Le club des amateurs de tricot – Chapitre 11

Serment de mort

Gin n'était pas un homme stupide.

C'était un fait que les autres membres du club oubliaient aisément, à cause de son attitude désinvolte et légère, mais un homme qui se trouvait au commande d'une des plus grandes organisations secrètes du monde ne pouvait pas se permettre d'être stupide.

Oh, s'il pouvait... Juste ne pas savoir, ne pas comprendre, et vivre pleinement cette vie de fantôme qu'était la sienne. Attendre les directive du président du club, et s'en contenter, comme il avait pu le faire auparavant du temps de son prédécesseur... Mais c'était lui le président à présent : plus d'échappatoire.

Il aurait pu tenter de fonder une famille, comme beaucoup de membre du club le faisaient. Hana, par exemple, qui s'était mariée il y a deux ans à un homme de ce monde. Harue, qui avait eu un mari et un fils, tout deux ninjas. Tués en mission, l'un après l'autre.

Gin secoua vaguement la tête, tout en esquissant un pâle sourire. Non, il n'aurait jamais pu se marier, vu que la personne qu'il aimait... Il se concentra sur les maille de son ouvrage de tricot, essayant vainement d'ignorer le douloureux trou qui béait dans sa poitrine, là où son cœur avait dû se trouver, avant. Il y a longtemps, quand il était encore quelqu'un de stupide.

Mais non, Gin n'était pas un homme stupide. Cela l'agaçait de se rendre compte à quel point Hime pouvait sous-estimer son niveau d'intelligence, mais après tout, ça faisait partie de son rôle. Il était l'extravagant président, et elle la kunoichi cachottière. Pfffft, comment avait-elle osé croire qu'il ne se rendrait compte de rien ?

Il savait depuis le début. Avec ses connections, il lui avait été facile de connaître les membres de l'équipe d'Hime, lorsqu'elle avait rejoint les ANBU. Et cela avait été encore plus facile de comprendre qu'Hime lui mentait et s'était attachée à ses équipiers, notamment au jeune capitaine d'équipe. Évidemment, il avait fallu qu'elle se mette à faire les yeux doux au plus dangereux de l'équipe, celui dont elle ne devait absolument pas approcher. Sacrée Hime, tu ne fais jamais les choses à moitié...

Kakashi Hatake s'était cru discret, quand il avait prit en filature le président du club, mais il apparaîtrait comme un gros lourdaud bruyant à côté de Gin et de ses pouvoirs de Mary-Sue. Caché ainsi, le président du club avait pu observer à l'occasion le lien qui s'était créé entre les deux ninjas. Il n'en avait rien dit à Hime, continuant à jouer les imbéciles. Mieux, il avait même donné à la jeune fille un prétexte pour se faire belle au yeux du Copy-ninja, avec cette ridicule histoire de princesse Dragon et de fan-girls. Cela avait eu l'air de marcher, puisque le jeune Hatake l'avait invitée à danser, d'ailleurs.

Mais lorsque ce dernier s'était mis à le suivre, signe qu'il se doutait que quelque chose clochait et avait fait le lien entre Hime et lui, Gin avait dû y mettre le holà. Hime avait magnifiquement bien dissimulé ses émotions lorsqu'il s'était plaint de l'encombrant shinobi, mais elle était partie d'un air fébrile et avait vite disparu. Nul doute qu'elle était allée voir son ami, vu que Kakashi ne l'avait plus suivi dans les jours qui suivirent.

Gin n'était pas un homme stupide, même si on aurait pu croire qu'il l'était en laissant ainsi la petite princesse du club flirter avec l'un des Héros de l'Histoire et mettre le club en danger. Non, Gin n'était pas stupide.

Il avait choisi de la laisser s'amouracher du jeune shinobi, et de la laisser profiter de son temps avec lui, parce-que leur histoire était vouée à l'échec. Hime souffrirait atrocement, et ne s'en relèverait peut-être jamais : quand on enfreignait la Deuxième Règle, le châtiment était pire que la mort, ne l'avait-il pas dit ? Ces jeunes... Il n'écoutaient jamais rien. Lui non plus n'avait rien écouté, en son temps... Et il en avait payé le prix. Tout comme la petite princesse paierait tôt ou tard le prix de son insouciance.

