Et ensuite, leur arrivée dans le cimetière. La façon dont Queudver s'était avancé vers eux, portant Lord Voldemort dans ses bras.
« C'était comme si sa tête était sur le point de se fendre en deux. Un cri déchirant lui échappa.
- Harry ! Harry, qu'est-ce qui se passe ? Tu vas bien ?
La voix de Cedric tremblait d'inquiétude. Dans un brouillard, il vit la forme sombre et mouvante du Poufsouffle se placer devant lui dans un geste de protection, sa baguette de frêne brandie d'une main tremblante, seul rempart entre Harry et l'homme encapuchonné. Aussitôt, Harry comprit ce qui allait se passer.
- Cedric… Cedric, écarte-toi !
Très loin au-dessus de lui, il entendit une voix aiguë et glaciale.
- Tue l'autre, dit la voix.
Il y eut comme un souffle de vent et une deuxième voix perçante lança dans la nuit ces mots terribles :
- Avada Kedavra !
A travers ses paupières fermées, Harry distingua une lueur verte et il entendit un bruit de chute à côté de lui. La douleur de sa cicatrice atteignit une telle intensité qu'il fut pris de nausées. Puis elle diminua enfin. Terrifié à l'idée de ce qu'il allait découvrir, il ouvrit alors ses paupières brûlantes.
- NOOOON !
Les bras en croix, Cedric était étendu sur le sol à côté de lui. Mort.
Pendant une seconde qui parut une éternité, Harry regarda son visage, ses yeux gris, grands ouverts, dénués d'expression, comme les fenêtres d'une maison abandonnée, ses lèvres entrouvertes qui exprimaient la surprise. Puis, avant que son esprit ait eu le temps d'accepter ce qu'il voyait, avant que tout sentiment autre que l'incrédulité ait pu naître en lui, une main le saisit et l'obligea à se relever. »
Harry Potter et la Coupe de Feu, Chapitre 32 : Les os, la chair, le sang
Il revoyait l'éclair de lumière verte, la souffrance à l'endroit de sa cicatrice, l'enchantement maléfique de Queudver, le retour de Voldemort, la lueur du chaudron sur la peau aussi froide que le marbre de Cedric, la façon dont ses traits paraissaient anguleux et tragiques tandis que les reflets bleus, rouges puis d'un blanc de diamant se reflétaient sur son cadavre, à la lumière des étoiles. Il y avait eu la venue des Mangemorts, le discours de Lord Voldemort, et ses yeux rouges qui flamboyaient avec haine tandis que sifflait sa voix, et enfin… le duel.
Le duel, quand sa baguette de houx s'était unie à celle du Seigneur des Ténèbres, quand le Priori Incantatum lui avait rendu, l'espace d'un instant, Cedric et ses parents…
En lui résonnaient pour toujours les mots de Cedric, de sa voix lointaine, pleine d'échos.
« Puis quelque chose de beaucoup plus grand s'éleva de la baguette, comme une fumée grise d'une telle densité qu'elle paraissait solide… Une tête se dessina… Puis un torse, des bras… ces bras dans lesquels il ne se blottirait plus jamais, ce buste tant aimé, tant étreint… le buste de Cedric Diggory.
Harry éprouva une telle stupéfaction qu'il aurait pu en lâcher sa baguette mais, instinctivement, ses mains la serrèrent plus fort que jamais et le fil d'or resta intact tandis que le fantôme gris de Cedric (mais était-ce un fantôme ? Il paraissait si réel) surgissait tout entier à l'extrémité de la baguette magique de Voldemort, comme s'il s'extrayait d'un tunnel très étroit… Cedric – ou son ombre –, debout entre eux, suivit des yeux l'arc que formait le fil d'or et parla :
- Tiens bon, Harry, dit-il.
