est Ron qui l'a prise durant notre cinquième année. Je… Je me disais que ça vous aurait peut être plu d'avoir une photo de lui un peu plus récente et… C'était une mauvaise idée, c'est ça hein? » S'interrompit-il, penaud.

Narcissa le dévisagea longtemps, et le Gryffondor semblait réellement mal à l'aise sous ce silence pesant. La blonde laissa son regard errer encore une seconde sur l'étrange cadeau avant de refermer précautionneusement la boite.

Elle s'avança ensuite d'un pas, leva la main et dégagea délicatement l'une des mèches ébène qui barrait son front. Elle observa furtivement la cicatrice légendaire avant d'y poser un baiser aérien.

« Merci » Se contenta elle de lui souffler avec gratitude.

« Heu, mais…Je vous en prie » Répondit Harry, gêné, en se frottant le front.

« Vous êtes quelqu'un de bien monsieur Potter. Dommage que les hommes qui m'entourent ne l'aient jamais remarqué » Regretta-t-elle avec une voix tellement douce que Draco dut tendre l'oreille pour l'entendre.

« C'est vrai que Malfoy et moi n'étions pas ce que l'on peut appeler des amis… Mais j'ai l'impression qu'on s'est un peu rapproché en ce moment vous savez ! Bon, pas énormément non plus, mais ce n'est pas comme si un jour quelqu'un comme lui pourrait devenir ami avec quelqu'un comme…comme moi. Votre fils est quelqu'un d'unique vous savez… » Déclara-t-il avec un doux sourire, la tête penchée sur le côté.

De derrière son mur, Draco se fit la réflexion idiote qu'il devrait être illégal d'être aussi adorable.

« Je vois, pour vous l'homme de mon entourage ne peut être que mon fils » Elle eut un sourire compréhensif alors que Harry rougissait « En réalité je faisais plutôt allusion à Severus ou… Lucius. Mais vous savez, vous vous sous-estimez: dans ses lettres Draco m'a beaucoup parlé de vous. Je suis persuadée que vous avez beaucoup plus d'importance à ses yeux que vous ne le pensez » Lui affirma-t-elle.

« Merci madame » Murmura Harry, touché.

Un silence délicat s'installa, Narcissa Malfoy observant avec affection le survivant qui ne possédait plus une seule trace de son assurance farouche qu'il présentait encore quelques minutes plus tôt. Elle s'approcha du mur et en détacha adroitement une rose rouge à peine éclose. Au passage elle jeta un regard éloquent à son fils qui détourna les yeux et se rencogna derrière le pilier qui le dissimulait.

La veuve revint en arrière, et entama la discussion d'une voix rêveuse, un peu distraite, que Draco connaissait parfaitement. Fin de la séquence émotion, Lady Malfoy était de retour pour l'une de ces conversations mondaines où elle excellait. Cependant, une pointe d'intérêt rare se lisait dans son attitude alors qu'elle écoutait la voix claire et chaleureuse du Gryffondor. Ils s'étaient éloignés, et l'espion amateur ne pouvait capter à présent que quelques mots perdus ou le rire cristallin de sa mère.

Quand ils se rapprochèrent enfin, après ce qui parut des siècles à ses nerfs à vif, ce fut pour qu'il l'entende prendre gentiment congé du brun.

« Eh bien jeune homme, je dois vous avouer que notre rencontre aura éclairé cette réception que j'imaginais profondément fade. Je vais rejoindre mon cavalier à présent, avant que Severus ne commence à torturer tous les Gryffondors qui lui tomberont sous la main pour savoir par qui j'ai été enlevée » Elle s'arrêta, et plissa son nez dans une mimique amusée « Encore merci pour votre présent, aussi beau qu'inattendu, à votre image en somme. Si un jour l'envie vous prend, sachez que vous serez toujours le bienvenu au manoir » Conclut elle en souriant encore.

« Permettez-moi de vous renvoyer l'invitation madame. Comme vous le savez sûrement, Sirius m'a légué le manoir de sa famille, square Grimmaurd. Le grenier est rempli de ses affaires et de photos, et je serais honoré de les trier en votre compagnie »

Il était sincère, cela se voyait à la lueur de bonté et de joie qui illuminait ses yeux verts, et Draco sut qu'il avait encore réussi à émouvoir sa mère.

« J'en serais ravie monsieur Potter » Lui répondit elle dans un souffle et Harry eut un sourire lumineux.

Elle finit par quitter le balcon de son habituel pas glissant, après un baisemain du survivant tout aussi maladroit mais un peu plus complice que le premier.

Alors qu'elle arrivait au niveau de son fils, la fleur qu'elle tenait entre ses mains s'illumina paresseusement. Quand le halo argent s'évapora, la rose avait laissé place à un assemblage magnifique de différentes pierres précieuses. La tige était d'émeraude, les épines d'argent, les pétales de rubis et le cœur d'or. Elle scintillait légèrement, encore luisante de magie pure. Un remerciement sans mot, la matérialisation délicatement ouvragée d'une gratitude profonde et impossible à exprimer.

