Le combat avait commencé plus tôt que Harry l'avait prévu. Quelques jours après que Cedric fut mort, en fait.
« - On essaie de ne pas trop y penser ? dit Malefoy à vois basse. On fait comme si rien ne s'était passé ?
- Sors d'ici, dit Harry.
Il n'avait pas approché Malefoy depuis qu'il l'avait murmurer quelque chose à Crabbe et à Goyle pendant le discours de Dumbledore sur Cedric. Il eut l'impression que ses oreilles bourdonnaient et sa main se serra sur sa baguette magique, dans la poche de sa robe.
- Tu as choisi le camps des perdants, Potter ! Je t'avais prévenu ! (…) Je t'avais dit ne pas traîner avec ce genre de racaille !
Il désigna Ron et Hermione d'un signe de tête.
- Trop tard, Potter ! Ils seront les premiers à partir, maintenant que le Seigneur des Ténèbres est de retour ! Les Sang-de-Bourbe et les amoureux des Moldus en premier ! Enfin, en deuxième, c'est Diggory qui a été le prem…
- TAIS-TOI !
Harry n'y tint plus. Furieux, la rage circulant dans ses veines comme un poison qui brûlait tout sur son passage, il brandit sa baguette et la pointa sur le cou de Malefoy, qui se raidit.
- Tais-toi, répéta-t-il d'un timbre où pulsait une haine sourde. Tais-toi.
Peu lui importait la présence de Ron et Hermione. Il parlait à voix basse, mais il savait que ses mots tremblaient de hargne à peine contenue, une haine glaçante .
- Cedric valait mieux que n'importe qui parmi ces amis que tu appelles les Mangemorts. Sa vie avait plus de valeur que toutes les vôtres réunies.
Il fit un petit signe de tête vers Crabbe et Goyle, qui se tenaient en retrait, menaçants, mais qui n'osaient pas intervenir, leurs yeux porcins et plissés fixant avec crainte la baguette de Harry.
- Il était meilleur que vous, comme sorcier, et comme homme.
La lueur narquoise dans les yeux de Malefoy s'effaça, et il ne resta plus que la peur tandis que Harry appuyait avec force la baguette de houx sur sa gorge. Harry eut un petit rire et se prépara à lancer son sort.
BAM !
On aurait dit que quelqu'un avait fait exploser une boîte de feux d'artifice dans le compartiment. Aveuglé par les éclairs des sortilèges qui avaient fusé de partout, assourdi par une série de détonations, Harry cligna des yeux et regarda par terre.
Malefoy, Crabbe et Goyle étaient étendus, inconscients, à la porte du compartiment. Harry avait toujours la main crispée sur sa baguette, Ron et Hermione s'étaient levés. Chacun d'eux avait jeté un sort différent. Mais ils n'étaient pas les seuls à avoir réagi.
- On s'est dit qu'on ferait bien de venir voir ce que mijotaient ces trois-là, lança Fred d'un ton dégagé.
Sa baguette magique à la main, il entra dans le compartiment en marchant sur Goyle. George, lui aussi, avait sorti sa baguette. Il suivit Fred et prit bien soin de piétiner Malefoy au passage. »
Harry Potter et la Coupe de Feu, Chapitre 37 : Le commencement
« Il était meilleur que vous, comme sorcier, et comme homme. »
Les mots semblèrent légèrement familiers à Harry, et il se demanda un instant pourquoi. Ces mots, il ne les avait pas prononcés qu'une seule fois, si ?
Alors, il se souvint.
« - Non, il était plus intelligent que vous, dit Harry, meilleur que vous, comme sorcier, et comme homme.
- C'est moi qui ai provoqué la mort d'Albus Dumbledore ! s'écria Voldemort. »
Harry Potter et les Reliques de la Mort, Chapitre 36 : Le défaut du plan
Oui, c'était à cet instant. Il avait repris les mêmes mots, au moment où il était sur le point de débarrasser définitivement la communauté sorcière de Lord Voldemort. L'avait-il fait inconsciemment ? Avait-il voulu avant tout venger Cedric, lorsque le mage noir était tombé ? Avait-il subtilement rappelé à Voldemort que jamais il n'oublierait ce meurtre ?
