Bonjour à tous, et bonne année 2010 !
Le club des amateurs de tricot – Chapitre 10
Le roi des aigles
- « Pssst ! Hé, réveille toi ! »
Kakashi ouvrit les yeux, et se redressa brusquement, attrapant précipitamment le kunai qui était toujours sous son oreiller.
- « Tiens, ta couette te sert de masque pour dormir ? Original. » s'étonna la voix de l'intruse, d'un ton froid.
Le jounin cligna les paupières, enfila vite son masque sans que l'intruse n'ait pu voir son visage, et lâcha son arme.
- « C'est comme ça que tu ne m'adresse plus la parole, Hime ? » fit-il d'une voix bourrée de sarcasme. « En t'introduisant chez moi ? »
La jeune fille était assise sur son lit, juste à côté de lui. Elle agita la main en un geste désinvolte, mais malgré l'obscurité ambiante, Kakashi vit qu'elle le fusillait du regard.
- « C'est important. Peux-tu m'expliquer pourquoi ça fait trois jours que Gin se plaint d'être constamment suivi par un certain ninja aux cheveux argentés ? »
- « Il a détecté ma présence ? » répondit-il en affectant un air détendu. « Il est plus fort que je ne l'aurais cru, pour un simple restaurateur playboy. »
Hime grinça des dents, mais Kakashi n'y prêta pas attention. Ainsi, comme il s'en était douté, Gin Nigata faisait partie du secret qui entourait la jeune fille. S'il avait été capable de percevoir la présence d'un jounin comme lui, alors il était évident qu'il n'était pas un civil normal. Cela expliquait aussi pourquoi Nigata n'avait rien fait d'intéressant, ces trois derniers jours : se sachant surveillé, il avait veillé à se comporter comme un restaurateur normal,
- « Je suis venue pour te prévenir : tu dois arrêter de le suivre, Kakashi. Tu ne sais pas dans quoi tu t'embarque ! »
S'inquièterait-elle pour moi ?
- « Et bien justement, j'aimerais bien le savoir. »
- « Pour l'instant » répondit sèchement Hime, tout en faisant mine de ne pas avoir entendu sa dernière remarque, « il pense que tu est tombé amoureux de la princesse Tatsuki, et que tu le suis en espérant qu'il te conduira à l'endroit où elle vit. Mais ça ne durera pas, alors tu dois arrêter ça. »
Kakashi haussa un sourcil.
- « La princesse Tatsuki ? »
- « Mon déguisement de l'autre jour, au festival. J'ai dit à Gin qui tu m'avais invité à danser parce-que tu avais flashé sur la princesse. »
Kakashi laissa échapper un rire, et Hime lui envoya un regard courroucé.
- « Ce n'est pas drôle ! » siffla-t-elle. « Je risque ma vie à chaque fois que je me trouve à moins de quinze mètres de toi, et c'est la seule excuse que j'ai trouvé pour que Gin ne se doute de rien ! »
- « Pourquoi ? Qu'ai-je donc de si dangereux pour qu'on t'interdise ainsi de me voir ? » demanda-t-il, ayant retrouvé tout son sérieux.
La jeune fille soupira.
- « Le danger ne vient pas de toi, c'est... »
Elle s'interrompit, parut sur le point d'ajouter quelque chose, mais se ravisa en secouant la tête. Puis son visage se durcit et Kakashi retint un soupir. Elle venait de se remettre en mode « je-ne-te-parle-plus-jamais ».
- « Peu importe » reprit-elle, ayant retrouvé sa voix froide. « Je suis venue pour te mettre en garde : si tu tiens à tes fesses et que ma vie a un minimum d'importance à tes yeux, alors cesse de harceler Gin et oublie nous. »
Hime fit mine de partir, mais il la retint fermement par le bras. Elle se débattit, sans grand succès.