Les deux Malfoy jetèrent un œil dehors, juste à temps pour apercevoir Potter cacher sa main dans sa poche avec un air coupable et contrit. Narcissa n'ajouta rien, mais en passant à côté de son fils elle lui souffla

« Je comprends mieux tes lettres. Ramène-le au manoir quand tu le souhaites »

Il acquiesça, sachant qu'il serait inutile de lui rappeler qu'ils n'étaient même pas réellement amis. Potter avait encore réussi un exploit, il avait charmé Narcissa Malfoy. Ce Gryffy ne cesserait jamais de l'étonner.

Il déposa les coupes de champagne prétextes sur une table basse puis, voyant que Potter restait seul dehors, appuyé à la rambarde, il se décida finalement à le rejoindre.

« Tu as une mère époustouflante » Murmura le brun sans se retourner.

«Je sais. Et toi tu sais que c'est moi parce que? » Demanda Draco en s'appuyant à son tour sur la balustrade.

« Ta façon de marcher »

Un calme un peu irréel vint les envelopper, l'agitation et les rires de la réception étouffés par le mur végétal carmin et les portes vitrées. Potter frissonna presque imperceptiblement quand un vent froid les balaya. Il faisait pourtant encore doux en cette fin d'avril, mais les nuits se faisaient fraîches.

Draco se rapprocha visiblement, jusqu'à ce que leurs avant-bras se touchent. Puis, jugeant cela insuffisant, il dégagea son bras et l'enroula en silence autour de la taille de l'autre. Le survivant eut l'air surpris mais se laissa faire sans un mot, même quand le blond se servit de sa prise pour le coller contre son flanc.

« Foveo » Incanta Draco d'une voix étouffée.

Aussitôt la cape aux reflets sangs du Gryffondor s'illumina, diffusant une douce chaleur. Le serpentard décrocha habilement la broche qui la retenait, effleurant au passage la gorge offerte, puis tira sur eux le tissu chauffant.

Quand Potter lui chuchota un « merci » un peu rauque à l'oreille, Draco lui répondit par un son entre le grognement et le ronronnement.

Le brun sentait bon, un mélange déstabilisant entre la fragrance piquante du shampoing à la menthe qu'il utilisait, d'une légère touche de l'eau de toilette hors de prix empruntée à Blaise et de l'odeur sucrée du champagne. La main droite de Potter remonta pour se poser avec timidité sur celle du Serpentard, toujours ancrée sur sa hanche. Les doigts froids vinrent se mêler aux blancs, les deux mains s'entrelaçant délicatement sur le cachemire. Draco sentit le soupir de soulagement de Potter s'échouer dans son cou quand il resserra à son tour ses doigts sur les siens. Le blond se rapprocha encore, se pressant contre le corps chaud à ses côtés.

Prenant pour excuse un nouveau courant d'air froid, Harry vint blottir son nez entre la cape et l'épaule de Malfoy. Ce dernier sourit et, lâchant leur couverture actuelle, passa sa main dans les cheveux ébouriffés. Apercevant alors la cicatrice légendaire, il y planta un baiser fervent, en une imitation plus intense du geste de sa mère.

Il rattrapa en vitesse la cape qui commençait à glisser, laissant les mèches folles retomber en désordre sur le front du survivant. Ce dernier, sans daigner sortir son nez du tissu épais de la robe de Draco, leva les yeux vers le visage pâle qui le surplombait. Puis il les ferma et, sans plus d'hésitation, glissa sa tête dans le cou du Serpentard.

Ils restèrent ainsi longtemps, dans un calme étrange, complice, comme une bulle de rire qui ne demanderait qu'à éclater. Il n'y avait pas de question en suspend dans ce silence, pas de gène. Comme si, isolés du reste du monde par la barrière fragile de plusieurs milliers de fleurs et d'une cape rouge, ils pouvaient se permettre de faire ce dont ils avaient envie, sans devoir pour une fois rendre des comptes.

Ils seraient sûrement restés enlacés durant encore de longues heures, si le brouhaha de la fête ne leur était pas parvenu soudain beaucoup plus nettement, indiquant que quelqu'un venait de pénétrer sur le balcon. Des voix se firent entendre à leur tour et le brun se dégagea avec douceur de l'étreinte qui s'était graduellement faite possessive du Serpentard. Avec un sérieux adorable, Harry attacha sa propre cape autour du cou du blond, prenant bien garde à ne pas le blesser avec la broche. Il ne sembla satisfait que quand, après avoir remis plusieurs fois en place le tissu chauffé magiquement sur le corps fin du préfet, ce dernier se retrouva presque enroulé dedans. Fier de son œuvre, il embrassa le nez pointu de Draco, qui tentait de garder contenance malgré son actuelle ressemblance avec une chrysalide.

Harry s'éloigna sur un sourire, s'avançant avec nonchalance vers les nouveaux arrivants. Lesquels n'étaient autres que Kingsley Shacklebolt, ministre de la magie, entouré de cinq femmes que Draco identifia comme les nouvelles recrues du ministère. Leur approche s'accompagnait du bruit satiné de la soie froissée et de rires joyeux alors qu'elles couvaient des yeux la silhouette bien dessinée du survivant.