Sa voix était distante, comme répercutée par un écho, et Harry s'accrocha désespérément à cette voix, des larmes roulant sur ses joues, y puisant la force de ne pas lâcher, y puisant l'adrénaline qui lui faisait oublier sa peur, cette peur-même qui brillait dans les yeux incarnats de Voldemort. (…)
- Harry, murmura la silhouette de Cedric. Ramène mon corps, s'il te plaît. Ramène mon corps auprès de mes parents…
- D'accord, répondit Harry, ses yeux vrillant avec détresse ceux de Cedric, car il savait que ce serait la dernière fois qu'il le verrait lui parler, le visage crispé par l'effort qu'il devait faire pour retenir sa baguette. (…)
Il la leva brutalement, de toutes ses forces, et le fil d'or se brisa. Le dôme de lumière s'évanouit aussitôt, le chant du phénix s'interrompit – mais les silhouettes fantomatiques des victimes de Voldemort étaient toujours présentes et entouraient leur assassin, dérobant Harry à son regard. Harry eut le temps de voir le visage de Cedric se tourner vers lui et il lut sur ses lèvres ce que l'ombre lui murmurait : « Je t'aime. » (…)
La main de Harry s'était refermée sur le poignet de Cedric. (…) Il entendit le hurlement de fureur de Voldemort à l'instant même où il sentait, au niveau de son nombril, la secousse qui signifiait que le Portoloin avait fonctionné. Il l'emmenait au loin, dans un tourbillon de couleurs, Cedric à côté de lui… Ils retournaient d'où il étaient venus… »
Harry Potter et la Coupe de Feu, Chapitre 34 : Priori Incantatum
Peut-être était-ce le plus douloureux, au final, songea Harry. Cette promesse d'amour que lui faisait Cedric, au seuil de l'éternité, le fait de savoir que lui-même était la dernière personne que Cedric ait regardé avant de disparaître à tout jamais, prisonnier du néant, esclave du souvenir.
Cet amour infini, devenu mirage, presque oublié, alors qu'à l'instant de sa mort, il était pour Cedric tout ce qui lui restait…
« Harry sentit qu'il atterrissait à plat ventre, le nez dans l'herbe, dont l'odeur lui emplissait les narines. Il avait fermé les yeux pendant que le Portoloin le transportait et il les garda fermés. Il resta immobile, le souffle coupé. Il avait tellement le tournis que le sol lui paraissait tanguer comme le pont d'un navire. Pour essayer de dissiper cette sensation, il se cramponna au trophée qu'il tenait toujours d'une main et au corps de Cedric dont il serrait le poignet de son autre main. Il lui semblait, que s'il lâchait l'un ou l'autre, il allait sombrer dans les ténèbres qui enveloppaient son cerveau.
Cela ne pouvait pas être possible. Cela n'était pas arrivé. Ce n'était pas possible. D'ici quelques secondes, Cedric allait se relever, Cedric allait l'embrasser, devant tout le monde, comme il avait convenu de le faire avant que Harry ne commette la folie de l'entraîner là-bas, au cimetière…
(…) Il demeura immobile, le visage crispé sous le choc de ce vacarme, comme s'il s'agissait d'un cauchemar qui allait se terminer. (…)
Il ouvrit les yeux.
Il vit le ciel étoilé et la silhouette d'Albus Dumbldore accroupi à côté de lui. Une foule d'ombres noires l'entourait de toutes part. (…)
Harry lâcha le trophée, mais ses doigts se resserrèrent autour du poignet de Cedric. Il ne l'abandonnerait pas. Pas cette fois. Il ne le laisserait pas partir, cette fois il le protégerait comme il aurait toujours dû le protéger. Il veillerait sur lui jusqu'à ce qu'il se rétablisse. (…)
Le visage de Cornelius Fudge apparut à l'envers au-dessus de Harry. Il paraissait livide, effaré.
- Mon Dieu ! Diggory ! murmura-t-il. Dumbledore ! Il est mort !
Ses paroles se répandirent, répétées par les ombres qui se pressaient autour d'eux, dans des murmures d'abord, puis des cris, des hurlements, qui s'élevèrent dans la nuit et qui s'insinuèrent comme un poison dans le gouffre creusé dans la poitrine de Harry. « Il est mort ! » « Il est mort ! » « Cedric Diggory est mort ! »
- Harry, lâche-le, dit le voix de Fudge.
