Bonjour à tous !

Je suis vraiment navrée pour mon retard, j'ai eu une montagne de choses à faire, ainsi que quelques soucis d'inspiration sur ce chapitre : je l'ai réécrit plusieurs fois, sans jamais être tout à fait satisfaite (et même si le temps pressait, je ne pouvait pas vous envoyer un chapitre bâclé, tout de même !).

Enfin voilà, désolée pour mon gros retard, j'espère pouvoir récupérer un rythme normal ce week end.

Bonne lecture :)


Le club des amateurs de tricot – Chapitre 16

Mélissa

- « Mais quel imbécile ! » marmonna Hime, tout en essuyant rageusement les gouttelettes de sueur qui s'était accumulées sur son front.

Ça faisait deux jours que Kakashi et elle ratissaient inlassablement les rues du large quartier qu'elle avait repéré, à l'affut d'un signe, d'un bâtiment, n'importe quoi, quelque chose qui éveilleraient sa mémoire floue de l'époque lointaine de son enfance. Lorsque le soir venait, ils louaient une chambre dans le premier hôtel venu et s'écroulaient tous les deux sur un lit, s'endormant presque instantanément : poussés par le sentiment d'urgence qui les étreignait à chaque seconde qui passait, les deux ninjas n'avaient pas ménagé leurs efforts pour explorer une grande partie de la ville en un temps record.

La jeune femme regarda désespérément autour d'elle, cherchant à apercevoir la tignasse ébouriffée de son ami, ainsi que l'écharpe qu'il avait remit sur sa figure malgré la chaleur écrasante de l'après-midi. Mais Kakashi restait invisible, et sans sa capacité à détecter son chakra pour le retrouver, Hime se sentait ridiculement... Normale.

C'était à peine croyable : il avait suffi qu'elle le lâche des yeux pendant deux minutes, lors de leur dernière pause-repas, pour qu'il se volatilise dans la ville. Hime serra les poings, retenant à peine le grondement qui montait dans sa gorge. Quel intérêt avait-il à aller se perdre dans une ville dont il ignorait tout, même le langage parlé ?!

Elle repartit en courant, sans se soucier des regards agacés des quelques badauds qu'elle dérangeait dans sa course. Bon sang, il n'a pas pu aller bien loin, si ?

Ses poumons en feu lui faisaient mal à chacune de ses respirations heurtées, mais elle garda un rythme soutenu, ne s'arrêtant que lorsque le passage des voitures l'empêchait de traverser une rue (faire un saut périlleux pour passer par-dessus les obstacles serait un peu trop voyant à son goût).

La jeune femme repassa par son point de départ, le banc en fer à moitié rouillé et recouvert de graffitis sur lequel Kakashi et elle auraient dû manger un sandwich quelques minutes plus tôt, s'il n'avait pas décidé de se montrer complètement irresponsable en s'en allant sans elle. Avec un peu de chance, il allait retrouver son chemin en sens inverse et revenir... Mais non, il n'était pas là. Hime sentit une bouffée de rage et de panique l'envahir.

Elle s'assit sur le banc, résolue à attendre que Kakashi revienne (et tant pis pour lui s'il s'était attiré des ennuis : il n'avait qu'à pas s'enfuir sans elle). Luttant pour reprendre son souffle, elle se prit la tête dans les mains et ferma les yeux. Pourquoi l'avait-il laissée là ? C'était comme si l'histoire se répétait, alors qu'elle était de nouveau dans ce monde, seule à attendre... Elle avait pourtant cru que leur relation avait évolué, depuis qu'il lui avait montré son visage, en haut de la tour Eiffel... Rien qu'en se rappelant la vision de son visage entier, et de la tendresse dans ses yeux, elle eut envie de rougir. À ce moment-là, elle avait eu l'impression qu'une possibilité pour quelque chose de plus s'était ouverte... Il faut croire que je me suis trompée.