Quand la lumière de la pièce éclaira ce dernier, Draco s'appuya contre la rambarde pour pouvoir le détailler tout son soul.

Potter avait les mains croisées dans le dos et cédait à l'ennuyeux rituel des présentations avec un sourire affable. Il n'était plus vêtu que de noir, et il suffisait d'observer les regards fascinés des jeunes femmes pour constater que cela lui allait à merveille. Se tenant droit, seul devant ces représentants de l'autorité qui le dévoraient des yeux, le Gryffondor lui semblait soudain beaucoup plus vieux.

D'un calme absolu, entouré d'une aura d'assurance farouche et d'une force implacable, le tout souligné par une beauté vénéneuse, ce Potter là n'était ni le Potty, ni l'être attendrissant qu'il avait appris à connaitre.

C'était l'Elu, le Survivant, le Sauveur dans toute sa gloire et son pouvoir. Un être qui ne présentait au monde aucune faille ni faiblesse, le garde fou rassurant d'un monde sorcier en train de chuter dans la paranoïa.

Enfoui jusqu'au nez dans la cape couleur Gryffondor qui jurait violemment avec le vert de sa robe, respirant à pleins poumons l'odeur du brun, Draco laissait son esprit vagabonder.

Il voulait que Potter l'apprécie, il était absolument certain de cela à présent. Il aimait découvrir l'infinité des facettes qui le composaient, si disparates et opposées qu'il était impossible de le cerner réellement. Le Potty flamboyant le grisait, le doux l'attendrissait, le héros écorché l'impressionnait. Potter était un homme puzzle, un défi humain qui le passionnait.

Ledit Potter, quelques pas plus loin, se retourna vers lui alors que ses interlocuteurs l'entrainaient à l'intérieur. Discrètement, il mima le geste de tirer une corde invisible vers le haut alors qu'il penchait la tête en tirant la langue, simulant une pendaison comique. Puis il lui fit un clin d'œil complice avant de se laisser absorber par la foule dense qui se pressait dans la salle.

Draco étouffa un éclat de rire.

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Une odeur agressive, mélange de remèdes et de désinfectant, flottait dans l'air, effrayante. La salle, en pierre brute, était haute de plafond et pourvue d'immenses fenêtres, mais de lourds rideaux empêchaient les rayons du soleil d'entrer, plongeant l'endroit dans une semi obscurité reposante.

Partout, l'espace était occupé par de trop nombreux lits alignés, les lieux ayant étés pris d'assaut par les blessés après la Chute.

Sur le matelas le plus éloigné de l'entrée, un jeune garçon reposait. Le teint blafard, de grandes cernes noirâtres sous ses yeux fermés, il paraissait vraiment fragile noyé dans toute cette blancheur aseptisée. Sa respiration était sifflante, difficile, et il grelottait doucement, visiblement gelé.

Autour de lui, les Serpentards de septième année l'observaient, inquiets au possible, dans un silence pesant. Blaise, assis sur le sommier, glissait fébrilement ses doigts dans les cheveux châtains de Theodore, ses mâchoires crispées et son corps tendu démontrant clairement son angoisse. Il régnait une atmosphère grave, presque morbide, sur le petit groupe.

Des pas rapides se firent entendre, les claquements secs de talonnettes résonnants entre les murs voutés. Mme Pomfresh apparut, l'air aussi empressé que d'habitude bien qu'il n'y ait ce jour là qu'un seul patient dans son infirmerie. Elle tenait à la main un flacon d'un rouge malsain, que tous les Serpentards criblèrent d'un regard soupçonneux.

Apercevant l'air profondément anxieux des élèves, elle soupira bruyamment.

« Oh je vous en prie, monsieur Nott n'est pas à l'article de la mort! Ce n'est qu'un gros coup de froid, et peut être que cela lui mettra un peu de plomb dans la tête! Aller prendre un bain de minuit en plein mois d'avril, qu'est-ce qui a bien pu vous passer par la tête? » Grogna la maitresse femme en le redressant avec fermeté.

Theo et Blaise eurent la décence de rougir, ce qui attendrit légèrement l'infirmière. Elle tendit au châtain un verre rempli à ras bord d'un liquide pâteux, fumant, qu'il accepta avec circonspection.

« Buvez » Ordonna-t-elle avec un regard si terrible que le jeune homme rentra sa tête dans les épaules, avant d'avaler la potion. Il eut juste le temps de grimacer devant le goût atroce avant que son visage ne tourne au rouge vif et qu'une épaisse fumée blanche ne lui sorte des oreilles. Mme Pomfresh sembla satisfaite et elle se redressa. Elle fixa Blaise pendant plusieurs secondes, pensive, avant de remplir un nouveau gobelet de pimentine qu'elle tendit au jeune métis. Ce dernier s'apprêtait à protester mais elle ne lui en laissa pas le temps.

« Vous avez tout intérêt à fumer autant que votre ami à mon prochain passage monsieur Zabini, si vous tenez à ce que votre directeur de maison continue d'ignorer tout de vos petites escapades nocturnes. Après tout, j'aime à penser qu'étant majeurs tous les deux, et suffisamment intelligents, vous ne recommencerez plus ce genre de bêtises après la peur que vous venez de vous faire. Ou au moins, que vous attendrez que l'eau se réchauffe, et à partir de là ce n'est plus de mon ressort »

Sur cette tirade, elle tourna les talons et sortit, avec un sourire empli de bonté.

