Eh non, ce n'est pas un poisson d'avril ! Voilà le tout nouveau chapitre de ma fiction, et je suis toute aussi surprise que vous ^^

Cela dit, ne nous réjouissons pas trop vite, car ce moment de l'histoire n'est franchement pas joyeux. Disons que la deuxième partie est vraiment sinistre (tellement que ça m'a déprimé de l'écrire…). Si vous avez besoin de vous remonter le moral, vraiment évitez ça, parce que personnellement j'étais de bonne humeur avant de commencer à écrire ce passage ; et ça m'a foutu le cafard (hmf). D'ailleurs, je ne me suis même pas relue pour la peine. A bon entendeur…

Merci à Fiind-lOve pour son enthousiasme que je n'avais pas encore salué, LiliBlack13, Nedwige et zecatwoman95 ! Bonne lecture…


Cauchemar

***

Hermione tâta maladroitement sa joue salement amochée, et tâcha de réprimer le tremblement qui faisait frémir ses lèvres. Elle ne devait pas faillir. Elle devait reste forte et courageuse… et digne. Digne, oui, en bonne Gryffondor. Il le fallait ! Peu importait que sa gorge se noue et que son cœur batte si fort qu'il semblait prêt à s'arracher de sa poitrine. Ce combat qu'elle menait, qui venait à peine de commencer et qui s'éterniserait peut-être à jamais, elle devait le remporter… pour Harry… pour les autres. Et pour elle-même.

- Regardez-la pleurnicher ! s'amusa Bellatrix en virevoltant autour d'elle comme le plus inquiétant des oiseaux.

- Bella, calme-toi, marmonna Narcissa, que tous ces bonds insupportaient.

- Laisse-la faire, lui souffla Lucius en l'entourant de son bras. Au moins, elle s'occupe et nous fiche la paix.

- Sang-de-Bourbe ! Hahaha ! Tu as mal, hein ? Tu as peur que je continue ! Pourtant c'est ce qui va arriver… haha, oui, oui, dès que le Seigneur des Ténèbres m'en aura donné l'ordre, je te saignerai à blanc ma jolie… Oh, Cissy ! Tu as entendu le couinement qu'elle a poussé ? On aurait dit une souris ! Une infâme souris chevelue… Hahaha, petite souris, prends garde à mes coups de griffe !

Lucius réprima une mimique agacée. Les débordements de Bellatrix dans son salon l'ennuyaient positivement : quand ils étaient jeunes, il la trouvait plutôt amusante malgré des accès d'hystérie relativement fréquents, mais son séjour à Azkaban n'avait pas arrangé les choses. Et voilà qu'elle dansait autour d'Hermione Granger comme une goule machiavélique. Lucius détestait les débordements. Et Narcissa aussi. Il était bien dommage que le Seigneur des Ténèbres ait choisi d'envoyer Queudver aux nouvelles : un petit moment sans Bella aurait été tellement reposant…

- Toi aussi tu as beaucoup de cheveux, Bellatrix, fit étourdiment remarquer Goyle senior.

Heureusement pour lui, Bella ne lui prêtait pas attention. Elle était bien trop occupée à jouer avec les nerfs d'Hermione.

- Mais vous voyez bien que je ne dirai rien ! s'exclamait cette dernière en serrant les dents. Pourquoi ne me tuez-vous pas tout de suite ?

Elle jeta un regard noyé en direction de Voldemort qui caressait Nagini sans se préoccuper de ce qui se passait autour de lui. Bellatrix se planta devant elle, emplissant son champ de vision d'un sourire vicieux.

- Tu n'as pas encore eu assez mal, Sang-de-Bourbe ! ricana-t-elle. Tu ressembles encore trop à un être humain… Mais quand toute ta chair sera à vif, que ta bouche sera couturée, que tes yeux pleureront des larmes de sang et que ton esprit ne sera plus qu'un brouillard de douleur, alors oui, peut-être que nous verrons l'utilité de te tuer !

- Je trouve ça tellement vulgaire de parler boucherie, fit Narcissa à Lucius, d'une voix suffisamment basse pour que personne ne l'entende. C'est comme ces ménagères qui comparent leur marque de lessive… Qu'elles utilisent Détach'magic ou Abracadabroust devraient rester leur jardin secret… comme les plans sordides de Bella…

- C'est de la stratégie, ma chérie, fit Lucius en haussant les épaules. Il faut avouer que la résistance passive de cette Sang-de-Bourbe est tout-à-fait irritante.

