Titre : c'aurait dû

Auteur : Bostaf

Rating : G

Genre : drama, romance, pour changer un peu

Disclaimer : l'univers ne m'appartient pas et les paroles sont extraites de la chanson Wedding Dress de Taeyang, reprise par J. Reyez et Tommy C.

Note : et oui, encore une songfic. J'espère que vous apprécierez ^^


C'aurait dû

I guess it's too late

I'm dancing this dance alone

The chapter's done

The story goes on

Douter.

A chaque pas, chaque toit que tu touches, un nouveau regret qui surgit et résonne à tes oreilles.

Les croire eux plutôt qu'elle.

Un de plus qui s'ajoute à tous ceux qui te hantent déjà.

Ne plus avoir confiance.

Littéralement : comme beaucoup, tu ne dors presque plus ces dernières nuits mais tes cauchemars à toi sont à mille lieues des champs de bataille.

Se poser des questions stupides.

Mais si par chance tes regrets ne trainent derrière eux ni squelettes ni fantômes, ils n'en sont pas moins douloureux. Si, si, c'est vrai.

Ne plus y croire.

Baby,

I can't believe that you are not with me.

'Cause you should be my lady.

Heureusement tu es arrivé. A peine as-tu posé un pied sur le toit que déjà tu entends les rumeurs de ville remonter jusqu'à toi depuis la rue – rire d'enfant, cri de marchant et voix des passants. Même sans forcer, ton ouïe reste bien supérieure à celle des civils et tu saisirais presque la discussion de certains, peu discrets. Habituellement, ce brouhaha t'aurait agacé mais aujourd'hui tu en es reconnaissant car cette distraction sonore t'empêche de trop réfléchir. Tu te demandes bien ce que tu fous là mais c'est sans réponse car passé un certain degré de stupidité, les idiots eux-mêmes n'arrivent plus à s'expliquer et il te semble bien être dans ce cas-là.

Comment tu t'y es retrouvé ? Aucune idée. Tu pensais pourtant t'en être bien sorti jusqu'à présent - pas trop de bêtises, pas trop de conneries – mais sûrement est-ce l'impression de tous les imbéciles, trop stupides pour comprendre l'engrenage de leurs propres erreurs. Tu te souviens malgré tout qu'au début, il y avait elle. Tu souris, un peu meurtri comme celui qui gratte ses croûtes pour savoir si ses blessures ont guéri et constate que non, ça saigne toujours et puis tu vas t'asseoir à l'ombre du ballon d'eau : il fait déjà chaud.

Ciel bleu sans nuages, petite brise pas trop froide, même les augures sont favorables. Une bien belle journée et rien que ce détail te fait mal – un peu plus – mais tu écartes la douleur d'un haussement d'épaule : ce n'est rien comparé à la douleur physique que tu as l'habitude de combattre. De là, même sans forcer, même sans plisser les yeux, tu peux apercevoir les chaises bien alignées, l'arche décoré de fleurs et de lampions, l'autel sur lequel on a déjà disposé les offrandes et chaque détail achève de te tuer.

La situation est pourtant simple : tu l'as laissée partir, elle a tourné la page et se marie aujourd'hui, point. Fin de l'histoire. Tu aurais dû toi aussi pouvoir passer à autre chose et honnêtement, tu pensais l'avoir fait mais la preuve que non.

Tu as appris la nouvelle quelques jours plus tôt, au hasard d'une conversation gênée avec regards fuyants et sourire crispée : cette ancienne connaissance pensait que tu devais savoir - c'est gentil, ça t'a permis de ne pas l'apprendre le jour même. Sans ça tu ne sais pas ce que tu aurais fait. Tu as pris l'annonce comme une gifle en plein figure – bon retour à la réalité – et tu en as été tellement pétrifié, le souffle coupé, qu'on aurait dit la fin du monde arrivée. Pathétique, franchement.

Ça t'a poursuivi toute la semaine, littéralement hantée alors que croyais pourtant l'avoir oubliée. Les souvenirs sont revenus sans crier gare, avec une intensité à en hurler alors que tu pensais les avoir effacés, passés à la trappe.

L'odeur de son parfum, celui de ses cheveux.

Le son de son rire et le goût de ses lèvres.

Sa peau douce sous tes mains.

Et ses larmes.