Au passage, elle tira les rideaux blancs, -quelle originalité- pour leur laisser un peu d'intimité. Blaise, encore un peu secoué, but docilement le remède, ses traits se tordant en un rictus écœuré alors qu'à son tour il disparaissait dans un nuage blanc. Il le dissipa d'un geste agacé avant de se pencher vers son petit ami toujours un peu rouge et fumant.

Il retira ses chaussures et se glissa rapidement sous la couette, se collant contre le corps fiévreux du châtain. Ce dernier l'accueillit avec un ronronnement, avant de grignoter ses lèvres comme un chat paresseux. Le métis l'attira à lui dans un soupir, soudant ses bras autour de la taille fine alors que Theo enfouissait son nez dans son cou.

Pas un de leurs amis ne daigna leur adresser un regard, trop occupés à se chamailler.

« Je persiste à dire que l'on devrait emmener Theo à Sainte Mangouste, au cas où. Deux avis valent mieux qu'un » S'inquiétait Pansy.

« Mme Pomfresh est l'une des meilleures guérisseuses de Grande Bretagne, tu le sais aussi bien que moi. Elle a réussi à sauver mon bras en troisième année, alors que l'hypogriffe du demi géant me l'avait à moitié arraché! » Répondit Draco, tout aussi angoissé mais essayant de rester rationnel.

« Oh je t'en prie! » Le reprit sèchement la brune, se tournant vers lui comme un cobra en colère. « Ce poulet t'avait à peine griffé, ne viens pas nous la jouer grand martyr! »

« Le martyr t'emmerde! Quoiqu'il en soit, ça n'empêche pas que cette infirmière soit plus douée que ces imbéciles de Sainte Mangouste. Puis-je te rappeler que sans ses potions j'aurais passé ma vie à marcher avec une canne? A moins que tu ne considères aussi ma cicatrice à la cuisse comme une griffure? » Gronda Malfoy, la fusillant des yeux. L'animosité de Pansy vacilla, et elle recula d'un pas, blessée.

« Draco, tu sais bien que je ne dirais jamais une chose pareille… » Souffla-t-elle, horrifiée « Je suis seulement inquiète pour Theo et… »

« Et tu te défoules sur moi » La coupa Draco avec un mépris qui peina la jeune fille.

Elle savait bien que son préfet essayait de canaliser son appréhension en se réfugiant derrière son masque de connard sans cœur, cela ne changeait rien au fait qu'il touchait toujours parfaitement juste. Décidemment, voir leur petite mascotte en mauvais état ne leur réussirait jamais, quelque soit leur âge.

« Ecoute Draco, tu sais que Pansy ne voulait pas… » Essaya de tempérer Vincent.

« Ah toi, mêle-toi de ce qui te regarde hein ! » Le rabroua le blond.

Aussitôt les deux colosses se gonflèrent, menaçant, mais Draco se contenta de hausser un sourcil narquois, les mettant au défi de lever la main sur lui. L'espace clos entre les rideaux commençait à devenir électrique quand, dans le silence tendu, la toux rauque de Theo se fit entendre.

L'hostilité ambiante retombée comme un soufflé, Pansy se précipita avec un cri sur la chaise abandonnée quelques minutes plus tôt par Blaise. Vincent et Gregory suivirent le mouvement, leurs regards inquiets oscillant entre leur prince et la silhouette blottie dans les bras du métis.

Malfoy lui, faisait les cents pas, se passant de temps à autre une main rageuse dans les cheveux.

« Eh, les gars… » Fit la voix encore un peu éraillée de Theodore. En apercevant le regard torve de Pansy, il ajouta hâtivement « …Et la fille. Regardez, je vais déjà mieux. Je n'ai plus de mal à respirer, et je suis sûr que ma fièvre tombe. Pas vrai Blaise? »

Ledit Blaise approuva, l'air soulagé. Le petit châtain leur fit un sourire rassurant qui apaisa un peu ses amis surprotecteurs.

« Draco, je suis désolée… » Souffla Pansy, en relevant la tête vers son préfet.

« De quoi ? Tu n'as rien dit… Je n'aurais pas du m'énerver après vous ».

C'était ce qui se rapprochait le plus d'excuses dans la bouche de leur ami, et les trois concernés l'acceptèrent comme tel.

Alors qu'un silence un peu gêné retombait, la voix de la terrible infirmière se fit entendre.

« Monsieur Potter? Que faites-vous ici? »

Aussitôt, tous tendirent l'oreille avec avidité, même Theo du fond de son lit. Un grommellement bas, étouffé, répondit à Pomfresh, dont ils ne parvinrent à capter qu'un mot sur trois. L'entrainement de quidditch de l'équipe de Gryffondor s'était apparemment révélé musclé, et on l'avait envoyé en éclaireur pour prévenir de l'arrivée de deux blessés léger.

