« Elle comprit tout à coup que l'amour était l'instant où le cœur est sur le point d'éclater. »

Extrait du dernier chapitre de Millénium 1 : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes, par Stieg Larsson

2 : Kiss Kiss Bang Bang

« Nezumi, tu ne peux pas savoir à quel point je te suis reconnaissant d'être ici avec moi. »

Kévin la regardait avec des étoiles dans les yeux qui l'auraient fait rougir dans d'autres circonstances.

« Arrête de faire ça, Kévin, arrête-toi tout de suite. »

« Arrêter de faire quoi ? »

« De tomber amoureux de moi par gratitude et par nécessité. »

Il s'arrêta aussitôt de marcher, indigné :

« Mais qu'est-ce que tu racontes ? Je ne suis pas en train de tomber amoureux de toi ! »

« C'est parfait alors. Continue. »

Il se remit à marcher, impassible mais étrangement piqué au vif par la mise en garde de Nezumi. N'est-elle pas censée m'aimer ?

La vision des nombreux dômes dorés de Kiev interrompit ses réflexions. Ils marchèrent droit vers les gardes et, dès qu'on fit un geste pour les contrôler, Kévin retira sa capuche, leva la tête et activa ses Yeux. Le visage des gardes passa aussitôt de la froideur à une sorte d'adoration respectueuse. Quand Kévin fit signe à Nezumi, qui se tenait légèrement en retrait, de le rejoindre, ils la regardèrent avec un respect égal, mais cette fois empreint de curiosité.

Deux hommes se détachèrent du groupe et Kévin leur adressa la parole en russe. Ils lui expliquèrent que, si lui ou son père devaient venir un jour à Kiev, Kathryna Kria leur avait ordonné de les guider jusqu'à elle. Kévin accepta et ils firent venir une voiture à cheval.

Par la vitre de la voiture, il admira la beauté de Kiev, mais ne put s'empêcher de remarquer que les rues étaient désertes. Après la prise de pouvoir de sa tante, elle avait chassé les Moldus de Kiev, en en faisant la capitale des Sang-Purs locaux, désormais leur refuge face à l'hostilité des Moldus et des autres sorciers.

Leur véhicule s'arrêta aux portes d'un bâtiment de style baroque, mais assez modeste comparé aux cathédrales et palais qu'il avait aperçus. Il était complètement séparé des autres par une grille de fer forgé ornée d'un gigantesque K.

« Bienvenue à la résidence Kria, monsieur. », dit l'un des gardes. Il essaya d'aider Nezumi à descendre mais elle se contenta de sauter à terre avec désinvolture.

Même si un valet de pied les annonça avant qu'ils ne rejoignent Kathryna, Kévin fut assez impressionné du sang-froid de sa tante. Elle ressemblait tant à son père et à lui-même que la voir lui fit chaud au cœur et mal à la fois.

Tout d'abord, elle ne dit rien et s'avança vers lui, ses grands yeux gris froids et inexpressifs. Puis elle le serra dans ses bras avec une chaleur qui le surprit.

« Si tu viens ici pour y rester, mon plus grand rêve vient de se réaliser. »

« Qu'est-ce que vous voulez dire par rester ici ? »

« Konstantin ne va jamais quitter Léna et je n'aurai jamais d'enfants, dit Kathryna d'une voix neutre mais sous laquelle Kévin pouvait deviner une tristesse inouïe. Ce qui fait de toi mon héritier présomptif, si tu acceptes cette charge. »

« Je n'y ai pas encore pensé, dit Kévin. En fait, je suis venu passer quelque temps ici avec vous et aussi vous demander de l'aide pour vaincre ma mère. Je peux me charger d'elle seul mais elle n'est pas sans protection. »

« C'est intéressant que tu me fasses cette demande. Les Sang-Purs ont désespérément besoin de retrouver Léna pour reprendre le contrôle des Détraqueurs. Si tu acceptes de leur donner l'endroit où elle se trouve, ils enverront leurs meilleurs combattants pour t'aider à la vaincre et récupérer ses pouvoirs. »

Kévin ressentait un profond malaise à cette idée. Contrairement aux chefs d'État, il savait que le pouvoir sur les Détraqueurs ne pouvait être partagé en aucune façon. Lorsqu'ils le découvriraient, les dirigeants de tous les pays se mettraient à se battre pour obtenir ce sésame vers le pouvoir absolu. Kévin n'était pas un saint mais il ne voulait pas plonger le monde dans une Troisième Guerre Mondiale, merci beaucoup.

À bien y réfléchir, Kévin préférait demander l'aide des Sang-mêlés. Ils présentaient l'énorme avantage d'ignorer, pour beaucoup, l'existence de la Confrérie ; ils ne seraient donc pas tentés de s'emparer de la Clé. Il lui fallait juste espérer qu'ils acceptent de l'écouter et croient en la menace que représentait Léna.

« Heu… Non, je préférerais ne pas leur dire. »

À la grande surprise de Kévin, sa tante ne l'interrogea pas plus sur son étrange refus.