- « Lâche moi ! »
- « Pas avant que nous ayons eu une vraie conversation. »
- « Et ce qu'on fait depuis tout à l'heure, ce n'est pas une conversation, peut-être ? Lâche moi, ou je te promet que... »
- « M'embrasser ne marchera pas, non plus. » coupa-t-il doucement.
Kakashi pouffa de rire devant l'expression outragée de la jeune fille, mais ne la laissa pas partir pour autant.
- « Il faudrait que je sois complètement cinglée pour vouloir faire une chose pareille... Et encore plus pour l'apprécier ! » ronchonna-t-elle a mi-voix.
- « Rin et moi avons... discuté. »
Hime cessa de se débattre. Elle tenta d'affecter un air indifférent, mais semblait trop curieuse (ou trop en colère ?) pour dissimuler correctement ses émotions. Comme elle ne disait rien, cependant, il poursuivit son explication.
- « Enfin, pas vraiment discuté, mais... Elle a compris que je ne pouvais pas lui retourner ses sentiment, et... J'ai compris qu'elle n'avait plus besoin que je la protège comme avant. Elle s'est faite transférer dans une autre équipe. »
Hime en resta bouche bée. Au bout de quelques secondes de silence surpris, elle sembla reprendre vie.
- « Euh... Je... Ça a dû être difficile pour toi. Je suis désolée. » murmura-t-elle tout bas.
Voyant qu'elle n'allait plus s'échapper, Kakashi lâcha son bras.
Non, ça n'avait pas été facile. Loin d'être facile.
Il ne pouvait pas se défaire de l'impression qu'il avait trahi Obito, même si il était parfaitement conscient que Rin était une femme indépendante, capable de voler de ses propres ailes et de se protéger toute seule. Mais maintenant, depuis qu'il ne pensait plus à la protéger sans arrêt, il avait la désagréable impression de ne plus vraiment avoir de but précis dans la vie.
Protéger et servir Konoha, oui. Mais c'était tout.
Aussi s'était-il concentré sur la résolution du mystère d'Hime, en suivant son cavalier d'un soir, Gin Nigata. Son instinct lui avait dit que cet homme avait quelque chose à voir avec l'énigme, et Hime venait de le lui confirmer. Mais ce qu'elle venait de lui révéler le perturbait : si elle mettait sa vie en danger en le fréquentant, pourquoi avoir quand même cherché à se lier d'amitié avec lui ? Et pourquoi était-elle venu le mettre en garde cette nuit ?
Il prit une profonde inspiration. Pourquoi fallait-il toujours que cette fille l'oblige à prononcer ce genre de paroles difficiles ?
- « Reviens, Hime. Je n'ai plus aucune raison de te trahir, et je peux te promettre que je te protégerais. »
- « Oh ça non ! » rugit la jeune fille, le faisant sursauter. « Je veux bien te donner une seconde chance comme mon ami, mais je t'interdis de me protéger ! Tu m'entends ? Je t'interdis formellement de penser à moi comme à une petite chose fragile à protéger à tout prix, ne serait-ce qu'une seconde. Inutile de me mettre sur un piédestal : sois mon ami, ça me suffit largement. »
Un peu interloqué par sa virulence, Kakashi souris et acquiesça.
- « Bien. Et si tu me laissais dormir, maintenant ? »
Au grand amusement du jeune jounin, Hime parut enfin se rendre compte qu'elle était assise sur le lit d'un homme, en pleine nuit, après s'être introduite chez lui. Même avec la semi-obscurité qui régnait dans la chambre, il vu distinctement qu'elle rougissait. Elle se leva précipitamment, et se dirigea vers la fenêtre ouverte.
- « N'oublie pas » murmura-t-elle tout en enjambant le cadre. « N'approche plus de Gin. Il n'est pas ce qu'il semble être : si tu continue à l'observer, il le saura. »
Elle passa de l'autre côté du mur, et s'accrocha au montant de la fenêtre, se préparant à sauter sur l'immeuble d'en face. Juste avant de disparaître, elle sembla se souvenir de quelque chose, et fit un petit sourire goguenard à Kakashi.
