« His own iniquities shall take the wicked himself, and he shall be holden with the cords of his sins. »

Extrait du chapitre 5 du Livre des Proverbes

5 : Chaos

Rosemary s'éloigna lentement du groupe de Mangemorts qui venait de s'introduire dans la Grande Salle. Ignorant le hurlement des sirènes, elle se glissa à travers une porte située derrière la table des professeurs. Un seul coup d'œil lui suffit pour vérifier que l'antichambre était vide, puis elle retira sa Cape d'Invisibilité et s'appliqua un sortilège de Têtenbulle. Voilà, elle n'était plus menacée par le gaz de Yaxley.

Il ne lui restait plus qu'à envoyer un message à Léna. Elle sortit son téléphone et écrivit :

« Les Mangemorts ont attaqué les habitants de Poudlard. C'est le moment idéal pour vous introduire au château : ils sont déjà tous en train de combattre donc personne ne prête plus attention à l'alarme. PS : Utilisez un sortilège de Têtenbulle. »

Il lui fallut un peu de temps pour composer le message, vu que le gaz de Yaxley avait totalement envahi l'antichambre et qu'elle avait du mal à lire. Alors qu'elle appuyait enfin sur le bouton « Envoi », les hurlements de l'alarme changèrent :

« Alerte ! Alerte ! Intrus dans le hall d'entrée ! Alerte ! Alerte ! Portoloin non autorisé ! Alerte ! Alerte !… »

Ça ne peut tout de même pas être Léna, pas tout de suite…

Entrouvrant la porte, elle jeta un coup d'œil dans la Grande Salle.

Des loups-garous ! Qu'est-ce qu'ils font ici ? Oh, peu importe ! Ça fait encore plus de pagaille pour couvrir la venue de Léna.

Elle remit la Cape d'Invisibilité et sortit de l'antichambre par l'autre porte, qui donnait sur un couloir montant vers le premier étage.

« Alerte ! Alerte ! Intrus au septième étage ! Alerte ! Alerte ! Portoloin non autorisé ! Alerte ! Alerte !… »

Rosemary soupira. Sept étages… Cela faisait beaucoup de marches à monter pour retrouver Léna. D'autant plus qu'elle devait récupérer quelque chose sur le chemin.


Les dernières bouffées de cet affreux gaz violet le faisant tousser, Peter Pettigrow frappa vivement à la porte d'Eméra, sans obtenir de réponse.

« Elle a dit qu'elle ne voulait plus faire la guerre… Est-ce possible qu'elle ait changé d'avis pour aider ses amis ? se demanda t-il, les sourcils froncés. Peu probable, avec l'existence de TJ. »

Il essaya de tourner la poignée de la porte. Elle n'était pas verrouillée et s'entrouvrit en grinçant un peu. De là où il était, il pouvait voir Eméra allongée sur le canapé.

Allongée mais pas endormie… Cette sirène aurait réveillé un mort.

Il pâlit à cette idée et se précipita à l'intérieur. Eméra était vivante, mais fiévreuse. Une seringue vide gisait sur le sol à côté d'elle.

Stanislas était supposé lui injecter la potion ce soir… Elle ne l'aurait jamais fait seule ! Elle savait à quel point c'était risqué !

Ce qui veut dire que quelqu'un est entré ici et lui a injecté la potion contre son gré. Il faut que j'aille chercher le guérisseur tout de suite.

Mais avant… TJ ! Il a peut-être aussi été agressé !

Il trouva rapidement la chambre d'enfant. TJ pleurait et s'époumonait, ses hurlements seulement couverts par ceux de la sirène. Mais, à part ça, il paraissait indemne.

Je ferais mieux de le confier aux Hope en passant. Ils se sont réfugiés dans les cachots, avec les autres enfants.