- Moi, je me demande ce que notre Maître veut à Drago, chuchota Narcissa, battant des paupières avec nervosité. Bella m'a toujours seriné que c'était un grand honneur que mon fils serve le Seigneur des Ténèbres, mais depuis notre disgrâce je…

- Chut, Narcissa… Contente-toi de te montrer discrète… Mieux vaut ne pas attirer l'attention du Maître, pour le moment…

- Mais ne devrait-il pas laisser Drago tranquille ?

La voix de Narcissa prenait des accents un peu trop émus. Son mari lui tapota l'épaule d'un air rassurant.

- Après tout, il a réussi ce que le Maître lui avait ordonné de faire… Il devrait pouvoir rester en dehors de tout cela… Ce n'est qu'un enfant !

- Narcissa…

C'est à ce moment que Queudver réapparut, attirant l'attention de Voldemort et de Bellatrix. Hermione le regarda avec un tel air de dégoût que l'ancien Maraudeur préféra détourner les yeux. Par ailleurs, la jeune fille était dans un état si lamentable qu'il était plus reposant de regarder ailleurs… Sa peau était couverte d'entailles, ses lèvres tuméfiées… Ses longs cheveux touffus, humides d'une mauvaise sueur, s'accrochaient dans les plaies qui balafraient son cou et ses épaules. Quant à sa robe, elle n'était que lambeaux et dévoilait impudiquement son corps secoué de tremblements.

- Alors, Queudver ? demanda la voix un peu nasillarde de Voldemort.

Malgré la souffrance dévorante qui la brûlait jusque dans les os, Hermione tâcha de tendre l'oreille. Peut-être que les autres étaient déjà à sa recherche… Peut-être qu'on venait…

- Rogue a bien eu votre message, fit Queudver. Il a envoyé un hibou pour annoncer sa venue imminente.

- Rogue vient ? fit Voldemort. Et quand ai-je mentionné le fait que j'avais besoin de lui ? C'est le garçon, que je veux voir. Le fils Malfoy. Est-ce que Rogue souffre d'un dédoublement de personnalité ?

- Euh non euh… –Queudver se dandinait maladroitement d'un pied sur l'autre– c'est juste qu'il l'accompagne… je crois…

- Tu crois ?

- Enfin non, je sais. Enfin oui, Maître, il l'accompagne, c'est son parrain et…

- Le fils Malfoy ne sait-il pas transplaner ?

- Je ne sais pas, Maître… je l'ignore, oui, je vous assure…

- Lucius ? lança Voldemort d'un ton agacé. Ton fils ne sait-il pas transplaner ?

- La dernière fois, il y'a laissé un bout d'oreille, Monseigneur…, fit Malfoy. Rogue voulait sans doute s'assurer que tout se passe bien.

Voldemort émit un petit couinement nasal, qui tenait lieu de rire sarcastique.

- Ainsi donc, tu l'as si mal éduqué qu'il est incapable de transplaner convenablement ? Tu me déçois davantage de jour en jour, Lucius… Tu es un incapable et ton fils ne vaut pas mieux…

Lucius Malfoy baissa la tête d'un air révérencieux, mais Narcissa sentit qu'il lui serrait l'épaule un peu plus fort que nécessaire.

- Il ne peut pas transplaner dans l'enceinte de Poudlard, dit alors une petite voix lointaine.

Tous les regards se tournèrent vers Hermione, qui parut elle-même bien surprise de son intervention. Elle avait dit cette phrase sans réfléchir. C'est qu'elle était tellement habituée à devoir contredire les autres à propos du sort antitransplanage qui protégeait Poudlard que les mots, ses vieux amis, s'étaient modelés sous sa langue meurtrie pour faire un dernier coup d'éclat… Son ventre se tordit d'émotion. La dernière fois qu'elle les dirait, sans doute. Et cette fois, personne ne s'étonnerait qu'elle connaisse si bien l'Histoire de Poudlard. Non, certainement pas. Dans une sorte de vague floue, elle revit les visages de Ron et Harry. Tout cela paraissait si loin. Sa bouche se mit à trembler d'autant plus fort et elle se mordit la lèvre inférieure. Ce n'était pas le moment de céder.

- Ces Sang-de-Bourbe ! ricana Goyle senior. Ils disent n'importe quoi !

- Tais-toi, Goyle, fit Voldemort. Elle dit vrai, on ne peut pas transplaner dans l'enceinte de Poudlard. Mais ce qu'elle ignore, cette petite sotte, c'est que nous avons nos passages privés pour Pré-au-Lard, nous-autres Mangemorts… Rogue les connaît, et le fils Malfoy aussi. Satisfaite ?

Hermione hocha bravement la tête, se forçant à paraître la plus digne possible. La fin approchait, et elle ne leur donnerait pas le plaisir de s'humilier. Pas quand il lui restait quelques forces.