- « Ah, au fait, j'ai détruit la plupart de tes pièges en arrivant. Lorsque tu les remplaceras, essaye d'en mettre des meilleurs... »
Étouffant un juron, le jeune homme se rallongea. Cette fille était tout simplement impossible, il devait vraiment être un peu dérangé pour rechercher ainsi sa compagnie. Oui, il devait être un peu fou. Sinon, pour quelle raison se sentirait-il aussi heureux de savoir qu'elle lui avait enfin pardonné ?
- « Non... Vous êtes sérieux ?! »
- « Bien sûr, ça faisait un petit moment que je voulais te le donner, mais tu étais toujours en mission, ou alors c'était moi qui n'était pas là, alors... Et puisque c'est ton anniversaire aujourd'hui... »
Hime tendit une main tremblante et se saisit du rouleaux, comme s'il s'agissait d'un précieux trésor.
- « Oh, Yato-sensei, je ne sais pas quoi dire, je... Oh, merci ! Du fond du cœur ! »
Un contrat d'invocation ! Un vrai de vrai, le genre de choses qui ne se passaient que de maître à élève, et pas toujours. Elle avait toujours rêvé d'en avoir un, comme Naruto avec les crapauds, ou Tsunade et les limaces ! Et Yato venait de lui en offrir un pour son anniversaire !
- « On m'a dit que ton nom d'ANBU était Hirondelle, alors je me suis dit que ça collerait bien... Et puis les oiseaux sont toujours utiles pour transporter des messages lors des missions d'infiltration, c'est pourquoi je t'ai trouvé un contrat d'invocation avec les aigles. »
Le cœur serré par l'émotion, Hime se jeta au coup de son ancien professeur. Puis il l'encouragea à dérouler le rouleau. Là, plusieurs noms avait été écrits avec du sang, dont celui (elle loucha longuement sur le nom, arrivant à peine à en croire ses yeux) du Premier Hokage.
- « Qu'est-ce que tu attends ? Vas-y, signe le contrat ! » l'encouragea son professeur, qui avait l'air aussi impatient qu'elle. « J'ai eu un mal fou à mettre la main dessus, alors dépêche toi ! »
Sans plus se faire prier, Hime s'entailla le pouce et traça délicatement son nom sur la feuille, tout en se demandant intérieurement si cela allait marcher, vu que ce n'était pas le nom qu'elle avait reçu à sa naissance. Si elle échouait à former le contrat avec son nom actuel, elle serait dans une impasse vu que le Sceau du club avait effacé son ancien nom de sa mémoire.
- « Voilà ! » s'extasia Yato. « Vite vite, essaye d'invoquer un aigle ! J'ai toujours voulu voir à quoi ressemblait les aigles du Premier ! Essaye d'appeler le roi des aigles ! »
Hime lui lança un regard en coin, s'interrogeant brièvement sur les motivations de son ancien professeur. Lui avait-il offert le rouleau par pure générosité, ou pour satisfaire sa curiosité, vu qu'il avait déjà lui-même un contrat d'invocation ?
Profitant du fait que la petite blessure de son pouce saignait encore, elle fit rapidement les sceaux du jutsu d'invocation, et posa les mains au sol, en essayant d'y mettre le plus de chakra possible. Des petits symboles apparurent sous ses mains, drainant son sang et son chakra, puis il y eut un grand pof de fumée blanche.
Hime se releva difficilement, épuisée à cause de la grande quantité de chakra qu'elle venait de fournir, et ouvrit de grands yeux étonnés. Devant elle se tenait un énorme aigle royal, plus grand qu'un éléphant. Le plus étrange était que cet aigle était entièrement blanc !
L'aigle avait de grands yeux dorés. Il regarda le rouleau d'invocation marqué de sang frais, puis son regard perçant se posa sur Yato, puis sur Hime et sa main légèrement blessée.
