Harry se souvenait que cette crainte de voir Cedric le manipuler pour servir ses sentiments amoureux l'avait dissuadé d'accepter son aide, du moins au début. Mais même s'il répugnait à l'idée de suivre les conseils du Poufsouffle, la situation s'était bientôt révélée désespérée et il n'avait eu d'autre choix : « le moment était venu de mettre son orgueil de côté et de vérifier si le conseil de Cedric valait quelque chose. » (Harry Potter et la Coupe de Feu, Chapitre 24 : Le scoop de Rita Skeeter)

Harry s'était alors rendu dans la salle de bains et avait résolu l'énigme de l'œuf et des cris du peuple aquatique qui peuplait le lac, notamment avec l'aide de Mimi Geignarde.

« - En tout cas, à ta place, j'essayerais de mettre l'œuf dans l'eau. C'est ce qu'a fait Cedric Diggory.

- Lui aussi, tu l'as espionné ? s'indigna Harry. Alors, tu passes tes soirées ici à venir voir les préfets prendre leur bain ?

Une rougeur incongrue était venue colorer ses joues, et il tâcha d'éviter d'imaginer le corps de Cedric, nu, éclaboussé d'eau chaude et de mousse. (…)

Harry prit une profonde inspiration et se laissa glisser dans l'eau. Assis au fond du bassin rempli de bulles, il entendit alors un chœur de voix étranges et un peu effrayantes qui s'élevaient de l'œuf ouvert. (…)

- Il faut que je rende visite à des gens qui ne peuvent chanter au-dessus du sol…, dit-il lentement. Heu… Qui ça peut être ? (…)

Harry regarda tout autour de la salle de bains, cherchant une idée… Si les voix ne pouvaient être entendues que sous l'eau, elles devaient en toute logique appartenir à des créatures aquatiques. Il fit part de cette théorie à Mimi qui eut un petit sourire narquois.

- C'est ce qu'a pensé Cedric Diggory, dit-elle. Il est resté un temps fou à parler tout seul. Vraiment très longtemps… Presque toutes les bulles avaient disparu…

Harry maudit Mimi, se demandant si elle avait ajouté la dernière phrase à dessein, pour le déconcentrer. Bien sûr, elle n'avait aucun moyen de se représenter les images plutôt audacieuses qui apparaissaient, indésirables et pourtant si engageantes, dans son cerveau. Il s'éclaircit la gorge pour dissimuler son trouble. Mimi semblait l'observer avec attention.

- Sous l'eau… dit Harry avec lenteur, luttant pour recentrer son esprit égaré sur la deuxième tâche. Mimi, qui vit dans le lac, à part le calamar géant ?

Il ne supportait plus son regard sur elle, à travers ses grosses lunettes. (…)

- Mimi, il n'y a pas de sirènes dans le lac ?

- Oooh, bravo, dit-elle, le regard cette fois pétillant et non plus calculateur derrière ses grosses lunettes. (…)

- Très bien, tout ça, dit Harry d'un ton vague. J'ai quand même beaucoup avancé… Ferme encore les yeux, s'il te plaît, je sors du bain.

Il récupéra l'œuf resté au fond de l'eau, se hissa hors de l'immense baignoire, se sécha et remit son pyjama et sa robe de chambre.

- Tu viendras me voir dans mes toilettes, un de ces jours ? demanda Mimi Geignarde d'un air lugubre tandis que Harry ramassait sa cape d'invisibilité.

- Heu… j'essayerai, répondit Harry, tout en pensant que, s'il devait un jour retourner voir Mimi, ce serait parce que toutes les autres toilettes du château seraient bouchées. A bientôt, Mimi… Merci pour ton aide.

- Au revoir, répondit Mimi d'une voix sinistre.

Et elle disparut dans l'un des robinets pendant que Harry remettait sa cape d'invisibilité. Il se dirigea vers la porte, l'ouvrit dans un léger grincement et se glissa dans le couloir. Avançant à l'aveuglette dans le couloir, il passait devant la statue de Boris le Hagard, quelques mètres plus loin, tentant de mettre la main sur la Carte du Maraudeur, lorsqu'une ombre bougea dans l'alcôve de l'effigie de pierre. Harry se raidit, sortit sa baguette magique et la dirigea vers la silhouette indistincte.

- Harry ? demanda une voix visiblement mal assurée, tandis que son propriétaire fixait un point situé légèrement sur sa droite.

Harry sentit son cœur s'arrêter.

- Cedric ? souffla-t-il.

- Oui… Où est-ce que tu es ?

Harry hésita, puis enleva la cape d'invisibilité. Cedric tressaillit en le voyant apparaître. Ses yeux gris s'attardèrent sur la cape argentée que Harry se hâtait de remettre dans sa poche, puis se reportèrent sur son visage.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda Harry d'un ton abrupt.

Apparemment surpris par un tel accueil, Cedric fronça les sourcils.

- Je voulais te parler.

Harry sentit son cœur s'accélérer, mais s'efforça de n'en laisser rien paraître.

- Eh bien ? laissa-t-il tomber d'une voix qu'il espérait détendue.

Le regard de Cedric alla de droite à gauche, scrutant le couloir.

- Pas ici.