- Bien, fit Voldemort en étirant les jambes. Queudver, va chercher du lait pour Nagini. Quant à toi, Bella, reprends là où tu en étais. Fais-la crier. Qu'elle s'en écorche la gorge.

Et alors que Narcissa Malfoy venait terrer son visage dans le cou de son mari, le cœur battant d'angoisse pour son fils, les hurlements d'Hermione reprirent, plus déchirants que jamais, se répercutant dans toutes les pièces bien meublées du Manoir. Dehors, il faisait nuit, et la lune était voilée. Lentement, une pluie insidieuse se mit à tomber, froide, qui glaçait jusqu'aux os. Une bien mauvaise soirée pour les vivants…


Plus tard, au même endroit.

- Drago !

Narcissa enveloppa son fils dans ses bras comme si elle avait le pouvoir de l'y faire disparaître et de le prévenir de toute douleur à venir.

- Mère…

Malfoy, qui venait d'arriver par transplanage, emplit ses narines du parfum délicat qui flottait autour de lui comme un halo rassurant, oubliant un instant la présence de Rogue à ses côtés.

- Severus ! fit Narcissa, les yeux éperdus. Tu avais juré de le protéger, et tu le ramènes ici ! Es-tu fou ?

- Je ne pouvais guère faire autrement, remarqua Rogue d'un ton froid. Et puis, je ne vois pas quel danger Drago encoure… Il a brillamment rempli la mission que le Seigneur des Ténèbres lui a assignée, il doit plutôt s'attendre à une récompense.

Narcissa allait répliquer mais Queudver fit son apparition.

- Pourquoi restez-vous dans le hall ? demanda-t-il d'un air soupçonneux. Le Maître veut que le jeune Drago le rejoigne au plus vite.

- Qu'est-ce qu'il me veut ? demanda Malfoy en essayant de ne pas avoir l'air inquiet –ce qui était peine perdu, car il cillait trop souvent et ne cessait de s'humecter les lèvres.

- Qu'est-ce que j'en sais, moi ! fit Queudver, l'air réjoui. Peut-être que tu es sur la sellette, peut-être pas !

- Pettigrow, claqua la voix de Rogue. Conduis-nous au Maître et boucle-la.

Plein d'appréhension, Malfoy suivit sa mère et son parrain jusqu'au salon. Le spectacle qui s'offrait à ses yeux lui souleva le cœur. Il avait déjà été témoin d'une scène de torture, mais c'était son père qui l'avait encaissée, et ce dernier était rompu à ce genre d'exercice… Alors que là… Là, c'était Granger, une fille de son âge. Et elle était méconnaissable, couverte de sang. Le semblant de remord qu'il le chatouillait depuis son enlèvement se fit plus fort. Jusqu'à présent, il avait écarté le plus possible l'idée qu'elle allait souffrir d'une manière dont elle ne se remettrait jamais. C'était facile, après tout ! Elle était absente, loin, tandis que lui vivait dans la monotonie tranquille du château. Il évitait de croiser Potter et Weasley, et quand il lui arrivait malencontreusement de se trouver dans le même couloir, il se contentait de leur adresser un rictus mauvais, ou de les insulter sans enthousiasme, évitant de faire allusion à l'absence de Granger parmi eux. Pour être franc, il évitait même de trop les regarder, étrangement anxieux à l'idée de voir sur leur visage un manque qui rendrait son geste plus réel.

Mais cette fois, il ne pouvait plus se voiler la face. La réalité de son geste le pénétra comme une eau tiède, désagréable. Comme s'il avait trop attendu pour entrer dans son bain et qu'à présent il devait se contenter de cette température là. C'était une sensation… dérangeante. Il venait de découvrir ce que Granger avait vécu tous ces jours durant. Ce qu'elle était devenue. Par sa faute. Jamais elle ne lui sembla plus humaine qu'à ce moment là, où couverte d'ecchymose, elle leva vers lui des yeux morts qui ne criaient même pas à la trahison. Un pantin brisé… Granger, l'habituelle petite Miss-Je-Sais-Tout… Brusquement il eut mal. C'était son cœur, comprit-il. Les dernières parcelles d'enfance venaient d'en être arrachées. La lame était brute, elle n'avait aucune pitié. Adieu petit Drago, il est temps de devenir un homme.

Il fallut un certain temps pour qu'il revienne à la réalité. C'était sa tante, Bella, qui lui secouait le bras en lui répétant cette phrase :

- Il est temps de devenir un homme, Drago ! Il est temps de devenir un homme !

Son faciès ricanant lui souleva l'estomac, et il eut envie de s'enfuir. Où était sa mère ? Le besoin de se réfugier contre elle le submergea comme une vague. Il n'était pas près pour être adulte. Vraiment pas.

