Bon, OK, ce n'est pas encore le soir, mais j'ai écrit plus vite que ce que j'avais prévu :p

Petite précision avant de commencer :

- « Bla bla bla » : on papote dans la langue du monde de Naruto

- « Bla bla bla » : on papote en français


Le club des amateurs de tricot – Chapitre 15

La tour Eiffel

- « Franchement, est-ce vraiment nécessaire de faire tout ça ? » gronda Kakashi d'une voix sourde.

- « Oui ! Dans ce monde, les gens n'ont pas les cheveux naturellement argentés, roses ou bleus ! Et ils ne portent pas de masque ! »

Kakashi ferma les yeux, mal à l'aise. L'odeur de ce produit lui écorchait les narines, et il savait qu'il lui faudrait des jours, si ce n'était des semaines, pour retrouver une couleur de cheveux normale après ça. Cependant, il devait bien reconnaître que c'était agréable de sentir les doigts d'Hime lui masser délicatement le cuir chevelu pour bien étaler la teinture.

La veille, ils avaient marchés jusqu'à ce que la nuit tombe, avant d'apercevoir finalement les lumières d'une ville. Hime lui avait alors presque tout expliqué sur le club des amateurs de tricot, les voyageurs inter-dimensionnels, les pouvoirs surhumains que possédaient tous ces voyageurs. L'histoire de Mary-Sue et d'Akane. Le sceau qui bridait leurs pouvoirs à tous tout en les maintenant « attachés » à leur monde d'accueil, et liés entre eux. Son sceau à elle qui avait été retiré par Mary-Sue.

Il avait encore du mal à croire qu'elle venait d'un monde différent du sien, même si les faits étaient là. Mais quand il pensait qu'il y avait une organisation secrète constituée uniquement de personnes de cet autre monde, et qui luttait depuis des siècles pour protéger son monde des autres voyageurs, alors là il avait vraiment envie de se pincer pour voir s'il ne rêvait pas. Pas étonnant qu'Hime ait toujours été réticente à parler de son passé et de sa famille...

Bon, Kakashi n'était pas idiot : il voyait bien que son amie ne lui avait pas tout dit, notamment en ce qui concernait la manière dont elle avait pu prévoir la mort d'Obito et de Rin, mais il avait décidé de lui laisser un peu de temps. Il avait remarqué à quel point elle était mal à l'aise en parlant de tout cela, sachant qu'elle trahissait le club. Déjà, il en savait désormais énormément, et il était heureux qu'elle ait pu lui parler sans avoir en mourir.

Mais ce n'était pas le moment de se réjouir : Mary-Sue les avait écarté en les envoyant dans une autre dimension. Après avoir été témoin de sa puissance, Kakashi savait pertinemment qu'il était urgent qu'Hime et lui rentrent dans leur monde pour l'empêcher de nuire.

Alors pourquoi, pourquoi s'entêtait-elle à lui tartiner le crâne de teinture pour cheveux destinée à le rendre moins voyant au lieu de chercher activement un moyen de rentrer ?!

Sans prévenir, Hime lui fit basculer la tête en arrière pour pouvoir s'attaquer aux mèches de cheveux qui lui retombaient habituellement sur le front. Kakashi s'agita : se retrouver ainsi, tête en arrière et gorge à découvert, n'était pas une position agréable pour un ninja.

- « Continue de gigoter et tu auras de la teinture sur le front ! » menaça Hime.

Le jeune homme cessa tout mouvement, et ferma les yeux. Durant la nuit, Hime s'était rendue dans la ville qu'ils avaient découvert et s'était introduite dans un magasin. Elle y avait dérobé des vêtements, de la nourriture, et surtout une quantité impressionnante de maquillage. Et de la teinture pour cheveux.

Soudain, Hime se retrouva à califourchon sur ses genoux, et le visage à quelques centimètres du sien. S'appliquant à rester impassible, Kakashi haussa un sourcil et lui lança un regard interrogatif. Elle s'approcha encore et tendit un index ganté recouvert de teinture noire vers le sourcil en question. Il rejeta aussitôt la tête en arrière, indigné. De la teinture sur les cheveux, passe encore. Mais sur les sourcils ?!