D'un pas décidé, il revint vers la porte de la salle de bains, murmura le mot de passe et passa la porte. De plus en plus intrigué, Harry le suivit. Cette fois, la salle de bains était silencieuse, et personne ne se baladait dans la plomberie. Cedric jeta un coup d'œil à la baignoire dans laquelle tournoyaient encore des lambeaux de mousse flottant sur l'eau et sourit à Harry – même si, Harry ne put s'empêcher de le constater, ce sourire avait l'air un peu crispé.

- Alors ? Tu as trouvé ?

- Oui, demanda Harry d'un ton égal.

C'était pour lui dire ça que Cedric avait attendu plus d'une heure dans un couloir, caché derrière la statue ?

- Heu… merci, ajouta-t-il en tenant vainement de sourire.

Cedric haussa les épaules.

- Tu as mis du temps pour venir, constata-t-il simplement.

Harry, gêné, regardait l'eau qui tourbillonnait dans la baignoire, mais Cedric ne semblait pas attendre de réponse.

- Je t'ai attendu, depuis Noël. Je suis venu presque tous les soirs pour voir si tu allais te décider à résoudre l'énigme ici…

Le cœur de Harry sembla remonter quelque part du côté de sa pomme d'Adam.

- Heu… oui. Enfin, non… Je veux dire…, balbutia-t-il.

Il perdait complètement pied. Rougissant, honteux, il dansait vaguement d'un pied sur l'autre sans oser regarder Cedric.

- Le conseil… me paraissait bizarre, au début, dit-il enfin. Alors je me suis demandé… je me suis demandé si tu ne faisais pas ça simplement pour me faire passer pour un idiot et paraître plus… brillant encore… aux yeux de Ch… de tous les élèves, acheva-t-il précipitamment.

Il releva les yeux vers Cedric qui le toisait d'un air songeur, un petit sourire sur le visage.

- Pourquoi est-ce que j'aurai voulu te rendre ridicule ? demanda-t-il doucement.

Harry, achevant de perdre contenance, haussa les épaules.

- Je… je viens de le dire. Pour paraître encore plus fort…

- Harry, je me moque de la gloire, et je ne suis pas amoureux de Cho.

- Je n'ai pas voulu dire…

- Si, bien sûr. Mais c'est ça que je voulais te dire… Je…

Il s'interrompit. Pour la première fois depuis leur entrée dans la salle de bains, il semblait troublé, et même désorienté.

- Tu aimes Cho ? demanda-t-il enfin.

Harry le regarda sans comprendre.

- Non, répondit-il aussitôt. Mais je ne comprends pas…

- Alors pourquoi n'as-tu pas mis mon conseil à exécution ? l'interrompit Cedric. Si tu ne craignais pas de te rendre ridicule devant elle, ou de la perdre parce qu'elle me préfèrerait à toi… ?

Harry avait la très nette impression que Cedric connaissait exactement la réponse à cette question. Il se sentait très mal à l'aise et se demanda s'il ne vaudrait pas mieux d'assommer Diggory avec l'œuf d'or qu'il tenait toujours sous le bras.

- Parce que… parce que…

Son cerveau bourdonnait sous l'effort qu'il faisait de trouver une réponse convaincante, mais c'était sans espoir. Cedric, impitoyable, ne semblait pas décider à le lâcher.

- Parce que ?

- Parce que…

Harry souffla un grand coup. Très bien. Il n'avait plus le choix. Rien ne lui venait à l'esprit, et c'est si bas qu'il murmura sa réponse qu'il se demanda si Cedric l'avait entendu.

- Quoi ? demanda celui-ci.

Harry détourna les yeux.

- Parce que je ne voulais pas te faciliter la tâche avec Cho… répéta-t-il d'une voix un peu plus intelligible.

- Tu viens de me dire que tu n'étais pas amoureux de Cho.

Cedric fit un pas vers lui et Harry recula. Son pied dérapa sur le carrelage glissant et il faillit tomber dans la baignoire.

- Est-ce que tu es jaloux, Harry ?

La voix de Cedric avait été très basse, si bien qu'il était difficile d'interpréter son ton.

- Je t'ai dit que je n'aimais pas Cho, dit précipitamment Harry.

- Je n'ai pas dit « jaloux de moi »…

La fin de la phrase resta en suspens, et Harry déglutit.

- Non… mentit-t-il. Je ne suis pas jaloux.

Cedric ne bougea pas, mais une expression fugitive passa sur son visage, si vite que Harry n'eut pas le temps de la déchiffrer. Son cœur battait si vite à présent qu'il se demandait si Cedric ne l'entendait pas dans le silence de la salle de bains. Prenant très vite sa décision, il se mit à farfouiller dans sa poche pour en retirer sa cape d'invisibilité. Très concentré sur ce qu'il faisait pour ne pas avoir à croiser le regard de Cedric, il ne vit pas celui-ci s'approcher. Il venait de réussir à extirper la cape quand il sentit des lèvres se poser sur les siennes. Complètement ahuri, il resta sans bouger. Une seule pensée tournoyait dans son esprit déboussolé : « Cedric m'embrasse. Cedric m'embrasse… »

Le baiser dura une, peut-être deux secondes, avant que Cedric ne s'écarte. Harry eut la sensation que le Poufsouffle était encore plus gêné que lui.

