« You see, madness, as you know, is… like gravity – all it takes is a little push ! »

Extrait du script de « The Dark Knight », par Christopher et Johnatan Nolan

3 : Poudlard la Terrible

Debout à côté de son père et de sa mère, se tenant plus droit que jamais, Matthew avait l'étrange impression d'être prêt à passer au peloton d'exécution.

Le regard de Lucius Malfoy n'avait pourtant rien de malveillant, mais il n'était pas non plus indulgent. Cette étrange petite famille l'intriguait. Leur apparente normalité contrastait violemment avec l'audace de leur requête.

Mais, d'après les hommes qui les avaient contrôlés, ils étaient bien d'authentiques Moldus, et pas des espions envoyés par les Sangs-Purs. Les deux choses n'étaient en théorie pas incompatibles mais, dans la pratique, les Sangs-Purs étaient bien trop racistes pour envisager de respirer le même air que des Moldus, encore moins de les employer. Lucius en était sûr car il n'y avait pas si longtemps, il partageait les mêmes convictions.

Après la mort de Narcissa et Drago, il n'avait plus servi Voldemort que par contrainte mais son idéologie avait réellement changé lorsqu'il avait rencontré Arsinoé Bennett, une Sang-mêlée qui travaillait avec lui, ou plutôt pour lui. Son intelligence et son talent l'avaient surpris, et charmé à vrai dire. Il aurait pu faire abstraction du fait qu'elle était de basse extraction mais elle ne cessait de le lui rappeler. Arsinoé avait des idées très libérales sur les Lois du Sang et sur la différence entre les sorciers et les Moldus, qui pouvaient se résumer ainsi : ce n'était qu'un monceau de balivernes.

Alors qu'il se rapprochait d'elle, il avait dû abandonner peu à peu ses préjugés, comme des vieux vêtements sur les bords d'un chemin. Lorsque Arsinoé était tombée enceinte de lui, cela avait été la touche finale. Un Malfoy au Sang-Impur. Et, plus grave encore, il s'en fichait. Il voulait qu'Asclépios hérite de son nom et de ses biens.

Du vivant de Voldemort, cela aurait été impossible. Arsinoé n'aurait jamais pu devenir Lady Malfoy, et il n'aurait jamais pu élever Asclépios, car si quiconque avait découvert sa paternité, cela aurait signé leur arrêt de mort à tous les trois.

Heureusement, la défaite de Voldemort lui avait permis d'officialiser sa relation avec Arsinoé, de reconnaître Asclépios et il ne pouvait reprocher aux Hope de vouloir également réparer leur vie de famille brisée par Voldemort.

Non, il ne pouvait leur refuser leur requête.

Dalila aurait répondu la même chose à sa place, ce qui était idéal, vu qu'elle devrait les accueillir.

« D'accord, vous irez à Poudlard. Mais d'abord… »

Il fit signe à son secrétaire :

« Amenez-moi Severus. »

Lorsque celui-ci entra dans la pièce, il lança un regard peu amène aux Hope. Cependant, John ne s'en offusqua pas car Lucius eut droit au même traitement.

« Severus, est-ce que tu pourrais faire une potion qui contrerait les effets des sorts Anti-Moldus de Poudlard ? »

Il regarda à nouveau les Hope, cette fois avec plus de curiosité que d'animosité.

« Bien sûr que oui, Lucius. Mais ça va me prendre du temps. »

« Je ne boirai pas quelque chose préparé par cet homme. », dit Vivian une fois qu'il fut parti.

« Vous n'avez pas trop le choix. Sans sa potion, vous ne verrez qu'une ruine à la place du château. »

Et, en effet, quand ils visitèrent Poudlard, l'école n'avait rien d'une ruine. Matthew trouva même extrêmement fastueux le bureau où ils furent reçus par une jeune fille aux cheveux roux. Elle devait être la responsable, bien qu'elle parut très jeune pour cela.

Lorsqu'elle finit par ouvrir la bouche, aucun son n'en sortit. C'était très bizarre mais, apparemment, ils devaient lire sur ses lèvres pour comprendre ce qu'elle disait.

« Vous êtes la famille d'Emily Hope ? », dit-elle, et à son regard douloureux, Vivian comprit aussitôt que quelque chose n'allait pas.

« Elle est morte ? »

« Non ! », s'écria Dalila.

Les trois membres de la famille poussèrent aussitôt un soupir de soulagement à l'unisson.

« Mais elle n'est pas… elle-même. »

« Excusez-moi mais comment pourriez-vous en juger ? »

« Je sais comment un enfant de six ans est censé se comporter. Mais votre fille… et tous les autres enfants dans son cas ne sont pas allés directement à Poudlard cette année. Ils ont fait un détour par Blackwell et, depuis, ils se comportent de manière… étrange. »

« Mais qu'est-ce qu'on leur a fait ? », dit John.

« Je n'en ai pas la moindre idée. Il n'y a aucun dommage physique, » ajouta Dalila, recherchant désespérément un point positif.

« Je veux en juger par moi-même. »

« Très bien, dit Dalila. Mais je vous préviens, madame, je doute qu'elle vous reconnaisse. »

Elle se leva et les conduisit dans les cachots de Poudlard.

« Pourquoi gardez vous des enfants ici ? »

« Nous avons essayé de les déplacer mais ils reviennent ici à chaque fois. »

« Vous voulez dire d'eux-mêmes ? »

« Je ne dirais pas d'eux-mêmes, non. »

Dalila ouvrit une porte et Vivian fut au moins soulagée de constater que la pièce était propre et bien aménagée. Il s'agissait d'un dortoir aux lits blancs, bien alignés et identiques. Un enfant, d'environ l'âge de sa fille, était assis sur chacun d'eux. Ils étaient parfaitement immobiles et ne semblait rien faire de particulier, à part fixer le mur d'en face d'un regard vide.