Plus ce jour approchait, moins tu réussissais à ne plus penser à elle. Quel beau shinobi tu fais là. Plus pathétique tu meurs. Alors au final, te voilà sur un toit d'où tu peux épier la cérémonie, incapable de bouger, de t'en aller, alors que tu sais que ça vaudrait mieux parce que ça va faire mal, plus que maintenant et que n'importe quelle blessure physique.

Tu n'as pas envie de verser dans le mélodrame, mais vraiment, ça fait mal. Un peu comme si on t'avait arraché le cœur, comme si on te l'avait broyé – et c'est une réelle douleur que tu ressens dans ta poitrine, tu t'attends presque à te voir saigner – ou mieux : comme si tu venais de te réveiller pour découvrir qu'on te l'avait brisé. Parce que c'aurait dû être toi et tu le sais.

Plus qu'un sentiment, c'est une réellement conviction. Tu le sens dans ta chair, dans tes tripes et cet instinct ne t'a jamais fait défaut. C'aurait dû être toi, là-bas face au prêtre avec elle, à ternir les bâtons d'encens, s'incliner et dire oui. C'aurait dû être toi, oui mais c'est lui et ça t'arrache lentement le cœur.

Ironique quand on pense que tu lui as brisé le cœur. Elle n'est pas partie : tu l'as poussée à te quitter. Mais sur le moment, tu pensais bien faire. Vraiment. Parce qu'elle est civile et toi shinobi. Vous appartenez à deux mondes différents, incompatibles qui vivent ensemble mais ne se croisent jamais. Alors même si tu l'aimais sincèrement, plus que tu n'aurais cru pouvoir, tu n'as pas pu t'empêcher de douter. C'était déjà un miracle que vous soyez ensemble, résultat improbable d'un ensemble d'erreurs du système : elle n'aurait pas dû t'approcher et tu n'aurais pas dû l'aimer. Mais au fond, que pouvais-tu lui apporter hormis quelques souvenirs et un nom gravé sur une stèle ? Alors au final, tu l'as poussée à partir parce que c'était mieux pour vous, pour elle et qu'il valait mieux pour elle de ne pas perdre son temps avec cette histoire qui ne mènerait nulle part. Elle l'a visiblement bien compris et a tourné la page. Tu ne peux décemment pas l'empêcher de passer à autre chose. Ce n'est pourtant pas l'envie qui manque parce que, toujours cette même rengaine, cette phrase qui résonne à tes oreilles comme si on te l'avait hurlé : c'aurait dû être toi.

Se glisser sans bruit derrière lui, le tuer, lui trancher la gorge ou l'étouffer, peu importe, au fond tu t'en fous, et faire en sorte que cela n'arrive pas. Tu pourrais très bien et personne ne saurait que c'était toi. Même pas tes coéquipiers. C'est plus que tentant et jamais tu n'avais été aussi près de briser les règles. La seule chose qui t'en empêche, c'est de savoir que tu n'avais vraiment que ce que tu mérites : si tu n'avais pas douté, remis en cause sa foi, c'aurait été toi. A l'époque, tu pensais réellement l'avoir fait pour elle, pour amour pour elle. Mais maintenant tu te demandes si ce n'était pas par lâcheté.

Parce que tu aurais pu tout abandonner pour elle. Tu aurais pu renoncer à cette vie toute tracée depuis bien longtemps pour toi-même si tu es né pour devenir shinobi, même si tu n'es que ninja et même si tu ne sais pas quoi d'autre être. Tu aurais pu te battre pour elle, même en sachant ne pas pouvoir oublier et ne pas pouvoir changer – ce n'est pas un métier dont on démissionne comme ça. Tu aurais au moins pu essayer. Mais tu ne l'as pas fait.

Et finalement, le pire dans tout ça, c'est que même si tu sais que c'est trop tard, que tout est de ta faute et qu'elle sera sans doute plus heureuse avec lui qu'avec toi, tu sais aussi que c'aurait dû être toi.

Remember I will always be here for you

Even if it kills me to see you in that wedding dress.


Vous avez peut-être remarqué : je ne savais pas trop comment pourrait se dérouler un mariage à Konoha alors j'ai fait un petit mélange entre une description lue sur internet du mariage traditionnel japonais et celui bouddhiste. Malgré tout, une petite review ? ^^