Il sortit rapidement le bébé de son berceau. Loin de se calmer, TJ se mit à gigoter et à gémir. Mal à l'aise, Peter jeta un coup d'œil par dessus son épaule. Il reposa aussitôt l'enfant et se retourna brutalement, sortant en même temps sa baguette d'un geste vif :

« Je sais que vous êtes là. Montrez vous ! »

« Hé bien, tu es plutôt doué, pour voir à travers les sortilèges de Désillusion tout du moins. », dit Léna Whitebird en revenant dans le spectre du visible.

« Si vous venez faire du mal à ce bébé, il faudra me passer sur le corps d'abord. », dit Peter, sa lèvre supérieure légèrement relevée, lui donnant un air féroce qui contrastait bizarrement avec son physique.

« Je ne viens pas l'égorger, juste lui prendre quelques gouttes de sang. », répliqua Léna, exhibant un coutelas effilé.

« Devinez quoi ? Je ne vous crois pas ! »

« Tu devrais. », répondit-elle simplement.

Elle brandit sa baguette et aussitôt, Peter eut l'impression que sa tête allait exploser. Le bruit abominable, insupportable le fit tomber à genoux. Il réussit cependant à lever péniblement sa baguette et un rayon noir se précipita vers Léna. Elle conjura à la hâte un bouclier doré qui se troubla sous l'effet du sort comme un lac dans lequel on jette un caillou. Mais le choc avait été plus puissant qu'il n'en avait l'air : Léna avait reculé d'un pas, l'air échevelé, et le bruit dans la tête de Peter avait cessé avant de faire exploser ses tympans.

Il se releva promptement et attaqua à son tour. Ses monstres de fumée, pourpres et noirs, se déployèrent dans la pièce et encerclèrent Léna. Elle lança un sort à l'aveuglette et Peter eut juste le temps d'attraper une chaise pour s'en protéger. Frappé par le rayon, le meuble explosa en minuscules éclats de bois, dont certains rentrèrent douloureusement dans sa chair.

Entretemps, Léna avait eu le temps de défaire des monstres de fumée en faisant se lever une brise. Le vent s'intensifia soudainement. TJ se mit à hurler et son berceau à tanguer, poussé vers un coin de la pièce dans un abominable grincement.

Protégeant ses yeux de son bras droit, Peter réussit à faire quelques pas contre le vent. Mais alors qu'il attrapait la tête du lit d'enfant et l'immobilisait, une douzaine de lames argentées se ruèrent vers lui. La baguette de Peter décrivit un arc de cercle à la vitesse de l'éclair et la plupart des lumières argentées disparurent dans une nuée écarlate. Mais l'une des lames lui échappa et planta sa manche dans le mur du fond.

Peter essaya désespérément de retirer l'éclair argenté mais il était brûlant au point de faire fondre sa main de métal. Il tira sur sa manche autant qu'il le pouvait et elle se déchira. Un tout petit peu.

Il lança un regard brûlant de haine à Léna Whitebird. Si seulement il pouvait la distraire quelques instants… Mais il n'eut même pas à ouvrir la bouche, elle lança elle-même la conversation :

« Ce n'est même pas ton enfant. Pourquoi mourir pour lui ? »

« Depuis que je suis bon, je défends la veuve et l'orphelin, cracha t-il. Et ne dites pas que je vais mourir… »

Le tissu continuait de craquer… Sa main sera bientôt libre…

Peut-être devrais-je prendre ma baguette de ma main droite. Mais, vu que je suis gaucher, je risquerais de me faire exploser avec mes propres sorts…

« Je sais ce que tu fais, mais il est trop tard. Tu es mort au moment où tu m'as défiée. »

Il était à deux doigts de la liberté…

« Avada Kedavra ! »

Au moins, Eméra et TJ ne sauront jamais…

Ignorant le corps de Peter qui s'effondrait enfin, Léna s'approcha du berceau. Les pleurs de TJ redoublèrent quand elle lui entailla la main. Puis, elle utilisa une pipette pour prélever quelques gouttes de son sang.