« Vous ne me soupçonnez pas d'être un espion ou quelque chose comme ça ? »

« Léna ne m'a jamais envoyé d'espions. Pourquoi le ferait-elle maintenant, alors que c'est le moment idéal pour se concentrer sur Poudlard ? »

« Vous savez pour Poudlard ? »

« Je sais que les Fondateurs ont volé à la Confrérie la source de leur pouvoir, l'ont mise en sécurité à Poudlard et qu'elle essaie depuis de la récupérer. Je ne suis pas assez bien informée pour connaître les détails. Mais j'en sais suffisamment pour deviner que si tu es ici, et non à Poudlard, c'est que tu t'es enfui et donc que tu es ici de ton propre gré. »

« Mais je n'ai pas l'intention de rester longtemps. »

« Allez…, dit Kathryna, moqueuse, tu vas bien rester pour t'entraîner un peu ? »

« M'entraîner ?, répéta Kévin, incrédule. Mais j'ai fini mon entraînement il y a des années. »

« Konstantin n'a jamais été aussi doué que moi. Je parie qu'il y a des lacunes dans la maîtrise de ton apprentissage. »

Nezumi put juger de l'habileté de Kathryna à la colère qui se peignit sur le visage de Kévin. Elle n'aurait pas pu mieux s'y prendre pour l'inciter à rester le plus longtemps possible.


John regardait d'un air sombre son écran d'ordinateur. Tandis qu'il tapotait sur le clavier pour corriger son rapport sur l'optimisation des futures usines d'armement, la même scène repassait dans son esprit, pour la millième fois sans doute.

« Elle est partie, John, disait Vivian, obstinément. À Poudlard. Tu penses que tu peux aller là-bas et la récupérer ? »

« À t'entendre, on dirait qu'elle est morte ! »

« Justement, je n'en sais rien ! Mais même si elle est vivante, réalise un peu que tu ne vas sans doute jamais la revoir ! »

« Alors, tu l'abandonnes ? Ta propre fille ? »

« Au début, j'étais comme toi !, s'écria t-elle. Je me disais que je remuerai ciel et terre pour la ramener. Mais je me suis renseignée. Poudlard n'apparaît sur aucune carte, les « Moldus » ne peuvent même pas le voir, encore moins entrer dedans. Emily est hors de notre portée. »

« Comment peux-tu dire une chose pareille ? »

« Parce que c'est vrai ! Tu crois que ça ne m'a rien fait, rien lorsqu'ils ont arraché ma fille en pleurs de mes bras, lorsqu'ils m'ont dit que je ne la reverrai jamais parce que « moi, une méprisable Moldue, j'avais eu l'honneur d'engendrer une sorcière ». Et Matthew qui criait jusqu'à ce qu'ils le frappent ! Tu n'étais même pas là ! »

« Je suis désolé, Vivian, dit-il en la prenant dans ses bras. Je n'aurais pas dû insinuer que… Tu as raison. Mais je réussirai à trouver un moyen.»

Le problème était qu'après plusieurs semaines, il n'était pas plus avancé. Entre-temps, un dictateur avait pris le pouvoir en Angleterre. John savait que le régime était autoritaire mais il s'en fichait du moment que le pouvoir était détenu par un Moldu qui planifiait leur « revanche » sur les sorciers. Il était même ravi de mettre ses talents au service du réarmement de la nation. Mais son sang bouillait dès qu'il se rappelait que sa fille était dans le camp opposé. Sans doute maltraitée par les sorciers, elle risquait en plus d'être victime de Moldus, d'être haïe par des Moldus…

Il devait y avoir une erreur. Il n'y avait rien de mal en sa fille. Elle ne pouvait pas être une sorcière.

John fut soudain distrait par des éclats de voix en provenance du couloir, qui lui parvinrent quand un groupe passa devant sa porte ouverte.

« Hé, Hampton, paraît que t'as rencontré un Mangemort ? »

« Comment t'as survécu ? »

« Allez, raconte ! »

« Fichez moi la paix ! »

Le ton était ferme mais la voix fluette. Même sans avoir entendu son nom, John aurait reconnu le jeune ingénieur, Frank Hampton. Il se tenait plutôt à l'écart des autres et avait l'air de marcher sur des œufs en permanence.

« Laissez-le tranquille. », dit-il aux trois autres après avoir passé la tête par la porte de son bureau.

John était assez respecté parmi ses collègues. Ceux-ci choisirent donc d'abandonner la partie pour l'instant et de continuer leur route.

« Entre ici un instant. », dit John à Frank, qui était resté planté au milieu du couloir, hébété.

Un instant, Frank parut sur le point de tourner les talons et de prendre ses jambes à son cou. Mais son visage était aussi de rose de gratitude et il finit par accepter l'invitation de John.

« Tu aurais pu t'en vanter, tu sais ? »

« En fait, je ne suis pas très fier de ce qui s'est passé là-bas. », répondit-il en baissant les yeux.

« Pourquoi donc ? »

« Je n'aime pas mentir et, si je vous dis la vérité, vous allez me casser la figure. »

John fronça les sourcils.

« Je promets que je ne me mettrai pas en colère mais tu vas devoir me dire toute la vérité, Frank. »

« J'étais localisé près du manoir Malfoy, plus près que les autres. On est allé l'assiéger quand les Détraqueurs ont disparu. Mais nous nous sommes arrêtés aux portes du village. Il y avait bien trop de sorciers à l'intérieur. Nous nous apprêtions à partir quand Lucius Malfoy a demandé à rencontrer certains d'entre nous. »

« Et tu y es allé ? » demanda John, incrédule. Bien des braves ne se seraient pas risqués dans l'antre d'un sorcier, et le courage n'était pas ce qui définissait Frank Hampton.

