Pour me faire pardonner mon retard de la dernière fois, je me suis empressée d'écrire le chapitre suivant dans la foulée. D'ailleurs, concernant le chapitre précédent... Hé, dites-le si ça vous plaît pas : il n'y a que si on me critique que je pourrais m'améliorer. Promis, je ne me débrouillerais pas pour obtenir toutes vos données personnelles pour ensuite venir cramer votre boîte au lettre (de toute manière, je n'en serais pas capable :p ).
Donc voilà : je suis ouvertes à toutes les critiques, alors n'hésitez pas ! J'en tiendrais toujours compte, sauf cas particulier où je ne serais vraiment pas d'accord, auquel cas je vous le ferais savoir par message privé pour qu'on puisse en discuter ;)
Bonne lecture.
Le club des amateurs de tricot – Chapitre 19
Quand tout est perdu
Hime relu la missive à trois reprises, sans parvenir à croire les mots qui étaient inscrits sur le petit morceau de papier. Il devait y avoir une erreur quelque part, c'était tout.
« Hatake est mort. Tout est perdu. »
Le message était signé de la main même de Gin. Aucun doute là dessus, c'était bien son écriture. La jeune femme retourna la papier, recherchant un mot, un dessin, un signe, n'importe quoi qui puisse indiquer qu'il ne s'agissait que d'une erreur, ou bien d'une fausse missive. C'est une plaisanterie, n'est-ce pas ? Ce n'est pas possible...
Elle secoua la tête. Kakashi ne pouvait pas mourir, pour la bonne raison qu'il était Kakashi Hatake. Il était destiné à être le professeur de Naruto, Sasuke et Sakura. Il était destiné à vivre longtemps, il ne pouvait donc pas mourir. C'est impossible. Impossible.
D'une main tremblante, Hime froissa le morceau de papier avant de le fourrer dans une de ses poches. Kakashi n'était pas mort, il ne pouvait pas mourir. Gin avait dû se tromper, un point c'est tout. Cependant, malgré cette certitude, elle avait l'impression que son sang avait gelé dans ses veines : son cœur battait à grands coups douloureux, comme s'il se débattait pour échapper à la réalité.
Pinçant les lèvres, elle regarda la porte qu'elle était censée emprunter pour accomplir son devoir routinier de servante, en tant qu'agent infiltrée dans la demeure même du Tsuchikage. Elle avait prétexté une envie pressante pour pouvoir s'éclipser et lire le message de Gin en toute sécurité, mais il allait falloir qu'elle retourne à son travail de couverture rapidement si elle ne voulait pas éveiller de suspicion. Hime hésita, le cœur déchiré.
Elle sortit le papier de sa poche et le défroissa, regardant encore et encore son funeste message. Kakashi, mort ? Non... L'idée en elle-même était tout simplement risible. Alors pourquoi ne pouvait-elle même pas sourire devant cette blague ? Pourquoi cette envie de lutter contre ses glandes lacrymales ? Kakashi, son Kakashi, ne pouvait pas mourir. C'était ridicule.
Et pourtant... Un doute atroce la saisit. Et si c'était vrai ? Les mains d'Hime se mirent à trembler, et elle rangea à nouveau de papier dans sa poche. Qu'est-ce qui pouvait pousser Gin à affirmer que tout était perdu, si ce n'était la mort d'un des personnages principaux ? Non, non, non. Il se trompe, Kakashi n'est pas mort.
Mais quelle preuve avait-elle, pour affirmer ainsi qu'il était encore en vie ? Aucune, si ce n'était son désir de le savoir en vie, son besoin d'avoir la certitude que l'homme qu'elle aimait en secret était en vie et bien portant. Hime serra les poings.
Tant pis pour le Tsuchikage, tant pis pour la guerre. Je dois en avoir le cœur net.
