Chapitre II
- Félicitations, déclama Lazard. Vous êtes officiellement promus première classes du Soldat.
Un sourire suffisant naquit sur les lèvres de Génésis. A côté de lui, Angeal posa son front contre la lame de son énorme épée. Cela faisait maintenant cinq ans qu'ils s'étaient engagés dans le Soldat, et personne –hormis Séphiroth- n'avait connu une promotion aussi fulgurante.
- Maintenant, vous allez pouvoir répondre à cette question, dit le directeur. Quel est votre rêve ?
Angeal prenait très à cœur cette notion, même s'il ignorait en quoi ses rêves constituaient réellement. Il souhaitait beaucoup de choses, qu'il était certain de réaliser, et d'autre moins. Il ne savait pas quel projet lui tenait le plus à cœur.
Génésis, lui, savait parfaitement ce qu'il voulait.
- Découvrir l'acte cinq de Loveless.
Lazard ne fut pas surpris. Les yeux verts du jeune garçon étaient illuminés d'énergie mako.
- Et je veux devenir un héros, affirma-t-il.
- Bien !
Le directeur retint la remarque qu'il ferait, bien des années plus tard, à un jeune seconde classe qui serait l'apprenti d'Angeal. Génésis était devenu affreusement susceptible, avec un ego de tous les diables. A force d'être comparé à Séphiroth, le garçon en avait fait un complexe. Pourtant, il appréciait beaucoup celui à qui on le comparait. Ce qui désolait Angeal, c'était de savoir que Séphiroth répondait à la provocation. Il esquissa un sourire.
Séphiroth se plaisait à lire le respect dans les yeux des autres Soldat, bien qu'il ai encore du mal à saisir ce qui déclenchait chez eux une telle peur.
Un cri joyeux attira son attention. Une jeune fille du même âge que lui, qu'il considérait comme sa sœur, vint à sa rencontre.
- Hélène…
- Salut, Séph !
Il eut un sourire timide. Il enviait à son amie sa joie de vivre.
Hélène était une Cétra. Cela, seul le Président Ashton Shinra, son fils Rufus –à l'insu de son père-, Lazard et Séphiroth le savaient, bien que ce dernier n'ait pas réussi à tenir sa langue bien longtemps. La sœur d'Hélène, qui était un peu plus âgée qu'elle, s'appelait Ifalna. La Shinra la surveillait de près. Si Hélène se retrouvait dans le Soldat maintenant, c'était parce qu'elle avait eut l'imprudence de s'introduire dans la tour, deux ans auparavant. Séphiroth avait été chargé de la surveiller, mais ils avaient découvert qu'ils avaient des atomes crochus.
- Il paraît que deux nouveaux première classes ont été nommés, lui apprit Hélène.
- Oui, je les connais.
- Angeal et Génésis, pas vrai ? J'ai hâte de les revoir !
La jeune Cétra n'eut pas longtemps à attendre. Séphiroth avait donné rendez-vous –à moins que ce ne soit l'inverse- à Génésis dans la salle d'entraînement. Et Angeal mettait un point d'honneur à être présent lors de leurs affrontements, car ils tournaient souvent au vinaigre. Au bout du compte, il y avait plus de matchs nuls que de victoires, qui revenaient incontestablement à Séphiroth, au grand damne de son adversaire.
Ce dernier s'était longuement perfectionné dans la maîtrise du sort Brasier. Il utilisait la toute première materia qu'il avait obtenue, et il la possédait depuis cinq ans. Il était bien décidé à gagner, cette fois-là, et grâce à elle. Pour le contrer, Séphiroth utilisait Glacier, mais maintenant qu'il avait un bon contrôle de la Masamune, il pouvait trancher n'importe quoi, même des boules de feu.
Séphiroth, s'il était très doué au combat, n'avait pas une notion des relations humaines très développée. A part les trois relations qu'il entretenait tant bien que mal, il n'avait aucun proche, maintenant que le professeur Gast avait mystérieusement disparut. Aussi Hélène, de nature extravertie, se chargeait-elle à la place de Séphiroth des missions qu'il jugeait périlleuses, comme par exemple reprocher quelque chose à Génésis –ce qui était devenu très risqué depuis quelques temps.
- Il fait sa crise d'adolescence, plaidait Angeal.
Mais le jeune garçon écoutait en général les conseils d'Hélène. C'est pourquoi elle accompagnait souvent Angeal dans le rôle d'arbitre.
Ce fut bien nécessaire, car ce jour-là, les deux combattants frisèrent la catastrophe.
Séphiroth se prenait au jeu. Il était encore trop jeune pour pouvoir brider sa puissance. Si Génésis avait une force comparable –ce qu'il ignorait-, elle était alors bien moindre que celle de son adversaire. Le match se serrait. Ils allaient si vite qu'Angeal avait du mal à distinguer leurs mouvements. Un mouvement mal placé, et l'adolescent vit le plus petit des deux silhouettes qui combattaient s'écrouler au sol. Il bondit sur ses pieds.
Hélène considérait les deux combattants avec stupéfaction alors qu'Angeal se précipitait vers Génésis. Séphiroth était déjà penché vers lui. Il avait involontairement fiché son katana entre deux côtes de son ami. Bien qu'il l'eut retiré rapidement, le sang ne cessait de s'échapper de la blessure de Génésis.
- Tu vas bien ? s'inquiéta Angeal, pour qui Génésis était comme un petit frère.
- Ce dernier, bien que son visage affirme le contraire, hocha la tête.
- Je… je suis vraiment désolé, bredouilla Séphiroth.
- C'est rien… rien du tout… j'ai juste relâché ma garde…
Il étouffa un gémissement en prenant une inspiration. Hélène, qui s'était rapprochée, s'accroupit à côté de lui.
- Laisse-moi voir, demanda-t-elle.
L'adolescent écarta sa main ensanglantée de la plaie.
- C'est profond, commenta la jeune Cétra.
Ce ne fut pas pour rassurer les trois garçons –principalement le plus jeune.
- Je vais mourir ? s'inquiéta ce dernier.
Hélène lui répondit d'un sourire amusé.
- Mais non, ne t'en fais pas. Tu en verras de pire, si tu veux mon avis.
Elle prit une materia soin dans sa main, la considéra avec un soupir, et la rangea. Elle n'avait besoin de materia que pour éviter d'éveiller les soupçons sur elle.
Elle plaça sa main près de la plaie de Génésis, sans la toucher. Une lumière pâle et bleuté se dégagea de sa main pour se propager jusqu'à la blessure, où elle vira au vert émeraude.
En un rien de temps, il ne restait de la plaie qu'une fine cicatrice.
Impressionné, les trois garçons fixèrent le trait de chair exsangue, avant que Génésis ne lève les yeux vers Hélène.
- Merci, soupira-t-il.
- Je prend note. Ce n'est pas tous les jours que Génésis Rhapsodos prononcera ce mot.
- Avec toi, c'est différent.
Angeal sourit. Il suspectait les sentiments de son ami envers la jeune fillle.