« Souvenez-vous de Cedric Diggory. » avait dit Dumbledore.
Et Harry n'avait pas oublié. Il l'avait refoulé dans un sombre coin de sa mémoire, là où tous les souvenirs d'avant la chute de Voldemort étaient restés presque abandonnés toutes ces années. Mais ils revenaient nettement, à présent, ces souvenirs vieux d'au moins vingt ans…
Il s'était battu pour Cedric, battu pour l'on reconnaisse qu'il avait été assassiné, battu pour que l'on ne bafoue pas sa mémoire. Il avait affronté Dudley, Dolores Ombrage, Zacharias Smith tous ces élèves curieux de savoir sa version des événements.
Jamais il n'avait cédé. Pas même à Cho.
« - Je t'ai entendu la nuit dernière, répondit Dudley, la voix haletante. Tu parlais dans ton sommeil. Et tu pleurnichais.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? répéta Harry.
Mais il sentit son estomac se nouer. La nuit précédente, il avait revu le cimetière dans ses cauchemars. Il avait revu les yeux rouges de Voldemort braqués sur lui, meurtriers et haineux. Il avait revu le visage brumeux de ses parents. Et surtout, il avait revu les traits figés, glacés, du visage à jamais inerte de Cedric, ses yeux vitreux dans lesquels se reflétait la lune.
Dudley éclata d'un rire rauque comme un aboiement puis il se mit à gémir d'une petite voix aiguë :
- Ne tuez pas Cedric ! Ne tuez pas Cedric ! C'est qui, Cedric ? Ton petit ami ?
Le cœur de Harry sembla s'arrêter de battre. Dudley était la première personne à relier le nom de Cedric à celui de petit ami potentiel, et le Gryffondor sentit comme un étau dans sa poitrine à l'entente de ces mots.
- Je… Tu mens, répondit machinalement Harry.
Sa bouche était devenue sèche. Il se rendait compte que Dudley ne mentait pas. Sinon, comme aurait-il pu savoir quoi que ce soit de Cedric ? (…)
- Papa, viens à mon secours ! Maman, à l'aide ! Il a tué Cedric ! Papa, au secours ! Il va… Ne pointe pas cette chose sur moi !
Dudley recula contre le mur de l'allée. Harry avait dirigé sa baguette droit sur son cœur. Il sentait quatorze ans de haine pure pour Dudley palpiter dans ses veines… (…)
- Ne parle plus jamais de ça, dit Harry dans un grondement. »
Harry Potter et l'Ordre du Phénix, Chapitre 1 : Dudley Détraqué
Harry se rappelait parfaitement la suite. Les Détraqueurs, l'envie de mourir, de rejoindre Cedric, la voix de Voldemort qui retentissait dans son esprit, et – il ne l'avait jamais dit à personne – celle de Cedric, couverts par les mots fatals de Queudver. L'Avada Kedavra. Le bruit de la chute d'un corps à côté de lui.
Il n'avait pas oublié les murmures sur son passage, dans les couloirs, ceux qui le traitaient de menteur, qui ne le croyaient pas. Il les avait ignorés, haïs.
« (…) Seamus demanda :
- Ecoute… Qu'est-ce qui s'est passé, cette nuit-là quand… tu sais… quand… avec Cedric Diggory et tout ça ?
Seamus paraissait à la fois inquiet et avide de savoir. Dean, qui s'était penché sur sa valise pour essayer d'y retrouver une pantoufle, s'immobilisa dans une attitude qui n'était pas très naturelle et Harry devina qu'il tendait l'oreille :
- Pourquoi me demander ça ? répliqua Harry. Tu n'as qu'à lire La Gazette du Sorcier, comme ta mère. Tu y apprendras tout ce que tu as besoin de savoir.
- Ne t'en prends pas à ma mère ! protesta Seamus.
- Je m'en prendrai à tous ceux qui me traitent de menteur, répondit Harry.
- Ne me parle pas sur ce ton !
- Je te parle sur le ton qui me plaît.
