Le chapitre deux est arrivé!!! J'espère que celui-ci vous plaira aussi. En tout cas, merci à ceux qui m'ont laissé des reviews, ça motive.
Chapitre II
Où l'on parle de l'oubli d'un certain professeur
Je me suis encore réveillé de bonne heure ce matin-là. Enfin, réveillé était un bien grand mot puisque je n'ai pas fermé l'œil de la nuit. Mais bon, passons. Le fait est que je sens que cette journée va mal se passer. Premier indice : je me suis levé du pied gauche. Je me prépare en vitesse et sors de ma chambre. Arrivé à mi-chemin dans le couloir, je me rends compte que j'ai oublié mon insigne de Préfet. Je crois bien que je ne m'y ferai jamais à ce truc. Je dois donc retourner dans ma chambre avant de pouvoir enfin me diriger vers la Grande Salle.
Je constate avec horreur que les discussions de la veille à propos du bal d'Halloween n'ont pas perdu de leur ferveur. Bon sang, on est qu'en septembre, il y a largement de temps pour parler de tout cela plus tard. En écoutant cependant distraitement les conversations, j'apprends qu'il est possible d'inviter au bal une personne extérieure à Poudlard. Garçons et filles parlent déjà d'inviter telle ou telle personne du sexe opposé rencontrée pendant l'été et avec qui ils ont noué des relations plus qu'amicales. Pour ma part, c'est déjà tout vu, je n'irais pas à ce bal. L'effort de tous les jours que je fais pour passer inaperçu passe aussi par mon absence durant les fêtes ou toutes autres manifestations festives. Halloween, je le passerai dans ma chambre, et puis c'est tout. J'ai tout de même un pincement au cœur en pensant à ça. Je repense à tous ces moments de ma vie où j'ai raté une occasion de m'amuser, de lier connaissance avec des gens intéressants. Je regarde fixement mon jus de citrouille. Obligé de grandir trop vite, obligé de mentir encore et encore, obligé de ne pas avoir d'ami, aucun lien, aucune attache, aucune prise sur moi, aucun sentiment… Est-ce que je souffrais de cette situation ? Je n'en savais trop rien à vrai dire. Je n'avais jamais connu autre chose que ça. Vivre pour un secret. Toute sa vie vouée à quelque chose dont on ne peut pas se servir, quelque chose qui peut nous tuer. Ma seule satisfaction est de savoir que plus jamais quelqu'un n'aura à porter ce fardeau une fois que je mourrai. Si je n'ai pas de descendance, je serai le dernier de ma race et alors il n'y aura plus personne pour garder ce fichu secret qui a détruit ma famille, qui m'a détruit. Plus personne ne souffrira à cause de lui. Tout sera pour le mieux.
Je finis rapidement mon petit-déjeuner, sors de la Grande Salle et me dirige vers les cachots. Deuxième indice montrant que cette journée est pourrie : double cours de potions avec les Serpentards. Je n'ai pas la moindre idée de l'imbécile heureux qui a confectionné les emplois du temps, mais je trouve que deux heures de potions le lundi matin, c'est barbare. Surtout en mettant dans la même classe des Serpentards et des Gryffondors qui se font la guerre depuis que Poudlard existe. Je suis rapidement rejoint par Hermione Granger. Toute bonne sorcière qu'elle est, elle préfère quand même être accompagnée par un garçon lorsqu'elle se dirige vers les cachots. Il est vrai que le cours de potions de septième année se résume à deux Gryffondors et sept Serpentards. Soit les autres Gryffondors n'avaient pas obtenu la mention nécessaire, soit n'étant pas suicidaires, ils avaient tout simplement abandonné la matière. Seuls résistants : Hermione et moi, un Optimal chacun. Les potions sont la seule matière où je me fais un plaisir de récolter des Optimal, mais même en agissant de la sorte, le professeur Snape ne m'a jamais remarqué, ou alors il me prend pour un élève de Serpentard.
Pas le temps de m'apitoyer plus sur mon sort car le professeur arrive déjà. Ce n'est pas lui qui risque d'avoir un manque de ponctualité. Une force de la nature quand même ce type, jamais malade, même pas un petit rhume. Le jour où il ne vient pas faire son cours, c'est qu'il est mort. Il passe en coup de vent devant Hermione et moi, ouvre brusquement la porte et nous fait signe d'entrer, en silence bien sûr, mais ça, ça va de soi. Et pendant que tout le monde prend place, je me retire comme d'habitude au dernier rang, derrière un pilier. Le professeur gagne son bureau pour se retourner enfin vers les élèves. Il balaie comme à son habitude la classe d'un regard circulaire avant d'entamer son éternel monologue.