- Désolé… souffla Diggory, son regard fuyant celui de Harry. Je… je ne sais pas ce qu'il m'a pris de fai…

Il n'eut cependant pas le temps de finir sa phrase. Harry s'était approché à son tour et l'embrassait à présent avec une telle force que la cape d'invisibilité tomba à leurs pieds dans un petit bruit d'étoffe. Les doigts de Cedric remontèrent jusqu'à la nuque de Harry et y firent pression, de telle sorte que leurs visages se rapprochèrent encore. Harry, sans réfléchir, entrouvrit légèrement les lèvres tandis que sa main redessinait les contours de la mâchoire du Poufsouffle. Il sentit le souffle de Cedric, sa langue qui s'insinuait lentement sa bouche pour toucher la sienne.

Puis, plus rien. Les mains de Cedric, quittant sa nuque, le repoussèrent avec douceur, mettant fin au baiser, et leur propriétaire regarda Harry avec intensité.

- Oui, dit alors Harry. Bien sûr que je suis jaloux de Cho… Je déteste quand tu la regardes, quand tu la touches, quand tu lui souris… Ca fait mal et j'ai l'impression que je pourrais tuer quelqu'un à ces instants-là…

Le timbre de sa voix résonna dans la salle vide, contre les murs de marbre. Harry ne put s'empêcher, à bien y réfléchir, de trouver ses mots ridicules.

- Oh… marmonna Cedric. C'est… je crois que c'est pour ça que je suis sorti avec elle. Je voulais… je ne sais pas… te rendre jaloux d'elle, ou au moins, si tu ne n'aimais pas, t'empêcher d'être heureux, te voler cet amour que tu ne me rendais pas… J'ai… enfin, j'ai songé à sortir avec Granger. Au début, depuis l'année dernière, j'ai cru que c'est elle que tu aimais… Vous… vous vous étiez disputés après le match contre Serdaigle, quand tu as commencé à connaître Cho. Je croyais qu'elle était jalouse, parce que vous étiez ensemble, ou quelque chose comme ça… Et puis avec les rumeurs que Rita Skeeter a lancé à votre sujet…

Harry n'en croyait pas ses oreilles.

- Je… Non, elle s'était disputée avec Ron, parce que son chat harcelait le rat de Ron. Moi, je suis resté avec lui parce que… parce que c'était mon meilleur ami… Après, je n'ai plus parlé à Hermione à cause de l'Eclair de Feu que je m'étais fait confisquer… Et Rita…

Il s'interrompit avec le sentiment récurrent d'être parfaitement stupide. Tous deux restèrent silencieux, ne sachant que dire ou que faire, jusqu'à ce que Cedric parle enfin.

- On devrait… retourner à nos dortoirs, dit-il. Il est tard…

Harry hocha la tête sans rien dire. Il se pencha pour saisir sa cape d'invisibilité. Elle était légèrement humide depuis son séjour sur le sol mouillé et Cedric la sécha d'un petit coup de sa baguette magique.

- Merci, chuchota Harry.

- De rien, répondit Cedric avec un sourire.

Le préfet sembla hésiter, puis il déposa un baiser sur les lèvres de Harry.

- A demain.

Harry sourit, sans répondre, et jeta la cape d'invisibilité sur ses épaules. Ils sortirent ensemble de la salle de bains, et Harry tourna à gauche tandis que Cedric prenait la droite.

Dans le couloir, Harry examina la carte du Maraudeur pour vérifier que la voie était libre. Les points qui représentaient Rusard et Miss Teigne restaient immobiles dans leur bureau… Rien d'autre ne semblait bouger, à part Cedric qui retournait dans son dortoir et Peeves qui s'agitait dans la salle des trophées, à l'étage au-dessus… (…) »

Harry Potter et la Coupe de Feu, Chapitre 25 : L'œuf et l'œil

Harry soupira, souffla sur les pages du journal pour les débarrasser de leur poussière. Tout était toujours silencieux, et il se demanda un instant où il se trouvait. Pour l'instant, rien ne comptait plus pour lui que tous ces souvenirs qui revivaient en lui, l'espace d'un instant, au travers de l'encre délavée et des mots qu'elle traçait.

**Aujourd'hui, j'ai vu Cedric. Hermione et Ron ne cessent de se demander où je vais entre deux cours, plutôt que de chercher ce moyen de respirer sous l'eau. Pour l'instant, on n'a pas vraiment envie que les autres sachent qu'on est ensemble, alors on se contente de se retrouver dans certains endroits du parc ou du château qui sont peu fréquentés. Ou, souvent, nous nous retrouvons sous ma cape d'invisibilité, seuls, tous les deux.

Je crois que je n'ai jamais aimé quelqu'un autant que j'aime Cedric. Il me comprend, nous parlons beaucoup, du tournoi, de nos peurs, de nos vies. Il fait vraiment l'effort de m'écouter et j'en fais de même pour lui…**

**J'ai l'impression qu'Hermione se doute de quelque chose, à propos de Cedric et de moi. Cela fait plusieurs fois que je la surprends à me regarder d'un air soupçonneux – et presque amusé, ce qui est presque le pire. Je me demande si je devrais leur dire. Après tout, ce sont mes meilleurs amis. Je sais que la pilule serait difficile à avaler pour Ron, mais je pense qu'Hermione comprendrait elle sort bien avec Viktor Krum…**