« Je m'en prendrai à tous ceux qui me traiteront de menteur, à tous ceux qui prendront la mort de Cedric comme une sorte de spectacle à raconter, et pas comme l'événement tragique que c'était », acheva-t-il en pensées. Son humeur s'échauffait à tel point qu'il attrapa sa baguette magique, sur sa table de chevet. »
Harry Potter et l'Ordre du Phénix, Chapitre 11 : La nouvelle chanson du Choixpeau magique
Et il y avait eu pire, songea Harry en regardant, sur le dos de sa main, les cicatrices blanchâtres qui y brillaient, tels de sinueux serpents d'argent : « Je ne dois pas dire de mensonges. »
« Le professeur Ombrage se leva et se pencha vers eux, ses mains aux doigts boudinés étalées sur le bureau.
- On vous a raconté qu'un certain Mage noir est revenu d'entre les morts…
- Il n'est pas mort, s'emporta Harry, et c'est vrai, il est revenu !
- Mr-Potter – vous – avez – déjà – fait – perdre – dix – points – à – votre – maison – n'aggravez – pas – votre – propre – cas, dit le professeur d'un seul souffle et sans le regarder. Comme je vous le disais, on vous a raconté qu'un certain Mage noir est à nouveau en liberté. Il s'agit d'un mensonge.
- Ce n'est PAS un mensonge ! s'exclama Harry. Je l'ai vu, je me suis battu contre lui !
- Vous aurez une retenue, Mr Potter ! répliqua le professeur Ombrage d'un air triomphal. Demain soir. Cinq heures. Dans mon bureau. Je le répète, il s'agit d'un mensonge. Le ministère de la Magie peut vous garantir qu'aucun Mage noir ne vous menace. (…)
Le professeur Ombrage s'assit derrière son bureau. Harry, en revanche, se leva. Tout le monde se tourna vers lui. Seamus paraissait à la fois effrayé et fasciné. Harry, lui, sentait une rage intestine lui tordre le ventre. (…)
- Alors, selon vous, Cedric Diggory est mort de son plein gré ? demanda Harry, la voix tremblante.
Sa respiration était sifflante. Il sentit l'habituelle torsion dans tout son être qui le submergeait chaque fois que le nom de Cedric était mentionné. « Je t'aime », avaient été ses dernières paroles.
Toute la classe eut le souffle coupé. A part Ron et Hermione, personne n'avait jamais entendu Harry parler de ce qui s'était passé la nuit de la mort de Cedric. Les regards se posèrent avec avidité sur Harry et sur le professeur Ombrage qui avait levé les yeux et le fixait sans la moindre trace de sourire.
- La mort de Cedric Diggory a été un tragique accident.
- C'était un meurtre, répliqua Harry.
Il se sentait trembler. Il n'avait quasiment jamais parlé de ça à personne, encore moins à une classe de trente élèves qui le dévoraient des yeux. Il s'était toujours abstenu de évoquer le nom de Cedric quand il pouvait l'éviter, mais les mots étaient d'eux-mêmes sortis de sa bouche. Il ne pouvait pas laisser faire cela. Il ne les laisserait pas bafouer la mémoire de Cedric, diminuer son sacrifice au profit d'une quelconque manœuvre du ministère.
- Voldemort l'a tué et vous le savez très bien. »
Harry Potter et l'Ordre du Phénix, Chapitre 12 : Le professeur Ombrage
« A cinq heures moins cinq, Harry prit congé et se rendit au bureau d'Ombrage, au troisième étage.
- Entrez, dit-elle de sa voix sucrée, lorsqu'il eut frappé à la porte.
(…)
- Bonsoir, Mr Potter, dit-elle.
(…)
- 'Soir, professeur Ombrage, répondit Harry avec raideur.
- Eh bien, asseyez-vous, dit-elle.
Elle lui indiqua une petite table drapée de dentelles devant laquelle elle avait installé une chaise à dossier droit. Un morceau de parchemin vierge, posé sur la table, paraissait l'attendre.
(…)
- Maintenant, vous allez copier des lignes, Mr Potter. Oh non, pas avec votre plume, ajouta-t-elle en voyant Harry se pencher pour ouvrir son sac. Vous allez vous servir d'une de mes plumes personnelles. Voilà.
Elle lui tendit une longue plume mince et noire dont l'extrémité était anormalement pointue.
- Je veux que vous écriviez : « Je ne dois pas dire de mensonges », poursuivit-elle à mi-voix.