Hime serra les dents, et releva la tête, bien déterminée à assassiner Kakashi d'une manière lente et douloureuse. Ibiki était l'expert en torture, certes, mais elle saurait elle aussi se montrer inventive si nécessaire... D'abord je lui teindrais les cheveux en rose, avant de le faire parader devant tout le village sans son masque et avec du maquillage sur la figure, ensuite je le prendrais en photo comme ça et je ferais diffuser cette photographie dans tout le pays du Feu, et même dans les autres grandes Nations, et puis je lui arracherais les ongles un à un avant de prendre une petite cuillère et de...

Ses sombres pensées furent interrompues par le passage d'un petit garçon habillé d'orange, qui traversa en sautillant son champ de vision, accompagné par ses parents. Il portait une perruque blonde ébouriffée, et un bandeau de Konoha ornait son front. Quoi ?!

Hime se frotta les yeux, se demandant si elle n'était pas sujette à une illusion, mais elle vit alors qu'un jeune homme allait dans la même direction que la réplique miniature du Naruto, portant un sac à plastique à l'effigie de Kakashi et de ses futurs élèves.

Elle se leva, et le suivit aussitôt. Voilà une chose qui aurait certainement pu pousser Kakashi à s'éloigner d'elle, malgré le fait qu'il soit totalement perdu dans ce monde. Rapidement, elle se composa une expression insouciante et légèrement émerveillée de touriste un peu perdue et curieuse de son environnement. Elle se rapprocha rapidement du jeune homme au sac plastique.

- « Bonjour ! » lui dit-elle, tout en lui adressant son plus beau sourire.

Le jeune homme cilla, déconcerté, puis lui souhaita aussi le bon jour en souriant. Tout en renforçant son accent étranger, Hime lui demanda avec une timidité feinte où est-ce qu'il avait obtenu un si joli sac, et où il se dirigeait, ainsi que la petite famille avec le mini-Naruto.

- « Je suis nouvelle en ville », ajouta-t-elle avec un clin d'œil innocent. « alors je suis complètement perdue... »

- « Aujourd'hui, c'est le grand rassemblement des fans du manga Naruto. Vous connaissez ? »

Hime papillonna des cils et ses lèvres s'étirèrent en un grand sourire excité.

- « J'adôôôre ! » minauda-t-elle. « Si vous saviez, je connais tous les volumes par cœur ! »

- « Vous pouvez me tutoyer, si vous voulez » murmura le jeune homme, dont les joues avaient pris une légère rougeur. « Je m'appelle Julien. »

Hime sourit intérieurement, avec une pointe d'orgueil féminin : elle n'était physiquement pas aussi désirable que Kurenai et Anko, mais elle savait quand même se débrouiller, parfois. Elle regarda Julien, qui avait de jolis cheveux châtains coupé courts et des yeux verts pétillants, et se sentit un peu coupable. Néanmoins, il la conduirait plus rapidement vers l'endroit où Kakashi s'était probablement enfui, et... Elle le trouvait adorable, avec ses fossettes rieuses.

- « Je suis Mélissa. » sourit-elle, usant pour la première fois son ancien nom avec un pincement douloureux au cœur. « Tu peux me tutoyer aussi, tu sais ? Et si nous allions à ce fameux rassemblement ensemble ? »

Le visage de Julien s'illumina comme un sapin de Noël, et il se mit à babiller gaiement sur les personnages de l'univers de Naruto. Hime n'eut aucun mal à soutenir une conversation sur ce sujet là, et c'est en dissertant joyeusement sur les qualités et les défauts de divers personnages qu'ils arrivèrent au lieu du rassemblement.


Kakashi tourna encore une page du petit livre, éprouvant un fascination croissante à mesure qu'il en découvrait le contenu. Oh, bien sûr, il ne pouvait comprendre le texte qui était écrit dans les bulles, mais les images étaient suffisamment parlantes pour qu'il saisisse de quoi le manga parlait. Il s'agissait de lui, et de trois genins, sans doute ses élèves. L'un d'entre eux était sans conteste Naruto, le fils de Minato-sensei, sauf qu'il était plus âgé. Il en avait déduit que l'histoire racontée par ces mangas était le futur.