**J'ai de plus en plus peur à l'idée de cette deuxième tâche pas moyen de trouver ce sortilège amphibie et je n'ai plus qu'une semaine… Cedric n'arrête pas de me demander si tout va bien pour moi, il trouve que j'ai l'air stressé. Bien sûr, lui aussi appréhende la deuxième tâche, mais pas autant que moi. Je suis certain qu'il a déjà trouvé le moyen de se tirer vivant de l'épreuve. Il m'aiderait sans doute si je le demandais, mais je ne veux pas qu'il me donne la solution. Plusieurs fois déjà, il a dit que j'étais tellement jeune, peut-être trop, qu'il faisait une erreur en sortant avec moi, et je ne veux pas que mon ignorance en matière de magie remette sur le tapis celle que j'ai vis-à-vis des relations et des sentiments.**

**Je crois que je vais devenir cinglé. Entre les cours et les recherches pour trouver ce foutu moyen de mener à bien la seconde tâche, j'ai de moins en moins de temps pour voir Cedric et en plus j'ai les nerfs à vif. Passer quelques minutes avec lui m'apaisait, mais je n'ai plus le temps de le voir si je veux trouver un sortilège adéquat pour dans trois jours. Je crois qu'il a deviné que je n'ai aucune idée de comment faire face au lac, et il a essayé d'aborder le sujet, mais j'ai changé de conversation – peut-être un peu brutalement.**

Suivaient des listes d'ouvrages que Harry avait consulté en quatrième année dans l'espoir de trouver un sortilège amphibie ou quelque chose d'approchant, barrés les uns après les autres au fur et à mesure que Harry les avait épluchés sans succès. Les écrits reprenaient après la date du 23 février, la veille de la deuxième tâche, lorsqu'il avait cru être prisonnier d'un cauchemar.

« C'est fini, se dit-il. Impossible d'y arriver. Il faudra descendre au bord du lac, demain matin, et déclarer forfait devant les juges… »

Il s'imagina en train d'expliquer qu'il était incapable d'accomplir la tâche. Il se représenta le visage aux yeux ronds de surprise de Verpey, le sourire satisfait de Karkaroff découvrant ses dents jaunes. Il avait l'impression d'entendre Fleur Delacour dire : « Enfin, c'est insensé, je le savais bien, il est trop jeune, c'est un petit garçon. Quelle organisation, vraiment ! » Il voyait déjà Malefoy arborer son badge A BAS POTTER au premier rang de la foule, il voyait le visage incrédule, déconfit, de Hagrid ; et, pire que tout, il voyait la lueur d'incompréhension, l'éclat déconcerté dans le regard de Cedric. »

Harry Potter et la Coupe de Feu, Chapitre 26 : La deuxième tâche

**Aujourd'hui, Cedric et moi nous sommes disputés. Je ne sais pas ce qui m'a pris. C'était sans doute ma jalousie. Il m'a accusé de lui préférer Ron, puisque après tout il était, selon les termes de la chanson, « ce qui m'était le plus cher », et il n'avait pas l'air d'avoir apprécié le baiser que Fleur Deacour m'avait fait sur les joues. Je lui ai répliqué que lui-même me cachait quelque chose à propos de Cho, qui l'avait dévoré des yeux et qui était la prisonnière qu'il avait dû délivrer. Nous nous sommes énervés et heureusement que le couloir était vide.**

« C'était terminé, pensa Harry, un peu étourdi, tandis que Madame Pomfresh rassemblait les champions et les prisonniers pour les ramener au château et leur donner des vêtements secs… C'était terminé, il avait passé l'épreuve… Il n'avait plus à se soucier de rien jusqu'au 24 juin…

En remontant les marches du château, il décida que, la prochaine fois qu'il irait à Pré-au-Lard, il achèterait à Dobby une paire de chaussettes pour chaque jour de l'année. Il venait juste de faire part de cette idée à Ron, alors qu'ils arpentaient un couloir du deuxième étage derrière Madame Pomfresh, en direction de l'infirmerie, lorsqu'il sentit une main agripper son épaule. Intrigué, il se retourna, et son visage s'éclaira. C'était Cedric trempé, grelottant, une serviette passée autour de ses épaules, mais Cedric tout de même.

- Salut, dit-il avec un sourire. Je peux te parler ?

Harry hocha la tête, les sourcils légèrement froncés. Le sourire de Cedric, même lui pouvait le voir, semblait forcé.

- Bien sûr.

Ron sembla vouloir attendre Harry, mais un regard assassin de Cedric le convainquit de suivre Hermione, qui avait regardé vers eux d'un air soupçonneux. Cedric attendit que tous aient passé l'angle du couloir, puis reporta son regard sur Harry. Même s'il tentait de dissimuler son expression venimeuse, ses traits étaient durcis.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda Harry, inquiet.

- Ce qui se passe ? répéta Cedric d'une voix hachée. Tu peux m'expliquer ce qui se passe avec Weasley ?

Il avait presque craché le nom de Ron.

- Avec Ron ? répéta Harry sans comprendre.

La mâchoire de Cedric saillit tandis que les muscles de son visage se contractaient douloureusement.

- « Ce qui t'est le plus cher, nous te l'avons ravi » ? insista-t-il.

Quelque chose dans les inflexions de sa phrase ne plut pas à Harry et il mit un instant à comprendre ce qui rendait Cedric si furieux.

- Je… je n'aime pas Ron ! se défendit-il, interloqué. C'est mon meilleur ami, Cedric ! Qu'est-ce que… ?

Mais, visiblement, le Poufsouffle n'était pas décidé à abandonner si vite la partie.

- Et Fleur ? Depuis quand t'embrasse-t-elle ? Tu te moques de moi, ou quoi ?