- Combien de fois ? demanda Harry d'un ton qui imitait d'une manière assez convaincante celui de la politesse.
- Oh, autant de fois qu'il le faudra pour que le message rentre, répondit Ombrage de sa voix doucereuse. Allez-y.
(…)
Harry leva sa plume noire et pointue et se rendit compte qu'il manquait quelque chose.
- Vous ne m'avez pas donné d'encre, dit-il.
- Oh, mais vous n'en aurez pas besoin, répondit le professeur Ombrage avec quelque chose dans la voix qui évoquait vaguement un rire.
Harry posa la pointe de la plume sur le parchemin et écrit : « Je ne dois pas dire de mensonges. »
Il étouffa alors une exclamation de douleur. Les mots s'étaient inscrits sur le parchemin avec une sorte d'encre rouge et brillante. Mais au même moment, ils étaient également apparus sur le dos de sa main droite, tracés dans sa peau comme avec un scalpel. Tandis qu'il regardait la coupure encore étincelante de sang, la peau se referma peu à peu et l'inscription s'effaçant en ne laissant qu'une marque légèrement rouge et lisse au toucher.
Harry se tourna vers Ombrage. Elle l'observait, sa large bouche de crapaud étirée en un sourire.
- Oui ?
- Rien, répondit Harry à mi-voix.
(…)
Le même phénomène se répéta ainsi. Harry écrivait inlassablement les mêmes mots sur le parchemin non pas avec de l'encre mais, comme il ne tarda pas à le comprendre, avec son propre sang. Et chaque fois, les mots s'inscrivaient au dos de sa main, disparaissaient lorsque la plaie guérissait puis réapparaissaient dès qu'il reposait la pointe de la plume sur le parchemin.
Derrière la fenêtre du bureau, l'obscurité tombait dans le parc. Harry ne demanda pas quand il pourrait s'arrêter. Il ne regarda même pas sa montre. Il savait que le professeur Ombrage l'observait, guettant le moindre signe de faiblesse. Mais il n'avait pas l'intention de laisser voir quoi que ce soit, même s'il devait rester là toute la nuit à s'écorcher la main avec cette plume… Il ne lui offrirait pas la satisfaction d'entendre une autre plainte s'échapper de ses lèvres. Il continua à écrire, inlassablement, les mêmes mots qui brûlaient sa peau. Il pensait à Cedric. Cedric qui était mort. Cedric dont le professeur Ombrage niait l'assassinat. A nouveau, le désespoir, la haine, le submergèrent, adoucis par le souvenir des traits harmonieux de Cedric, et il y puisa le courage d'inscrire une nouvelle ligne sur le parchemin blanc. »
Harry Potter et l'Ordre du Phénix : Retenue douloureuse avec Dolores
Harry tourna une nouvelle page, et lut un compte rendu, écrit d'une main tremblante, de la première réunion de l'Armée de Dumbledore à la Tête de Sanglier.
« - Où est la preuve que Tu-Sais-Qui est de retour ? demanda d'un ton assez agressif le garçon blond qui jouait dans l'équipe de Poufsouffle. (…)
- Tout ce que Dumbledore nous a dit l'année dernière, répliqua Zacharias avec dédain, c'est que Cedric Diggory avait été tué par Tu-Sais-Qui et que tu as ramené son corps à Poudlard. Il ne nous a donné aucun détail, il ne nous a pas expliqué comment Diggory avait été tué et je pense que nous aimerions tous savoir…
- Si tu es venu pour entendre raconter ce qui se passe exactement quand Voldemort assassine quelqu'un, je ne peux rien pour toi, l'interrompit Harry.
Sa colère, toujours prête à exploser ces temps derniers, montait à nouveau en lui. Il ne détacha pas les yeux du visage agressif de Zacharias Smith, bien décidé à ne surtout pas regarder Cho.
- Je ne veux pas parler de Cedric Diggory, d'accord ? Alors, ceux qui sont venus pour ça peuvent repartir tout de suite.