Il avait choisi de laisser Hime en faire à sa guise, mais ce n'était pas par pure bonté d'âme.

Tout comme son prédécesseur, Gin n'était pas stupide.

Il était juste cruel.


Tout s'était enchaîné si vite... Une mission comme les autres. Un banal assassinat, comme les ANBU en faisaient tous les jours. La cible s'était entourée de gardes talentueux, comme souvent : quand on commençait à trop baigner dans le crime et qu'on menaçait Konoha d'une manière ou d'une autre, il fallait toujours s'attendre à des représailles.

Leur spécialiste de l'infiltration, Moineau ( les ANBU infiltrés avaient souvent des noms d'oiseau, tout comme les spécialiste en assassinat et combat rapproché portaient des noms de prédateurs) s'était fait repérer et tuer. Mais sans doute pas avant d'avoir révélé sous la torture la position de l'équipe qui attendait son signal, puisque les shinobis employés par la cible s'étaient aussitôt lancés à l'attaque du campement.

Zèbre avait été le premier à être touché. Vive comme l'éclair, Rin l'avait traîné à l'écart pour soigner ses blessures tandis que Jaguar et Ours luttaient du mieux qu'ils pouvaient. Absorbée par ses soins, elle n'avait pas senti la présence d'un autre ennemi derrière elle. Jusqu'à ce qu'une lame effilée ne lui transperce la poitrine.

- « Tiens bon, Biche ! » cria Ours.

Voyant que la situation tournait au vinaigre, Ours l'avait prise dans ses bras et avait battu en retraite, l'emmenant avec lui.

La jeune femme sentit sa conscience vaciller. Jaguar et Zèbre avaient péri. Elle avait mal. Ours avait une vilaine plaie à l'épaule, mais s'entêtait à la porter sur son dos pour la ramener au village de toute urgence. Rin posa la tête sur son épaule et ferma les yeux, respirant avec difficulté.

- « Reste avec moi ! » la réprimanda Ours d'une voix paniquée, ayant senti le relâchement de ses muscles. « Nous y sommes presque ! »

Inutile. C'est trop tard…

Ne trouvant pas la force de le dire tout haut, elle s'acharna à garder les yeux ouverts. Elle était une médic-nin, et connaissait son corps : si la blessure n'était pas traitée dans les prochaines minutes, elle allait mourir. Elle perdait déjà beaucoup trop de sang.

C'était si bête. Elle n'avait jamais abandonné l'idée de pouvoir un jour gagner le cœur de Kakashi, malgré les apparences. Si elle s'était faite transférer, c'était pour pouvoir s'améliorer seule, assez pour qu'il la voit enfin comme une femme forte et indépendante, qui n'aurait pas besoin de vivre dans son ombre. Une femme comme Hime.

Rin avait renoncé à la protection sans limite que lui avait promise son ami de toujours, dans l'espoir de se rapprocher enfin de lui, et voilà qu'elle allait mourir à cause de ça. Quelle ironie !

- « Accroche-toi ! »

S'accrocher ? Elle n'avait fait que ça, depuis le premier jour où l'équipe Minato avait été formée. Kakashi, Obito et elle. Elle s'était accrochée à Kakashi, comme les quelques autres fillettes amoureuse qui ne voyaient en lui qu'une idole. Elle s'était accrochée à lui à la mort d'Obito, tentant de lui apporter réconfort et soutien. Elle lui avait serré si fort sa main, le jour de la mort de Minato-senseï, lorsqu'il n'y avait plus eu qu'eux deux. Les survivants de l'équipe.

Lorsqu'il avait posé sa candidature pour devenir ANBU, elle l'avait fait aussi. Ils avaient été placés dans la même équipe, vu qu'ils avaient déjà combattu ensembles durant de longues années, et elle avait continué de s'accrocher à lui. Elle s'était accrochée pour supporter les meurtres et les combats, pour rester au près de lui. Encore et encore, elle s'était accrochée à lui, protégée mais pas aimée. Ou en tout cas, pas aimée comme elle l'aurait souhaité.

