Le club des amateurs de tricot – Chapitre 17

La Lame de Sang

Gin s'essuya le front du revers de la main, écartant quelques unes des longues mèches blondes empoissées de sueur qui lui étaient tombées devant les yeux. Préparer les membres du club à la bataille à venir s'avérait plus difficile que ce à quoi il s'était attendu, mais il n'avait pas le droit de faillir : c'était le destin du monde qui pesait sur ses épaules, à présent.

Prétextant une sortie éducative dans le cadre du Séminaire International Annuel du Tricot, il avait emmené tous les membres du club en dehors du village, s'éloignant suffisamment pour qu'ils puissent combattre sans faire de dégâts en ville. Puis, grâce à ses facultés surnaturelles, il avait dressé une barrière entre Konoha et eux : non pas une barrière physique, mais une qui empêcherait leur présence d'être détectée, ainsi que les bruits de combat. La dernière chose dont il avait besoin, c'était que des ninjas se ramènent dans les environs tandis qu'il combattrait Mary-Sue.

Le président du club avait le souffle heurté à cause de toute l'énergie que ça lui demandait, mais il fit signe à la personne suivante dans la file de s'avancer vers lui et de lui montrer sa cheville. Il s'agissait d'un jeune homme dont les lèvres tremblaient d'appréhension. Cependant, il serra les dents et n'émit pas un son quand Gin lui retira son sceau. Un fois qu'il eut terminé, ce dernier lui fit signe d'aller rejoindre un des groupes qui s'entraînaient à découvrir et maîtriser leurs nouveaux pouvoirs, sous l'œil vigilant d'Atsuro.

Un autre groupe était supervisé par Hana, et un autre encore par Shuhei : ces deux-là s'étaient rapidement habitués à leur toute nouvelle puissance et pouvaient donc aider les autres à se préparer. Gin enveloppa Shuhei d'un regard songeur : les dents serrées et l'œil dur, il supervisait son groupe d'une main de fer. Tout son être criait vengeance après la mort de sa nièce adoptive, et une fois le premier choc passé, quelques heures plus tôt, il s'était jeté à corps perdu dans l'entraînement avec une seule idée en tête : tuer Mary-Sue.

Gin défit le sceau de la personne suivante, et l'envoya au groupe d'Hana. Il restait encore une vingtaine de personnes à « desceller », et il était complètement épuisé. Néanmoins, il s'attaqua aussitôt au sceau du suivant, et lui fit un clin d'œil encourageant en l'envoyant auprès de Shuhei : ce dernier accueillit l'arrivée de la petite femme d'âge mur en lui aboyant de se mettre dans les rangs et de commencer les exercices.

Encore un sceau, et puis un autre. Si seulement Hime était là... Avec sa formation de ninja, il aurait suffi de lui retirer son sceau pour qu'elle devienne vraiment redoutable. Un étau de culpabilité enserra le cœur de Gin quand il se rappela pour la quinzième fois aujourd'hui que c'était lui qui l'avait envoyée à la mort. Pauvre petite, elle n'avait pas mérité ça... Il secoua la tête, et se concentra pour retirer le sceau d'Harue, qui avait insisté pour combattre aussi malgré sa faiblesse physique et sa cécité. Il était le président du club, et il n'y avait pas de place pour les remords dans son esprit, en tout cas pas avant que le danger de Mary-Sue ne soit écarté.

Le président du club ferma les yeux un moment, s'autorisant quelques secondes pour récupérer : après tout, s'il ne conservait pas un minimum d'énergie, il tomberait dans les pommes quand Mary-Sue ferait son apparition et ne pourrait plus coordonner l'opération. Mary-Sue avait tué Hime le matin même, ce qui laissait deux options : soit elle avait pressé le pas vers Konoha pour les affronter plus vite, soit elle avait au contraire fait preuve de prudence et arriverait plus tard, après avoir mûri un plan. Gin ne savait quel option lui paraissait la meilleure : affronter une Mary-Sue déchaînée aujourd'hui alors qu'il était affaibli, ou bien avoir le temps de se remettre et être obligé de déjouer son plan, quel qu'il soit ?

Dans les deux cas, les chances de survie du club étaient minimes, en dépit de toutes les belles paroles qu'il disait pour réconforter ses subordonnés et leur donner du courage. Enfin, de toute manière, tout ça serait bientôt terminé, soit par la disparition du club et la fin de l'histoire telle que tout le monde la connaissait, soit par la mort de Mary-Sue.

