Chapitre III

Génésis et Séphiroth se jalousaient mutuellement, sans bien même s'en rendre compte.

La renommée de Séphiroth était plus grande que celle de ses amis, ce que Génésis avait du mal à encaisser. Il pensait pourtant avoir toutes les qualités pour avoir une gloire comparable à celle de Séphiroth, et pour être un héros. Il avait pourtant une fierté démesurée. Mais Séphiroth lui-même lui reconnaissait des qualités qu'il ne possédait pas. Sa fierté pouvait en elle-même constituer un atout. Il évitait autant que possible les affrontements, privilégiant depuis sa mésaventure contre Séphiroth la parole aux armes. La stratégie se révélait souvent payante. Il tenait toujours ses promesses, et savait se montrer loyal.

Séphiroth n'avait pas cette capacité de s'inquiéter pour les autres comme Angeal et de ne jamais abandonner ses amis comme Génésis. Il avait du mal à s'adonner aux sentiments courants, et aux émotions courantes, qu'il ressentait avec moins d'intensité que les autres.

Angeal était tout à fait satisfait, pour sa part. Les missions ne pleuvaient pas trop, il était en bon termes avec chacun… et son presque frère changeait.

Il attribuait surtout ces changements à Hélène. Depuis que Génésis était tombé amoureux, il se comportait bien plus pacifiquement. Cela faisait un peu plus d'un an, maintenant, qu'ils étaient devenus première classe.

Séphiroth découvrit, lors d'une dispute entre Hojo et Hollander, alors qu'il venait faire ses tests hebdomadaires, la vérité au sujet de Gast, qui avait maintenant disparut depuis quelques mois. Il n'entendait presque jamais Hojo lever la voix. C'était plus courant pour Hollander, mes les deux ensembles, ce ne pouvait être qu'important.

- A cause de vous, fit Hollander, la Cetra est morte, et la gamine, envolée !

- A cause de moi ? Vous croyez ? Vous osez me mettre, moi, au niveau de ces cobayes de bas étages qui ne savent que faire marcher leurs muscles ? je leur avait expressément demandé de mettre la main sur les Cetras. La plus jeune a à peine un an, où voulez-vous qu'elle soit allée ? On l'aura caché sous un tas d'immondice, que sais-je ! Et vous, vous osez me dire que je suis responsable ?

- Exactement ! Quelle idée, aussi, d'avoir donné l'ordre d'exécuter Gast ! Ses études sur Jénova étaient avancées à un point que vous n'atteindrez jamais !

- Foutaises… je suis un génie. Un génie autrement plus brillant que cet individu, même pas bon à plonger dans du mako. Peuh !

Séphiroth ne put en écouter d'avantage. Sous le choc, il poussa brutalement la porte, coupant net aux disputes des deux scientifiques.

- Ah ! Te voilà, mon précieux et adorable cobaye, susurra Hojo en le voyant entrer. Hollander, si vous voulez bien nous laisser…

- Mes créations surpasseront bientôt la votre, rétorqua Hollander avant de quitter la salle d'un pas traînant.

- Ridicule, s'exclama son confrère dès qu'il eut disparut dans l'embrasure de la porte. Totalement ridicule !

Séphiroth n'eut pas le cœur à lui demander ce qui se passait et feindre de n'en rien savoir.

- Qu'est-il arrivé au professeur Gast ?

- Plaît-il ? Installe-toi…

- Pourquoi le professeur Gast ne vient-il plus me voir ?

- Hum ? Enlève tes gants.

- Professeur !

Hojo dissimula mal son sourire cruel.

- Gast n'était qu'un utopiste… il n'eut que ce qu'il méritait. Quelle idée, se marier avec le sujet de ses expériences ! Ridicule…

- Mais que lui est-il arrivé ?

- Moi qui croyais t'avoir fourni une cervelle…

D'un geste sec, il remonta la manche de jeune homme et le piqua de sa seringue. Séphiroth plissa les yeux pour atténuer la douleur. Ce n'était pas la piqûre qui le faisait souffrir…

Gast était mort.

La pâleur de Séphiroth alarma aussitôt Hélène lorsqu'il le vit arriver. Lazard n'attendait que lui pour commencer le compte-rendu de la dernière mission. Le directeur commença dès que Séphiroth fut installé. Sous les regards inquiets d'Aneal et Hélène, et celui, compatissant –comme s'il savait- de Génésis, le jeune homme s'assit.

Il profita du long monologue du directeur du Soldat pour remettre de l'ordre dans ses idées, tâchant de ne rien laissait paraître. Il eut le temps, car Lazard ne passait jamais les détails sous silence. Un long soupir de Génésis l'interrompit. Lazard se renfrogna. Quelle attitude désinvolte ! Néanmoins, Lazard les laissa partir, en se couvrant de quelques phrases supplémentaires pour bien faire comprendre qui commandait.