Il lança un regard furieux en direction d'Hermione. Tout cela était de sa faute, pensa-t-il. Elle avait voulu l'exhiber comme un phénomène de foire, et bien sûr, ils s'étaient tous précipités pour voir s'il avait vraiment des choses si extraordinaires à raconter. L'estomac de Harry se contracta douloureusement à l'idée que la mort de Cedric semblait être pour eux un spectacle macabre, dont ils auraient voulu entendre le récit haut en couleurs. »
Harry Potter et l'Ordre du Phénix, Chapitre 16 : La Tête de Sanglier
**Je n'arrive pas à croire qu'ils considèrent la mort de Cedric comme un objet de commérages, je n'arrive pas à croire qu'ils aient besoin de détails sur la façon dont tout ceci est arrivé. Ou alors est-ce une curiosité normale, et que la seule raison pour laquelle ça me rebute à ce point, c'est parce que j'y ai assisté moi-même ? Ou bien parce que j'aimais Cedric ?**
Mais même les gens qui avaient aimé Cedric, comme Cho par exemple, éprouvaient le besoin de l'en entendre parler. Ne ressentaient-ils pas, comme lui, un sentiment d'horreur à la simple entente de ce prénom, ne voyaient-ils pas les images du regard gris et doux de Cedric ?
Sans doute était-ce pour ça, songea Harry en tournant une page de son journal intime, qu'il n'avait pas pu sortir avec Cho, tout attaché qu'il ait été à elle. Elle lui rappelait trop Cedric.
Elle avait été sa petite amie, et elle avait désespérément besoin de parler de lui, lorsque tout ce que Harry aurait voulu, c'était d'oublier ces scènes qui hantaient sa mémoire.
« Cette Ombrage est abominable, dit-elle à voix basse. Te donner une retenue simplement parce que tu as dit la vérité sur la façon dont… dont il est… dont il est mort. Tout le monde est au courant, la nouvelle a circulé dans toute l'école. C'était vraiment courageux de ta part de lui tenir tête comme ça. »
Harry Potter et l'Ordre du Phénix, Chapitre 14 : Percy et Patmol
« - Moi aussi, ils m'ont interdit de me mettre mal avec Ombrage, répondit Cho en se redressant fièrement. Mais s'ils s'imaginent que je ne vais pas combattre Tu-Sais-Qui après ce qui est arrivé à Cedric…
Elle s'interrompt, un peu désorientée, et un silence gêné s'installa entre eux. Harry, à moitié mal à l'aise de l'entendre prononcé ce nom, se sentit, en même temps, extrêmement proche de Cho. Lui aussi, c'était ce qui le poussait en avant, ce qui le poussait à agir, et il ressentit pour l'Attrapeuse une bouffée d'affection. »
Harry Potter et l'Ordre du Phénix, Chapitre 18 : L'armée de Dumbledore
« Quasiment sûr qu'ils étaient désormais seuls, Harry feignit de mettre de l'ordre dans une pile de coussins en attendant qu'elle dise quelque chose. Il l'entendit alors renifler bruyamment.
Il se retourna. Cho, debout au milieu de la pièce, pleurait à chaudes larmes.
- Qu'est-ce que… ?
Il ne savait plus qui faire. Elle restait là, immobile, à pleurer en silence.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il d'un ton à peine audible.
Elle hocha la tête et s'essuya les yeux avec une manche de sa robe.
- Excuse-moi, dit-elle, la voix sourde. C'est simplement… apprendre tous ces trucs… Ca me fait penser… si lui avait su tout ça… peut-être qu'il serait encore vivant.
Le cœur de Harry retomba plus bas que sa place habituelle et sembla s'immobiliser dans les environs de son nombril. Il aurait dû s'en douter, songea-t-il avec l'impression grandissante que ses poumons et l'espace de la pièce se resserraient. Elle voulait lui parler de Cedric.
- Il connaissait déjà tout ça, répondit Harry, accablé. Il était même très bon, sinon, il n'aurait jamais pu arriver au milieu du labyrinthe. Mais quand Voldemort veut vraiment tuer quelqu'un, on n'a aucune chance de s'en sortir.
Sa voix était blanche quand il l'entendit se répercuter en écho contre les murs de la Salle sur Demande vide. Cho eut un sursaut en entendant le nom de Voldemort mais elle soutint le regard de Harry sans tressaillir.
- Toi, tu as survécu alors que tu n'étais qu'un bébé, dit-elle à mi-voix.
