Le club des amateurs de tricot – Chapitre 3
Un baiser volé
Hime tapotait nerveusement le métal de son bandeau frontal, à légers coups d'ongles secs. Poc poc poc.
Assise dans la clairière, elle attendait Obito. Depuis qu'elle faisait elle aussi partie des genins du village, leurs séances d'entraînement s'était faite plus rares, vu que les missions étaient nombreuses et de plus en plus longues et dangereuse. En temps de paix, ce genre de missions n'auraient jamais été confiées à des genins, mais plutôt à des chuunins, si ce n'était des jounins. Mais bon, les chuunins étaient trop occupés avec la défense du village et les missions de rang A et S, alors que les jounins supervisaient les genins ou participaient à des missions encore plus dangereuses, ainsi qu'aux batailles groupées.
La fillette ferma les yeux, se remémorant encore une fois le visage du premier homme qu'elle avait tué. Cette image la hantait sans arrêt depuis des mois. Le visage assuré de l'homme, qui s'était jeté sur elle en pensant trouver une proie facile (avec son apparence chétive et délicate, Hime n'avait jamais eu une apparence menaçante, ce qui pouvait être un avantage pour bluffer les ennemis), puis ses yeux qui s'était écarquillés de surprise quand la fillette avait filé entre ses doigts, vive comme l'éclair, et avait enfoncé sa lame dans sa gorge.
Poc poc poc.
Un ennemi de moins pour la Feuille. C'est ce qu'elle s'était dit, ce que les deux autres membres de son équipe lui avaient soutenu quand ils l'avaient senti flancher, ce que leur professeur lui avait assuré. Et puis, avec les mois suivants et la guerre qui se poursuivait, Hime avait préféré ne pas tenir de compte. Elle remplissait ses missions, protégeait son village, éliminait les obstacles si nécessaire. Heureusement, c'était le plus souvent Yato-sensei qui s'occupait de neutraliser les ninjas ennemis.
Poc poc poc.
Hime faisait équipe avec deux garçons de sa promotions. Si au départ le courant n'était pas très bien passé, vu qu'ils ne lui pardonnaient toujours pas son comportement injuste envers Kotetsu et Izumo lorsqu'ils étaient à l'Académie, les choses avaient fini par s'améliorer. Ils s'agissait de deux personnages qui n'apparaîtraient jamais dans l'histoire, qui n'avait aucun rôle, pas même une parole. Ainsi, Hime avait pu se lier d'amitié avec eux. Tout comme elle pouvait parler librement avec Yato-sensei, jounin brillant mais insignifiant pour l'histoire.
Maintenant, Hime avait onze ans. Et ce qu'elle avait redouté pendant ces deux dernières années était sur le point de se produire : Obito avait treize ans, et il allait recevoir aujourd'hui la mission durant laquelle il allait perdre la vie. Il allait partir, et ne reviendrait jamais. Et, même si elle avait le sentiment que son cœur était en train de se déchirer en lambeaux, Hime avait tenu à lui donner rendez-vous dans leur clairière avant qu'ils ne doivent tous les deux rejoindre leurs équipes respectives.
Poc poc poc.
Avec un pâle sourire, elle se remémora que son meilleur ami lui avait confié qu'il allait partir très en avance pour ne pas être en retard pour sa mission. Mais dans le livre, il arrivait en retard, et c'est ainsi que le caractère rigide et intolérant du jeune Kakashi était exposé aux lecteurs. Hime allait donc se charger de le retarder suffisamment, tout en profitant de l'occasion pour le voir une dernière fois. Après tout, n'avait-elle pas juré de protéger l'histoire ? Elle ne pouvait pas sauver la vie d'Obito, mais elle s'assurerait au moins qu'il serait suffisamment en retard pour le pas perturber le cours normal des choses.
Poc poc poc.
Hime avait reçu son bandeau frontal à dix ans, non parce-qu'on recrutait des enfants inexpérimenté en les embrigadant trop tôt, mais parce-qu'avec la guerre, l'entraînement était devenu beaucoup plus intensif et dangereux. Konoha avait besoin de ninjas, et les aspirants se retrouvaient bombardés genins dès qu'on estimait qu'ils en avait le niveau.