Des sourires goguenards naquirent ici et là dans le petit groupe. Etre amis avec les rouge et or était une chose, mais ils n'en restaient pas moins des Serpentards. Et savoir que ces crétins avaient réussi à se blesser tous seuls serait un parfait sujet pour les taquiner lors de leurs prochaines discussions sur le quidditch, leurs défaites récurrentes ne leur laissant en général pas une grande marge pour une quelconque raillerie. La répartie était trop facile, même pour un Gryffondor.

Mais le sang de Draco se figea dans ses veines quand le cri horrifié de Mme Pomfresh déchira soudain le calme de l'infirmerie.

« Monsieur Potter ? Monsieur Potter ! Est-ce que vous m'entendez ?! Restez parmi nous monsieur Potter !… Par merlin, mais vous saignez! Petit inconscient, pourquoi être resté debout? Venez par ici… Gardez les yeux ouverts Potter! »

Draco, le dos toujours tourné au rideau qui leur cachait tout du drame qui se déroulait derrière, fixait ses amis avec quelque chose semblable à de la terreur. Dans un silence tétanisé, ils écoutèrent les froissements de tissus, les pas saccadés de la maitresse des lieux et son monologue sourd, continu. De Potter, plus la moindre réponse.

Ce fut Pansy qui tira Draco de sa torpeur alors qu'un calme relatif retombait.

« Draco ? Va voir ce qu'il se passe… » Lui suggéra-t-elle. Voyant le regard lointain du blond s'échouer sur le couple enlacé dans le lit, elle ajouta « On reste là, ne t'inquiète pas. Allez, file voir ce qu'a encore fait ce Gryffy »

Draco hocha la tête et sortit sans un mot, manquant d'arracher le rideau dans son empressement. Il traversa l'infirmerie en quelques foulées, et repoussa les tentures du lit du survivant sans se soucier de demander l'autorisation.

Lui qui s'attendait déjà à le trouver agonisant, mortellement blessé, en fut pour ses frais. Le Gryffondor était assis, torse nu, la tête enrubannée de gaze et de bandages. Il avait l'air en forme, si l'on exceptait les trainées nettoyées à la va vite de sang, le long de la tempe droite et sur une bonne partie de son visage.

« Malfoy ? » Il semblait étonné le pseudo mourant, et plutôt ravi aussi. Draco se traina lourdement vers la chaise inconfortable près du lit et s'y affala lourdement, la tête entre les mains.

« Il va très bien ! » Constata-t-il en haussant la voix. Quelques exclamations soulagées leur parvinrent du fond de la salle.

« Heu…Qui est là? » Demanda Harry, surpris.

« Tout le monde. Theo a été malade toute la journée et Blaise l'a emmené là en catastrophe tout à l'heure, il n'arrivait plus à respirer correctement » Lâcha Draco d'un ton fatigué.

Le brun écarquilla les yeux avant de rejeter son drap et de se lever brusquement.

« Vous auriez pu nous prévenir, on vous aurait accompagné et…Oulah ! »

Draco vit Potter se raccrocher avec force au dossier de la chaise, alors qu'il passait une main tremblante sur ses yeux. Il était soudain très pâle et ses jambes ne semblaient plus vraiment le porter.

Agacé, le blond l'attrapa par le coude et le tira vers son lit. Harry se laissa tomber mollement sur la couverture, amorphe, le dos reposant contre la tête de lit.

« Mais quel con…Potter, à ce que je vois tu as du te vider de la moitié de ton sang, évidemment que le monde ne va pas être stable pendant un moment ! Alors tu vas rester gentiment au lit ou je t'assomme » Le menaça le Serpentard.

« Pomfresh ne te laisserait pas faire » Grogna le brun en plissant les yeux comme si le peu de lumière de l'endroit l'agressait.

« Tu paries ? Elle m'adore, comme tout le monde » Il eut un sourire suffisant qui fit ricaner le brun. Un court instant seulement car juste après il se plaquait les mains sur le crâne en gémissant de douleur « Qu'est-ce qu'il t'est arrivé Potter? » S'inquiéta Draco à mi voix pour ne pas augmenter le mal de tête du blessé.

« On faisait un mini match, quatre contre quatre. » Murmura le survivant « Alicia et Angelina se disputaient le souaffle. C'est Alicia qui a fini par l'avoir, mais en tentant de se dégager Angie a accroché l'arrière de son balai. Alicia a été éjectée et c'est Richie, notre batteur qui a réussi à la rattraper de justesse. De son côté, Angelina a percuté l'un des anneaux de but, mais Ron avait anticipé et il l'a aidée à se rétablir. Elle s'est blessée à la cheville et l'épaule d'Alicia m'avait l'air déboitée » Harry grimaça, se remémorant sans doute l'enchainement tragique des événements.

« Et toi là dedans ? Ton pote Weasley t'est ensuite tombé dessus ? » Ironisa Malfoy.

« Tu savais qu'Andrew, notre second batteur, sortait avec Angelina ? » L'interrogea Harry.

« Non » Répondit Draco, se demandant en quoi cette information avait un rapport avec sa question.

« Ben si, depuis un peu plus de trois mois. Du coup quand elle a été blessée, il s'est précipité au sol lui aussi. J'allais les rejoindre quand… »

« Quand ? » Le relança Draco, avide.