- « Ne bouge pas ! » protesta la jeune femme. « Tu connais beaucoup de gens qui ont des cheveux noirs et des sourcils gris, toi ? »

Kakashi se renfrogna et la fusilla du regard. Cependant, il se tut et la laissa faire, se promettant de se venger dans un avenir plus ou moins proche. Hime étala précautionneusement la teinture odorante sur ses sourcils, faisant très attention pour ne pas en mettre à côté. Elle se mordait les lèvres, concentrée, et son souffle mesuré lui caressait légèrement les joues.

Quand elle eut fini de lui barbouiller soigneusement les sourcils, elle l'entraîna vers le petit lac à côté duquel ils avaient posé leurs affaires, et lui ordonna d'attendre un peu avant de se rincer les cheveux. Malgré leur situation précaire, Kakashi aurait juré qu'elle s'amusait comme une folle, à jouer ainsi à la poupée avec lui. Il grinça des dents.

Lorsqu'elle l'autorisa enfin à retirer le produit, il plongea la tête dans l'eau du lac, qui se teinta de noir comme si une pieuvre était passée dans les environs. L'abominable odeur de la teinture s'estompa enfin, et il soupira de soulagement. Après s'être bien rincé les cheveux, il observa son reflet dans l'eau et vit un homme masqué (et trempé), dont les cheveux et les sourcils étaient du même noir que ses yeux.

- « Tes cils sont encore gris... » remarqua Hime d'une voix pensive, dans son dos.

- « De toute manière, je ne vois pas trop ce qu'on peut y... »

Il s'interrompit, et se retourna pour voir son amie qui arborait un sourire carnassier, un tube de mascara noir dans la main. Son sang ne fit qu'un tour.

- « Alors ça, jamais de la vie ! »


- « Mhm, si j'en crois le plan, la gare devrait être par là-bas... »

Hime replia le petit plan qu'elle avait acheté (grâce à l'argent qu'elle avait prélevé dans la caisse du magasin qu'elle avait cambriolé la veille), et adressa à son ami un petit signe de tête l'invitant à la suivre. Comme à chaque fois qu'elle levait les yeux dans sa direction, elle ne put s'empêcher d'afficher un rictus moqueur.

- « Franchement, tu vas mourir de chaud comme ça ! » railla-t-elle.

Elle n'avait pas réussi à convaincre Kakashi de la laisser lui appliquer du mascara. Bien évidemment, elle s'était attendue à ce refus catégorique, mais la tête qu'il avait fait avait vraiment valu le coup. Mais cela avait été encore plus hilarant quand elle avait essayé de lui faire enlever son masque. Après un vif débat, il avait finalement décidé d'enlever son masque... Et de porter une écharpe qui dissimulerait la partie inférieure de son visage. En plein été.

Mis à part l'écharpe, il avait maintenant tout à fait l'air d'un homme normal. Cheveux noirs en pétard, chemise sombre à manches courtes, et jean tout ce qu'il y a de plus banal. Hime avait appliqué une sacrée dose de fond de teint sur la cicatrice de son œil gauche, mais n'avait pas réussi à la masquer complètement. Cependant, quand on ne le regardait pas de trop près, il avait tout à fait l'air d'un jeune homme banal et inoffensif, bien qu'un peu dérangé pour se balader ainsi avec une écharpe en plein soleil.

Hime, quant à elle, s'était habillée de manière similaire : jean, débardeur, et veste légère pour cacher la longue cicatrice de son dos. À eux deux, ils avaient l'air d'un couple tout à fait anodin et n'attiraient pas trop les regards. Tant mieux.

En fouinant un peu, elle avait avait découvert qu'ils étaient en France, son pays d'origine, dans un petite ville pas très loin de Paris, la capitale. Parfait, c'était à Paris qu'Hime avait passé son enfance. Il y aurait sans doute là-bas quelques endroit qu'elle reconnaîtrait.

Ils arrivèrent à la gare, et elle fit signe à Kakashi d'attendre pendant qu'elle se rendait au guichet. Elle hésita un peu, lorsque ce fut son tour de parler avec l'employée de la gare: elle n'était pas entrée dans une gare depuis plus de dix ans, et à ce moment-là elle n'était qu'une gamine qui ne faisait pas attention !

- « Bonjour, que puis-je pour vous ? » demanda la femme derrière le comptoir, tout en lui adressant un sourire commercial un peu fatigué.