Pour l'occasion, le club des amateurs de tricots avait organisé une grande fête (secrète) en son honneur. Maintenant, Hime leur servait d'espionne auprès des ninjas. C'est ainsi qu'elle les avaient prévenu que l'équipe de Minato Namikaze allait recevoir la mission qui allait tuer Obito et changer Kakashi. Les membres du clubs étaient si heureux de voir qu'un épisode de l'histoire allait enfin se jouer grâce à leur travail, qu'ils avaient décidé de se réunir pour fêter la nouvelle. Seuls Shuhei et Hime avaient refusé d'y participer, refusant de se réjouir le jour de la mort d'un enfant. Harue avait ricané gentiment, et avait fait remarquer que l'oncle et la nièce se ressemblaient de plus en plus.
- « Hime-chan ! »
L'enfant releva la tête et sourit chaleureusement à Obito, malgré l'envie de pleurer qui la démangeait.
- « Je suis en retard ?! » s'étonna le garçon. « Mais j'étais pourtant persuadé d'être à l'heure ! »
- « Non, c'est moi qui suis venue en avance » le rassura Hime. « Tu es juste à l'heure. »
Obito soupira de soulagement, et se laissa tomber aux côtés de son amie. Avec une excitation non dissimulée, il lui fit part de son nouveau plan pour briller enfin aux yeux de Rin et de Minato-sensei, tout en ridiculisant Kakashi. Hime gloussa discrètement, sachant parfaitement que ce plan était voué à l'échec, comme les centaines d'autres plans qui l'avaient précédé. Cependant, elle n'osa pas murmurer qu'Obito allait sans doute gagner enfin la reconnaissance de ses deux camarades, même si ce n'était pas de la manière qu'il aurait souhaité.
Se forçant à sourire, elle papota gaiement avec son ami. Elle lui raconta sa dernière mission, et comment elle avait mis en pratique ses conseils sur la bonne manière de se glisser derrière un ennemi. Comment Hikaru, un de ses deux équipier, avait impressionné le professeur en mettant au point un plan d'attaque très ingénieux, et qu'à cause de ça Eichiro (l'autre équipier) avait passé tout le reste de la mission à bouder. Encore et encore, elle écouta Obito parler de la gentillesse et de la beauté de Rin, et se plaindre de Kakashi avec dans la voix une note de jalousie teintée d'admiration.
Mais ça ne pouvait pas durer. Bien trop vite, Obito sauta sur ses pieds, et regarda sa montre.
- « Oh ! Je dois partir maintenant, il me reste juste assez de temps pour arriver à l'heure ! »
Mais Hime l'attrapa par le bras, et s'empara de l'écharpe qu'il avait autour du coup. L'écharpe qu'elle lui avait offert l'an dernier, après l'avoir tricotée elle-même. Obito avait été sacrément embarrassé quand son équipe lui avait demandé d'où lui venait ce nouveau vêtement, et s'était contenté de rougir en détournant les yeux, lançant ainsi la rumeur comme quoi il avait une petite-amie en secret.
- « Hé ! » protesta le jeune Uchiwa. « C'est mon écharpe, rends-la moi ! »
- « Non, je la garde avec moi ! » répondit la fillette d'un ton joueur, en lui tirant la langue.
- « Hime-chan, ça ne se fait pas de reprendre les cadeaux qu'on fait ! C'est très mal-élevé ! »
Obito avait l'air en colère maintenant, et Hime s'en voulut. Mais elle ne pouvait pas le laisser apparaître sur le livre avec un écharpe qu'il n'était pas censé posséder autour du cou. Ça serait comme rédiger une confession écrite comme quoi elle avait trahi une des Règles de Vie.
- « Je ne la reprends pas, je te l'emprunte » rétorqua-t-elle doucement. « Comme ça, tu seras obligé de revenir vivant pour la récupérer. »
Le visage du garçon s'adoucit, et il laissa échapper un rire amusé.
- « Dans ce cas, je veux bien te la prêter. » sourit-il. « Mais tu ne me l'abîmeras pas, n'est-ce pas ? »
La gorge d'Hime se serra, et elle hocha la tête. Les larmes qu'elle s'efforçait de retenir lui piquèrent les yeux, et elle baissa la tête pour les cacher. Obito s'apprêta à partir, mais elle le retint encore une fois, agrippant un coin de sa veste entre ses doigts, presque malgré elle.
Ne pars pas !!! hurla-t-elle en pensée. À deux doigts de crier pour de vrai et de raconter à Obito qu'il allait mourir, elle serra les lèvres et se fit violence. Tu as juré, se répéta-t-elle. Tu as juré, tu as juré...