Il rouvrit les yeux, rassembla encore une fois son courage, puis fit signe au suivant de s'avancer vers lui et de lui montrer sa cheville.


Hime ouvrit difficilement les yeux. Elle rassembla ses idées, et battit lentement des paupières. Il lui fallut quelques secondes pour reconnaître l'étrange syndrome « paupières-de-plomb » qu'elle avait éprouvé quelques jours plus tôt, lorsque Mary-Sue les avait envoyés dans son monde d'origine, Kakashi et elle.

Quelque chose de tiède appuyait contre son bras. La jeune femme tourna lentement la tête, et vit qu'elle était allongée côte à côte avec son ami, qui était lui aussi en train de lutter avec ses paupières. Au prix de nombreux efforts, il parvint à se redresser en position assise. Il ouvrit complètement les yeux, et Hime faillit sauter de joie en voyant la couleur écarlate de son Sharingan.

- « Nous sommes de retour » annonça-t-il platement.

Hime s'assit à son tour, et laissa échapper un petit rire joyeux en découvrant qu'elle pouvait à nouveau malaxer son chakra. Son rire se transforma en cri de surprise quand elle se rendit compte de l'énorme quantité de chakra qu'elle possédait à présent : elle eut brièvement la sensation d'être une boule d'énergie débordante. L'espace d'un instant, il lui sembla que son pouvoir n'avait pas de limite, puis elle cessa brusquement de malaxer son chakra.

- « Je suis une Mary-Sue, à présent ! » hoqueta-t-elle.

- « Logique » répliqua nonchalamment Kakashi. « Tu ne porte plus le sceau qui bridait tes pouvoirs. »

Il ferma les yeux et malaxa lui aussi sur son chakra. Avec sa toute nouvelle sensibilité accrue, Hime ressentit distinctement qu'il y avait eu un changement chez lui aussi. C'était loin d'être aussi fort que pour elle, vu qu'il était originaire du monde de Naruto, mais son bref passage dans le monde des voyageurs avait laissé une empreinte sur lui : la puissance de son émission de chakra avait sensiblement augmenté.

- « Voilà qui pourrait s'avérer utile » songea-t-il à voix haute, concentré sur son émission de chakra.

Hime se leva, et regarda attentivement autour d'elle. Ils étaient dans un clairière dont les arbres immenses et feuillus appartenaient définitivement à une des luxuriantes forêts du pays du Feu. Son cœur bondit de joie dans sa poitrine, et elle poussa un éclat de rire émerveillée : enfin, elle était rentrée chez elle.

Kakashi la rappela à l'ordre d'un raclement de gorge.

- « Nous devons retrouver Mary-Sue »

- « Tout à fait d'accord » répliqua Hime, retrouvant tout d'un coup son sérieux.

Elle invoqua aussitôt Byakuya, immensément heureuse de sentir à nouveaux le frémissement familier au bout de ses doigts alors qu'une infime partie de sa réserve de chakra récemment agrandie s'échappait de son corps pour compléter le jutsu.

Dans un grand nuage de fumée blanche, l'immense roi des aigles apparut. Les yeux mordorés du rapace se posèrent sur sa jeune maîtresse, ainsi que sur Kakashi. Hime s'inclina respectueusement.

- « Byakuya, mon ami. Je suis heureuse de te revoir » dit-elle poliment.

L'aigle s'inclina à son tour, et regarda Kakashi avec insistance tout en gonflant les plumes de son cou. Celui-ci s'inclina finalement, et le roi des aigles le salua d'un mouvement sec de la tête, plus hautain que jamais.

- « As-tu besoin de mon aide, petite ? » demanda-t-il d'un ton majestueux, ignorant superbement Kakashi.

- « Je voudrais que tu nous emmènes tous les deux à Konoha, le plus vite possible. » répondit Hime.

Les plumes immaculées de l'aigle royal se hérissèrent, et il poussa un cri outré qui résonna dans les arbres.

- « Tu es la seule humaine que j'autorise sur mon dos ! » rugit-il, catégorique.

Hime soupira, et fronça les sourcils. Quel oiseau buté, celui-là ! Mais quand il s'agissait d'être obstinée, elle pouvait se montrer très douée en la matière, elle aussi.