Soudain, Vivian aperçut Emily sur un des lits du fond. Elle avait l'air en parfaite santé, à tel point qu'elle oublia l'étrangeté de la scène et les avertissements de Dalila. Elle courut vers sa fille et la prit dans ses bras.

« Ne me touche pas, Moldue, » dit aussitôt celle-ci, en la repoussant aussi fort que le pouvait une gamine de six ans.

Vivian recula brutalement, un coup au cœur.

« Emily, c'est moi, ma chérie, c'est maman. »

« Les Moldus sont des êtres inférieurs. Je suis une sorcière, donc je suis supérieure. Je suis une Sang-de-Bourbe donc je dois me soumettre aux Sang-mêlés. Les Sang-Purs sont nos Seigneurs. Je n'ai pas d'autre but dans la vie que de servir le Seigneur des Ténèbres… »

Alors qu'Emily continuait son laïus, Dalila s'approcha de Vivian, lui effleura l'épaule pour attirer son attention et dit :

« Ils répondent tous ça. Quoi qu'on leur dise. »

« Mon Dieu, dit Matthew. On lui a… lavé le cerveau. »

« Mais il doit bien rester quelque chose de son ancienne personnalité !, s'exclama Vivian. Elle m'a reconnue en tant que Moldue, ça veut dire que ses souvenirs sont toujours là quelque part ! »

« Aucune magie ne peut effacer complètement la mémoire. Il en reste toujours des traces. J'ai pris la liberté de faire inspecter l'esprit de votre fille et de celui des autres enfants. Leur personnalité et leurs souvenirs sont toujours là mais ils ont été… On a… »

« On a réécrit quelque chose par dessus, quelque chose de plus fort. », intervint John.

« C'est ça, oui, » dit Dalila en le regardant avec curiosité.

« Je suis ingénieur en informatique. Quelquefois, le cerveau humain est un peu comme un ordinateur. Le comportement d'Emily a été programmé : des réponses simples à des stimuli, des idées fixes… »

« Vous pouvez entrer dans sa tête, dit Matthew en se tournant vers Dalila. Pourquoi vous ne pouvez pas restaurer sa personnalité originale ? »

« Si un seul souvenir avait été modifié, on pourrait restaurer l'original mais là, c'est tout son esprit qui a été… comment dites-vous ? Ah oui, reprogrammé. Essayer de défaire ce qui a été fait risquerait de causer des lésions cérébrales irréversibles. J'ai préféré attendre de trouver une autre solution. »

« Nous allons rester ici pour essayer de lui faire se souvenir, » dit Vivian.

« Nous nous ne partirons pas avant d'avoir réussi, » renchérit John.

« Très bien, dit Dalila. C'est votre droit après tout. Et on ne peut pas dire qu'on manque de place ici, » soupira t-elle.


« Toujours rien, Vivian ? » dit Lucy en lui tendant une tasse de thé.

« Non. Merci, Lucy. »

Le thé n'était qu'un prétexte. Lucy fit mine de s'asseoir à côté de Vivian mais celle-ci lui lança un regard tellement déchirant que toutes les paroles de réconfort que Lucy avait en tête lui parurent soudain dérisoires. Elle ressortit donc en emportant le plateau.

Sur le chemin des cuisines, elle croisa Matthew. Il regardait son caméscope d'un air triste.

« Il ne marchera pas ici. Dès qu'un endroit concentre un peu trop de magie, tous les appareils Moldus tombent en panne. »

« Comment pouvez-vous le savoir ? Vous avez vécu avec des Moldus ? » répliqua Matthew assez sèchement.

« Là où je vivais, les Moldus et les sorciers n'étaient pas séparés, expliqua patiemment Lucy. Il n'y avait qu'une ségrégation avec les loups-garous. »

« Tu veux dire que les loups-garous existent ? Pour de vrai ?, s'extasia t-il. Ils doivent être vraiment cool ! »

« L'un de mes amis en est un. Il était cool d'une certaine façon, mais… ses dents étaient trop longues pour moi. »

À ce moment-là, Stanislas arriva de l'autre côté du couloir :

« Ah, Lucy, tu es là ! Avec le gamin, » dit-il en baissant les yeux vers Matthew.

C'est encore le fils de ce gars sinistre…

« Hé, c'est de la technologie Moldue ! », dit-il, se saisissant du caméscope de Matthew et le maintenant hors de sa portée.

« Ne le cassez pas ! » s'écria aussitôt Matthew et Lucy posa une main sur le bras de Stanislas.

« Je ne vais pas le casser. Je peux peut-être même le réparer. »

« Comment pourriez-vous faire ça ? » demanda t-il, l'air suspicieux.

« Comme tu le sais, gamin, Dalila prévoit de mettre sur ordinateur toute la logistique. Les batteries d'ordinateurs portables peuvent être rechargées à l'extérieur mais encore faut-il qu'ils fonctionnent ici. J'ai fabriqué une potion mais je dois vérifier qu'elle marche avant de la tester sur les ordinateurs. Ils sont trop précieux pour être endommagés. »

Matthew voulut dire quelque chose mais ses paroles lui restèrent coincées dans la gorge. Son père avait besoin de travailler avec ces ordinateurs ; autrement, la situation d'Emily allait le rendre fou. Et lui n'avait pas besoin d'un caméra inutilisable, n'est-ce pas ?

« Ok, lâcha t-il d'une petite voix. Mais je veux voir ce que vous faites avec. »

« Merci. » dit Stanislas rapidement. Il repartit, le caméscope à la main, Lucy et Matthew sur ses talons.