Harry sentait des doigts qui essayaient de desserrer son étreinte, mais il refusait de lâcher prise. Le contact de Cedric était froid sous sa main, mais il était aussi aimant, familier, la seule chose qui le retenait encore dans ce monde-ci. (…)
- Harry, tu ne peux plus l'aider, maintenant. C'est fini. Lâche-le.
Etaient-ils vraiment stupides ? songeait Harry en entendant sans les comprendre les mots de Dumbledore. Ils avaient besoin d'aide, ils avaient besoin d'aide, mais peut-être… peut-être Cedric était-il encore vivant… ? Cedric lui avait parlé, il lui avait dit qu'il l'aimait, Harry avait vu son âme… Peut-être n'était-il pas trop tard ?
- Il voulait que je le ramène, murmura Harry – il lui paraissait important de donner cette explication –, Cedric voulait que je le ramène auprès de ses parents…
« Et il voulait que vous sachiez, pour nous. Il voulait que vous sachiez que l'on s'aimait » songea Harry par-devers lui. Il aurait aimé le dire, les mots avaient presque franchi ses lèvres, lorsqu'il les retint. Non, c'étaient ses mots, son secret, leur secret, leur lien, par-delà la mort, le secret de ces instants volés, dérobés au temps et aux regards dans les salles de classe vides, dans les couloirs déserts, dans la salle de bains des préfets. Il sentait encore la chaleur du secret, la chaleur de cet amour qui brûlait en lui, et il ne le partagerait pas. Jamais. Ce cocon de souvenirs brûlants le maintenait en vie, lui donnait l'énergie d'inspirer l'air odorant de juin pour en emplir ses poumons et vivre… (…) »
Harry Potter et la Coupe de Feu, Chapitre 35 : Veritaserum
- Vivre… répéta Harry.
Sa gorge était nouée, et il sentait le bout de ses doigts trembler alors qu'il effleurait le nom de Cedric sur le parchemin. Il avait souhaité mourir, ce soir-là, dans le cimetière. Il avait éprouvé la douleur de Lord Voldemort, subi le sortilège Doloris, perdu son amour… Il avait prié la libération, le doux soulagement de la mort.
« Voldemort s'avança lentement et se tourna pour faire face à Harry. Puis il leva sa baguette.
- Endoloris ! dit-il.
Jamais Harry n'avait ressenti une telle douleur. Il avait l'impression que ses os étaient en feu, que sa tête se fendait de part et d'autre de sa cicatrice. Ses yeux, devenus comme fous, ne cessaient de rouler dans leurs orbites, il n'avait plus qu'une envie : que tout finisse… que tout sombre dans les ténèbres… plus qu'une seule envie : mourir… Mourir, rejoindre Cedric, quitter enfin ce tourment qui dévorait son âme, abandonner la souffrance qui détruisait son corps, cette douleur qui courait dans chaque fibre de son être. Il souhaitait que la vague sombre qui menaçait de l'engloutir le submerge définitivement, que l'inconscience l'emporte à jamais, il voulait se réfugier dans les bras putrides de la mort, retrouver la sensation, de l'autre côté, du corps de Cedric contre le sien. »
Harry Potter et la Coupe de Feu, Chapitre 33 : Les Mangemorts
« Puis la douleur cessa. Harry roula sur lui-même et se releva avec peine. Il était agité de tremblements aussi incontrôlables que ceux qui avaient secoué Queudver lorsqu'il s'était tranché la main. Perdant l'équilibre, il tituba et heurta le mur des Mangemorts qui le repoussèrent vers Voldemort.
- On va faire une petite pause, dit celui-ci, ses narines de serpent dilatées par l'excitation. Ca t'a fait mal, n'est-ce pas, Harry ? Tu n'aimerais pas je recommence, je crois ?
