Harry passa une fois de plus la porte du grenier. Mais à présent, aucune lumière sanglante ne passait plus la fenêtre dans le toit, et il fut obligé de lancer plusieurs sortilèges le premier pour éclairer la pièce, le second pour purifier l'air toujours surchargé de poussière. Puis il s'avança vers les étagères du mur du fond, éclairant, à la lueur de la baguette magique, les cadres qui s'y entassaient. D'un geste du poignet, il fit apparaître un cadre.
Inutile d'avoir peur des souvenirs, à présent. Ses doigts glissèrent entre les pages du journal qui avait accompagné trois ans de sa vie tourmentée, et en retirèrent la photo de Cedric. Sur cette photo-là, le Poufsouffle n'avait pas disparu. Il se contentait de sourire à Harry, les yeux pétillants, faisant mine de temps à autre de lui envoyer un baiser.
Et, cette fois, le cœur de Harry ne se serra pas. Ou si peu. Cette fois, il eut un doux sourire en contemplant les yeux gris, et il glissa la photo sous le verre qui la protégerait. Avec précaution, presque avec délicatesse, Harry plaça ensuite le cadre à côté de celui dans lequel resplendissait Dumbledore, au côté de tous ceux qui étaient tombés sous les coups de Voldemort. Des membres de l'Ordre ses parents, Remus, Fred, Tonks, Maugrey, Sirius.
Un nouveau coup de baguette magique, et un vase élégant s'esquissa dans les airs, semblant prendre consistance à partir du vide. Dans le soliflore de cristal, il glissa la rose merveilleuse, le dernier présent que Cedric lui avait fait avant de rejoindre le néant, avant de se tourner vers la Pensine qui reposait sur une étagère. La baguette de Harry toucha la tempe, et lorsqu'il l'en écarta, les filaments de pensée argentés se détachèrent avec elle, tombant dans la bassine de pierre, peu profonde, son bord gravé de runes et de symboles étranges et fascinants, où ils commencèrent à tournoyer dans un tourbillon coloré.
Enfin, le journal intime à couverture de cuir pourpre trouva sa place contre l'album que lui avait offert Hagrid lors de sa première année, sur les pages duquel ses parents lui faisaient de grands signes de la main.
Puis il tourna les talons, quitta le réduit sous les toits. En refermant la porte, il contempla le sourire éternel de Cedric, sur la photo éclairée par la lueur argentée qui se diffusait de la Pensine, et ses propres lèvres s'étirèrent avec douceur.
- Collaporta, murmura-t-il.
Le panneau de bois se colla dans un bruit de succion au reste du mur, verrouillant la porte, et Harry descendit l'escalier pour rejoindre Ginny, Ted, ses neveux et ses enfants.
Dans son cœur, la tempête s'était apaisée et seule restait la voix, lointaine, presque oubliée, et si primordiale.
« Je t'aime. »
Pour l'éternité.