Pas étonnant qu'avec ça, Hime n'ait eu aucun mal à prédire des évènements comme la mort d'Obito, ou celle de Minato et Rin. La destinée dont elle parlait parfois... Était-ce ce qui était écrit dans ces livres ? Mais comment les habitants du monde natal de son amie pouvaient-ils avoir ainsi accès à des documents si importants ?

Lorsqu'Hime était partie acheter de la nourriture, son regard avait été attiré par des gens habillés en ninjas, même si leurs vêtements avaient plutôt l'air de déguisement qu'autre chose. Intrigué par le bandeau frontal que portaient certains d'entre eux, il les avait suivi discrètement. Il se doutait bien qu'Hime le retrouverait rapidement, elle ne manquerait pas de voir les étranges individus déguisés en ninjas, à un moment où à un autre.

Les faux shinobis l'avaient conduit à un endroit qui l'avait laissé bouche bée. Il s'agissait d'un grand bâtiment, rempli de stands autour desquels des centaines de personnes déambulaient, comme à une sorte de festival. Mais ce qui l'avait le plus choqué, ce fut l'immense affiche où s'étalait un dessin de... Lui. Puis à d'autres endroit, il « se » vit aussi, seul où accompagné de trois genins, dont la réplique plus âgée du fils de Minato-sensei.

Il avait d'abord été très désorienté, jusqu'à ce que ses yeux tombent sur un stand recouvert de mangas, sur les couvertures desquels il apparaissait parfois. C'est en commençant à les feuilleter qu'il avait comprit. Il s'était aussitôt plongé dans sa lecture, tout en regrettant l'absence d'Hime, qui aurait pu aisément lui traduire le contenu des bulles. Quoique si elle était là, elle m'interdirait probablement de toucher ces livres...

Complètement absorbé par son étrange lecture, il ne remarqua la présence qui était arrivée derrière lui qu'au dernier moment, lorsqu'une main le frappa un peu plus fort que nécessaire entre les omoplates. Il se retourna en un éclair, et se retrouva nez à nez avec Hime, qui tenait nonchalamment le bras d'un homme inconnu et lui adressait un sourire radieux, les yeux flamboyant de rage contenue.

- « Je te hais » lui dit-elle sans se départir de son beau sourire.

Interloqué, Kakashi la regarda échanger quelques mots en français avec l'inconnu, puis elle se retourna vers lui. Son sourire se figea un peu, et il aperçu la colère qui couvait au fond de ses prunelles gris acier.

- « J'ai dit à Julien que tu ne comprenais pas le français, et que tu étais mon grand frère. Ton nom est Killian. Pose ce livre ou je te jure que je vais te tuer lentement et très, très douloureusement.. »

Il s'exécuta, mais seulement pour piocher un autre livre dans la pile.

- « C'est une lecture très intéressante. » rétorqua-t-il sur un ton de défi. « Tu ne m'en avais jamais parlé, d'ailleurs. Je crois que je vais continuer un peu à lire, si tu le permet... Petite soeur. »

Les lèvres d'Hime se pincèrent, et il devina qu'elle était proche de l'explosion. Puis elle reprit emprise sur elle-même, et soupira. Elle leva les yeux vers Julien, et lui sourit gentiment en lui posant une question, sans lâcher son bras. Kakashi grinça des dents, presque malgré lui. Qui était cet homme avec qui elle était si familière ?

Le dénommé Julien regarda sa « sœur » avec un peu trop d'admiration à son goût, lorsqu'il lui répondit et désigna un stand un peu plus loin. Hime battit élégamment des cils en le remerciant, et adressa à Kakashi un sourire de mauvaise augure.

- « Tu veux en savoir un peu plus sur ton futur ? D'autres réponses sont par là ! »

Méfiant, il posa son livre et la suivit, de même que Julien qui ne cessait de parler en un bourdonnement ininterrompu et fort agaçant. Lorsqu'ils arrivèrent devant le stand en question, Kakashi se figea, et sentit son cœur lui remonter au bord des lèvres. C'était un dessin de lui, mais... Pourquoi ne portait-il pas son masque ?! Et pourquoi embrassait-il... Iruka ?!?