- « Je suis Byakuya, roi des aigles. Qui es-tu, toi qui m'as appelé ici ? »
Sa voix était très grave, et n'avait rien d'humain. Encore sous le choc, Hime contempla le magnifique plumage immaculé de l'oiseau. Byakuya fit claquer son bec, impatient, et la jeune fille se remémora les paroles d'usage. Enfin, tout le monde ne les utilisait pas (il suffisait de voir le futur contrat entre Naruto et Gamabunta pour le savoir), mais certains, dont Byakuya faisait manifestement partie, préféraient suivre les traditions.
- « Je suis Hime Aigowa, kunoichi de Konoha. Je t'invoque pour former un contrat avec toi et les tiens. »
L'immense aigle inclina la tête, et Hime en fit de même. Il déplia ses grandes ailes et les agita doucement, créant un courant d'air qui ébouriffa les cheveux de la jeune fille. Celle-ci jeta un coup d'œil discret à Yato : il contemplait l'oiseau avec des yeux ronds, et bavait presque d'admiration. Hime retint une envie de ricaner. Même à quarante ans passé, Yato-sensei restait parfois un grand gamin.
- « Grimpe sur mon dos, jeune humaine. Voyons voir si tu es capable de voler avec moi. »
Hime ne se le fit pas dire deux fois : avec précaution, elle s'approcha de Byakuya et celui-ci se baissa suffisamment pour qu'elle puisse grimper sur son dos sans difficulté. Se sentant un peu mal à l'aise (tout de même, elle était sur le dos du roi des aigles !), Hime plaça ses jambes de chaque côté des épaules de son étrange monture, et s'accrocha délicatement au plume de son cou.
Byakuya battit puissamment des ailes, et ils s'envolèrent. En quelques battements d'ailes, ils s'élevèrent bien au-dessus du village, et l'oiseau fila comme une fusée à travers les nuages.
- « C'est merveilleux ! » s'exclama Hime.
Le roi des aigles fit un petit rire de gorge, puis vira brusquement sur la droite.
- « Tu n'as encore rien vu, petite ! »
Il fit plusieurs virages abruptes, puis s'éleva en piqué, passant au-dessus des nuages. Hime commença à avoir froid, mais elle était trop enchanté par le vol pour se sentir affectée. Byakuya volait en rasant les nuages, et Hime n'avait qu'à tendre la main pour sentir leur texture nébuleuse et humide entre ses doigts.
Soudain, il plongea vers le sol, et Hime sentit son estomac se retourner. Le village semblait tout petit, mais il se mit à grossir à toute vitesse à mesure que Byakuya volait – ou plutôt faisait une chute contrôlée – vers lui. La jeune fille poussa un hurlement excité quand il changea sa trajectoire au dernier moment, effleurant la cime des arbres du bout des ailes.
- « YOUHOOOOOOOOU ! » hulula-t-elle en levant les bras au-dessus de sa tête.
Byakuya se dirigea finalement vers l'endroit d'où ils avaient décollé, où les attendait Yato, dont les yeux brillaient d'envie. Il se posa en douceur, et Hime descendit de son dos à regret. L'oiseau géant dû s'en apercevoir, car il partit d'un grand rire rocailleux.
- « Tu t'es montrée digne de moi. » dit-il avec ce qui sembla être une sorte de sourire, dans la mesure où un aigle pouvait sourire. « Désormais, les aigles répondront à ton appel. »
Il inclina la tête, et s'en alla dans un nuage de fumée. Aussitôt, Yato se précipita sur son ancienne élève.
- « Alors ? Alors ? C'était comment ?? »
Hime sourit largement, tout en replaçant tant bien que mal ses cheveux ébouriffés.
- « Eh bien, c'était... YOUHOOOOOOOOU ! »
- « Au cas où tu ne l'aurais pas compris, c'est ton anniversaire que nous fêtons, alors pourquoi m'offrir un cadeau ? » demanda Kakashi d'un air perplexe.
