Salut tout le monde !

Voici le dernier chapitre, enfin. Ça me fait toujours bizarre de terminer une histoire. Dire que ça fait presque un an que j'ai commencé cette aventure ! Je me suis habituée à vivre avec les personnages, penser souvent à eux, apprendre à les connaître pour anticiper leurs réactions... Quelque part, finir une histoire, c'est aussi faire son deuil de ces personnages qu'on a inventé (dans mon cas, Hime, Shuhei et tous les membres du club) et avec qui on a appris à vivre durant tout le temps qu'à duré l'écriture de leurs aventures. Maintenant, il est temps pour moi de les laisser vivre leur vie ;)

Bon, j'arrête de déblatérer... Je sais que je me répète, mais je tiens à remercier tous ceux qui ont lu cette histoire, qui l'ont ajouté à leurs alertes et à leurs favorites, ainsi que tous ceux qui m'ont laissé des reviews au fil des chapitres. Honnêtement, je ne suis pas sûre que j'aurais pu amener cette histoire à son terme sans vous. Merci :)

Enfin, un dernière petite annonce (autant en profiter) : il y a quelques chapitres, j'avais parlé d'une nouvelle histoire en formation dans un recoin de mon esprit, qui attendait son tour pour sortir (même si la vilaine s'est montré diablement insistante)... Et bien je vais très bientôt m'atteler à son écriture, même si je ne pense pas la publier avant plusieurs mois.

Tout ça pour dire : à bientôt ! :D


Le club des amateurs de tricot – Épilogue

Kakashi posa un œil désespéré sur la grande pile de paperasse qui ornait son bureau, et étouffa un soupir. Cela faisait à peine quelque mois qu'il avait prit (bon gré mal gré) le poste de Rokudaime, et il croulait déjà sous les papiers. Mais comment le Sandaime avait-il pu survivre toutes ces années en tant qu'Hokage ? Dès le premier mois, Kakashi avait été fortement tenté de donner sa démission. Seul son sens du devoir l'en avait empêché, de justesse.

Poussant un soupir résigné, il s'empara de la feuille qui se situait au sommet de la pile, et la parcourut du regard. Il s'agissait du rapport de construction de la sculpture à son effigie sur le mont des Hokages– comme s'il avait besoin de ça : son visage en grand visible de partout – qui l'informait que les travaux avançait bien. Bientôt, il pourrait passer la tête par la fenêtre et s'admirer à chaque fois qu'une envie de narcissisme le prendrait. Génial.

Il posa le rapport dans la petite pile des dossiers lus et traités, puis s'empara du suivant. Cependant, avant qu'il ne puisse le lire attentivement, un frappement léger se fit entendre à la porte.

- « Entrez. » lança-t-il, avant de saisir précipitamment deux autres rapports qu'il étala rapidement sur son bureau, histoire de se donner l'air très occupé.

Shikamaru, son nouvel assistant, entra dans la pièce d'un pas pesant. Seuls ses cheveux étaient visibles derrière l'énorme pile de dossiers qu'il portait. Kakashi pâlit en voyant le jeune homme poser lourdement la grosse pile à côté de la seconde. Shikamaru s'assura que la pile était suffisamment stable, puis une grimace moqueuse se dessina sur ses lèvres.

- « Vous arrivez à lire ça ? » demanda-t-il d'un ton sarcastique en désignant du menton le bureau tout neuf de Kakashi, là où les rapports était éparpillés pèle-mêle.

Le Rokudaime baissa les yeux sur les rapports étalés sur son bureau, et se rendit compte avec consternation qu'il les avait mis à l'envers dans sa précipitation. Agacé, il donna congé à son assistant d'un signe de main las, avant de se plonger un peu plus sérieusement dans la lecture des dossiers face à lui. Il les remis dans le bon sens, puis en prit un au hasard. Un formulaire de demande de la part du club des amateurs de tricot de Konoha, qui désiraient organiser leur séminaire annuel. Le dossier était implacablement rempli, rien à dire.

Kakashi s'attarda sur la lecture de ce dossier, sans trop pouvoir s'expliquer pourquoi. Il n'avait jamais porté le moindre intérêt au tricot et autres activités du genre, et pourtant ce formulaire lui donnait une étrange impression. Il avait l'impression d'avoir déjà entendu parler de ce club, sans pouvoir se rappeler exactement en quelle occasion.

Ce n'était pas la première fois que sa mémoire lui faisait ainsi défaut. Quelques années auparavant, quand ses élèves de l'équipe 7 étaient encore des genins maladroits, ils lui avaient demandé pourquoi il aimait tant ses Icha icha, et depuis quand. Il avait ouvert la bouche pour répondre, mais s'en était retrouvé incapable. Impossible de se souvenir de la manière dont il avait connu ses livres. Il avait alors trouvé une excuse bidon pour ses élèves, et puis il avait fini par ne plus penser à cette anecdote.

Sauf qu'il s'était découvert par la suite d'autres trous de mémoire similaires.