« Il est temps d'y aller maintenant. »

Elle avait étudié ici autrefois et mit ces sept années à profit pour trouver où le Cristal était caché. Évitant les zones habitées, elle se rendit tranquillement aux cachots, ouvrit la trappe et… au bout du couloir, le Sceau des Fondateurs l'attendait.

Se tenant un peu à l'écart, elle fit tomber trois gouttes du sang de TJ sur les lignes complexes tracées par les trois Fondateurs avec leur propre sang. L'effet fut immédiat : le Sceau commença à s'effacer et le plancher de pierre à s'ouvrir. Il finit par se replier pour former un chemin en pente douce qui menait à un gouffre profond. Pourtant, nul obscurité n'y régnait, car il était illuminé par les lueurs verdâtres du Cristal du Chaos.

Elle se précipita à l'intérieur et ne s'immobilisa que devant le Cristal, son Cristal. Après l'avoir couvé d'un regard avide, elle porta machinalement la main à sa boucle d'oreille, la Clé du pouvoir du Cristal.

Il est temps de commencer le transfert.

Si Léna avait été un peu plus attentive, peut-être aurait-elle entendu les pas de celle qui se glissait derrière elle.

Une main émergea alors de nulle part, portant un petit pistolet. Le canon s'immobilisa juste à quelques centimètres du crâne de Léna.

Un coup de feu rompit alors le silence.

Rosemary se débarrassa aussitôt de la Cape d'Invisibilité et arracha la Clé du cadavre de Léna.


Nezumi était en plein combat contre les loups-garous lorsqu'un kanji s'épanouit sur sa paume.

C'est le signal ! Quelqu'un a brisé le Sceau !

Elle cria à Stanislas, qui se battait non loin de là :

« Tu as vu Peter ? Il était allé chercher les armes à feu dans l'appartement d'Eméra ! »

Il secoua la tête.

« Mais j'ai absolument besoin d'une arme ! Le Sceau s'est brisé, et je ne peux pas laisser Kévin affronter sa mère seule. »

Stanislas sembla comprendre : il devait savoir qu'on ne pouvait employer la magie près du Cristal du Chaos.

« Écoute, allons chercher les armes nous-même. Tu prendras celle que tu veux et nous ramènerons les autres ici pour qu'on puisse se défendre. »

Il fit signe à Lucy qui se battait à ses côtés et, après quelques minutes, ils réussirent à s'extraire tous les trois de la foule. L'appartement d'Eméra était au septième étage, sept étages qu'ils franchirent au pas de course. Ils trouvèrent la porte entrebâillée et la franchirent aussitôt.

Lucy fut la première à se précipiter au chevet d'Eméra :

« Stanislas, c'est la potion ! Fais quelque chose ! »

Puis, elle se releva tout aussi brutalement :

« Je vais voir TJ. »

Elle revint quelques secondes plus tard, le bambin dans les bras :

« Ce n'est rien d'autre qu'un petit bobo. »

Pourtant, elle pleurait.

« Peter est mort. L'Avada Kedavra. »

Cet air de surprise et de terreur sur le visage d'un homme ne pouvait correspondre qu'à un seul sort.

« Lucy, est-ce que tu peux rester avec Eméra et TJ ? Je dois aller chercher des ingrédients à l'appartement. »

« Bien sûr. »

Elle se tourna vers Nezumi, qui regardait Eméra d'un air de malaise :

« Il n'y a rien que je puisse faire, n'est-ce pas ? »

« Va sauver Kévin. Nous prenons soin d'elle. », lui assura Lucy.

« Merci, Lucy. J'y vais. »

Nezumi trouva le coffre rempli d'armes dans la chambre d'Eméra mais il était mieux protégé que jamais. Elle essayait de le forcer depuis quelques minutes lorsque la porte de la chambre s'ouvrit. Elle se retourna brutalement, prête à riposter, mais baissa aussitôt sa baguette lorsqu'elle reconnut Kévin.