« J'avais oublié à quoi servait habituellement les batteurs…Je me suis pris le cognard en pleine tête » Confia piteusement le brun.

Draco le fixa un instant, sidéré, avant d'éclater de rire. Un rire franc, chaleureux et pétillant, qui creusait une fossette dans sa joue gauche et qui fit oublier un instant à Harry le martèlement douloureux de sa tête. Qui lui fit oublier tout ce qui n'était pas Draco Malfoy en réalité.

« Mais quel crétin » Finit par commenter le blond la voix toujours pleine de rires, secouant la tête d'un air navré, et le Gryffondor se renfrogna. « Et tu m'expliques comment tu as réussi à empêcher Weasley de te porter jusqu'ici comme une demoiselle en détresse, après que tu te sois magistralement vautré par terre? » Le questionna-t-il à nouveau en essayant de retrouver son sérieux.

« II n'a rien vu. Ce n'est pas parce que dans votre équipe vous tombez de votre balai au moindre coup de vent que c'est le cas de tout le monde. Ce n'est pas la première fois que je me prends un cognard… » Le railla Harry.

Aussitôt Draco le fusilla des yeux, mais il ne releva pas l'insulte.

« Ma parole, tu dois avoir un crâne doublé de titane, c'est impossible autrement. Quelqu'un de normal qui se reçoit un cognard en plein sur la tempe s'évanouit directement Potter, il ne traverse pas le château en courant et pissant le sang partout ! » S'agaça le blond.

« Oh, ça va ! Je pensais que j'aurais juste une belle bosse, et puis je ne suis pas mourant. En plus… toute l'équipe était au chevet des filles, il fallait bien que quelqu'un aille prévenir Pomfresh ! » Se défendit il.

« Tu n'es qu'un abruti » Conclut catégoriquement le préfet en chef.

Il vit distinctement le brun bouder, tournant son regard de l'autre côté, et cette réaction enfantine lui tira un fin sourire. Le silence s'installa, tranquille, seulement coupé par le bavardage diffus du reste de la tribu Serpentarde à l'autre bout de l'infirmerie.

Draco ne parvenait pas à empêcher son regard de déraper sur le corps abandonné du Gryffondor. Ce dernier était seulement vêtu de son pantalon de quidditch, de cuir tanné qui, s'il paraissait relativement anodin sur un terrain, lui semblait absolument indécent quand il était porté seul. Surtout porté par le capitaine de l'équipe rouge et or, il devait reconnaitre. Le torse nu de Potter s'offrait sans retenue à son regard gourmand, et en bon Serpentard, Draco ne pouvait pas manquer une occasion pareille. Il s'usait donc discrètement les yeux sur les creux et les bosses de ce corps tout en muscles déliés, durs mais harmonieux. Inlassablement, son regard oscillait entre la gorge offerte, la cicatrice argentée qui débordait de son flanc pour venir effleurer un des pectoraux et mourir dans le tracé finement dessiné des abdominaux, pour finir par s'échouer, frustré, sur la lisière implacable du pantalon.

Ce fut le bruit de tissu froissé, indiquant que Potter s'installait sous sa couverture, et son gémissement de souffrance qui le tirèrent de ses pensées. Le brun avait les deux mains crispées sur ses tempes, tentant visiblement de contenir la douleur qui tambourinait entre elles.

« Mal à ma tête » Marmonna-t-il.

« C'est généralement ce qui arrive à ceux qui amortissent des balles d'acier lancées à pleine vitesse avec la tête » Se moqua doucement Draco.

Le brun ouvrit un œil accusateur, et se contenta de répéter d'un ton buté.

« Mal à ma tête »

Draco s'attendrit imperceptiblement

« Je sais oui » Chuchota t'il.

La réponse parut satisfaire le blessé qui referma sa paupière, les traits figés. Le Serpentard l'observa sans un mot durant un moment, avant de se lever. Il posa sa main sur l'épaule de Harry, exerçant une douce pression. Le Gryffondor ouvrit les yeux avec difficultés, lui jetant un regard suspicieux de sous ses mèches folles. Mais il sembla comprendre l'intention de sa Némésis quand il le vit se débarrasser négligemment de ses chaussures. Il s'avança dans le lit, son visage se crispant sous la nouvelle vague de douleur que provoquait le mouvement.

Prudemment, Draco se glissa dans l'espace libéré, le dos appuyé contre le montant du lit, les jambes passées de part et d'autre du rouge et or. Ce dernier poussa un soupir de contentement en se coulant contre lui. Le blond enfouit son visage dans le cou à sa portée, ne pouvant cependant pas s'empêcher de lorgner les portions visibles de ce dos nu qui le fascinait tant, appuyé contre son torse.

Le petit magyar semblait lui faire de l'œil, tranquillement blotti sur l'omoplate saillante du blessé. Il s'écarta légèrement de la nuque de Harry, se décollant suffisamment pour pouvoir descendre au niveau du tatouage. Là, il posa ses lèvres avec délicatesse sur la peau satinée, relativement peu surpris de découvrir qu'elle se révélait encore plus douce qu'elle n'en avait l'air. Satisfait, il vit un frisson remonter la colonne vertébrale du survivant, s'échouant dans sa nuque où les cheveux courts s'hérissèrent.