Sans un regard en arrière, elle abandonna son tablier de servante et s'enfuit de la riche demeure. C'est presque en courant qu'elle sortit du village caché d'Iwa, mais son expression sereine et innocente ne la trahit pas, alors même qu'elle brûlait intérieurement. Dès qu'elle se fut suffisamment éloignée, elle invoqua Byakuya et le supplia de l'emmener à Konoha le plus vite possible. Ébranlé par l'agitation de sa maîtresse, l'oiseau géant lui promit de voler comme jamais, et Hime s'accrocha désespérément à ses plumes tandis qu'il fendait les nuages.
Le voyage fut court, mais il lui parut durer une éternité. Au bout de quelques heures de vol, Byakuya atteignit enfin Konoha. Il déposa Hime au niveau du terrain d'entrainement où se situait la stèle commémorative, et elle le remercia avant de se précipiter vers la stèle.
Le soir commençait à tomber, mais elle vit distinctement la silhouette d'Asuma, debout devant la stèle. Il était vêtu des vêtements de deuil que l'on portait toujours aux enterrement. Le cœur d'Hime se glaça d'effroi. Laissant libre cours à son anxiété, c'est en courant qu'elle rejoignit Asuma.
Alerté par le bruits de ses pas, le fils du Sandaime se retourna vers Hime. Il la reconnut instantanément, et serra les dents. La kunoichi attrapa les pans de sa veste noire, se rappelant qu'il faisait partie de l'équipe dans laquelle Kakashi avait été placé pour sa dernière mission : il saurait sûrement la renseigner.
- « Où est Kakashi ? » lui demanda-t-elle d'une voix suppliante.
Le visage d'Asuma prit une expression peinée, et il posa une main sur l'épaule d'Hime avant d'indiquer la stèle.
- « Je suis désolé. »
Hime tourna alors la tête, et regarda la stèle. Elle vit le nouveau nom qui venait d'être ajouté.
Hatake Kakashi.
Elle lâcha la veste d'Asuma, les yeux fixés sur l'inscription. Il lui sembla soudain qu'il n'y avait plus aucun bruit autour d'elle, comme si le monde entier était devenu complètement silencieux. Un étau de glace venait de se refermer sur son cœur. Par elle-ne-savait quelle magie, ses jambes raides la maintinrent debout, alors que le monde autour d'elle s'écroulait lentement.
- « Où est Kakashi ? » répéta-t-elle encore.
Hime n'entendit pas la réponse d'Asuma, pas plus qu'elle ne sentait la pression de sa main sur son épaule. Ses yeux étaient secs. Pourquoi ? Elle voulait pleurer, s'effondrer en larmes et hurler de toutes ses forces. Elle voulait tomber et se briser en morceaux. Elle voulait détruire cette pierre qui arborait froidement le nom de Kakashi. Pourquoi ne pleurait-elle pas ? Pourquoi ne bougeait-elle pas ?
Pourquoi ?!
La nuit tomba, et elle finit par se rendre compte qu'Asuma était parti. Depuis combien de temps était-elle ainsi, pétrifiée devant la stèle, à fixer cette gravure ? Enfin, ses genoux cédèrent. Hime s'écroula au sol, face contre terre, et ne bougea plus. Tout était perdu. C'était la fin.
Elle se souvint du sourire éclatant d'Obito, quand ils s'entraînaient ensembles en secret. Elle se remémora le jour de sa mort, quand elle lui reprit son écharpe au lieu d'écouter son cœur et de le retenir. Elle l'avait laissé mourir pour rien.
Elle se souvint de sa première rencontre avec Kakashi, si jeune à l'époque. De son regard confus après qu'elle lui ait volé un baiser pour pouvoir s'enfuir. De son expression affolée lorsqu'il avait cru l'avoir tuée, après sa première rencontre avec Mary-Sue. De son sourire lorsqu'il lui avait révélé son visage, au sommet de la tour Eiffel.