- Aujourd'hui, vous allez préparer une potion dont le niveau de difficulté est extrêmement élevé.
- Ce qui veut dire dans son langage, je ne peux m'empêcher de penser, que cette potion n'est normalement réalisable que par des personnes ayant fait des études très poussées en potion.
- Je ne m'attends d'ailleurs pas à ce que quiconque ici réussisse.
- Plaît-il ? me questionnais-je intérieurement. On parie ?
- Cette potion est ordinairement utilisée afin de soigner les personnes ayant subi des brûlures importantes. En fait, l'on pourrait penser que c'est une simple potion de guérison, sauf que la moindre erreur un peu trop importante dans le dosage d'un ingrédient, aura l'effet inverse. Elle deviendrait une potion Explosive qui vous exposerez à des dommages physiques considérables et même irréversibles… et à une semaine de retenues.
Le décor est planté. Au clair, n'importe quel élève peut faire exploser son chaudron et en mourir mais le professeur Snape ne semble pas s'en formaliser. Tout ce qui l'intéresse, ce sont les retenues qu'il pourra donner. C'est à se demander par quel miracle il n'y a jamais eu de morts dans son cours jusqu'à présent. Snape continue à parler, j'ai déjà décroché. Il semble pourtant qu'il a posé une question car la main d'Hermione fuse plus vite qu'un Vif d'Or, mais à quoi bon ? Elle sait pourtant qu'il ne l'interrogera jamais. J'aurais moi aussi aimé pouvoir lever la main pour répondre à une question mais cela casserait mon image d'adolescent discret. Et puis, pour que Snape me remarque, il faudrait sans doute que j'agite les bras dans tous les sens en sautant sur ma table et ça, ce n'est pas sûr qu'il apprécie. Le feu vert est enfin donné et tout le monde peut aller chercher les ingrédients dont il a besoin.
Au bout d'une heure et demie, on entend plus que le bouillonnement des chaudrons. Douce et apaisante musique entrecoupée des soupirs de déception des élèves lorsqu'ils remarquent que la couleur obtenue n'est pas la bonne. Déjà qu'en règle générale, les cours de potions sont plutôt stressants, mais avec la menace de faire exploser son chaudron à tout moment, la panique est à son paroxysme. Il règne dans la salle un silence quasi religieux, on se croirait à la messe (quoique je verrai quand même plus Snape en prêtre sataniste qu'en curé). Je suis bien avancé par rapport aux autres, j'ai même devancé Hermione, mais ce n'est pas pour autant que je ne panique pas. Ce n'est pas le moment de rater ma potion, je suis presque au bout, encore quelques instants de concentration. Si je la rate, c'est l'explosion et toute une classe qui se rend compte de ma présence. Ceci est une des autres raisons pour laquelle je réussis toujours mes potions, outre le fait que j'apprécie réellement cette matière.
Le professeur Snape est jusqu'à présent resté à son bureau à corriger des devoirs de troisième année et il se demande franchement si un seul des élèves a au moins une fois dans sa vie ouvert un grimoire. Il relève la tête. Normalement, la potion doit maintenant avoir une couleur orange vif. Normalement… le seul chaudron qui se rapproche le plus du résultat est celui de Granger, et la fumée est jaune, pour vous dire l'état des autres potions. Pansy Parkinson a même réussi l'exploit de faire virer sa potion au bleu nuit. Désespérant, mais au moins, personne n'a encore fait exploser son chaudron. Il faut dire que depuis que Londubat a cessé d'assister à ses cours, les explosions de chaudrons ont diminué des trois quarts. Il s'apprête à replonger son attention sur ses copies lorsque quelque chose attire son regard.
Une épaisse fumée rouge sang, qui doit se révéler habituellement dix minutes avant la fin de la préparation de la potion, s'échappe de derrière un pilier du fond de la classe. Impossible ! Un élève a-t-il réussi la préparation ? Il regarde encore une fois chaque personne présente dans la salle. Il y a tout les élèves habituels, alors qui ? Piqué dans sa curiosité, il attrape la liasse de copies que les septièmes années viennent de lui remettre et la feuillète. Dans ce lot de devoirs, un nom lui est inconnu : Will Murray. Impossible pour le professeur de mettre un visage sur ce nom. Impossible aussi de savoir à quelle maison il appartient. Patience, la fin du cours approche, et il saurait. Mais quand même ne pas se souvenir d'un élève ! Cela veut dire qu'il ne lui a jamais enlevé de points, ni ne l'a mis en retenue ? Il faudrait remédier à ça.
