« Hermione jeta un coup d'œil à sa montre.

- On n'a pas fait la moindre séance d'entraînement ! dit-elle avec effarement. On devait travailler le maléfice d'Entrave ! Il faut absolument s'y mettre demain ! Va te coucher, Harry, tu as besoin de sommeil.

Harry et Ron montèrent lentement dans leur dortoir. En mettant son pyjama, Harry regarda le lit de Neville. Fidèle à sa promesse, il n'avait pas parlé à Ron ni à Hermione des parents de Neville. Après avoir ouvert la fenêtre pour laisser un peu d'air entrer, Harry ôta ses lunettes et se mit au lit en se demandant quel effet cela pouvait faire d'avoir des parents toujours vivants mais incapables de reconnaître leur fils. (…)

Tout était la faute de Voldemort, songea Harry, les yeux fixés sur le dais de son baldaquin, tout remontait toujours à lui. C'était lui qui avait déchiré toutes ces familles, détruit toutes ces vies… L'esprit de Harry s'embruma vite de rêves aux couleurs de fureur et de vengeance, et il tomba endormi.

Il lui semblait que seulement cinq minutes s'étaient écoulées lorsqu'un bruissement l'éveilla. Il ouvrit les yeux, prit ses lunettes en même temps que sa baguette magique et murmura « Lumos ! ». L'extrémité de la baguette s'illumina, révélant une colombe de papier qui voletait sous les rideaux pourpres. Harry fronça les sourcils et tendit la main pour cueillir ce pliage incongru. Il remarqua des traits d'encre sur le papier et déplia la feuille blanche. Sur le papier, des mots tracés d'une écriture ronde et appliquée le firent sourire.

Bonsoir, mon amour…

J'espère que je ne te réveille pas et que, si oui, tu viendras me faire le plaisir de te rendormir dans mes bras. Renvoie-moi ce messager si tu es d'accord pour qu'on se retrouve au cinquième étage devant la statue de Boris le Hagard d'ici un quart d'heure. Sinon fais de beaux rêves…

Je t'aime

C.

Harry sourit et, tâchant de faire le moins de bruit possible, ouvrit ses rideaux pour accéder à la valise posée au bas de son lit. Il en sortit sa robe de chambre, une plume accompagnée de sa bouteille d'encre et sa cape d'invisibilité, maudissant Maugrey d'avoir gardé la carte du Maraudeur. Puis, refermant les rideaux, il dévissa le bouchon de la bouteille avec précaution et griffonna sa réponse sur le papier, juste en dessous du mot de Cedric.

Les balades la nuit dans le château, ce n'est pas sérieux pour un préfet…

Quoi qu'il en soit, je serai heureux de faire partie de cette escapade nocturne.

A tout à l'heure

Je t'aime aussi

H.

Il agita sa baguette magique, le papier se replia et la colombe s'éveilla, s'enfuyant dans la nuit par la fenêtre ouverte. Déployant mille précautions pour ne pas réveiller ses camarades de chambre, Harry enfila sa robe de chambre, enfila ses pantoufles et était sur le point de sortir du dortoir, la cape d'invisibilité déjà étendue sur lui, lorsqu'un nouveau battement d'ailes se fit entendre. La colombe de papier était revenue, porteuse d'un nouveau message. Harry pesta en silence, l'attrapa et lut les mots qui s'y étalaient.

Les préfets ne font jamais pincer, mon amour.

A tout à l'heure.

C.

Harry eut un sourire goguenard et retourna ranger le papier dans sa valise, là où il était sûr que personne ne songerait à fouiller. Puis, toujours silencieusement, il ouvrit la porte et était sur le point de sortir lorsqu'une lame de parquet grinça sous ses pieds. Il entendit Ron grogner et le vit ouvrir les rideaux de son baldaquin, ses yeux ensommeillés furetant sans le voir.

- Y a quelqu'un ? ronchonna-t-il.

Harry ne répondit pas, mais le regard de Ron venait de se poser sur le lit vide, dont les rideaux étaient ouverts.

- Harry ? chuchota-t-il. Où tu vas ?

- Nulle part, répliqua celui-ci. Rendors-toi.

Heureusement, Ron n'était pas en état de continuer la bataille. Il haussa les épaules, referma ses rideaux et se remit à ronfler. Harry souffla, pointa sa baguette sur les rideaux de son propre lit qui se fermèrent d'eux-mêmes et quitta la pièce en refermant la porte derrière lui.