« Qu'est-ce que tu fais là ? Tu n'es pas en train de te battre avec ta mère ? »

« Ma mère est morte. Rosemary l'a tuée. », lâcha Kévin d'un ton neutre, mais l'air mécontent.

« Alors pourquoi tu n'es pas en train de te battre avec elle ? », demanda-t-elle prudemment.

« Je voulais la frapper dans le dos, comme elle l'a fait pour ma mère, mais je me suis rendu compte que je ne pouvais plus faire d'antimagie. Rosemary a sans doute retiré ce pouvoir à tous les Cavaliers du Chaos. Je ne pensais même pas que c'était possible mais elle l'a fait. Elle est à présent la seule utilisatrice d'antimagie au monde. »

« Donc, elle est toute-puissante maintenant ? », dit Nezumi d'une voix blanche.

« Pas encore. La puissance du Cristal est monumentale, donc s'en emparer entièrement prend du temps. Nous pouvons encore l'arrêter. Les armes sont là dedans ? », dit-il, en jetant un coup d'œil au coffre.

Nezumi hocha la tête.

« Recule, s'il te plaît. », dit-il en faisant apparaître une lame faite de particules dorées. Il la brandit et trancha d'un coup le couvercle du coffre dans le sens de la longueur.

Nezumi prit prudemment une arme dans le coffre éventré, prudemment car le métal avait fondu là où l'épée de Kévin l'avait touché.

« Pourquoi tu n'as pas tué Rosemary avec ça ? »

« La présence du Cristal du Chaos rend la magie instable, même sous cette forme. La seule solution serait de concentrer d'un coup d'un seul une telle quantité de magie qu'elle surpasserait celle du Cristal. Mais c'est au-delà de mes pouvoirs. Je pense que je ferais mieux d'utiliser un pistolet. », dit-il en plongeant la main dans le coffre.

« Tu ne sais pas t'en servir, Kévin. »

« Rosemary non plus. Ça ne l'a pas empêchée de tuer ma mère. »

« Pourquoi es-tu si contrarié ? Ta mère t'a trahi ! Tu allais la tuer toi-même ! »

« Oui, mais je voulais lui… dire des choses. L'affronter face à face. Et maintenant, je ne le pourrai jamais, tout ça à cause de Rosemary. »

« Je suis désolée, Kévin, dit-elle en posant la main sur son épaule. Mais on doit vraiment se dépêcher maintenant. »

Craignant d'arriver trop tard, ils coururent jusqu'au gouffre qui abritait le Cristal, où une vision inquiétante les attendait : la pierre avait presque perdu tout son éclat alors qu'une brume d'antimagie entourait Rosemary.

Celle-ci les entendit et se tourna vers eux. Nezumi et Kévin lui tirèrent dessus, à plusieurs reprises et sans sommation, mais les balles ralentirent et finirent par fondre devant elle.

« Le transfert n'est même pas terminé mais je suis déjà trop puissante pour vous. Videz donc vos chargeurs, si vous voulez. »

Kévin baissa son arme. Pas Nezumi.

« Puisque tu m'y autorises si gentiment. », répondit-elle.

Elle déplaça son pistolet légèrement vers la droite et tira à nouveau. Rosemary n'eut même pas à utiliser un bouclier cette fois-là, Nezumi l'avait ratée. Elle entendit la balle siffler à ses oreilles sans même l'effleurer.

Pourtant, Kévin cria :

« Non, ne fais pas ça ! C'est une très mauvaise idée ! »

Mais Nezumi s'obstina. Elle tira trois fois de suite. Et Rosemary ne comprit que trop tard ce qu'elle faisait. Elle ne le comprit qu'au moment où la dernière balle de Nezumi toucha la Clé, qui se brisa en plusieurs éclats de quartz.

Rosemary hurla. L'antimagie, désormais sans maître, revenait au Cristal.

Kévin détourna les yeux des souffrances de Rosemary. Il s'approcha de sa mère, qui avait une blessure abominable à l'arrière du crâne.