- Lucius, fais-le bouger enfin ! fit Voldemort, irrité. Ne comprend-il pas mes ordres ?

- Il est temps de devenir un homme ! Hahaha !

Bellatrix semblait aux anges et Malfoy ne comprenait vraiment pas pourquoi. Lucius s'avança alors vers lui, la mâchoire crispée. A côté de Narcissa, Rogue le regardait avec ce qui ressemblait à de la pitié.

- Fais ce qu'on te dit, Drago, dit Lucius. Notre Maître en a assez de l'impudence de cette fille. Avec ce genre de racaille, il n'y a qu'une chose qui permet de briser les fiertés mal placées.

Drago comprit brusquement. L'eau tiède devint glace et un filet froid vint lui couler dans le dos.

- Quoi, vous voulez que je… ?

- Maître, intervint la voix douce de Narcissa. Je vous en prie, ce n'est vraiment qu'un enfant.

- Silence, femme ! gronda Voldemort. Tes apitoiements m'insupportent ! Il fera ce qu'on lui dit de faire, et ce sera tout !

Malfoy croisa à nouveau le regard d'Hermione. Il n'était plus si vide, tout à coup, car il y perçut un éclat de panique, de terreur et de désespoir.

- Et le plus tôt sera le mieux, ajouta Voldemort. En piste !


Hermione aurait voulu mourir. Plusieurs fois, la pensée de son corps sans vie et exempt de souffrances avait flotté dans son esprit martyrisé, et de toute son âme, elle s'était efforcée de précipiter ce moment, de le faire venir… Mais malgré toute sa bonne volonté, sa chienne de vie était restée ancrée en elle. Et le plus insupportable était venu.

La torture, elle l'avait supportée. Il suffisait de fermer son esprit et ne plus écouter son corps hurler à la mort. Au début, la douleur était mordante, sauvage ; elle lacérait sa volonté comme un loup déchiquète sa proie. Puis, plus rapidement qu'elle ne l'aurait cru, son esprit s'était dédoublé de son corps et c'était presque paisiblement qu'elle avait ressenti les sorts de Bella.

Mais cette autre torture, elle serait incapable de la tolérer. Oh, comme c'était injuste ! Comme c'était horrible… Elle aurait voulu mourir.

A présent, même si les autres venaient la sauver, il serait trop tard. Et alors qu'elle pensait ne plus avoir de larmes en elle, une nouvelle source jaillit dans son être, et elle pleura.

Elle pleura, alors qu'on l'entraînait dans une pièce et qu'on la stupéfixait.

Elle pleura, alors que ses haillons disparaissaient pour laisser place à sa nudité marbrée de sang.

Elle pleura, alors qu'on poussait devant elle un Drago Malfoy livide. Et qu'on lui ordonnait de commencer.

Elle pleura, quand il finit par poser la main sur elle. Elle pleura, quand il planta son regard dans le sien, et qu'elle y lut avec ce qu'elle pouvait encore ressentir de surprise, une douleur jumelle à la sienne.

Elle pleura quand il murmura quelques mots étranges, inappropriés…

Désolé, Granger. Si j'avais su… Désolé, Granger… Désolé…

Bien sûr, elle continua de pleurer quand il passa des doigts gourds contre sa joue. Mais dans le brouillard que voyaient ses yeux troubles, les deux yeux gris brillaient d'une sincérité désespérée qui la secouèrent d'un hoquet pathétique. Quand il l'embrassa, emporté par un torrent de sentiments si torturés qu'il éprouvait le besoin de lui faire ressentir ses regrets, elle sentit dans sa bouche le sel de ses larmes.

Elle aurait voulu mourir. Oui. Mais avant de s'évanouir, l'âme trop morte pour supporter la réalité une seconde plus, il lui vint en tête l'étrange pensée qu'à tout prendre, elle était contente qu'il se soit agi de lui.

Oui, elle aurait voulu mourir. Mais ce qu'elle comprit à travers ces baisers malheureux, c'est que la honte l'étoufferait lui pour de bon… Tôt ou tard. Et ce jour là…


Ça va, vous ne me détestez pas pour le tour un peu abrupt que prend la fic ? Hm… vous m'envoyez une review pour me le dire ? Si vous voulez, vous pouvez juste écrire que c'était glauque et que vous n'avez pas envie de lire la suite… ou alors, vous avez peut-être envie que j'écrive le prochain chapitre, qui sera d'une tonalité peut-être un poil plus gaie (pas dur, me direz-vous). Dans ce cas, il faudrait aussi me le faire savoir ^^ Qui sait, je pourrais peut-être même me dépêcher de m'atteler à la tâche !

Je vous fais un grand sourire contrit, et je vous souhaite une bonne soirée… :)