- Tu sais que c'est vraiment malpoli de soupirer alors que quelqu'un parle ? lui fit remarquer Angeal dès qu'ils furent sortis.

- Tu ne vas pas me faire croire que tu trouves son bla-bla intéressant ? rétorqua Génésis.

- Ce n'est pas la question qu'il soit intéressant ou pas…

- Et puis, Séphiroth n'a pas l'air dans son assiette. Les discours de Lazard ont un effet soporifique, tu ne trouves pas ?

Cette dernière remarque ramena à l'esprit d'Angeal le visible malaise de son ami. Il se retourna et le chercha des yeux.

- Où sont-ils passés ?

Ils sortirent de la salle de briefing, et ne tardèrent pas à trouver Séphiroth, assit sur les marches qui conduisaient à l'aire de repos, et Hélène, accroupie devant lui, cherchant visiblement à lui remonter le moral.

Le duo les rejoint bientôt. Angeal, inquiet, demanda ce qu'il n'allait pas.

- Gast est mort, révéla Séphiroth.

- Je suis désolé, assura Angeal, surpris. Comment est-ce arrivé ?

- Je l'ignore…

- Tu aurais dut t'y attendre, intervint Génésis, avec un grand manque de tact.

Ses deux compagnons lui adressèrent des réprimandes silencieuses.

- Je ne peux pas te dire ce que ça fait, poursuivit-il néanmoins, je n'ai jamais perdu un être cher (à part mon chat), par contre, je sais que toi, tu ne devrais pas te mettre dans un tel état.

- Comme tu l'as si bien dit, tu n'as pas perdu un être cher, alors, tais-toi, répliqua Séphiroth. Que ferais-tu si ton père mourait ?

- Si mon père mourait, hein ?

Un étrange sourire passa brièvement sur ses lèvres.

- Je fêterai ça comme il se doit.

- Génésis !

Hélène lui lança un regard horrifié.

- Tu n'as jamais connu mon père, se justifia le jeune garçon.

Séphiroth soupira. Il avait autre chose de désagréable à dire. Il se tourna vers la jeune Cétra.

- Ta sœur… elle s'appelait bien Ifalna ?

- Oui, pourquoi ?

- Elle s'est mariée avec Gast. Et elle a eut une fille.

- Vraiment ? Comment sais-tu ça ?

- Elle est morte.

Elle ne trouva pas la force de répliquer tant le choc se révéla dur.

- Qui manque de tact ? ironisa Génésis.

Angeal le fusilla du regard. Tous deux cessèrent lorsqu'elle se mit à pleurer. Elle était beaucoup plus émotive que Séphirotn –comment faire pour que ce soit autrement ?

Séphiroth n'osa pas essayer de la consoler, malgré une maigre excuse.

Plus tard, alors que le soir tombait, et qu'elle aurait dût être contente d'être enfin en stand-by, Hélène ne parvenait pas à montrer le moindre signe de satisfaction. Il lui semblait qu'elle ne pourrait plus jamais être heureuse. Sa sœur était comme une mère et une amie. Comment allait-elle faire pour vivre sans elle ?

Elle n'avait pas bougé depuis que Séphiroth lui avait appris la terrible nouvelle. Elle s'était assise à sa place, sur les marches, les genoux entourés de ses bras. Il n'y avait presque plus personne à cet étage.

Une voix familière l'appela par son nom. Elle se retourna.

- Ah, c'est toi, Gen…

- Qu'est-ce que tu fais là ?

Génésis n'avait plus rien de l'expression un peu moqueuse de l'après-midi. Au contraire, un sourire amène étirait ses lèvres.

- Rien…

Après un moment d'hésitation, il s'assit à son tour.

- Je ne suis pas très doué pour consoler, mais…

La jeune Cétra tourna un regard triste vers lui.

- Je ne pense pas qu'Ifalna apprécierait de te voir pleurer comme ça.

- Je sais. Mais je n'y arrive pas…

- Et puis, tu as entendu comme moi. Tu as une petite nièce, maintenant.

Elle opina doucement du chef. Avec un nouveau soupir, elle appuya sa tête contre l'épaule de son compagnon, qui rougit doucement.

- Tu as raison, approuva-t-elle.

- J'ai toujours raison.

Hélène esquissa un sourire. D'un geste mal assuré, Génésis passa son bras par dessus l'épaule de la Cétra.

- Tu t'es excusé auprès de Séphiroth ?

- J'en viens, marmonna-t-il.

- En fait, tu es quelqu'un de bien, Génésis…