C'est lorsque Hime était arrivée dans l'équipe que Rin avait compris son erreur : Hime ne s'était pas « accrochée » à Kakashi. Elle n'avait même pas été douce ou aimable, profitant au contraire de la moindre occasion pour le défier. Ils se chamaillaient souvent et Rin les avait envié pour l'amitié simple qui s'était construite entre eux. Elle en avait été malade de jalousie, si bien qu'elle avait failli sauter de joie quand Kakashi avait choisi de la sauver elle, et que l'autre jeune fille avait quitté l'équipe.

Rin avait vite déchanté : durant les six mois qu'avaient duré l'absence d'Hime, Kakashi s'était comporté comme d'habitude, sauf que... Quelque chose manquait, dans son attitude, ses paroles, sa voix... Le changement était à peine perceptible, mais le fait était là : Hime lui manquait.

Hime n'avait jamais eu besoin de s'accrocher à Kakashi comme Rin l'avait fait durant des années : elle l'avait attiré à elle, consciemment ou non. Contre ça, Rin n'avait rien pu faire sinon regarder, témoin impuissant.

Finalement, elle avait pris la décision de ne plus s'accrocher à lui, ni de rechercher sa protection, pour pouvoir enfin rivaliser avec l'hirondelle. Et voilà qu'elle en mourrait, sans même avoir eu l'occasion de revoir Kakashi.

Enfin, d'autres voix se joignirent à celle d'Ours. Rin sentit des mains qui la soulevaient, la palpaient. Ils étaient arrivés à Konoha, elle devait être à l'hôpital. Trop tard, songea-t-elle, trop tard…

Elle ne sentait déjà plus ses bras, ni ses jambes. Elle ne ressentait presque plus le froid, ni ne parvenait à entendre les voix qui l'appelaient, lui disaient de résister, de s'accrocher. Rin avait passé toute sa vie à s'accrocher. Elle était fatiguée, à présent.

Si seulement j'avais pu le revoir… Une dernière fois…


Hime se tenait dans l'ombre d'un grand chêne, ombre immobile et à peine repérable. L'enterrement venait juste de se terminer, et puisque Rin n'était pas morte en mission, son corps avait eu droit à une véritable tombe, au lieu d'avoir juste son nom gravé sur la stèle des ninjas tués en mission.

Les parents de Rin étaient morts durant la guerre, mais un grande nombre de ses amis s'étaient réunis pour la pleurer. Même si elle n'avait jamais fait partie des amis de Rin, Hime avait tout de même tenu à assister en secret à son enterrement. Après tout, vivre cachée dans l'ombre à l'abri des regards des personnages principaux était presque devenu une seconde nature, chez elle.

Elle reconnu sans peine les silhouette de Kakashi, Anko, Genma et Tenzou, les derniers membres de l'équipe Loup. Le Sandaime, venu prononcer quelques mots et conduire l'enterrement. D'autres personnes qui avaient dû être des ninjas de la promotion de Rin, mais qui n'étaient pas des personnages suffisamment important pour qu'Hime se souvienne de leur nom. Un grand shinobi à la stature carrée rappelant un ours, portant un bras en écharpe, et dont le visage était crispé de tristesse. D'autre personnes, encore et encore. Des gens de l'hôpital où Rin travaillait parfois. Des amis, des connaissances.

Avec une certaine amertume, Hime songea qu'il n'y aurait jamais autant de monde à son propre enterrement, vu qu'elle n'était pas censée exister dans ce monde, et encore moins y avoir sa place. Puis elle secoua la tête, chassant ces pensées venimeuses. Ce n'était pas le moment d'être jalouse de Rin, pas à ses funérailles !

La tombe toute neuve, dont le marbre brillait sous le soleil, était entourée de fleurs. Des roses blanches pour la plupart, car tout le monde s'accordait à dire que Rin avait été une personne d'une grande pureté et d'une grande douceur, dont la mort serait désormais une perte considérable pour le village.

Au bout de quelques minutes, le Sandaime partit, bientôt suivi par la plupart des gens assemblés. Un par un ou par petit groupe, les amis de Rin lui firent leurs derniers adieux, avant de rentrer chez eux d'un pas lourd. Finalement, il ne resta plus que Kakashi, debout et immobile devant la tombe.