Finalement, les larmes jaillirent. Hime se roula en boule aux pieds de la stèle, et sanglota bruyamment. Sans se préoccuper de savoir s'il y avait des gens aux alentours qui risquaient de l'entendre, elle appela Kakashi de toutes ses forces. Mais il ne vint pas : il était parti.
Lorsqu'elle n'eut plus aucune larme à pleurer, au bout d'un temps incertain, Hime se releva laborieusement. Elle contempla encore longuement l'inscription, et se détourna. À grands pas mécaniques, elle s'éloigna du terrain d'entrainement. Son corps et sont cœur étaient glacés, et un masque inexpressif était plaqué sur ses traits, si bien qu'elle se donna l'impression d'être devenue un zombie.
Portée par ses jambes, elle prit la direction du quartier général du club des amateurs de tricots. Un sentiment plus fort que la tristesse, plus fort que le désespoir grandissait à présent en elle, la brûlant un peu plus à chaque pas qu'elle faisait vers le bâtiment délabré qui abritait les membres du club.
La haine.
- « Nous ne pouvons pas faire ça. » trancha Gin.
Il détourna les yeux, évitant le regard mort d'Hime. Il était avachi dans son fauteuil, une bouteille de salé à la main, et avait entreprit de se saouler à mort en attendant le moment où Mary-Sue viendrait les achever, puisque de toute manière l'histoire pour laquelle il se battait était d'ores et déjà fichue. Toutes ces années de travail, tous ces sacrifices... Pour rien.
- « Si, nous le pouvons. » rétorqua Hime avec calme.
Le président du club reposa violemment sa bouteille contre la table, qui se brisa en deux. Il grimaça : voilà ce qu'il se passait quand il ne faisait pas attention à sa force. La bouteille explosa et répandit son contenu sur les débris.
- « Ça ne servira à rien ! Nous sommes tous des morts en sursis, alors pourquoi lutter ? Nous avons perdu ! PERDU ! »
Hime ne broncha pas d'un cil, et le fixa avec une détermination tranquille. Son absence d'émotion visible commençait sérieusement à inquiéter Gin.
- « Justement, c'est pour ça que nous devons agir. » dit-elle avec une tranquillité effrayante. « À présent, nous n'avons plus rien à perdre. »
Gin dévisagea Hime un long moment, et elle lui rendit placidement son regard. Alors comme ça, elle voulait toujours se battre, même si cela ne servirait à rien ? Une étincelle de vie se ralluma dans le regard de la kunoichi.
- « Nous ne réussirons pas à sauver l'histoire. » expliqua-t-elle d'une voix déterminée. « Alors pourquoi continuer à nous cacher ? Plus besoin de barrière, de secrets, et de dissimulation. Nous pouvons combattre Mary-Sue au grand jour, et la détruire définitivement ! »
Le président en resta bouche bée. Il n'avait définitivement pas vu les choses sous cet angle-là, mais... En y réfléchissant, pourquoi pas ? Qu'avaient-ils à perdre, à présent que leur seul but dans la vie avait été annihilé ?
- « Il ne nous reste plus qu'une chose. » ajouta férocement Hime. « La vengeance. »
Gin observa attentivement la jeune femme. Elle était comme lui, à présent : une âme solitaire et amère. Son cœur se serra de compassion, car il savait exactement ce qu'elle traversait en ce moment. Seul son désir de vengeance la maintenait encore debout.
De longues secondes passèrent, puis les lèvres de Gin s'étirèrent lentement en un sourire froid, reflet exact de celui qui s'étala sur le visage d'Hime. Il sortit du bureau, et appela Atsuro.
- « Convoque tous les membres du club en urgence ! »
Son vieil ami leva un sourcil désabusé.
- « Pourquoi faire ? » soupira-t-il.
- « Nous n'allons pas nous morfondre en laissant Mary-Sue gagner ! » s'exclama-t-il avec un rire sauvage. « Maintenant que l'histoire est fichue, nous allons nous déchaîner ! »
Trois mois plus tard
- « Encore une fois ! » cria Hime.