Hime lui rendit son sourire. C'était vraiment étrange : le français était sa langue maternelle, mais le sceau du club qu'elle avait longtemps porté, et surtout ses années passées à Konoha lui donnaient l'impression qu'il s'agissait qu'une seconde langue dont elle se souvenait à peine. Heureusement, elle arrivait à comprendre ce qu'elle lisait et ce qu'on lui disait sans trop de difficulté.

- « Je voudrais deux... Euh... Places dans le prochain train pour Paris. » dit-elle, buttant un peu sur les mots.

- « Vous tombez bien, il y en a un a quai en ce moment. Il partira dans cinq minutes, alors je vais composter vos billets. »

L'employée lui indiqua un prix, et Hime paya en liquide, avec l'argent qu'elle avait « emprunté » la veille. Elle prit les deux billets, et s'apprêta à rejoindre Kakashi.

- « Vous avez un drôle d'accent » remarqua la guichetière. « D'où venez-vous ? »

Hime s'arrêta, se retourna, et lui fit un sourire angélique par-dessus son épaule.

- « De loin ! »

Elle courut presque jusqu'à son ami et l'entraîna sur le quai où le train était sur le point de partir. Il grimpèrent dans un wagon au hasard, et s'installèrent sur deux sièges libres. Deux minutes après cela, un coup de sifflet se faisait entendre, et le train démarrait.

- « Nous serons à Paris dans deux heures. » indiqua-t-elle à Kakashi, qui hocha la tête et s'absorba dans la contemplation du paysage, par la fenêtre.

- « Il y a-t-il une sorte de portail pour rentrer, là-bas ? »

- « Oui et non. Le voyage ne se fait pas par portail, c'est... »

Hime hésita, ne sachant pas exactement comment le décrire. Dès qu'elle avait décidé d'aller à Paris, elle avait juste expliqué à son ami qu'ils pourraient sans doute rentrer chez eux s'ils se rendaient là-bas, et l'avait aussitôt traîné dans la gare la plus proche.

- « Pour changer de dimension, il faut le vouloir de tout son être, et vraiment détester le monde dans lequel on se trouve. Enfin, en tout cas, c'est comme ça que ça se passe entre mon monde et le tien. Il fait être vraiment désespéré, et souhaiter partir à tout prix. »

Le jeune homme haussa un sourcil.

- « Nous voulons tous les deux quitter ce monde, pourtant. »

- « Pas assez », répondit Hime en secouant la tête. « Ta curiosité envers ce endroit te retient, même inconsciemment. Et en ce qui me concerne... »

Elle rougit et se mordit les lèvres, soupesant ses mots pour ne pas en dire trop.

- « Et en ce qui me concerne... » reprit-t-elle. « C'est ta présence qui me retient : je ne suis plus seule dans ce monde. »

Kakashi la regarda pensivement, le visage indéchiffrable.

- « Cet endroit, Paris... Est-ce une ville particulièrement repoussante, si tu nous y emmène pour que nous soyons dégoûtés de ce monde ? »

- « Non, non, ce n'est pas un endroit si terrible. C'est juste que là-bas, je vais retrouver mon passé, ça devrait être suffisant pour me donner vraiment envie de partir. Quant à toi, il y a suffisamment de choses là-bas pour assouvir une grande partie de ta curiosité envers ce monde. »

- « Et si ce n'est pas assez ? »

- « Au pire », gloussa Hime, « nous chercherons les quartiers les plus moches de la ville, et si ça ne marche toujours pas, nous voyagerons pour visiter les endroits les plus affreux du monde. Tu finiras bien par en avoir marre. »

- « Ce n'est pas drôle ! Nous n'avons que peu de temps devant nous, il nous faut à tout prix rentrer rapidement pour arrêter Mary-Sue ! »

- « Shhht ! » se hérissa Hime. « Du calme ! Le temps s'écoule différemment entre les dimensions. Pour eux, il ne doit pas s'être écoulé plus de quelques minutes depuis notre arrivée ici ! »

En réalité, elle n'avait aucune idée du temps qui avait pu s'écouler dans le monde de Naruto depuis que Mary-Sue les avait envoyés dans cette dimension, mais refusait d'en toucher mot à son ami. Se retrouver dans un monde inconnu était une situation suffisamment stressante comme ça, même pour un shinobi entraîné. Kakashi se débrouillait très bien pour le moment, s'adaptant remarquablement bien dans cet environnement inconnu, alors pas question de faire peser un poids supplémentaire sur ses épaules.