Il passa le portrait de la grosse dame, qui dormait profondément et ne remarqua rien, et gagna précautionneusement le cinquième étage. Par chance, ni Rusard ni Miss Teigne ne se trouvait sur son chemin, et il espéra qu'il en serait de même lorsqu'il regagnerait la tour de Gryffondor plus tard. Lorsqu'il arriva au lieu du rendez-vous, personne n'était caché dans l'ombre de Boris le Hagard et, un instant, il se demanda si tout ceci n'était pas qu'une farce des Serpentards. A peine avait-il eut cette pensée qu'il entendit des pas derrière lui. Il se retourna et se trouva quasiment nez à nez avec Cedric, dont le regard de métal fouillait l'ombre sans pouvoir l'apercevoir.

Harry eut un sourire et enleva sa cape d'invisibilité. Cedric sursauta en voyant son petit ami apparaître de nulle part.

- Harry ! protesta-il d'une voix faible. Je déteste quand tu fais ça… Je ne parviendrai jamais à m'habituer à te voir surgir comme ça, devant moi…

La main de Cedric caressa brièvement sa joue tandis que le préfet l'embrassait.

- Je suis en retard, s'excusa-t-il. N'ayant pas la capacité de me rendre invisible, j'ai dû faire attention de ne pas me faire repérer par Rusard…

- Ne t'inquiète pas, dit Harry. Je viens d'arriver aussi. Ron m'a vu sortir.

- Oh, murmura Cedric. Et…

- Je ne lui ai rien dit. Il s'est rendormi presque aussitôt.

Harry sentit Cedric se détendre imperceptiblement, puis tressaillir à nouveau. Une lueur s'approchait au bout du couloir, et ils entendirent la voix grasseyante du concierge tant haï de Poudlard.

- On va les trouver, ma belle… Je suis sûr d'avoir entendu quelque chose par ici…

Les deux garçons échangèrent un regard de panique. Avant que Cedric ait pu réagir, Harry lui attrapa le poignet et le tira vers la porte de la salle de bains.

- Fraîcheur des pins ! chuchota-t-il d'un ton désespéré en priant pour que le mot de passe n'ait pas changé.

La porte s'ouvrit, sans grincer cette fois – Harry remercia mentalement l'elfe de maison qui l'avait graissée – et tous deux se jetèrent à l'intérieur. Cedric sortit sa propre baguette de frêne et la pointa sur la porte.

- Collaporta, murmura-t-il, et le panneau de bois se scella dans un bruit de succion.

Il resta un instant à côté de la porte, l'oreille aux aguets.

- Tout va bien, dit-il enfin. Il n'a rien entendu. Il n'est même pas encore arrivé au niveau de la statue.

Cinq secondes passèrent et, comme pour lui donner raison, la voix d'Argus Rusard retentit.

- Cherche, ma belle… Ils doivent se cacher dans un coin, j'ai entendu quelqu'un…

Les pas dépassèrent la porte de la salle de bains sans s'y arrêter et Cedric et Harry recommencèrent à respirer normalement.

- Les préfets ne se font jamais pincer, c'est ça ? demanda Harry d'un ton ironique.

Cedric fronça le nez.

- On n'est pas pieds et poings liés dans le bureau du concierge, non ?

Harry eut un bref rire.

- Nan, on est coincés dans la salle de bains des préfets. Idyllique, comme situation. Rusard va traîner dans le coin toute la nuit…

- De quoi tu te plains ? plaisanta le Poufsouffle. On a de la chance, ça aurait pu être les toilettes de Mimi Geignarde…

Tous deux eurent une grimace à cette pensée, puis Cedric s'avança vers la baignoire. Pointant sa baguette vers les robinets d'or qui s'alignaient tout autour, il ouvrit le jet d'eau chaude et fumante qui commença à remplir la piscine de marbre blanc. En habitué des lieux, cela ne faisait aucun doute, il choisit d'y mêler une mousse épaisse d'un blanc de glace. Enfin, il se tourna vers le tableau de la sirène endormie.

- Obscuro ! dit-il, sa baguette dirigée vers le cadre.

Aussitôt, un bandeau noir apparut sur les yeux de la sirène, et Cedric agita à nouveau la baguette de frêne.

- Assurdiato.

Puis il se tourna vers Harry, qui le toisait d'un air stupéfait.

- Je fais toujours ça quand je viens ici. Ca me gêne qu'on puisse me voir et m'entendre quand je prends un bain.

- Quand tu prends… quoi ?

Cedric fronça les sourcils.