Dans l'entrée de l'appartement de Stanislas et Lucy, un énorme chaudron bouillait à gros bouillons. Matthew avait l'impression de se tenir devant la marmite d'une sorcière de conte de fée, sauf que son contenu était rose vif.

Stanislas posa la caméra sur une louche également surdimensionnée et, sans autre forme de procès, la plongea dans le liquide bouillant.

Matthew ne put s'empêcher de gémir. Les sorciers étaient fous. Définitivement et complètement cinglés.

Stanislas attendit quarante-neuf secondes, ressortit la caméra de la potion, fit s'évaporer le liquide qui restait dessus et la tendit à Matthew. Étrangement, elle ne paraissait pas trop endommagée, juste rose fuchsia.

« Essaie de l'allumer. »

« Ce n'est même pas la peine ! Elle est définitivement fichue parce qu'un imbécile l'a plongée dans un liquide à plus de cent degrés. »

« C'est de la magie. Ça ne marche pas comme ça. Essaie de l'allumer. »

Avec une certaine réticence, Matthew prit son caméscope et l'alluma. Le diaphragme s'ouvrit aussitôt, découvrant l'objectif.

« La batterie est pleine, dit-il en fronçant les sourcils. Je suis sûr qu'elle était à moitié vide ! »

Stanislas écrivit sur un panneau La magie comme moyen d'alimentation en énergie d'appareils Moldus.

« J'ai l'impression que faire des recherches sur ça pourrait me rendre très riche. »

« Il y a juste un petit problème, dit Matthew. Ma caméra est rose. »

« Hé bien, elle marche maintenant, c'est le plus important, n'est-ce pas ? »

Matt allait se plaindre, car il ne pouvait décemment pas se balader avec quelque chose qui faisait tellement… fillette mais il savait d'avance que ses objections feraient juste sourire Stanislas. Alors il se contenta de le remercier et de quitter rapidement la pièce.

« Tu aurais pu changer la couleur de sa caméra, non ? » demanda Lucy.

« Oui. Mais ça aurait été bien moins drôle. »

À vrai dire, Matthew ne se souciait déjà plus de la couleur de son caméscope. Enfin, il pouvait commencer à réaliser son documentaire sur la vie des sorciers à Poudlard. Ce serait le premier pas vers son rêve.

Il était tellement euphorique qu'il ne prêta pas la moindre attention à la jeune fille brune qu'il bouscula par mégarde dans un couloir. Et, de toute façon, même s'il avait levé les yeux vers elle, elle était bien trop ordinaire pour qu'il en ait gardé le moindre souvenir.

Rosemary ne fit pas non plus attention au jeune Moldu. Elle se mettait soigneusement dans l'état d'esprit approprié à la rencontre d'un « employeur ». Comme tous ceux qui avaient deux sous de jugeote, Dalila allait utiliser la Leggilimancie pour essayer de trouver une trace de duplicité dans l'esprit de Rosemary. Et, comme toute bonne espionne, Rosemary allait utiliser l'Occlumencie pour masquer toute pensée compromettante.

Ne pas éviter le contact visuel. Choisir des mensonges proches de la vérité. Et surtout, ne jamais, jamais perdre son calme.

Grâce à ces conseils avisés, Rosemary fut parfaitement détendue lorsqu'elle rencontra Dalila.

« Comment es-tu entrée ? »

« Comme n'importe qui d'autre. Je me suis portée volontaire pour rejoindre la Résistance. »

« Je ne te savais pas si altruiste, Rosemary. »

« Non, mais Kévin a découvert que je ne l'aimais pas et il a fichu le camp. Je suis seule et je n'ai pas de travail. Vous n'avez pas besoin d'espions dans ton camp ? »

« Pourquoi tu n'as pas proposé tes services au camp d'en face ? »

« Parce que j'aurais pu arriver jusqu'ici mais après, tu aurais tout deviné et tu m'aurais mise à la porte. Un espion qui ne peut pas espionner n'est pas très utile. En revanche, dans l'autre sens, ça marche. Les Sangs-Purs ne savent pas que j'ai trahi Voldemort. Ils m'accueilleraient sans doute à bras ouverts. »

« J'ai l'impression qu'ils préparent quelque chose d'abominable. Toute information que tu pourras nous donner sera donc très bien récompensée. Je vais faire venir quelqu'un pour te raccompagner hors de nos murs, histoire que tu ne t'« égares pas en chemin ». »

À ce moment-là, le bruit d'une explosion retentit.

« Qu'est-ce que c'est que ça ? », dit Rosemary, réussissant à avoir l'air aussi surprise et choquée que Dalila.

« Désolée, je dois absolument y aller. » répondit aussitôt celle-ci. Elle commença à courir et ne se retourna que pour signaler à Rosemary qu'elle demanderait à quelqu'un de venir la chercher en chemin.

Dalila partie, Rosemary s'autorisa à pousser un soupir de soulagement. Si la bombe avait explosé quelques secondes plus tard… J'aurais été coincée avec un des larbins de Dalila… Puis, elle se mit au travail ; elle ne savait pas de combien de temps elle disposait avant d'être interrompue.

Par chance pour elle, Rosemary possédait un grand talent pour deviner où les gens cachaient leurs biens les plus chers. C'était généralement l'endroit où ils jetaient inconsciemment un coup d'œil lorsque quelqu'un dont ils se méfiaient entrait dans la pièce.

Donc ça serait… le second tiroir à droite !