La seconde fois, cela avait été devant la tombe de Rin, où il allait parfois se recueillir. Même maintenant, il regrettait toujours de l'avoir abandonnée, ce qui l'avait conduite à la mort. Mais quand il avait essayé de se remémorer plus en détail les causes de la mort de son amie, et surtout de l'abandon qu'il se reprochait depuis toutes ses années, il était tombé sur un os. Rin avait quitté l'équipe, à cause de lui, c'était clair. Mais pourquoi ? Dans quelles circonstances ? Mystère.

D'autres incohérences du genre troublaient ses souvenirs. Avant que Tenzou ne rejoigne son équipe ANBU, par la passé, qui était la personne qui s'occupait de l'infiltration ? Le plus étrange était que Genma et Anko étaient eux aussi incapables de s'en souvenir. Comme si cette personne avait été... Effacée.

Peut-être était-ce l'âge qui le rattrapait : à trente-cinq ans, on pouvait dire que sa carrière de shinobi était quasiment terminée. Ou bien était-ce un choc traumatique dû à une des missions dont il avait failli ne pas revenir ? Non, sans doute pas. De plus, le pays du Feu baignait dans un climat de paix et de tranquillité depuis les cinq dernières années, ce qui avait réduit fortement le pourcentage des missions dangereuses. Depuis qu'ils avaient définitivement mis un terme à la menace de Madara (même si ça avait vraiment été in extremis), les choses s'étaient beaucoup améliorées. Naruto avait enfin pu devenir jounin, et il s'entraînait dur comme fer pour le jour où il pourrait déloger son ancien professeur de son bureau tout neuf d'Hokage.

Kakashi sourit en pensant à son élève hyperactif, puis secoua la tête pour se remettre les idées en place : il avait du travail. Il parcourut le formulaire du club des amateurs de tricot une dernière fois, notant au passage qu'une note manuscrite avait été rajoutée au dos d'une des pièces jointes obligatoires. Elle était signée par Tatsuki Hikuro, la présidente du club, qui le remerciait personnellement – et très poliment – du nouveau bâtiment qu'il avait fait construire à l'attention du club, à l'emplacement exact de leur ancien quartier général.

Il relut plusieurs fois la note. Les mots étaient rédigés d'une écriture fine et régulière, sans bavure ni tremblement. Il ne sut dire pourquoi, mais ce tracé lui parut familier, et une étrange nostalgie l'envahit.

Ça non plus, ce n'était pas la première fois que ça lui arrivait : depuis la fin de la menace de l'Akatsuki, et le retour de Sasuke à Konoha (orchestré par Naruto), il avait commencé à se sentir étrangement nostalgique et fébrile. Il avait d'abord cru que c'était parce-qu'il était impatient de reconstruire Konoha et de reprendre sa vie quotidienne de jounin, mais non. Il avait alors mit cette étrange impatience qui l'envahissait de plus en plus souvent sur le compte de son empressement à en finir avec ses formalité de Hokage, mais non.

Au plus profond de lui même, Kakashi avait le sentiment que quelque chose lui manquait atrocement. C'était diffus et étouffé, si bien qu'il ne s'en rendait pas toujours compte, mais des vagues de nostalgie et d'amertume le submergeaient parfois, sans qu'il puisse s'expliquer pourquoi. En règle générale, il lui suffisait de sortir le soir et de passer la nuit entre les bras d'une femme quelconque dont il oublierait le nom et le visage le lendemain : le sentiment de manque s'apaisait, mais pas complètement. Il avait parfois essayé de considérer certaines de ses conquêtes éphémères d'un point de vue romantique, mais il n'avait jamais réussi à s'attacher à elles. Elles lui paraissaient toutes vides et fades, comme s'il leur manquait quelque chose d'essentiel. Il semblait décidément fait pour être un éternel célibataire, et ça ne le dérangeait pas outre mesure.

Le Rokudaime traça les lettres du bout du doigt, de plus en plus troublé. Finalement, il apposa son sceau de Hokage et sa signature du le formulaire, et le plaça sur la pile des formulaire validés. Il avait du travail, pas le temps de s'absorber dans des rêveries.


Le soir venu, Kakashi donna congé à Shikamaru, et se mit tranquillement en route pour rentrer chez lui, accompagné à distance par ses gardes du corps ANBU. Il n'avait jamais voulu emménager dans la nouvelle tour, malgré les demandes du conseil. Au diable ces vieux schnocks, il était très bien dans son nouveau chez lui à peine reconstruit, merci bien.

Perdu dans ses pensées, il se mit à déambuler dans les rues désertes de la ville. Partout régnait la même odeur de plâtre frais et de peinture neuve : le village avait dû être entièrement reconstruit, après que Pain l'ait réduit en poussière il y a cinq ans de cela. Cela lui donnait l'étrange impression d'être à la fois chez lui et dans une ville inconnue. Si beaucoup de choses avaient été reconstruites à l'identique, d'autres étaient devenues bien différentes. Enfin, ce n'était pas si mal.