Pendant ce temps-là, Rosemary tombait à genoux, encore sous le choc. Dire qu'elle avait été si puissante, si peu longtemps ! Mais elle sortit rapidement son visage de ses mains et se releva avec une grimace de rage. Elle attrapa le pistolet qui lui avait servi à tuer Léna et le pointa vers Nezumi, qui était en train de recharger.

« Lâche ça. »

Étonnamment docile, Nezumi posa son arme et ses munitions sur le sol.

« Un dernier mot ? »

« Tu n'oublies pas quelque chose, Rosemary ? »

Kévin ? Où est-ce qu'il est passé ?

Un dernier coup de feu déchira l'air et le cadavre de Rosemary tomba en avant.

« Je t'avais dit qu'on n'a pas besoin de savoir tirer pour tuer quelqu'un. », dit simplement Kévin.

« Merci. Tu m'as sauvé la vie. »

« Et tu nous as tous condamnés, Nezumi. »

« Qu'est-ce que tu veux dire ? Rosemary ne s'est pas emparée du pouvoir du Cristal. Plus personne ne pourra jamais le faire maintenant. »

« La Clé ne permettait pas de contrôler que le Cristal. Elle permettait aussi de contrôler les Détraqueurs. Sans l'emprise que la Confrérie avait sur eux, ils auraient ravagé ce monde, dévorant l'âme de chaque être vivant. Et maintenant, c'est ce qu'ils vont faire. »


Louis Angorianne trébucha alors qu'il se matérialisait dans la salle du trône de Sang-Pur. Le « roi de tous les Français », sorciers comme Moldus, se permit de fermer un instant les yeux. La nuit avait été dure…

À la tête d'une escouade de nobles, il avait attaqué un groupe de Sang-Impurs rebelles qui se terraient dans l'ancienne capitale, Paris. Mais cette attaque ne devait être qu'une diversion : Angorianne, comme tous les dirigeants au sang pur du monde entier, avait reçu plusieurs litres de la potion du professeur Yaxley, qui, une fois sous forme de gaz, devait priver les Sang-Impurs de toute velléité de révolte. La diversion avait fonctionné, le gaz avait été lâché mais il n'avait eu absolument aucun effet. Cette déconvenue avait semé le trouble dans les rangs des nobles. Le gaz avait si bien fonctionné lors des tests…

C'est presque comme si Yaxley nous avait trahis… Lui seul aurait pu modifier sa potion à la dernière minute pour la rendre inefficace. Mais je ne vois vraiment pas ce qu'il aurait eu à y gagner !

En tout cas, à cause de ce traître, l'opération avait tourné au fiasco. L'attaque n'était pas supposée être réelle, juste une diversion ; ils étaient donc trop peu nombreux. Et, une fois que les Sang-Impurs avaient réalisé leur avantage, ils n'avaient pas laissé les nobles repartir facilement. Le plus proche lieutenant d'Angorianne était mort pour lui donner le temps de créer un Portoloin !

Mais bon, il était de retour chez lui, dans sa magnifique cité, intacte comme un joyau dans son écrin grâce à la protection des loups-garous.

À ce moment-là, les doubles portes de la salle du trône s'ouvrirent en coup de vent : la reine Inlandsis entra, suivie de trois de leurs enfants et de son plus fidèle serviteur, Martin. La robe d'Inlandsis était déchirée et tâchée de sang et elle tenait frénétiquement la main d'Elisabeth. Charles exhibait une gigantesque blessure à l'épaule qui saignait abondamment et puait la morsure de loup-garou. Enfin, Philippe était blanc comme un linge et Martin tenait une barre de fer dans la main gauche, sa baguette dans la droite.

Sans un coup d'œil derrière eux, ils barrèrent la porte, qui tremblait sous l'assaut d'un ennemi féroce, déterminé à la défoncer.

En se retournant pour prendre appui contre la porte, Inlandsis aperçut enfin son époux :

« Viens donc nous aider au lieu de rester planté là à ne rien faire ! »

Il se dépêcha de les rejoindre pour peser de tout son poids sur la porte. Derrière, des grognements animaux et des bruits de griffes se faisaient entendre.