Étant donné qu'il s'agissait du bureau des anciens directeurs de Poudlard, Rosemary doutait qu'elle connût le moindre sort capable de le forcer. Mais les sorciers avaient tendance à négliger les méthodes Moldues…

Rosemary retira de son chignon une épingle à cheveux qu'elle gardait tout particulièrement pour forcer les serrures. En moins de deux minutes, elle était venue à bout de celle du tiroir. Il était rempli de divers papiers, qu'elle inspecta rapidement, jusqu'à ce qu'un parchemin très ancien attire son attention. Rosemary supposa qu'il était écrit en anglais mais, vu qu'il datait probablement du Moyen-Âge, cela aurait pu être du chinois qu'elle en aurait compris tout autant.

Non, ce qui était intéressant, c'est que Dalila s'était suffisamment souciée du contenu de ce vieux parchemin pour le faire traduire.

10 septembre de l'an 1009

Malgré notre victoire, je ne suis pas tranquille.

Nous avions inventé ce sort tous les quatre, et je suis surprise qu'il ait ne serait-ce que fonctionné alors que nous n'étions que trois. Même si notre Sceau existe (Dieu merci !), il ne tient que par notre pouvoir sur les éléments. Et je sens – non je sais – que ce pouvoir peut être surpassé.

Si S. avait été avec nous, les choses auraient été différentes. Même un être possédant les quatre élémentarismes n'aurait fait que nous égaler.

G. a essayé de me rassurer en me disant qu'un tel être ne viendrait jamais au monde. Mais le temps n'a pas de limites et la possibilité que nos quatre familles s'unissent un jour demeure. Le produit de cette union aurait alors des pouvoirs terrifiants et ils seraient suffisants pour balayer notre Sceau incomplet.

Ce n'est pas notre héritier hypothétique que je redoute, car je ne sais pas si son allégeance irait au Bien ou au Mal, mais bien la Confrérie du Chaos. Notre Sceau incomplet laisse échapper un peu de leur magie et ces rats s'organisent pour reprendre leur Cristal. Pour la première fois de ma vie, j'ai appelé de tous mes vœux une vision, un rêve prémonitoire mais il semble que la réalisation de ce conflit soit trop loin pour que je puisse la voir…

À ce moment-là, Rosemary entendit des bruits de pas dans l'escalier. Elle eut juste le temps de remettre la pile de documents dans le tiroir et de le fermer en toute hâte avant que son escorte apparaisse dans le bureau.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? », demanda t-elle innocemment.

« Le fourneau principal des cuisines a explosé. Ce n'est guère surprenant ; ce vieux truc énorme datait probablement des Fondateurs. »

Et le temps qu'ils découvrent que la cause de l'explosion était criminelle et que le tiroir de Dalila a été forcé, je serai très loin d'ici.

« J'ai croisé Eméra Potter en allant voir Dalila, dit-elle tout en se laissant sagement raccompagner jusqu'à la sortie. Je n'ai pas eu le temps de lui parler, même si j'aurais bien voulu. »

« Vous la connaissez aussi ? » lui répondit son gardien, visiblement admiratif.

« Oui. Elle ne serait pas enceinte, par hasard ? »

« Comment avez-vous deviné ? Pourtant, ça ne se voit pas encore ! »

« Oh, il suffit d'avoir le coup d'œil pour ces choses-là ! C'est pour quand ? »

« Début juillet. J'espère que vous serez revenue parmi nous d'ici là ! »

J'espère bien.


Kévin et Nezumi arrivèrent à Poudlard la veille de Noël.

« Je suis bien contente d'être ici pour les fêtes de Noël. » dit-elle alors qu'il traversait Poudlard pour se rendre dans le bureau de Dalila.

« Bizarre, j'aurais pensé que tu voudrais les fêter en famille. »

« Au Japon, Noël n'est pas vraiment une fête familiale, à part pour les jeunes enfants. C'est plutôt une fête qu'on passe avec son petit ami… »

Kévin s'arrêta pour la regarder et Nezumi se mit à rougir violemment :

« Ce n'était pas du tout ce que je voulais dire… Je voulais dire que, justement, je suis contente d'être en Europe pour échapper à ce côté Saint-Valentin aux rabais. »

« Ne t'inquiète pas, j'ai compris. Et ta réaction était plutôt mignonne. »

« Je n'aime pas ce mot. Je n'ai pas six ans et je ne suis pas non plus un chaton ou autre petit animal duveteux donc je ne suis pas « mignonne ». »

« Hé bien, ça aussi, c'était plutôt mignon, comme réaction. Mignon mais excessif. »

« Est-ce que tu aimerais qu'on te dise ça ? », demanda Nezumi, clairement surprise par cette éventualité.

« Tout dépend de la personne qui me le dirait. Venant de toi… »

À ce moment-là, ils furent interrompus par un bruit venant d'une volée de marches sur leur droite.

« Ce n'était pas un coup de feu ? »

« Je n'en ai jamais entendu un de ma vie, répliqua Kévin. Comment je pourrais le savoir ? »

« Je vais voir, dit Nezumi. Tu peux toujours aller voir Dalila seul, non ? »

Et, avant qu'il ait pu répondre, elle avait disparu dans les escaliers. Kévin fronça les sourcils et reprit sa route.

L'entrée en matière de son entretien avec Dalila fut pour le moins étrange :

« Kévin, est-ce que tu sais où est Rosemary ? »

« Elle était à Kiev il y a un mois. »

« Et ici il y a deux semaines. »

« Qu'est-ce qu'elle vous a fait ? », demanda t-il avec un sourire mauvais.