« Quand est-ce que tu t'es fait faire ça? » Murmura Draco tout contre la peau mate, et il sentit Potter trembler encore un peu. Cependant la voix du brun était parfaitement assurée quand il répondit, peut être un peu rauque mais sans la moindre trace de trouble.

« En début de sixième année, quand nous avons officiellement été intégrés dans l'ordre du phénix. Nous savions que nous ne survivrions peut être pas à cette guerre. Alors nous avons décidé de nous tatouer tous les trois, dans un endroit facile à cacher évidemment, pas question que cela devienne un signe distinctif pour les mangemorts qui nous traquaient. »Expliqua Harry .

« Granger et Weasley ont donc un Magyar à pointes tatoué quelque part sur le corps ? Je ne sais pas si je trouve cette révélation écœurante ou…écœurante » Grimaça le préfet.

« Bien que je ne pense pas que ce soit ce qui te chagrine, eux n'ont pas de dragon. Nous avons tous les trois un motif différent » Précisa le brun en souriant, les mains enserrant toujours sa tête.

« Un serment ? » Demanda Malfoy en relevant brusquement le nez, soudain intéressé.

« Oui » Confirma la Gryffondor, d'une voix où se mêlait fierté et affection.

« Qu'avez-vous scellé? » voulut savoir Draco, avide.

« Nos magies » Lâcha Harry.

« Oh »

Sa voix n'était plus qu'un souffle. Etonné, impressionné surtout.

Les tatouages sorciers étaient de toutes sortes: animés, immobiles, changeants, définitifs ou temporaires. Le serment était une catégorie tout à fait à part, flirtant avec la magie noire. C'était créer un lien, un engagement total entre deux personnes. Il ne pouvait être fait contre le gré de quelqu'un et ne pouvait être détruit que par la mort de tous ses porteurs.

Il n'avait en réalité pas de véritable pouvoir, si ce n'était d'être une preuve extrême de confiance, un témoignage irrévocable et impossible à renier. Ils avaient été créés des siècles plus tôt, permettant aux seigneurs de s'assurer de la loyauté de leurs conseillers. La marque des ténèbres en était un dérivé, mais beaucoup moins fort et perverti car elle pouvait être posée sans le consentement total du tatoué. Le serment ne marchait qu'avec un engagement absolu, une âme dénuée de tout doute.

Le dessin lui-même dépendait de dizaines de critères: la nature profonde de chacun, son caractère, ses aspirations, ses expériences. Mais surtout, du scellé.

Car un serment nécessitait un scellé, c'est-à-dire quelque chose offert en sacrifice. Cela pouvait aller d'un bijou, une photo souvenir, à des choses plus précieuses, plus personnelles. Dans certains récits glauques, il était même mention de sacrifices humains. Quoiqu'il en soit, plus l'objet sacrifié était important, plus fort était le serment, et plus la représentation en devenait juste.

Sacrifier sa magie était le summum du scellé, c'était offrir son essence même. Plus que le fait de perdre une partie de son potentiel magique, infime, les sorciers craignaient surtout la découverte du motif. On disait qu'un serment sur la magie révélait le fond même de l'être qui le portait, et nombreux furent ceux qui durent leur vie durant exhiber à tous un cafard ou autre bestiole répugnante gravée à même leur chair.

Mais ils étaient aussi les plus inviolables, ceux que de nombreux couples avaient faits par amour, pour échapper à des mariages arrangés. Car un serment amoureux au scellé de magie interdisait à n'importe quel prêtre sorcier de marier l'un des porteurs avec une quelconque autre personne.

Ainsi, Potter avait hérité d'un dragon… Aussi beau que dangereux, un reptile puissant et mortel, capable de tuer pour protéger les siens, mais représenté tendrement roulé en boule comme un grand chaton. En effet cela lui correspondait plutôt parfaitement. Il se demandait bien ce dont avaient pu hériter Granger et sa belette.

« De quoi ont hérité Granger et Weasley? » Répéta t'il d'ailleurs à voix haute.

« Ah ça, c'est à eux qu'il faut le demander, c'est bien trop intime pour que je puisse te le révéler sans leur accord » Répondit le brun avec une pointe de malice.

« Hum Hum » Acquiesça vaguement le blond, trop occupé à laisser courir ses mains sur le dos du Gryffondor. Cela faisait trop longtemps qu'il en rêvait, il n'allait pas se priver de ce petit plaisir, surtout si le propriétaire dudit dos ne soulevait aucune objection. Ne parvenant pas à s'arracher au contact soyeux de la peau dorée, Draco avait simplement laissé ses lèvres dériver, pour atterrir sur la nuque frissonnante.

Délicatement, du bout des doigts, il se surprenait à redessiner presque avec vénération chaque centimètre carré de ce dos qui le fascinait tant.

Sous sa paume, il sentit la légère aspérité du petit triangle presque invisible incrusté dans la hanche. Il en retraça le contour avec douceur, soin, comme s'il pouvait par le toucher élucider le mystère de cette marque infime, qui semblait être la seule à ne pas avoir été causée par la guerre. Puis ses mains remontèrent les flancs, en une caresse appuyée qui tira un profond soupir au Gryffondor.