Une main posée sur la hanche, elle observait un groupe de membres du club qui s'entraînaient à la maitrise de différents jutsu qu'elle leur avait enseigné. Étant la seule à avoir une formation au combat, elle s'était occupée de prendre en main l'entraînement de la centaine de Mary-Sue qui constituaient à présent le club des amateurs de tricots.
Enfin, ça faisait belle lurette qu'ils ne tricotaient plus, maintenant. Il y a trois mois, ils avaient tous quitté le village pour pouvoir s'entraîner en paix et préparer leur plan. Hime s'était alors jetée à corps perdu dans l'entraînement, autant pour développer ses pouvoirs que ceux de ses camarades. C'est d'une main de fer qu'elle les formait, de manière à ce qu'ils soient prêts à combattre le plus tôt possible.
Peut-être qu'ils allaient mourir en combattants, mais ils étaient tous déterminés à entraîner Mary-Sue dans leur chute : l'histoire originale était fichue, mais la nouvelle histoire se construirait par les habitants de ce monde, pas par une psychopathe ayant la folie des grandeurs.
Depuis trois mois, Hime travaillait d'arrache-pied pour s'occuper le corps et l'esprit, et ne pas trop penser à Kakashi. Ne pas penser à ses immenses regrets de ne pas lui avoir fait part de ses sentiments pour lui avant sa mort, de ne pas l'avoir mieux traité. Ne pas penser à lui, à son visage, son sourire, sa voix...
La jeune femme ferma les yeux et serra les poings. Elle aurait sa vengeance, elle se l'était juré. Elle tuerait Mary-Sue de ses propres mains, dût-elle donner sa vie pour cela.
Baissant les yeux sur le groupe, elle remarqua que plusieurs d'entre eux s'étaient assis au sol pour souffler et avaient abandonné leurs exercices.
- « Relevez-vous ! » ordonna-t-elle brutalement. « Allez, du nerf ! »
Elle sentit la présence de Shuhei, alors qu'il s'approchait d'elle. Il s'arrêta, hésitant, mais elle se tourna vers lui et hocha la tête pour lui faire comprendre que sa présence ne la dérangeait pas. Son oncle d'adoption posa sur elle des yeux inquiets, et lui prit doucement le bras.
- « Tu es trop dure avec eux, petite princesse. » constata-t-il. « Laisse les se reposer un peu, ils en ont besoin. Toi aussi, d'ailleurs. »
Hime força ses lèvres à sourire, et secoua négativement la tête.
- « Nous n'avons pas le temps de nous reposer : chaque jours, des innocents meurent à cause de cette guerre insensée. C'est un miracle qu'aucun autre... Personnage important n'ait succombé. »
Sa gorge se serra, et elle baissa les yeux au sol. Évoquer la mort de Kakashi lui était toujours aussi douloureux. Le regard de son oncle se teinta de pitié, et il la prit dans ses bras, la berçant doucement comme lorsqu'elle était petite et qu'elle faisait des cauchemars.
- « Repose toi un peu, Hime chérie. » souffla-t-il. « Il ne voudrait sûrement pas te voir ainsi. »
- « Merci, Shu. »
Ils restèrent encore un long moment ainsi, jusqu'à ce qu'ils sentent la présence proche de Gin. Il s'entraînait lui aussi durement : maintenant, Hime pouvait sentir la puissance qu'il irradiait. il en allait de même avec tous les membres du club, et elle savait qu'elle aussi devait rayonner de pouvoirs contenus. En s'y mettant tous, ils étaient à présent largement capables d'écraser toutes les nations ninja et de dominer le monde, s'ils le désiraient, mais leur seul et unique but était de détruire Mary-Sue.