- « Il s'agit d'une affaire de la plus haute importante, pas d'une balade ! » rétorqua-t-elle. « Si nous n'allons pas à Konoha le plus rapidement possible, le monde pourrait bien être en danger ! »

Byakuya hésita, mais ne céda pas pour autant. Hérissé d'orgueil, il ressemblait vaguement à une gigantesque boule de plumes blanches.

- « Mon ami, s'il te plaît... » insista Hime d'une voix suppliante.

Kakashi eut alors une réaction à laquelle elle ne s'attendait vraiment pas : il haussa les épaule et tourna le dos au roi des aigles.

- « Viens, Hime » lança-t-il par dessus son épaule. « Laissons la boule de plumes tranquille et allons-y à pied, ça sera plus rapide. »

Bouche bée, la jeune femme ne sut que dire. Son ami avait-il décidé d'en finir avec la vie, pour provoquer ainsi le roi des aigles ?! Byakuya avait l'air aussi estomaqué qu'elle, ce qui expliquait pourquoi il ne s'était pas encore jeté sur le jounin pour l'éventrer à coups de bec.

- « De toute manière, il n'est probablement pas capable de nous porter tous les deux jusqu'à Konoha » enchaîna Kakashi, enfonçant le clou. « Soulever deux humains adultes, ça demande de la force ! »

L'aigle géant se redressa de toute sa hauteur, et écarta les ailes de manière menaçante.

- « Humain imprudent ! » explosa-t-il. « Je suis tout à fait capable de vous emmener tous les deux à Konoha, alors cesse cette calomnie ! »

Kakashi se contenta de hausser nonchalamment les épaules, et Hime admira son sang froid. Ce n'était pas donné à tout le monde, de pouvoir conserver la tête froide face à la menace d'un aigle géant et en furie.

- « Montez sur mon dos, tous les deux, je vais vous montrer ce que c'est de voler avec le roi des aigles ! » éructa l'aigle en furie.

Hime prit son élan et sauta souplement sur son dos, avant de tendre une main vers Kakashi. Avec un clin d'œil triomphant, celui-ci prit place derrière elle et s'accrocha fermement à sa taille.

- « J'espère que tu as l'estomac bien accroché » le prévint-elle en s'accrochant au cou de Byakuya. « Parce-que là, tu l'as mis en colère. »

Un bruit de gorge malveillant de la part de l'oiseau confirma les craintes d'Hime : le voyage risquait d'être chargé en vrilles aériennes et en loopings. Elle caressa gentiment les plume du cou du roi des aigles, et lui donna le signal du départ sans plus attendre : ils devaient se rendre à Konoha le plus vite possible, et ils avaient déjà assez perdu de temps.

- « Vole, mon grand ami, vole plus vite que le vent ! »

Byakuya étendit ses grandes ailes blanches, et s'éleva dans les airs d'un puissant battement d'ailes avec un cri majestueux. Alors qu'ils prenaient rapidement de l'altitude, Hime sentit que Kakashi resserrait sa prise autour de sa taille, histoire de ne pas tomber en vol. Elle se remémora ce qui c'était passé juste avant qu'ils ne quittent son monde d'origine, dans la cave... Il l'avait embrassé, mais avait-il agit ainsi juste pour la réconforter, ou pour une raison plus profonde ?

- « Dis, Kakashi... » murmura-t-elle, profitant du fait qu'il était collé à elle et pouvait l'entendre parler sans problème. « Ce qui s'est passé, dans la cave... »

Elle n'osa pas finir et attendit sans le regarder, le cœur battant. Ce n'était pas le moment de penser à ce genre de choses, avec la situation d'urgence qu'il avait, mais elle ne pouvait pas s'en empêcher.

- « Eh bien » répondit-il comme si de rien n'était. « Maintenant, on peut dire que nous sommes quittes. »

Himer ferma les yeux, et serra les dents avec frustration. Il faisait référence au baiser qu'elle lui avait volé, il y a des années. Un baiser qui n'avait rien voulu dire à cette époque, vu que c'était juste pour pouvoir lui échapper.

- « Tu as raison » souffla-t-elle, avec un rire forcé. « Nous sommes quittes, alors n'en parlons plus. »


- « Arrête toi. »

Shinji obéit sans réfléchir, et le chariot s'arrêta en plein milieu du chemin. La jument renâcla un peu, mais se calma instantanément lorsque Mary-Sue posa impérieusement les yeux sur elle.