« Toi d'abord. »

« Elle est venue espionner à Kiev, de la part de ma mère. Je l'ai laissée partir exprès, pensant qu'elle rapporterait à ma mère où j'étais et que je pourrais ainsi l'affronter. Mais ça n'a pas marché. Finalement, je me suis lassé d'attendre et je suis venu ici parce que, s'il y a un endroit sur Terre où ma mère finira un jour par aller, c'est celui-là. Comment pourrait-elle devenir toute-puissante sans son cher Cristal ? »

« Donc, tu sais tout à propos du Cristal et du Sceau des Fondateurs ? »

Kévin acquiesça. Dalila se laissa aller contre le dossier de son fauteuil et soupira.

« Tes propos confirment mes pires théories. Il n'y a pas si longtemps, Rosemary était ici et elle a eu accès à des documents décrivant un moyen d'ouvrir le Sceau, autre que de le forcer en utilisant la puissance brute des Kria. Si elle travaille pour ta mère, elle ne peut pas avoir manqué ça. Est-ce qu'il y a une chance, n'importe quelle chance, qu'elle ait pu dissimuler cette information à ta mère, tout comme elle a dissimulé ta présence à Kiev ? »

« Je ne sais pas. Rosemary roule pour elle-même. Elle fera tout ce qu'elle considère servir son intérêt personnel. »

« Écoute, Kévin, je ne sais pas si je peux te faire confiance mais j'ai besoin de toi, dit Dalila en le regardant droit dans les yeux. Je suis en train de préparer une guerre, je ne peux pas empêcher l'avènement d'un nouveau Seigneur des Ténèbres en même temps. Tu peux t'en charger pour moi ? »

« Pas de problèmes, sourit Kévin. Je vais vaincre ma mère, et Rosemary aussi si elle essaie de prendre sa place, ce qu'elle va sûrement essayer de faire. »

« Parfait. Je vais te montrer le Sceau. »


Nezumi descendit l'escalier presque sur la pointe des pieds. Il menait à un large couloir, vide et silencieux. Jusqu'à ce que retentisse un autre coup de feu, qui la fit sursauter. Il venait d'une porte sur la droite. Elle attrapa sa baguette et l'ouvrit à la volée, histoire de bénéficier au moins de l'effet de surprise.

La pièce était un grand et beau dojo. Près du mur du fond, un coffre de fer noir dont on avait fait sauter la serrure gisait, vide et béant. Des cibles avaient été mises en place sur le mur, sans doute pour s'entraîner au tir. Mais c'était plutôt les murs qui étaient criblés d'impacts de balles.

Tant qu'ils tiraient ici, personne ne les a entendus à cause de l'insonorisation. Mais maintenant, ils sont partis.

Il y avait une porte de communication devant elle. Les coups de feu n'avaient pas semblé venir de loin donc les tireurs devaient être là.

Elle ouvrit prudemment la porte, la baguette la première. Malheureusement, l'un d'entre eux lui faisait face et il lui cria aussitôt : « Pas un geste ! »

Nezumi s'immobilisa. L'homme et ses acolytes dégageaient une horrible odeur d'alcool mais ils étaient aussi lourdement armés. Elle avait furieusement envie de leur jeter un sort mais les balles étaient plus rapides que la magie, et elle ne connaissait aucun bouclier qui puisse les arrêter.

« C'est pas très joli-joli de nous interrompre, mam'zelle, balbutia celui qui se tenait devant elle. Nous étions en train de rejouer la guerre des Deux Roses. »

« Avec de vrais pistolets ? »

« Allez, c'est que des trucs de Moldus. Ça peut pas être vraiment dangereux ! »

« Ça l'est. Vous pourriez vous entretuer. »

S'ils n'étaient pas complètement saouls, c'est ce qui se serait passé depuis longtemps. Mais s'ils n'avaient pas été saouls, ils n'auraient probablement jamais volé ces armes.

« Elle a raison, tu sais ? »

Nezumi tourna brusquement la tête. La personne qui venait de parler était une jeune fille aux cheveux rouges. Elle était entrée par la porte qui menait au couloir, sur la gauche de Nezumi. Même si elle n'avait pas plus de dix-huit ans, son ton respirait l'autorité. D'autres personnes observaient la scène depuis l'embrasure de la porte, sans doute ses élèves.

« Ma'ame, on s'amusait juste ! »

La « madame » en question eut apparemment du mal à retenir son calme mais elle réussit à dire d'une voix douce :

« C'est ce que je vois, Silvers. Est-ce que vous allez nous rendre ces armes avant que quelqu'un soit blessé ? »

« Et si on ne veut pas ? », cria un des ivrognes depuis le fond de la pièce.

« Vous ne me tireriez tout de même pas dessus, Ackbard ? »

Celui-ci jeta un coup d'œil appuyé au ventre d'Eméra et Nezumi remarqua pour la première fois une très légère bosse. Vu la façon dont il la regardait, ce devait être le signe précoce d'une grossesse.

« Pas pour ça, craqua Eméra, parce que nous sommes amis ! Nous sommes tous des camarades ici et on ne tire pas sur ses camarades. »

Le regard toujours fixé sur Eméra, le dénommé Silvers leva son arme jusqu'à ce qu'elle se trouve au niveau de la poitrine de Nezumi. Celle-ci fixa un moment le canon du pistolet comme un serpent venimeux.

Il n'a pas d'animosité particulière à mon égard… Je suis juste parfaitement dans son angle de tir. Et il est assez stupide pour tirer…

« Non, ne fais pas… » commença Eméra.

« C'est pas dangereux, la coupa t-il d'une voix pâteuse. Et je vais vous le prou… »

Profitant du fait qu'il regardait toujours Eméra, Nezumi avait attrapé le bras de Silvers et dirigé le canon du pistolet vers son pied. Sa main recouvrant celle de Silvers, elle força son doigt à appuyer sur la gâchette.