Harry ne répondit pas. Il allait mourir comme Cedric, il le voyait dans ces yeux rouges au regard impitoyable… Il allait mourir et ne pourrait faire pour échapper à son sort… mais il n'allait pas laisser Voldemort jouer avec lui. Il n'allait pas lui obéir… Il n'allait pas le supplier… Et s'il devait mourir, tant mieux, après tout. Il rejoindrait Cedric, il quitterait ce monde terne et sans saveur, maintenant que celui qu'il aimait l'avait quitté. Il mourrait, il mourrait droit et fier, rendant hommage à tous ceux qui étaient tombés pour lui, son père, sa mère, Cedric. Il honorerait leur sacrifice, et il les rejoindrait. Ses lèvres restèrent étroitement closes, il soutint le regard de Voldemort, les terribles yeux incarnats et cruels, et, dans son propre regard, une étincelle furieuse brûla. »
Harry Potter et la Coupe de Feu, Chapitre 34 : Priori Incantatum
Il avait demandé à la mort de venir à lui, et la mort n'avait pas voulu. Elle lui avait enlevé sa raison de vivre, et le laissait seul, dans un monde gris et sans vie, un monde sans lumière, là où la brume argentée du regard de Cedric ne se poserait jamais plus… Et seuls étaient restés les yeux bleus et perçants d'Albus Dumbledore, dans cette infinité sans vie…
« - Professeur, murmura Harry, où sont Mr et Mrs Diggory ?
- Ils sont avec le professeur Chourave, répondit Dumbledore.
Pour la première fois, sa voix, qui était restée si calme tout au long de l'interrogatoire, trembla légèrement.
- Elle est directrice de Poufsouffle et c'était elle qui le connaissait le mieux.
Harry sentit sa gorge se nouer, et il détourna les yeux du regard perçant que Dumbledore posait sur lui. « Non, songea-t-il. Ce n'était pas le professeur Chourave qui le connaissait le mieux, c'était moi… » Il sentait quelque chose oppresser son cœur, une douleur qui le transperçait de l'intérieur. Ne regardant plus où ils allaient, tout sacrifié au désespoir qui pointait en lui, il ne vit pas Dumbledore s'arrêter et faillit le heurter. Ils se trouvaient à présent devant la gargouille de pierre qui s'écarta quand Dumbledore prononça le mot de passe. »
Harry Potter et la Coupe de Feu, Chapitre 36 : La croisée des chemins
« - Et alors, qu'est-ce qui se passe quand une baguette rencontre sa sœur ? demanda Sirius.
- Elles ne peuvent agir l'une contre l'autre, expliqua Dumbledore. Mais si leurs propriétaires les forcent à combattre… un phénomène très rare se produira. L'une des baguettes obligera l'autre à régurgiter les sortilèges qu'elle a jetés, en remontant le cours du temps. Le plus récent d'abord… puis celui qui l'a précédé…
Il lança un coup d'œil interrogateur à Harry qui approuva d'un signe de tête.
- Ce qui signifie, reprit lentement Dumbledore en regardant Harry dans les yeux, que Cedric a dû réapparaître sous une certaine forme.
Harry fit un nouveau signe de tête. Il se sentit mal à l'aise sous le poids de ce regard vif et perçant, y décela une once de compassion et de profonde tristesse. Dumbledore savait-il ? Avait-il deviné ? Comprenait-il, un tant soit peu, la déchirure que Harry ressentait au fond de son être, le gouffre qu'il sentait s'étirer, froid et amer, au fond de son cœur ? Pouvait-il comprendre cela, ce sentiment que l'on a tout perdu, cette certitude que rien ni personne ne pourrait jamais rendre ce qui avait été arraché ? Savait-il qu'à cet instant-même, un froid putride répandait son poison dans le corps de Harry, annihilant toute faculté à envisager des jours meilleurs, occultant toute sensation de bonheur, tout souvenir de rire ? Savait-il que la mort de Cedric, au-delà d'un choc moral, lui donnait l'impression d'avoir embrassé un Détraqueur ?
- Diggory est revenu à la vie ? dit brusquement Sirius, brisant le contact visuel silencieux qui liait Harry à Dumbledore.
Son filleul frissonna en l'entendant appeler son petit ami « Diggory ». C'était tellement froid, irréel, impersonnel… l'exact contraire de Cedric, aimant, toujours présent…
- Aucun sortilège ne peut faire revivre les morts, répondit Dumbledore d'un ton grave. Il s'agit simplement d'une sorte d'écho à l'envers. Une ombre du Cedric vivant a dû émerger de la baguette… C'est ce qui s'est passé, Harry ?