Devant l'intérêt qu'ils montraient, Hime et lui, la jeune femme qui tenait le stand leur tendit un carnet de dessins, qu'ils feuilletèrent avec attention. À chaque page, Kakashi verdit un peu plus. Là, il était avec Anko... Et là, avec Genma ! Il se vit même avec sa future élève aux cheveux rose, ainsi qu'avec Naruto ! Malgré tout, la majorité des dessins le représentaient avec Iruka. Il retint un haut le cœur en voyant un dessin où il se tenait dans une position particulièrement suggestive, tout en caressant les fesses de l'autre homme.

Mais qu'est-ce que ça signifiait ?! Est-ce qu'à l'avenir, il allait devenir un playboy bisexuel pédophile ?!?

Tout en contenant difficilement un éclat de rire, Hime lui retira le carnet à dessins des mains, et remercia la jeune femme qui tenait le stand, avant de glisser une main autour du bras de son « frère » et de l'entraîner un peu plus loin.

- « Ils appellent ça du « fanart », il s'agit de dessins réalisées par des fans, ils n'ont aucune incidence sur le futur. Que ça te serve de leçon : si tu veux regarder ton futur, tu peux très bien avoir des mauvaises surprises ! »

Kakashi hésita, regarda une dernière fois le stand couvert de mangas, puis frissonna. Effectivement, il ne valait peut-être mieux pas chercher à trop en savoir. Où serait passée sa liberté d'action si il savait par avance comment il devait agir et qui il devait aimer ? Et puis, songea-t-il, Hime n'était sur aucun des dessins.

Estimant sans doute que sa vengeance était suffisamment accomplie, Hime dit au revoir à Julien, qui lui griffonna à la hâte dix chiffres sur un morceau de papier qu'il lui tendit, avant de déposer une bise sur chaque joue d'Hime et de partir. Irrité par la familiarité que le jeune homme se permettait envers son amie, Kakashi n'en laissa cependant rien paraître, et suivit Hime jusqu'à la sortie.

Une fois qu'ils furent sortis du grand bâtiment où se tenait le rassemblement, la jeune femme posa sur lui un regard furieux.

- « Si tu t'avise de m'abandonner encore une fois sans prévenir, je te promet que je ne viendrais pas te chercher. Tu te débrouilleras tout seul pour rentrer, vu ? »

- « Je suis désolé » soupira Kakashi. « Je pensais que tu n'aurais aucun souci à me retrouver rapidement. »

- « Évite de penser, tu pourrais te faire mal ! » persiffla son amie d'une voix acide.

Excédé, Kakashi croisa les bras sur sa poitrine et fusilla Hime du regard.

- « Écoute, avec ce que tu m'as montré, je vais avoir des cauchemars jusqu'à la fin de mes jours. Ce n'est pas suffisant pour apaiser ta colère ? »

Il vit distinctement les efforts qu'elle fit pour rester de marbre et conserver son masque de colère, mais elle craqua et éclata de rire.

- « Bon, d'accord, je te pardonne » capitula-t-elle. « Remettons nous en route, à présent. »


Shinji était assis contre un arbre, prenant bien soin de ne pas regarder en direction de son chariot. Lorsqu'il lui avait annoncé qu'ils arriveraient bientôt à Konoha, Mary-Sue lui avait ordonné de s'arrêter, et s'était mise à fouiller dans son chariot, jusqu'à dénicher des rouleaux de soie à sa convenance. À présent, elle était en train de s'habiller derrière ledit chariot, et refusait qu'il la voie avant que ses vêtements ne soient terminés.

Le jeune homme était troublé : il avait oublié qu'il transportait un chargement de rouleaux de soie. Et, en y réfléchissant, il avait oublié pourquoi il se rendait à Konoha, à l'origine, et même d'où il venait. Sa famille, le nom de ses parents, tout s'était effacé. Enfin, ce n'était pas dramatique puisqu'il avait sa déesse, Mary-Sue. Il n'avait besoin de rien d'autre.