« J'étais en colère. En fait, j'étais complètement fou, avide de vengeance. Je n'avais rien d'autre qui m'attendait, donc rien à perdre. Je me suis porté volontaire, bien décidé à tuer Malfoy. Je ne savais pas encore à quel point c'était stupide. »

« Qu'est-ce qui t'as fait changer d'avis ? »

« Hé bien, Lucius Malfoy nous a reçus avec sa femme et son fils. Le message était clair : nous n'étions pas une menace pour lui et les siens. Et c'était assez dur de l'attaquer devant son fils de quatre ans qui jouait aux cubes à côté de nous. »

« Et ensuite ? »

« Il nous a dit que Voldemort avait été tué par des sorciers, mais qu'il en restait encore de nombreux qui ne voudraient pas renoncer à leurs privilèges. Il a l'intention de les combattre et il nous a demandé notre aide, et par nous, je veux dire les Moldus. Lorsque je me suis rendu compte d'à quel point il était civil et respectueux, j'ai cessé d'être une brute et je suis redevenu moi-même.

Malfoy nous a demandé de répandre ces informations, ce que j'ai essayé de faire au début. Mais personne n'a voulu m'écouter. Tout le monde a encore trop la haine au cœur pour envisager le fait que les sorciers ne soient pas entièrement mauvais. Certaines personnes m'ont frappé quand je leur ai rapporté cette conversation, d'autres plus raisonnables ont objecté que Lucius Malfoy a vécu sur notre dos pendant de nombreuses années. Ils ont raison, et je n'ai jamais pensé que c'était un ange mais, même s'il ne nous respecte pas vraiment, il s'est comporté comme… un vrai gentleman. »

« Le manoir Malfoy est un véritable endroit ? Je veux dire, tu pourrais me l'indiquer sur une carte ? »

« Bien sûr, pourquoi ? »


Stanislas ne pouvait s'ôter de la tête que l'histoire se répétait, parfois.

« Lucy, ton père m'a dit que tu avais l'intention d'aller à Poudlard. Quand est-ce que tu allais m'en parler ? »

« Juste après avoir fini ça. », dit Lucy en pesant de tout son poids pour fermer la valise.

Stanislas parcourut la pièce du regard avec horreur. Lucy habitait cette confortable (voire luxueuse) chambre du manoir Malfoy depuis à peine trois jours mais elle avait déjà décidé de la quitter. Tous ses objets personnels avaient disparu, sans doute dans l'énorme valise qu'elle tenait désormais à la main.

« Tu m'as dit que tu n'étais pas un soldat. »

« Je pensais que je n'étais bonne à rien. Mais Arsinoé m'a parlé de programmes d'entraînement très perfectionnés prévus pour des gens qui ne sont pas meilleurs que moi. »

« Alors, ça ne te gêne plus d'avoir à tuer des gens ? »

« N'exagère pas, Stanislas, dit Lucy en roulant des yeux. Ils ne vont pas me demander d'exécuter quelqu'un à mon arrivée. Je veux devenir une meilleure sorcière et je veux les aider. Je suis sûre que je peux le faire de milles façons, qui n'ont rien à voir avec le meurtre. »

« Mais si une bataille finit par éclater, et elle éclatera, tu seras obligée de le faire, tu sais ? »

« Je ferai ce qui est nécessaire pour protéger les autres, et pour me protéger. »

« Alors, je viens avec toi. »

« Seulement pour me protéger ? »

« Si mon père avait fait seulement ça, je ne serais pas orphelin de mère. »

Lucy tressaillit et se massa nerveusement le cou.

« Ma mère n'était pas faible. Je ne pense pas que tu le seras. Mais, même si tu deviens la meilleure sorcière au monde, tu risqueras toujours de te faire tuer. Et deux personnes sont toujours plus difficiles à vaincre qu'une seule. Donc je viens. »

« Je m'en veux de te faire courir des risques. »

« Si je ne me suis pas engagé, c'est simplement par lâcheté. Dis-toi plutôt que tu fais ressortir le meilleur de moi. »

Elle l'embrassa doucement et il partit faire ses propres bagages.


« Pas question que tu y ailles seul !, tempêta Vivian, tout en parcourant le salon en long et en large. Je viens avec toi ! »

« Mais qui va s'occuper de Matthew ? On ne va quand même pas le laisser tout seul ! »

« Alors, tu n'as qu'à rester avec lui ! Je ne vois pas pourquoi Lucius Malfoy accepterait plus facilement de t'aider qu'il ne le ferait pour moi. »

« C'est moi qui ai trouvé que le fait d'aller le voir serait peut-être une bonne idée alors que tu avais déjà baissé les bras ! »

« Arrête, ce n'était que de la chance ! »

« Taisez-vous tous les deux ! Je viens avec vous ! », s'écria soudain Matthew.

John et Vivian se turent aussitôt et se tournèrent vers leur fils, blêmes.

« Tu n'es pas sérieux, mon chéri, dit Vivian. C'est bien trop dangereux. »

« Ta mère a raison, Matt. Il n'est pas question que tu ailles dans la maison d'un sorcier. »

« C'est toujours la maison d'Emily ici et je vous rappelle que c'est une sorcière ! », leur répondit-il par pure provocation.

« Ce n'est pas la même chose… Emily n'est qu'une enfant. »

« Et moi, je n'en suis plus un. Je veux aller sauver ma sœur. Et ne dites pas que c'est trop dangereux. Papa, je t'ai entendu dire que Lucius Malfoy était un bon père de famille qui se comportait décemment avec les Moldus. Je ne vois pas pourquoi je courrais plus de risques que vous à le rencontrer. Ou alors vous devez me laisser tout seul… »

John et Vivian échangèrent un regard. Aucun d'eux n'avait l'intention de céder. Ils n'avaient ni amis, ni famille assez proches pour leur confier Matthew. Celui-ci était d'ordinaire plutôt responsable mais, nul doute que s'ils le laissaient seul, il se vengerait de ne pas être du voyage en faisant toutes les bêtises qui lui passeraient par la tête.