Harry se figea. Depuis les quelques semaines qu'ils sortaient ensemble, Cedric et lui, jamais le Poufsouffle n'avait émis la moindre réserve au sujet des sentiments de Harry, et cela fit naître dans la poitrine du plus jeune une flamme de rage.

- C'est toi qui te moques de moi ! Moi et Ron ? Ou Fleur ? Ouvre un peu les yeux, Cedric ! Ou bien est-ce qu'ils sont trop fixés sur Cho pour s'en apercevoir ?

Sa voix avait claqué, furieuse, et les yeux de Cedric flamboyèrent.

- Cho ? répéta-t-il.

Sa voix recelait une colère froide.

- Oui, Cho, confirma Harry à mi-voix. Tu sais, celle qui est « si chère à ton cœur » ? Celle qui te dévore des yeux vingt-quatre heures sur vingt-quatre, celle qui semblait te trouver si brillant, ô toi, son sauveur ?

- Qu… quoi ? s'étonna Cedric.

Un instant, le ton impétueux de sa voix disparut et il redevint le Cedric que Harry avait toujours connu.

- Laisse tomber, marmonna Harry.

Il était trempé, de mauvaise humeur, fatigué par ses nuits blanches accumulées dans les livres aux caractères minuscules de la bibliothèque, et surtout, blessé que Cedric, dans sa jalousie – Cedric était-il donc capable d'être jaloux ? – puisse l'accuser de lui préférer Fleur ou Ron. Même si cette dernière idée était risible, elle ne tira pas le moindre sourire sur le visage aux traits tirés de Harry.

- Je vais me sécher, maugréa-t-il, peu enclin à s'excuser, même si l'expression déconfite et amère, presque repentante, de Cedric lui donnait envie de se serrer dans ses bras, de s'excuser pour les mots blessants qu'il avait lancés à son encontre.

Mais c'était Cedric qui avait envenimé la conversation, et il n'avait pas la moindre envie de s'excuser – sans doute était-ce puéril – pour quelque chose dont il n'était pas responsable. Aussi tourna-t-il les talons et se hâta-t-il de rejoindre Ron et Hermione, qui l'accueillirent d'un œil mi-soucieux mi-intrigué. Un bref regard noir les convainquit de ne faire aucun commentaire. »

Harry Potter et la Coupe de Feu, Chapitre 26 : La deuxième tâche

** Après le déjeuner, Cedric s'est excusé de ses accusations en se traitant d'imbécile et j'ai fait la même chose. Un moment, j'ai cru qu'il allait remettre le disque du « C'est de ma faute, tu es trop jeune… », mais il s'en est abstenu, ce qui était une assez bonne idée de sa part. Entre lui et Fleur Delacour – même si mes relations avec elle se sont un peu améliorées depuis que j'ai sauvé sa sœur –, c'est à peine si je peux dire lequel des deux me trouve le plus immature, et je pense que je n'aurais pas tardé à disjoncter à nouveau.**

« Harry, des vêtements secs enfin sur le dos, quitta le professeur McGonagall qui insistait pour savoir si tout allait bien – « je me sens très bien, professeur, merci, je vais juste aller manger un peu, maintenant » – se laissa tomber sur l'un des bancs de la table de Gryffondor, affamé. Il n'avait pas eu le temps d'avaler quoi que ce soit le matin-même, et les repas des deux derniers jours avaient été inversement proportionnels au temps passé dans la bibliothèque : frugaux.

Son ventre grognait bruyamment et il attrapa avec bonheur – dans l'espoir qu'un peu de nourriture calmerait les spasmes douloureux de son estomac, sans doute pas dus uniquement à la faim – une coupe d'une crème totalement inconnue. Une cuillère de la substance le persuada que c'était mangeable, et il engloutit littéralement la moitié en trois bouchées. Ron et Hermione, assis de part et d'autre de lui, réprimandant quiconque semblait tenté de le harceler, fixaient de temps en temps sur lui un regard anxieux qu'il feignait de ne pas remarquer, tandis que les jumeaux Weasley tentaient eux aussi de garder à l'écart de Harry d'autres admirateurs. Tâchant d'ignorer la concentration des murmures de ses condisciples autour de lui, ses yeux s'attardèrent sur la table des Poufsouffle, mais Cedric ne s'y trouvait pas. Harry était pourtant presque sûr de l'avoir vu passer les portes de la Grande Salle une minute plus tôt.

- Qui est-ce que tu cherches ? demanda Hermione, qui sembla avoir remarqué l'attention qu'il portait à la table située à côté de la leur.

- Rien… personne, se corrigea-t-il en ingurgitant encore une cuillerée de crème mousseuse.

Il se hâta de détourner les yeux vers sa coupe de crème à présent vide.

- Laisse-moi passer, Weasley.

La voix, douce mais ferme, s'était élevée dans le dos de Harry. Il entendit la voix de Fred Weasley répondre à Cedric.

- Désolé, Diggory. Harry essaie de manger tranquille. Repasse plus tard.

- Je veux parler à Harry, insista Cedric d'un ton qui ne souffrait aucune réplique, mais George ne semblait guère impressionné.

- Je t'ai dit que…

- C'est bon, Fred, laisse-le, grogna Harry en reposant dans son assiette un morceau du toast qu'il avait entamé après avoir fini la crème.

Il pivota sur son banc pour se retrouver face à Cedric.

- Qu'est-ce que tu veux ? demanda-t-il d'un ton peu amène.