« Hé, ça fait mal ! », s'écria t-il stupidement en s'effondrant, le pied en sang.

Une fille à l'air effronté se précipita à son chevet et dit à Nezumi d'un ton agressif :

« Pourquoi vous lui avez fait du mal ? »

« Il allait me tuer ! Je pense que je nous ai rendu un service à tous les deux en lui tirant une balle dans le pied. »

La fille baissa les yeux et, bien qu'elle tenait toujours une arme, Nezumi sentit qu'elle n'oserait pas l'utiliser maintenant qu'elle savait à quel point c'était dangereux. La douleur avait en tout cas dissipé les brumes d'alcool autour du cerveau de Silvers car il lâcha son pistolet avec dégoût. Les autres ne tardèrent pas à l'imiter.

« Hé bien, c'était réussi. », dit Eméra à Nezumi.

« Oh, je n'avais pas planifié tout ça. Je me suis juste défendue instinctivement. S'ils avaient été mauvais, et non juste stupides, cela aurait pu très mal finir. »

Ses amis avaient transporté Silvers à l'infirmerie et les élèves d'Eméra étaient en train de ramasser les armes qui gisaient à terre.

« Qu'est-ce que nous allons faire de tout ça ? », dit l'un d'entre eux à voix haute.

« Le coffre n'a pas été suffisant pour les arrêter, dit Eméra. Je vais devoir les garder dans mes appartements personnels désormais. »

Puis elle se tourna à nouveau vers Nezumi et se frappa le front :

« Dire que je ne me suis même pas présentée ! Je m'appelle Eméra Potter. »

« Eméra… Kévin m'a un peu parlé de vous. Je suis Nezumi Ôkami, une amie qu'il a rencontrée à Honshû. »

« Je ne savais pas que Kévin avait de tels amis. Ne me comprenez pas mal, ajouta t-elle en voyant Nezumi froncer les sourcils, mais Rosemary était toujours collée à ses basques et elle n'était pas vraiment appréciée au sein de notre groupe. Elle a même eu le culot de revenir ici et, entre autre, de nous voler un pistolet. Enfin, je suppose que c'est elle qui l'a volé car le coffre a été forcé pour la première fois le jour de sa visite. »

« Heureusement, cela ne lui servira pas à grand chose si elle ne sait pas s'en servir. Justement, Eméra, est-ce que vous pourriez m'apprendre à tirer ? »

« J'étais précisément en train de me demander si j'allais poursuivre ce cours ou pas. Je voulais leur donner un moyen facile de se défendre contre des Sang-Purs beaucoup mieux entraînés au combat mais pour ce qu'ils en ont fait… »

« Continuez, s'il vous plaît. Je pense que la blessure de Silvers leur a servi de leçon… »

À ce moment-là, Kévin se glissa dans la pièce, évitant de justesse un des élèves d'Eméra qui sortait en portant un fusil à pompe.

« Hé, Nezumi ! Salut, Eméra. Qu'est-ce qui s'est passé ici ? »

Nezumi ouvrit la bouche, mais ne réussit pas à l'expliquer. Eméra prit donc le relais :

« Une altercation avec des ivrognes armés jusqu'aux dents. Heureusement, il n'y a eu qu'un blessé léger. »

« Tu vas bien ? », demanda t-il aussitôt à Nezumi.

« Est-ce que j'ai l'air d'aller mal ? Je suis en pleine forme. »

Kévin se tourna alors vers Eméra :

« Est-ce qu'elle va bien ? »

« Elle a frôlé la mort ; tu devrais prendre soin d'elle. »

« Mais je vais bien ! »

« C'est la deuxième fois que tu manques de te faire tuer et, comme par hasard, cela arrive depuis qu'on s'est rencontrés ! »

« Ok, j'ai compris, tu culpabilises. Hé bien, tu ne devrais pas. Je ne suis pas là à cause de toi, je suis là parce que je le veux. Si quelque chose m'arrivait, je serais la seule à blâmer. »

« Je ne culpabilise pas, je suis juste inquiet pour toi. Bon d'accord, je culpabilise un peu, avoua t-il après que Nezumi lui ait lancé un regard mortel. Mais bon, si je suis venu ici en premier lieu, c'est parce que j'ai quelque chose à te montrer. »

« À bientôt. » dit Nezumi à Eméra avec un signe de main.

« Où est-ce que tu m'emmènes ? » demanda t-elle ensuite à Kévin alors qu'il passait encore à l'étage inférieur.

« Dans les profondeurs de Poudlard. »

Ils descendirent escaliers après escaliers, arrivèrent aux cachots puis Kévin ouvrit une trappe habilement dissimulée. En dessous, plus de mur, juste un couloir taillé dans la roche. Il descendait jusqu'à une salle circulaire d'environ vingt mètres de diamètre. Le sol était entièrement recouvert de symboles tracés à l'aide d'une peinture brun-rouge : lion, aigle, blaireau…

Nezumi se pencha et toucha le Sceau :

« C'est du sang, non ? »

« Oui, le sang des Fondateurs enfermant le Cristal à tout jamais. Ma mère voulait que je force cette serrure et mon départ a retardé ses plans. Malheureusement, Dalila vient de m'apprendre qu'il y avait un autre moyen d'ouvrir le Sceau. Rosemary le connaît, ma mère peut-être aussi si Rosemary a l'intention de se servir d'elle. »

« Dalila t'a dit ce que c'était ? »

« Non, elle ne me fait pas assez confiance. Vu que je ne suis pas venu avec ma mère et des centaines de Détraqueurs, elle se doute que je ne travaille plus pour la Confrérie mais elle ne peut être sûre que je n'ai pas l'intention de prendre le pouvoir du Cristal pour moi-même. »

« Et tu n'en as pas l'intention ? »

« Bien sûr que non !, s'exclama t-il, choqué. Tu ne me fais pas confiance, Nezumi ? Et d'ailleurs, si je voulais vraiment ce pouvoir, tu crois que je te le dirais ? »

« Si tu m'avais menti, je l'aurais senti. Non, c'était juste histoire de vérifier. Je n'aurais pas aimé devoir t'arrêter. »

« Tu es la fille la plus sans-cœur que je connaisse, Nezumi. »

« Non. Et je vais te le prouver. »

Elle sortit sa baguette, murmura une formule trop bas pour que Kévin puisse l'entendre. Un idéogramme apparut un instant sur le Sceau et disparut.