- Comme tu viens de me le faire remarquer, on est coincés ici pour un petit bout de temps, et je suis dans une salle de bains. Je crois que je vais donc prendre un bain.

Ce fut au tour de Harry de froncer les sourcils.

- Oh, marmonna Cedric. Je vois. Ca te… gêne ?

- Qu… quoi ? balbutia Harry qui rougit jusqu'aux oreilles. Non, non, ça ne me gêne pas… D'ailleurs, je… je vais venir aussi.

Cedric, l'air soucieux, s'approcha de Harry et le prit par la main.

- Harry, je ne suis pas sûr que…

- Non, ne t'inquiète pas, le coupa Harry. Tout va très bien, Cedric. Très bien.

- Je… Bon, d'accord, concilia le champion de Poufsouffle sous le regard noir que lui adressait Harry.

Pour ne pas le gêner, il se tourna et commença à retirer son pyjama tandis que Harry faisait de même. Sans se regarder, ils nouèrent une serviette blanche autour de leurs reins, puis se sourirent. Cedric posa les mains sur les épaules de Harry et l'embrassa. Sans la moindre gêne, celui-ci lui rendit son étreinte, ses propres doigts parcourant le torse du capitaine de Quidditch. Le vague nœud qu'il sentait dans son ventre se détendit il leur était déjà arrivé de se retrouver dans des situations semblables, et si Harry avait pressenti que les projets de Cedric pouvaient aller plus loin, jamais le Poufsouffle ne s'était laissé aller à dépasser les limites de son petit ami. Harry mordilla légèrement la lèvre inférieure de Cedric puis ils se séparèrent. Les yeux du préfet brillaient et il se détacha de Harry pour mettre un pied dans l'eau fumante. Il laissa sa serviette sur le bord de la baignoire et s'immergea entièrement en soupirant de délice. Un instant, Harry put poser son regard sur le torse admirablement dessiné, les avant-bras athlétiques. Il frissonna d'envie, et rejoignit Cedric tandis que Cedric détournait les yeux vers les hautes fenêtres pour ne pas le mettre mal à l'aise. Le Gryffondor accueillit avec bonheur le couvert de la mousse au parfum entêtant tandis que son petit ami battait légèrement des pieds pour s'éloigner vers le bord opposé.

- Je devrais faire des bains de minuit plus souvent, songea-t-il à voix haute en adressant un sourire à Harry.

- Tu n'en as jamais fait ? s'étonna celui-ci.

- Non, d'habitude je respecte les règlements. Je suis préfet, alors…

Il soupira et fit un signe négligeant de la main.

- Et toi ?

Harry toussota, gêné.

- Heu… Une fois, cette année… Quand… Heu… quand on devait résoudre l'énigme de l'œuf d'or. J'ai eu la mauvaise surprise de recevoir la visite de Mimi.

Cedric, qui avait étendu ses mains le long du bord, lâcha prise et avala une gorgée d'eau savonneuse.

- Qu… quoi ? balbutia-t-il tandis qu'il passait une main sur ses lèvres pour les débarrasser du savon.

- C'était une erreur, s'empressa d'indiquer Harry.

- Je compatis, dit Cedric d'une voix éteinte.

Harry jugea qu'il n'était peut-être pas le moment de révéler à Cedric que lui aussi avait été épié par Mimi lors d'un de ses longs bains avec l'œuf d'or et préféra changer de sujet.

- Je préfère de loin ta compagnie à celle de Mimi, dit-il à voix basse en s'approchant de Cedric.

Celui-ci sourit et sa main passa sur la joue de Harry. Deux secondes plus tard, ils étaient étroitement enlacés et s'embrassaient furieusement. Harry sentait le corps nu de Cedric contre le sien et n'en éprouvait étrangement pas la moindre gêne. Au contraire, une euphorie s'empara de lui à l'idée de partager cela avec le Poufsouffle, et il ne comprit pas qu'il le rejette au bout de longues secondes de cette étreinte passionnée.

Cedric était haletant, les joues colorées de pourpre. Ses cheveux humides lui tombaient sur le front et Harry le trouva incroyablement séduisant. Perplexe, il regarda son petit ami s'éloigner de lui comme s'il avait craint de commettre une erreur.

- Non… marmonna le préfet. Il… ne faut… pas…

Son souffle était court et Harry était bien placé pour connaître le niveau d'excitation du Poufsouffle. Coupant court à ses protestations, il se dirigea vers Cedric, qui lui recula encore davantage.

- Harry, arrête !