La jeune femme ferma les yeux, se concentrant sur ses propres problèmes. La dernière chose dont elle avait envie, c'était de se replonger dans les évènements de son enfance, mais c'était nécessaire si elle voulait éprouver à nouveau le désespoir qui l'avait faite quitter ce monde. À ce moment-là, elle essaierait de trouver un moyen de dégoûter complètement Kakashi de ce monde, même si elle ne savait vraiment pas comment. Ce n'était déjà pas facile de le déstabiliser, alors comment le rendre désespéré ?

Voilà qui risquait de poser problème.


Shinji sifflotait gaiement, tout en conduisant son chariot. Il avait fait un long voyage depuis le village où il habitait, un petit hameau situé dans le pays de de l'Herbe, pour pouvoir vendre les rouleaux de soie tissés par sa famille. À présent, il n'était plus très loin de sa destination : Konoha.

- « Allez ma belle, on est bientôt arrivé ! » dit-il gaiement tout en flattant la croupe de la jument qui tirait le chariot.

Sa mère lui avait conseillé de louer les service des ninjas du village de l'Herbe pour l'escorter, mais il avait refusé de gaspiller ainsi le peu d'argent que possédait sa famille. Son voyage avait été paisible, et touchait maintenant à sa fin sans qu'il ne se soit fait attaquer une seule fois. De toute manière, qui risquait-il de rencontrer, dans le pays du Feu, si boisé ? Des bandits ? Pffft !

Ce n'est pas comme si j'allais croiser un danger mortel en cours de route, quelle idée ! songea-t-il avec un sourire moqueur. Il allait se rendre à Konoha, vendre tous ses rouleaux de soie, et revenir au village avec plein d'argent. Avec un peu de chance, il y aurait même assez d'argent pour qu'il puisse acheter un beau yukata à Noriko, son amie d'enfance... Peut-être même qu'il pourrait enfin oser la demander en mariage, si la situation financière de sa famille s'améliorait ?

Soudain, à quelques mètres devant lui, une forme humaine sortit de l'ombre des arbres. Shinji vit qu'il s'agissait d'une femme, dont la chevelure dorée scintillait joliment au soleil. Quand il arriva à son niveau, elle leva la tête vers lui et lui adressa une signe de main.

Quand il croisa son regard et qu'il vit son visage, Shinji se retrouva incapable de prononcer le moindre mot.

- « Où allez-vous, bel inconnu ? » roucoula la magnifique jeune femme, tout en lui décochant un sourire ravageur.

- « Ko-Konoha » s'entendit-il répondre.

Le sourire de l'inconnu s'élargit. Shinji oublia instantanément sa famille, les rouleaux de soie qu'il devait vendre, Noriko. Il tendit la main vers l'inconnue, et elle s'installa gracieusement à côté de lui. Puis il fit un claquement de langue, et sa jument se remit en route vers Konoha.

Shinji ne lâcha plus la superbe femme des yeux, se souvenant à peine de respirer : il venait de tomber éperdument amoureux.


Kakashi n'aimait pas ce monde, c'était décidé.

Sans parler du fait que le chakra n'existait pas et qu'il se sentait ridiculement faible par rapport à d'habitude, ces engins appelés « voitures » étaient vraiment trop bruyants, et produisaient une odeur qui lui donnait la nausée. Il n'y avait pas tellement de différences, sinon : les être humains se comportaient de la manière, quel que soit le monde dans lequel ils évoluaient. Les formes et les couleurs des bâtiments étaient différents, la nourriture, le langage et les vêtements aussi, mais il n'y avait pas tant de différences que ça.

Hime lui avait expliqué dans le « train » qu'il n'y avait pas de ninjas dans ce monde, mais elle n'avait pas trop pu s'étendre sur le sujet : à l'âge de huit ans, elle n'avait pas pu savoir grand chose du système politique et militaire de son pays, c'était normal.