L'image fugitive d'une jeune fille aux cheveux sombres nattés et aux yeux bruns lui revint en mémoire, lui adressant un sourire doux et triste. Puis l'image s'effaça, et Shinji se rendit compte qu'il pleurait, sans pouvoir s'expliquer pourquoi.

Il essuya ses joues humides, mal à l'aise. Peu de temps après, Mary-Sue se présenta devant lui, plus belle que jamais dans ses vêtements qui lui donnaient la prestance d'une reine. Tout les doutes s'effacèrent aussitôt de l'esprit de Shinji, et il sourit béatement.

Juste avant de se remettre en route, il se rendit compte que sa main était humide, comme s'il avait essuyé quelque chose de mouillé avec. Oh, il a plu ?


Hime se figea, debout au milieu de la rue. Du coin de l'œil, elle remarqua que Kakashi s'était lui aussi arrêté, et qu'il la regardait avec espoir. Elle fit un pas hésitant dans la rue, regardant les maisons avec attention. Il y avait eu quelques changements, oui, mais c'était définitivement cette rue.

La kunoichi se mordit les lèvres, incapable de faire un pas de plus.

- « Nous sommes arrivés ? » demanda Kakashi, l'air de rien.

En guise de réponse, Hime lui saisit la main et la serra fort. Comme ça, elle serait sûre que si jamais elle craquait et s'enfuyait à toute jambes, son ami pourrait la retenir. Celui-ci exerça une pression rassurante sur ses doigts, lui signifiant qu'il avait compris le message, et qu'il la soutiendrait.

Hime prit une grande inspiration, et osa faire un pas supplémentaire.

La maison qu'elle recherchait se situait au bout de la rue, évidemment. Le trajet lui parut interminable, dans ce décors si connu. C'était étrange, d'ailleurs : dans son enfance, elle n'était passée dans cette rue qu'une ou deux fois, et chaque détail s'était gravé dans sa mémoire.

Finalement, les deux ninjas arrivèrent devant une maison assez similaire aux autres, si ce n'est que son jardin était assez mal entretenu, et que la boîte aux lettres était recouverte d'une peinture rouge un peu écaillée.

- « Mon nom était Mélissa » expliqua Hime. « Quand j'avais six ans, mes parents et ma sœur aînée sont morts dans un accident de voiture. Je n'étais pas avec eux, à ce moment-là, donc je suis restée seule. Vu que je n'avais pas famille proche, j'ai été placée dans une famille d'accueil. Je n'ai pas mis longtemps à m'enfuir. »

- « Pourquoi ? »

- « Je n'avais pas vraiment compris ce que ça signifiait, quand on me disait que mes parents et ma sœur était morts. J'avais compris qu'ils étaient au cimetières, et je pensais qu'ils dormaient, alors j'ai essayé de retrouver le cimetière où ils avaient été enterrés. Je pensais que je n'aurais qu'à aller là-bas, et attendre qu'ils se réveillent... Quelle idiote j'étais. »

- « Tu étais juste une enfant choquée. »

Hime secoua la tête, refusant de laisser son ami l'empêcher de s'apitoyer sur son sort. Si elle s'était donnée autant de mal pour retrouver cet endroit, c'était justement pour se rendre la plus malheureuse possible afin de quitter ce monde. Pas question de se laisser réconforter !

- « J'ai erré longuement dans les rues, complètement perdue. Jusqu'à ce qu'il me trouve, et me ramène chez lui. »

- « Il ? »

- « Je n'ai jamais su son nom. Il voulait que je l'appelle Tonton, au début. Ensuite, ça a été Papa. Il désirait avoir un enfant, mais n'avait jamais pu. J'ignore si c'était parce-qu'il était stérile, ou bien parce-qu'il était juste seul. »

Elle souffla un bon coup, et poussa le portail en fer rouillé, qui s'ouvrit dans un grincement un peu sinistre. Les pieds entraînés des deux ninjas ne produisirent aucun son quand ils s'avancèrent sur la petite allée de gravier, jusqu'à la porte de la maison. Hime leva sa main libre (qui se mit soudainement à peser quinze tonnes), et frappa trois coup secs contre le bois sombre.