« OK, on y va tous, dit John. Va faire tes bagages, Matthew. »

« C'est déjà fait ! », s'exclama t-il en jubilant.

Il fila dans sa chambre récupérer ses affaires et revint une petite valise dans la main droite et son caméscope dans la main gauche. C'était un appareil à la pointe de la technologie en 1999, que Vivian avait caché des sorciers pendant des années jusqu'à ce que Matthew le découvre. Il était devenu son bien le plus cher et, même alors qu'il quittait la maison, il n'envisageait pas de s'en séparer, ce qui attendrit John.

« Je ne crois pas que ta caméra fonctionnera, avec toute cette magie. », dit Vivian.

« J'espère bien que si ! Un reportage exclusif : le premier regard Moldu sur Poudlard ! Cela nous rendra célèbres tous les quatre. »

John soupira, et ils partirent pour leur premier « voyage en famille ». Il préféra ne pas imaginer à quel point c'était ironique.


Plus il passait de temps à Kiev, plus Kévin se sentait gêné vis à vis de Nezumi. Le comportement de sa tante envers elle était courtois, mais indifférent : même invitée par Kévin, elle était étrangère à la maison des Kria. Et elle n'avait non plus rien de particulier à faire à Kiev. Kévin se sentait coupable de l'y retenir. Alors, il passait un peu de temps avec elle chaque jour pour la distraire. Un jour, il eut le courage de lui poser la question qui lui brûlait les lèvres :

« Nezumi, pourquoi veux-tu rester célibataire ? »

Elle leva les yeux vers lui, surprise et choquée :

« Tu n'as pas remarqué que Voldemort nous as fait revenir soixante ans en arrière ? Une femme qui a une relation sérieuse est forcée de se marier et de s'occuper de sa famille, ou alors elle a une carrière et elle reste vieille fille. Pas de juste milieu. »

« Je sais ça, mais ça n'explique pas pourquoi tu devrais renoncer aux relations… qui ne sont pas sérieuses. »

« Tu veux dire des relations d'un soir ? Oh non, je ne m'imagine pas du tout faire ça. J'ai du mal à mener une conversation avec quelqu'un que je ne connais pas, alors comment je pourrais coucher avec un inconnu ? Non, ce devrait être avec quelqu'un que j'apprécie, que je respecte et qui a toute ma confiance. Et si toutes ces conditions sont réunies, je ne vois pas pourquoi la relation ne serait pas sérieuse. »

Il la laissa replonger dans son épais bouquin et, quelques minutes plus tard, quitta la pièce sans bruits pour retourner dans ses propres appartements. Il remarqua aussitôt une femme de chambre penchée sur sa table basse, et qui donc lui tournait le dos :

« Oh, ce n'est pas la peine de faire la chambre, je suis habitué à nettoyer derrière moi. », dit-il en russe.

Elle se tourna vers lui, un sourire aux lèvres, et il reconnut Rosemary.

« Comment diable as-tu fait pour entrer ici ? »

« Tu parles de la ville ou de ce manoir ? »

« Des deux, bien sûr ! »

« Cette ville doit bien être approvisionnée en nourriture. Les paysans du coin ont été chassés et remplacés par des sorciers fidèles qui livrent Kiev toutes les semaines. Je me suis cachée dans un convoi. Une fois en ville, avec cet habit, aucun Sang-Pur ne m'a remarquée. Tu ne savais pas que l'entrée de service n'était pas gardée ? »

Kévin fit la grimace. Bien sûr, il n'y avait jamais pensé !

« Tu sais, il n'y a rien de plus facile que de fouiller une maison en faisant semblant de la nettoyer. Je n'avais qu'une seule précaution à prendre : personne ne devait me regarder en face. Autrement, ils m'auraient probablement reconnue comme n'étant pas des leurs. »

« Très bien, alors je vais te faire arrêter maintenant. »

« Ta réaction me confirme que, même si tu vis caché ici, tu n'as rien d'un prisonnier. Et, si tu es venu ici de ton propre chef, déduisit lentement Rosemary, c'est que tu as dû découvrir la vérité sur ta mère et moi et que tu nous as fui toutes les deux. »

« Je suppose que tu as finalement réalisé ton rêve de travailler pour elle. », dit Kévin d'un ton acide.

« Oui. Enfin, c'est ce qu'elle pense. »

« Vous formez un duo parfait toutes les deux, aussi traîtresses et avides de pouvoir l'une que l'autre. »

« Je ne suis pas si avide de pouvoir que ça, Kévin. Je veux bien le partager… avec toi. »

« De quel pouvoir parles tu ? La dernière fois que je t'ai vue, tu n'en avais aucun. »

Elle grinça des dents mais réussit à supporter ses provocations avec un sourire mielleux.