Kakashi, Anko, Genma, Asuma, Hikaru, Eichiro et Hime s'étaient retrouvé dans leur bar favoris, pour fêter l'anniversaire de cette dernière. Elle n'avait osé inviter Rin, sachant que l'ambiance risquait rapidement de devenir... Étrange. De plus, Rin n'aurait sans doute pas répondu à l'invitation.
Hime poussa un soupir contrarié et flanqua le paquet cadeau dans les mains de son ami.
- « C'est juste que j'ai vu ça en passant, l'autre jour, et je me suis dit que ça te plairait. » grommela-t-elle, un peu embarrassée. « Et puis c'est mon anniversaire aujourd'hui, donc je suis la reine de la soirée et je t'ordonne d'accepter ce cadeau. »
Elle observa le jeune homme ouvrir le paquet, un peu anxieuse de voir sa réaction, même si elle était quasiment certaine que le cadeau lui plairait. Kakashi termina de se débarrasser du papier, et regarda le petit livre orange.
- « Icha Icha Tactics ? » fit-il d'une voix incrédule. « Euh... »
Il devait sans doute se demander pourquoi son amie lui offrait de la littérature pour adulte le jour de son anniversaire à elle. Les autres se le demandèrent aussi, car il lui jetèrent tous des regards curieux.
- « Ouvre-le. Je sais qu'il va te plaire. »
Kakashi rechigna un peu, mais finit par l'ouvrir et parcourir des yeux les première pages. Rapidement, il devint si absorbé par sa lecture qu'il ne répondit même plus quand on l'appelait.
- « Eh bien, on dirait qu'il s'est trouvé une nouvelle passion » remarqua Genma.
- « Maintenant que tu t'es réconciliée avec lui, tu vas revenir dans l'équipe ? » demanda Anko d'une voix pleine d'espoir.
Hime secoua négativement la tête, avec un sourire désolé aux lèvres.
- « Non, je ne pense pas. Tu sais, je me sens plutôt bien avec des missions d'infiltration dont le but n'est pas toujours de tuer quelqu'un. »
Anko fit la moue, manifestement déçue, mais n'en rajouta pas.
- « Hé, tu ne m'as jamais offert de cadeau comme ça, même quand on était ensemble ! » ronchonna Hikaru, tout en enfonçant un index vengeur dans les côtes d'Hime, qui poussa un glapissement de surprise.
Eichiro s'étouffa avec sa bière.
- « Q-Quoi ?! Vous êtes sortis ensemble ?! Quand ?? » hoqueta-t-il.
Du coin de l'oeil, Hime vit que Kakashi avait relevé le nez de sa lecture et s'intéressait de nouveau à la conversation. Ah tiens ?
- « C'était quand on avait... 16 ou 17 ans, je crois. Ça a duré quelques mois, puis on s'est rendu compte que ça ne marcherait sans doute pas, alors nous avons décidé de rester amis. » expliqua-t-elle, sans pouvoir s'empêcher de rougir un peu : elle n'aimait pas trop parler de sa vie amoureuse, en général.
- « Ah, c'était le bon temps... » soupira Hikaru. « Mais ça ne pouvait définitivement pas marcher. Dommage, c'était si bien quand on faisait la position du... »
Paniquée, Hime le fit taire d'un coup de poing rageur en pleine figure, qui l'envoya au sol.
- « Si je te reprends à évoquer des détails privés », gronda-t-elle, « c'est un kunai explosif que je t'enverrais sur le visage, compris ? »
Mais le mal était fait : avec un sourire machiavélique, Anko fit un clin d'œil à Genma.