Depuis leur arrivée à Paris, l'humeur d'Hime n'avait cessé de s'assombrir. Voilà qui rajoutait une raison de plus pour lui de détester cet endroit : il n'aimait pas voir son amie dans cet état, ni la forcer à se rappeler des souvenirs déplaisants. Hélas, c'était nécessaire s'ils voulaient pouvoir quitter cette dimension, aussi s'efforçait-il de l'aider du mieux qu'il pouvait. Et il s'efforçait de toutes ses forces de détester ce monde, même si c'était difficile quand il y avait autant de choses étranges et nouvelles sous ses yeux, à tous les coins de rue...

Et en ce qui me concerne... C'est ta présence qui me retient : je ne suis plus seule dans ce monde.

Il observa Hime du coin de l'œil, alors qu'elle scrutait sombrement un plan de ces galeries souterraines appelées « métro », qu'elle avait étalé au sol. Après avoir déambulé en ville pendant des heures, ils avaient convenu du fait que c'était un endroit trop vaste pour partir au hasard à la recherche du passé de la jeune femme, et elle avait acheté une carte dans un magasin de souvenirs. Après cela, ils s'étaient dirigés vers le jardin public le plus proche pour décider de leur itinéraire. Déjà, l'après-midi touchait à sa fin.

Tout en regardant Hime se mordiller nerveusement les lèvres en cherchant à se repérer par rapport au plan, Kakashi ne pouvait s'empêcher de se poser des questions. Qu'est-ce qui avait bien pu se produire, pour qu'une petite fille de huit ans se mette à haïr son environnement à un point tel qu'elle finisse par changer involontairement de dimension ?

Et à quel point tenait-elle à lui, si ça présence seule suffisait à lui rendre supportable un endroit qu'elle abhorrait ?

Cette question en amenait une autre, qu'il ne s'était jamais vraiment posé auparavant : et lui, à quel point tenait-il à elle ? En fermant les yeux, il pouvait encore clairement voir l'expression douloureusement surprise de son visage, quand il avait enfoncé son poing entouré de foudre dans sa poitrine. Si Mary-Sue n'avait pas soigné Hime, à ce moment-là, jamais il n'aurait pu se le pardonner. Parce-qu'il avait failli la perdre, il se rendait à présent compte à quel point elle comptait pour lui.

Hime était sa meilleure amie, celle avec qui il pouvait rire et s'énerver librement. Elle était celle qui n'avait jamais fait attention à sa réputation de génie et ne s'était pas privée pour défier son autorité quand elle était sous ses ordres, ainsi que se moquer de lui à loisir sans particulièrement chercher à lui plaire, contrairement à toutes les kunoichis qui lui avaient couru après durant toute son adolescence. Elle était celle qui lui avait promit sa vie pour ne pas perdre son amitié.

- « Je pense que c'est dans cette zone de la ville » fit Hime en désignant une large partie du plan, le sortant de ses pensées troublées. « J'imagine que je reconnaîtrais un peu mieux l'endroit quand nous y seront, mais ça risque de prendre du temps pour explorer tout ça. »

Elle observa encore attentivement la carte, traçant différents trajets du bout de l'index. Le soleil était en train de se coucher, et des lampadaires s'allumèrent les uns après les autres. Hime se redressa et se frotta les yeux. Puis son visage s'éclaira un peu, et elle replongea le nez dans la carte.

- « Une nouvelle idée ? »

- « Il fait trop sombre pour aller à la poursuite de mon passé » répondit-elle. « En pleine nuit, je ne pourrais rien reconnaître. En revanche, il y a une chose que nous pouvons faire en attendant : personne ne peut visiter à Paris sans aller voir la Tour Eiffel ! »

Kakashi voulut rétorquer qu'ils devaient se concentrer sur trouver un moyen de rentrer chez eux, mais songea que si Hime ne pouvait pas reconnaître l'endroit où elle devait se rendre dans le noir, autant faire quelque chose qui lui remonterait un peu le moral en attendant que le jour se lève à nouveau.

- « Pourquoi pas ? »

Elle replia rapidement la carte, et les entraîna dans une « bouche de métro », où ils prirent le moyen de transport souterrain en question. S'aidant des panneaux qu'elle seule pouvait comprendre, Hime les fit sortir à un arrêt ou il reprirent une autre « rame de métro », jusqu'à arriver à destination. Kakashi se sentit rassuré en remontant à la surface, même s'il n'en laissa rien paraître.