Se décidant enfin à sortir de l'ombre, Hime s'avança lentement jusqu'à se placer à son niveau, en silence. Elle sentait que son ami avait besoin de soutien mais ne voulait pas parler, aussi ne prononça-t-elle pas un mot. Doucement, elle posa la main sur bras du jounin aux cheveux argentés, exerçant une légère pression. Je suis là.

Au bout d'un quinzaine de minute, Kakashi parut enfin sortir légèrement de sa torpeur. Il prit la main d'Hime et la serra fort dans la sienne. La jeune fille sentit ses phalanges protester, mais n'émit pas un son. Le jounin tremblait.

- « J'ai échoué. » murmura-t-il, les dents serrées.

Son visage était un masque figé, mais ses yeux brillaient de rage contenue. Hime y vit aussi de la tristesse .

- « Ce n'était pas ta faute... » commença doucement la jeune fille.

- « Si ! J'ai trahi Obito ! Je n'ai pas pu la protéger, je l'ai abandonnée. » coupa-t-il brutalement. « C'est de ma faute, je n'aurais jamais dû la laisser seule ! »

- « Kakashi, tu as fait de ton mieux pendant des années, et... »

- « Et je l'ai trahie ! J'avais juré de la protéger, et tout ce que j'ai fait c'est lui briser le cœur et l'abandonner ! Je n'aurais jamais dû la laisser seule, je... »

- « Écoute-moi, Rin avait choisi de se faire transférer. Elle ne voulait plus être protégée, tu n'as pas à t'en blâmer. »

- « Qu'est-ce que tu en sais ?! » explosa soudain le jeune homme, tout en dévisageant Hime d'un air furieux. « Tu ne la connaissais pas ! Rin était mon amie depuis des années et elle était beaucoup plus proche de moi que tu ne le seras jamais ! Il n'y avait pas de sceaux étrange, pas de secrets, rien ! Jamais je ne l'aurais laissée mourir comme tu l'as fait avec Obito ! »

Hime accusa le choc sans broncher, sachant très bien que Kakashi était bouleversé et que sa rage dévorante était surtout dirigée contre lui-même. Tout de même, ça faisait mal, mais elle retint l'impulsion qui la poussait soit à l'attaquer, soit à s'enfuir en sanglotant. Ce n'était pas le moment, pour ni l'un ni l'autre.

Elle regarda son ami, tremblant de colère et de détresse, et, bien qu'il soit plus âgé qu'elle, il lui sembla soudain très jeune. C'était étrange de le voir ainsi enragé, connaissant la personne calme et posée qu'il allait devenir à l'avenir, mais il était encore trop jeune. Il était seul, et il avait déjà beaucoup trop souffert.

Au bout d'un moment, Kakashi se reprit et afficha une expression plus calme. Il posa sur Hime un regard dur, et lâcha sa main.

- « Tu savais que ça allait arriver ? »

La jeune fille maudit intérieurement la perspicacité du jounin, et détourna le regard.

- « J'ignorais quand et comment ça allait se produire. Je savais juste que ça arriverait tôt ou tard, un jour. »

Kakashi serra les poings.

- « Pourquoi ne pas me l'avoir dit ? » gronda-t-il. « Pourquoi ?! Jamais je ne l'aurais quittée, et je n'aurais pas trahi ma promesse aujourd'hui ! »

- « Que voulais-tu que je te dise ? ''Rin risque de mourir lors d'une mission'' ? C'est le lot commun à tous les ninjas. Qu'aurais-tu fais, tu te serais à nouveau scotché à elle ? Cela n'aurait fait que la rendre encore plus malheureuse. »

- « Tu n'en sais rien, tu ne la connaissais pas ! »

Hime croisa les bras et souffla par la bouche, pour ne pas perdre son calme. Elle savait que Kakashi avait besoin de quelque chose pour passer sa colère et son sentiment cuisant d'échec, mais elle n'avait jamais demandé à être son défouloir personnel !