Au bout d'une dizaine de secondes, des pas lourds résonnèrent et la porte s'ouvrit, révélant un homme bedonnant au crâne dégarni, qui devait avoir une cinquantaine d'années.

- « C'est pour quoi ? » aboya-t-il, manifestement d'humeur revêche.

Hime resta muette pendant une seconde, puis son orgueil de kunoichi prit le dessus et l'empêcha de flancher. Elle redressa le menton et affronta le regard de l'homme.

- « C'est surprenant... Tu n'as pas du tout changé, Papa. » dit-elle, crachant le seul nom qu'elle lui connaissait comme s'il s'agissait d'un venin. « Depuis combien de temps suis-je partie ? »

Le visage de « Papa » se décomposa, et il devint blanc comme un linge. Effrayé, il fit plusieurs pas en arrière, et trébucha sur le tapis de l'entrée. Hime en profita pour entrer dans la maison, suivie par Kakashi.

- « M-Mélissa ?! » s'étouffa l'homme au sol. « C'est impossible ! Tu ne... Tu ne peux pas avoir autant grandi ! Je... »

Hime continua à le fixer froidement, ne cherchant plus à cacher la haine et le dégout sur son visage. « Papa » se releva péniblement, tremblant comme une feuille. Depuis quand est-il aussi petit ? Aussi pathétique ? songea la jeune femme avec dégout. C'était ça qui avait détruit son enfance ?

- « C'est impossible ! » rugit l'homme en reprenant un peu son sang froid. « Je... Je vais appeler la police ! »

Un sourire cruel fleurit sur les lèvres d'Hime.

- « Vas-y. Tu pourras leur expliquer ce qui était arrivé à la petite Mélissa, disparue à l'âge six ans... »

Les yeux de « Papa » s'écarquillèrent encore plus, et il fit quelques pas en arrière. Hime entendit que Kakashi fermait soigneusement la porte d'entrée, pour couper toute envie de fuite à leur hôte.

- « C'était ma petite fille ! Elle était à moi ! » cria-t-il avec hargne. « À moi ! »

La jeune femme sentit alors son sang bouillir, et elle dû faire un gros effort sur elle-même pour ne pas se jeter à la gorge de la silhouette tremblotante devant elle. Elle ferma brièvement les yeux pour retrouver son calme, et « Papa » en profita pour se jeter vers son téléphone. Mal lui en pris : le tranchant de la main de Kakashi s'abattit aussitôt sur son cou, et il s'écroula au sol, inconscient.


Kakashi s'essuya nonchalamment la main contre son tee-shirt, et retira l'écharpe qui lui masquait le visage. Oh, il n'avait pas frappé l'homme assez fort pour faire jaillir son sang, mais le contact avec un tel individu lui donnait vraiment envie de se laver les mains.

- « J'espère que je n'ai rien interrompu d'intéressant. » dit-il à son amie, s'efforçant de lui montrer un sourire rassurant. « Parce-qu'il va être KO pendant un bon moment. »

Celle-ci haussa les épaules et grommela un « Rien d'important... » peu convaincu. Maintenant qu'elle se trouvait dans l'endroit d'où elle avait quitté ce monde, la dernière fois, son malaise semblait avoir atteint son paroxysme.

- « Finissons-en. » ordonna Hime d'une voix dure. « Allons voir ma chambre, je suis sûre qu'il l'aura gardée en l'état. »

Kakashi s'attendait à ce qu'elle l'emmène vers l'escalier qui montait au à l'étage, ou bien dans le couloir du rez-de-chaussée, mais elle saisit une clef accrochée à un panneau en bois, et se dirigea sans hésiter vers une petite porte qui ouvrait sur un escalier vers la cave. Lorsqu'elle appuya sur l'interrupteur, une ampoule nue diffusa une lumière blafarde sur l'escalier étroit qui menait au sous-sol.