Arrivé au niveau des côtes, il rencontra les stries parallèles du Sectum Sempra qui rayaient la peau soyeuse du côté gauche. Si fines qu'elles pouvaient sembler insignifiantes, il était pourtant très bien placé pour en connaitre la gravité. Alors qu'il effleurait les cinq marques, à peine plus impressionnantes que des éraflures à présent, il ne pouvait s'empêcher de se demander pourquoi personne ne l'avait soigné. Faire partie de l'Ordre durant la guerre ne signifiait pas qu'ils aient été au courant des actes du Survivant. Ils ne passaient que rarement au square Grimmaurd, et n'y avaient jamais croisé les Gryffondors. Et les renseignements avaient beau avoir été son domaine de prédilection, il n'avait presque jamais rien su des agissements du trio rouge et or.

Abandonnant avec regret le flanc, il remonta le long de la colonne pour atteindre de nouveau l'omoplate. Il laissa ses doigts courir sur le cercle parfait qui la marquait, lisse et d'un blanc presque argenté. Une brûlure, mais pas due à la magie. La marque était trop définie, trop parfaite pour cela. Ressemblant avec une perfection terrifiante à celles laissées par un fer porté au rouge. Et au centre, le tatouage semblait le narguer de ses yeux émeraude. Il lui paraissait encore plus beau maintenant, plus flamboyant, plus acéré, plus vivant. Un serment au scellé de magie… Sans pouvoir s'en empêcher, il décortiquait le motif avec avidité, cherchant à trouver d'autres ressemblances, à décortiquer l'énigme Potter à travers ces quelques centimètres carré de couleur.

Pour finir son inspection, il survola le tracé crénelé et torturé de la balafre qui courait le long de son épaule droite, plongeait sur le côté en débordant sur le biceps, avant de se perdre sur son torse. Ses mains la suivirent, sa paume se coulant lentement le long du pectoral marqué, avant de venir s'échouer sur le ventre dur. Il la laissa là, le souffle suspendu, attendant une quelconque réaction de rejet.

Mais le Gryffondor se contenta de soupirer, avant de s'appuyer un peu plus franchement contre lui. Il laissa sa tête basculer en arrière avec délicatesse, ses mains lâchant enfin ses tempes, pour venir la nicher dans le cou du préfet dont le rythme cardiaque eut des ratés.

« Tu sais quoi? Tu es bien la première personne à me poser des questions sur mon tatouage plutôt que sur mes cicatrices » Les doigts de Draco se crispèrent involontairement sur la peau matte à l'entente de cette aveu fait à voix basse, rauque.

Des questions, évidemment qu'il en avait. Par dizaines, des plus graves aux plus futiles. Mais il savait très bien que si elles lui échappaient, le brun les interpréterait de travers. Il y verrait une curiosité glauque, morbide, là où il n'y avait en réalité que l'envie de le connaitre un peu mieux, d'apprendre ce qui avait pu ciseler ainsi son corps. Une soif presque maladive, effrayante, de le comprendre, de le cerner, de savoir ce qui avait bien pu faire qu'il devienne le garçon qui se laissait paisiblement aller entre ses bras. Mais plutôt que de lui dire tout ça, il se contenta de lâcher, ironique :

« Je suis unique »

« Je sais » Répondit aussitôt le brun avec un léger sourire. Puis, après un court silence, il soupira « Ma tête me lance encore… »

Aussitôt, la main libre de Draco alla se poser sur le front du Gryffondor, se frayant un chemin sous les mèches sombres. Sous ses doigts, la peau semblait être en feu :

« Tu as les mains froides. C'est agréable… » Souffla Harry en fermant les yeux.

Quand l'infirmière passa, une demi-heure plus tard, pour donner une nouvelle dose d'anti douleur au blessé, elle eut la surprise de le trouver profondément endormi, blotti entre les bras de nul autre que Draco Malfoy.

Ce dernier passait sa main sur le front du Gryffondor, avec une douceur étrangement semblable à de la tendresse, ses doigts semblant jouer presque contre son gré avec la frange folle. Il serrait farouchement le corps abandonné au sommeil contre lui, le nez enfoui dans le cou de son homologue rouge et or. De sous ses mèches blondes, il lui jetait un regard méfiant, la mettant au défi de dire quelque chose.

Elle retint un gloussement, et s'approcha sans bruit. Elle posa la fiole de remède sur la petite table de nuit, faisant comprendre son utilité au veilleur d'un petit geste du menton en direction de son protégé. Celui-ci hocha la tête et Mme Pomfresh tourna les talons, s'en allant sans faire de commentaire.

Quand elle tira les rideaux blancs sur le petit couple enlacé, un sourire infiniment heureux ornait ses lèvres.

A suivre

Note du champi: Voila voila :D J'espère que ce chapitre vous à plut, et que je n'ai pas perdu tout le monde en route avec mon retard XD

Merci pour tout en tout cas, et j'essayerais de publier le plus tôt possible =D

Temis