La fin du cours arrive enfin à son rythme, c'est-à-dire trop lentement au goût du professeur. Les élèves viennent un par un déposer leur fiole sur son bureau mais ils semblent passer devant lui comme des fantômes. Enfin, le moment de vérité arrive. Une silhouette se détache de l'ombre du fond de la classe. Snape avise tout de suite l'écusson gryffondorien et l'insigne de Préfet. Will Murray est un garçon mince, son visage pâle et ses traits fins lui confèrent une certaine fragilité. Cette figure de porcelaine fait ressortir des lèvres finement ciselées comme si elles étaient d'un rouge écarlate. Ses cheveux noirs descendant jusqu'aux omoplates sont noués en catogan mais la vapeur dégagée quelques instants plus tôt a plaqué de chaque côté du visage du garçon deux mèches qui se sont échappées du nœud. L'adolescent semble émaner une aura naturelle de mystère et d'élégance. Le professeur n'a cependant pas encore tout vu. Il reste littéralement collé à son fauteuil lorsqu'il croise le regard de Will. Il n'a encore jamais vu des yeux pareils. Des yeux d'un bleu pâle intense givré et glacial, qui font ressortir le noir de la pupille et dont l'iris est entouré d'une bordure toute aussi noire.
Je me dirige vers le bureau. Potion réussie, pari gagné. Je relève fièrement la tête et croise le regard du professeur. Comment ça croise son regard ? Depuis quand le professeur s'est-il aperçu de ma présence ? Je ne suis pas très rassuré et jette négligemment un œil derrière moi. Ça ne peut forcément pas être moi que Snape fixe avec autant d'intensité. Personne derrière moi.
- Merde, c'est moi qu'il regarde, pensais-je.
Le professeur mémorise chaque détail du visage de Will et de sa démarche, de manière à ce que lorsqu'il le croiserait de nouveau, il se souvienne de lui et puisse remédier au fait qu'il ne lui ait jamais retiré de points. Plus j'approche du bureau et plus j'essaie de contenir la peur qui m'envahis. Je suis maintenant arrivé à la conclusion que le professeur Snape vient bel et bien de se rendre compte de ma présence. Décidément, à cette allure là, à la fin de l'année, tout Poudlard ce serait rendu compte qu'un élève du nom de Will Murray faisait partie de l'école. Il n'empêche que tout cela n'était pas rassurant. Que le professeur McGonagall se rende compte que j'existe est une chose, mais Snape s'en est une autre. Sur le coup je me demande si cela a été bien utile de me cacher de lui à la bibliothèque puisque maintenant Snape m'a définitivement dans son champ de vision.
- On se calme, me motivais-je mentalement. Tu poses la fiole et tu t'en vas, tu poses la fiole et tu t'en vas, tu poses la fiole….
Mission accomplie, fiole déposée intacte sur le bureau. Maintenant, opération repli stratégique vers le fond de la classe en vue d'une récupération de sac. Sac récupéré, direction la porte. Porte franchie, surtout ne pas la faire claquer quand on la referme. Dou-ce-ment. Et maintenant, on respire bien calmement. Je crois bien que je ne suis encore jamais resté aussi longtemps en apnée. Jusqu'au moment de libération où j'ai enfin pu refermer la porte des cachots, j'ai toujours senti le regard froid du professeur braqué sur mon dos. Les cours de potions ne se passeraient plus comme avant, j'en suis persuadé. En attendant, j'ai bien besoin d'un petit remontant. Est-ce que les elfes de maison sont autorisés à donner de l'alcool aux élèves ?
Le professeur restait sceptique. Dès que Will avait refermé la porte sur lui, il était devenu convaincu que ce ne serait pas facile de lui reprocher quelque chose qui puisse justifier une retenue. Cet élève avait l'air d'être d'un calme parfait et le professeur se doutait que tous les sarcasmes du monde ne transperceraient jamais cette carapace d'impassibilité. Ce gamin était d'un stoïcisme sans égal. Jamais il n'avait vu quelqu'un qui semblait si peu s'accrocher au monde qui l'entourait. C'était comme si rien ne pouvait avoir d'emprise sur lui, rien ne pouvait le retenir. Cependant, lorsque le professeur avait croisé le regard de l'élève, passée la première surprise due aux yeux de l'adolescent, il avait vu un regard dur. Un regard que seuls ceux ayant fait des sacrifices trop jeunes, ou gardant un fardeau trop important peuvent avoir. Il avait vu dans ses yeux une envie de liberté sans pareil. Il ignorait tout de ce garçon, mais le fait est qu'il doutait de plus en plus du fait que sa discrétion soit simplement due au hasard.
Alors, que pensez-vous de tout ça? Une petite idée du secret de Will? Cela m'intéresserait de connaître vos pensées là-dessus.