- « Au début » fit Hime, reprenant le fil de son récit d'une voix monocorde, comme si elle racontait l'histoire de quelqu'un autre, « il était très gentil. Mais quand j'ai refusé de l'appeler « Papa » et que j'ai voulu aller voir mes vrais parents au cimetière, les choses ont dégénéré. Il m'a enfermée à la cave, pour que je ne puisse pas le quitter. »

Glacé par ces révélations, Kakashi la suivit en silence. En bas de l'escalier, elle appuya sur un autre interrupteur, et une autre ampoule blanche s'alluma, révélant un pièce carrée sans fenêtre, avec une petite paillasse dans un coin, une lampe de chevet, et une pile de mangas, les mêmes qu'il avait feuilleté un peu plus tôt dans la journée.

- « Il avait entendu dire que cette série était populaire, donc il m'en a acheté plusieurs volumes, pour me distraire. Je suis restée là durant deux ans, avant d'effectuer le voyages. Quand ils m'ont trouvée, j'étais dans un sale état, psychologiquement parlant. Grâce au sceau du club, mes souvenirs se sont estompés, voire même effacés, et j'ai pu grandir sans devenir complètement cinglée. »

Dans la lumière crue de l'ampoule du plafond, Hime avait l'air si pâle qu'on aurait dit que sa peau était translucide. Ne trouvant aucun mot de réconfort suffisant, Kakashi fit la seule chose qu'il pouvait faire : il prit son amie dans ses bras, et l'attira contre lui, la serrant dans ses bras. Elle résista un peu, puis son contrôle partit en fumée et elle fondit en larmes.

Le jeune homme la berça longuement dans ses bras, lui caressant doucement les cheveux et le dos jusqu'à ce qu'elle retrouve un semblant de calme. Peu à peu, ses sanglots s'estompèrent et ses larmes se tarirent, mais elle ne fit aucun effort pour se dégager de l'étreinte de son ami.

- « Je crois que je suis prêt à partir, à présent. » murmura-t-il dans les cheveux d'Hime.

- « Ah bon ? » fit-elle d'une petite voix.

- « Un monde où une chose pareille a pu t'arriver... Je le hais. Pas question d'y rester une minute de plus. »

Hime leva le visage vers lui, les yeux brillants de larmes et de reconnaissance. Alors, sans réfléchir, Kakashi se pencha à avant et l'embrassa. Lorsqu'il releva la tête, son amie le fixait avec des yeux ronds, les joues écarlates. Il eut envie de se donner des giffles, se rendant compte de l'ampleur de son geste. Mais qu'est-ce qui ma pris ?!?

- « On y va ? » demanda-t-il, faisant un effort surhumain pour conserver sa façade flegmatique.

Hime hésita, sourit, et posa la tête sur sa poitrine.

- « Pense très fort à ton désir de te retrouver ailleurs, il faut que tu veuille partir de tout ton cœur, que tu en sois désespéré. »

Kakashi ferma les yeux, et posa le menton sur le sommet du crâne de son amie. Il revit en esprit les voitures bruyantes, les couloirs souterrains et puants du métro, puis le visage de l'homme inconscient à l'étage, ainsi que la cave froide et mal éclairée. Il imagina une petite fille seule là-dedans, le désespoir qu'elle avait pu ressentir... Il revit les larmes d'Hime, et la paleur de son visage alors qu'elle contemplait les vestiges de son passé...

Dans ses bras, Hime commença à s'estomper, comme s'il son corps était fait de brume. Il ouvrit les yeux et vit avec horreur qu'elle n'avait plus de substance et que son corps disparaissait. Paniqué, il se concentra de toutes ses forces et hurla mentalement.

Je veux partir, je veux partir d'ici !

Ne me laisse pas ici, Hime, JE VEUX PARTIR !

Comme pour répondre à son souhait, l'obscurité se referma brusquement sur lui, et il se sentit partir. C'est avec un soupir de soulagement qu'il perdit connaissance. Il rentrait chez lui.