« Qu'est-ce que tu viens de faire ? »

« Tu as ensorcelé le Sceau pour être prévenu s'il était brisé. J'ai juste fait de même avec un sort de mon invention. »

« Mais je peux affronter ma mère seul ! »

« Qui est-ce qui te dit qu'elle sera seule ? »

« La peur d'être poignardée dans le dos par un de ses subordonnés ? », suggéra Kévin.

« En parlant de coup de poignard dans le dos, tu oublies que Rosemary sera sûrement avec elle. »

« Oh, je peux m'occuper de Rosemary ! C'est une piètre sorcière. »

« Tu sais Kévin, des fois tu es très intelligent et des fois très stupide, dit patiemment Nezumi. Comme lorsque tu sous-estimes Rosemary. »

« Un point pour toi. Mais, même si tu venais, tu ne pourrais rien faire. La magie contrarie l'action de l'antimagie, et vice-versa. Le Cristal du Chaos étant la source de toute antimagie, tu ne pourras pas utiliser la magie à proximité. Moi, en revanche, je pourrai utiliser l'antimagie, qui sera plus puissante que jamais. » »

« Je ne suis pas obligée d'utiliser la magie, dit Nezumi, pensive. Un bon pistolet semi-automatique fera l'affaire. »

« Est-ce que tu viens parce que tu t'inquiètes pour moi ou juste pour tirer sur des gens à la fin ? »

« Je viens parce je veux empêcher Léna et Rosemary d'accomplir leur ambition et parce que j'aurais peur pour ta vie si tu y allais seul. Satisfait ? »

« Oui, je le suis. Tu devrais exprimer plus souvent tes sentiments, Nezumi. »

Il la prit par le bras, réussissant à n'entraîner qu'un faible mouvement de protestation :

« Maintenant, sortons de ce souterrain sinistre et allons donc les aider à préparer le Réveillon. Je suis sûr que tu adoreras. »


Dalila regardait d'un air furibond la pile de papier qui s'entassait sur son bureau. C'était bientôt l'heure du festin de Noël et elle avait très envie d'y aller.

Le feu de sa cheminée s'illumina soudain de vert et elle sursauta. Une personne ou plusieurs personnes non autorisées essayaient d'accéder à son bureau !

Elle se leva aussitôt et toucha le manteau de la cheminée.

« Envoyez-moi les images. »

Elle manqua de s'étrangler en le reconnaissant.

« Deimos ? Qu'est-ce qu'il fait là ? »

« Autoriser l'accès ? »

Dalila fit la grimace mais finit par soupirer intérieurement :

« Autorisez l'accès. »

Elle eut juste le temps de se reculer avant que Deimos dégringole de sa cheminée.

« Je savais que tu me laisserais entrer. Tu es juste trop curieuse ! »

« Tu as exactement une minute pour me dire pourquoi tu es ici. » répondit-elle d'un air tellement glacial qu'il aurait pu refroidir la banquise.

« Pas de trêve de Noël ? » demanda t-il, moqueur.

« Tu ne m'amuses plus, Deimos. Maintenant, explique-toi. »

« J'ai changé d'avis. Cette guerre n'était pas aussi amusante que je l'avais prévu. »

« Tu me proposes une alliance avec les loups-garous ? », demanda t-elle, son visage s'éclairant un peu. Mais sa baguette était toujours pointée vers lui.

« Non. Ce n'est pas à propos de mes loups-garous, ni de tes rebelles. C'est à propos de toi et moi. »

« Il n'y a plus de toi et moi. »

« Oui, je sais. Ta morale et ma nature sont incompatibles. Mais si j'étais prêt à changer ? »

Dalila le regarda un moment les yeux écarquillés puis dit lentement :

« Hé bien, je suppose que c'est une bonne chose. »

« Franchement, je m'attendais à plus d'enthousiasme. »

« Je ne peux pas vraiment te reprocher de vouloir devenir meilleur mais, si tu fais ça pour moi, je trouve que tu pousses ton obsession un peu trop loin. »

« Tu t'en fichais pas mal lorsque tu m'aimais. »

« Mais je ne t'aime plus ! Depuis la dernière fois qu'on s'est vus, tu ne m'as pas manqué une seule fois. J'ai un présent très intéressant, à gérer ce groupe, et un avenir brillant en tête. Un avenir dont tu ne fais pas partie. Il faut que ce soit bien clair, Deimos, parce que même si tu te mets à laver les pieds des lépreux, je ne me remettrai pas avec toi. »

« Dommage, moi qui allais te proposer de devenir ma femme… »

Dalila éclata de rire :

« C'est une blague, non ? »

« C'est on ne peut plus sérieux. »

« Mais je ne me marie pas maintenant ! Ni avec toi, ni avec personne ! Pourquoi cette idée soudaine de mariage, d'ailleurs ? »