« Nous devons tenir !, cria Martin. Dans quelques heures, le soleil se lèvera ! »

« Où est Caroline-Marie ? », demanda Angorianne.

« Elle est morte, répondit laconiquement son fils aîné. Ils l'ont eue. »

« Mais pourquoi les loups-garous vous ont-ils attaqués ? Ils étaient censés vous protéger ! »

« Je ne sais pas, répondit Inlandsis, sarcastique. Peut-être que les Greyback ont décidé de vous doubler et qu'on en fait les frais parce que nous sommes vulnérables. »

Ça ne ressemblait pas à Inlandsis de lui parler comme ça, pas plus que de parler à quiconque de cette façon, d'ailleurs.

« Tu ne me rends pas responsable de ça tout de même ? »

« Oh si, bien sûr que si !, répliqua furieusement Inlandsis. Tu as choisi de faire confiance aux loups-garous ! Tu as choisi d'écraser la révolte des Sang-Impurs ! Sans des gens avides de pouvoir comme Voldemort et toi, cette guerre ne serait jamais née !»

« Voldemort et moi t'avons apporté la grandeur ! gronda Louis. Pendant dix-sept années, nous avons régné, comme nous le méritons car nous sommes supérieurs ! »

« Oh, j'y ai cru à notre supériorité !, cracha t-elle. Mais plus maintenant. Plus jamais. Pas après avoir perdu Caroline. »

Je l'ai tenue dans mes bras… Ma petite fille… Ce n'était plus qu'un cadavre déchiqueté, une fontaine de sang.

« Je n'ai pas pu la sauver. Ni ma magie, ni mon noble sang ne me l'ont permis. Sa mort, et tout le reste, dit-elle avec un geste englobant la compagnie ensanglantée, est de notre faute. Par notre traitement inégalitaire des Moldus et des autres sorciers, nous avons semé la haine et l'esprit de revanche, et nous en payons désormais le prix. »

Le silence tomba tout d'un coup sur la salle du trône. Inlandsis colla son oreille contre le bois et réussit à saisir le jappement d'un loup et des bruits de griffes sur le marbre du couloir : les loups-garous s'enfuyaient !

« Pourtant, ce n'est pas encore l'aurore. », dit Philippe.

« Nous sommes sauvés ! », s'exclama Elisabeth.

« Non, ma chérie, répondit Inlandsis en caressant tendrement les cheveux de sa fille. Seuls des monstres plus terribles encore peuvent faire fuir de telles bêtes. Tiens-toi prête à t'enfuir, mon cœur. »

« Mère, dit alors Charles d'une voix blanche, regardez par la fenêtre. »

Avant même de le faire, Inlandsis sut ce qu'elle allait apercevoir. Une main de fer s'était refermée sur son cœur, les images de la mort de Caroline-Marie repassaient en boucle dans sa tête et elle était sur le point de s'effondrer, terrassée par ses pires frayeurs.

« Des Détraqueurs… », murmura t-elle entre ses dents.

Elle serra la main d'Elisabeth, rassembla tout son courage et réussit à faire apparaître son Patronus, une colombe qui se mit à voler en cercle autour d'eux pour les protéger de l'influence néfaste des Détraqueurs. Elle fut rejointe par tous les autres Patronus, sauf celui d'Elisabeth, trop jeune encore.