- « Qu'est-ce qui se passe, maîtresse ? » demanda poliment le jeune homme. « Voulez-vous faire une pause ? »

Il se tourna vers la silhouette allongée dans la soie, ses longs cheveux dorés étendus tout autour d'elle. Ses lèvres étaient serrées, et un pli contrarié barrait son front. Paniqué, Shinji voulut lui aussi monter dans le chariot pour pouvoir se jeter à ses pieds et la réconforter, mais elle leva un doigts impérieux et lui commanda de se tenir tranquille. Mort d'inquiétude, le jeune homme lui envoya un regard de chien battu. Qu'est-ce qui pouvait troubler ainsi sa déesse ?

Mary-Sue soupira (le cœur de Shinji faillit se briser en mille morceaux : il donnerait sa vie pour redonner le sourire à sa divine passagère), et se leva gracieusement. Elle s'approcha du bord du chariot en bois, et le jeune homme s'empressa de se mettre à quatre pattes au sol pour lui servir de marche pied. En sentant le contact du pied fin de sa maitresse sur son dos, il crut défaillir de joie.

Sa maîtresse fit quelques pas dans un froufroutement de soie, et regarda l'horizon d'un air pensif. Elle se tapota pensivement le menton, et un sourire apparut finalement sur ses lèvres.

- « Une barrière protectrice ? Alors comme ça ils ont l'audace de me combattre... Intéressant. »

Elle se frotta pensivement le menton durant quelques secondes, puis son regard se posa sur Shinji. Son sourire s'élargit.

- « Mon cher Shinji... » roucoula-t-elle en ondulant vers le jeune homme. « Si je te le demandais, tu me protégerais ? »

- « Je donnerais ma vie pour vous ! » répondit-il avec ferveur, en se mettant au garde à vous.

Les yeux de Mary-Sue se mirent à étinceler, pareils à des joyaux.

- « Je n'en attendais pas moins de toi » susurra-t-elle.

Elle leva une main vers lui, et Shinji commença à se sentir étrange. Rapidement, une énorme quantité d'énergie tourbillonnante l'entoura. Il perdit connaissance avant même de toucher le sol.


Gin ressentit une grande décharge de pouvoir à proximité. Cela lui fit l'effet d'un coup de poing : pourrait-il seulement rivaliser avec pareille puissance ? Un long frisson se répandit le long de sa colonne vertébrale, et ses paumes devinrent moites d'appréhension. Il avait eu le temps de récupérer un peu d'énergie, mais il n'avait encore jamais combattu de sa vie, alors qui pouvait dire s'il avait suffisamment d'énergie à présent ?

- « Elle arrive ! » hurla-t-il.

Ce fut le branle bas de combat. L'armée de toutes nouvelles Mary-Sue qu'il avait à présent sous ses ordres se mit en place, et il vit sur leur visage qu'ils étaient loin d'être prêts, encore moins d'être confiants. Seul Shuhei affichait un air déterminé, trop aveuglé par sa soif de sang pour se rendre compte de la situation : les membres du club avaient beau avoir la supériorité numérique, Mary-Sue avait des années d'expérience et elle avait reçu une formation au combat, elle. Ça serait comme une horde d'enfants armés d'épées de bois pour s'attaquer à un samouraï.

- « Nous n'y arriveront pas » souffla un des plus jeunes membres du club d'une voix apeurée, comme pour faire écho à ses craintes.

- « Elle ne s'attend pas à nous voir combattre » martela Gin, avec toute son assurance de président du club. « Nous aurons l'avantage du nombre et de l'effet de surprise, ça sera suffisant pour la neutraliser. Préparez-vous ! »

Ayant retrouvé un peu courage, tous les membres du club se mirent en garde, se préparant au combat. L'air se mit à vibrer sous l'énergie de la centaine de Mary-Sue rassemblées au même endroit. Puis il parut se figer lorsque les bruits tranquille des sabots d'un cheval se fit entendre.

Jaillissant du couvert des arbres telle une déesse de la forêt, Mary-Sue apparue, juchée sur le dos d'un cheval sombre. Plusieurs membres du clubs ouvrirent une bouche bée en voyant sa grande beauté, mais Gin fronça les sourcils et s'avança d'un pas.

- « Vous n'êtes pas la bienvenue ici. » énonça-t-il d'une voix forte.

Mary-Sue descendit de cheval, et sortit un magnifique katana des multiples épaisseurs de soie de ses vêtements. Avec un sourire, elle retira le fourreau du katana, révélant une lame d'un rouge sanglant, recouverte de symboles noirs. Gin ne put retenir un exclamation étouffée.