- « Le moment approche. » exposa Gin. « Nous ne pouvons plus attendre très longtemps, ou la guerre fera trop de dégâts. Bientôt, nous combattrons Mary-Sue. »
- « Tout de même », intervint Shuhei, « Jamais je n'aurais imaginé qu'elle irait jusqu'à influencer les quatre Kage pour mettre le monde sans dessus dessous. »
- « Elle savait qu'ainsi, de nombreuses personnes mourraient plus tôt que prévu. » répondit Gin en évitant le regard d'Hime.
Celle-ci soupira, et se concentra pour tenter d'endurcir son cœur.
- « Quand ? »
- « Nous allons devoir l'attirer ici. »
- « Et si elle persuade les Kage de nous envoyer leurs armées à la place ? »
Gin fronça les sourcil, et secoua négativement la tête.
- « Elle ne fera pas ça. » affirma-t-il. « Pas si nous l'attirons de la bonne manière... »
Sumire chantonnait doucement, tout en changeant les bandages de son patient. Cela faisait trois mois que son mari et elle l'avaient trouvé, inconscient et grièvement blessé, sur une des rives de la rivière dans laquelle ils allaient souvent pêcher. L'homme avait dû être blessé plus loin en amont de la rivière, et s'était fait porter par le courant jusqu'à eux.
Malgré les réticences d'Aoi, son époux, Sumire avait insisté pour recueillir le blessé chez eux et s'en occuper, dès qu'elle avait compris qu'il n'était pas mort. Enfin, il n'en était pas passé loin : son cœur battait à peine lorsqu'elle l'avait trouvé. Puisque son mari et elle n'avait jamais pu avoir d'enfant en plus de vingt ans de vie commune, elle ne pouvait s'empêcher de reporter ses instincts maternels sur ce jeune étranger tombé du ciel.
Les blessures du jeune homme avaient commencé à se refermer grâce aux soins intensif de Sumire, mais il n'avait toujours pas repris connaissance : il était dans le coma. Et contre cela, même ses meilleures plantes médicinales ne pouvaient rien du tout. Cependant, elle continuait à s'occuper de lui tous les jours, administrant ses soins avec application.
Depuis quelque temps, Aoi était de plus en plus nerveux. L'étranger était un ninja du village caché de la Feuille, ce qui signifiait qu'il était leur ennemi. Plus d'une fois, il avait cherché à convaincre de Sumire de l'abandonner, mais celle-ci avait toujours refusé. Ennemi ou pas, il s'agissait d'un être humain, et elle n'allait pas le laisser tomber.
Sans cesser de chanter, Sumire termina de changer les bandages, et entreprit de laver son patient, comme tous les jours, puis de faire bouger un peu ses membres pour favoriser la circulation du sang. Elle changea ensuite la perfusion d'éléments nutritifs qui pendait au dessus de son lit, remerciant le ciel d'avoir toujours de bon contacts à l'hôpital où elle avait travaillé en tant qu'infirmière durant des années. Grâce à cela, elle avait pu maintenir son patient en vie sans avoir à l'emmener à l'hôpital, où l'on risquait de découvrir son identité de shinobi de la Feuille.
Une fois sa tâche terminée, elle prit un livre et s'installa au chevet de l'étranger, admirant ses cheveux argentés. Quelle couleur peu commune ! Elle s'absorba dans la contemplation du visage de son patient, se demandant s'il allait bientôt ouvrir les yeux. Comme il s'obstinait à ne pas bouger, elle soupira et reprit sa lecture là où elle l'avait laissée la dernière fois, lisant à voix haute pour en faire profiter l'homme alité. Même s'il était dans le coma, il pourrait sûrement entendre qu'il y avait quelqu'un à son chevet, et qu'il fallait qu'il se réveille rapidement, non ?
Sumire était persuadée que son mystérieux patient n'allait pas sombrer dans un coma définitif. Elle n'était pas très superstitieuse, en règle générale, mais elle ne pouvait s'empêcher de se dire que c'était le destin qui avait mis cet homme blessé sur sa route, comme si celui-ci ne devait pas mourir.