Le visage de Cedric s'assombrit.

- Te parler.

Sa voix était très douce. Harry put voir du coin de l'œil Hermione et Ron échanger un regard intrigué.

- Alors, parle.

Cedric eut un hochement de tête agacé.

- Seuls.

Harry soupira et se leva.

- Je reviens, dit-il à Ron et Hermione.

Cedric ne sembla pas l'attendre et sortit de la Grande Salle à grands pas, Harry sur ses talons. Arrivé dans le hall, il poussa une tapisserie et s'y engouffra, Harry à sa suite.

- Duro, murmura-t-il, et la tapisserie se métamorphosa en un mur.

Puis il se tourna vers Harry en même temps qu'il remettait sa baguette magique dans sa poche.

- Harry, je…

Il sembla chercher ses mots.

- Tu ? demanda Harry avec une certaine hostilité.

- Je suis… je suis désolé, marmonna-t-il à mi-voix. Je sais que j'ai réagi… comme un véritable crétin, c'est juste que… je ne sais pas. J'ai eu peur que…

- Que je te trompe avec mon meilleur ami ou bien avec Fleur ? acheva Harry avec froideur.

- Oui… non… je crois que j'ai eu peur de te perdre, ou quelque chose comme ça… Je suis désolé, je ne sais pas ce qui m'a pris, répéta-t-il.

Harry hocha la tête, l'air sombre, et la mâchoire de Cedric se contracta. Un silence tomba entre eux, que Harry finit par briser.

- Je pensais que tu aurais été plus malin que ça, marmonna-t-il.

Ses lèvres s'étirèrent dans une expression ironique. Cedric eut un sourire d'excuse, ses yeux gris tourmente toujours tournés vers le sol dallé.

- Oui, moi aussi, je pensais être capable de mieux, confirma-t-il.

Il passa une main dans ses cheveux.

- Ce qui prouve qu'on peut toujours tous être des imbéciles.

Il s'autorisa un regard vers Harry et les reporta sur la tapisserie figée.

- Ce n'est pas une excuse.

- Non, concéda Cedric, mais c'est tout ce que je peux te dire. Je suis désolé, répéta-t-il pour la troisième fois.

Harry fut incapable de maintenir sa froideur de façade en croisant le regard penaud de Cedric, et, cette fois, ce fut un vrai sourire, lumineux et doux, qui éclaira son visage. Il ne dit, rien, mais Cedric n'avait pas eu besoin de mots pour comprendre. Il s'approcha de lui, prit sa main dans la sienne.

- Alors, tu ne m'en veux pas ?

Son ton était resté soucieux.

- Bien sûr que non, dit Harry en lui pressant les doigts.

Devait-il lui avouer que lui-même avait eu envie d'égorger Cho à l'instant où il avait compris qu'elle était la prisonnière de Cedric, ou qu'il aurait tant aimé lui faire comprendre que la seule personne autorisée à dévorer le champion de Poufsouffle comme elle le faisait, c'était lui ? Cela ne lui sembla pas une bonne idée, sur le moment.

Puis, toute idée quitta tout simplement son esprit, et il ne resta plus dans son cerveau que la délicieuse sensation du corps de Cedric qui se pressait sauvagement contre le sien, que le bonheur de sentir ses lèvres s'écraser contre les siennes. »

Harry Potter et la Coupe de Feu, Chapitre 26 : La deuxième tâche

Il n'y avait plus eu d'autres incidents notables après la deuxième tâche que cette petite crise de jalousie, se rappelait Harry, si l'on exceptait la frayeur qu'avait éprouvé Harry lorsque Rogue l'avait menacé de faire usage sur lui de Veritaserum pour réussir à lui faire avouer – à tort – que c'était bien lui le mystérieux voleur d'ingrédients complexes que le maître des potions entreposait dans son bureau.

« - Savez-vous ce qu'est ceci, Potter ? demanda Rogue, le regard à nouveau menaçant.

- Non, répondit Harry, le plus sincèrement du monde, cette fois.

- C'est du Veritaserum – un sérum de vérité si puissant que trois gouettes suffiraient à vous faire révéler vos secrets les plus intimes devant cette classe toute entière, reprit Rogue d'un air cruel. L'usage de cette potion est soumis à un règlement très strict du ministère. Mais si vous ne surveillez pas votre conduite, il se peut très bien que ma main glisse par inadvertance – il secoua légèrement le flacon – au-dessus de votre jus de citrouille. Et alors, Potter... nous saurons enfin si, oui ou non, vous vous êtes introduit dans mon bureau.

Harry ne répondit rien et recommença à couper ses racines de gingembre. Il n'aimait pas du tout cette histoire de sérum de vérité. Il savait que Rogue était capable de lui en faire avaler. Il réprima un frisson d'horreur en pensant aux paroles qui pourraient sortir malgré lui de sa bouche si Rogue mettait sa menace à exécution... En dehors des ennuis qu'il risquait de causer à d'autres – Hermione et Dobby pour commencer –, il y avait également tout ce qu'il cachait... Le fait qu'il était en contact avec Sirius, par exemple... et aussi – il sentit ses entrailles se nouer à cette pensée – les sentiments qu'il éprouvait pour Cedric, la relation secrète qu'ils entretenaient, et d'autres menus détails, comme la jalousie constante qu'il nourrissait envers Cho, quoi qu'il ait pu en dire à Cedric... Il versa les racines de gingembre dans le chaudron et se demanda s'il ne devrait pas imiter Maugrey et ne plus boire que le contenu d'une flasque qu'il garderait dans sa poche. »