« Parce que si nous sommes mariés, tu te sentiras liée à moi par ton sens du devoir. Tu ne me laisseras pas tomber dans les moments difficiles. Tu essaieras jusqu'à un certain point de faire marcher notre relation. Bref, j'aurai droit à une véritable seconde chance. C'est tout ce que je demande. »

« Tu sais, Deimos, j'ai l'impression d'avoir des devoirs envers beaucoup de gens. Même envers Ti'lan, qui est mort pourtant, et pas envers toi. Ça en dit long sur notre relation, non ? »

« Quel genre de devoir pourrais-tu avoir envers Ti'lan ? »

« Tu me promets de ne rien dire ? »

« Sur mon honneur de loup-garou. »

« Eméra est enceinte. C'est pour juillet. Et, s'il avait été là, Ti'lan aurait voulu que tu sois le parrain. Pour te responsabiliser, sans doute. Et, à cause de ça, je me sens obligée de te le dire, même si ce n'est pas forcément raisonnable. »

« Ne t'inquiète pas, je ne dirai rien. »

« N'imagine pas que tu pourras venir voir cet enfant avec des jouets et des sucres d'orge. Tu es un ennemi de Poudlard, pas l'un d'entre nous. Tu veux le devenir et, si j'ai bien compris, tu veux aussi que quelqu'un te tienne la main pendant ta transformation. Très peu pour moi. Tu ne m'intéresses plus, Deimos, et tu ne sembles pas le comprendre. » dit-elle, son visage devenant de plus en plus dur le long de sa tirade.

« Est-ce que tu réalises que je suis prêt à changer ma façon de vivre pour toi – alors que j'ai apprécié la moindre parcelle de ces dix-sept années ? Même si tu ne veux pas de moi, je pense que ça mérite un peu de respect. »

« Arrête de dire que tu vas changer ! Je ne suis même pas sûre que tu en es capable. Après tout, tu n'es rien d'autre qu'un loup-garou ; qu'est-ce que tu pourrais devenir ? »

Deimos la regarda un instant, silencieux, comme s'il digérait ses propos et tout ce qu'ils impliquaient.

« Tu ne me laisses pas la moindre chance, Dalila. Par conséquence, je me montrerai aussi sans la moindre pitié. Nous nous reverrons bientôt. »

Et, avant qu'elle ait pu lui jeter le moindre sort, il sauta dans la cheminée et disparut dans un tourbillon de flammes vertes.


Quelques heures plus tard, Deimos était endormi mais cette fois, il savait qu'il rêvait.

« Je te cherchais. », dit-il à sa conscience, qui avait toujours l'apparence de feu son meilleur ami, Ti'lan.

« Hé bien, je suis surpris. Après le fiasco de ta conversation avec Dalila, j'aurais compris que tu ne veuilles plus jamais entendre parler de moi. »

« Tu m'as guidé sur le mauvais chemin, dit froidement Deimos. L'absence de Dalila m'a rendu assez fou pour écouter tes conseils et j'en suis arrivé là. Par ta faute ! »

« Je t'ai guidé sur le chemin le plus douloureux. Ça ne veut pas dire qu'il soit le mauvais. Tu peux toujours continuer à le suivre : par exemple, en prouvant à Dalila qu'elle a tort et que tu peux devenir un autre homme. Ou alors tu peux carrément oublier cette fille. Elle n'est pas si géniale que ça : regarde toutes ces choses affreuses qu'elle nous a dites parce qu'elle était en colère ! »

« Oui, tu as raison. Elle va payer pour m'avoir brisé le cœur. Et toi aussi, tu vas payer. »

Il attrapa sa conscience par le col. Celle-ci poussa un petit gémissement de terreur et avala péniblement sa salive :

« Tu ne peux pas me tuer ! »

« Oh si, dit Deimos avec un large sourire. C'est mon rêve. J'y fais apparaître ce que je veux. »

Il le prouva en agitant de la main droite une dague à la lame incroyablement longue et affûtée.

« Désormais, c'est moi qui commande. »

« Ça a toujours été toi qui commandait ! glapit sa conscience. Mes conseils ne sont là qu'à titre indicatif ! »

« Et je m'en serais bien passé, dit Deimos en lui enfonçant rapidement le poignard dans la poitrine. Je vais maintenant m'asseoir et te regarder mourir. »

« Pourquoi ? » réussit à murmurer l'autre, effondré sur le sol, désormais couvert de sang.

« Dalila a été très claire là-dessus : je ne suis qu'un monstre à ses yeux, rien d'autre, et je ne peux jamais espérer devenir quelqu'un. Si c'est que je suis pour elle, c'est ce que je vais devenir. Un véritable monstre. Et pour y parvenir, je sens qu'il faut que je te regarde pousser ton dernier soupir, chère conscience. Je ne vais peut-être y prendre aucun plaisir, mais cela me sera salutaire. Après avoir regardé en face un crime aussi abominable, commis de mes propres mains, je sens que je serai capable de faire encore pire. Et j'en ai bien l'intention. »

Et, ainsi, Deimos regarda l'étranger qui avait le visage de son meilleur ami mourir. La partie la plus gênante était son regard, tellement semblable à celui de Ti'lan, qu'il aurait juré que son meilleur ami agonisait à ses pieds. Il en avait presque l'impression d'être Voldemort.

Mais il n'allait pas être Voldemort. Il serait pire. Il n'y aurait pas de paix pour ce monde. Juste le chaos.

Les gens ne le sauront jamais. Pourtant, tout a commencé aujourd'hui.

En leur dernier Noël.


Je m'excuse pour le retard de ce chapitre : il écrit depuis longtemps mais je viens juste de le recevoir de mon beta-reader.