« Je te parle du pouvoir du Cristal du Chaos, bien sûr. Je vole la Clé à ta mère, tu brises le Sceau des Fondateurs et, ensuite, nous nous partageons l'antimagie du Cristal. »

« Et qui détiendra la Clé ? Qui ordonnera le partage ? »

Rosemary fronça légèrement les sourcils et dit avec une élégance affectée, qui contrastait étrangement avec sa tenue de domestique :

« Je sais que tu ne croiras jamais en ma parole, alors je vais accepter de croire en la tienne. Si tu me jures qu'une fois la Clé en ta possession et le Sceau brisé, tu partageras également entre nous deux le pouvoir du Cristal, alors je te ferai confiance. »

« Tu mens, Rosemary. Tu es bien trop intelligente pour me faire confiance et bien trop ambitieuse pour partager un tel pouvoir. Tu veux juste m'utiliser pour briser le Sceau et après me poignarder dans le dos pour tout récupérer. »

Kévin s'attendait à ce que Rosemary, sachant ses intentions découvertes, se trahisse enfin. Mais elle resta parfaitement immobile, un peu surprise peut-être, avec l'air de ne pas savoir quoi répondre. Une réaction tellement innocente que Kévin aurait voulu hurler.

Il se mit à faire les cent pas dans la pièce et déclama, un poil trop théâtral :

« Hé oui, Rosemary, l'expérience nous apprend bien des choses ! Mais ne sois pas déçue : je n'étais pas du tout tenté par ton offre de toute façon. Mon pouvoir a attiré auprès de moi comme une nuée de moustiques des gens comme toi et ma mère, qui a aussi utilisé mon ambition pour m'endoctriner. Maintenant, j'en suis un peu dégoûté, du pouvoir et de l'ambition. Je veux juste trouver ce que je veux faire, et les personnes avec qui je veux être. »

Au fil de son discours, sa voix était devenue de moins en moins forte, comme dans un lent decrescendo. Il avait arrêté de faire les cent pas et ses yeux fixaient un point invisible sur le sol.

Il réfléchit quelques instants puis reprit à nouveau la parole, mortellement sérieux :

« En fait, je ne te déteste pas. Tu m'as manipulé mais tu n'avais pas l'obligation morale de me protéger et de m'aimer, comme une mère l'a envers son fils. Tu m'as même appris une bonne leçon et, pour ça, je vais te laisser partir. Mais si nous nous rencontrons à nouveau, je ne serai pas aussi clément. »

Rosemary quitta la pièce en silence, jetant au passage un dernier regard surpris à Kévin. Quelques secondes plus tard, elle avait disparu.

Il eut un sourire mauvais. Demain, lorsque Rosemary serait très loin d'ici, il dirait à sa tante qu'une espionne de Léna Whitebird l'avait repéré.

En effet, comme il avait refusé sa proposition, Rosemary n'avait pas d'autres choix que de rester auprès de sa mère et d'essayer de gagner sa confiance. Elle allait lui dire que Kévin était à Kiev et Léna ferait tout pour le récupérer. Sa tante, elle, ferait tout pour le garder. Et, pendant que les Cavaliers du Chaos se battraient avec les hommes dévoués à Kathryna, il pourrait vaincre sa mère une bonne fois pour toute, et détruire la Clé.


Le lendemain, Rosemary était attablée au comptoir d'une brasserie de Bratislava. Elle était habillée comme une jeune Moldue et elle savourait un verre de bière ma foi pas mauvaise.

« Est-ce que je peux utiliser le téléphone ? », dit-elle à la tenancière, qui opina bonhommement du chef.

« Ils ont remis l'antenne relais il y a trois jours, grâce à notre grand chef Lubovcik. », ajouta t-elle avec fierté.

Rosemary se contenta de prendre le combiné et de taper une série de chiffres. Qu'il y ait ou non le réseau, ou le nom du dictateur local, lui importaient peu. La transmission magique ferait le reste.

« Allô. », dit Léna Whitebird d'une voix froide.

« Il n'est pas à Kiev, dit Rosemary sans autre forme de procès. Ni vivant, ni mort. »

« Voilà qui est fâcheux. Mais bon, dans tous les cas, tu n'as aucune raison de rester en Europe de l'Est. En fait, j'ai déjà une autre mission pour toi. »

« Qu'est-ce que c'est ? »

« Mon espion au manoir Malfoy m'a rapporté que, depuis la mort de Voldemort, les résistants motivés sont recrutés et envoyés à Poudlard. Mais, avant qu'ils puissent entrer, on vérifie qu'ils ne sont pas membres de la Confrérie. Celui qui est en charge de Poudlard est donc aussi méfiant à notre égard que Kathryna Kria. Je veux savoir pourquoi. »

« J'y vais tout de suite, madame. »

Rosemary raccrocha. Parfait. À Poudlard, elle aurait accès à des informations que même Léna ignorait. Elle pourrait peut-être y trouver un nouveau moyen de briser le Sceau, qui n'impliquerait pas Kévin. Il n'était pas question que Léna tente de le récupérer à Kiev car elle risquerait d'y perdre la vie et, alors, Rosemary pouvait dire adieu à la Clé.


Lucy attendait près de la porte de la salle de classe. À la fin du cours, elle regarda les élèves partir avec curiosité puis interpella vivement la personne qui sortit de la classe en dernier et verrouilla la porte d'un coup de baguette.

« Eméra ! »

Celle-ci se retourna, surprise et ravie. Les deux amies s'étreignirent, puis se mirent à marcher côte à côte dans les couloirs de Poudlard.

« C'est génial que tu sois là, Lucy. Je suis vraiment contente que tu te sois engagée. »

« Pourtant, dans tes lettres, tu ne semblais pas très enthousiaste à l'idée de la guerre. »

Eméra lui avait écrit avoir vu et fait trop d'horreurs pour vouloir faire la guerre, même si la cause des Sang-impurs était juste. Mais, d'après les lettres de Dalila, ce n'était pas uniquement la guerre qu'Eméra ne voulait plus faire : la mort de Ti'lan l'avait laissée comme apathique. C'était Dalila qui avait ramassé sa cousine à la petite cuillère et qui lui avait redonné un but. En effet, le sens aigu du devoir d'Eméra la poussait à aider sa meilleure amie à réaliser son rêve le plus cher, organiser la rébellion.