- « Hime-chan », soupira Obito. « Ce n'est qu'une mission comme les autres ! Je serais revenu bientôt, je te le promet. Alors ne te mets pas dans des états pareils, d'accord ? »
À regrets, elle le lâcha. Avec un sourire rassurant de grand frère, Obito lui ébouriffa gentiment les cheveux.
- « À bientôt, ma petite princesse. »
C'en fut trop. Hime se dressa sur la pointe des pieds et, sans réfléchir, posa ses lèvres sur celles de son ami. Quelques secondes passèrent dans un silence étouffant, puis elle se recula. Obito arborait une expression stupéfiée, et elle se sentit rougir.
- « Pour que tu ne m'oublie pas » murmura-t-elle.
Obito secoua la tête, semblant rassembler ses pensée, puis partit en courant après lui avoir adressé un dernier sourire (un peu gêné, cette fois-ci). La dernière chose qu'Hime entendit de lui fut une exclamation étouffée alors qu'il s'éloignait à toute vitesse.
- « Oh non, je suis en retard ! »
Lentement, presqu'en trainant les pieds, Hime rejoignit son équipe. Yato-sensei la réprimanda car elle était distraite et ne prêtait qu'une attention minimale à la mission. Heureusement, la mission du jour était relativement simple et comportait peu de risques. Il s'agissait juste de garder un endroit où des ennemis risquaient de tenter de s'introduire pour attaquer par l'arrière les ninjas qui se trouvaient au front.
Comme l'Hokage l'avait prédit, une équipe de ninjas ennemis arriva discrètement le deuxième jour, mais l'équipe Yato était bien dissimulée et eut tôt fait de leur tendre une embuscade mortelle.
Cela dura une semaine, puis une autre équipe vint prendre le relai. Lors du chemin du retour au village, Hime se prépara mentalement, sachant que l'équipe d'Obito serait déjà revenue, sans lui. On allait annoncer sa mort. Avait-elle raté la cérémonie d'adieu, pendant laquelle son nom serait gravé sur la stèle des ninjas morts au combat ? De toute manière, elle n'aurait pas eu le droit d'y participer...
L'équipe rentra en ville, et apprit ainsi le drame qui était survenu dans l'équipe Namikaze. Hime eut du mal à faire comme si la nouvelle ne la touchait pas plus que nécessaire. Puis Yato-sensei apprit que la cérémonie se tenait le jour même, et tint à y participer pour présenter ses condoléances à son vieil ami Minato.
Prétextant un furieux mal de ventre, Hime s'éclipsa et rentra chez elle (croyant qu'il s'agissait d'une manifestation des premiers cycles de la fillettes, Yato la laissa filer). Mais au lieu d'aller retrouver Shuhei, Hime courut jusqu'au club des amateurs de tricot, et demanda à avoir accès aux livres de Naruto. Un peu surpris de sa demande empressée, Atsuro la laissa tout de même avoir accès à la salle hautement fortifiée qui renfermait les livres.
Fébrile, Hime feuilleta rapidement les pages du volume qu'elle cherchait, puis tomba enfin sur la passage décrivant la jeunesse de Kakashi. Religieusement, elle tourna les pages, et observa les premières images, quand Obito se précipitait à la rencontre de son équipe.
Elle observa attentivement les images, puis se mit à sourire, puis à rire. Puis les larmes qu'elle retenait depuis une semaine tombèrent enfin, roulant à torrent sur ses joues.
Sur les images, un léger changement s'était produit. Hime avait tellement lu et relu ce passage qu'elle le connaissait par cœur, aussi pouvait-elle affirmer avec certitude que quelque chose, un détail mineur en apparence, avait changé.
Ses pleurs redoublèrent.
Sur le dessin, les joues d'Obito était légèrement plus colorées qu'avant, et malgré l'expression affolée de son visage à cause de son retard, un doux sourire tordait le coin ses lèvres.
Kakashi ajusta son bandeau frontal, de manière à ce qu'il recouvre l'œil d'Obito. Il avait encore du mal à se rendre réellement compte de ce qui se passait. Les évènements s'étaient enchaînés si vite... Et Obito était mort, sous ses yeux.
Il se dirigea vers la stèle d'un pas lourd. Après que Minato-sensei les ait sauvés, Rin et lui, il leur avait fallu une journée pour atteindre le pont et le détruire, puis deux jours pour revenir à Konoha. Ses blessures avait été examinée, la coupure de son œil soignée, mais il lui resterait toujours cette profonde cicatrice verticale.