- « Sais-tu ce qu'est cet objet, vermisseau ? » demanda Mary-Sue.

Les membres du clubs s'agitèrent derrière lui : d'après le plan, il aurait déjà dû lancer l'attaque. Mais Gin ne pouvait détacher ses yeux du katana fait d'acier écarlate, ne sachant que trop bien de quoi il s'agissait.

- « Une Lame de Sang... » souffla-t-il.

Mary-Sue hocha la tête avec le sourire confiant de celle qui sait qu'elle a gagné d'avance. Pour la première fois depuis plusieurs décennies, Gin perdit son calme et céda à la colère.

- « Comment as-tu pu ?! » cracha-t-il. « La punition d'Akane-sama a été décidément bien trop douce pour une vile créature comme toi ! »

L'ennemie se figea, et un fut secouée par un frémissement.

- « Tu oses... » siffla-t-elle d'une voix étouffée, comme si elle était sur le point d'exploser.

Avant que Gin n'ait pu continuer à la provoquer, Atsuro se précipita à ses côté et posa une main sur son épaule.

- « Pourquoi te mettre dans cet état ? »

- « Les Lames de Sang ont été inventées par Mary-Sue et Akane-sama dans leur jeunesse, avant que celle-ci n'en interdise l'utilisation et ne les détruise. » expliqua-t-il, les dents serrées. « Pour en créer une, il faut qu'une victime se sacrifie et offre son âme pour devenir une Lame. C'est son sang qui colore le katana, et les sceaux dessinés sur la lame retiennent l'âme de la victime prisonnière dans cette forme. Ces Lames sont redoutables, car elles protègent leur porteur. »

Tous les membres du clubs frémirent d'horreur. Mary-Sue, qui avait retrouvé un semblant de calme pendant les explications de Gin, fit crânement tournoyer sa Lame de Sang. Elle leva la lame écarlate devant son visage, et la lécha d'un air provocant. Gin serra les poings : pareil sacrilège ne pouvait rester impuni.

- « Tout une armée pour me détruire... Si vous vous prosterner à mes pieds et me jurez obéissance, je vous laisserais vivre. » annonça l'ennemie d'une voix froide. « Vous aurez même un rôle dans l'histoire que je vais réécrire, celle dont je serais l'héroïne ! »

- « Ah ! » railla Shuhei, avant que Gin n'ait pu répondre. « Qui voudrait d'une histoire où l'héroïne est la plus puissante et où il n'y a aucun défi ? Tu n'intéressera jamais personne, et tu tombera dans l'oubli ! Maintenant prépare toi à mourir ! À l'attaque ! »

- « Non, attends ! » hurla Gin.

Mais c'était trop tard : Shuhei s'élança en avant et projeta d'un coup une immense boule de feu vers Mary-Sue. Avec un hurlement sauvage, les autres membres du club suivirent son exemple et bombardèrent l'ennemie de leur énergie débordante.

Mary-Sue leva son épée sanglante, et donna un coup dans le vide. La Lame chanta, et une puissante vague de chakra écarlate détruisit toutes les boules de feu, avant de continuer vers les membres du clubs. Heureusement, Gin et ceux qu'il avait affecté à la défense stoppèrent l'attaque juste à temps en combinant leurs forces pour dresser une barrière d'énergie devant eux et la petite armée.

- « Ahah ! » jubila Shuhei avec une joie sauvage. « Nous pouvons bloquer ses attaques ! Nous vaincrons, et nous vengerons Hime ! »

- « Imbécile ! » cracha Gin. « Tu ne vois donc pas qu'elle n'utilise pas la moitié de sa force ? Elle joue avec nous ! »

Il leva une main, et la moitié des membres du club s'agenouillèrent et posèrent leurs main au sol. La terre trembla, et une gigantesque crevasse apparut aux pieds de l'ennemie. Le cheval tomba avec un hennissement horrifié, mais Mary-Sue ne s'en préoccupa pas. Elle fit un bond souple en arrière et atterrit sur un morceau de terre encore stable. Elle posa alors la pointe de son katana au sol, et les pouvoirs combinés des membres du clubs furent instantanément bloqués. Elle sourit avec condescendance, et donna un nouveau coup d'épée dans le vide. La déflagration fut à peine contenue par la barrière.