- Oui, bon, répondit Harry en se dirigeant vers la porte – le besoin de respirer un air plus frais que celui de cette pièce qui lui semblait exiguë, le besoin de s'éloigner de cette conversation qui éveillait en lui cette détresse qu'il tentait depuis juin de maîtriser le submergeant soudain. Je ne sais pas pourquoi, et personne ne le sait, alors il n'y a pas de quoi s'en vanter.
- Oh, ne t'en va pas ! dit Cho, la voix à nouveau pleine de larmes. Excuse-moi, je suis bouleversée… Je ne voulais pas…
Elle eut un sanglot. Même lorsqu'elle avait les yeux rouges et gonflés, elle était très belle. Harry se sentit désemparé. Il aurait été si content qu'elle lui souhaite simplement un « joyeux Noël ».
- Je sais que ça doit être horrible pour toi, dit-elle en s'essuyant à nouveau les yeux avec sa manche. M'entendre parler de Cedric alors que tu l'as vu mourir… J'imagine que tu préférerais oublier ?
Harry ne répondit rien. C'était vrai, d'une certaine manière, mais il aurait manqué de cœur en l'admettant. Et, si les yeux vitreux et morts de Cedric le hantaient toujours, il ne pouvait se résoudre à oublier les derniers mots de son âme brumeuse : « Je t'aime ». Mais il ne pouvait rien dire à Cho. Il ne pouvait pas dire qu'il répugnait à parler de Cedric non seulement parce qu'il s'était éteint sous ses yeux, mais aussi parce qu'il était amoureux de lui, et que c'était la faute de Harry, en fait, si le capitaine des Poufsouffle l'avait suivi dans ce cimetière. (…)
Ils se regardèrent un long moment. Harry éprouvait un ardent désir de s'enfuir de la pièce mais, en même temps, il était totalement incapable de bouger les pieds. »
Harry Potter et l'Ordre du Phénix, Chapitre 21 : L'œil du serpent
Il aurait mieux fait de s'enfuir, pensa Harry d'un air sombre, les yeux fixés sur les lettres maladroites, entrecoupées de points d'interrogation, qui agrémentaient le parchemin blanc. Il aurait mieux fait de fuir avant qu'ils ne s'embrassent. Cela lui aurait sans doute éviter le fiasco de la Saint-Valentin, lorsqu'il s'était rendu au café de Madame Pieddodu en sa compagnie.
« - Je suis venue ici avec Cedric, l'année dernière, poursuivit Cho.
Dans la seconde qui lui fut nécessaire pour assimiler ce qu'elle venait de dire, Harry sentit ses entrailles se glacer. Il ne parvenait pas à croire qu'elle veuille lui parler de Cedric maintenant, alors qu'ils étaient entourés de couples en train de s'embrasser et qu'un chérubin flottait au-dessus de leur tête. Il ressentit également un pincement au cœur à l'idée de Cedric et Cho, s'embrassant à cette même table. Certes, Harry et Cedric sortaient déjà ensemble à la Saint-Valentin de l'année dernière, et le Poufsouffle n'avait pas rejoint Cho à Pré-au-Lard ce jour-là, mais avant leur premier baiser, Harry se demanda combien de fois Cedric avait invité Cho à prendre un café ici.
Il se força à penser à autre chose. La voix de Cho était un peu plus aiguë lorsqu'elle reprit la parole :
- Il y a une question que j'ai toujours voulu te poser… Est-ce que Cedric… est-ce qu'il a… dit quelque chose sur moi avant de mourir ?
C'était le dernier sujet dont Harry avait envie de parler, surtout avec Cho.
- Heu… non…, répondit-il à mi-voix. Il… Il n'a pas eu le temps de dire quoi que ce soit.
C'était un mensonge, bien sûr, songea Harry en repensant au même instant à la silhouette de fumée de Cedric : « Je t'aime. » Mais il était impensable de dire à la vérité, et certainement pas à Cho.
- Et… heu… tu vas souvent voir des matches de Quidditch pendant les vacances ? Ce sont les Tornades, ton équipe préférée, je crois ?
Sa voix paraissait faussement enjouée et il vit avec horreur que les yeux de Cho se remplissaient à nouveau de larmes, comme le jour, avant Noël, où elle avait pleuré à la fin de la réunion de l'A.D.