Harry Potter et la Coupe de Feu, Chapitre 27 : Le retour de Patmol

De nombreuses pages couvertes de son écriture suivaient, parlant de Cedric, du tournoi, des révélations de Sirius sur Croupton, Karkaroff ou Voldemort. Ca et là, on pouvait aussi trouver – Harry eut un sourire à cette pensée – des extraits de prises de notes lorsqu'il écrivait dans son journal pendant les cours et qu'il n'avait pas le temps de changer de parchemin pour écrire quelque chose d'important, ou une anecdote d'un professeur. Il retrouvait les propriétés de l'achillée sternutatoire, des notes sur le Feu de Semprenais ou sur le sortilège de Fidélitas… Les yeux de Harry se posèrent sur la date du 24 mai, trois mois après la seconde tâche.

« En temps normal, au début du troisième trimestre, Harry aurait dû suivre un entraînement intensif en vue du dernier match de Quidditch de la saison. Mais cette année, c'était à la troisième tâche du Tournoi des Trois Sorciers qu'il devait se préparer, sans savoir toutefois en quoi elle allait consister. Enfin, dans la dernière semaine de mai, le professeur McGonagall le retint à la sortie d'un cours de métamorphose.

- Potter, vous devrez vous rendre au terrain de Quidditch ce soir à neuf heures, lui dit-elle. Mr Verpey vous y attendra pour vous indiquer la nature de la troisième tâche.

A huit heures et demi ce soir-là, Harry laissa Ron et Hermione dans la salle commune de Gryffondor et descendit les escaliers. Cedric et lui s'étaient donné rendez-vous au pied de l'escalier de marbre, une demi-heure avant la rencontre avec Verpey, pour avoir le temps de passer un peu de temps ensemble, car il leur devenait de plus en plus difficile, avec l'arrivée de la troisième tâche, de se libérer un créneau horaire fiable, l'un et l'autre étant constamment entourés d'admirateurs qui ne se lassaient pas de les entendre raconter leurs aventures sous le lac ou contre le dragon. Lorsqu'il arriva dans le hall d'entrée, Cedric apparut à son tour, sortant de Poufsouffle, et il eut un grand sourire en voyant Harry. S'assurant d'un coup d'œil qu'il n'y avait personne à proximité, Diggory l'embrassa. Harry glissa la main dans la sienne, et ils se rendirent ensemble au terrain de Quidditch, sous le ciel nocturne chargé de nuages.

- Qu'est-ce que ça va être, à ton avis ? demanda Cedric. Fleur est persuadée qu'il va falloir découvrir un trésor caché dans des souterrains.

- Ce ne serait pas trop mal, dit Harry en songeant déjà qu'il lui suffirait de demander à Hagrid de lui prêter un Niffleur pour faire le travail à sa place. Comment tu le sais ? ajouta-t-il d'un ton innocent.

Cedric le toisa d'un air moqueur, sa main resserrant la prise autour de la sienne.

- On en parlait à la table du petit-déjeuner, ce matin… En amis, bien sûr, acheva-t-il en surprenant les sourcils froncés de Harry.

Il lui fit un clin d'œil, lâcha sa main pour lui ébouriffer les cheveux.

- Tu n'as aucune raison d'être jaloux.

Ils traversèrent la pelouse plongée dans l'obscurité et entrèrent sur le terrain de Quidditch en passant entre deux rangées de gradins.

- Je ne suis pas jal… commença Harry d'un ton rebelle.

- Qu'est-ce qu'ils ont fabriqué ? s'indigna Cedric en s'arrêtant net.

Il lâcha la main de Harry, son regard fixé sur la pelouse du stade. Le terrain avait cessé d'être plat et lisse. Il était sillonné de longs murs bas qui serpentaient et se croisaient en tous sens.

- Ce sont des haies, dit Harry qui s'était penché pour les regarder de plus près.

- Bonjour ! lança une voix joyeuse.

Ludo Verpey se tenait au milieu du terrain, en compagnie de Krum et de Fleur. Harry et Cedric s'avancèrent vers eux en enjambant les haies et Fleur fit un grand sourire à Harry. Son attitude envers lui avait complètement changé depuis qu'il avait sorti sa sœur du lac.

- Alors, qu'est-ce que vous en pensez ? dit Verpey d'un air ravi lorsque Harry et Cedric eurent franchi la dernière haie. Elles poussent bien, non ? Encore un mois et, grâce aux bons soins de Hagrid, elles auront atteint six mètres de hauteur. Ne vous inquiétez pas, ajouta-t-il avec un sourire en voyant leur expression déconfite, votre terrain de Quidditch sera remis en état dès que la tâche sera terminée ! J'imagine que vous avez deviné ce qu'on est en train d'installer.

Pendant un instant, tout le monde resta silencieux. Puis…

- Un labyrinthe, grommela Krum.

- Exactement, approuva Verpey. Un labyrinthe. Le principe de la troisième tâche est tout simple. Le trophée du tournoi sera placé au centre de ce labyrinthe. Le premier champion qui l'atteindra recevra la note maximale.

(…)

Tout le monde prit le chemin de la sortie et Verpey se précipita au côté de Harry. Celui-ci s'attendait à ce que Verpey lui propose à nouveau son aide mais, au même instant, il sentit quelqu'un lui tapoter l'épaule. C'était Krum.