« Oui, mais je crois que j'ai trouvé ma vocation. Je suis professeur maintenant. »

« Alors, je vais tout de suite m'inscrire à tes cours ! »

« J'ai une autre nouvelle à t'annoncer : je suis enceinte, de presque deux mois. »

Lucy s'arrêta aussitôt de marcher, et regarda son amie de la tête au pieds avant de la serrer à nouveau dans ses bras.

« Hé bien, félicitations ! Mais pourquoi tu ne me l'as pas dit plus tôt ? »

« C'est une information confidentielle, donc elle ne peut quitter ces murs. »

« Je suis assez surprise, cependant. Je ne pensais pas que tu voulais devenir mère si tôt. »

« Oui, mais cet enfant est tout ce qui me reste de Ti'lan. »

Ces paroles plongèrent Lucy dans une gêne profonde, mais elle se reprit. Elle n'avait pas le droit de faire la leçon à son amie sur un choix aussi personnel. Eméra était quelqu'un de bien ; Lucy lui faisait confiance pour aimer et élever convenablement son enfant quelles que soient les circonstances.

Cependant, elle se sentait toujours mal à l'aise et quitta rapidement Eméra sous prétexte d'aller saluer Dalila. Eméra lui indiqua le chemin du bureau du directeur, où Dalila officiait désormais. Lucy était à mi-chemin quand elle se rappela que Stanislas était sans doute en train de parler à Dalila de l'augmentation folle du nombre de loups-garous et de la menace qu'ils représentaient peut-être pour les Moldus. Très bien, elle attendrait que Stanislas et Dalila aient fini leur discussion pour ses retrouvailles avec son amie.

« C'est des nouvelles très inquiétantes que tu me rapportes, Stanislas, dit Dalila. Elle était assise à son bureau et se tenait le visage dans les mains.

Je veux les Moldus comme alliés dans cette guerre et, plus généralement, une paix durable n'est pas possible si sorciers et Moldus ne vivent pas en bonne intelligence. Mais, en ce moment, les Moldus nous détestent au point de ne pas vouloir entendre parler d'une alliance. Si nous les aidions face aux loups-garous, ça pourrait nous réhabiliter à leurs yeux. Mais je dois savoir où ils vont frapper exactement. »

« Ça ne te pose pas de problèmes d'affronter Deimos ? »

« Crois-moi, Stanislas, dit Dalila, son visage reflétant un manque total d'intérêt ou d'émotion, ce n'est plus qu'une source de problèmes à mes yeux. »


« Je propose, dit Deimos Greyback, que la Glorieuse Nuit ait lieu la pleine lune suivant la fin du projet du professeur Yaxley. »

« Votre aide ne sera pas nécessaire. »

« Si je peux me le permettre, monsieur, dit Deimos d'un ton respectueux qui aurait sonné grossièrement faux aux oreilles de tous ceux qui le connaissaient, la Glorieuse Nuit mobilisera tous les Sang-Purs combattants. Pendant l'attaque, nos positions actuelles seront donc laissées sans la moindre protection, ce qui est impensable en temps de guerre. »

L'assemblée des chefs d'État réunie par cheminée à Blackwell reconnut la validité de son argument, d'autant plus que la plupart d'entre eux avaient femmes et enfants dans leurs capitales respectives.

« C'est une bonne idée. Mais les loups-garous ne seront-ils pas un peu déçus de rester à l'arrière ? »

« Il n'y a rien que nous puissions faire. Même moi, je dois le reconnaître. », dit-il en baissant les yeux.

Les Sang-Purs échangèrent de petits sourires satisfaits. Enfin, les loups-garous, ces alliés précieux mais inférieurs, étaient muselés. Satisfaits, ils votèrent donc à l'unanimité pour la proposition de Deimos.

Celui-ci murmura un remerciement avant de rendre un sourire tout aussi hypocrite aux chefs d'État. Ils étaient aveuglés par l'orgueil mais tout de même pas assez stupides pour lui faire confiance. Il devait y avoir plus d'une poignée d'espions étrangers à Wolf…

Deimos nota mentalement que ces espions devaient tous être transformés en loups-garous à la prochaine pleine lune. Ils changeraient d'allégeance en même temps que de statut et raconteraient à leurs anciens maîtres tout ce que Deimos voudrait. Sinon… Tout le monde savait ce qui arrivait à un loup-garou qui ne se pliait pas aux règles des Greyback.

Deimos était en effet particulièrement fier d'avoir réussi à obtenir l'approbation de son père. Fenrir était plus vieux, donc moins prompt à s'enflammer que son fils adoptif. Deimos se disait que s'il avait pu le gagner à un plan aussi ambitieux et délirant, c'était qu'il était également sans failles. Une véritable machine implacable, qui était déjà en marche. Ils avaient pris leurs dispositions pour que dans une semaine, la population entière de Wolf soit assimilée. Désormais, le nombre de loups-garous devait doubler à chaque pleine lune. Parce qu'à ce rythme là, le domaine des loups-garous porterait enfin pleinement son nom, et ce avant la « Glorieuse Nuit ». Nom imbécile !

Il n'y aurait pas de « Glorieuse Nuit », il n'y aurait jamais de « Glorieuse Nuit ». Il n'y aurait que son Grand Soir et l'avènement de son ordre nouveau.