Ce soir là, alors qu'il marchait lentement, il se sentit soudain très seul. Oh, la solitude ne lui avait jamais posé de problème, au contraire, mais en cette instant elle lui devint presque insupportable, alors que la nostalgie qui l'avait envahie dans son bureau en découvrant le formulaire du club des amateurs de tricot revenait à la charge. Il s'arrêta, et leva les yeux au ciel. Il était Hokage, enfin ! Ce n'était pas son genre de se laisser aller ainsi à la mélancolie !

Mais ça faisait cinq ans que cette mélancolie le brûlait à petit feu, depuis la fin de la menace de Madara. Était-ce le manque d'action qui lui pesait tellement ?

Il soupira et se remit en marche, le cœur dans les talons. Arrivant à un croisement, il s'arrêta net. Son appartement était à gauche, mais son cœur lui souffla d'aller à droite. C'était comme un tiraillement, une petite pression qui le titillait et le poussait à aller dans ce sens. Je deviens fou, il n'y a pas d'autre explication.

Kakashi soupira, et tourna à droite. Après tout, qu'avait-il à perdre ?

Il s'engagea dans la ruelle, son ombre allongée par les lampadaires. Suivant son instinct, il tourna encore, suivit une autre rue, continua tout droit, tourna à gauche. De plus en plus fébrile, il lui fallait toute sa volonté pour ne pas se mettre à courir comme un perdu. Marchant à grandes enjambées, il continua pendant encore quelques minutes, puis s'arrêta. Il y avait une porte peinte en bleue, surmontée par un panneau en bois sur lequel était peints les mots :

« CLUB DES AMATEURS DE TRICOT »

Le Rokudaime prit un profonde inspiration, tentant de calmer les battements désordonnés de son cœur. Il ne comprenait pas. Ce n'était pas logique. Ces gens n'avait aucun rapport avec lui ni avec son trouble, c'était pure folie que de se trouver là. Il tourna les talons, se préparant à partir, tout en se traitant de tous les noms. Sauf que son cœur se déchira, et la sensation de manque se fit plus forte. Il se sentait terriblement impatient, comme si quelque chose qu'il attendait depuis des années se trouvait de l'autre côté de cette porte. C'était ridicule.

Il se retourna, et fixa longuement le bois peint de la porte. Le bâtiment en lui même n'avait rien de spécial : quelques fenêtre, des murs blanc, un toit de tuiles rondes. Kakashi hésita, puis fit deux pas jusqu'à se retrouver devant la porte. Un rai de lumière était visible par une fente des volets clos : il y avait quelqu'un à l'intérieur. Il posa la main sur la poignée. Bon, au point où j'en suis...

Il actionna lentement la poignée, et poussa la porte. Une chaude lumière l'accueillit, et il se retrouva dans un salon tout ce qu'il y a de plus normal, avec des fauteuils et des petites tables basses. Il y avait des corbeilles remplies de pelotes de laine de toutes les couleurs. Il aperçut qu'il y avait quelqu'un d'assis sur un des fauteuil lui faisant face.

- « Bonsoir, excusez-moi pour mon intrusion, je... »

Kakashi s'interrompit. Les mots se bloquèrent dans sa gorge, et il se figea : il venait de croiser le regard de la personne assise dans le fauteuil. Il s'agissait d'une jeune femme d'une vingtaine d'années à peine, vêtue d'un splendide kimono de soie. Elle avait des cheveux noirs et brillants, qui s'étalaient sur ses épaules et jusqu'à ses hanches, et des yeux gris qui semblèrent percer à travers lui, jusqu'à son âme. Il ouvrit la bouche, la referma, et resta planté là. Complètement stupéfié.

La jeune femme se leva, et sembla prendre de l'âge instantanément. Ses forme s'alourdirent légèrement, de fines rides rieuses à peines marquées apparurent au coin de ses yeux, son regard gagna en maturité, et elle parut soudain avoir trente ans plutôt que vingt. Kakashi remarqua à peine l'émission – pourtant impressionnante – de chakra qu'elle dégagea. Incapable de penser clairement, il la contempla, encore et encore.

Il connaissait cette femme. De pâles souvenirs commencèrent à lui revenir. Il la revit, fillette éplorée au pied d'une tombe, jeune fille effrontée au masque d'hirondelle, princesse déguisée dansant dans ses bras. Ses mains se mirent à trembler, alors qu'un nom lui revenait difficilement en mémoire. Il avala difficilement sa salive.

- « Hime ? »

Elle sourit, et lui ouvrit les bras. Sans réfléchir, il s'y précipita et la serra de toute ses forces contre lui. C'était elle, depuis le début ! C'était elle qui lui manquait, elle qu'il lui fallait pour se sentir enfin complet.

- « Eh bien » fit-elle, et sa voix lui parut un peu plus grave que dans les souvenirs qui continuaient d'affluer, « tu en as mis du temps ! »

Kakashi sourit, et resserra un peu plus son étreinte.

Avec un doux craquement, la porte du club des amateurs de tricot se referma sur eux.


FIN