Son cœur se serra quand il se rappela les larmes de Rin, lors de la cérémonie du matin. L'Hokage avait prononcé un discours, pour Obito comme pour les autres ninjas qui avaient péri durant la semaine. Minato-sensei avait un visage fermé, accablé par la perte de son élève. Un jounin que Kakashi ne connaissait pas, dénommé Yato, était venu leur présenter ses condoléances sincères.
Mais les messages de compassion ne l'affectaient pas. Tout ce que Kakashi voyait, c'est le nom d'Obito gravé sur la pierre froide.
Par sa faute.
Si seulement il ne l'avait pas abandonné... S'il était revenu plus tôt, s'il avait été avec lui dès le départ, alors il n'aurait pas perdu un œil, et Obito ne serait pas mort en le sauvant. C'était si bête... S'il ne s'était pas conduit ainsi, le jeune Uchiwa serait toujours en vie.
« Les ninjas qui ne suivent pas les règles sont appelés des déchets, mais ceux qui abandonnent leur camarades sont pires que ça. » avait dit Obito.
Kakashi se sentait pire, bien pire qu'un déchet. Il avait abandonné Rin et Obito, et par sa faute l'un d'entre eux avait perdu la vie. Mais quel genre de jounin était-il ? Quel genre d'ordure avait bien pu laisser ses deux camarades à une mort certaine ?
Lorsqu'il arriva en vue de la stèle, il constata qu'il y avait déjà quelqu'un, une fillette un peu plus jeune que lui, qui venait de déposer un bouquet de fleurs devant la pierre. Son bandeau frontal et sa tenue (assez similaire à celles de toutes les kunoichis) lui indiqua qu'elle était une genin tout juste sortie de l'Académie. Agenouillée, elle regardait pensivement les noms gravés et murmurait doucement, s'adressant sans doute à un de ses proches disparus.
Par habitude, Kakashi masqua sa présence et continua à s'approcher, tout en restant en retrait. Il tenait à être seul, lorsqu'il irait se recueillir devant la stèle et demander encore une fois pardon à son ami. Soudain, les paroles de la fille éveillèrent son intérêt : elle venait de prononcer le prénom « Obito ».
- « Je suis désolée », l'entendit-il murmurer. « J'aurais tant voulu te sauver ! Si seulement j'avais pu te le dire, te prévenir... »
Elle sanglota doucement, et caressa la gravure du nom Uchiwa Obito.
- « Me pardonneras-tu un jour, Obito ? Même si je t'ai laissé mourir ? Il fallait que tu meures, je l'ai toujours su, mais... »
Dès qu'il entendit ces paroles, Kakashi se précipita sur elle en un éclair, et saisit son bras. Pourquoi disait-elle qu'il fallait qu'Obito meure ?! Et pourquoi affirmait-elle qu'elle l'avait laissé mourir ?!
La fillette le regarda, et sembla le reconnaître, car ses yeux gris s'agrandirent et son visage prit une expression de terreur absolue. Elle chercha aussitôt à se libérer de son emprise.
- « Qu'est-ce que ça signifie ? Réponds ! » ordonna-t-il d'une voix dure.
La gamine se débattit, mais cela eut pour seul effet de renforcer l'emprise de Kakashi sur elle. Il lui saisit l'autre bras, et resserra sa poigne.
- « Lâchez-moi, lâchez-moi ! » cria-t-elle. « Vous me faites mal ! »
Les larmes coulaient sur ses joues rondes, et ses yeux étaient suppliants. Kakashi relâcha légèrement son emprise, se rendant brusquement compte qu'il était en train de brutaliser une enfant. Un peu honteux par sa conduite, il n'en relâcha pas moins la fillette, désireux d'obtenir des réponses.
Au bout de deux minutes, elle cessa de se débattre, et baissa la tête.
- « Alors ? » insista le jeune jounin.
La fillette eut alors une réaction à laquelle il ne s'attendait vraiment pas : brusquement, elle attrapa ses poignets et releva la tête, alors que sa jambe se détendait comme un ressort. Les mains bloquées par la poigne de l'enfant, Kakashi ne put se défendre tout de suite et le talon de la fille le heurta sous le menton, le forçant à la lâcher.
- « Navrée » souffla la fillette, avant de s'enfuir à toute vitesse.
Estomaqué de s'être fait avoir ainsi, Kakashi la regarda disparaître. Il se massa le menton à travers son masque de tissu, s'interrogeant sur la signification des paroles de l'enfant. Pourquoi avait-elle préféré s'enfuir plutôt que de répondre à ses questions ?