« Nous devons nous rassembler, décréta Inlandsis. Les Détraqueurs peuvent encore nous avoir s'ils sont assez nombreux. »

Elle se tourna vers son mari :

« Avez-vous vaincu les San… les rebelles ? »

« Non, notre plan n'a pas marché, dit Louis, sans donner de détails. Inlandsis ignorait l'existence du gaz de toute façon. Et comment se fait-il que ce soit toi qui commande ? »

« Tu as abandonné chacune des personnes qui se trouvent dans cette ville, et maintenant, j'apprends que tu as abandonné tes hommes à la merci des rebelles. Comment peux-tu poser une question pareille ? »

« Martin, vous n'allez tout de même pas lui obéir ?, demanda Louis à son serviteur, souriant comme s'il racontait une histoire drôle. Vous l'en croyez capable ? »

« Je l'ai vue faire des choses incroyables cette nuit, monsieur. Je pense qu'elle se débrouillera très bien. »

« Merci, Martin, répondit sincèrement Inlandsis. Pourriez-vous transplaner dans un village Moldu, juste quelques secondes ? J'ai besoin de savoir si les Détraqueurs s'attaquent à eux aussi. »

Martin revint quelques instants plus tard, décrivant des scènes de mort et de désolation. Les Détraqueurs avaient fait des ravages parmi les Moldus, incapable de se défendre contre cette menace invisible. Ceux qui n'avaient pas subi le baiser du Détraqueur avaient fui sur les routes.

Alors qu'il était en plein milieu de son horrible récit, on frappa à la porte. Inlandsis sursauta, puis se raisonna.

« Entrez. »

Des Sangs-Pur français entrèrent alors, saluèrent le roi mais s'adressèrent d'abord à Inlandsis :

« Que s'est-il passé ici, majesté ? »

« Les loups-garous se sont retournés contre nous. Je sais que vous avez tous hâte de retrouver vos familles mais je dois d'abord vous dire quelques mots. C'est grâce aux Détraqueurs que vous avez pu vous échapper, n'est-ce pas ? »

« Oui, majesté. Ils ont attaqué les Sang-Impurs et nous en avons profité pour fuir avec des Portoloins. »

« C'est bien ce que je pensais, dit Inlandsis. Les Détraqueurs attaquent tout le monde indifféremment. »

« Nous avons essayé de communiquer avec eux, ma reine, mais ils refusent de nous écouter. »

« Nous devons proposer aux Moldus notre protection. », dit-elle aussitôt et, comme elle s'y attendait, cette proposition ne choqua pas. Les nobles n'étaient pas assez stupides pour ignorer l'utilité des Moldus et la nécessité de les préserver.

« Ils devront se mettre sous notre protection ou ils perdront leurs âmes. C'est intelligent, ma reine. »

« Non, nous ne les forcerons pas à devenir des esclaves. Nous leur proposerons notre aide d'égal à égal. »

Ils la regardèrent comme si elle était devenue folle :

« Mais pourquoi, ma dame ? C'est l'occasion idéale de reprendre le contrôle sur eux. »

« Et qu'en feriez-vous donc ? Un Patronus ne peut pas protéger une grande étendue de terrain. Comment bâtir une société dans un monde rempli de Détraqueurs ? Lorsqu'ils sont assez nombreux, ils représentent une menace même pour nous. Ils doivent donc être éliminés. »

« C'est impossible ! », s'exclama aussitôt un des nobles.

« Nous devrions plutôt essayer de reprendre le contrôle sur eux. », dit un autre.

« Si nous réussissons effectivement à reprendre le contrôle des Détraqueurs, alors nous pourrons mettre en esclavage les Moldus, trancha Inlandsis. Mais nous ne devons en aucun cas le faire maintenant. En effet, si tout contrôle sur les Détraqueurs était perdu et que nous devions les éliminer, nous perdrions en même temps notre moyen de pression sur les Moldus, qui se hâteraient de se venger de nous de manière sanglante. Tant que les Détraqueurs ne nous obéissent pas au doigt et à l'œil, je suggère donc que nous traitions les Moldus en égaux. C'est bien plus prudent. »

L'assemblée n'était guère enthousiaste. Inlandsis insista donc :

« Ce soir, nombre de vos camarades et membres de votre famille sont morts à cause de vains projets. Vous avez tous combattu ce soir, perdu des êtres chers, et je pense que vous le savez au fond de vous : le temps de la supériorité est révolu. Voici venu le temps de la survie. »