Le directeur s'était adressé à Harry d'une voix très basse, et il avait prononcé le nom de Cedric avec une étonnante douceur.
- Il m'a parlé, répondit-il.
Il se sentit trembler à nouveau en revoyant dans sa tête l'image des lèvres de Cedric, son regard infiniment triste et lointain, comme s'il savait qu'ils se quittaient à tout jamais. « Je t'aime. »
- Le… le fantôme de Cedric, ou je ne sais quoi… Il m'a parlé.
- Un écho, dit Dumbledore. Un écho qui a conservé l'apparence et la personnalité de Cedric. (…)
Harry raconta comment les silhouettes jaillies de la baguette avaient marché le long du cercle délimité par le dôme d'or, il décrivit l'expression de peur sur le visage de Voldemort, il rapporta les paroles de son père qui lui avait dit ce qu'il devait faire, puis l'ultime requête de Cedric.
A cet instant, Harry s'interrompit. Il ne pouvait plus continuer. A présent, la dernière vision qu'il avait de Cedric s'imposait à lui embrasait son esprit, tailladant son âme avec force, annihilant tout souvenir de bonheur. Sa vie semblait suspendue aux derniers mots que prononceraient jamais les lèvres de Cedric : « Je t'aime ». Le gouffre qui s'offrait à lui l'attirait, insondable. Il se tourna vers Sirius en quête de réconfort et vit qu'il avait enfoui son visage dans ses mains.»
Harry Potter et la Coupe de Feu, Chapitre 36 : La croisée des chemins
« - Il faut que tu finisses ta potion, Harry, dit enfin Mrs Weasley.
Elle repoussa le sac d'or posé sur la table de chevet pour prendre le flacon et le gobelet.
- Tu as besoin d'une bonne nuit de sommeil. Essaye de penser à autre chose… Pense par exemple à ce que tu vas pouvoir t'acheter avec ce que tu as gagné !
- Je ne veux pas de cet or, répondit Harry, d'une voix sans timbre. Prenez-le. Donnez-le à n'importe qui. Ce n'est pas moi qui aurais dû le gagner, c'est Cedric.
Le sentiment contre lequel il luttait depuis qu'il était revenu avec le corps de Cedric menaçait de le submerger. Il sentait, au coin de ses yeux, une sorte de picotement, comme une brûlure. Il battit des paupières et regarda le plafond, tâchant de refouler les larmes qui se présentaient, débordantes.
- Ce n'est pas ta faute, Harry, murmura Mrs Weasley.
- Je lui ai dit de prendre le trophée en même temps que moi, expliqua Harry.
A présent, il éprouvait dans la gorge la même sensation de brûlure, et il sentit sa voix et sa mâchoire trembler. Il aurait voulu que Ron regarde ailleurs.
Mrs Weasley posa la potion sur la table de chevet, se pencha sur le lit et prit Harry dans ses bras. Il ne se souvenait pas avoir jamais connu pareille étreinte. Elle n'était pas comme celles que Cedric lui donnait, lorsqu'il l'enlaçait pour le soustraire au monde extérieur, lorsqu'il le pressait contre son torse en caressant ses cheveux. L'étreinte de Mrs Weasley dégageait autant d'amour que celles de Cedric, mais elle n'était pas de la même nature. Elle était… Comme l'étreinte d'une mère. Le poids de tout ce qu'il avait vécu cette nuit-là sembla tomber sur lui tandis que Mrs Weasley le serrait contre elle. Le visage de sa mère, la voix de son père, la vision de Cedric, étendu mort sur le sol, tout se mit à tournoyer dans sa tête jusqu'à ce qu'il sente les traits de son visage se contracter pour faire taire le cri de désespoir qui s'efforçait de sortir de lui. Un sanglot monta dans sa gorge, irrépressible, et Harry cacha sa figure dans l'épaule de Mrs Weasley pour que les autres ne le voient pas pleurer. »
Harry Potter et la Coupe de Feu, Chapitre 36 : La croisée des chemins
« En y repensant, même peu de temps après, Harry se rendit compte qu'il ne conservait guère de souvenirs des jours qui avaient suivi. (…) Les souvenirs qui lui revenaient en mémoire étaient terriblement douloureux. Le pire était sans doute celui de la rencontre avec les Diggory, qui avait eu lieu le lendemain matin. Harry s'était déjà laissé aller, des mois plus tôt, à s'imaginer, rencontrant les parents de Cedric, main dans la main avec le capitaine de Poufsouffle. Mais la réalité s'était, une fois de plus, avérée bien plus terrible que tout ce qu'il avait pu envisager…
Les parents de Cedric ne lui en voulaient pas de ce qui s'était passé. Au contraire, tous deux l'avaient remercié de leur avoir ramené le corps de leur fils. Mr Diggory avait sangloté pendant toute l'entrevue, mais le chagrin de Mrs Diggory semblait au-delà des larmes.