- « En tant que femme, je comprends ce qu'elle a pu ressentir en étant si proche de la personne qu'elle aimait, mais en sachant pertinemment que rien ne pourrait jamais se passer. Ça la tuait de l'intérieur, et elle a choisi de s'éloigner pour ne plus souffrir. »

C'est une chose que j'aurais dû faire il y a longtemps, rajouta-t-elle en pensée, mais il semblerait qu'il soit trop tard maintenant. Kakashi la regarda fixement durant quelques minutes, puis baissa à nouveau les yeux vers la petite tombe couverte de fleurs.

- « Qui es tu ? » fit-il dans un souffle, sans la regarder. « Rin, Obito... Comment as-tu pu ? »

- « Je suis... Nous sommes des... Euh... Des gardiens. Je ne peux pas en dire plus. »

Il y eut un long silence.

- « Ça ne me suffit pas. »

Kakashi tourna la tête vers elle, et elle sentit l'ironie dans sa voix.

- « Tu as fait ton choix, Aigowa. Au revoir. »

Muette de stupeur, elle ne put rien dire alors qu'il lui tournait le dos et commençait s'éloigner. Sans même réfléchir, elle se lança à sa poursuite et attrapa fermement son bras, le forçant à se retourner. Ses yeux commencèrent à lui piquer, et elle se rendit comte un peu tard qu'elle était à deux doigts de fondre en larmes.

- « Je veux te le dire ! » cria-t-elle d'une voix suppliante. « Crois-moi, je voudrais tellement pouvoir t'expliquer, mais je ne peux pas ! Si les mots franchissent mes lèvres, alors mon sceau s'activera et je mourrais ! »

Elle reprit son souffle, et essuya maladroitement les gouttes d'eau salées qui avait coulé sur ses joues.

- « J'ai encore trop de choses à faire pour pouvoir me permettre de mourir comme ça, mais... Je te fais le serment qu'un jour je te dirais tout. Un jour, quand je serais prête, je te donnerais ma vie et tu sauras tout. D'accord ? »

Le jeune homme eut un mouvement de recul, il ne s'était sans doute pas attendu à une telle proposition. Et Hime elle-même s'était encore moins attendue à faire un jour ce genre de promesse, mais l'idée de perdre Kakashi lui était insupportable. Étrange, vu que deux mois auparavant elle jurait ne plus jamais vouloir lui parler, mais...

Devant le regard dubitatif de son ami, elle sortit un kunai de l'étui de sa cuisse, et s'entailla l'intérieur de la paume droite, avant de tendre sa main blessée vers lui. Quelques gouttes rouges tombèrent au sol, et elle attendit. Les deux jeunes gens se défièrent du regard, puis Kakashi retira son gant droit, et fit subir le même traitement à sa main.

- « J'accepte. »

Il se serrèrent solennellement la main, mélangeant leur sang et scellant le serment. Puis ils se retournèrent, et chacun s'en alla lentement vers son appartement. Hime marcha d'un pas lourd, repensant à la promesse qu'elle venait juste de faire. Elle avait beau se sentir soulagée de ne pas avoir perdu l'amitié de Kakashi, elle ne pouvait s'empêcher d'être terriblement furieuse contre elle-même.

Réfléchir avant d'agir, bordel ! Pourquoi est-ce que je lui ai promis de me tuer pour lui, pourquoi ?!

Elle soupira, connaissant très bien la réponse. Parce-que c'était lui, bien sûr. Sinon, elle ne prendrait jamais autant de risques. Mais tout de même, elle aurait dû réfléchir un peu avant de faire ce serment de mort...

Bordel de merde !


Kakashi regarda pensivement sa main bandée, pliant et dépliant prudemment ses doigts sans vraiment prêter attention aux picotements désagréables de sa coupure. Dans son autre main, il tenait le petit cadre en bois sombre contenant la photographie de son équipe, des années auparavant. Obito, Minato-sensei... Rin. Tous partis, à présents.

Morts.

Encore une fois, il n'avait rien pu faire. Si seulement il n'avait pas laissé Rin partir... S'il avait insisté pour continuer à la protéger, tout ceci ne serait pas arrivé. Encore une fois, un membre de son équipe mourrait par sa faute... Comment cela avait-il pu se produire ? Il s'était pourtant juré que jamais plus il ne laisserait tomber un camarade... Il avait échoué, encore une fois.