Il y avait presque de la colère dans la voix du jeune homme, et le Survivant tressaillit.

- Mais… commença-t-il.

- Harry… reprit Cedric d'une voix soigneusement contrôlée. Je ne veux pas que… Tu es trop jeune et… je ne peux pas te faire ça, tu comprends ?

Harry continua à s'avancer ostensiblement. Que voulait dire Cedric ? Regrettait-il leur relation ? Ou bien avait-il peur que Harry regrette ? Craignait-il que tout aille trop vite entre eux ? Alors que le Gryffondor approchait dangereusement de son petit ami, celui-ci sortit de l'eau et noua une serviette autour de ses hanches avant de se précipiter dans les cabines de douche qui se trouvaient juste à côté.

- Cedric ! s'exclama Harry.

Il entendit le verrou se refermer sur le Poufsouffle, et quitta lui aussi le bain. Se saisissant à son tour d'une serviette blanche qu'il passa autour de sa taille, il s'approcha de la cabine.

- Cedric ! répéta-t-il.

Personne ne lui répondit, et Harry se mordit la lèvre.

- Cedric, je suis désolé… je ne sais pas ce qu'il m'a pris de…

Il ne termina pas sa phrase, ignorant comment formuler, et se contenta d'attendre une réponse qui ne vint cependant pas briser le silence de mort de la salle de bains.

- Cedric ! s'emporta Harry en frappant du poing sur la porte de la cabine.

Toujours aucun son puis… Harry rougit jusqu'aux oreilles. Il lui avait bien semblé entendre quelque chose, mais…

- Mmmh… Ha… Harry…

La voix était très basse, presque rauque et inintelligible, mais pourtant Harry comprit aussitôt la situation. Cedric gémissait. Et la torture qu'il s'infligeait ne semblait pas si douloureuse…

- Cedric ! réitéra Harry d'un ton furieux et enflammé. Ouvre cette porte !

Une douce plainte s'éleva à nouveau de la cabine, sans aucun égard pour lui, et le Survivant grinça des dents. Non seulement il était furieux contre Cedric, mais en plus il devait bien avouer que ses gémissements répétés provoquaient en lui une réaction gênante qui lui embrumait le cerveau.

- Cedric… implora-t-il à nouveau.

A nouveau, rien ne lui répondit et il sentit une fureur nouvelle se répandre dans ses veines. Ainsi, dans son désir de bien faire, de se conduire de façon irréprochable avec un petit ami beaucoup plus jeune que lui, Cedric le soumettait plutôt au supplice ? Même si cela partait d'une bonne intention – et Harry ne put s'empêcher de ressentir un élan d'affection pour Cedric, au travers de l'agacement – il n'était pas décidé à le laisser s'en tirer à si bon compte.

- Très bien, cracha-t-il entre ses dents. Tu l'auras cherché…

Il chercha de son regard embrumé sa baguette magique, le cœur battant, et une fois qu'il l'eut entre les doigts, en pointa l'extrémité sur la porte.

- Alohomora, dit-il à voix très basse.

Rien ne se passa, et Harry jura. Bien sûr, les portes ne devaient pas être si faciles à forcer, ici. La salle de bains prenait sans doute très au sérieux l'intimité de ses hôtes. Il grogna, se força à réfléchir sans écouter les gémissements de Cedric. Il grimaça enfin, car il n'était pas certain que ce qui lui venait à l'esprit soit la meilleure idée qu'il ait jamais eue, mais il n'avait guère le choix, s'il voulait épargner sa santé mentale. Il tendit à nouveau la baguette :

- Waddiwasi !

Avec le bruit d'une balle de fusil, la serrure sauta de l'intérieur. Harry entendit par-delà l'explosion le hoquet stupéfait de Cedric, puis il poussa la porte. La serrure gisait sur le sol, éclatée en petits débris, à côté de la serviette de bain abandonnée. Cedric était adossé à une des parois de la cabine, les jambes chancelantes, le teint rouge et luisant. Son corps était encore humide de l'eau du bain et on voyait briller une fine pellicule de sueur sur le duvet marron de sa poitrine. Harry déglutit avec difficulté en voyant la main du Poufsouffle, toujours crispée sur son érection. Il vit le gland rougi, la veine palpitante à la base du pénis durci et tendu, les testicules gonflés de désir et étouffa un grognement rauque.

- Harry… Va-t-en… supplia Cedric, les yeux hagards et perdus.