- « Ton heure n'est pas encore venue, jeune shinobi. » murmura-t-elle tout bas, presque pour elle-même. « Alors réveille-toi vite, que je puisse enfin connaître ton nom ! »
Naturellement, le jeune homme n'eut aucune réaction : il était dans le coma, après tout. Sumire soupira, et reprit sa lecture. Elle avait tenté une fois de lire le livre qu'elle avait trouvé dans les affaires du ninja, et qui avait miraculeusement survécu à l'eau dans son sac étanche. Au bout de dix pages, elle était devenue tellement gênée qu'elle n'avait pas réussi à en lire plus à voix haute. En revanche, Aoi l'avait entendue et ils s'étaient absorbés tous les deux dans la lecture du petit livre orange. Oh, quelle nuit ils avaient passé, après cela...
Des bruits de pas l'informèrent que son mari était de retour. Sumire posa son livre, et murmura à son patient qu'elle reprendrait sa lecture une autre fois. Aoi déboula dans la pièce, et lui lança un regard désolé.
- « Qu'est-ce qui se passe, mon chéri ? » demanda Sumire, confuse par l'attitude coupable de son époux.
D'autres personnes entrèrent dans la chambre à la suite d'Aoi, et Sumire vit qu'il s'agissait de ninjas. Des ninjas du village des Nuages.
- « Non ! » cria-t-elle. « Tu n'as pas fait ça ?! »
- « Je suis désolé, mais il le fallait ! » fit Aoi, de plus ne plus mal à l'aise. « Il met notre maison en danger, nous ne pouvons pas le cacher éternellement ! »
Sumire se tut, trop choquée pour prononcer la moindre parole. Les ninjas des Nuages se penchèrent sur le dormeur, et sourirent.
- « En voilà une belle prise ! » fit l'un d'entre eux. « Je m'étais toujours demandé comment était le visage du célèbre Kakashi Hatake. »
Ils prirent le corps du dénommé Kakashi sans douceur. Sumire poussa un cri outré.
- « Attention ! Il est dans le coma ! »
Elle attrapa le sac de perfusion, et le tint haut au dessus de sa tête pour être sûr que l'écoulement ne s'arrête pas : son patient avait suffisamment maigri, depuis trois mois que son seul apport de nourriture était cette perfusion. Pas la peine d'en rajouter.
- « Je vous accompagne. » décréta-t-elle d'un ton sans appel. « Cet homme est mon patient, je ne le laisserais pas mourir ! »
- « Non, Sumire ! » cria Aoi.
Sumire lui sourit tristement, et se campa fermement aux côtés de son patient.
- « Parfait. » répliqua l'un des ninjas. « Vous êtes en état d'arrestation pour avoir porté secours à un ennemi. C'est de la haute trahison. »
- « NON ! » hurla Aoi.
- « Ne t'inquiète pas » sourit Sumire, tout en ayant conscience de dire un gros mensonge. « Tout se passera bien, il ne m'arrivera rien. »
Un des ninjas posa une main sur épaule. Elle eut tout juste le temps d'adresser un dernier sourire à son mari, avant d'être téléportée avec les ninjas des Nuages et son patient.
Ce fut une sensation étrange : l'espace d'une affreuse seconde, elle eut la sensation que tout son corps se dissolvait et disparaissait dans le néant. Puis cela s'arrêta et elle ouvrit les yeux sur une salle richement décorée. Il y avait là un homme imposant qu'elle reconnut comme étant le Raikage, ainsi que d'autres ninjas.
- « Raikage-sama, nous avons découvert que cette civile protégeait et soignait ce ninja de Konoha. » expliqua l'un des ninjas qui les enlevés en inclinant la tête. « Selon toute vraisemblance, cet homme est Kakashi Hatake. »
Avant que le Raikage n'ait pu dire quoi que ce soit, une femme apparut derrière lui et ondula en direction du groupe. Sumire ouvrit des yeux rond : elle n'avait jamais vu une femme aussi belle !