Il vit alors qu'ils étaient à côté de la grande tour de fer un peu bizarre qu'il avait aperçu plusieurs fois au loin, depuis leur arrivée à Paris. Des lumière s'allumèrent sur toute la surface de l'étrange construction, lui donnant un aspect scintillant tout en éclairant les alentours. Avec une moue joueuse, Hime se fit craquer crânement les phalanges.

- « Un peu d'escalade, ça te tente ? » lança-t-elle. « Mais attention, on ne doit surtout pas se faire voir. Si je me souviens bien, l'entrée est payante. »

- « Ça, de l'escalade ? » répliqua-t-il sur un ton de défi, entrant dans son jeu. « Une promenade de santé, oui ! »

- « Le dernier arrivé en haut est un genin en jupette ! »

Elle se précipita aussitôt vers la tour en courant, slalomant avec agilité entre les badauds. Kakashi secoua la tête d'un air réprobateur, sans pouvoir réprimer un sourire amusé. Il se prépara à concentrer du chakra au niveau de ses pieds pour prendre de la vitesse... Et se rappela qu'il ne pouvait plus l'utiliser. Oups.

Il partit comme un fusée, bien déterminé à rattraper son retard. Quelques mètres devant lui, Hime avait déjà bondit à la base de l'un des pieds de la tour, discrète comme une ombre. En trois grandes enjambées, il la rejoignit et s'élança. Ses doigts crochetèrent une des nombreuses prises qu'offrait la tour, et il se fondit lui aussi dans les ombres, bien déterminé à rattraper son amie.

Une quinzaine de minutes d'escalade acharné plus tard, Kakashi se hissa au sommet de la tour, juste en dessous de ce qui semblait être une grande antenne. Goguenard, il tendit une main à Hime, juste en dessous, qui se laissa hisser en haut en grommelant dans sa barbe.

- « Alors, qui est une genin en jupette ? »

- « OK, c'est moi, tu as gagné... » grogna la jeune femme.

Ils s'assirent au pied de l'antenne, et cessèrent de parler, s'absorbant dans la contemplation de la ville en pleine nuit. Les lueurs mouvantes des « voitures », les lampadaires, les éclairages qu'il y avait sur les bâtiments... Toute la ville était nimbée de lumières rouges et dorées.

- « J'ai beau tout faire pour essayer de détester cet endroit » songea Kakashi à voix haute. « Je ne peux pas m'empêcher de le trouver beau. »

- « Et encore, tu n'as rien vu » renchérit Hime. « Ce monde est gigantesque, et bourré de choses à voir. Moi non plus, je n'en ai vu qu'une infime partie. »

Elle soupira, et son visage prit une expression mélancolique.

- « Pourtant », reprit-elle dans un murmure. « j'aurais préféré ne jamais revenir et continuer à oublier... »

Un courant d'air frais agita ses cheveux, et elle se mit à frissonner, même si ce n'était sans doute pas dû au froid. Kakashi hésita une seconde, la regarda serrer ses bras autour d'elle pour se protéger, et prit une décision. Dénouant l'écharpe qui cachait son visage, il la passa sur les épaules de son amie.

Celle-ci sursauta, et leva les yeux vers lui par réflexe. Sa mâchoire se décrocha alors de plusieurs crans, et Kakashi sourit en voyant son expression stupéfaite. Au bout d'une bonne minute, à le contempler sans rien dire, Hime reprit contenance et referma la bouche.

- « Je... Pourquoi ? »

- « Tu en avais plus besoin que moi, non ? »

La jeune femme rougit, et resserra les pans de l'écharpe autour de son cou et de ses épaules tout en baissant les yeux. Quand elle les tourna à nouveau vers lui, Kakashi eut la surprise de constater qu'ils étaient pleins de larmes.

- « Merci. » chuchota-t-elle.

Elle se rapprocha de lui, et posa la tête contre sa poitrine. Passant un bras autour de ses épaules, il la cala confortablement contre lui. Oui, il avait prit la bonne décision en lui donnant l'écharpe qui masquait son visage. Après tout, Hime n'était pas sa meilleure amie...

Elle était bien plus que ça.