- Alors, il n'a pas souffert ? avait-elle dit lorsque Harry leur avait raconté, luttant contre sa nausée, comment Cedric était mort. Il faut se dire, Amos, qu'il est mort au moment où il remportait le tournoi. Il devait être très heureux.
Harry se demanda s'il aurait le courage de lui dire que son fils était mort avec son goût sur les lèvres, que son âme s'était envolée au moment où son regard avait croisé le sien. Il s'était tu, et elle n'avait pas insisté.
En partant, elle avait regardé Harry et avait ajouté :
- Prends bien soin de toi, maintenant.
Harry avait regardé ses yeux, si semblables à ceux de son fils, ses traits aussi fins que les siens, et avait saisi le sac d'or sur la table de chevet.
- Prenez-le, avait-il murmuré, s'efforçant ne pas croiser le regard gris. Cet or aurait dû revenir à Cedric, c'était lui le premier, prenez-le.
Mais elle avait reculé.
- Non, il est à toi, mon garçon, nous ne pourrions pas… garde-le.
Harry n'avait pas persisté. Il connaissait trop bien Cedric pour savoir que sa mère, dont il avait de toute évidence hérité le caractère, ne céderait pas. »
Harry Potter et la Coupe de Feu, Chapitre 37 : Le commencement
« Lorsque Ron, Hermione et lui entrèrent dans la Grande Salle, ils remarquèrent aussitôt que les décorations habituelles n'avaient pas été installées. En temps normal, les couleurs de la maison gagnante étaient déployées dans toute la salle pour le banquet de fin d'année. Ce soir, cependant, des draperies noires étaient accrochées au mur, derrière la table des professeurs. Harry sut tout de suite qu'on avait voulu rendre hommage à Cedric. Son cœur se mit à battre à grands coups dans sa poitrine, et il pâlit. (…)
- Voici donc venue la fin d'une autre année, dit Dumbledore.
Il s'interrompit et son regard s'arrêta sur la table des Poufsouffle. C'était la table qui avait été la plus discrète de toute la soirée, la table autour de laquelle on voyait les visages les plus tristes, les plus blafards. Mais l'effondrement qu'ils pouvaient ressentir ne pouvait pas être comparable à celui de Harry. Rien ne pouvait se comparer à la détresse qui pulsait dans ses veines, à l'horreur qui l'emplissait chaque fois qu'il songeait à Cedric.
- Il y a beaucoup de choses que je voudrais vous dire, ce soir, poursuivit Dumbledore. Mais je dois d'abord rendre hommage à un garçon de grande qualité qui aurait dû être ici – il fit un geste vers la table des Poufsouffle – pour partager ce banquet avec nous. Je vous demande de vous lever et de porter un toast en l'honneur de Cedric Diggory.
Dans un raclement de chaises et de bancs, tous les élèves se mirent debout et levèrent leurs gobelets. D'une même voix, comme un grondement qui se répercuta en écho dans la salle, tout le monde prononça le nom de Cedric Digorry.
Harry aperçut Cho dans la foule. Des larmes coulaient sur ses joues, les mêmes larmes que Harry aurait voulu verser mais qu'il retenait, bien qu'il pût sentir, sur sa droite, Hermione qui tremblait en sanglotant. Il baissa les yeux en se rasseyant avec les autres, cachant une larme qui roula sur sa joue, unique et pure, comme l'avait été Cedric.