- Harrrry, est-ce que je pourrrrais te parrrler ?

- Oui, bien sûr, répondit Harry, légèrement surpris.

Il s'était attendu à ce que ce soit Cedric, et non pas le Bulgare.

- Allons fairrre un tourrr, tu veux bien ?

- OK, dit Harry avec curiosité.

Verpey eut l'air un peu décontenancé. Cedric, de son côté, avait le visage sombre et Harry le rassura d'un clin d'œil presque imperceptible.

- Je t'attends, Harry, d'accord ? dit Verpey.

- Oh, ce n'est pas la peine, Mr Verpey, répondit Harry en réprimant un sourire, je crois que je saurai retrouver tout seul le chemin du château.

Harry et Krum quittèrent le stade ensemble, mais Krum ne prit pas la direction du vaisseau de Durmstrang. Il marcha vers la forêt.

- Pourquoi on va par là ? demanda Harry au moment où ils passaient devant la cabane de Hagrid et le carrosse illuminé de Beauxbâtons.

- Je ne voudrrrais pas qu'on surrrprrrenne notrrre converrrsation, répliqua vivement Krum. (…) »

Harry Potter et la Coupe de Feu, Chapitre 28 : La folie de Mr Croupton

Dans le journal suivait le compte-rendu des paroles de Krum, de l'apparition de Mr Croupton, de l'attaque, de la frustration qu'il avait éprouvée lorsque Sirius lui avait demander de promettre de ne plus aller se balader tout seul la nuit. Comment aurait-il pu promettre une chose pareille, compte tenu du fait que Cedric et lui se fixaient parfois des rendez-vous nocturnes ? Il se rappelait parfaitement de la déception de Cedric lorsqu'il lui avait dit que leurs rencontres ne pourraient plus se faire que dans l'enceinte protégée du château, et que toute promenade au clair de lune était exclue.

Il y avait également d'autres mots tracés à la plume d'aigle, à la date du 25 mai.

**J'ai cru que Cedric allait être très en colère contre moi, vu que j'étais parti tout seul avec Krum. Malgré ce qu'il dit, je ne suis pas le seul qui suis jaloux. Mais au final, il était beaucoup plus inquiet qu'énervé. Je crois qu'il a eu peur que l'assaillant de la forêt ne m'ait fait du mal, tout comme il avait stupéfixé Krum et kidnappé Croupton. Je me suis tué à lui répéter que j'allais très bien, mais il lui a fallu beaucoup de temps pour qu'il cesse de venir entre chaque cours me demander si tout allait bien. Hermione a de plus en plus de soupçons, je crois, et peut-être que Ron aussi – même si lui n'est pas la personne la plus observatrice que je connaisse. Ils ont fini par me demander ce que Cedric me voulait, et j'ai été obligé de leur répondre qu'il demandait si j'avais une technique pour le labyrinthe. Ca a calmé Ron, mais j'ai peur que Hermione ne soit pas convaincue. J'ai un peu honte de leur avoir menti, surtout que ça fait plus de quatre mois que ça dure : ce sont mes meilleurs amis, non ? Je suis certain qu'ils accepteraient sans histoires ma relation avec Cedric…**

- Ma relation avec Cedric… chuchota Harry.

Sa voix était sourde et, sous la poussière des ans, il sentait la vieille blessure se réveiller. Il rejeta la tête en arrière pour respirer plus librement, et le carnet tomba à ses pieds. Il jura à voix basse, ramassa le journal. Une photo jaunie s'en échappa. Les sourcils légèrement froncés, Harry la ramassa. Dessus, il voyait Cedric Diggory lui sourire en faisant de grands signes de la main. Le visage toujours joyeux bien que recouvert d'une couche de poussière que Harry fit partir d'un geste de la baguette de houx, Cedric porta une main à ses lèvres et lui envoya un baiser soufflé. Harry, l'estomac noué, glissa à nouveau l'image dans les pages du journal et poursuivit son histoire…

« Le parc de Poudlard ne paraissait jamais aussi attirant que lorsqu'il était obligée de rester à l'intérieur du château. Pendant les jours qui suivirent, il partagea son temps libres entre Cedric, qu'il parvenait à voir entre les cours et lors des heures libres qu'ils avaient en commun, hélas plutôt rares – Ron et Hermione semblaient de plus en plus soucieux et curieux de savoir où il pouvait bien disparaître, durant ces heures volées qu'il passait avec le Poufsouffle, la bibliothèque, où il étudiait des maléfices avec Ron et Hermione, et des salles de classe vides qui leur servaient à s'exercer. (…) »

Harry Potter et la Coupe de Feu, Chapitre 29 : Le rêve

« Oui » songea Harry avec un pâle sourire dans la lumière qui faiblissait au fur et à mesure que le soleil semblait vouloir disparaître. Cela avait été les plus belles heures de sa quatrième année. Seul avec Cedric, tous deux pleins de quiétude et de confiance… Un bien-être à peine troublé par le rêve inquiétant sur Voldemort et Queudver, ou même par les souvenirs qu'il avait vu dans la Pensine de Dumbledore, où il avait vu Karkaroff, Verpey, les Lestrange et Bartemius Croupton Junior. Un bien-être qui avait trouvé son apogée le soir-même de la chute dans la Pensine, un bien-être que Harry avait cru inégalable, jusqu'à ce qu'il rencontre Ginny…