- « Alors comme ça, notre petite princesse s'y connais en la matière ? » susurra-t-elle. « Moi qui t'avais toujours pris pour une petite vierge effarouchée... »
Hime se sentit devenir écarlate, et retint à grand peine une envie pressante d'assassiner Hikaru. Même si à l'époque, son humour et son attitude pleine de sans-gêne l'avait séduite, elle commençait à voir ça comme un défaut passible de mort, dans le cas présent.
- « Je comprends mieux pourquoi tu m'as offert ce livre, alors ! » la taquina Kakashi.
Elle baissa les yeux, les joues enflammées. Si elle avait offert ce livre à son ami, c'était parce-qu'elle savait qu'il en serait fan dans le futur et qu'elle s'inquiétait de voir qu'il ne le lisait toujours pas. Pas pour lui faire une proposition indécente déguisée !
- « Peut-on changer de sujet, s'il vous plaît ? » demanda-t-elle d'une toute petite voix.
Les convives échangèrent tous un regard entendu, puis sourirent à Hime.
- « Certainement pas ! » répondirent-ils tous en chœur, avait d'éclater de rire.
Martha se recroquevilla au sol, tentant de protéger son visage comme elle pouvait, alors que les coups pleuvaient sur elle. Trois adolescents la martelaient de coup de pieds en riant, pendant que le chef de la bande fouillait tranquillement le contenu de son sac à main.
- « C'est tout ? » s'exclama-t-il. « Tu te fiche de nous ou quoi ? P'tain, fallait qu'on tombe sur sur nana pauvre et moche ! »
Ses amis s'esclaffèrent, et les coups redoublèrent.
- « Ouais, t'as de la chance ! » fit un des voyous avec un rire gras. « Si t'avais pas été une mocheté, on te s'rait tous passés dessus ! Tu d'vrais nous r'mercier ! »
Martha serra les lèvres, et tenta désespérément de s'imaginer qu'elle était ailleurs.
- « Ouais r'mercie nous ! » renchérit le chef de la bande.
Elle ferma les yeux et n'émit pas un son, si ce n'était des sanglots et des gémissements de douleur.
- « Qu'est-ce t'attends ? Dis merci, la mocheté ! »
Un des garçon l'empoigna par les cheveux et la força à relever la tête. Puis il lui mit une grande claque, qui lui fit monter les larmes aux yeux.
- « M... Merci » murmura-t-elle.
Ils éclatèrent de rire, et continuèrent de la rouer de coups un moment, avant de se lasser et de la laisser, prostrée contre le mur. Au bout de quelques minutes, Martha se releva péniblement et ramassa son sac à main vide. Il fallait qu'elle rentre chez elle, ou sa mère allait encore l'engueuler. Sans cesser de pleurer, elle sortit de la rue sombre ou la bande de voyous l'avait coincée, et décida de ne pas prendre le bus : elle ne devait pas avoir l'air très présentable.
Au bout de quinze pénibles minutes, elle arriva enfin chez elle et se précipita dans la salle de bain, pour constater l'ampleur des dégâts. Aïe, ce n'était pas beau à voir : elle serait sans doute couvertes de bleus d'ici peu. Le fait de voir son visage trop potelé lui donna envie de pleurer à nouveau. Mocheté, avaient-ils dit.
La voix énervée de sa mère lui parvint du rez-de-chaussée.
- « Eh bien, c'est pas trop tôt ! Je te l'ai déjà dit : tu dois rentrer tôt pour réviser, plus question que je n'ai la honte à la réunion parent-professeur à cause de tes mauvaises notes, tu m'entends ? »
Martha couru dans sa chambre, et se jeta rageusement sur son lit. Tout ce dont sa mère se souciait, c'était ses notes. Ses notes, et son poids, car elle avait honte de montrer sa fille trop rondelette à ses amies. Quelle vie injuste !
Si seulement je pouvais partir d'ici. Si je pouvais devenir belle, et intelligente !
Elle serra les poings.
Si seulement je pouvais partir, dans un endroit où je serais belle et puissante...
Si je pouvais avoir des pouvoirs, pour tous les dominer...