- Ecoute, chuchota-t-il d'un air désespéré en se penchant vers elle pour que personne d'autre ne puisse l'entendre. Ne parlons pas de Cedric maintenant… Parlons d'autre chose…
Mais apparemment, ce n'était pas du tout ce qu'il aurait fallu dire.
- Je pensais, sanglota-t-elle, des larmes s'écrasant sur la table, je pensais que toi, tu c-c-comprendrais ! J'ai besoin d'en parler ! Et t-t-toi aussi, tu as besoin d'en parler ! Enfin quoi, tu as vu comment ça s'est passé, non ?
Tout se transformait en cauchemar. Harry serra les dents pour retenir une imprécation. Pouvait-elle seulement imaginer ce que c'était que de voir mourir quelqu'un, qui plus est – même si elle l'ignorait – quelqu'un qu'on aimait, autant qu'il avait aimé Cedric, quelqu'un avec qui on avait fait l'amour ? Ne pouvait-elle pas comprendre qu'il ne voulait pas revivre le souvenir de ces affreux instants ? (…)
Cho se leva d'un bond. La salle était devenue silencieuse et tout le monde les observait.
- A un de ces jours, Harry, dit-elle d'un ton théâtral.
Avec un léger hoquet, elle se précipita vers la porte, l'ouvrit à la volée, et se précipita sous la pluie battante.
- Cho ! appela Harry.
Mais la porte s'était déjà refermée derrière elle dans un tintement musical.
Le silence était total dans le salon de thé. Tous les yeux s'étaient fixés sur Harry. Il jeta un Gallion sur la table, secoua la tête pour en faire tomber les confettis roses qu'il avait dans les cheveux et sortit à son tour.
Il pleuvait dru à présent et il ne la voyait nulle part. Harry ne comprenait rien à ce qui venait de se passer. Une demi-heure plus tôt, ils s'entendaient à merveille.
- Ah, les femmes ! marmonna-t-il avec colère, les mains dans les poches, en pataugeant dans l'eau qui ruisselait sur le trottoir. Et d'abord, pourquoi voulait-elle parler de Cedric ? Pourquoi faut-il toujours qu'elle amène des sujets de conversation qui la transforment en tuyau d'arrosage ?
Il était furieux, à présent. Furieux et triste. Les mots de Cho étaient gravés en lettres flamboyantes dans sa tête : « Je suis venue avec Cedric ici, l'année dernière. » Pourquoi, chaque fois qu'ils étaient ensemble, chaque fois que Harry sentait qu'il pouvait être heureux, chaque fois qu'il lui semblait que la blessure de la perte de Cedric pouvait cicatriser, pourquoi, à chaque fois, s'employait-elle à le lui rappeler ? »
Harry Potter et l'Ordre du Phénix, Chapitre 25 : Le scarabée sous contrôle
« Oh, j'ai oublié de te demander, dit Hermione d'une voix enjouée en jetant un coup d'œil à la table des Serdaigle. Comment ça s'est passé ta sortie avec Cho ? Comment se fait-il que tu sois arrivé si tôt aux Trois Balais ?
- Oh, heu… c'était…, dit Harry en se servant une deuxième part de tarte à la rhubarbe, un fiasco total, maintenant que tu m'y fais penser.
Et il lui raconta la scène qui s'était déroulée dans le salon de thé de Madame Pieddodu :
- … et à ce moment-là, acheva-t-il quelques minutes plus tard tandis que disparaissait le dernier morceau de tarte, elle se lève d'un bond et elle me dit : « A un de ces jours, Harry. » Et puis elle s'en va en courant !
Il posa sa cuillère et regarda Hermione.
- Je me demande ce qui lui a pris ? Qu'est-ce que ça signifie ?
Hermione jeta un coup d'œil à Cho et soupira.
- Oh, Harry, dit-elle. Je suis désolée, mais tu as un peu manqué de tact.
- Moi ? Manqué de tact ? s'indigna-t-il. Tout allait très bien et, brusquement, elle me raconte que Roger Davies l'a invitée à sortir avec lui et qu'elle venait souvent dans ce stupide salon de thé s'embrasser avec Cedric. Comment je suis censé réagir à ça, moi ?