La suite de l'affrontement se déroula de la même manière : comme un chat jouant avec une souris, Mary-Sue s'amusait à les voir se vider de leur énergie en tentant de l'attaquer, puis elle ripostait de temps en temps, faisant de plus en plus vaciller leurs défenses.

- « Nous sommes perdus... » grommela Atsuro, dont les lunettes étaient à présent de travers.

Gin se contenta de serrer les dents, et de tenir le bouclier.

- « Personne ne veux de toi ici ! » lança-t-il à l'ennemie, dans l'espoir de l'énerver suffisamment pour qu'elle fasse une erreur. « Tu n'es qu'une criminelle, une scélérate et une ordure ! Akane aurait dû te tuer il y a longtemps ! »

Les yeux de Mary-Sue flamboyèrent, et son sourire disparut complètement. Décidant que quitte à se faire tuer, autant le faire rapidement, les autres membres du club se joignirent à lui et hurlèrent des insultes à tout bout de champs.

- « Moins que rien ! »

- « Ordure ! »

- « Sorcière ! »

- « Disparaît ! »

Tremblante de rage, Mary-Sue leva son épée et donna un coup plus fort que les autres, qui fit voler la barrière en éclats. Poussé en arrière par l'onde de choc, Gin fit plusieurs roulés boulés au sol avant de se relever, et continua à déverser toute sa colère et sa haine en un long cri continu d'injures. Dieux, il allait peut-être mourir dans la minute, mais qu'est-ce que ça faisait du bien de se défouler ainsi ! Cela faisait des années qu'il ne s'était pas senti aussi vivant !

- « Arrêtez ! » hurla Mary-Sue avec colère. « Taisez-vous ! »

- « Tu as tué ma fille ! » répliqua aussitôt Shuhei, dont la voix était cassée à force de crier. Il éclata en sanglot. « Meurtrière ! Monstre ! »

Si, il y a quelques minutes, Mary-Sue avait eu l'air d'une déesse descendue du ciel, ce n'était plus le cas : les traits déformés par la fureur, elle ressemblait désormais plus à une sorcière qu'à autre chose. Ses doigts se refermèrent sur la garde de son katana, et les yeux redevinrent de glace. Elle leva la Lame de Sang, et la lame rouge de celle-ci se mit à briller. Gin comprit qu'elle s'apprêtait à cesser de jouer : elle allait les tuer.

Il ferma les yeux.

Cependant, le coup ne vint pas. Gin se risqua à ouvrir les yeux, et vit que Mary-Sue avait stoppé son geste en plein mouvement, un sourire cruel au lèvres.

- « Non, je ne vais pas vous tuer... Pas encore...»

Elle éclata de rire, et rangea sa Lame de Sang au fourreau, avant de l'attacher à sa ceinture. Le président du club cilla, interloqué : maintenant qu'elle les avait à sa merci, Mary-Sue refusait de les tuer ?

- « J'étais venue avec l'intention de vous tuer rapidement, vers de terre que vous êtes, mais vous m'avez... Énervée. Je vais donc vous laisser en vie, pour le moment. Vous serez les témoins de ma gloire, lorsque je soumettrais ce monde à ma volonté ! Vous verrez tout ce que vous avez construit tomber en poussière sous vos yeux, et quand j'en aurais terminé, je reviendrais vous voir et je vous réserve un sort tel que vous me supplierez de vous tuer, tous autant que vous êtes ! »

Avec un rire extatique, elle disparut dans un nuage de fumée. Même après, Gin eut l'impression d'entendre son rire résonner encore et encore dans la forêt. Il tomba à genoux, vidé de ses forces. Plusieurs autres membres firent de même.

- « Qu'est-ce qu'on va faire, maintenant ? » demanda Hana, d'une toute petite voix.

Ne trouvant plus le courage de continuer à motiver ses troupes, Gin ferma les yeux et se prit la tête entre les mains. Tout était terminé, jamais ils ne seraient assez fort pour arrêter Mary-Sue, et elle allait conduire le monde à sa fin... Oh, Akane-sama, pourquoi ne l'avez-vous pas tuée quand vous en avez eu l'occasion ?

Le cri d'un aigle le sortit de ses pensées, et il releva la tête à temps pour voir qu'un gigantesque aigle blanc fonçait vers eux. Quand il aperçut les passagers de l'oiseau, sont cœur désespéré fit un bond dans sa poitrine.

Hime ?! Vivante ?!