- Cedric incarnait de nombreuses qualités qui s'attachent à la maison Poufsouffle, poursuivit Dumbledore. C'était un ami loyal et généreux, il travaillait sans relâche et se montrait toujours fair-play. Sa mort vous a tous affectés, que vous l'ayez bien connu ou pas. Je pense donc que vous avez le droit de savoir ce qui s'est exactement passé.
Harry essuya la larme, espérant que personne n'avait rien vu. Il leva la tête et regarda Dumbledore.
- Cedric Diggory a été assassiné par Lord Voldemort.
Un murmure de panique parcourut la Grande Salle. Les élèves fixaient Dumbledore d'un air incrédule et terrifié. Parfaitement calme, Dumbledore attendit que le silence revienne.
- Le ministère de la Magie, reprit Dumbledore, ne souhaite pas que je vous donne cette informations. Les parents de certains d'entre vous seront peut-être horrifiés d'apprendre que je l'ai fait – soit parce qu'ils ne croiront pas au retour de Voldemort, soit parce qu'ils penseront que vous êtes trop jeunes pour que je vous dise une chose pareille. J'ai cependant la conviction que la vérité est généralement préférable au mensonge et que toute tentative de faire croire que Cedric est mort des suites d'un accident, ou à cause d'une erreur qu'il aurait commise, serait une insulte à sa mémoire.
(…) A la table des Serpentard, Harry vit Drago Malefoy murmurer quelque chose à Crabbe et à Goyle. Il sentit une vague de fureur dévorante lui nouer l'estomac et se força à regarder de nouveau Dumbledore. Des imprécations hurlaient dans sa tête, tourbillonnantes et tourmentés. Comment Malefoy pouvait-il oser manquer à ce point de respect à la mémoire de Cedric ? Hermione remarqua l'expression de Harry et jeta un regard à la table des Serpentard. Elle fronça les sourcils, et Harry vit sa main se crisper sur sa baguette magique.
- Je ne peux évoquer la mort de Cedric Diggory sans citer le nom de quelqu'un d'autre, poursuivit Dumbledore. Je veux parler, bien sûr, de Harry Potter.
Il y eut comme un frémissement dans la Grande Salle lorsque que quelques élèves tournèrent la tête vers Harry avant de reporter leur attention sur Dumbledore. Harry, lui, réprima à nouveau un sentiment de nausée. Alors, c'était ainsi ? Désormais, le nom de Cedric serait associé au sien, mais non pas comme preuve d'amour, mais parce qu'il était mort sous ses yeux ? Parce qu'il était mort, même si tout le monde l'ignorait, par sa faute ? Serait-ce désormais là la nature du lien qui le relierait à Cedric ?
- Harry Potter a réussi à échapper à Lord Voldemort. Il a risqué sa propre vie pour ramener à Poudlard le corps de Cedric. Il a fait preuve, à tous égards, d'une bravoure que peu de sorciers ont su montrer à Lord Voldemort et c'est pourquoi je veux à présent lui rendre hommage.
Dumbledore regarda Harry avec gravité par-dessus ses lunettes en demi-lune, le sondant de son regard bleu, comme tentant de percer ses pensées, et leva à nouveau son gobelet. Presque tout le monde l'imita dans la Grande Salle.
« Non. » songeait Harry sombrement, sans prêter attention aux autres élèves. « Harry Potter n'a pas fait preuve d'une bravoure exceptionnelle. Harry Potter est tout simplement responsable et coupable de la mort de Cedric Diggory. »
- (…) Il y a une semaine, un élève nous a été arraché. Souvenez-vous de Cedric. Si,un jour, vous avez à choisir entre le bien et la facilité, souvenez-vous de ce qui est arrivé à un garçon qui était bon, fraternel et courageux, simplement parce qu'il a croisé le chemin de Lord Voldemort. Souvenez-vous de Cedric Diggory. »
Harry Potter et la Coupe de Feu, Chapitre 37 : Le commencement
Cela avait marqué le commencement, en effet, pensait Harry en tournant les pages, le discours de Dumbledore tintant encore dans ses oreilles. Le commencement d'un combat pour la vérité. Un combat pour la mémoire de Cedric.