Harry hésita, son regard détaillant le visage haletant, les mèches humides qui tombaient sur les pommettes parfaites et les yeux gris tempête, les lèvres rosies et tellement désirables. Il se sentit durcir encore plus. Sans prêter attention à l'avertissement, il s'avança tout près de son petit ami.

- Har… commença celui-ci, levant une main pour le repousser.

Il n'acheva ni sa phrase, ni son geste. Harry, doucement, avec autant de tendresse et d'amour qu'il en était capable, posa ses lèvres sur les siennes, l'embrassa passionnément. La main de Cedric se posa sur sa hanche tandis que, dans leur étreinte, la serviette de Harry glissait de ses reins. Il sentit Cedric tressaillir alors que la fine peau de leurs pénis rentrait en contact, sentit l'effort que faisait le préfet pour se détacher de lui.

- Harry… Je ne… je ne veux pas… te faire ça, d'accord ? répéta-t-il d'une voix entrecoupée de hoquets. Tu as quatorze ans et…

Ses yeux gris étaient emplis de larmes d'envie et de colère, sa bouche tressautait comme sous l'effet d'un choc électrique. Harry posa un doigt sur ses lèvres, y emprisonnant les mots qu'il voulait prononcer. Ses yeux émeraude flamboyaient d'affection, et ses joues étaient aussi écarlates que celle de son petit ami.

- Cedric… Je veux que ce soit toi… Tu comprends ? Peu importe que ce soit aujourd'hui ou dans deux ans, je t'aimerai toujours de la même manière et ça arrivera de toute façon… Alors, pourquoi attendre ? S'il te plaît… J'ai envie que ce soit toi, ici et maintenant… Si c'est vraiment ce que je veux, et si tu m'aimes… ?

Cedric pinça les lèvres. Son entrejambe frottait toujours contre celle de Harry et il secoua la tête pour réussir à penser normalement. Les muscles de sa mâchoire semblaient douloureusement contractés, et Harry voyait la jugulaire qui trépidait sous l'afflux de sang.

- Je veux seulement être sûr que tu le veuilles vraiment… et pas dans l'euphorie du moment, Harry… Je ne veux surtout pas que tu aies l'impression que je profite de toi… ni que tu regrettes ta… première fois… Nous ne sommes ensemble que depuis un peu plus de quatre mois et…

- Je veux vraiment, Cedric… J'y… j'y avais beaucoup réfléchi depuis… le début, en fait.

Cedric sembla se faire violence encore un instant, mais le baiser, plus enflammé que tous les autres précédents, que Harry plaqua sur ses lèvres eut raison de sa résistance. Il laissa tomber ses mains sur la chute de reins de son petit ami, rompant de temps à autre leur contact labial pour mordiller sa clavicule, embrasser sa nuque.

- Pas… pas dans cette cabine, parvint à ajouter le Poufsouffle, papillonnant des yeux, peinant à aligner deux pensées cohérentes. Je ne veux pas que ta prem…

Ce ne fut que lorsque le préfet sentit le carrelage humide qu'il comprit qu'ils étaient déjà revenus près de la piscine. Ils descendirent dans le bain, et Cedric plaqua Harry contre la paroi de marbre, continuant à l'embrasser furieusement. Leurs bassins se frottaient l'un contre l'autre, et, parfois, Harry rejetait la tête en arrière, lorsqu'une vague sensuelle plus puissante que les autres secouait tout son corps et courait le long de son échine. Mu par le besoin irrépressible de sentir le Poufsouffle en lui, il entoura sa taille de ses jambes. Les yeux de métal de Cedric se plantèrent dans les siens, y cherchant une ultime contradiction, un dernier refus. Mais il n'y avait pas de peur dans les prunelles vertes du Gryffondor, seulement une intense envie et une détermination tout aussi forte.

« Maintenant », crièrent ses yeux.

Le doute troubla le gris du regard de Cedric.

- Tu n'es même pas prép…

- Je m'en fiche.

La différence d'âge semblait avoir disparu, même si Harry se sentait si petit dans les bras de l'autre champion. Leurs rôles semblaient avoir été échangés, Harry devenant confiant et plus hardi, Cedric s'interrogeant soudain. Leurs lèvres se lièrent à nouveau, leurs souffles se mélangèrent.

Le préfet donna un délicat coup de rein et son pénis titilla l'anneau de chair. Une nouvelle brève poussée, et Harry grimaça, sentant ce corps étranger s'introduire dans le sien. Il espéra que l'eau du bain cacherait la larme qu'il ne parvint pas à retenir et qui roula sur sa joue, y laissant un sillon brillant.