Sa voix s'était amplifiée sur l'avant-dernière phrase, et il espéra ardemment que Hermione n'avait rien remarqué, et surtout, qu'elle ne prêterait pas attention à la façon dont sa voix avait tremblé à l'instant où il avait prononcé le nom de Cedric. »
Harry Potter et l'Ordre du Phénix, Chapitre 26 : Vu et imprévu
Pour la première fois depuis qu'il avait ouvert le vieux journal intime, Harry eut un sourire, même s'il restait amer. Il se souvenait parfaitement de la façon dont ils s'étaient réconciliés, puis séparés, puis à nouveau ensemble, avant de se disputer une nouvelle fois avec la trahison de Marietta. A présent, avec le recul, il se demandait pourquoi ils s'étaient acharnés à tenter de mettre sur pied une relation qui les détruisait plus que toute autre chose.
Dans les yeux de Cho, Harry pouvait y voir Cedric, il ne pouvait penser qu'à lui. Quand il embrassait Cho, il se rappelait que les lèvres de Cedric s'étaient posés sur la bouche de la jeune fille. Quand il la serrait dans ses bras, il savait que Cedric l'avait étreinte comme il le faisait.
Harry songeait que leur rupture avait été, tacitement, la meilleure décision qu'ils aient pu prendre, et, pendant un an encore, il s'était employé à laisser le temps cicatriser la blessure de la perte de Cedric. Puis, il était tombé amoureux de Ginny, et il s'était promis de la protéger jusqu'au bout, la protéger comme il n'avait su protéger Cedric.
« (…) Ginny ne pleurait plus. Elle se tourna vers Harry avec ce même regard flamboyant qu'elle avait eu en le serrant dans ses bras, après qu'ils eurent remporté la Coupe de Quidditch en son absence. Il sut qu'en cet instant, ils se comprenaient parfaitement, que lorsqu'il lui annoncerait ce qu'il allait faire, elle ne répondrait pas : « Sois prudent » ou : « Ne le fais pas », mais accepterait sa décision, parce qu'elle n'en attendait pas moins de lui. Il rassembla donc tout son courage pour lui dire ce qu'il avait le devoir de lui dire depuis la mort de Dumbledore.
- Ginny, écoute, murmura-t-il, alors que la rumeur des conversations enflait autour d'eux et que les gens commençaient à se lever. Je ne peux plus rester avec toi. Nous devons cesser de nous voir. Nous ne pouvons pas continuer comme ça.
Avec un sourire étrangement tordu, elle répondit :
- J'imagine que c'est pour de stupides et nobles raisons ?
- Ces dernières semaines avec toi, c'était comme… comme si j'avais vécu la vie de quelqu'un d'autre, dit Harry. Mais je ne peux pas… Nous ne pouvons pas… Il y a des choses que je dois faire seul maintenant.
Elle ne pleura pas, se contenta de le regarder dans les yeux.
- Voldemort se sert des proches de ses ennemis. Il t'a déjà utilisée comme appât dans le passé, parce que tu es la sœur de mon meilleur ami. Songe aux dangers encore plus grands que tu devrais affronter si nous continuons. Il l'apprendra, il te trouvera. Il essaiera de m'atteindre à travers toi.
- Et si je m'en fiche ? répliqua Ginny d'un ton féroce.
- Moi, je ne m'en fiche pas, poursuivit Harry. A ton avis, qu'est-ce que je ressentirais si c'était ton enterrement qui venait d'avoir lieu… et que j'en sois responsable…
Sa voix s'éteignit. « Je t'aime comme j'aimais Cedric. Je ne veux pas te perdre comme je l'ai perdu. Pas par ma faute. »
C'était ce qu'il aurait voulu dire, c'est ce qu'il garda secret au fond de son esprit. Il éprouva alors le besoin ardent de la serrer dans ses bras, de l'embrasser… Elle tourna la tête vers le lac. »
Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé, Chapitre 30 : La tombe blanche
Le journal s'arrêtait là. Après la mort de Dumbledore, Harry n'y avait plus écrit. Les derniers mots qui s'y traçaient étaient pour Ginny, et le parchemin des pages restantes était resté vierges.
Les doigts tremblants, Harry referma le journal. Son cœur cognait à tout rompre contre sa cage thoracique.