Bien sûr, il savait qu'Hime avait raison en affirmant que Rin aurait souffert s'il avait choisi de rester malgré tout auprès d'elle, mais au moins elle serait toujours en vie à l'heure qu'il est.

Hime... Il serra le poings, ressentant la brûlure vive de sa blessure. Après tout ce qu'il lui avait dit, c'était un miracle qu'elle ne soit pas partie, et elle était pourtant restée à ses côtés, encaissant sans rien dire pour pouvoir le réconforter. Et dire qu'il avait sérieusement songé à l'abandonner !

Un jour, je te donnerais ma vie et tu sauras tout. D'accord ?

Maintenant que la rage aveugle qui l'animait après son échec s'était un peu dissipée, il se sentait minable d'avoir arraché une telle promesse à son amie. Ce n'était pas sa faute si elle était marquée par un seau du secret, et elle avait fait de son mieux pour le soutenir après la perte de Rin. Et comment l'avait-il remerciée ? Rien de moins qu'en lui faisant promettre de se suicider.

Mais que savait-elle exactement ? Pourquoi avait-elle laissé Obito et Rin mourir, alors qu'elle avait parfois sauvé la vie d'autres ninjas en mission ? Est-ce qu'un jour, elle le regarderait lui aussi mourir sans rien faire, et viendrait s'excuser en pleurant sur sa tombe ?

Le jeune homme se massa doucement les tempes, revoyant encore et encore la tombe fleurie de Rin.

Il avait essayé, pourtant. Depuis des années, il avait tout fait pour que Rin ne soit pas trop en danger, et jusqu'à présent cela avait marché. Peut-être qu'il n'aurait pas dû choisir d'être honnête avec elle, quand elle avait manifesté le désir d'avoir plus qu'une relation amicale. Peut-être qu'il aurait dû essayer de la voir autrement que comme une amie.

Non, ça ne marche pas comme ça. Ça serait tellement simple, sinon... On ne pouvait pas décider de tomber amoureux de quelqu'un, et Rin aurait terriblement souffert s'il avait tenté de faire semblant avec elle. Et maintenant, elle était morte, tout ça parce-qu'il n'avait pas pu continuer à tenir sa promesse. Rin s'était faite poignarder dans le dos, parce-qu'elle était trop habituée à ce qu'il soit là pour toujours couvrir ses arrières. Peut-être qu'au final, Kakashi l'avait trop protégée, ces dernières années.

Dans tous les cas, c'était de sa faute, quoi qu'Hime puisse en dire.


Martha pleurait, à grands sanglots étouffés dans son oreiller. Les marques de son agression étaient encore bien visibles sur son visage, mais personne ne lui avait demandé ce qui avait causé tout ça, pas même les professeurs. Peut-être même que personne ne s'en était rendu compte, vu que ses camarades de classes ne se souvenaient de sa misérable existence que pour lui faire des mauvaises blagues.

Elle avait raconté à sa mère qu'elle était tombée dans les escaliers, et cette dernière s'était contentée de hausser les épaules en grommelant qu'elle devrait faire un peu attention, ce serait dommage d'avoir à l'emmener à l'hôpital. Et cela s'était arrêtée là.

J'aurais aussi bien pu ne pas exister, ça n'aurait rien changé pour eux !

L'adolescente mordit son oreiller de toutes ses forces.

Si je pars, personne ne remarquera mon absence... Ils s'en ficheront.

Martha se roula en boule sous ses couverture, et ferma les yeux, essayant d'imaginer très fort qu'elle était ailleurs.

Je veux partir.

Je veux partir.

JE VEUX PARTIR !

Brusquement, elle eut la sensation que l'air autour d'elle se mettait à trembler. Puis ce fut comme si quelque chose la tirait en arrière. Paniquée, elle voulu crier à l'aide, mais la sensation devint plus intense et elle sentit le monde tourner autour d'elle. Elle perdit connaissance sans émettre le moindre son.

Dans la petite chambre, il n'y avait plus désormais qu'un lit vide et des couvertures éparpillées.