- Ca… ça va ? s'inquiéta Cedric.

Ses longs doigts cueillirent sur la peau trempée du Gryffondor la perle salée. Incapable de prononcer un mot, s'employant à se détendre, Harry hocha la tête. Un brusque gémissement de douleur franchit la barrière de ses lèvres lorsque Cedric fut entré en lui de toute sa longueur.

- Tu… oh… tu veux que… j'arrête ? demanda-t-il dans un murmure guttural.

La voix de Cedric était rauque, haletante, tandis que Harry sentait son sexe frotter contre ses parois intimes, l'enserrant de toutes parts.

- Non… murmura Harry.

Il pouvait sentir l'effort que le préfet faisait pour se retenir, et les doigts de celui-ci sur sa virilité pour lui faire oublier la douleur de la pénétration. Les secondes s'égrainèrent, un temps précieux que le garçon employa à s'habituer à l'intrusion. Leurs deux fronts se collèrent l'un à l'autre, et, l'espace d'un instant, Harry oublia la souffrance pour se perdre dans l'infini gris que lui offraient les yeux de Cedric. Ses mains s'agrippèrent avec plus de force aux larges épaules du capitaine des Poufsouffle ses lèvres s'unirent aux siennes.

- Vas-y… chuchota-t-il.

Sentant les muscles de Harry se relâcher autour de son sexe, le champion amorça un premier mouvement de va-et-vient. Un étrange son, comme un étranglement rauque, sortit de la gorge de Harry. La sensation, une fois la douleur passée, était étrange et grisante. La virilité de Cedric provoquait en lui une chaleur qui lui était jusque là étrangère, et il sentait son estomac faire de petits sursauts, tout son corps se tendre à chaque allée et venue que faisait Cedric à l'intérieur de son corps. Le préfet grognait régulièrement au fur et à mesure qu'il s'enfonçait jusqu'à la garde dans cet espace étroit et chaud.

Leurs coups de bassin s'accélérèrent, et leurs soupirs saccadés se muèrent en cris réguliers. Le bas-ventre de Harry irradiait d'une fièvre brûlante, et sa vision se striait d'éclairs blancs chaque fois que la verge de Cedric buttait contre sa prostate, à présent.

- Han… Cedric !

Il y eut une explosion magmatique qui traversa son corps crispé autour du sexe du Poufsouffle, et, à la manière d'une tornade, une vague de plaisir l'acheva, tandis qu'il se vidait à longs traits contre le torse de Cedric, dans l'eau. L'arrière de son crâne buta contre l'arête du bassin de marbre, et sa vision se brouilla encore davantage. Il entendit, lointain, comme échappé d'un rêve, le cri de Cedric, dans lequel il lui sembla reconnaître son nom. Il n'aurait su s'en assurer, car, au même instant, Harry sentit la semence tiède de son petit ami se répandre en lui en petites giclées. »

Harry Potter et la Coupe de Feu, Chapitre 31 : La troisième tâche

Harry lutta contre l'envie de rejeter le journal au loin. Il imagina à quel point il se serait délecté de brûler les pages jaunies, à envoyer au diable les souvenirs qu'il s'était fermement employé, pendant plusieurs années, à refouler au plus profond de sa mémoire. Ses jointures blanchirent tandis qu'il serrait les doigts sur la couverture de cuir. Le sang battait à ses tempes, devenues d'une couleur lie de vin comparable à celle du cahier, au même rythme que les coups douloureux de son cœur.

Certes, il n'avait jamais oublié. Jamais. Mais voir ce moment écrit, se revoir tracer les lettres, les doigts encore tremblants sur la plume d'aigle, l'avait ébranlé bien plus qu'il ne l'aurait cru imaginable. Tout cela, comme tout ce qui s'était passé avant sa victoire sur Voldemort, la mort de Cedric, celle de Sirius, de Dumbledore, de Tonks et Lupin, la mort de Fred, tous ces souvenirs avaient été enfouis au fond de son inconscient, au fil des ans et de la présence de Ginny et de ses amis, dans un mouvement psychologique de défense, presque de repli sur soi.

Et à présent… A présent, la digue en lui se rompait, libérant une déferlante de panique dans chaque fibre de son corps. Les yeux de Harry s'embuèrent tandis qu'il les reportait sur la photo de Cedric, qui lui souriait toujours d'un air enjoué et séducteur, inconscient alors de sa mort prochaine, sans savoir que, déjà, l'amer sablier de la mort déversait son flot maudit et se reflétait dans son regard gris.