Deimos savait que faire accepter ses idées à tous les autres ne serait pas facile. Pour les citoyens du domaine des loups-garous, il semblait naturel de devenir meurtrier en même temps que loup-garou. Mais Deimos sentait en eux la peur de l'anarchie, la peur qu'il n'y ait plus aucune règle pour organiser leur vie, que ce soit une vie de loup-garou ou d'humain.

Mais il parviendrait à les convaincre. Dès qu'ils auraient goûté à la pleine lune, ils sauraient d'eux-mêmes qu'ils n'en auraient jamais assez. Ils comprendraient combien n'importe quelle forme de gouvernement, n'importe quelle forme de paix étaient contraignantes et que la seule solution pour que les loups-garous soient libres et heureux était… aucun gouvernement. Jamais de paix. La guérilla et l'anarchie.

Les Moldus seraient les opposants idéals. Ils étaient assez nombreux pour être les proies de la future meute, et assez avides de se battre pour que le combat soit intéressant. Ils auraient l'avantage des armes, mais Deimos aurait la possibilité de pouvoir transformer n'importe quel soldat Moldu en un de ses hommes par une simple morsure. La lycanthropie était un virus magique que les Moldus ne pouvaient ni soigner, ni atténuer.

Les sorciers le pouvaient, cependant. Ils avaient fait un premier pas sur ce chemin avec la potion Tue-Loup et qui sait s'ils ne trouveraient pas un antidote un jour ?

C'était pour ça qu'ils étaient si gênants. C'était pour ça qu'il fallait se débarrasser d'eux.

« Guérilla, anarchie et maintenant génocide ? Tu réalises ce que tu es en train de devenir, Deimos ? »

Deimos se retourna, éberlué, et vit Ti'lan assis sur son lit juste à côté de lui.

« Tu n'es pas mort… ? »

« Oh si, Ti'lan est mort. C'est dommage d'ailleurs, il avait une bonne influence sur toi. »

« Ti'lan est mort. Ti'lan était mon ami. Je ne sais pas qui vous êtes mais arrêtez de prendre son apparence, autrement je vous refais le portrait. », dit Deimos en montrant les dents.

« Ti'lan était mon ami aussi. Ce qui est normal, vu que je suis toi. »

« Comment je pourrais me parler à moi-même ? »

« Tu es endormi. Tes grands plans t'ont tellement épuisé que tu es tombé à la renverse dès que tu t'es assis sur ton lit. »

« Donc, tu es censé être moi. Enfin, une partie de moi. Alors, pourquoi as-tu l'apparence de Ti'lan ? »

« Parce que je fais ce que Ti'lan faisait autrefois. Il te disait quand tu allais faire d'énormes erreurs, il te disait ce que tu ne voulais pas entendre. Maintenant, il n'est plus là alors je fais ce travail à sa place. Je suis ta conscience si tu préfères. »

« Ma conscience ? Je ne savais même pas que j'en avais une ! »

« Bien sûr que si. Tu vas faire subir à des milliers de gens un sort pire que la mort et plonger le reste du monde dans le chaos. Une partie de toi n'a pas envie de commettre des crimes aussi abominables et son dégoût est assez fort pour que sa voix se fasse finalement entendre. C'est pour ça que je suis là, Deimos. »

« Et comment vas-tu faire pour me convaincre de ne pas commettre ces « crimes abominables » ? Me faire la morale ? »

« Tous tes scrupules moraux sont déjà en moi alors te faire la morale serait comme murmurer à l'oreille d'un sourd. Non, je vais te parler de ce que tu veux vu que c'est tout ce qui compte pour toi. Est-ce que la réalisation de ton plan t'apportera tout ce dont tu rêves ? »

« Hmm… voyons voir, dit Deimos, feignant grossièrement de réfléchir. Des dizaines de millions de loups-garous à mes côtés… Oui. Une profusion de proies… Oui. Plus de stupides règles contre la soif de sang… Oui. La guerre pour toujours… Oui. »

« Et Dalila ? »

Cela faisait longtemps que Deimos n'avait pas entendu ces trois syllabes et en les entendant de nouveau, il eut l'impression qu'une lance venait de lui transpercer la poitrine.

« Elle ne veut pas de moi, dit-il sèchement. Alors, elle mourra avec les siens. »

« Ne me fais pas croire que tu t'en fiches. Je sais parfaitement qu'elle te manque au point que c'en est affreusement douloureux. Je le ressens. Je rêve d'elle aussi, chaque nuit. »

« Je suis un monstre pour elle. »

« Alors tu vas lui donner raison et en devenir un ? »

« Tu sais bien que ce n'est pas ce que je veux dire. Si Dalila m'avait vraiment aimé, elle aurait essayé de me rendre meilleur. C'est tout à fait son genre : lancer toute son énergie dans une tâche apparemment impossible. Mais je ne l'intéresse pas assez pour ça. »

« Peut-être que si de toi-même tu cessais d'être un meurtrier… »

« Venant de quelqu'un d'autre, je me serais dit que c'était une blague mais de toi… »

« Qu'y a t-il de si génial à être un meurtrier ? De si glorieux ? Le sang n'est rien d'autre que ton addiction, Deimos. Si tu parviens à y renoncer, tu seras plus fort. »

« Si ce que tu dis est vrai, Dalila est aussi mon addiction. Pourquoi tu crois que je l'aie quittée de cette manière-là ? Je l'aime trop, et elle pas assez, ce genre d'histoire ne peut que mal se finir. »

« Tu n'en sais rien. Les passions de Dalila sont trop changeantes pour que tu puisses les prévoir. »

« Alors, je devrais totalement changer ma manière d'être simplement dans l'espoir de gagner son amour ? Allez, tu sais bien que je ne suis pas assez stupide pour faire ça ! »

« Je ne te contrôle pas, Deimos. C'est à toi de choisir. Demande toi juste : qu'est-ce que tu veux ? J'espère que nous nous reverrons bientôt. »

Deimos ouvrit soudainement les yeux. Il se sentait parfaitement réveillé. Il se leva et son regard tomba sur le gigantesque zircon qui trônait sur son bureau.