- « Voilà qui est très intéressant. » murmura la femme d'une voix soyeuse. « Je croyais m'être débarrassée de lui il y a un moment... »
Elle prit le menton de Kakashi entre des doigts fins, et observa longuement son visage inconscient.
- « C'est une bonne chose. » décréta-t-elle finalement. « Il me sera plus utile vivant que mort. »
La belle femme ordonna au shinobi qui portait Kakashi de l'allonger au sol. Sumire continua à tenir la perfusion, mais la femme l'arracha sans manière du bras du patient.
- « Hé, vous êtes cinglée ou quoi ?! » s'emporta Sumire.
Un regard de la femme la fit taire. Elle se pétrifia, effrayée. Cette personne était dangereuse, très dangereuse !
La belle femme posa ses mains sur la poitrine de Kakashi, et une lueur verte l'entoura. Elle retira ensuite tous ses bandage, et Sumire eut la surprise de constater qu'il n'y avait plus aucune blessure. Puis la femme posa un index sur le front de l'homme inconscient.
- « Réveilles toi. » ordonna-t-elle calmement.
Le jeune homme ouvrit lentement un œil, celui qui n'était pas barré d'une cicatrice. Son œil s'écarquilla de stupeur en voyant le visage de la belle femme, et il tenta de se lever pour l'attaquer. Cependant, les yeux de la femme semblèrent luire un instant d'une étrange lueur.
- « Tu es à moi. » énonça-t-elle lentement, les yeux fixés sur celui de Kakashi.
Celui-ci lutta, mais un voile tomba sur son regard et il cessa de se débattre. Au lieu de ça, il ouvrit la bouche, et parla d'une voix rauque et sans timbre.
- « Ma maîtresse. »
Affolée, Sumire se rendit alors compte qu'un voile similaire recouvrait les yeux vides du Raikage, ainsi que ceux des ninjas présents dans la pièces. Cette femme les contrôlait tous !
Elle lâcha le sac de perfusion, qui tomba au sol avec un bruit sourd. Il fallait qu'elle prévienne quelqu'un ! Mais que faire ?
- « Que fait-on d'elle ? » demanda le ninja qui lui tenait fermement l'épaule.
La belle femme n'eut même pas un regard dans la direction de Sumire.
- « Tuez-là. »
Les ninjas l'emmenèrent hors de la salle, sans doute pour l'amener dans un endroit où ils pourraient se débarrasser d'elle sans avoir à nettoyer par la suite. Sumire les suivit sans un mot, sans même chercher à se débattre : cela n'aurait servi à rien. Elle ferma les yeux, et le visage souriant d'Aoi lui revint en mémoire. Une larme s'échappa de ses paupières closes.
Au bout d'un moment, ils sortirent du palais du Raikage, et arrivèrent à la lisère d'une forêt : là, ils n'auraient pas de souci pour répandre son sang et détruire son corps. Sumire constata tout cela avec détachement, comme si ça ne la concernait pas.
Un shinobi posa une lame sur sa gorge, et elle leva les yeux vers le ciel immense.
Sumire pria silencieusement pour son mystérieux patient, pour qu'il se défasse de l'emprise de la belle femme et puisse retourner chez lui, là des gens l'attendaient sûrement. Elle pria aussi pour Aoi, son cher époux. Oh, comme elle aurait voulu pouvoir lui dire au revoir !
Enfin, elle pria pour que quelqu'un se rende compte des méfaits de cette femme et y mette un terme, puisqu'elle n'aurait jamais l'occasion de témoigner de ce qu'elle avait vu.
- « Aoi... » murmura-t-elle. « Tu me manque déjà. »
La lame s'enfonça, et elle ferma les yeux.