- « Kakashi ? »
Le garçon releva la tête, pour voir Minato-sensei qui se tenait devant lui, une expression soucieuse sur le visage. Il avait encore les traits tirés, et son visage était creusé par la tristesse. Kakashi songea cependant qu'il devait avoir une mine encore pire, depuis la mort d'Obito.
Kakashi se tourna vers la tombe, et son regard tomba sur le bouquet de fleurs que l'étrange fille avait apporté. Il raconta alors ce qu'il avait entendu à son professeur, ainsi que la réaction terrifiée de la gamine lorsqu'elle l'avait vu, puis sa fuite.
Minato-sensei fronça les sourcils, et réfléchit quelques instants.
- « Cette enfant, avait-elle de longs cheveux noirs et des yeux gris ? »
- « Oui, vous la connaissez ? »
Minato continua à réfléchir, l'air de plus en plus soucieux, puis s'éloigna sans répondre.
- « C'est étrange... » murmura-t-il avait de se téléporter ailleurs.
Resté seul devant la stèle, Kakashi chassa ces bizarreries de son esprit, et déposa les lunettes d'Obito, à côté des fleur de la fille.
Dorénavant, se promit-il, il ne serait plus jamais le genre de déchet qu'il avait été.
Hime courut chez elle à tout vitesse, sans regarder derrière elle. La situation était grave, très grave ! Non seulement elle avait rencontré Kakashi, un des personnages centraux, mais en plus il l'avait entendu quand elle s'était lamentée sur la stèle !
Filant comme une fusée, elle monta directement dans sa chambre sans même adresser un mot à Shuhei. Là, elle attrapa Mia et se jeta sur son lit.
- « C'est grave, c'est grave, c'est grave ! » chuchota-t-elle d'une voix paniquée à sa poupée. « Qu'est-ce que je vais faire ?! »
Si ses camarades avaient su qu'elle continuait à parler à une poupée à son âge, ils se seraient sûrement moqués d'elle, mais Mia restait la seule personne à qui elle pouvait confier tous ses problèmes. Malgré le fait qu'elle ne soit qu'un poupée, elle représentait son amie la plus fidèle, dans la mesure où elle ne risquerait jamais d'aller divulguer ses secrets.
- « Mia, dis-moi ce que je dois faire ! » continua-t-elle à chuchoter. « Il va se douter de quelque chose, faire une enquête, puis ils vont remonter jusqu'au club, et tout sera découvert ! »
Elle roula de part et d'autre de son lit, en proie à une grande agitation.
- « Mais pourquoi je n'arrête pas de tomber sur eux par hasard ?! » pesta-t-elle à mi-voix. « Je les attire ou quoi ?! Il faut toujours qu'ils me tombent dessus quand je m'y attends le moins ! D'abors Minato, puis Obito, et maintenant Kakashi ! Pourquoi ?! »
Mia sembla compatir.
Hime souffla, et se força à retrouver son calme.
- « Pas de panique. Même s'il commence à enquêter sur moi et que c'est un génie, jamais il ne pourra imaginer la vérité. Il finira par croire que je suis juste une folle à lier. Tu n'es pas d'accord, Mia ? »
Imperturbable, la poupée continua à lui sourire.
- « Oui, tu as raison, je vais devoir être prudente. » approuva Hime.
Elle serra sa poupée contre sa poitrine.
- « Hime-chaaaaan ! » appela la voix de son oncle. « Déjà rentrée ? Viens donc manger ! »
L'enfant soupira. Devant Shuhei et les autres membres du club, il faudrait qu'elle agisse comme si tout allait bien, comme si son meilleur ami ne venait pas de se faire tuer. Comme si elle n'avait pas l'impression d'être de nouveau seule au monde.
- « Ne t'inquiète pas, Mia » souffla-t-elle avant de reposer la poupée sur son étagère. « Je vais l'éviter, comme ça il oubliera mon existence. »
Elle s'apprêta à sortir, puis se retourna au dernier moment vers Mia.
- « Mais tu sais, je pense que ça aurait chouette si j'avais pu être son amie, à lui aussi. Il doit être si triste maintenant... »
- « Hime, ça va refroidir ! »
Hime demanda une dernière fois à Mia de garder le secret (sachant très bien qu'elle ne dirait rien à personne, c'était une poupée de laine après tout), et courut rejoindre son oncle.
Dorénavant, elle ne retournerait plus voir la stèle où était gravé le nom d'Obito.
Elle le pleurerait de loin.