Bien sûr que je la veux. Mais ce n'est pas demain la veille que j'expierai mes péchés par amour.

Il s'approcha de la fenêtre. Bien que sa conversation onirique avec sa conscience ait semblé ne durer qu'un quart d'heure, il avait dû dormir plusieurs heures car la nuit était tombée sur Wolf. De sa fenêtre, il pouvait entendre le bavardage des gardes de nuit.

« Quand même… t'es sûr ? »

« J'y crois pas ! »

« Mais si… ils se ressemblent comme deux gouttes d'eau, je te dis ! Tiens, voilà un de ses portraits. La poste de Wolf en a reçu des dizaines, c'est de là d'où est partie la rumeur. »

« À mon avis, ça doit être une invention des ennemis politiques de not' chef. »

« Hé, je suis pas assez stupide pour accuser Deimos Greyback sans vérifier ! Rémus Lupin et sa femme ont bien été éliminés et, comme par hasard, le jour suivant, le fils de not' chef apparaît. C'est un peu gros comme hasard, non ? »

« J'peux pas croire que Deimos soit le fils d'un traître à la race. Pourtant, il a pas de tares, non ? »

« Hmm, c'est caché ces trucs. Mais not' chef devrait garder un œil sur lui : il a quand même un vice dans le sang. »

Dalila avait dit qu'elle allait le faire payer. Elle avait tenu sa promesse.

Deimos ne savait pas ce qu'il avait espéré, peut-être qu'elle ne trouve pas le moyen de faire partager ses découvertes avec la moitié de Wolf.

Mais, à Poudlard, il devait y avoir des fichiers sur les ex-opposants à Voldemort. Des fichiers accompagnés de photos. Et, douce ironie, sa ressemblance physique avec son géniteur était aussi frappante que leur différence de tempérament.

Il attrapa fermement le zircon, ouvrit la fenêtre et le jeta de toutes ses forces sur le garde dont il distinguait le mieux la silhouette. La pierre le frappa à l'arrière du crâne, le blessant gravement.

Alors que les deux autres se penchaient avec inquiétude sur le corps de leur compagnon, Deimos sauta de sa fenêtre au balcon suivant puis à terre. Il dit aux deux gardes abasourdis :

« Faites tailler cette pierre en plusieurs autres, je ne veux plus la voir telle qu'elle est. Et si j'entends quelqu'un mentionner à nouveau que je suis le fils de Rémus Lupin, je lui montrerai en quoi je suis le fils de Fenrir Greyback. »

Il avait visé le garde inopportun mais c'était contre Dalila qu'il était en colère.

Bien sûr, il avait des milliers de raisons de lui en vouloir. Il lui avait dit que c'était pour Bellatrix Lestrange qu'il avait organisé un bûcher funéraire, lui permettant de remonter jusqu'à ses parents biologiques par des recherches minutieuses. Il lui avait fait implicitement confiance, vu le caractère sensible de l'information, pour ne pas la divulguer à n'importe qui. Mais elle l'avait utilisée pour se venger, une vengeance bien minable, indigne de l'idée qu'il se faisait du sens de l'honneur de Dalila.

Pourtant, il ne pouvait s'empêcher de se dire que c'était de bonne guerre. Pour Dalila, il était le premier à l'avoir poignardée dans le dos. Sans compter le fait qu'elle agissait pour le bien de son propre camp en déstabilisant un de ses ennemis politiques.

Il aurait aussi pu lui en vouloir pour avoir révélé qu'il était le fils de Lupin, s'il en avait eu honte. Mais il n'était pas le genre de personne à se lamenter sur l'identité de son père biologique. Peu importe ce que disaient les credo des loups-garous, il savait qu'il n'avait pas une once de traîtrise dans le sang, et cela lui suffisait.

En revanche, que les autres loups-garous, les siens, sa communauté puisse apprendre qu'il était le fils d'un traître et le rejeter l'avait rempli de honte et de panique, au moment fatidique où Dalila l'avait appelé Raphaël, le nom stupide que ses parents biologiques avaient prévu pour lui. Mais, depuis, il avait surmonté ces émotions.

Non, s'il en voulait tant à Dalila en ce moment, c'était parce qu'avec toutes ces bonnes raisons de vouloir lui trancher la gorge, tout ce dont il avait envie était de lui parler. Il voulait se moquer d'elle, la narguer, lui dire que son attaque était un échec, car il allait reprendre les choses en main, à sa façon.

D'abord, sa conscience se manifestait et maintenant ça. Sa passion pour Dalila devenait de plus en plus sérieuse. Il devait absolument s'en débarrasser, ce qui n'était pas nouveau en soit. Ce qui l'était, c'était que, pour la première fois, il doutait d'en être capable.


Le chapitre suivant s'intitulera Poudlard la Terrible et vous pourrez le retrouver sur vos écrans début septembre.